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Et si votre réussite dépendait de vos émotions ? Le pouvoir insoupçonné du QE dans l’entrepreneuriat

Le Déclic par Alec Henry1:39:12

Transcription

Il y a une solution pour tout. S'il y a pas de solution à ton problème, que ça fait des semaines que tu remets dessus, en réalité, ce problème n'existe que dans ta tête. Quand tu comprends ça, tu vas pouvoir mobiliser ton cerveau vraiment pour des choses qui te sont essentielles ou qui sont élémentaires pour ton business.

[Musique]

Quand vous voyez tous les bénéfices associés dans le registre de l'intelligence, quand vous voyez que ça touche à l'ADN propre de votre métier d'entrepreneur, prise de décision relationnelle, santé et gestion du stress, vous devriez décider de vous transformer. Et la plupart des gens gâchent cette chance là tout simplement parce qu'ils sont prisonniers de situations dans lesquelles ils ne font pas le deuil. Quand il y a un truc qui marche pas, faut être capable de dire "OK, je passe à autre chose". Et si tu ne vas pas à la rencontre de l'autre, il se passera rien. Faut tenter des trucs, faut se mettre inconfortable et tu verras le bénéfice derrière, il est extraordinaire. Tu vas te révéler à toi-même. Le vrai message d'espoir, c'est qu'on peut développer sa forme.

Bonjour et bienvenue sur ce nouvel épisode du podcast Le Déclic. Encore une fois bien accompagné. Je suis avec Christophe Hag. Comment tu vas ? Super. Ça me fait super plaisir de t'avoir ici sur le plateau du podcast. On a énormément de questions pour toi, de choses à évoquer. Ça va être un épisode encore une fois passionnant. Je vais rapidement te présenter avant qu'on démarre. Professeur HDR à l'EM Lyon Business School, chercheur en psychologie sociale, conférencier international et écrivain, spécialiste de l'intelligence émotionnelle de renommée internationale. Tu travailles avec des populations atypiques : chasseurs de trésors, aventuriers, astronautes, anciens négociateurs du GIGN et du RAID, rescapés de crash d'avion ou d'expédition au HAUT-MAGNE, condamnés dans le couloir de la mort aux États-Unis, grand patron également et cofondateur également de Génération QE, caution émotionnelle, une entreprise qui crée des tests justement d'analyse du caution émotionnel scientifiquement validé pour le grand public et le monde de l'entreprise, des managers, des entrepreneurs, des dirigeants et j'en passe. Auteur de plusieurs articles de recherche et de livres best-sellers, animateur du podcast Empreinte Émotionnelle sur YouTube et ancien chroniqueur pour France 2. Intervenant régulier dans les médias TV, radio, magazine et consultant pour le doc La Science des Émotions sur Planète Plus. Pas mal de casquettes et plusieurs cordes à ton arc.

Mais avant de démarrer et de revenir sur ce parcours dingue, toutes les anecdotes que tu peux nous partager Christophe, on parle beaucoup d'intelligence émotionnelle dans l'entrepreneuriat, relationnel également, mais si en réalité tout reposait sur quelque chose de plus profond : nos émotions. L'émotion, c'est l'essence que tu mets dans ton moteur psychique pour avancer. Toi, sans émotion, tu es un peu comme un pantin sans âme. Tu es comme Pinocchio sans la magie. Et donc moi, je lutte pour faire comprendre aux gens que ben sans cette essence là, il se passe pas grand-chose. Tu es pas motivé, tu as pas d'élan motivationnel, tu es quasi incapable de faire des choix parce que pour décider entre alpha, bêta ou gamma, faut que tu aies une préférence. Et si tu as pas d'émotion, bah tu as pas de préférence. Donc moi, je suis vraiment dans ce registre et cette forme d'intelligence qui est apparue, tu vois, fin des années 80 aux États-Unis. Tu as tu as deux grands chercheurs, tu as Peter Salovey et Jack Mayer. Peter Salovey, il a été le président de l'université de Yale. Tu donnes pas les manettes d'un joujou académique si puissant dans le monde à quelqu'un qui n'a pas juste révolutionné son champ. Et d'ailleurs, aujourd'hui, Peter Salovey, il me soutient sur pas mal de bouquins, dans pas mal d'initiatives de recherche et cetera. Et il se trouve que cette forme d'intelligence là, lorsque tu en es doué, lorsque tu la développes, et bien elle t'amène plein de bénéfices et notamment des bénéfices dans l'entrepreneuriat parce que entrepreneuriat au sens large du terme, tu vois, entrepreneur, chef d'entreprise, manager, quelqu'un qui a des responsabilités, qui doit décider, qui est payé pour décider ou qui s'autopaye pour décider. Et bien, il se trouve que quand tu es émotionnellement intelligent, déjà tu gères mieux ton stress, tu sécrètes moins de cortisol. C'est cette fameuse hormone de stress en situation stressante. Donc tu es un peu plus flexible. Bah quand tu as un carrefour de ta vie ou de ton entreprise et que ça remue un peu fort, tu te retrouves dans les cordes du ring comme ça, un peu acculé par des choses qui se passent, bah là tu te relèves plus facilement. Tu es plus résilient, tu prends une meilleure décision notamment dans des situations complexes et à enjeu. Tu augmentes la qualité de la relation à l'autre. Quand tu es entrepreneur, si tu arrives pas à motiver les troupes, si tu arrives pas à créer de la synergie, si tu arrives pas à créer des dynamiques, il se passe pas grand-chose. Tu je dis souvent, tu peux prendre par exemple l'astrophysicien avec la mécanique intellectuelle la mieux huilée, seul, il n'envoie personne sur la Lune. Donc on a besoin d'un collectif aussi pour pour atteindre ses objectifs. Tu es moins sujet au burnout et au burn-out quand tu es émotionnellement intelligent. Ça c'est un peu, tu vois, l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de l'entrepreneur, he parce que quand tu t'investis à fond, c'est extrêmement énergivore. Ça crée des troubles du sommeil chez toi. Tu as un sommeil qui n'est pas forcément réparateur et cetera. Des fois tu as des troubles de la tension. Euh souvent tu n'as pas du feedback aussi sincère en face de toi parce que tu fais un peu la pluie et le beau temps. C'est toi qui décides des bonus, c'est toi qui décides de qui tu vas emmener dans l'ascenseur promotionnel et cetera. Donc quelque part bah les gens, ils ne sont pas tout le temps sincères avec toi. Bah quand tu es émotionnellement intelligent, tu arrives à aller à la pêche aux infos. Tu arrives à détecter ce qui est vrai, ce qui est authentique et ce qu'il faut modifier chez les autres. Tu es euh, je vais le dire autrement, tu es capable de prendre le pouls de ton organisation et te dire "Là, là, c'est totalement foiré, ça fonctionne pas, faut abandonner. Là, il y a Ah tiens, il y a un petit truc, un petit signe là qui intuitivement me dit qu'il faut aller dans cette direction parce que quelque part bah ça pourrait être une opportunité de business et cetera." Et en plus, et ça c'est important et moi je travaille là-dessus depuis des années, tu vois. Alors tu as Martin Luther King qui avait un rêve extraordinaire, moi j'en ai un à ma mesure, c'est de réduire de manière significative le nombre de "sales cons" dans les entreprises. Et les "sales cons", ce n'est pas j'utilise pas un terme juste pour être vulgaire. Ce terme, il a été utilisé par un chercheur super connu à l'université de Stanford qui écrit d'ailleurs un livre assez marrant qui s'appelle en français "Objectif Zéro Sale Con". Et moi, je parle plutôt d'"enflure toxique", tu vois, parce que dans "enflure", il y a "enflé", il y a cette idée que bah cette personne-là peut être un agent pathogène qui pollue en fait les têtes, les cerveaux des uns et des autres, hein. Comme des gens balancent du plastique à la mer, lui, il balance des mauvaises idées, des mauvais comportements pour te manipuler et cetera. Donc l'idée, c'est aussi de se dire bah en fait, quand tu es émotionnellement intelligent, tu es moins "sale psychiquement", tu pollues moins, tu es moins dans ce registre de l'"enflure toxique". Et on vient, on vient de le démontrer d'ailleurs dans un papier de recherche avec des collègues qui sont docteurs en psycho et on a on a démontré que sur une population de managers, plus tu es émotionnellement intelligent, moins tu cherches à être machiavélique avec les autres. Et on sait que le machiavélisme, ça a ses limites. Et les gens qui pratiquent ça, qui essaient systématiquement de contraindre l'autre, tu vois, de le placer en position de malaise, tu sais, pour en tirer, tu as la dernière goutte de pour profiter d'autrui. Ces personnes-là ont globalement, souvent généralement une deuxième moitié de vie qui est un peu compliquée. Déjà, ils se retrouvent seuls parce que tu vois, à un moment, tu as quand tu crées des tu crées des liens comme ça avec autrui, tu as tu as pas envie d'avoir d'attache avec cette personne. Cette personne, tu la fuis parce qu'elle te fait du mal. Donc ces personnes-là, souvent se retrouvent isolées physiquement, psychiquement et ça, ça accélère la décrépitude. Voilà, dans la dernière ligne droite complètement.

Pour ceux qui nous écoutent, c'est quoi le quotient émotionnel ? Est-ce que on peut l'identifier facilement ? Est-ce qu'on peut le travailler et l'améliorer ? Parce que on en comprend ici que c'est extrêmement important d'être intelligent émotionnellement, que ce soit pour soi mais aussi pour les autres. Du coup, comment on fait ? Qu'est-ce que c'est ?

Alors le QI, quotient intellectuel, ça c'est la mesure de ton intelligence académique, analytique et cetera. Le QE, quotient émotionnel, c'est la mesure métrique de l'intelligence émotionnelle. Autrement dit, ta capacité à raisonner à partir des émotions pour mieux t'adapter à une situation. On pourrait appeler d'ailleurs l'intelligence émotionnelle aussi intelligence darwinienne. Tu vois, c'est une intelligence qui te permet vraiment de t'adapter à tout type de situation. Et tu vois, par les temps qui courent où on est bousculé de toute part, où on évolue de plus en plus sur des socles mouvants avec des timings de plus en plus serrés, pression de plus en plus forte sur nos épaules, ben cette intelligence, elle a elle a toute sa place. Donc oui, tu peux la mesurer. Donc nous, on a créé des tests, il y en a un qui est spécifique au manager qui s'appelle le QE Pro, Pro pour professionnel. Donc lui, on l'a étalonné sur une population d'entrepreneurs, de managers, de dirigeants d'entreprise français. Donc tu vois, c'est pas un test qu'on tente d'adapter des États-Unis avec des biais culturels et cetera et c'est un test de performance. C'est-à-dire que quand tu fais le test, ben tu sais où tu sais pas, tu comprends ou tu comprends pas la logique émotionnelle. Ça c'est comme quand tu vas chez ton psy faire un test de quotient intellectuel, tu fais un test de Wechsler ou les matrices de Raven, bah tu sais ou tu sais pas. En fait, il y a des logiques, tiens, quelle est la suite logique de cette de ce que vous voyez là, de cette image ? Bah, il y a des gens qui sont plus capables que les autres et bien d'avoir la bonne réponse. C'est la même chose pour le quotient émotionnel. Donc, on peut le mesurer objectivement. Et moi, j'ai créé, enfin, on a créé avec ma collègue Lisa Bellingusen ces tests là tout simplement parce qu'on en avait un peu marre de voir tout ce qu'il y a sur le net où tu as des tests dit auto-évaluatifs. Tu vois, tu vois ça ou dans des magazines, on dit euh tiens, c'est des tests, il y a une affirmation qui est faite de toi. "Je suis à l'écoute d'autrui." Sur une échelle de 1 à 7, dis si tu es d'accord ou pas avec l'affirmation qui est faite de toi. Bon, si tu veux pas passer pour un sociopathe, si tu veux euh tu vois, enfiler le collant bleu, la cape rouge et avoir une espèce de posture super-héroïque en terme d'intelligence émotionnelle, bah tu vas plutôt avoir tendance à répondre 7 pour te montrer beau d'un point de vue intelligence émotionnelle aux yeux des autres. Mais en réalité, ces scores là, ils valent pas grand-chose parce que c'est toi une vision idéalisée de toi et on sait que l'être humain est peu capable d'objectivité vis-à-vis de lui-même et il cède souvent à la désirabilité sociale. Donc ces tests là, on a voulu créer autre chose. Donc ça nous a pris des années, des années. On a développé ça, on a publié ça, on a validé ça dans des tops revues en psychologie internationale et aujourd'hui concrètement, tu peux passer en 25 minutes. 25 minutes, he parce que là aussi, quel est le temps de cerveau disponible d'un entrepreneur ou d'un manager ? On pourrait pas faire des tests de 2h, c'est impossible. Donc en 20, 25 minutes, tu peux passer ces tests là. Donc faut aller sur le site he génération-q.com et là tu as un diag, tu as 20 pages, un rapport automatisé qui te sort une espèce de toile d'araignée avec 11 scores et là tu te situes et tu sais quelles sont les dimensions à renforcer. Et mes collègues forment aujourd'hui des psychologues, des docteurs en psycho, des coachs, euh des consultants à l'outil et donc à accompagner notamment des entrepreneurs, des managers bah pour développer ces compétences parce que pour répondre précisément à ta question, le vrai message d'espoir, c'est qu'on peut développer ça. Je te parlais avant du quotient intellectuel, intelligence analytique. Globalement, après tes études, tu fais un test de QI, tu en refais un à, allez, on va dire, tu en fais un à 25 ans, tu en fais un à 35 ans, à 45 ans, à 55 ans, à 65 ans. Si tu n'as pas appris les bonnes réponses, si tu n'as pas eu accès aux bonnes réponses et que tu les as apprises, et ben derrière ton score sera à peu près le même. Donc tu ne vas pas vraiment évoluer là-dessus. Pareil, allez, avant tes 25 ans, tes traits de personnalité sont globalement figés. Et quand tu sais qu'en plus que 30 à 60 % de tes traits persos sont hérités, si tu as une personnalité toute pourrie, il te reste plus qu'à faire un procès à tes parents ou à tes grands-parents, quoi. Donc globalement, tu vois, là, le message d'espoir sur développer sa personnalité, développer son intelligence analytique, bah il n'y en a pas en fait. Développer son intelligence émotionnelle, on sait qu'on peut le faire. Il y a une étude récente qui te montre que même après 65 ans, tu peux continuer à développer tes compétences émotionnelles. Et donc là, là, c'est extraordinaire. C'est-à-dire, tu te tu te testes un test, ça reste un test, he, c'est une photographie à un instant T. Et moi ce que aujourd'hui, je trouve assez extraordinaire, c'est que ce dessin là qui est juste un point dans le temps, tu peux l'animer. Donc cette photographie peut devenir un dessin animé et tu peux faire bouger les lignes. Tu peux développer tes compétences émotionnelles et accéder en fait à tous les bénéfices dont je parlais précédemment.

