📱

Get Our Mobile App

Take your business learning on the go!

Download on the App StoreGet it on Google Play

7 DESERTS EN HONDA 750 TRANSALP ► EP1

Lolo Cochet - Moto40:03

Transcription

[Applaudissements] [Musique]

Des mecs aujourd'hui, ils partent en road trip. Ils emmènent avec eux des litcamp, des frigos, des cafetières. On dirait des vrais camping-cars. Je me moque pas, j'en ai fait partie. Mais tu vois, moi, je pense que ça serait bon de revenir à un petit peu plus de simplicité. Je te donne un petit exemple, un truc à moi pour te faire du café : du feu, de l’eau, une capsule. Allez, quand même ! Pour ce nouveau road trip, j’aurais pu aller au fin fond du désert de Gobi, du kalahari, du Namib. Mais en fait non, tu sais, on a dit simplicité. Quand moi je pense simplicité, il y a un nom qui me vient à l’esprit : la Transalp. Pourtant, je vais te faire un aveu : en 1987, quand elle est sortie, elle est juste passée en dessous de mes critères que je trouvais sympa pour une moto. Il y avait des motos qui m’inspiraient beaucoup plus sur le plan Dakar, désert. Et puis, il y a 4 ans, mon pote Amori, il m’a dit : « Ben écoute, j’ai acheté deux Transalpes. » Ah ouais, quand même ! D’occasion, 70 000 bornes. Ah ouais, encore mieux ! « Et puis, on va parcourir l’Afrique, on va aller se perdre au fin fond de la Mauritanie. » Je dis : « Oui, sympa. » On les a à peine préparées, on a mis des cales dans la fourche, une démultiplication un petit peu plus courte, et on a fait des choses juste hallucinantes. Les motos, elles avaient 70 000 bornes, et tout semblait neuf dessus. On les a franchement maltraitées, et on a réussi ce pari de descendre jusqu’à Dakar en passant par Shingetti, Atar. Et en fait, quand Honda a annoncé qu’ils allaient sortir une nouvelle Transalp, la 750, je voyais pas d’autre issue que de l’essayer pour toi et de te faire un road trip. Mais attention, on a dit simplicité. Donc bah, j’ai réfléchi, et je me suis dit : « Où est-ce que je pourrais t’emmener ? » Les 17 tournants en Chevreuse ? Non, c’est pris, il y a trop de monde. J’ai cherché où est-ce qu’il y avait d’autres déserts, et j’en ai trouvé plein en Europe. Et en fait, je me suis dit : « Bah, je vais t’emmener là-bas. » Et le premier que j’ai trouvé, forcément, tu le connais un peu, mais je pense qu’il y en a pas mal qui s’attendent à venir le découvrir, c’est le désert des Bardenas. Il y en a un juste à côté, à l’est de là, qui est le désert des Moncayo. On va commencer par ces deux déserts, et puis après, je t’emmènerai un petit peu plus loin. Tu verras, il y aura des surprises. Peut-être pas passer l’après-midi ici à boire du café dégueulasse. Ça t’intéresse peut-être de voir à quoi ça ressemble, les Bardenas ? Allez, viens, je te fais découvrir. Où est-ce que j’en étais, moi ? Ah oui, les Bardenas. Tu veux un petit conseil pour les Bardenas ? Arrive par le nord. Un gigantesque plateau de plus de 20 km qui, sans prévenir, s’interrompt d’un coup pour plonger au cœur de la Bardenas Blanca. Une piste et un décor digne d’un des meilleurs westerns.

[Musique]

Honnêtement, comment ne pas y penser ? Comment ne pas se sentir observé, menacé ? Ouais, clairement, ça sentait l’embuscade.

[Musique]

À plein, c’était sûr ! Des Comanches, des Sioux m’attendaient dans ce défilé et allaient me nourrir d’un instant à l’autre d’un jet croisé de flèches pointues.

