Transcription
La Terre est âgée de 4 milliards et demi d'années et pourtant elle reste en constante évolution. Drive des continents, éruption volcanique, avancé, recul des glaciers, la surface de la Terre se façonne avec une infinie variété et les mystères géologiques sont légion.
Aujourd'hui, nous partons à la découverte d'un titan : la chaîne des Alpes. Ces sommets flirtent avec les nuages, ces glaciers s'étendent à perte de vue et ces pics imposent leur silhouette découpé sur l'horizon. Le massif alpin est l'une des formations montagneuses les plus dynamiques et les plus dangereuses de la planète. C'est un environnement énigmatique : les montagnes s'effondrent sur elles-mêmes, la roche vient des profondeurs de l'océan. Les géologues ont longtemps étudié la structure de la pierre et la composition des glaciers. Ils n'ont cessé de parcourir ses sommets pour comprendre leur formation et leur évolution.
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Actuelle, cette quête va les conduire à s'interroger sur le passé de la Terre.
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Elle-même. Avec près d'une centaine de sommets culminant à plus de 4000 m, elles surplombent l'Europe. C'est une gigantesque barrière naturelle de 1200 km de long et 200 km de large qui traverse 7 pays, entre la Méditerranée et le Danube. Avec le Cervin, reconnaissable entre tous, et le Mont-Blanc, point culminant d'Europe occidentale, les Alpes font partie des principales chaînes de montagne du monde. Formé il y a seulement 30 millions d'années, elles sont également l'une des plus jeunes.
Siècle après siècle, ces formations rocheuses ont intrigué les hommes. Comment les Alpes se sont-elles formées ? Nombreux sont ceux qui ont tenté de comprendre ce processus. Le premier à percer le mystère est un homme de la Renaissance : Léonard de Vinci. Ce grand artiste est également un scientifique. Sa curiosité embrasse tous les domaines de la connaissance. Il voit le monde comme une série d'énigmes à résoudre. Il s'intéresse à la formation des Alpes à une époque où presque tous les érudits considèrent la Terre comme une création divine immuable.
La rumeur d'une découverte étonnante, incrustée dans la roche, éveille sa curiosité. En 1510, il se rend sur place. C'est à 2000 m d'altitude que se trouve l'objet de toutes les spéculations : des fossiles. Il sait que ce sont des créatures marines qui n'ont pas pu vivre dans les sommets alpins. Alors, comment sont-elles arrivées là, à plus de 150 km de la mer la plus proche et à des milliers de mètres d'altitude ?
Au 16e siècle, la puissante Église catholique règne sur le monde des sciences. Elle décrète que ces fossiles marins ont dû se former au temps de Noé, en 2300 avant notre ère. La Genèse décrit comment Dieu, affligé par la cruauté des hommes, ordonne un déluge cataclysmique. Toute forme de vie est décimée, à l'exception des espèces qui trouvent refuge dans l'arche de Noé. C'est le grand torrent d'eau qui, en déferlant sur le monde, a emporté ses créatures marines à des centaines de kilomètres à l'intérieur des terres. Mais cette explication ne convient pas à Léonard de Vinci, qui poursuit ses investigations.
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5 siècles plus tard, en haut du Säntis, en Suisse septentrionale, à 2000 m d'altitude, le promeneur peut toujours voir les fossiles marins qui ont tant intrigué de Vinci.
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Voici une roche pratiquement recouverte de fossiles. Nous avons ici la coupe transversale d'une palourde et plus bas, le squelette d'un corail. De Vinci examine attentivement les roches, maillées de fossiles. Il finit par trouver les restes fossilisés de mollusques dont les deux coquilles sont étonnamment intactes. À supposer que la théorie biblique d'un déluge universel soit vraie, le puissant torrent aurait déchiqueté cette délicate créature. Plutôt que ces fossiles se sont formés au fond de l'océan. Ce sera sous une force encore indéterminée qu'il sonne trouvés au sommet des montagnes.
Les scientifiques actuels ont identifié les espèces fossiles et peuvent déterminer avec précision la période à laquelle elles ont vécu. Il y a 100 millions d'années, dans une mer tropicale chaude.