À quel moment de ta vie tu te passionnes pour ce sujet ?

J'ai un alors moi, je suis issu d'une famille d'entrepreneurs dans le milieu agricole et qui ont peu de diplôme, des self-made, tu vois. Ils se sont fait d'ailleurs, j'avais un grand-père qui était qui a hérité de dettes de son de son père qui qui a vécu des choses un peu un peu complexes avec tu vois la libération. Je le raconte ça dans un bouquin, mais il avait une sœur et à la libération, donc tu as les soldats américains qui viennent et pour fêter ça, tu vois, ils sont tous un peu avinés, ils boivent beaucoup et à un moment, tu as tu as un des gars qui sont dans leur cour, hein, de de ferme et qui nettoie son son fusil et en nettoyant le fusil, le coup part et tue en fait la sœur de mon grand-père. Et je crois que ça ça a été pour lui un espèce d'électrochoc et il en a fait quelque chose de positif. Tu peux faire d'un trauma quelque chose de positif. Il y a aussi des techniques, il y a des thérapies qui existent là-dessus. Il y a des accompagnements qui te permettent ça. Et et il a finalement à partir de ce moment-là, c'est lui qui me le dit, il a toujours raconté ça étant petit. Il dit "Ben en fait, j'ai commencé à suivre mon intuition et en fait l'intuition a différentes formes d'intuition, mais une des formes d'intuition, c'est l'intelligence émotionnelle." Donc si tu veux, moi un des récits fondateurs de ou en tout cas qui m'a donné l'envie d'étudier tout ça, c'est mon grand-père en fait. Et je vois mon père entre guillemets hériter de ça, de cette culture de l'intuition, prenait des décisions comme ça en disant "Tiens, je le sens là, une sensation plaisante, déplaisante, je vais aller plutôt dans cette direction." Plutôt que que dans une autre direction. Et je me suis dit "Bah attends, il y a peut-être moyen d'étudier ça d'un point de vue scientifique." Et là, j'ai commencé à lire des choses et cetera, faire un doctorat.

Tu avais quel âge à ce moment-là ? Postdoc ?

Écoute, j'étais j'étais assez jeune parce que le tilt, je l'ai eu. Alors, j'ai toujours en plus aimé écrire, tu vois, je me suis dit, je veux être écrivain aussi. Ça c'était ma passion première. Mais écrire sur quoi ? Est-ce que tu veux écrire des romans fictifs ? Est-ce que tu veux écrire ? Enfin, il y a plein de choses à écrire. Et je dis "Non, en fait bah à 12, 13 ans, je commençais déjà à écrire des scénarios. J'avais des correspondances avec des groupes de rap. J'écrivais des chansons pour eux à l'époque, des grands groupes." Enfin, j'écrivais dans ma tête, he, mais je leur envoyais la. Ils ont jamais créé de chanson à partir de ça. Et et derrière, je me suis dit "Bah, en fait, mais très tôt à l'adolescence, je me dis je vais je vais bosser sur ces thématiques là et je vais écrire des livres en plus là-dessus." Donc ça a été le vrai tilt et je le vois aujourd'hui, c'est dans le pays de Descartes. Alors moi j'adore Descartes parce qu'on en fait une caricature et cetera. Euh mais dans le pays de Descartes, c'est vrai que l'émotion, tu vois, tu ne la voyais pas trop. Il y a quelques années encore, dans l'éducation nationale, tu n'avais pas trop accès à ça. Alors, de plus en plus maintenant, il y a des initiatives et il y a des profs qui font des trucs géniaux, que ce soit dans le public, dans le privé, donc c'est top. Mais mais si tu veux, voilà, le déclic, je l'ai vraiment eu à l'adolescence et et je me suis dit bah peut-être que ça peut aider les gens aussi.

Hm hm. Et tu as trouvé la réponse ?

Bah, tu sais, les réponses, on les cherche tout le temps, surtout quand tu es chercheur. Mais ouais, quelques-unes de ces de ces réponses, je les ai eues. Notamment, bah tu vois, quand quand tu crées un test psychométrique, que tu arrives à à créer un point de départ pour les gens, que tu crées des formations derrière et que tu as des personnes qui te disent à un moment "Bah moi, j'étais presque handicapé émotionnellement." Quand tu faisais un 360 par exemple avec des chefs d'entreprise, tu allais voir l'assistant ou l'assistante, tu allais voir des membres du comité de direction ou des personnes et qui disent "Mais en fait, le gars émotionnellement, c'est sec quand il parle, ça en fait mal à la gorge en fait. Aidez-le quoi. C'est c'est compliqué." Et quand quand tu vois que bah après des formations, après que la personne a vraiment conscientisé qu'il y avait ça ou ça à travailler sur cet aspect-là dans ce registre émotionnel et que les gens te disent "Mais attends, il a été transformé en fait, c'est quelqu'un d'autre." Bah là, tu dis "Ouais, il y a il y a du sens en fait à à ton métier et toi-même tu te développes. Toi, tu te travailles aussi toi-même sur ces aspects-là." Ouais. Ça te permet d'évoluer, de grandir et euh beaucoup de gens qui nous écoutent sont des entrepreneurs. Euh quand tu es entrepreneur, même quand tu ne l'es pas, mais en particulier quand tu l'es, tu dois prendre des décisions complètement tout le temps. Euh tu dis que les émotions guident décisions, toutes nos décisions, même stratégiques. Euh pourquoi ?

Écoute, déjà moi, je ma thèse, ma thèse de doctorat, je me suis dit "Tu travailles sur les émotions, sur l'intelligence émotionnelle, tu vas aller démontrer quelque chose, un phénomène qui se produit dans l'entre du rationalisme." Et là, je suis allé rencontrer des grands patrons du CAC 40. C'est la première fois que des grands patrons du CAC 40 euh bah faisaient des tests comme ça. Je les mettais dans des situations critiques, tu vois, où ils étaient un peu bousculés et cetera, et ils devaient délivrer des discours face à une crise que traversait leur entreprise. On mesurait leur niveau d'intelligence émotionnelle avec les outils de l'époque qui étaient imparfaits. C'est pour ça aussi que on a voulu en en développer d'autres et cetera. Et je me suis dit "C'est fou parce que ces personnes-là, je ne sais pas pourquoi encore aujourd'hui quand je leur ai dit 'Écoutez, je veux voir ou je veux observer le rôle des émotions dans votre métier', globalement quasi, enfin, plus de la moitié du CAC 40 dit 'OK, banco, on y va.'" Donc c'est que ça a résonné chez eux en fait cette dimension émotionnelle. Et quand tu as Bertrand Collomb à l'époque, qui est le qui était le PDG emblématique de Lafarge, qui m'a soutenu depuis le début dans dans mes travaux, qui me dit "Mais moi, quasi toutes mes décisions stratégiques, elles ont été prises sur un feeling." Attention, derrière le feeling, ce n'est pas un truc imaginaire. Le feeling, ce qui vient nourrir ton émotion, c'est des choses factuelles. C'est une lecture dans un magazine. C'est tu vois, tu entends une bribe dans une discussion entre deux personnes qui sont en train de parler, par exemple, de la géopolitique ou de l'évolution économique de telle ou telle caractéristique du marché et cetera et cetera. Et tout ça mis bout à bout fait que ça crée une émotion chez toi qui te donne une direction à suivre, tu vois, en disant "Eh non, là, faut pas y aller, là, faut plutôt y aller." Et quand il dit "Bon, tiens, ben nous quand on décide d'aller à la chute du mur de Berlin, ben investir euh en Allemagne dans des endroits qui étaient avant sous l'égide euh de l'ex-Union soviétique, et tu dis 'C'est faut y aller' parce que tous les paramètres financiers, tous les critères financiers, toutes les analyses financières montraient qu'il fallait surtout pas y aller à ce moment-là. Non, en fait, je pense qu'il faut y aller." Ou pareil, quand Louis Schweitzer, qui est qui était le PDG emblématique de Renault euh me dit "Mais en fait, tu sais, quand moi je décide de lancer la Logan qui a été un énorme succès commercial, tu sais, low cost et tout à l'époque, et que j'ai tout, tous les financiers, tous les analystes financiers qui disent 'Mais qu'est-ce que tu fais ?' et cetera." Et lui dit "Ben non, on va y aller." C'est une décision qui reposait sur à la base aucun avis financier et que c'est une réussite de fou. Tu te dis effectivement, l'émotion, elle vient guider tes choix et souvent lorsque tu es capable aussi de faire le tri parce que tu as aussi des émotions parasites, hein. On sait aujourd'hui que 9 peurs sur 10 que tu ressens, c'est des décors en carton-pâte à la Rouss. C'est faux en fait, tu souffles dessus, c'est un château de sable qui s'effondre. Mais quand tu es capable de faire ce tri là pour n'entrevoir que l'émotion qui est vraiment utile, qui vraiment te dit un truc important, un instant T de ce qui se passe dans ton environnement, bah là, tu as un avantage sur les autres quoi.

Comment on fait pour faire ce tri ? Parce que tu l'évoques, on peut se faire facilement tromper, biaiser par ses émotions. Des biais émotionnels, il y en a énormément, souvent négatifs. Tu as raison. Comment on fait pour faire le tri ?