[Applaudissements]

Serré ! Bref, j’étais clairement sur mes gardes. Comment pouvait-il en être autrement avec ses superbes strates horizontales au fort contraste de couleur, et avec ses orgues accrochés à la falaise, avec ses collines au sommet tabulaire dénommées « Los Hermanos »? Là, ai-je eu la chance de tomber en plein pow-wow, le grand rassemblement annuel des peuples indiens ? Reste qu’ils ne sont pas venus, les Indiens. Rassuré, c’est donc en toute discrétion que j’ai plongé dans cet immense ravin aux dimensions XXL, au cœur des badlands, les mauvaises terres recouvertes de terres argileuses, découpées en de multiples crevasses ramifiées dues à un ruissellement parfois dit luvien. J’ai erré au cœur de ce réseau de pistes parfois un peu anarchique, traversant de plus petits ravins, los barrancos. Et au cœur de ce joyau se niche une pépite : la cheminée de fée. Je préfère de loin ce terme à son équivalent espagnol, « castille de tierra », château de terre, bien moins poétique.

[Musique]

Et c’est donc en plein territoire indien que j’ai concédé à l’incontournable photo de la cheminée de fée, photo faite par d’autres explorateurs venus à moto, à moto d’enduro, dont tu n’auras pas forcément besoin.

[Musique]

Car en tournant le dos à la cheminée de fée, et malgré le joli compte de fée que je viens de te raconter, je me dois d’être clair. Alors tu as le droit de te dire que ça manque un petit peu d’épaisseur, de d’engagement, de… de… tu vois, c’est assez rigolo parce que hier, il y a un mec qui est venu me voir, et pour engager la conversation, il m’a dit : « Alors les youtubeurs, on vient s’enfiler dans les endroits à touristes. » Alors c’est… c’est pas complètement faux, mais c’est pas complètement juste, tu vois ? Comme… comme réflexion, c’est vrai : au centre, tu vois, tu as les Bardenas Blancas, l’endroit le plus touristique. Mais en même temps, franchement, c’est super beau à voir. Les pistes sont vachement faciles, tu peux même y aller avec une Harley, un roadster, c’est vraiment pas compliqué. Mais là où je suis pas d’accord, c’est qu’en fait, dans les Bardenas, plus au sud, tu as ce qu’on appelle les Bardenas Negras. C’est plus des espèces de collines avec des plateaux au-dessus, avec des pains noirs et une terre un peu plus noire. Et bah, ça peut ressembler un petit peu à un endroit où je t’ai déjà emmené : le canyon des Colcas, au Pérou.

[Musique]

En même temps, si tu te documentes un peu plus, les Bardenas Reales, c’est quand même 700 km de pistes. Il devait forcément me rester des pistes vierges, des terrains inexplorés. La curiosité m’a du coup poussé plus au sud, vers la plus méconnue Bardenas Negra. J’ai d’abord contourné un réseau d’irrigation avant de plonger à nouveau dans des ravins plus sauvages, aux pistes moins évidentes et…

[Musique]

…entretenues, avant de remonter sur des plateaux pouvant culminer à 600 m…

[Musique]

