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L'Etrange univers des alchimistes

L'antre de la curiosité16:49

Transcription

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Deux jours après Noël, un étrange visiteur à l'aspect peu engageant se présente au logis de Friedrich Yohan Schweitzer, un médecin du prince d'Orange. De taille moyenne, il avait un visage plutôt allongé, légèrement grêlé de petites véroles, et de chevelure sombre, sans aucune trace de frisure, et un manteau imberbe. Il pouvait avoir 42 au 43 ans et était natif des provinces du Nord. Comme on peut le voir, le ménage, chirurgien, auteur de plusieurs traités de botanique et de médecine, était un observateur aussi attentif qu'objectif.

Après avoir échangé quelques banalités d'usage, le connu demande soudain à Schweitzer s'il se croit capable de reconnaître la pierre philosophale si on lui mettait devant les yeux. Singulière question ! La pierre philosophale, dans laquelle les alchimistes cherchaient à percer le secret, avait, disait-on, le pouvoir de changer en or les métaux ordinaires. Sous une forme liquide, la même fabuleuse substance, dite élixir de longue vie, était réputée guérir tous les maux et assurer une extraordinaire longévité.

C'est alors que le visiteur sort de son gousset une petite boîte d'ivoire. À l'intérieur se trouvent trois morceaux d'une matière pesante et translucide, d'une pâle couleur souffre, chacun de la taille d'une petite noix. "Voici," affirme l'étranger, "la précieuse substance dont les alchimistes ont si longtemps cherché le secret." Je veux dire, sans part de l'une des pierres pour examiner et supplier son interlocuteur de lui laisser un fragment. Et de voir son refus, il parvient ni à moi à arracher des minuscules éclats avec son ongle.

Dès le départ de son visiteur, qui lui promit de revenir dans une quinzaine, il se précipite dans son laboratoire pour faire fondre un peu de plomb dans son creuset et ajouter une parcelle de ce qu'il a dérobé. Le métal ne se charge pas en or. La plus grande partie de la masse de plomb fusionné se répandit. Il ne resta au fond du creuset une sorte de dépôt vitreux. Notre chirurgien attendit qu'avec un patient le retour de son mystérieux visiteur, sans trop y croire toutefois.

Pourtant, trois semaines après cette première rencontre, l'étranger est de retour chez Schweitzer. Il refuse tout d'abord de laisser le médecin contempler encore une fois la prétendue pierre philosophale, puis il se laisse fléchir. Il me donna alors une infime quantité, guère plus grosse qu'une graine de pois ou d'un navet, en me disant : "Reçois une parcelle de cet inestimable trésor pour lequel les rois et les princes de la terre donneraient leurs biens les plus précieux." Pour le moins ingrat, Schweitzer dit qu'il n'y a pas là de quoi transmuter en or plus de 4 grains de plomb. Courroucé, il le reprend des mains et lui coupant deux, l'une des moitiés dans l'entretient, s'écriant : "Même ceci est encore suffisant pour toi !"

Schweitzer lui avoue alors son précédent larcin, ainsi que l'échec de sa première tentative. L'étranger éclate de rire sardonique et déclare : "Tu es certes plus habile à dérober le bien d'autrui qu'à préparer tes drogues. Sinon, tu aurais dû enrober cette substance de sirop vierge afin qu'elle ne soit pas corrompue par les vapeurs délétères du plomb. De la sorte, elle aurait pu pénétrer au cœur même du métal et le changer en or."

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Le produit de revenir à 9h le lendemain matin pour lui enseigner la méthode à suivre, mais je ne leur revis pas le lendemain, pas plus que les jours suivants. La seule nouvelle que je reçus ce jour-là fut un billet, reçu à 9h30, où il s'excusait d'être retenu par des affaires urgentes et où il m'assurait qu'il viendrait à 3h de l'après-midi. Il ne fit pas davantage, et je n'ai pas eu de ses nouvelles depuis lors. Sur quoi je commençais à éprouver de sérieux doutes à propos de cette aventure. Et je reçus d'autres annonces. Si ma femme ce soir-là ne m'avait versé le pour que je t'autorise encore une expérience, mais disons que nous ne trouverions pas de repos que je n'aie fait encore une tentative. La voyant acide augmentée, j'ordonnai qu'on alluma le feu dans mon laboratoire, en pensant moi-même. Et là, les belles paroles de cet homme se révèlent au sort d'autres veines et trop peu. Ma femme entoura la précieuse matière de sirop vierge, et je préparai une anse et si dracau de vieux plombs que je m'y chauffai dans un creuset. Quand le plomb commence à fondre, ma famille ajoute à la boulette de cire, refermant la détox substance. Il se produisit alors un bouillonnement intense, accompagné de sifflements, si bien qu'au bout d'un quart d'heure, la totalité de la masse de plomb se fit transformer en or.