Déjà, l'intelligence émotionnelle te pousse à être ouvert aux nouvelles expériences et c'est en mettant un pied dans la porte de ces nouvelles expériences qu'en fait, tu vas mieux comprendre le monde, hein, tout simplement. On est on est tous des explorateurs, simplement certains refusent ce statut d'explorateur. On est tous des Indiana Jones en herbe. C'est pour ça que je travaille aussi avec des chasseurs de trésors, dont celui qui a inspiré Spielberg pour le personnage d'Indiana Jones. Et et tu dis "Mais en fait, à force de pas explorer le monde, et bien derrière effectivement, tu ne décides plus, tu délègues la décision et donc d'un coup bah il se passe pas grand-chose." Donc moi, si j'ai un conseil à donner, c'est être ouvert notamment à la surprise. La surprise, c'est une émotion un peu particulière. C'est une émotion de base qui est très particulière parce que tu la retrouves même pas au casting de Vice-Versa, ni du 1 ni du 2. Elle est tellement spéciale cette émotion que certains chercheurs disent "Wouah, par quel bout je la prends, c'est un peu compliqué et cetera." Et je vais te raconter une petite anecdote pour te montrer à quel point elle est puissante cette émotion. Donc il y a quelques temps, donc moi je suis prof à Lyon, je voilà, je suis souvent sur mon lieu de travail et un jour je passais mais vraiment en coup de vent pour aller récupérer des articles de recherche à mon bureau, mais vraiment 5 minutes, tu vois. J'avais plein de trucs de prévus. Et là, j'arrive devant mon bureau et il y a un type qui m'attend que je connais pas, il me dit "Ah bonjour Christophe, je viens d'assister à une conférence, j'ai lu deux trois de vos bouquins, c'est intéressant. Moi, je voudrais qu'on puisse discuter." J'ai "Ouais, mais là, j'ai juste pas le temps parce que je suis vraiment vraiment pressé." 1 heure plus tard, je suis toujours avec le gars, il avait réussi à hacker un peu, tu vois, mon mon cerveau. Moi, spécialiste des émotions, je connaissais rien de lui. Lui, il connaissait à peu près tout de moi. Et je repars et le type me dit au bout d'une heure, il dit "Ah bah rendez-vous dans quelques semaines." "Ce mec est fou quoi." Donc je repars et il se trouve que quelques semaines plus tard, je donne un cours et là, je suis à la pause de mon cours et là, j'ai vraiment que 5 minutes, tu vois, je vais checker deux trois mails, après je retourne dans mon amphithéâtre et cetera. Et là, il y a de nouveau ce type qui s'appelle Laurent qui m'attend et j'ai vraiment pas le temps. Non, je veux pas t'embêter, mais à la fin de la journée, je t'attendrai sur le parking de l'école et avec une belle surprise. Ce mec est fou. Donc je je repars, je finis mon cours, il est 17h30, 18h, je dois partir à la base parce que j'ai une soirée avec des copains dans Lyon et cetera. Et là, j'étais dans un peu, enfin, dans l'Ouest Lyonnais et là le gars m'attend. Grande voiture, tu as vitre teintée et cetera, adossé à la bagnole. Il dit "Bon, on y va." Et là, parce que je suis ouvert à la surprise et parce que intuitivement, je fais le pari qu'il ne va pas me prélever, me prélever un organe ou un rein ou qu'il ne va pas me kidnapper en fait, je décide de rentrer dans la voiture et là, il y a un autre type à l'arrière de la voiture et je dis "Bonjour Christophe." Il me dit "Bonjour Thierry." Je dis "Qu'est-ce qu'on fait là ?" Il me dit "J'en sais rien. On fait 1 heure, plus d'une heure de route, on sait pas où on va. On sait toujours pas qui conduit la voiture." Et là, on arrive dans un espèce de d'endroit, un grand domaine, tu vois, un petit Relais & Châteaux et euh là, il y a plein de personnes en costume cravate. Donc je me dis "OK, je reconnais deux trois personnes euh deux trois entrepreneurs assez influents de la région euh lyonnaise." Je dis "OK, donc il doit y avoir une soirée, quelque chose comme ça." Donc là, le fameux Laurent nous amène dans une salle, il prend deux feuilles de papier qu'il place en chevalet. Il écrit Christophe Hag, Thierry Rogon. Donc c'était l'autre personne qui est un chef d'entreprise assez connu dans la région lyonnaise. Il met les deux chevalets, il fait prend le micro, il ramène les troupes, il fait "Bon bah, j'ai vraiment le plaisir aujourd'hui d'accueillir Christophe et Thierry. Donc Christophe va vous donner en exclusivité une conférence sur l'intelligence émotionnelle des dirigeants." Pof. Et je le regarde le type, je dis "Wouah, déjà pour gratuit, je me marre intérieurement." Donc je délivre la conf, tu vois, pendant 1h30, ça se passe très très bien et tout et à la fin, tu as un cocktail. Et là, Laurent vient voir, il fait "Tu as deviné le métier que je faisais ?" Et là, je le regarde et j'ai instantanément en image comme ça mentale un truc qui m'apparaît et c'est celle de James Bond et tous les tous les espions qu'on connaît. Et je lui fais "Bureau des Légendes." Il me fait "Ouais." Et il se trouve que ce type était effectivement Mathieu, c'est le Mathieu Kassovitz, il a passé en plusieurs années en Russie, même job, incognito et cetera. Et donc il a essayé de me prouver par A + B, ben qu'il était capable de me hacker le cerveau émotionnellement parce que c'est son taf en fait, c'est son métier. Et donc ce qui est assez fou, c'est que donc après on rentre, il est tard le soir, il me dépose chez moi et là je me mets dans mon canapé et je regarde euh je sais pas si tu l'as vu ce film, The Game. Ouais. Bien sûr, avec Michael Douglas. Je veux pas le spoiler, mais c'est un type qui déteste les surprises. Ouais, c'est un maniaque de la finance et cetera qui qui a une vie qui est tout est calculé, il y a une routine, tout est standardisé. D'ailleurs, tout le monde le fuit en fait, son ex-femme plus. Enfin, bon, bref, plus personne lui parle et son frère lui offre The Game, un jeu où il va aller de surprise en surprise et à la fin, sans trop spoiler, mais en fait, ce gars-là renaît de ses cendres. Et moi, je me dis à ce moment-là, je me dis "Mais en fait, c'est ça la surprise, c'est ce qui permet la catharsis. C'est ce qui permet de renouveler tes pensées. Ta vision du monde. C'est tout souffle. C'est souffle." Et quand tu mets une pièce dans la machine et que cette pièce, c'est la surprise, donc que tu es ouvert aux surprises et cetera, et bien ça crée chez toi un élan motivationnel. Ça te permet de retrouver le fameux goût de la vie, le goût des autres. Et là, tu commences à entreprendre. Donc moi, le conseil, alors c'est c'est un peu long pour arriver à ce conseil, mais le conseil que j'ai à donner à aux entrepreneurs, c'est accueillez la surprise, produisez de la surprise auprès de vos équipes, même dans vos présentations. Tu as une présentation à faire, crée du suspense et cetera et cetera. La surprise, elle augmente la production neuronale, la production de nouveaux neurones. Elle pousse les personnes à revisiter l'existant, à aller plus loin dans leur pensée, à explorer encore plus finalement leur univers. Et c'est là où tu vas mettre le doigt sur une pépite, sur une idée ou un bébé idée qui va te permettre peut-être de transformer ton business ou de transformer ta manière en fait de voir les choses.

Hm. Quand tu me racontes cette histoire justement, je me dis que maîtriser les émotions tel qu'il l'a fait où tu dis "il est rentré dans mon cerveau, il a hacké mon cerveau", c'est comme un super pouvoir. Euh tu peux littéralement euh euh presque faire ce que tu veux ou en tout cas transmettre le message que tu veux. Euh et comment on fait pour l'appliquer à soi-même ? C'est-à-dire la gestion émotionnelle. Euh à quel point on pourrait euh s'autohacker le cerveau pour mieux gérer ses émotions en tant qu'entrepreneur où on est soumis à du stress, on est soumis au doute, on est soumis à des peurs, que ce soit pour se lancer également pour avancer, grandir, mais lorsqu'on fait face aussi à des enjeux, à des challenges importants, est-ce qu'on peut se hacker soi-même ?

On peut s'autohacker et je pense qu'on peut s'inspirer de personnages QE++ comme je les appelle, donc d'individus qui ont un quotient émotionnel largement supérieur à la moyenne. Ce sont des experts qui ont des scores sur nos échelles de mesure supérieures à 130 et eux, ils représentent pardon, moins d'1 % de la population. Moins d'1 % et eux, ils ont accès à tous les bénéfices dont je parlais précédemment. Et quand tu les écoutes, et moi c'est mon rôle en fait. J'essaie par exemple de C'est pour ça que je moi, je parcours le monde à la recherche de ces individus, de ces spécimens, de ces OVNI psychiques. Et ces personnes-là, quand tu les entends, quand ils partagent deux trois choses avec toi, comme quand ils ont eu à gérer des situations vraiment hyper stressantes, et bien là, tu captures en fait l'information. Et c'est pour ça que je vais te donner un exemple, mais parmi d'autres. J'ai fait la rencontre d'un type qui s'appelle Captain Hawk. Donc c'est une méga star aux États-Unis. C'est un ancien BERT, ancien membre des forces spéciales, ceinture noire de judo, et d'intelligence émotionnelle. Et le gars, il parle 7 langues, il est un master en psycho, enfin, parcours de fou. Et il est aussi star de la télé américaine parce qu'il crée des émissions de survivalisme. Tu sais, un peu comme Bear Grylls, Man vs Wild. Bah lui, c'est le père spirituel de Bear Grylls. C'est le du survivalisme d'un point de vue médiatique et hyper sympa ce gars. Et Captain Hawk, il me racontait la chose suivante, il me disait "Mais tu sais, un jour, donc il était dans un groupe commando et il survolait comme ça, devait survoler en tout cas un territoire et pour aller repérer un camp de base. Et pour ce faire, ils avaient emprunté un jet privé d'un baron de la drogue." Donc déjà, ça commence un peu bof. Et d'ailleurs, avec toute la cargaison à l'intérieur, et c'est un bimoteur et donc il survole comme ça ce territoire ennemi. Et à un moment, tu as une panne sur un des deux moteurs. Donc là, tu as le pilote chevronné, il sait faire, tu vois, 20, 30 ans dans les forces spéciales, il sait maîtriser son engin. Sauf que quelques secondes plus tard, deuxième panne moteur. Alors là, je peux dire que c'est "Panique Room" à l'intérieur. Ils ont beau être super entraînés, ils ont beau avoir un mental de fer, c'est compliqué parce que en quelques secondes.

L'avion, il va se cracher et c'est voilà, c'est la fin en fait, le le rideau qui tombe. Et à ce moment-là, Captain Hawk a un espèce de réflexe. Alors, ce n'est pas un réflexe, mais je le dis comme ça. Il va se mettre à pratiquer l'autodérision.

Il commence à se dire : "Mais les gars, mais imaginez les gros titres dans la presse le lendemain ! La crème de la crème des forces spéciales se crashe à l'intérieur d'un jet privé d'un baron de la drogue. Tout le monde est mort dans un nuage de cocaïne. Enfin, honte absolue ! Tu n'as pas envie d'avoir ça gravé sur ta pierre tombale quand tu as fait leur parcours."

Et là, autant la peur est contagieuse, autant les émotions liées au rire le sont aussi. Et donc là, tout le monde se marre. Ça libère. C'est très fraudien ce que je veux dire. Ça libère de la tension psychique. On se détend un petit peu.

Et là, tu as le pilote qui se redresse, tu vois, il reprend et récupère les 15 cm qu'il avait perdu quand il a compris qu'il y avait la panne sur les deux moteurs. Et là, il a un espèce de réc, il a un tilt et une image à nouveau mentale. Et il se voit en fait, tu vois. Il dit : "Tiens, attends, il y a 3 km de là, j'ai juste survolé une zone sur laquelle on pourrait potentiellement atterrir sans se faire canarder par les forces ennemies."

Donc, il décide de faire demi-tour. Il sort sur les courants ascendants, descendants, il fait comme il peut, ils atterrissent et finissent tous sains et saufs.

Là, c'est l'autodérision qui est propre aux individus émotionnellement intelligents qui les a sauvés. Parce que quand tu pratiques ça, tu actives certaines zones du cerveau qui sont directement responsables de la production de nouvelles idées et notamment d'idées adaptatives. Et en plus, tu vas déclencher une pompe à endorphine qui va te permettre de faire quoi ? De te sentir et physiquement et psychiquement fort. Donc, en gros, tu es prêt à affronter la situation et en même temps, tu rentres dans un schéma mental qu'on appelle la pensée latérale.

Alors, c'est un vieux concept, mais qui est toujours d'actualité et qui te fait dire que l'enjeu ne doit pas tuer le jeu. Ce n'est pas parce qu'il y a énormément d'enjeux pour toi que tu ne dois pas être récréatif, ludique, que tu ne dois pas jouer avec les éléments qui viennent à un moment comme ça te calèche. Et les personnes qui ont compris ça, donc les individus émotionnellement intelligents qui le font, ça tout le temps va arrivent à se à sortir de ce que tu pourrais penser être une impasse en fait.

Donc, tu vois, c'est en fait, c'est en s'inspirant de personnages comme ça que tu comprends. Moi, il y a un terme que les Américains utilisent, que j'aime beaucoup, c'est le verbe "to Houdini", tu vois, en référence à Harry Houdini, qui est ce magicien extraordinaire, cet illusionniste qui était le papa de l'escapologie. C'est l'art de s'évader.

Et il se trouve qu'à l'époque, Harry Houdini, à son siècle, il en proposait plein de défis et notamment à la police de Chicago. Il leur disait : "Bah les gars, enfermez-moi dans une cellule, vous pouvez me noter, vous pouvez tout fermer à triple quadruple tour. Vous verrez, en moins de 30 minutes, je serai capable de sortir de cette prison, de m'évader." Généralement, il y arrivait en moins de 3 minutes.

Et le secret d'Houdini, c'est qu'il avait rencontré un type sur une foire, un avaleur de sabre, qui lui avait donné un voilà, le petit truc. Il disait : "Bah tiens, il faut que tu mettes quelque chose dans ton œsophage et ça te permettra de..." Bon, bref, tout ça pour dire que Harry Houdini n'était jamais aussi prisonnier qu'il n'y paraissait.

Et c'est la même chose pour nous. C'est on se croit quelquefois prisonnier d'une situation. On se dit : "Il y a pas de solution à ce qui est en train de se produire." C'est la fin des haricots, comme disaient les anciens, l'ancienne génération. Et en réalité, il y a une solution pour tout, sauf pour la mort. C'est ce que me disait Ivan Spratch, le fameux chasseur de trésors qui découvre des cités Maya, qui a inspiré le personnage d'Indiana Jones.

Et si tu n'as pas de solution en règle générale, c'est qu'il n'y a pas de problème. Tu vois, ça, c'est un truc que les entrepreneurs devraient méditer à chaque fois de s'endormir. S'il n'y a pas de solution à ton problème, que ça fait des semaines que tu remets dessus, en réalité, ce problème n'existe que dans ta tête ou dans la tête d'un espèce d'imaginaire partagé. Quand tu comprends ça, je peux t'assurer que tu fais des économies de temps cerveau disponible à autre chose. Tu vas pouvoir mobiliser ton cerveau vraiment pour des choses qui, bah voilà, qui te sont essentielles ou qui sont élémentaires pour ton business.

Mais tout ce que je te dis là, en fait, sont des choses simples en réalité. Moi, j'ai un il y a il y a quelqu'un qui à nouveau qui pourrait inspirer les entrepreneurs. C'est un paléontologue qui a disparu depuis, qui s'appelle, qui s'appelait Stephen Jay Gould, et qui écrivait comme ça des pages dans le journal Le Monde, mais qui était extraordinairement bien écrit. Et chaque page était un conseil, en fait, tu vois, à prendre au pied de la lettre.

Et lui disait une chose élémentaire. Il disait : "La vie préfère souvent la simplicité à la complexité. Ce n'est pas parce que tu as un discours qui paraît intelligent avec des tournures de phrases chiadées complexes, en utilisant des mots à quadruple sens, en cherchant une espèce d'esthétisme dans le discours pour séduire autrui, que ce que tu dis est vrai, que ce que tu dis est la réalité." Et moi, je suis intimement convaincu que les choses les plus simples sont les plus élémentaires pour le genre humain. Et cette émotion qui est du matériau brut, tu vois, il y a il y a pas plus concret, il y a pas plus pragmatique, il y a pas plus brutal en fait qu'une émotion. Bah quand tu parviens à maîtriser ce matériau brut, élémentaire, derrière, tu résous des problèmes extraordinaires.