…d’altitude, et surtout de traverser ces forêts peuplées de pain d’épices et de chênes kermès qui viennent noircir le paysage et donner le nom de Negra à cette Bardenas. C’est incroyable ! Tu surfs sur des bouts de collines, tu remontes, tu arrives sur des petits bouts de plateaux en plus, mais c’est vraiment la belle époque. Il y a encore des blés un peu blonds, il cultive… les lumières sont vraiment très belles le soir et le matin. Et alors attends, et là, droite ! Ouais, et là, droite, et c’est top ! Non, franchement, c’est pas difficile. Il y a juste un truc : si jamais il pleut. Et le deuxième truc, c’est que des fois la trace, elle passe dans des champs, mais en fait, elle est autorisée. C’est juste qu’il la bourre un peu plus large, et ça crée une terre hyper fine dans laquelle, avec une moto de ce gabarit, c’est assez compliqué de naviguer. Vois : avance, mets un peu de gaz pour le petit tracteur qui doit passer avant, qui a déjà créé une ornière pas super simple. Mais c’est peut-être à moi que j’ai fait ouvrir quelque chose en venant aux Bardenas. Jusqu’à toi, je dois le reconnaître, je suis honnête, je suis super honnête, je connaissais pas assez, et je m’étais fait une idée un peu trop simple. Regarde, je te montre là, il y a un petit peu de caillasses, mais pas difficile. Petite descente. Regarde, quand je te dis « Canyon des Colcas », je me rappelle, on avait trouvé une piste là avec un pont qui venait juste d’ouvrir en contrebas. C’était comme ça, c’était une piste qui circulait au fil de falaise, de colline, qui était magnifique, toute blanche, pareil en gravier, bien damée. Et voilà, et ça plongeait dans un canyon. Je te raconte ma vie, pas les steaks. C’est ce que je peux faire pour te tenir réveillé et surtout, dégainer, comme on dit dans le sud. Mais alors personne de chez personne ! Le Far West retrouvé quoi ! Et c’est au cœur de ces décors époustouflants, de cette atmosphère retrouvée, que j’ai commencé à mettre à l’épreuve la Transalp 750. Fort du souvenir que j’en avais, je l’ai pas épargnée, la belle. Je n’y suis pas allé par quatre chemins. Enfin si, justement : franchissement, passage trialisant, piste rapide, tout était réuni pour de premières sensations. Primo, même avec sa selle standard 850 mm, la Transalp est étonnamment accessible, hyper pratique dans les passages un peu compliqués où l’on souhaite poser les deux pieds à terre. À tel point que perso, pour mon 1m76, j’aurais même carrément opté pour l’option selle haute. Les 200 mm de débattement avant et 190 arrière des suspensions font bien le job, même si tu t’en doutes, avec mes 60 kg de bagages, matériel vidéo de 10 kg inclus et autonomie complète pour le bivouac, il convient de ne pas piloter comme un bourrin et de venir durcir le ressort de la suspension arrière. D’ailleurs, il y a quelque chose que je t’ai pas dit : la Transalp, pas de dents qui poussent ? Bah si, puisque je te le dis : d’une cinquantaine de chevaux, son twin est passé à 92 chevaux. Pour son moteur, n’a pas perdu en…

[Musique]

…souplesse dans les passages trialisants. Le moteur sait descendre sous les 1500 tours en seconde sans cogner, tout en continuant de tracter. Hyper rassurant dans les épingles serrées où il faut venir ralentir le rythme pour virer et ensuite venir s’extraire sur une bonne louchée de gaz.

[Musique]

Particulièrement bien fourni en aide au pilotage, il conviendra d’entrer dans le menu « user » afin de désactiver complètement le traction control et d’avoir un frein arrière moins ABS. C’est quand même fou ce qu’on peut faire aujourd’hui avec cette bécane.

[Musique] [Musique] [Musique]

Pas pourquoi je suis comme ça ? Je suis quand même un peu con, je pars en me disant : « La Transalp, ce coup-ci, sois raisonnable, arrête de l’emmener dans des endroits pas possibles, faire n’importe quoi avec les mules. » C’est vraiment… c’est vraiment n’importe quoi ce que je fais. C’est… et puis tu vois, bah au lieu de commencer par les bandes d’autoroute, qu’est-ce que je fais ? Ah, je m’enquille des pistes ! Un sacré con ! Ah si si, je garantis qu’il a du niveau ! Essaye d’arriver ne serait-ce que là, tu vois ! Défi !

[Musique]

Le point fort de la Transalp dans la difficulté : ne jamais te mettre en difficulté. Une Transalp quoi ! Mais quand même avec des dents plus longues, je te l’ai dit, je suis sorti des Bardenas avec des étoiles plein les yeux.

[Musique] [Musique]

Au 3e jour de mon road trip, juste à côté des Bardenas, Dieu créa les Moncayo. Qu’il en soit béni, même si j’avoue qu’on les a survolés. Là encore, des chaînes et des pains verts, des rapaces, des lacs salés comme celui de Sariñena, le monastère de la Sirena abritant les sarcophages de membres de la famille royale d’Aragon.