Le lendemain, le philosophe Spinoza, qui demeure à La Haye, vint examiner l'or ainsi obtenu, et il se déclara convaincu de la sincérité de Schweitzer. Puis, c'est le Seigneur Van Teylingen, de la province, que l'on demande de vérifier le titre du métal que l'orfèvre Boitelle soumet à des tests. Les résultats sont concluants : c'est bien de l'or, et du meilleur qui soit.

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La bonne foi de Schweitzer ne peut guère être mise en doute. Ce médecin réputé, cet esprit scientifique, était, à côté, un observateur objectif, peu suspect de fraude ou de mystification. Et cependant, ce que nous savons aujourd'hui de la structure de la matière nous interdit évidemment de croire à la possibilité d'une telle transmutation. Schweitzer n'est d'ailleurs pas le seul savant de son temps qui crut fermement à l'existence de la pierre philosophale. D'autres hommes de sciences éminents ont affirmé avoir réalisé, au vu de leur propre yeux, la transmutation des métaux en or. Tel est le cas du grand chimiste flamand Jan Baptiste van Helmont, qui fut notamment le premier à affirmer qu'il existait de nombreux autres gaz. Il est d'ailleurs l'inventeur du mot "gaz", dérivé du mot chaos, cacahuète. Avant que le mystérieux étranger ne rende visite à Schweitzer, il écrivait : "À la vérité, je l'ai contemplée de mes propres yeux à plusieurs reprises et je l'ai tenue de mes mains. De cette matière pesante, couleur de safran pilée et brillant de mille facettes comme de la poudre de verre, il me fut donné l'équivalent d'un quart de grain, soit 16 mg. J'ajoutais cet ingrédient à un once de vif-argent (mercure) que j'avais fait chauffer dans un creuset. La masse devait faire genre. Entra alors une effervescence, puis se solidifia immédiatement, offrant l'aspect d'un bac majuscule. Une fois transvasée hors du creuset et refroidie à l'aide du soufflet, ce bloc compact se révéla être de l'or le plus pur. Après vérification, j'en trouvai oui 11 et quelques-uns." Fu, aussi impressionné par ce résultat, qu'il décida de baptiser son jeune fils Mercure.

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À la même époque, Johann Glauber, célèbre physicien et chimiste allemand, pensant avoir découvert l'un des ingrédients de la pierre philosophale dans les eaux thermales de la station où il suivait une cure. La substance qu'il avait isolée, et que nous appelons depuis "sal de Glauber", n'était en fait que le très banal sulfate de sodium, réputé pour ses propriétés laxatives, mais tout à fait inapte à transformer quelque métal que ce soit en or. Il est vrai que les plus éminents savants étaient alors convaincus que la transmutation des métaux était réalisable, et parmi eux, ces Newton, Descartes, esprits rationnels, c'est leur feu et l'hypnose. Robert Boyle lui-même, qui dans son ouvrage "The Sceptical Chymist" démontre très arbitrairement la théorie aristotélicienne des éléments, de manière à moi persuadée qu'il était possible de transformer les métaux en or. Il s'agit là d'un très ancien concept qui plonge ses racines dans les premiers âges de l'humanité et qui fut transmis à l'Europe médiévale par les Arabes. Lorsque les envahirent l'Égypte au septième siècle avant notre ère, ils découvrirent que les Égyptiens étaient passés maîtres dans l'art de l'orfèvrerie, qu'ils baptisèrent "Al Kimia". C'est l'une des hypothèses proposées de l'origine du terme alchimie. En explorant la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, nous découvrons les ouvrages des philosophes grecs, et en particulier ceux d'Aristote, qui vivait au quatrième siècle avant notre ère, et que l'on peut considérer comme le premier grand savant occidental. Les précieux manuscrits furent recopiés, puis traduits, et se répandirent dans l'ensemble du monde arabe. Les théories d'Aristote reposent sur l'unité des principes de la matière, qui ne possède elle-même aucune activité physique spécifique, mais à laquelle peuvent être imprimés différentes formes. Par le terme "forme", on n'entend pas seulement les contours concrets, mais toutes les propriétés physiques ou chimiques caractéristiques d'un corps, d'une substance. Les propriétés peuvent se résumer en quatre caractéristiques : la sécheresse, le chaud et le froid, qui sont incarnés par les quatre éléments : le feu, qui est chaud et sec ; l'air, qui est chaud et humide (vapeur) ; l'eau, froide et humide ; et la terre, froide et sèche. À partir de cette conception du monde sensible, on arrive logiquement à l'idée que chaque substance spécifique résulte de la combinaison des quatre éléments de base dans des proportions variables. Prenons l'exemple d'une bûche de bois verte mise dans le feu. Sous l'effet de la chaleur, on voit tout d'abord condenser à la surface du bois de fines gouttelettes d'eau, qui ne tardent pas à se transformer en vapeur, puis le bois se consume, donnant donc apparemment naissance aux flammes. Enfin, à la fin de la combustion, il restera de la cendre, c'est-à-dire de la terre. À partir de là, on peut donc aisément imaginer la transformation d'une substance à une autre. Il suffit de modifier par addition ou soustraction les proportions de différents éléments.