J'aimerais revenir sur un point que tu as évoqué. Tu disais : "Il y a toujours des solutions." Euh, et s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème. Imaginons que, en ce moment même, tu as un entrepreneur qui nous écoute, il est face au plus gros problème de sa vie. Euh, il se dit que c'est insurmontable, sait même pas comment il va pouvoir s'en sortir finalement. Mais le problème, il est sous ses yeux. Donc, il existe selon lui. Il prend toute son attention. Il se dit que ça, il est en panique, comme la personne que tu as évoquée tout à l'heure dans son avion. L'autodérision ne suffit pas à lui permettre de trouver potentiellement une solution dans ce cas précis. Qu'est-ce que tu lui recommanderais de faire pour peut-être avoir la lucidité de se dire : "OK, en réalité, il existe des solutions, je prends du recul, voici mes options et je peux maintenant choisir de manière plus rationnelle ?"

Déjà, de hiérarchiser son problème, parce que si ce qui semble insurmontable pour toi-même, en réalité, si tu te compares à quelqu'un qui a vraiment vécu des situations qui sont peut-être d'un point de vue intensité émotionnelle au cube de ce que toi tu as vécu, ça te permet de relativiser. Et là, je vais te répondre à nouveau par une anecdote.

Il y a quelques temps, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a vraiment bouleversé, mais vraiment au sens émotionnel du terme, parce que je dis : "Wouah, on peut être capable d'autant de résilience et être capable de solutionner un problème d'ordre vital en fait." Et cette personne, elle s'appelle Annette Herfkens. Je sais pas si tu en as entendu parler. Elle a écrit un bestseller mondial il y a quelques années.

Et il se trouve qu'Annette Herfkens, donc on est dans les années 90, elle a une trentaine d'années, elle est folle amoureuse d'un type qui s'appelle Patch, qui est un financier lui-même. Et Annette Herfkens, elle est l'une des premières traders femmes européennes à Wall Street. Donc, tu vois, mécanique intellectuelle plutôt bien huilée.

Un jour, Patch, qui compte lui demander en mariage, l'invite dans une station balnéaire vietnamienne. Et pour se rendre à cette station, bah, il faut prendre un petit avion, un YC-40. Petit conseil : ne prenez jamais un YC-40, parce que c'est l'avion, un des avions les plus dangereux au monde. Donc, elle a l'intuition qu'il ne faut pas monter dans cet avion. Bah, elle le fait quand même. Tu vois, des fois, on fait des conneries par amour. Là, elle en a fait une belle, une belle boulette. Mais pour lui faire plaisir à Patch, elle monte dans le YC-40.

Et cet avion se crashe en pleine jungle vietnamienne. Et Annette Herfkens va être la seule survivante du crash. Tu vois, niveau problème, déjà, entre ton problème d'entrepreneur et un problème de "je perds l'amour de ma vie et je suis toute seule dans la jungle avec les deux jambes brisées, un poumon perforé, la mâchoire cassée et tout un tas de bêtes féroces qui en veulent à ma masse musculaire". Déjà, là, ça te permet un peu de relativiser le propos, tu vois.

Et comment est-ce qu'elle s'en sort ? Comment est-ce qu'elle solutionne son problème ? Anfun, donc, en échange, pendant plus d'un an et demi, des échanges de fond, en fait, tu vois, pour vraiment accéder à cette fréquence d'intimité moi qui me met en connexion avec les personnes qui viennent nourrir mes livres, mes articles de recherche et cetera. Et là, elle me dit : "Mais ce qui est fou, c'est que je n'ai jamais été paralysée par la peur, jamais été angoissée par ce problème avec lequel elle vivait à H24, tu vois. Elle a passé 8 jours dans la jungle vietnamienne avant d'être secourue." Donc là, tu vis avec ton problème comme un entrepreneur, matin et la nuit, mais à nous, c'est un problème XXL, là.

Et je dis : "Tu n'as jamais été paralysée par ça, tu n'as jamais eu de doute ?" "Non, parce qu'en fait, ce qui s'est produit dans ma tête, alors c'est une image, hein, c'est un peu ce qu'on voit dans Harry Potter." Et là, elle me dit : "Mais quand le jeune sorcier, quand Harry Potter, il est attaqué par des monstres, il va faire un "expectatronome", tu vois, un patronus, il va invoquer un sortilège et là, il y a une espèce de bulle de protection qui va l'entourer et qui empêche quelque part le négatif de l'atteindre."

Et de quoi est composée cette bulle de protection ? À nouveau, c'est une image, hein, mais cette bulle de protection, elle est composée de souvenirs émotionnellement plaisants, de bons moments passés avec ses parents biologiques et qui ont été inconsciemment stockés dans sa mémoire. Pas conscience de tout ça, et ça revient comme ça à la surface. Et Annette Herfkens, elle me dit : "Mais tu sais ce qui m'a sauvé dans la jungle vietnamienne, de la folie, de la panique, de la crise panique et cetera, de me laisser aller à mourir ?" Après, ça va très, très vite, hein. Ce qui m'a permis de garder un esprit combatif, ce qui m'a permis de solutionner le problème, d'être capable de trouver de l'eau de manière, tu vois, assez finalement fluide et cetera.

Et bien, ça a été de penser à toutes les interactions que j'ai eu avec les autres. Et elle me dit : "Ce qui m'a sauvé dans la jungle vietnamienne où je suis toute seule, ce sont les autres." Donc, le conseil que j'ai à donner moi aux entrepreneurs qui se retrouvent un moment face à un problème fou, c'est : investissement dans autrui, parce que le meilleur retour sur investissement, il est d'ordre affectif.

Quand tu te retrouves dans des circonstances où à un moment tu es là, tu es un peu pris, voilà, au piège d'une situation et cetera, ta première ressource pour trouver une solution, c'est de penser à autrui. Et si tu vis un peu de manière très "me myself and I", de manière très autocentrée, de manière très narcissique, de manière très "Ouais, je pense qu'à moi", et j'investis jamais de temps de cerveau disponible dans les autres. Je passe pas de moment avec mes enfants, avec mes petits-enfants, avec mes amis, avec ma conjointe, mon conjoint, avec des parents proches et cetera et cetera. Et ben là, tu alimentes pas ta base de données de souvenirs émotionnants. Et il se trouve que quand tu sais que tu as ça en toi, que tu as vécu tous ces moments-là, et bien derrière, tu te redresses. Et comme le pilote d'avion que j'évoquais précédemment, bah à un moment, la solution elle vient, mais de manière quasi magique. C'est pour ça qu'en plus, j'utilise l'image de d'Harry Potter, ça vient automatiquement.

Donc, il faut sans rentrer dans des plans très concrets dire : "Attends, on va structurer la pensée comme ceci, comme cela, on va l'organiser, on va tenir un journal, on va faire ceci, on va invoquer du conseil, du machin." Non, les choses les plus simples sont les plus élémentaires pour se décader d'une situation. Investis dans l'autre et tu auras un retour sur investissement affectif. Et ça, on ne le fait pas assez dans cette société qui est beaucoup trop égocentrée.

Ça me permet justement de rebondir sur ma question suivante. Tu le dis qu'on ne le fait pas assez dans notre société. Si on ne le fait pas assez, c'est peut-être parce qu'on ne se rend pas compte de la valeur que ça. Donc, les émotions sont sous-cotées par beaucoup, malheureusement. Pourquoi, selon toi ?

Tu sais, il y a plein de raisons. Ça peut être ton background éducationnel, que tu as grandi dans une famille. Ça, c'est une notion que je développe en ce moment. Ça, on parle par exemple du coefficient familial qui mesure entre guillemets la capacité financière d'un foyer. Moi, je parle de QE parental, un autre coefficient qui te montre que bah ouais, si tu grandis dans une famille où les parents, ou au moins un des deux parents, a un quotient émotionnel élevé, déjà, tu as plus de chance dans la vie d'être sensibilisé à cette forme d'intelligence et à la développer tôt et donc à atteindre tes objectifs, à capturer tous ces bénéfices dont je parlais précédemment tôt dans ta vie. Donc, ça, c'est déjà un sacré avantage. On ne part pas tous sur la même ligne de départ.

Donc, tu as ça, tu as des facteurs génétiques. Tu sais aujourd'hui qu'il y a des des sublimes papiers de recherche qui ont été publiés dans Nature ou dans d'autres grosses revues scientifiques, notamment un papier comme ça qui a été voilà, qui portait sur 14 espèces de vertébrés, dont Homo sapiens, et qui te montrait que globalement, lorsque une maman, par exemple, a eu un trauma dans son à son adolescence et que juste avant la conception, elle est méga stressée, et bien derrière, tu vas imbiber le petit être intra-utérin de ce surplus de stress, parce que là, en gros, sans rentrer dans le détail, mais normalement, il y a une espèce de "dougnier suisse" qui est censé transformer le stress, le cortisol de la maman en cortisone inerte pour le petit être. Et ben, là, ça ne se passe pas comme ça. Et il se trouve que bah derrière, un impact direct sur le développement cérébral et corporel. Et ben, à la naissance, l'enfant va avoir un rapport au stress totalement différent d'autres enfants. Il sera plus sensible, il sera plus stressé d'entrée de jeu. Ce qui fait que derrière, bah effectivement, il va falloir le reprendre un petit peu en main.

Alors ça, c'est la vraie, le vrai message d'espoir : plasticité cérébrale. On peut, une fois à l'air libre, travailler en fait les compétences émotionnelles et rectifier tout ça, avoir une action corrective. Mais à nouveau, on ne part pas sur la même ligne de départ.

Et ce qui fait que les personnes ont un rapport un peu distancié aux émotions, c'est que souvent, bah l'émotion, on pensait que c'était quelque chose, on pense que c'est quelque chose d'irrationnel. Mais depuis maintenant, allez, on va dire vraiment 40 ans, il y a tellement de travaux. Il y a toutes les semaines, il y a des papiers qui sortent en neurosciences sociales, en psychologie cognitive différentielle, qui te montrent à quel point l'émotion est utile pour l'être humain. Donc, il y avait aussi un côté méconnaissance du sujet pendant des années et des années. Et il y a aussi cette peur de, entre guillemets, ce qu'on pensait être irrationnel.

Et tu sais, quand je disais : "On est dans le pays de Descartes", bah ouais, l'idée, c'est quand même, tiens, les mathématiques et cetera et cetera, avant tout. Sauf que, entre-temps, ou en tout cas à la même époque de Descartes, tu avais un autre penseur que j'aime beaucoup, il s'appelle Spinoza, et qui lui disait : "Bah, en fait, il faut réconcilier la tête et le corps." Et aujourd'hui, la plupart des laboratoires de neurosciences sociales dans le monde, finalement, qu'est-ce qu'ils font ? Ils essaient juste de vérifier, de valider la pensée de Spinoza en disant : "Bah non, c'est totalement idiot de, tu vois, d'igotomiser en fait ces deux univers, en fait, ces deux mondes, l'intelligence et l'émotion." En réalité, ils se parlent constamment. Et aujourd'hui, il est impossible d'être un être rationnel si tu n'intègres pas tes émotions.

Ce que je te disais précédemment, parce que derrière, tu ne peux pas faire de choix. Et l'émotion, elle est facilitatrice dans ton mode de pensée, dans ta manière de raisonner et cetera. Et moi, j'ai longtemps conversé avec des astrophysiciens, des mathématiciens célèbres, et ils te disaient tous, certains médaillés : "Mais en fait, c'est moi ce qui m'a amené à cette découverte extraordinaire, bah c'est une sensation, un moment, une émotion, un feeling, quelque chose de désagréable, de plaisant, de déplaisant qui me dit : 'Attends, et là, il faut que tu abandonnes ça et que tu ailles plutôt vers ça.'"

J'ai un de mes livres qui s'appelait "La Poule Pâtude" et qui avait été un des parrains était un autiste savant, Daniel Tammet, qui avait, parmi d'autres exploits mentaux, réussi à réciter jusqu'à la 25ème décimale. Quand tu dis : "Mais comment tu es arrivé à cet exploit ?" Lui dit : "Ben, en fait, chaque chiffre, chaque combinaison de nombres, en fait, je les associe à des émotions et c'est comme ça que je retiens plus facilement finalement les suites, les séries et c'est comme ça que j'arrive à des exploits d'ordre mémoriel." En fait, l'émotion, c'est vraiment une alliée. Et quand tu as compris ça, effectivement, tu arrêtes d'être un peu, on va dire, réfractaire à tout ça.

Tu viens d'évoquer justement cette complémentarité parfaite et notamment dans des professions très concrètes, pragmatiques, rationnelles où c'est l'émotion finalement qui va aussi donner un indicateur clé pour pouvoir avancer. Euh, reparlons de la gestion des équipes. Euh, quand tu es entrepreneur, manager, dirigeant, c'est ton quotidien de devoir gérer de l'humain. Je me souviens plus du terme tout à l'heure, la chasse au toxique ou tu disais "Ouais". Les enflures toxiques.

Enflure toxique. Voilà. Exactement. C'est un vrai point, c'est un vrai sujet. Comment on fait pour éviter la contagion émotionnelle dans une équipe ? Parce que parfois, tu peux être à fleur de peau, tu peux avoir envie de ne pas être d'accord ou autre. Déjà, faut en avoir conscience. Comment on fait du coup pour en avoir conscience et éviter cette contagion émotionnelle qui peut tout sauf aider finalement ?