[Musique]

Moi, je trouve que dans les Moncayo, c’est plus taillé pour les gros gros trails, les maxi-trails. C’est des pistes assez larges, faciles, ça serpente souvent du côté des éoliennes où ils ont tracé plein plein de pistes justement pour les éoliennes qui sont super propres. Franchement, il y a pas de difficulté quoi. Donc, et puis c’est immense, c’est immense. Et de ce qu’on m’a dit, c’était : il y a quand même un petit peu moins de restriction autour, bah, de pouvoir faire de la moto, des pistes et tout ça. C’est à mon sens un tout petit peu moins varié. Si je devais choisir l’itinéraire, les Bardenas Negras, pour moi c’est le plus beau. Les Bardenas Blancas, faut le voir, parce qu’il y a la cheminée de fée, il y a des trucs vraiment sympas par là. Mais les Negras, c’est vachement encaissé, c’est super sympa. On va aller manger ! Espagne. Tu as un peu le temps, tu peux te réveiller un petit peu tard.

[Musique]

Ah, j’allais oublier : si tu veux te convaincre que les Moncayo, c’est le Far West, alors débarque à Robles et cherche le petit resto « La Plana ». Il ne manque que les portes à battant pour parfaire le décor. Dehors, une R5 en bel état de rouille au passé prestigieux. « Bulacoa »… mon ça ! Dedans, une tireuse à bière en forme de V-twin de Milwaukee, des plaques minéralogiques de chaque État américain. J’en suis sorti repu, pour remonter avec peine sur mon destrier. Donc si tu es dans les Moncayo et tu veux manger dans une ambiance purement motarde, n’oublie pas le restaurant « La Plana » à Robles. Oui, alors aussi : si tu prends entrée et plat, je demande si l’entrée était pas plus largement servie que le plat. Donc méfie-toi quand même pour faire de la moto après, c’est un peu compliqué. Heureusement, il y avait pas de dessert, car faut dire que je venais déjà d’en consommer deux sur les sept premiers lors de ces trois premiers jours. Bon, ici, on change d’atmosphère, de lieu, voire même de pays. Changer d’atmosphère, ça a été super vite en rejoignant tout ça par l’autoroute. Ça brûle, ça pique. Tu veux vraiment que je t’explique pourquoi je préfère les déserts ? Bah parce que par définition, il peut pas… il fait pas chier, tu vois ? Et puis même s’il peut y faire très froid la nuit, tu as rarement les doigts bleus et palmés comme ça. Ah, ça fout des coups d’électricité, c’est une horreur. Mais au mois de mai, tu prends pas les gants d’hiver, tu vois ? Je suis comme toi, je souffre à moto. En plus, j’ai un tout petit peu joué avec le feu. Ça fait au moins 50 bornes que je suis en réserve, j’ai pas trop lâché l’affaire, je suis resté à 130 sur l’autoroute. C’est chiant, mais au moins, je vais pouvoir te dire combien de bornes tu peux faire et ce que ça consomme à 130 km/h : 16,50 litres par 327 km, ça fait du 5,04 litres au 100. Franchement, c’est cool. Bravo, bravo Honda. Bon ben, on y retourne.

[Musique]

Hé, autre petite info utile : sur autoroute, au guidon de la Transalp, j’ai parcouru 303 km à 130 km/h de moyenne avant de voir le témoin de réserve s’allumer. C’est pas rien non plus, d’autant qu’avec mes pneus à tétines que j’ai troqués face à son équipement plus routier d’origine et avec tous mes bagages, ça doit vraiment aider. En trois pleins, j’ai finalement atteint Toulon pour embarquer vers la…

[Musique]

…Corse. Tu veux pas partir à Tarracher ?