Les Arabes avaient été impressionnés par l'extrême habileté des anciens orfèvres égyptiens, qui étaient notamment capables de traiter et de colorer certains métaux usuels de manière à leur donner l'apparence de l'or. Ils en déduisirent que leur savoir résidait dans l'application des théories d'Aristote, et ils entreprirent à leur tour de longues et patientes recherches en vue de retrouver les secrets des anciens. Pendant des siècles, les savants arabes allaient effectuer des expériences dans ce sens. Au cours de leurs travaux, ils découvriront un nombre de propriétés et de lois qui constituent un rôle et rudiment de la chimie moderne, mais ne parviendront jamais à changer en or ou en quelque métal que ce soit. Toutefois, l'un de ces philosophes et savants arabes, Jabir ibn Hayyan, apportera une contribution importante à la doctrine alchimique. Selon Aristote, la fumée ne se dégageant lors de la combustion se rattachait par sa nature à la terre, par opposition à la vapeur se dégageant au cours de l'ébullition. Les minéraux et les pierres, dont la structure n'est pas modifiée par le feu, relèveraient donc du même principe terrestre, tandis que les métaux, qui se liquéfient, devraient être associés à la vapeur. Jabir ibn Hayyan, pour sa part, peut la vapeur reproduite par un liquide en ébullition représentait un état intermédiaire entre l'air et l'eau. La vapeur pourrait se transformer en nouvelle substance qu'il appela "mercure", terme qui ne désigne pas le métal que nous connaissons, mais une substance idéale réunissant les qualités de brillance et de fluidité. De même, la fumée est constituée d'un état transitoire entre la terre et l'air, et serait susceptible de se transformer en soufre, présentant à la fois les avantages de la terre et des matières combustibles. Selon cette théorie, les différents minéraux et métaux présents sur terre résulteraient de combinaisons variées de soufre et de mercure. Jabir ibn Hayyan, poursuivant ses recherches, entreprit de distiller les parties organiques les plus diverses, animales ou végétales. Dans tous les cas, il obtint d'abord un liquide qu'il identifia à l'eau, puis une huile qui était échouée, humide, devait être rattachée à l'air, puis une substance colorée et combustible pour voter être considérée comme du feu, et un résidu noirâtre, apparemment à l'élémentaire. Il passa donc avoir isolé les quatre éléments d'Aristote. Il décida alors de purifier chacun de ces quatre éléments afin d'en isoler chaque qualité spécifique. Odyssylor l'eau 700 fois de suite, et il obtint, nous dit-il, une substance blanche et brillante se cristallise comme le sel. Il faut savoir mis en évidence le froid et sec. De même, il entreprit d'isoler le principe humide à partir de l'huile obtenue, et le principe sec à partir du résidu noir de nature terrestre. Quant au principe chaud, isolé de l'élément coloré, il le décrivait comme une substance rouge, transparente et brillante. Cette substance que les alchimistes européens appellent "l'or", "pierre philosophale".

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