Alors, je vais moi, je vais le dire un peu différemment, parce que tu peux favoriser une contagion émotionnelle bénéfique. Euh, à nouveau, en fait, on a les références qu'on a dans Spider-Man. Tu vois, à un moment, tu as cette fameuse réplique : "Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités." Voilà, tu dis en même temps. Et ben là, quand tu as un poste à responsabilité, quand tu es le manager de cette équipe, on sait aujourd'hui que 50 à 70 % du climat émotionnel de ton équipe est directement lié aux états d'humeur et aux états émotionnels du manager, du chef de l'équipe.

Donc, là, tu as une responsabilité en tant qu'agent pathogène. Comment tu décides de contaminer les équipes ? Est-ce que tu en choisis positivement ou négativement ? Est-ce que tu as envie d'être un "Seigneur Sith" ? Où est-ce que tu as envie d'être un Maître Jedi ? Alors, être émotionnellement intelligent, ce n'est pas forcément être un Maître Jedi de manière absolue, parce que des fois, tu peux dire : "Ouais, c'est un peu chiant, il n'y a pas de relief émotionnel." On va dire un Maître Jedi avec des lunettes un peu rock, tu vois, et qui a une posture où il profite aussi de la vie. C'est c'est au-delà de ça.

Donc, là, tu as ça déjà, c'est quel type d'émotion tu décides à un moment de partager avec ton équipe, dans quel espace-temps, avec quelle intensité, face à quel objectif et dans quel type de situation. Donc là, et face aussi à quel type d'individu que tu as en face, des hypersensibles, des personnes qui ont plutôt un profil "Robocop", hermétique aux émotions, bah là, tu vas t'adapter aussi dans ta communication.

Donc, quand tu développes ton intelligence émotionnelle, derrière, ta communication s'adapte aussi, tout en restant authentique. C'est tu vois, on parlait avant de "hacker le cerveau d'eux". Quelqu'un qui est émotionnellement intelligent ne va jamais chercher à contraindre l'autre. Tu n'as pas une idée de manipulation, de malveillance. C'est-à-dire qu'un moment, quand tu communiques et que tu essaies de d'induire des émotions chez les autres, c'est en fait pour créer une situation de win-win, de gagnant-gagnant. Ça va ça va vous être profitable, mais aussi à moi et à l'organisation dans sa globalité.

Donc, ça, c'est quelque chose d'important. Et aussi être capable à un moment de décrocher. Moi, je vois tellement de personnes que ce soit au niveau groupal des équipes ou juste un manager ou un entrepreneur qui reste un peu en boucle, qui rumine le même problème depuis des semaines, depuis des mois et cetera, et ça, c'est hyper polluant en fait. Là, tu deviens en fait auteur et interprète de la toxicité et tu et à chaque fois, tu remets justement une pièce dans la machine pour entretenir tout ça.

Donc, là, il y a aussi la notion de deuil à intégrer là-dedans. Si tu veux, à un moment, si tu veux avoir une vie émotionnelle, à titre individuel ou collectif, qui soit saine, qui soit profitable, et bien derrière, il faut être capable de faire le deuil de soit quelque chose qui n'a pas marché, soit d'une idée séduisante mais qui, voilà, s'impose à toi de manière trop tôt parce que le marché n'est pas prêt et cetera.

Et cette notion de deuil, elle est intéressante parce que on est dans un monde où du transhumanisme où on veut repousser les limites de la longévité. On pense à des organes artificiels et cetera pour prolonger la vie. Tu as aujourd'hui plein de laboratoires dans le monde qui recherchent des produits pour paraître plus jeune, mais pour aussi avoir le corps de quelqu'un de plus jeune. Donc, pour à chaque fois repousser, repousser cette espèce de jeunesse. Donc, on essaie d'inventer une voilà, une fontaine de jouvence d'un point de vue biochimique.

Et le problème de ça, c'est qu'à un moment, tu élimines de l'équation de la vie la mort. Regarde même le rapport qu'on a avec les défunts, ça crée de plus en plus de distance. En fait, on n'a pas accès à certaines choses. On avait accès à ça il y a des années et cetera. Et quand tu élimines le deuil qui va avec la mort de l'équation de la vie, tu as plus de mal à digérer des émotions qui viendraient te perturber ou des moments émotionnels qui, à un moment, feraient qu'à un statut quo qui te paralyserait et cetera et cetera. Donc, ça, c'est hyper important.

Et pour te raconter une petite anecdote à ce sujet, moi, j'ai rencontré un type qui m'a marqué et qui s'appelle Damien Meuris. J'espère qu'un jour des producteurs hollywoodiens adapteront sa vie au cinéma, parce que ce gars-là a une vie folle en fait. Et donc, il témoignait dans un de mes bouquins qui s'appelle "Provoque ta chance", parce que le gars allait d'épisode malchanceux en épisode malchanceux, mais à chaque fois, il se relevait psychiquement parlant.

Il y a deux dates qui le caractérisent. Tu as bah les attentats du Bataclan. Donc, là, il était dans la fosse et il finit un moment, mais sans se premier du terme, sous décor mort. Mais il survit à ça. OK ? Il survit à ce moment tragique de sa vie. Et manque de bol, 3 ans plus tard, et là, on est le 11 septembre 2018, et bien là, il rentre d'une répétition avec son groupe de rock. Il est au volant de sa voiture, on est tard le soir, et là, il a un blackout total, mais accident de la route. La bagnole fait plusieurs tonneaux. Il se réveille face contre terre, à respirer de la poussière. Il est secouru par les sapeurs-pompiers. Il est amené à l'hôpital et là, on lui annonce qu'il a perdu l'usage de ses deux jambes.

Donc, tu vois, la nouvelle là, c'est terrible. Et là, Damien Meuris, il me dit, et c'est une chose qui est propre. Alors, chacun le dit avec ses propres mots, mais qui est propre, c'est un schéma mental qui est propre aux individus émotionnellement intelligents dans des circonstances de la sorte. C'est ultime d'un point de vue émotionnel. Dit : "Bah, tu te poses une question." Et la question qui s'est posée, la suivante, c'est : "Qu'est-ce que je suis prêt à perdre dans la vie ?"

Je vais te partager sa réponse. Dit : "Moi, j'étais pas prêt à perdre l'usage de mes deux mains, parce que le gars, il a la musique en intraveineuse, il joue de la gratte tout le temps. Sa guitare, c'est sa psychothérapeute quand il a un coup de blues, sans mauvais jeu de mots. Bref, il était pas prêt à perdre l'usage de ses mains." Il me dit : "Moi, j'ai, je suis pas prêt à perdre l'usage de mes petites cellules grises." Il dit : "Tout simplement, parce que par exemple, quand tu as des maladies neurodégénératives du type Alzheimer et cetera, ben à un moment, tu es souvent prisonnier du passé, ton présent un peu spécial, et ton futur est inexistant. En fait, la seule chose que j'étais prête à perdre, ce sont mes jambes. Basta."

On ne fait pas assez deuil dans sa vie. Quand il y a un truc qui ne marche pas, faut être capable de dire : "OK, je passe à autre chose." Et si tu n'es Et ça, c'est de la gestion émotionnelle, hein. Si tu es, si tu as des difficultés à gérer les émotions, tu vas avoir d'énormes difficultés à te détacher d'un échec en réalité.

Donc, tout ça pour te dire que quand tu pratiques ça, quand tu réinstaures du deuil dans ta vie, soit des micros ou des macro-deuils, non seulement tu avances plus vite, mais en plus, tu avances plus vite de manière équilibrée et tu es souvent en résonance avec tes valeurs, avec tes objectifs et cetera. Donc, ça, c'est aussi quelque chose qui est qui est fondamental.

Et moi, j'avais fut un temps une correspondance avec Stephen Hawking, euh, qui, à qui j'avais proposé de préfacer un de mes bouquins, mais malheureusement, bon, on connaît la suite. Et on échangeait comme ça par par mail. Et lui et d'autres physiciens, astrophysiciens et cetera, ont tous à peu près la même philosophie de vie. Ils disent : "Mais en fait, les gens ne se rendent pas compte que ce sont eux les gagnants du loto."

Alors, lui, il parle de l'auto cosmique, hein, parce que voilà, il est peut-être dans les espaces vraiment au sens astrophysique du terme. C'est nous les grands gagnants, sans se soucier de gagner à l'Euromillions, au machin. On est une espèce qui est capable d'avoir, on a un CDD de vie sur cette terre. On a cette chance folle sur plusieurs milliards de milliards d'êtres, d'être qui on est, d'être capable de verbaliser, de faire ce qu'on est en train de faire là, d'échanger, partager des émotions, d'avoir des passions, de vivre des choses folles dans la vie. Et la plupart des gens gâchent cette chance-là tout simplement parce qu'ils sont prisonniers de situations dans lesquelles ils ne font pas le deuil de finalement ce qui voilà, c'est une cristallisation de la chose. Donc, ça, c'est une notion qui est importante, parce que le rapport qu'on a aujourd'hui nous avec la mort, avec sa propre mort, il est très, très spécial et il peut être très handicapant.

Hyper intéressant ce sujet. Ça ça répond aussi en partie à justement la contagion émotionnelle positive, moins positive. Comment un leader peut devenir finalement un moteur émotionnellement positif plutôt qu'un frein pour ses équipes, pour son entreprise au quotidien ?

Faut qu'il se prenne en main, mais faut qu'il ait l'envie de se prendre en main. Et là, j'ai encore une anecdote pour toi. Il se trouve qu'il y a quelques années, donc je sortais un, j'avais sorti un livre que j'avais coécrit avec Jacques Séla, le publicitaire, vice-président d'Havas. On a fait, on a fait deux livres comme ça tous les deux, et ce livre marche assez fort. On fait pas mal de télé, de radio, tout ça. Et là, il y a le numéro 2 d'un des plus grands cabinets de conseil au monde qui voit la télé et qui me dit : "Tiens, j'ai envie de t'inviter à déjeuner à Paris et cetera."

Donc, il me fait venir à Paris, il m'invite. Alors, tu comprendras là qu'il ne faut jamais m'inviter à déjeuner. Euh, il m'invite dans un grand palace parisien. Et là, il me dit : "Tiens, OK, tu travailles sur les émotions, ça a l'air d'être intéressant. Sauf que moi, dans mon métier, dans le management et tout, c'est du bullshit." Je dis : "Waouh, tu sais, après le dîner de con, le déjeuner de con." Et je me dis : "Tiens, je suis le con dans l'affaire, mais je m'en fiche parce que j'ai pas d'ego et cetera."

Et donc, je dis : "Bon, allez, on va parler d'autres choses, on va parler de ses passions, la courbe de bourse et cetera, des cours de bourse, autre chose quoi." On change de sujet total. Sauf qu'à un moment, j'ai dis : "Généralement, tu vois, les personnes qui sont hyper offensives sur des sujets, c'est que quand tu creuses un petit peu, il y a une fêlure plutôt forte." Et donc là, ben, il boit deux verres de rouge. Et je vois qu'à ce moment-là, parce que moi, j'avais appelé le sommelier en réalité, j'ai dit : "Écoutez, donnez-nous une super bouteille, moi je bois quasi pas." Et c'est lui qui payait, hein, c'est bon. Bref, c'est pour ça que je te dis, faut jamais m'inviter.

Donc, là, il amène une bouteille, voilà, grand cru, tout ça. Et donc, il boit deux verres. Il faut boire vraiment avec un, il faut limiter sa consommation. Mais là, il en boit deux. Et là, je vois qu'il se détend musculairement. Donc, il est il est plus crispé, il a plus cette mâchoire crispée, il a plus les sourcils froncés et cetera, tu vois, du gars qui est sur la défensive ou qui a envie d'en découdre.

Et là, il me dit : "Attends." Donc, il marque un temps d'arrêt. Il me dit : "Tout ce que je t'ai dit jusqu'à présent, oublie. C'est rien du tout. C'est une posture." Dit : "L'autre jour, j'étais au volant de ma voiture sur une portion d'autoroute en illimité en Allemagne, et j'avais qu'une envie, c'était de me jeter en l'air contre la rambarde." OK, là, il commence à m'intéresser dans son schéma de pensée. Il se met à pleurer et cetera. Donc, tu sens que c'est un truc qui le qui le ouais, pèse en fait sur sa psyché et tout.

Et il me dit : "Tu sais, donc, il avait 50 ans, il était à la lisière, tout bord du précipice du burnout." Et là, il me dit : "Tu sais, l'autre soir, j'ai regardé, donc, suite à cette pensée suicidaire qu'il a eu sur la route, il me dit, le soir même, j'ai regardé dans le rétroviseur de ma vie et il me dit : 'J'avais que des regrets et des remords, et notamment ceux d'avoir manipulé les gens, d'avoir finalement eu un parcours qui n'était pas celui que je voulais.'"

Ses deux parents sortaient de Polytechnique. Il avait fait Polytechnique. Lui, il avait d'autres envies en fait, plutôt artistiques en tête. Il était marié à une femme qui avait 20 ans de moins que lui, avec qui il avait aucun sujet de discussion. Ses enfants, la seule communication qu'il avait avec tous les jeudis soirs, il venait lui taxer sa CB pour aller se payer des magnums de champagne dans le 16ème arrondissement de Paris. Il pratiquait des sports juste parce que ça faisait bien sur le CV. Donc, golf, marathon, tennis, sport individualiste. D'ailleurs, des études assez intéressantes qui montrent que quand tu cumules ces sports-là, tu as des traits de personnalité très particuliers. Bon, bref, ça, je mets de côté statistiquement par loin. Ce n'est pas parce que tu fais ces sports-là que tu as ça, mais bon, bref, il y a quand même un lien qui existe.