[Musique]

Au petit matin, après une nuit absolument divine, je suis descendu récupérer Miss Transalp au pont 5, où j’ai pu échanger avec quelques motards qui m’ont averti sur la difficulté de la piste du Transur Tril dans sa partie nord vers le Cap Corse. Une vidéo récente sur YouTube montrerait même des mecs en grosse galère dans d’improbables ravins et qui ont dû être secourus par des tracteurs. Sais-tu ? Je t’ai dit en sortant du bateau qu’il y avait des mecs qui m’avaient dit : « Surtout, n’y va pas. » Ben je te les présente, c’est eux. Ils veulent… ils veulent pas y aller, ils ont peur. Mais ils m’ont dit : « On se voit ce soir. » Au revoir. Ouais, j’ai voulu essayer, pas pour prouver quoi que ce soit, juste parce que je pars du principe que tant que tu as pas essayé, bah tu peux pas savoir. Et puis tu vois, moi, les vidéos YouTube, je leur fais moyennement confiance. On est pas loin sur GPS, la route…

[Musique]

…s’arrête. Je suis parti du bon côté ? Je te montre, il y a de la… Alors, j’ai filé plein nord jusqu’à Cisco, puis Mandia, où le bitume s’interrompt net. Là, il y a deux chemins, c’est celui de gauche. Ça y est, on est d’accord, on est dans le chemin. Un truc qui est rassurant, c’est que pour l’instant, c’est pas trop grave. Honnêtement, je savais que les vidéos sur YouTube, c’était de la daube, mais à ce point-là ! Il y a bien quelques jolies pierres à éviter, une ou deux ravines à contourner, quelques épingles un peu serrées, mais… mais franchement, rien qui ne justifie de faire…

[Musique]

…demi-tour. Arrivé au col Saint-Jean et à la jolie petite chapelle du même nom, tu as vu la mer des deux côtés. On ne peut pas imaginer plus belle suite. Je te ferai une vidéo sur YouTube pour que tu puisses bien voir et mieux comprendre. J’aurais pu y planter mon bivouac, mais c’était trop tôt, et puis il fallait que je vienne au secours d’un Corse qui venait de se blesser à la tête et me demandait…

[Musique]

…assistance. Je vais vous demander une chose : dites-moi… regardez, je viens de me blesser là… Ah ouf, c’est beaucoup ouvert. Alors permettez que je… avec un morceau de bois… Mais j’ose pas… c’est… j’ose pas regarder parce que c’est déjà un peu coagulé, ça… c’est… V… attendez, attendez, attendez, attendez ! Parce que là, avec les cheveux, je vois rien… Euh bah non, tu as pas rêvé : le mec vient me demander de l’aide parce qu’il s’est blessé au crâne, et moi, je manque de lui planter mon tendeur en plein dans l’occiput. Très important comment ça ? Jamais ! J’ai cassé la branche, ça… elle est revenue. Bon allez, ah je pense que je le peux pour cette fois. Ouais, pour cette fois-ci. Parce que la prochaine fois, je suis pas sûr d’être un peu plus maladroit. Je venais de sauver un Corse de son malheur tout en manquant de l’assassiner gentiment. Je me suis laissé glisser côté ouest au milieu d’une piste hyper tranquille, décorée de cactus et d’arbres blancs qui semblent pétrifiés. C’était beau, bien plus beau que sur YouTube, si je t’assure. Une espèce de… des arbres pétrifiés comme tu trouves en Arizona. J’avais encore un peu de temps, alors j’ai poussé jusqu’aux Agriates. Mon 3e désert ?

[Musique]