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Les récifs coralliens de cette mer tropicale primitive regorgeaient de vie. Les fonds marins étaient tapissés d'oursins, de coquillages et de nombreuses autres espèces désormais éteintes. Exactement comme de Vinci l'avait deviné. Certaines de ces créatures ont été préservées intactes à travers les siècles. Leurs coquilles ont été recouvertes par les sédiments au fond de la mer, se sont fossilisées. Quand les sédiments se sont transformés en roches. Ces fossiles renfermeraient-ils le secret de la formation des Alpes ? C'est encore une fois l'acuité des observations du savant italien qui vont le dire. Ils constatent que le grès, la roche dans laquelle se sont incrustés les fossiles, forment des strates qui plongent à des centaines de mètres de profondeur.
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400 ans plus tard, on découvre, en plus des fossiles, un élément caché dans la structure microscopique du grès qui permet de résoudre le mystère de la formation des Alpes. Ce sont les restes de centaines de milliards de coquilles. Le grès s'est formé à mesure que les minuscules coquilles de mollusques marins tombaient au fond de l'océan. Elles se sont accumulées et entassées, formant strate après strate la roche sédimentaire. Le Mont Säntis, comme une grande partie des Alpes, est presque entièrement constitué de créatures marines. Ces bancs de grès de centaines et de centaines de mètres de haut témoignent du phénomène de sédimentation qui a eu lieu au fond de l'océan. Nous avons ici d'immenses bancs de grès. Couches de plancher océanique ont été élevées dans les airs lors de la formation de la chaîne alpine.
Elles nous révèlent les origines des Alpes. Les fossiles marins sont la preuve que ces roches se trouvaient autrefois sous les eaux d'une mer tropicale. Ces roches, elles-mêmes constituées de milliards de coquilles marines microscopiques, indiquent que le massif est une superposition de couches sédimentaires océaniques. De Vinci soupçonnait qu'une partie des Alpes s'est formée sous les mers. Mais comment expliquer le soulèvement de ces couches sédimentaires ? Léonard de Vinci avait bien compris qu'il fallait une force phénoménale pour pousser ses couches de fossiles vers le ciel. Mais il n'arrivait pas à expliquer les mécanismes de ce mouvement. Il faudra attendre 400 ans pour que le mystère soit résolu.
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La colonne vertébrale rocheuse de l'Europe s'élève à plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer. À des centaines de kilomètres dans les terres, une grande partie des roches alpines viennent du fond de l'océan. Une force extraordinaire les a fléchies et courbées, les mettant sans dessus dessous. Mais quelle est cette force et comment peut-elle mouvoir de telles masses de pierre ?
Dans les années 1870, le géologue suisse Arnold Escher et l'un de ses étudiants, Albert Heim, observent une étrange ligne gravée dans la montagne, d'une vingtaine de kilomètres. Ils suivent sa trace sur près de 50 kilomètres. Inaccessible sur presque toute sa longueur, cette ligne peut être examinée de près aux environs du village d'Elm, en Suisse. La ligne noire est bien visible sous cet étrange saillie. Au-dessus, ils identifient une roche sédimentaire ancienne. En dessous, et contre toute attente, se trouve une couche de roche beaucoup plus récente. Dans la partie inférieure, nous avons du Glarner Verrucano, ce sont des roches d'environ 35 millions d'années. Dans la partie supérieure, nous avons du Glarner Döhlberg, qui s'est formé il y a entre 260 et 270 millions d'années. La présence d'une nouvelle énigme. Cette formation rocheuse défie toute logique. Si ce sont des roches sédimentaires, comment expliquer qu'une couche plus ancienne repose au-dessus d'une couche plus récente ?
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En étudiant les plissements et les drapés des montagnes alentour, Heim développe la théorie selon laquelle les roches ont été interverties. Une grosse couche de sédiments qui se casse brusquement, une partie pourrait alors glisser sur l'autre. C'est ainsi que les sédiments plus anciens se retrouvent au-dessus de sédiments plus récents. Une force horizontale exceptionnelle a fait glisser ces roches anciennes sur les couches sédimentaires plus récentes, sur près de 50 kilomètres.