Alors que lui, ce qu'il adore, son kiff, c'est le rugby, les sports co. Et bref, en fait, il avançait sur une autoroute de vie. Il allait dans un sens qui était totalement contraire à son autoroute de vie qui était elle en parallèle, et le mec était tout doucement en train de se jeter en l'air psychiquement parlant.

Et tout ça pour dire que, à ce moment-là de sa vie, mais précisément à ce moment-là, il a eu l'envie en fait de changer les choses. Il dit : "J'en ai marre d'ensevelir toutes ces émotions sous un tas de sable." Parce que lui, il me raconte, hein, il dit : "Mais j'entendais en fait ces signaux émotionnels, j'entendais que ça grattait à la porte, sauf que je laissais la porte fermée." Sauf qu'une émotion élémentaire, c'est comme un facteur, une factrice qui a vraiment un colis ou un c'est un truc en recommandé hyper important à te remettre en main propre, elle n'arrête jamais en fait. Elle persiste en fait dans sa démarche. Donc, au bout d'un moment, elle te gratouille à la porte, elle toque un peu plus fort, et si tu continues à laisser la porte fermée, à

Un moment, elle défonce tout à la voiture Bélier. Et là, elle te rend malade parce que tu as une telle charge émotionnelle. Donc là, tu peux expérimenter des phases dépressives, choper telle ou telle maladie. Et là, en fait, tu es obligé de cesser ton activité pour la regarder dans le blanc des yeux et écouter le message qu'elle transporte.

Et donc lui, il me dit, il était face à ça, il dit : "Bah voilà, là, je suis à un moment de ma vie, je crois que j'ai compris un truc." Et c'est parce qu'à ce moment-là, il y a eu cette prise de conscience qui a eu l'envie derrière de se transformer. Et donc derrière, il a été accompagné par des gens qu'on a formés, notamment une docteure en psy qui l'a accompagné pendant plusieurs mois, et ce personnage-là s'est transformé. Il a gardé son métier, mais il le vit différemment. Il a quitté sa femme. Bon, ça, ça s'est produit comme ça. Il a modifié plein d'éléments dans sa vie et aujourd'hui, bah, attends, et quand tu le vois, tu vois qu'il est aligné émotionnellement.

Il y a une étude intéressante en neuroscience sociale qui te montre que les personnes qui ne sont pas au clair avec leurs émotions, tu sais, où c'est un peu chaotique, elles savent pas trop quoi faire avec ça, où elles les refoulent, ou elles suivent les mauvaises émotions, ou elles n'arrivent pas à trier le bon du pas bon, et cetera. Il se trouve que ces personnes-là... Alors, tu mets de côté le fait que tu as peut-être eu un lendemain de fête, que tu es peut-être malade, que ceci, cela, OK, on contrôle ces facteurs, on les met de côté. Mais il se trouve que ces personnes-là vont traîner plusieurs temps, le temps d'ailleurs que leur problème ne soit pas résolu, elles vont traîner un truc biochimique qui fait que le teint de leur peau va être blafard. Tu sais, un teint zombiesque, tu vois, un truc un peu de, tu sais, c'est "tiens, j'ai une sale mine, mauvaise mine", tu sais quand tu te réveilles des fois le matin, tu dis "punaise, ce matin, ça va pas" et tout. Et ben, ça, c'est un signal fort.

Là, on peut utiliser notre propre narcissisme en se regardant dans le miroir et en se faisant un check-up émotionnel et en se disant : "Ah ouais, en fait, là, ça fait plusieurs jours, plusieurs semaines que je suis comme ça. C'est que émotionnellement, il y a un truc que je n'ai pas réglé en moi." Et là, te viendra l'envie de vouloir changer. Mais c'est que si tu as cette envie-là, que tu peux réellement changer. Si on te l'impose, si ça ne vient pas de toi, tu vas y aller, tu vois, en traînant la patte, et ça ne se fera pas. En fait, il n'y aura pas de modification forte. Donc, c'est ça aussi le vrai conseil. C'est un moment, quand vous voyez la puissance de ce phénomène, en fait, psychique, quand vous voyez tous les bénéfices associés dans le registre de l'intelligence émotionnelle, quand vous voyez que ça touche à l'ADN propre de votre métier d'entrepreneur, prise de décision relationnelle, santé et gestion du stress, bah, un moment, objectivement, vous devez, vous devriez décider de vous transformer.

Hm. Pour revenir à l'anecdote que tu viens de nous partager, qui est passionnante, euh, il y a différents indicateurs comme le teint grisâtre ou ou autres que tu évoques, euh, qui font qu'il y a un vrai signal. Euh, ce que tu décris finalement avec l'histoire de cette personne, c'est que il y a eu une telle accumulation de frustration, d'émotions qu'il n'a pas voulu confronter, euh, qu'à un moment donné, il a failli passer à un acte qui aurait été irréversible. Mais ça lui a créé un déclic, justement, et donc il a changé complètement, notamment peut-être aussi grâce à cette discussion qu'il a avec toi et tout ce que vous avez mis en place. Pour quelqu'un qui, sans qu'il tire sur la corde, euh, soit parce que son job ne le stimule plus, soit parce qu'il y a une pression trop lourde sur ses épaules par rapport à certains sujets, soit parce que son entourage ne lui convient plus ou il y a quelque chose qui se passe mal. Euh, outre le signal du teint blafard au miroir le matin ou autre, ou on continue, est-ce qu'il y a d'autres signaux euh sur lesquels on devrait être éveillé, lucide, pour pouvoir lire en soi et dire : "OK, là, on m'envoie vraiment un signal, il faut que je change quelque chose avant que ce soit trop tard", parce que typiquement, cette personne, ça aurait pu être trop tard ?

Trouble psychosomatique, trouble du sommeil, trouble digestif, difficulté à te concentrer, perte d'envie quand tu dois aller au boulot, dégringolade de l'estime de soi, et cetera, manque de courage dans la prise de décision. Tout ça sont des signes à un moment que tu dois globalement, ou que tu devrais développer tes compétences émotionnelles pour justement ne pas expérimenter tout ça. Donc, ça, c'est vraiment où, effectivement, dans ton environnement, il se passe quelque chose d'émotionnel que, à l'heure actuelle, tu n'arrives pas encore à apprivoiser, à maîtriser.

Et qu'est-ce qui fait qu'à un moment tu décides aussi d'y aller ? Mais je crois que ce que tu fais, je crois que ton podcast porte bien son nom. En fait, tout ce qu'on est en train de se dire là, ça peut provoquer un déclic. C'est pour ça que moi, j'essaie de parcourir le monde entier en donnant des conférences, en écrivant des livres, des livres qui sont traduits. Là, je vais faire des conférences en Italie, et cetera, et cetera. C'est pour créer ce fameux déclic. Et souvent, à nouveau, je reviens à Houdini. Harry Houdini, on se croit plus prisonnier qu'il n'y paraît. J'ai donné une anecdote. J'étais à la radio il y a quelques temps, et j'aime bien une émission d'Alibi sur France Inter. Donc, il m'invite quelquefois dans son émission. Et un jour, il y avait quelqu'un qui avait appelé, c'était une femme, et qui voulait expressément me parler. Donc, tu vois, elle voulait que je lui parle parce que moi, j'ai le statut de chercheur, mais je ne suis pas psychologue. OK ? Quelque part, moi, je peux retranscrire directement des résultats de recherche de manière, voilà, moins, on va dire, sous couvert, et cetera, tu vois, moins filtré, et cetera. Moi, ça peut être un peu plus brut. Et il se trouve que, même si j'ai un devoir de faire attention aussi, bien sûr, mais là, c'est cette personne-là était dans une impasse. Elle commence à me raconter sa vie amoureuse. Elle me dit : "Bah ouais, ça fait plusieurs années que je suis avec quelqu'un qui fait preuve de violence verbale." Donc, quand tu en viens à exprimer la violence verbale à la radio, France Inter, en plus, France Inter, radio la plus écoutée en France, tu dis que derrière, peut-être aussi, il y a de la violence physique. Elle me dit : "On en est à notre, je ne me souviens plus du souvenir exact, mais euh, 2e ou 3e thérapie de couple. On n'a plus trop euh d'éléments en commun. Qu'est-ce que je dois faire ?" Et quand elle me pose cette question, je dis : "Vous vous adressez à moi, je pense que vous avez déjà la réponse en vous." En fait, vous voulez juste qu'un spécialiste, qu'un expert la verbalise pour vous. Mais là, vous aviez, je sais pas quel âge elle avait, mais j'ai dit : "Vous avez déjà utilisé tant et tant de pourcentage, à nouveau, de votre CDD de vie. Vous avez passé plusieurs années, quelque part, engluée dans cette situation-là. Maintenant, il n'y a aucune raison valable qui vous oblige à continuer ça, à prolonger cet état déplaisant."

Et c'est la même chose en entreprise. Il y a pas mal de gens des fois qui viennent voir : "Ouais, mais je peux pas partir et cetera, c'est compliqué pour moi." Bah oui, il faut remplir le frigo. J'ai des crédits, j'ai des machins. Certes, on a tous, ou la plupart d'entre nous, des crédits, des choses comme ça derrière. Selon moi, ce n'est pas une excuse valable pour rester encroûté et prisonnier d'une situation qui va te détruire à petit feu. Parce que si vous restez dans une situation où finalement, bah, quand vous exprimez quelque chose, votre hiérarchie et vous dit toujours : "C'est nul, ça fonctionne pas", ou derrière personne ne vous suit, ou qu'on ne reconnaît pas le manque de reconnaissance, ça a un impact direct, he, sur le niveau de confiance en soi, d'estime de soi. On ne reconnaît pas ce que tu fais pour la boîte, alors que toi, tu as l'impression de bosser, et que peut-être c'est le cas, mais que derrière, il n'y a pas ça qui arrive, et cetera, et que l'environnement est très toxique. Bah, si tu restes dans cet écosystème-là, dans cette mare un peu dégueulasse, bah, au bout d'un moment, tu vas être totalement pollué, tu vas expérimenter tous ces troubles psychosomatiques. Tu vas peut-être être arrêté pour un burnout, pour un burnout. Bah, retrouve après le marché et va essayer d'être séduisant auprès de recruteurs. Ça va être compliqué. Plus tu attends, plus derrière tu te fragilises, et plus long sera le temps du rebond. Donc, ça aussi, c'est c'est important. C'est-à-dire qu'à un moment, quand on parle de courage, le courage, c'est quoi ? C'est la gestion de la peur. Quand tu es émotionnellement intelligent, oui, effectivement, il y a des contraintes. Oui, ça va peut-être impliquer qu'il faut déménager, faut ceci. Il y a les enfants à changer d'école, de lycée, de machin, de tout ce que tu veux. Mais à un moment, on parle aussi de santé mentale. On est là dans une prise de conscience globale en France, he. Il y a des initiatives autour de la santé mentale. Qu'est-ce que tu fais pour préserver la santé mentale ? Bah, tu ne vas pas rester dans un écosystème hyper pollué. Tu ne vas pas rester, s'il fallait prendre une image, de : tu es dans un garage, tu allumes le moteur de la voiture, tu as de la fumée, du tout. Ne reste pas là-dedans. À un moment, tu tu vas, mais au sens premier du terme, tu vas accélérer ta décrépitude. Tu risques de développer des choses qui sont vraiment compliquées, en fait. Et derrière, bah ouais, il va falloir mettre en place des actions médicamentées, et cetera, pour pour t'en sortir. Donc, ça va peut-être prendre aussi plus de temps. Donc, ça, c'est quelque chose aussi qui est essentiel, c'est se dire : il n'y a pas d'impasse, il n'y a pas de, il n'y a pas de raison suffisante pour s'interdire le fait de s'arracher d'une situation toxique.

J'aimerais rebondir sur un sujet qui est la chance. La chance qui est parfois aussi liée aux émotions indirectement. Et dans ton cas, tu l'as évoqué, tu côtoies, tu as côtoyé des gens, des explorateurs, des gens qui ont eu des vies dingues, des gens qui ont parfois eu de la malchance, parfois eu de la chance, parfois transformé de la malchance en chance, une adversité en opportunité. Comment on fait pour provoquer la chance ? Pourquoi certains ont l'air d'avoir plus de chance que d'autres ? Est-ce que c'est une question de perception ? Est-ce que c'est une question d'itération ? Est-ce qu'il y a autre chose ? Est-ce qu'il y a un lien direct avec les émotions ? Si oui, et qu'on sait qu'on peut améliorer son quotient émotionnel, peut-être qu'on peut amplifier sa capacité à avoir de la chance. Quelle est ta thèse sur la chance ?