Abus de langage qui suspectera les puristes. Cela dit, c’est vrai que toutes ces pierres, cette immensité et ces quelques cactus font fortement penser à un désert. Pourtant, les Agriates n’en sont pas un, de désert. En tout cas, pas au sens géologique du terme. Mieux : cet endroit était connu pour ses cultures et ses nombreuses sources, des rivières jusqu’à la Première Guerre mondiale qui a ravagé la population jeune. Résultat : les Agriates sont devenues un désert. Un désert d’hommes. C’est somptueux. À cette époque-là, il y a personne de toute façon. Il y a que des 4x4 qui peuvent passer. Voilà, avec une moto chargée, faut… faut se battre un petit peu. Pas trop, ça passe partout, mais… mais voilà, faut… faut… faut avoir des… des bras quand même parfois. Et arrêtez de me dire : « C’est beau ! » Ils vont finir par le croire. Les Agriates, c’est beau. Reste que descendre vers l’anse de Vignale se mérite en 4x4 ou en maxi-trail, mais pas avec autre chose. Une fois en bas, c’est un petit paradis. En deux temps, trois mouvements… j’ai pas dit deux secondes ! J’ai monté ma tente et paré à l’essentiel, préparé mon lit. Ça… ça… hop ! Une vache dans mon jardin, dans mon camping quoi ! Je sais pas si elle vient me rendre visite, si elle essaie de bouffer mes… mes trucs là. Du coup, je vais tout fermer. Ah ben ouais, dans « camping sauvage », il y a « sauvage » un peu, « camping » aussi, mais pas trop en fait. Sache que la piste, en ce moment, elle est autorisée. Elle est interdite l’hiver, l’été à cause des feux, mais en ce moment, elle est autorisée. Donc voilà quoi. Ça fait une journée sympa. Tu pars de Bastia, tu remontes là, le col de Saint-Jean, la petite chapelle que je t’ai montrée, tu files de l’autre côté justement, tu passes du Cap Est jusqu’au Cap Ouest, après tu redescends jusqu’à l’embranchement de cette piste. Ça te fait une belle journée, tu viens dormir là, tu vois ? Non, me remercie pas. Il y a un peu de moustiques par contre déjà. Donc ben je te laisse bonne…

[Musique]

…nuit. Au petit matin, je suis allé faire mes ablutions sur la plage. Divin !

[Musique]

Voilà, celle-là, si tu as pas un vrai 4x4 ou une meule pour faire un peu d’off-road, tu y viens pas. Non. Donc c’est désert, tiens. C’est des… je te fais visiter un petit peu quand même, tu vois ? Les Paioletti, c’est ces toutes petites maisons en pierre dans lesquelles tu peux dormir, faire la cuisine. Là-bas, normalement, il y a des sanitaires, il y a même des panneaux solaires, mais c’est pas ouvert, je sais pas pourquoi, alors qu’il y a un gardien qui passe. Apparemment, il est passé avant-hier. J’ai eu un espèce de coup de chaud de la mort cette nuit ! Un moment, je me suis réveillé, j’ai repensé à un petit passage que j’ai fait hier soir là, il y avait une grosse flaque, après je suis remonté sur une dalle en pierre, et tout est parti en cacahuète. L’avant, l’arrière, il y avait aucun grip. Et cette nuit, je me suis… si jamais… mais il pleut ce matin, je peux pas…

[Musique]

…remonter. Et j’ai filé parce que la pluie menaçait. Je suis remonté vers la route et j’ai tiré tout droit plein sud vers la partie centrale du Tête, sans me douter vraiment de ce qui…

[Musique]

…m’attendait. Et c’est sur l’autre partie du Tête qui redescend sur Ponte Leccia et Corti. Après, faut pas la rater à l’entrée, elle est quasiment pas visible. J’ai dû faire demi-tour. Pour l’instant, elle est propre, la piste. Je dirai après hein, parce que je sais un peu où on va. C’est un peu désertique. Et voilà, elle est propre, elle est propre. Pour pas s’emballer non plus quoi. Waouh ! Regarde, la piste est plus cassée, hein, moins entretenue, hein ? Tu retiens au-dessus de l’Île-Rousse, ça tape un peu plus. Bon, j’ai fait ce que je voulais pas faire, je me suis rendu compte un peu tard que je descendais un chemin qui était pas remontable, je pense. Cela dit, il est pas super long. Au pire, je décharge tout et ça va. Ouais, faudrait pas la monter hein, on descend là dans… dans le bon sens. La…

[Musique]