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La découverte d'Escher et de Heim révolutionne les théories de la formation des chaînes de montagne. Cet affleurement rocheux permet d'observer l'une des plus célèbres lignes de chevauchement du monde, que l'on appelle la ligne de chevauchement principale de Glaris. Il est peu d'endroits où on la voit d'aussi près. Ce site témoigne du phénomène géologique prodigieux à l'origine des Alpes. Au-dessus de la ligne de chevauchement principale de Glaris se dressent des sommets culminant à plus de 3000 m. Cela nous rappelle que c'est une force titanesque qui a créé les Alpes, une force pouvant littéralement déplacer des montagnes. Mais qu'est-ce qui est assez puissant pour mouvoir des milliards de tonnes de roche ?
Les scientifiques savent désormais qu'un tel processus n'est possible que lors d'une collision entre deux continents, sous l'effet de la tectonique des plaques. La tectonique des plaques explique le processus selon lequel les plaques géantes qui forment la croûte terrestre flottent et se déplacent très lentement sur de vastes courants de roche en fusion. À l'échelle de millions d'années, les continents entrent en collision ou se séparent, des océans se forment et disparaissent. Mais si les Alpes résultent d'une collision massive, quel continent s'est écrasé contre l'Europe ?
La réponse se trouve au sommet d'un des pics les plus emblématiques des Alpes. Noyé dans les nuages, il se dérobe souvent à la vue. Le voilà enfin. Sa silhouette unique a rendu le Cervin célèbre à travers le monde. Culminant à 4478 m, c'est l'un des monts les plus élevés des Alpes. Dans ses entrailles se cache une autre ligne de chevauchement. Ici, la roche sédimentaire marine chevauche la croûte continentale européenne. En examinant de près les couches formées dans l'océan, le professeur Elvig découvre une roche de couleur verte. Il s'agit de schiste vert. Ces cristaux grossiers indiquent que la roche vient d'une éruption de lave au fond de l'océan, il y a 100 millions d'années.
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Au début du 20e siècle, les scientifiques font une découverte encore plus étrange à propos de la roche qui coiffe le Cervin. Cette roche grise est ce qu'on appelle du gneiss. En identifiant les origines de cette roche, les géologues découvrent qu'elle ne vient pas d'Europe et qu'elle est plus vieille que le plancher océanique de 200 millions d'années. Cette roche vient d'un continent vieux de 2 milliards d'années, à près de 1000 km au sud : l'Afrique. La roche de la section supérieure de ce sandwich alpin est d'origine africaine. Au centre se trouve une portion de croûte océanique, et tout en dessous, ce sont des roches européennes.
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Ces indices indiquent que les Alpes sont nées de la collision entre l'Afrique et l'Europe. Le résultat : cette montagne constituée de trois types de roches différentes.
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D'un point de vue géologique, le Cervin présente les principales étapes de l'histoire alpine. C'est un résumé des origines du massif à lui seul. Les roches du plancher océanique se sont-elles retrouvé en sandwich entre deux continents ? Des études détaillées et la datation précise des roches alpines montrent qu'il y a 90 millions d'années, le continent africain converge vers l'Europe, refermant sur son passage le paléo-océan Téthys. En se rapprochant de l'Europe, l'Afrique fait disparaître l'océan qui les séparait et repousse le plancher océanique, constitué de multiples couches sédimentaires, à la manière d'un bulldozer. C'est cet empilement de roches déformé qui a ensuite donné naissance aux Alpes. Le plancher océanique se froisse à mesure qu'avance le continent africain. Il se tord, se plie et se casse. Il y a 30 millions d'années, les Alpes ont littéralement été poussées vers l'Europe. L'Afrique a glissé sur les autres couches pour former une superposition de roche qui deviendra le Cervin. Sur des kilomètres et des kilomètres, la roche a été pliée et déformée pour s'élever à près de 8000 m, presque aussi haut que l'Himalaya.
Aujourd'hui, étudiant comment les Alpes ont émergé du plancher océanique, les géologues découvrent une ligne de 50 km le long de laquelle des roches anciennes chevauchent des roches plus récentes. La roche grise, le gneiss, qui constitue le sommet du Cervin, indique que c'est de la collision entre l'Afrique et l'Europe que sont nés les Alpes. Mais pendant les 30 derniers millions d'années, d'autres forces monumentales se sont attaquées à ces sommets. Comment se fait-il qu'au fil du temps, les Alpes aient perdu la moitié de leur hauteur ? Il y a 30 millions d'années, les sommets alpins culminaient à près de 8000 m, soit pratiquement deux fois plus haut que le Mont-Blanc aujourd'hui.