Tu as, tu as, tu as répondu à la question. Parce que quand tu développes ton intelligence émotionnelle et que tu as accès à tous les bénéfices que j'ai évoqués précédemment, voilà, tu deviens quelqu'un de chanceux. Quand tu es émotionnellement intelligent, tu es capable de transformer le négatif en positif. Tu es capable de faire d'un événement qui semble a priori un peu pourri, quelque chose de positif. Je te donne un exemple. J'ai travaillé dans le dernier bouquin là sur la surprise avec des magiciens. Tu as le champion du monde de magie, tu as des magiciens un peu célèbres. D'ailleurs, tu as Éric Antoine qui est un des parrains, avec Edgar Morin et d'autres, du livre. J'aime bien faire des fois comme ça, des, voilà, mélanger des univers différents. Et il y a un magicien, à un moment, qui me raconte cette scène. Il me dit : "Mais donc, je suis en train de faire un tour de magie." Donc, face à lui, il a toute la salle et tout. Il demande à une jeune femme de venir, de tirer une carte dans sa pile, de regarder la carte, de la montrer au public. C'est un tour un peu basique, hein. De la remettre dans la pile. Sauf qu'au moment où elle doit remettre dans la pile, elle laisse tomber le jeu de cartes par terre. Et là, lui dit : "Catastrophe et tout, tu as le tour, il va être totalement foiré et cetera." Et là, il se passe un espèce de petit miracle. Il y a une seule carte qui vient comme ça, s'incruster à la verticale dans une fente du béton au sol. Et cette carte, tu vois, la carte, la personne dans la salle qui fixe la carte. Il fait des grands yeux, tu vois, les yeux de la surprise et tout. C'était sa carte. C'était la carte qu'elle avait pioché. Et là, le magicien, il comprend par sa réaction émotionnelle que cette carte est la carte qu'elle avait choisie. Et donc, là, qu'est-ce qu'il fait ? Il va surfer sur ce moment-là. Il va transformer cet acte de malchance en quelque chose de chanceux. Il va décupler le tour, il va en faire des tonnes là-dessus, et cetera. Et il se trouve que, après, voilà, bref, le tour se passe bien, et ça devient méga spectaculaire. Dans ce type de circonstances, d'entre nous, on ne serait pas capable de transformer ça en quelque chose de chanceux parce qu'on n'a pas été attentif aux signaux émotionnels dans notre environnement. Et on ne voit que le côté : "Wouah, le jeu de cartes, il s'est écroulé", ou "Ce que j'avais prévu, ça a dysfonctionné". Wouah, il y a ça. Et donc, on n'arrive pas à avoir une vision, tu sais, un peu comme ça, en périphérique, où tu as un scan. On appelle, on appelle, on a un inconscient d'adaptation. On a comme un espèce de radar dans notre cerveau qui permet comme ça, ce qu'on appelle un balayage superficiel, de scanner tout ce qui se passe autour. Quand tu es émotionnellement intelligent, ce scan, il est super puissant, il est super précis, et là, tu arrives à détecter des signaux qui te font voir la situation différemment.

Je, je, je vais te donner un autre exemple. Dans l'école où je suis, comme dans d'autres, euh, business school, tu vois, un peu réputée et cetera, tu as pas mal de gens qui ont fait des classes préparatoires qui viennent faire des concours, pas que, hein, tu as aussi des personnes qui viennent de la fac, et cetera. Bon, bref, toutes ces personnes-là, après avoir été, avoir passé l'écrit, vont, je sais pas si c'est OK, si on passe une certaine note, vont avoir à faire un oral devant un jury, un prof qui préside le jury et un ancien de l'école. Et un jour, je me retrouve, on se retrouve avec mon co-juré face à un candidat qui vient de la fac de maths. Plutôt esprit brillant, ça mouline assez vite, sauf que les gars, on a à peu près 20 à 25 minutes. Sauf que cette personne, qui paraissait vraiment sympathique, tu vois, il y avait un, il y a quelque chose qui me faisait dire que ouais, il y a quelque chose à creuser chez cet individu. Et sauf que ce candidat ne faisait que de répondre par oui ou par non à toutes nos questions. Alors là, c'est un peu long. Tu imagines un doigt coincé dans une porte 20 minutes, c'est très, très long. Donc, au bout de 7, 8 minutes, je lui dis, poliment, avec bienveillance et cetera, je lui dis : "Écoutez, là, il faut changer quelque chose, parce que sinon, vous allez peut-être passer à côté d'une expérience géniale à l'EM Lyon et cetera. Euh, faut changer quelque chose chez vous, quoi. Euh, parce que sinon, c'est le zéro de la défaite, le zéro éliminatoire." Lui, je le vois, au tout début, il se dit : "Ouais, dit ça, à la limite, mais il m'en veut, quoi." Donc là, tu pourrais te dire, en tant que candidat : "Attends, l'autre, il me cherche, il me cherche." Tu pourrais ressentir de la colère et être dans une posture agressive et dire : "Attends, je vais, je vais, je vais combattre l'autre, je vais avoir un ton haché, sec, et ce bon, bref, ce qui ne va pas l'aider dans son entretien." Sauf que, il a eu cette intelligence, et là, on parle d'intelligence émotionnelle, de réinterpréter la situation, pas de se raconter des bobards, pas d'inventer, en fait, un autre univers, simplement de se dire : "Attends, il y a peut-être la situation, c'est peut-être pas celle que je perçois là, mais la réalité de la situation, c'est peut-être ce qui se trouve juste ici." Et là, il se dit : "Mais si au bout de 7, 8 minutes, ce prof là qui préside ce jury là me dit 'Stop, faut que tu changes un truc', c'est peut-être qu'il a décelé en moi un potentiel." Et donc, là, ce n'est plus la colère que tu ressens. Hm. En tant que candidat, c'est de la fierté. Et quand tu as de la fierté, tu te redresses, et tu essaies de te vendre à l'autre. Tu essaies de balancer un maximum d'arguments dans ton flot argumentatif qui vont dans ton sens, qui font que tu deviens désirable, en fait, pour le recruteur que moi, en l'occurrence, j'étais. Et donc, là, il va nous raconter des, il va de dinguerie en dinguerie. Il dit : "Voilà, et que mon père, on a écrit un livre qui est devenu un best-seller." Moi, je Google, tu sais, sur mon téléphone pour vérifier à chaque fois ce qu'il me raconte. On a inventé un jeu de rôle, on est suivi par des centaines de milliers d'individus sur le truc. Et il va comme ça, et il finit avec un 19/20. Il a accepté à l'EM Lyon, major de promo, il obtient un job extraordinaire, il vit aujourd'hui en Asie. Et tous les ans, à la date anniversaire de ce jury, il m'envoie un courrier postal pour me donner des nouvelles. Tout ça pour dire que quand tu es émotionnellement intelligent, tu réévalues aussi ton environnement, et c'est ça qui te permet à un moment, tu as de dire : "OK, un, passe, hop, marche arrière, et je j'emprunte une nouvelle voie."

Et ce que je tiens aussi à signaler, parce que c'est tout ce que je te raconte des fois, où tu vois, avec ces ces personnages, ce n'est pas que du story, ce n'est pas du storytelling au sens, tu vois, je, en, en, en mettre plein les yeux, avoir une vision comme ça spectaculaire à partager avec les gens. C'est juste la réalité de ce qui te confie. Et moi, j'ai une, j'ai une éthique de travail, c'est-à-dire que tout ce que je mets dans mes bouquins, à chaque fois, c'est relu, c'est vu par les gens. Et des fois, même, je m'autocensure pour ne pas mettre, je dis : "Attends, les gens, ils vont se dire : 'Attends, c'est fou !'" Mais ces gens-là vivent ça, en fait. Euh, ça a été documenté et cetera. Donc nous, on va encore plus en profondeur pour capturer, en fait, des dimensions émotionnelles. Mais en fait, c'est, c'est la réalité du genre humain. Donc, on peut aussi se, se surprendre. Et je reviens encore sur un élément, sur le pouvoir d'apprivoiser ses émotions. J'ai fait une rencontre assez extraordinaire avec un gars qui s'appelle Damien Os. Qui a passé 18 ans dans le couloir de la mort, accusé d'un triple homicide, et il est condamné à mort le 19 mars 1994. D'une, on est en pleine panique satanique aux États-Unis, tu sais, tu as tous les tueurs en série, les serial killers qui sont hyper médiatisés. Donc, il y a une, voilà, dans la population, on a peur en fait de laisser nos gamins le soir dans les rues et cetera. Première chose, le gars, il a un look gothique, il lit du Stephen King, il écoute du Metallica. Manque de bol pour lui, il vit dans les quartiers pauvres, bref, pour se défendre, un peu compliqué avec un avocat commis d'office et cetera. 19 mars 1994, ce jour-là, de l'autre côté de l'Atlantique, moi, je fête mes 15 ans, et j'ai un souvenir vivace de ça. Je suis avec mes potes, on a une super journée ensoleillée, je la passe en Alsace, c'est génial. Vraiment super souvenir de ce moment-là. Et lui, au même moment, il vit la crasse. Il ne voulait plus parler de ce qui lui est arrivé parce qu'il a été libéré en 2011. Là, il y a le procès qui va se réouvrir parce qu'ils ont plein d'éléments tangibles. Il a été aidé par Peter Jackson qui a fait un documentaire sur lui. Un de ses meilleurs potes, c'est aujourd'hui Johnny Depp. Ils ont sept ou huit tatouages en commun. Il était aidé par tout Hollywood et cetera, parce que bien, tout le monde voyait que c'était un innocent qu'on avait balancé en prison. Et il se trouve que, il y a un truc que tu apprends de ce type, parmi d'autres. Il te dit que quand tu parviens à apprivoiser tes émotions, la crasse, l'insoutenable, le toxique ne te brise pas dans la vie. Faut les tenir. Il rentre à l'âge de 18 ans, passe 18 ans dans le couloir de la mort en attendant, tu vois, le truc fatidique. Il tient. Et un des éléments qu'il a fait tenir, c'est qu'il a lu des milliers de bouquins, notamment en psycho, notamment sur les émotions. Et on sait que quand tu lis beaucoup, tu développes aussi certaines compétences émotionnelles directement liées à l'intelligence émotionnelle.

Un élément qui fait appel directement aussi aux compétences émotionnelles, c'est la sérendipité. Hm. Comment cultiver la sérendipité dans un environnement entrepreneurial ? Parce que c'est aussi capital de savoir le faire. Il faut être ouvert. Et c'est pour ça que je te dis, la surprise, pour moi, la surprise, tu sais, tu as la, tu as la surprise spectaculaire, tu vois, au JT, sur les réseaux sociaux, où on te sort des trucs fous, maintenant, la plupart aussi générés par l'IA et cetera. Mais la vraie surprise dans ta vie, elle est plus rare parce qu'on est quand même dans une société occidentale où on veut à peu près tout cadenasser, hein. On veut tout planifier, on met tout sur Outlook, on a des horaires, des trucs bien précis, et dès qu'on sort un peu du cadre, hop, en panique. Et si tu veux, pour provoquer quelque part la chance, parce que c'est de ça qu'on parle, et bien derrière, faut se dire : "Bah OK, je vais régulièrement, et je le fais de mon propre chef, de mon plein gré, je mets un pied dehors, en dehors du cadre." J'expérimente des émotions que j'ai peut-être pas l'habitude d'expérimenter. Je vais étoffer mon alphabet émotionnel, mon dictionnaire d'émotions. Je vais, je vais le grossir, en fait. Et quand tu fais ça, bah, c'est là où tu vas faire des rencontres inattendues avec peut-être quelqu'un qui, toi, tu auras un problème alpha, bah, peut-être que cette personne va avoir une solution bêta qui va matcher, et qui va faire que le truc sur lequel tu rumines depuis je sais pas combien de semaines, il va être résolu, en fait. Et c'est à nouveau, et la solution de tout ça, c'est les autres. Si tu restes enfermé dans un placard, dans une grotte, et que tu ne vois personne, tu as beau avoir une superbe idée, elle ne se transformera jamais en action, en tout cas, en action avec, voilà, avec un peu d'ampleur. N'oublie jamais que qui porte tes opportunités, c'est l'autre. Et si tu ne vas pas à la rencontre de l'autre, il ne se passera rien. Donc, c'est ça aussi, une des clés de, un des facteurs chance, si tu veux. Ça, c'est quelque chose qui est puissant, mais à nouveau, faut se bouger, en fait. Ça demande un effort aussi. L'effort a une espèce en voie de disparition. Bah oui, faut, faut, faut sortir, faut, faut tenter des trucs. Euh, faut se mettre inconfortable. Tiens, quelqu'un qui, par exemple, a du mal à parler en anglais, à qui on devrait dire : "Tiens, vas-y, va devant un public en anglais, va t'exprimer, et fais-le, en fait, tente la chose." Et tu verras, le bénéfice derrière, il est extraordinaire. Il y a des choses, tu vas te révéler à toi-même aussi en faisant ça. Donc, la clé, c'est l'autre, et c'est l'accès à l'autre. Et quand tu as compris ça, ben, derrière, ça fonctionne mieux, en fait.

H tu parlais il y a quelques instants de l'intelligence artificielle. Comment tu la vois s'intégrer justement à tout ce monde de l'intelligence émotionnelle ?

Alors, c'est marrant parce que là, je, je suis en train de terminer un bouquin qui sortira dans dans plusieurs mois, où j'ai fait passer à ChatGPT un test de quotient émotionnel, mais j'ai aussi fait passer de l'autre côté un test de quotient émotionnel à Frédéric Lopez, qui est un des porte-drapeaux de l'intelligence émotionnelle dans sa manière d'être, sa manière de penser et cetera. Donc, résultat, je crée un peu de teasing, de suspense, je le dévoilerai dans le dans le bouquin. Et tout ça pour dire que ce qu'on observe aujourd'hui, c'est que face à l'essor de l'IA, face à tous ces bouleversements sociétaux qu'on observe, quand tu prends des sondages qui ont été effectués par le magazine Forbes, quand tu regardes ces dernières années les rapports du Forum Économique Mondial, quand tu regardes les rapports récents de l'IBM Index, donc des sondages auprès de salariés, de dirigeants, de managers et cetera, tu constates que systématiquement, dans le top 3 des compétences clés à maîtriser par l'humain face à l'essor de l'IA, on retrouve l'intelligence émotionnelle ou des dimensions de l'intelligence émotionnelle : la flexibilité émotionnelle, la capacité à réguler les émotions, à les comprendre et cetera et cetera. Donc, la clé pour que l'IA et l'humain coexistent bien, parce qu'il va y avoir des transformations et c'est déjà en cours sur nos métiers et cetera, pour garder ce potentiel d'adaptation face à cette transformation qui s'accélère, ben, développer vos compétences émotionnelles, en réalité. Et on le retrouve dans le top 3 systématiquement. Donc, c'est à nouveau, ce n'est pas le fruit du hasard.