…trace ne viens pas si tu as peur des descentes, hein ? Ne viens pas, ça descend pour de vrai. Après, avec du frein moteur, du frein arrière, ça passe hein. Ah mais forcément, il y en a un qui fait le con quoi, tu vois ? Arrête de faire le con, toi ! Un peu une famille de marmottes. Si le sabot moteur remplit régulièrement sa fonction protectrice, j’ai en revanche été surpris de constater que l’échappement, pourtant position basse, ne venait jamais à frotter. La Transalp, elle a une limite, oui, comme tous les maxitrails chargés, avec bagages. Limite que j’ai trouvée au détour d’un chemin. Bon là, il y a une belle marche, et je suis à la limite : soit je fais demi-tour, soit je sors l’arme ultime. On te demande souvent : « Tu as pas peur tout seul ? » La blessure… ouais, mais je roule tellement cool. Ça… là, la télécommande ici. Alors j’espère que j’ai assez. Moi, j’aurais essayé, j’aurais pas amené pour rien, tu vois ? Je sais ce que tu te dis : un treuil, n’importe quoi ! Il y a du vide comme jamais. Ça monte gentiment, mais ça monte. OK. Honnêtement, je préfère perdre un quart d’heure comme ça que de forcer à essayer de passer, tout casser, la mettre dans le ravin. Ouais, ouais, à faire entre potes, motivé, avec des gros trails chargés, en enduro, il y a pas de souci. Mais sinon, ouais, à faire avec des potes… J’aime bien cette formule. À propos du trail du Tête, tout est faisable. Il y a des passages chauds, tout est faisable. Il y a des passages chauds, mais tout est faisable. Il y a des passages… tu as compris. OK. Mais c’est faisable. Gentiment. J’ai rejoint la route et ses spécialités corses, sa charcuterie bien connues. Allez les garçons !

[Musique]

Mais aussi, bien moins célèbres mais tout autant pratiquées, ses gaufres et pizzas. Rassure-toi, ici, tout est bien…

[Musique]

…terminé. Fallait pas que je traîne sur le port de Bastia. Mobia Zaza m’attendait. Mobiaza, pas un nom de bateau, ça va couler, c’est un nom de jouet.

[Musique]

Une bonne vieille vraie R1200 GS méga préparée avec une fourche inversée, réservoir tour du monde. Avec ça…

[Musique]

…mag 13h. Me voici en Italie, à Livourne, prête à partir à l’assaut de mon 4e désert. Enfin ouais, bah ça va, tout le monde peut se tromper, on va pas non plus en faire un marmotte ni une époisse. Je me suis gouré, je me suis gouré, j’ai fait fausse route en choisissant de te conter ces déserts d’Europe. J’avais repéré un désert inconnu à Accona, juste à côté de Sienne, au cœur de la sublime Toscane.

[Musique]

Un désert fait d’argile grise grâce aux sédiments de la mer du Pliocène qui recouvrait cette région il y a 4 millions d’années. Coup bas sans l’ombre d’un doute, j’ai foncé vers cette insoutenable promesse qui s’est vite transformée en désert imaginaire. Oui, certes, soit il y a bien quelques jolies ravines comme on peut aussi en trouver en France. Ça peut ressembler à ce que les premiers colons d’Amérique appelaient les mauvaises terres, ou les badlands, rendant les conditions de culture difficiles. Oui, l’érosion menace peut-être le petit village…

[Musique]

…d’Accona. Ça, un désert ? Bon, la déception n’était pas non plus absolue. Bon ben, c’est reparti ! Il pleut. Mais voilà, j’ai été super bien accueilli. Tu sais, tu… tu peux dormir dans les agritourismes en Italie, c’est vachement plus sympa que les hôtels, et surtout, je… la cuisine de la mama, c’est pantagruélique le soir. Donc voilà, n’hésite pas, c’est vraiment un bon moyen pour se ressourcer entre deux bivouacs, prendre une bonne douche, bien bouffer, bien dormir, recharger le matos. Enfin ça quoi, tout ce qu’il faut. Mais pas que des ours ou des aventuriers non plus, tu vois ? Allez, on y retourne.

[Musique]

Got my weapon and got my if.