Savoir pourquoi et comment les Alpes s'écroulent peu à peu est d'une importance cruciale, car près de 14 millions de personnes vivent dans ou à proximité du massif alpin. Le Mont Horn, en Suisse, fournit un élément déterminant de réponse.
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Il s'élève à plus de 2700 m, mais il est creux. L'Örn est rongé de l'intérieur. Un gigantesque trou se forme à mesure que la montagne s'effondre sur elle-même. Comment expliquer ce phénomène ?
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L'Örn est constitué d'un mélange friable de boue et de roches provenant du plancher océanique. En hiver, les parois sont renforcées par la glace qui fait office de ciment. Mais au printemps, avec le dégel, elles s'effritent. On constate ici que la roche est très friable, on en détache des morceaux à la main. Quand l'eau s'infiltre et gèle, cela a pour conséquence de disloquer la roche et la fragmenter. Au printemps, avec la fonte des glaces, les parois tombent littéralement en miettes. La friabilité des parois rocheuses, alliée à l'action naturelle du gel et du dégel, fait de cette montagne un édifice instable. Durant les 10 derniers millénaires, 300 millions de tonnes de roches se sont effondrées, creusant ainsi une immense crevasse que l'on appelle le gouffre de l'Örn. Mais où est passée toute cette masse rocheuse ?
Suivons le professeur Richard Adel, qui descend le lit d'une rivière apparemment asséché. Elle prend source au cœur de la montagne et se jette dans le Rhône. L'explication se trouve sous ce village, masqué par la végétation. Il s'agit d'une vaste plateforme de gravats de plus de 450 m de profondeur qui s'étend sur 2 km.
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Cette structure est formée par les sédiments du cône de déversement de l'Örn. Les sédiments que l'on voit viennent de la montagne, mais le lit de rivière asséché est un mystère. Comment de colossal quantités de débris se sont-elles charriées jusqu'ici ?
Le village suisse de Susten est en perpétuel état d'alerte. Plusieurs fois par an, le sol se met à trembler, comme si un train de marchandise géant passait en trombe à travers le village.
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En un instant, ce lit asséché voit défiler un torrent de roche. Des milliers de tonnes de gravats dévalent ainsi la montagne de l'Örn. Entre 3 à 5 fois par an, un flot de sédiments appelé lave torrentielle descend de la montagne à une vitesse comprise entre 15 et 30 km/h, sur près de 3 m de haut. C'est un phénomène extrêmement rapide, fatal pour celui qui se trouverait dans le lit du torrent. Chaque fois qu'il pleut, des débris cascadent de la montagne. L'Örn est de ce site de lave torrentielle, l'un des plus actifs de la planète. Les Alpes sont comme charriées par les rivières dans les lacs et les vallées en aval. L'Örn est un cas extrême. Il illustre un processus d'érosion qui en fait l'un des terrains montagneux les plus dangereux de la planète.
Le massif est touché. Alpes bernoises. Les blocs de roche instables ont donné naissance à un site magnifique. Le lac d'Oeschinen est niché à 1578 m d'altitude et il s'étend sur 1 km. Car, en théorie, ce lac est une aberration. Les courants qui descendent de la montagne devraient filer droit vers la vallée sans rencontrer d'obstacle. Pour expliquer ce phénomène étrange, il faut aller 30 m plus haut. Quand on observe les versants supérieurs, on distingue de très larges cônes de débris qui se détachent des parois instables. Quant à ces étendues de roches lisses, elles forment un terrain propice au glissement de terrain. Lors de la formation de ces massifs, des strates de roches sédimentaires ont été soulevées. Elles forment désormais des angles extrêmes. Ces couches ont déjà tendance à se disloquer et à provoquer des éboulements de roche. Il est probable qu'une partie de ces versants soit le résultat d'éboulements ayant provoqué, à leur tour, des glissements de terrain. C'est un glissement de terrain phénoménal qui est à l'origine de ce lac. Voilà 15 000 ans, un pan de montagne s'est détaché, bloquant le passage aux cours d'eau. C'est ainsi né ce site spectaculaire. C'est la gravité qui, au bout du compte, abat les montagnes. Les rivières charrient les débris, puis surviennent les glissements de terrain. C'est un processus fréquent dans les Alpes. Des versants escarpés et des roches instables font que cette chaîne de montagne est en constante évolution. Dans seulement quelques milliers d'années, la gravité aura raison du lac d'Oeschinen en le comblant de débris rocheux.