Pourquoi selon toi ? Est-ce que c'est parce que c'est un lien direct avec notre capacité de raisonnement, notre capacité de prendre des décisions et que l'IA, en tout cas à ce jour, n'a pas encore cette compétence, ou est-ce qu'il y a d'autres éléments qui expliquent ça ?

Bah, c'est que derrière, en fait, tu vas déléguer à l'IA des tâches, tu vas lui déléguer des processus. N'empêche que derrière, à un moment, pour animer ça, ou alors, en bout de chaîne, les personnes qui vont recevoir ces processus-là, ce sont des humains, en fait. Donc, à un moment, faut que tu comprennes, en fait, comment ces processus-là s'intègrent dans des dynamiques humaines aussi. Donc, là, la compréhension, et en tout cas, les compétences, elles vont plus porter là-dessus, en fait. Tu auras soit des experts très techniques, mais de l'autre côté, aussi, tu auras des personnes qui seront en capacité de combiner, en fait, aussi l'humain à ça. Et donc, là, faut que tu aies une connaissance assez accrue, assez fine de l'autre et de toi-même. C'est quelque chose qui est vraiment important. Après, moi, je ne suis pas, je ne suis pas contre l'IA, je ne suis pas contre le progrès, et je pense que les deux peuvent fonctionner, à condition que les humains, parce qu'il, tout le monde ne comprend pas les règles du jeu là, qui sont en train de s'établir, comprennent bien que leur facteur différenciant, à un moment, ce sera leur capacité à malaxer cette pâte complexe qui est l'humain. Et si ça, tu n'arrives pas à faire, effectivement, ce sera compliqué de trouver ta place dans la société. Hm.

Est-ce qu'il existe déjà des IA émotionnelles ?

Alors, tu as des chatbots avec qui tu peux converser qui reconnaissent de manière assez fiable, en moins de 2 minutes, les émotions que tu es en train de ressentir, hm, avec des caméras qui peuvent identifier, tu vois, les émotions. Ça s'exprime sur ton faciès humain, dans la tonalité de ta voix, dans ta posture et cetera. Donc, là, il y a plein de chercheurs qui ont réussi à craquer le Da Vinci Code comportemental des émotions. Et donc, ça, on peut programmer une machine pour te dire : "Tiens, il y a ça, ça, ça." D'ailleurs, après, là, il y a aussi une question éthique aujourd'hui, quand tu vois que dans certaines caméras de supermarché et cetera, tu peux juste en zoomant sur le faciès de quelqu'un, savoir quelles sont ses préférences, en fait, émotionnelles face à tel ou tel produit qu'il regarde, grâce à des eye-trackers et cetera. Bon, là, il y a des limites éthiques aussi à à bien considérer. Euh, tu as des robots qui sont de plus en plus humanisés, he, on parle d'humanoïdes et cetera, avec un faciès humain, avec des expressions humaines, avec des rictus préprogrammés et cetera. Euh, il y a, il y a, il y a un boost là-dedans. Je, moi, je crois réellement que tu pourras avoir, et c'est déjà le cas, mais de manière encore plus développée, plus fine et cetera, des, des, des robots qui vont faire de l'assistance aussi, euh, psychologique vis-à-vis de certaines personnes qui qui ont besoin de soutien moral. Mais il y a déjà des choses qui existent. Il y a déjà, si tu, si tu googles, tu vas voir qu'il y a déjà des entreprises qui qui vendent ça, mais ça va être de plus en plus fin. Maintenant, derrière, moi, je renvoie toujours un peu à Kasparov versus Deep Blue. C'est qu'à un moment, la machine, auquel elle peut avoir toutes les combinaisons qu'elle veut, même si elle a gagné à un moment aussi contre l'humain, mais l'humain a gagné contre la machine. Pourquoi ? Et Kasparov, quand il gagne, il l'explique. Bah, bien sûr, il faut que tu sois bien concentré et cetera, mais il dit : "Mais en fait, moi, quand je joue un coup, je ne pense pas juste au coup d'après. Tu vois, je ne raisonne pas juste, il y a un ping et derrière, hop, on me fait un pong." Dis : "Moi, j'essaie de penser trois ou quatre coups en avance, et ça, ça me donne toujours une longueur d'avance sur la machine." Jusqu'à quand, je sais pas. Mais c'est important. C'est important tout ça. Et n'empêche que, après, sans rentrer dans, dans un catastrophisme absolu, ou quand tu lis les récits d'Asimov ou d'auteurs de SF et cetera, je pense que si on est émotionnellement intelligent, on arrivera toujours d'une manière ou d'une autre à apprivoiser la machine en la conditionnant selon des normes émotionnellement intelligentes. Si on fait ça, ça va bien se passer. Si on ne considère pas le facteur d'intelligence émotionnelle qui est un facteur de, oui, tu respectes autrui et cetera, tu as une démarche bienveillante, tout ça là, effectivement, on peut avoir des problèmes. Donc, ça, c'est, voilà, l'avenir nous le dira.

J'aimerais revenir sur un dernier sujet, c'est le fait que beaucoup n'osent pas forcément se lancer ou avancer à cause du regard des autres ou le fait qu'ils se comparent aux autres également. Donc, c'est un lien direct avec ces émotions. Et là, clairement, on est biaisé négativement, si j'ose dire, par ces émotions, parce qu'elles ne nous permettent pas de passer à l'action et puis d'aller chercher les objectifs qu'on veut avoir. Qu'est-ce que tu recommanderais à quelqu'un qui est vraiment dans cette situation ? Ça peut être quelqu'un qui est déjà lancé, mais qui sait qu'il doit prospecter, il doit aller chercher des clients, mais il n'ose pas le faire. Quelqu'un qui doit prendre la parole, mais n'ose pas le faire, ou quelqu'un qui aimerait se lancer, mais n'ose pas le faire parce qu'il est soit influencé par son environnement, soit par ses croyances et ses émotions.

Déjà, j'ai envie de lui dire : tu n'es pas l'émotion que tu ressens. Ce n'est pas parce qu'à un moment tu ressens de la peur, de l'angoisse ou des choses comme ça, que tu es de la peur ou que tu es de l'angoisse, parce que souvent les gens se définissent après comme ça, se voient comme ça, et donc derrière, ben, bah, bah, ça crée des limites. Ensuite, ce qui est important aussi, face à ça, c'est de se dire : en réalité, quand tu développes ton intelligence émotionnelle, d'une certaine manière, le regard des autres, le regard jugeant des autres, ne te touche pas. Il y a des études assez récentes qui te montrent, par exemple, chez les ados, que, c'est une expérience qui est assez intéressante, mais qui te montre que, imaginons, tu prends une photo de toi ou un selfie, et tu postes ça sur les réseaux, et tu es hyper critiqué. Toi, on te critique sur ton, sur ton physique, sur ton code vestimentaire, sur ta ta coiffure, tout ce que tu veux et cetera. Et bien, on se rend compte que les individus émotionnellement intelligents, ils captent que tu es jugé négativement, mais ils s'en fichent, ils passent à autre chose, ou en tout cas, ils baissent l'intensité de ces jugements et de l'impact de ces jugements sur eux-mêmes. Donc, ça, ça vaut pour tout, en fait. Donc, quand tu développes ton intelligence émotionnelle, bah, derrière, quelque part, je pense que tu pardonnes plus facilement aussi. Tu dis : "OK, bah les personnes qui t'attaquent, soit elles ne sont pas matures à ce moment-là, soit elles étaient dans un moment où, tu vois, parce que collectivement, tout le monde a été entraîné, ils ont dit ça et cetera." Je crois que tu deviens plus conciliant avec l'autre, et je crois qu'en faisant ça, quelque part, tu t'apaises, parce que mine de rien, c'est un acte de bienveillance envers les autres. Et on sait aujourd'hui que quand tu as ce type de pensée-là, ou même quand tu fais du bien aux autres, he, par exemple, quelqu'un qui est en précarité professionnelle, tu partages ton réseau sur LinkedIn, ou quelqu'un qui est dans le métro, tu vois, qui est en position de faiblesse, et que toi, tu es assis, tu lui laisses ta place. Bon, bref, tous ces actes, entre guillemets, de gentillesse que tu peux produire. Quand tu produis ça, en fait, ton cerveau, et c'est ça qui est assez fou, il pense qu'il en est le bénéficiaire, le destinataire. C'est comme s'il y avait un espèce de boomerang. Toi, tu fais du bien à l'autre, en même temps, ça te revient, et ça va venir activer certaines zones de ton cerveau qui t'amènent à un état de paisibilité. Tu sais, quand tu dis : "Tiens, là, je suis bien, je suis flottant, il peut rien m'arriver, je suis cool, je suis à l'aise dans mes baskets, j'ai pas fait de truc, j'ai qui sont à côté de la plaque, j'ai pas menti." Mensonge, on n'a pas parlé, mais le mensonge, c'est quand même quelque chose qui gangrène la société. Il y a de plus en plus de personnes qui mentent justement pour se donner une belle image. Se mentent à tous les niveaux, en fait. Et à elle-même. Et à elle-même. Et quand tu es dans le mensonge de toi-même pour juste paraître plus beau, plus intelligent, plus ceci, plus spectaculaire, tout ce que tu veux, bah, derrière, oui, ça a des effets néfastes d'un point de vue santé, psychique et physique. Et on sait que les individus émotionnellement intelligents mentent moins aussi. Si tu veux, bah oui, en mentant moins, bah, tu es plus aligné avec toi-même aussi.

Tu évoques justement par exemple le mensonge ou d'autres éléments, ça ça me fait penser euh à deux personnes A et B, on va les citer par exemple, qui vont vivre exactement la même situation, exactement au même moment, au même endroit, mais qui pour autant vont le vivre émotionnellement de manière complètement différente. L'un, il sera super enthousiaste, super heureux, et l'autre, il sera super triste, par exemple. Euh, comment on explique ça ?

Alors là, tu as, tu as une constellation de facteurs explicatifs. Ça peut être le, une partie du patrimoine génétique, ça peut être tes traits de personnalité aussi. Est-ce que tu es plutôt nature optimiste ou pessimiste ? Est-ce que tu es plutôt ouvert d'esprit ou pas ? Donc, déjà là, est-ce que tu as des tendances à être névrotique à expérimenter plus, tu vois, de choses négatives que d'autres et cetera. Donc, il y a, tu as ton niveau d'intelligence émotionnelle qui va varier. Donc, il y a plein, plein, plein de facteurs explicatifs. Après, on n'est pas tous obligés d'avoir les mêmes goûts. On n'est pas tous obligés d'avoir les mêmes objectifs. L'important, et c'est ce que t'amène l'intelligence émotionnelle, c'est d'être aligné avec tes besoins, avec tes valeurs et avec tes objectifs. Moi, tu sais, ma grand-mère, elle me disait toujours : "Je comprends pas pourquoi tout le monde veut décrocher la lune." Parce qu'elle est bien là où elle est. Peut-être que pour certains, le rêve, ce n'est pas du tout d'aller décrocher la lune. S'en fiche, ils ont d'autres rêves. Tu n'es pas obligé d'acheter. Ou quand tu vois sur les réseaux sociaux, on dit : "Ouais, tiens, tu vas être capable en un mois de toucher ton premier million de dollars de machin." En fait, peut-être que tu n'as pas envie du million de dollars. Peut-être que tu t'en fous royalement, en réalité. Peut-être que tu le veux, mais d'une autre manière. Il y a plein de possibilités. Et je trouve que ce qui est très problématique, c'est quand on essaie finalement de se convaincre que le rêve de tout le monde, c'est ton propre rêve. H Et quand tu fais ça, tu te mets à dysfonctionner émotionnellement. Tu te mets, tu t'engages que ce soit dans des parcours, bah, je sais pas, d'école, de type d'école, ou dans des parcours professionnels qui finalement sont absolument pas taillés pour toi. Et là, tu te mets en danger réel.

Merci Christophe.

Ben, merci à toi. Tout ce qu'on a pu voir ici, j'aurais pu parler des heures avec toi sur ces sujets. Il y a encore plein de questions que j'aurais pu te poser. Euh, j'ai une dernière question pour toi. Mais avant ça, comme à chaque fois, et bien, je vous invite, si vous avez eu autant de plaisir à suivre cet épisode que j'en ai eu à l'animer, et bien à nous le faire savoir en partageant la vidéo, en la likant, en commentant directement cette vidéo. Et si vous nous écoutiez sur votre plateforme de podcast préférée, et bien, mettez 5 étoiles sur celle-ci. Christophe, est-ce que tu peux nous partager le déclic qui a fait toute la différence pour toi ? Un déclic que peut-être tu n'as jamais partagé dans aucune interview, qu'on n'a pas évoqué ici dans le cadre de cet échange. Ça peut être une simple phrase, une anecdote, une situation, une frustration, quelque chose de positif, moins positif, peu importe. Tu as carte blanche pour le mot de la fin.

Alors, j'en ai eu plein, mais je crois que la naissance de mes deux enfants, c'est là où j'ai compris que finalement, le prof, ce n'est pas moi, ce sont eux. C'est eux les profs, notamment en matière émotionnelle. Ils m'ont fait comprendre quelque chose qui est en lien avec des gens que j'ai rencontrés, que ce soit des chasseurs de trésors. C'est que plus c'est compliqué, moins faut réfléchir. Ça, ça a été un sacré déclic pour moi.

Merci Christophe.

Merci à toi.