Au cours des 30 derniers millions d'années, les Alpes se sont désagrégées à une échelle phénoménale. Certains sommets ont perdu près de 3000 m d'altitude. Où sont passés ces centaines de millions de tonnes de roches ?
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La réponse se trouve dans un affleurement rocheux à quelques kilomètres au nord des Alpes, à Molasse. On est en présence d'une extraordinaire diversité de pierres. Il y a de gros galets, des pierres qui viennent de toutes les Alpes. Prenons par exemple ce caillou noir et blanc, c'est un morceau de roche granitique du centre des Alpes, quelque part aux environs du Cervin. Dans cet affleurement rocheux, il y a des fragments de roches de tout le massif alpin. Des pierres de centaines de sites différents ont parcouru près de 250 km pour finir dans ce gigantesque cimetière géologique.
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La quantité de débris accumulés est colossale. Ces collines sont entièrement constituées des débris rocheux alpins. Elles s'étendent sur 160 km de large et 800 km de long, en arc autour des Alpes, traversant la France, la Suisse et l'Allemagne. Leur masse suffirait à recouvrir toute l'Amérique du Nord d'une couche de gravats de 30 m d'épaisseur. Les sommets alpins érodés reposeraient-ils là ? Le poids très élevé de la chaîne alpine pèse sur la croûte terrestre et a entraîné la formation d'une dépression tout autour du massif. Les milliards de tonnes de roches soulevées et poussées sur terre au moment de la collision entre les continents africains et européens ont créé les Alpes. Le poids de la chaîne alpine a entraîné une gigantesque dépression de 4 km de profondeur que l'on appelle bassin molassique. L'importance de cette dépression en fait un piège où s'accumule tous les sédiments de l'érosion alpine. La datation de ces gravats indique que depuis la formation du massif alpin, les rivières charrient les débris de son érosion sur des centaines de kilomètres pour les déverser dans ce gigantesque bassin. Les roches que nous voyons ici sont des débris, les résidus accumulés depuis 30 millions d'années. Ces roches ici ont près de 25 millions d'années. Ces galets sont des fragments de toutes les roches qui forment la chaîne alpine. Pendant 30 millions d'années, les débris de l'érosion alpine se sont déversés dans cette fosse de 77 000 km². Car ce phénomène a donné naissance à une série de collines au nord des Alpes. C'est là que sont passés les sommets montagneux. Si tout était en place, les Alpes rivaliseraient encore avec les monts himalayens.
Les géologues savent maintenant pourquoi les Alpes sont deux fois moins élevées qu'à leur formation. Ils ont découvert les débris de leur érosion, constitués de roches fragiles. Les sommets se désagrègent avec le temps. Les débris qui dévalent les parois escarpées indiquent que des strates fragilisées se décrochent des flancs de la montagne. Le bassin molassique, où s'accumulent des roches provenant de toutes les Alpes, est la preuve de leur effondrement.
Il y a 2 millions d'années, le paysage connaît un brusque bouleversement. Des falaises escarpées entaillent les Alpes et de gigantesques pics s'élèvent dans les nuages. Une force phénoménale et nouvelle œuvre à sculpter les Alpes. Au cours des deux derniers millions d'années, une fraction de seconde à l'échelle géologique, le paysage alpin a connu un changement radical. Des falaises abruptes et des pics gigantesques se sont formés. Le plus connu d'entre eux est le Matterhorn, en Suisse. Son impressionnante face nord s'élève à plus de 1800 m, pratiquement à la verticale. Son ascension est réputée extrêmement dangereuse. Les alpinistes doivent affronter des vents violents, un brouillard glacial, des éboulements de roches et des avalanches. Seuls les meilleurs et les plus aventuriers s'y risquent. On l'appelle la face de l'ogre, depuis 1935, après qu'une soixantaine d'alpinistes y ont trouvé la mort.
La naissance de tels versants abrupts est un mystère pour les géologues, jusqu'en 1837, quand le chercheur suisse Louis Agassiz constate la présence de falaises similaires à plus basse altitude. Des études avaient montré qu'elles ont été creusées par des glaciers. Plus de 1000 glaciers s'épanchent dans les vallées alpines. Ces rivières de glace s'écoulent imperceptiblement le long des pentes. Les mouvements du glacier d'Aletsch, filmés sur une période de 3 ans, révèlent comment les glaciers peuvent se déplacer de 3 m par an. Et quand deux glaciers se rencontrent, un banc de roche se forme en surface, indiquant qu'un phénomène extraordinaire se passe sous la glace. Il est capable de transformer une étendue rocheuse accidentée en une surface parfaitement lisse. Nous avons ici de la roche parfaitement lisse qui a été autrefois recouverte de glace. En déplaçant des cailloux et du sable, cela a pour effet de poncer la surface, comme avec du papier de verre. Mais ce processus n'explique pas à lui seul la formation de pics déchiquetés et du versant nord de l'Eiger, où des pans entiers de montagne ont été arrachés.
Les glaciers représentent une force phénoménale, comme le prouvent ces dalles de granit. Des fissures plongent au cœur de la pierre. La glace s'écoule à la surface et s'infiltre dans ces fissures. La glace fondue pénètre dans chaque brèche et, en gelant à nouveau, fait éclater le bloc de pierre. Fragilisé et fracturé, d'énormes quantités de roches se détachent. Elles sont alors rejetées sur le côté, avant d'être charriées dans les vallées. Au printemps, avec le dégel, nous sommes au front du glacier, à son extrémité. Il y a des débris, de l'eau et des blocs de pierre. Ces débris d'érosion glaciaire sont transportés, puis rejetés ici. C'est ainsi que les glaciers façonnent le paysage. Mais comment des glaciers ont-ils taillé la face nord de l'Eiger ? Il s'élève à des centaines et des centaines de mètres, bien au-dessus de la portée des glaces abrasives. Agassiz développe une théorie radicale. Les versants de montagne présentent un relief accidenté similaire à celui des vallées glaciaires. Il en déduit qu'ils ont été également érodés par la glace.
Toutes ces observations indiquent que les pics escarpés comme l'Eiger, culminant à plus de 1800 m, sont l'œuvre d'anciens et gigantesques glaciers. Mais si Agassiz a raison, comment expliquer la présence de glaciers aussi colossaux ? La réponse se trouve au cœur de la plus grande rivière de glace d'Europe : le glacier d'Aletsch. Il s'étend sur plus de 20 km et couvre près de 116 km², sur 900 m de profondeur.
L'étude du glacier d'Aletsch, au sud de la Suisse, va permettre aux géologues de comprendre le mécanisme de formation de ces champs immaculés. Le glacier naît en haute altitude, où les températures sont les plus basses et où il neige beaucoup. Pour savoir comment de délicats flocons de neige finissent par former une couche épaisse de glace, le professeur Beer s'enfonce au cœur du glacier. Il fait 0 degré Celsius dans ce passage creusé à 2 m de profondeur. C'est ici que scientifiques et touristes peuvent observer comment se forme un glacier. Nous pénétrons dans le glacier, nous sommes entourés de glace. Il y a des couches de bulles. La démarcation entre les couches successives est bien visible là, là et là. Chaque strate correspond à l'année au cours de laquelle la glace s'est formée. Le glacier s'épaissit à mesure que s'accumulent les couches de neige. Ce sont les petites poches d'air entre chaque flocon qui finissent par former des bulles d'air.
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Sous son propre poids, la neige se tasse et se transforme en glace.
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Au cours des millénaires, la masse de glace qui s'accumule est considérable.
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Le glacier d'Aletsch contient 27 milliards de tonnes d'eau, de quoi fournir 1 litre d'eau par jour à tous les habitants de la Terre pendant 6 ans.
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Ce sont les bulles d'air piégées dans la glace, il y a des milliers d'années, qui détiennent la clé des origines de l'érosion des Alpes. Dans ces bulles, l'air date du temps où elles se sont formées. L'analyse de la composition chimique de cet air nous permet d'en savoir plus sur les conditions climatiques de l'époque en question. En étudiant ces minuscules capsules temporelles, les glaciologues découvrent qu'il y a 12 000 ans, l'air présentait un très faible taux de dioxyde de carbone. Cela indique un effet de serre réduit, l'atmosphère terrestre laissant échapper plus de chaleur. Les températures ont globalement chuté. D'autres études révèlent que durant les deux derniers millions d'années, la Terre a connu plusieurs séries de périodes glaciaires. La théorie d'Agassiz est confirmée. Il y a 2 millions d'années, un épais manteau de glace recouvrait l'hémisphère nord. Les Alpes étaient enfouies sous 3 km de neige. Seuls dépassaient de cet océan immaculé les pics les plus élevés. En se déplaçant, la glace a taillé et modelé les versants abrupts des pics alpins, imprimant ainsi leur trace sur le paysage. C'est à cette période que les glaciers géants ont façonné la célèbre face nord du mont Eiger.
En cherchant à comprendre comment l'Eiger et d'autres grands pics alpins se sont formés, les géologues ont découvert des fissures dans des bandes de granit. Elles prouvent que les glaciers ont délité peu à peu les flancs montagneux. Et l'air à faible teneur en dioxyde de carbone, piégé dans les couches de glace, indique que de gigantesques glaciers ont découpé les parois abruptes et les pics qui surplombent les environs. En fondant il y a 10 000 ans, les grands glaciers ont laissé leur empreinte sur les Alpes.
Aujourd'hui, la chaîne de montagne se désagrège à une vitesse phénoménale. Une nouvelle phase de son évolution semble avoir été amorcée. Les Alpes s'effondrent de plus en plus vite. Des millions de tonnes de roches se détachent des parois montagneuses. La cause de ce phénomène se trouve dans les cimes enneigées, vestiges de la dernière période glaciaire. Les glaciers alpins forcent les montagnes en agissant comme un ciment. Malheureusement, ils ne sont pas immuables. D'ici, nous pouvons voir les glaciers qui s'écoulent entre les surfaces rocheuses. Comme vous pouvez le constater à leur couleur, ce sont des roches récemment exposées en surface. Elles étaient recouvertes de glace les siècles derniers. Si vous observez le glacier par ici, vous pouvez voir à côté de la glace une zone de matière grise et de matière marron. C'est en fait la délimitation du glacier en 1874. Cela vous donne une idée de la masse de glace qui a fondu ces 130 dernières années. Les chercheurs pensent que le réchauffement global accélère la fonte des glaciers plus vite que n'importe quel autre facteur ne l'a fait au cours de toute l'histoire alpine. Le retrait des glaciers expose les roches instables qui, n'étant plus cimentées par la glace, risquent de se décrocher et de provoquer des glissements de terrain.
La disparition des glaciers a d'autres conséquences tout aussi désastreuses. Quand ces immenses réservoirs d'eau fondent, des millions de litres se déversent le long des pentes pour alimenter les grands fleuves européens. L'eau agit comme un abrasif puissant. Ces torrents creusent le paysage à une vitesse vertigineuse. Les preuves de cette érosion en profondeur sont visibles dans la région de l'Aletsch. Dans toute cette vallée résonne le fracas des eaux d'une cascade des plus bruyantes et des plus spectaculaires qui soit : les chutes du Trümmelbach. On peut sentir la force de l'eau. Trümmelbach veut dire roulement de tambour. Cela illustre bien le cours tumultueux de l'eau qui cascade à travers ces grottes. Le Trümmelbach est une chute d'eau glaciaire à couper le souffle. Plus de 200 m³/seconde de glace fondue se précipitent des glaciers vers les vallées. Au cours des siècles, ce torrent impétueux a creusé son chemin à travers la roche, créant sur son passage un étroit canyon. Chaque année, les eaux glaciaires des Alpes suisses charrient suffisamment de débris rocheux pour former une montagne de 800 m de haut. Pour les chutes du Trümmelbach, comme pour les autres cascades alpines, le temps est compté. Au fil des torrents et des cascades, elles creusent et fragilisent la roche. Avec le temps, ces falaises abruptes façonnées par les glaciers s'effritent, laissant place à des vallées fluviales toujours plus profondes. Aujourd'hui, les rivières d'eau glaciaire sont en train de creuser une vallée fluviale qui n'aura plus rien à voir avec le paysage actuel. Ce processus va détruire le relief façonné par les glaciers. Cette érosion mécanique est très rapide, à peine perceptible à l'échelle géologique. Lors des 150 dernières années, le réchauffement global et la fonte des glaciers ont accéléré le processus d'érosion des Alpes. Selon les estimations, les glaciers alpins auront disparu d'ici la fin du siècle. Si le réchauffement s'accentue, cela aura pour conséquence d'accélérer l'effondrement des grands pics. La roche fragilisée exposera les villages et les stations de ski de haute altitude à des glissements de terrain catastrophiques.
Mais le passé nous montre que les Alpes ont déjà connu des retraits glaciaires. En 218 avant notre ère, le grand Hannibal guide une armée de 50 000 hommes et 40 éléphants à travers les Alpes pour marcher sur Rome. C'est une entreprise périlleuse. La traversée automnale dure 15 longs jours. Les pertes humaines sont nombreuses le long de ces sentiers escarpés. Mais l'audace du général carthaginois est payante. Son armée entre en Italie et défait les Romains. De nos jours, il serait pratiquement impossible de reprendre l'itinéraire d'Hannibal, enseveli par la glace et la neige. Les géologues en déduisent qu'au temps du grand stratège, les cols devaient être dégagés, les glaciers devaient être plus en retrait qu'ils ne le sont aujourd'hui.
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Il a dû marcher à travers la forêt pour une grande partie. Ça devait être plus facile de franchir les Alpes à l'époque que maintenant. Les variations de l'inclinaison de l'axe terrestre sur son orbite participent aux changements de climat, ce qui explique la fonte, puis la reformation des glaciers.
Les Alpes se terminent dans le processus global d'érosion des Alpes. Les glaciers façonnent les pics rocheux et les rivières creusent les vallées. C'est ainsi que les chaînes de montagne subissent une constante transformation. C'est ce processus naturel qui, au final, va détruire les Alpes telles que nous les connaissons.
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Les Alpes se désagrègent lentement. Les avancées et les retraits glaciaires vont encore se succéder. Cela finira par les éroder complètement. Dans 10, 20 ou peut-être 100 millions d'années, il y aura toujours une chaîne de montagne ici. Les Appalaches, en Amérique du Nord, sont un exemple de chaînes de montagne fortement arasées. C'est ce qui attend les Alpes. Les Alpes vont s'éroder jusqu'à ne plus faire que la moitié de leur hauteur actuelle, à savoir moins de 1800 m d'altitude. Plus aucun glacier ne recouvrira ses sommets, n'alimentera les grands fleuves d'Europe. Dans des millions d'années, les bassins de France, d'Allemagne et d'Europe de l'Est pourraient s'assécher et dépérir.
Les géologues ont découvert comment les Alpes se sont formées et pourquoi elles se désagrègent. Des fossiles marins et du grès, constitués de milliards de coquilles de créatures marines, indiquent que les roches alpines viennent du fond des mers. Les roches grises, les gneiss, au sommet du Cervin, témoignent de la collision entre l'Afrique et l'Europe, à l'origine du soulèvement des Alpes. Les glissements de terrain sont la preuve que les couches sédimentaires et les montagnes elles-mêmes sont de nature instable. La composition des bulles d'air emprisonnées dans la glace révèle que de gigantesques glaciers ont façonné le relief très accidenté des Alpes. La fonte des glaciers et les torrents glaciaires fragilisent le massif alpin et dessinent un paysage en constante évolution. Depuis leur naissance, les Alpes n'ont cessé de se transformer. C'est l'une des chaînes de montagnes les plus spectaculaires et les plus étudiées au monde. Comprendre comment les Alpes sont nées, c'est lever le voile sur les forces phénoménales qui façonnent notre planète.
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