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Courte entrevue avec Eugène Canseliet (1972) | Archive audio jamais diffusée

Adrien Loubier12:15

Transcription

Jeunes concellier, l'alchimie dont vous vous occupez activement a la réputation d'être plus ou moins une science. En tous les cas, d'être à l'origine de la science tel que aujourd'hui nous entendons le mot. Et à vous lire, on est un peu surpris de vous entendre apostropher le lecteur, soit par les termes d'artiste, soit par celui d'étudiants qui n'ont ni l'un ni l'autre une exception scientifique qui ne regarde en rien la science. Alors, je voudrais savoir pourquoi vous avez choisi ces deux termes alternativement. Pourquoi artiste, pourquoi étudiant et pourquoi pas scientifique ?

Et bien voilà, l'alchimie ça n'est pas c'est une science bien sûr, mais c'est surtout la science. La science avec une S majuscule. Et quand je parle, quand j' je m'adresse à l'étudiant, c'est au à la personne fille ou garçon qui s'occupe qui s'intéresse à l'alchimie. Pour parvenir à quelques connaissances en alchimie, il faut obligatoirement être étudiant. Mais cet étudiant peut devenir artiste. Pourquoi ? Et parce que ce vocable artiste désignait anciennement et désigne toujours pour les alchimistes l'étudiant qui travaille de manière pratique, qui se livre aux travaux pratiques, c'est-à-dire à ceux du laboratoire. C'està-dire qu'il y a entre étudiants et artistes la même filiation qu'il peut y avoir entre apprenti oui. Oui. Parce que il y a là une progression entre l'étudiant disons si vous voulez aussi le néophy anciens disaient aussi fils de science n'est-ce pas ? et bien sont appelés vers cette étude et tout d'abord prennent les livres comme toute discipline on apprend avec des livres même si on a un maître on se sert des livres les livres c'est la partie théorique. Là, l'étudiant est au niveau de la théorie. En alchimie, nous dirons plutôt au niveau de la philosophie. car je dois faire ici pour que vous me compreniez bien une petite digression à savoir que l'alchimie est une science positive mais qui contrairement à la science physique et chimique de l'heure présente même possède sa philosophie et elle s'inscrit son retour s'inscrit précisément dans une perspective de salut. Oui.

Euh ça et ce qui tendrait à le prouver, c'est que la jeunesse est très séduite parce queil faut bien le dire, il faut bien employer l'épithète, l'alchimie apparaît contestataire, n'est-ce pas ? au point de vue scientifique, il ne s'agit pas de la contestation, n'est-ce pas, qui consiste à dépver les rues et à brûler les automobiles. J'entends bien, mais je je crois que le stade est passé est profondément contestataire. Ah oui, l'alchimie si elle s'installait plus solidement et elle s'installera. C'est obligé, c'est cosmique. Ça relève des universaux. Elle vient à son heure. J'ai le sentiment que notre époque est est malade d'une foule de séparation qui s'installe tant que dans son environnement. Et on a l'impression avec l'alchimie qu'on peut retrouver une unité, que il n'y a pas de rupture entre l'homme et le cosmos par exemple, entre l'intelligence et le sentiment, entre la morale et l'intelligence, entre les les éléments les plus biologiques et les éléments les plus spirituels.

Est-ce que c'est effectivement une interprétation, une vision que l'on peut avoir aujourd'hui de l'alchimie ? Cet exposé que vous venez de me faire là, c'est de l'alchimie. Vous faites de l'alchimie un peu comme monsieur Jourdain. Je suis heureux d'être monsieur Jourdin. Oui. Oui. Mais c'est pourtant vrai ce que je vous dis, c'est pas une boutade. C'est non. L'alchimie c'est la science de l'unité par excellence. D'ailleurs, les alchimistes ont toujours proclamé l'unité de la matière et de l'esprit. Marcelin Bertelot avait pris pour symbole en manière même d'épigraphe à son introduction à l'étude de la chimie des anciens et du moyen-âge. C'était l'ouroboros grec, c'est-à-dire le serpent qui se dévore la queue. Au centre de cet ou de ce serpent qui se mort la queue est inscrite la devise en grec entopane un le tout. Les alchimistes proclament à l'envie et constamment que la matière et l'esprit ne font qu'un. D'ailleurs, d'ailleurs dans le travail alchimique qui ne demande pas à beaucoup près les moyens matériels utilisés par nos physicochimistes, encore que l'alchimiste soit au vrai un physicochimiste, un physicien et un chimiste. Ça ne demande pas les mêmes moyens. avec des moyens très simples. L'alchimiste est un démurge dans son microcosme, dans son petit monde.

Est-ce qu'on peut vivre euh sans contradiction ? Est-ce que la contradiction n'est pas l'élément moteur de l'existence humaine auquel cas l'alchimie risquerait de n'être qu'une utopie ? Oui, ça n'est pas le cas. On ne peut pas empêcher les oppositions, on les rencontre en alchimie. Mais ce qui importe surtout, c'est l'harmonie. L'harmonie et la suppression de l'anarchie. Expliquez-moi ça. L'harmonie. Pourquoi ? Parce que l'alchimie, c'est l'harmonie par excellence, même dans la matière. D'ailleurs, les anciens et ceuxci remonte très loin, désignait l'alchimie comme la grande harmonie, l'art de musique il l'appelait aussi, vous voyez ? Et avant tout, la plus belle définition qu'on puisse très brièvement donner de l'alchimie, c'est celle que donne Martinus Rulandus, Martin Rulent dans son lexique d'alchimie ou dictionnaire alchémistique, à savoir que c'est une purification constante. Constante. Il le dit bien, cette purification est poussée même au-delà encore, n'est-ce pas ? L'impure séparation impurie. On sépare l'impure de de la substance qui qui est déjà pure mais l'est pas encore assez. As substancia purioré, n'est-ce pas ? Le latin le dit bien, n'est-ce pas ? Don la substance. Voyez-vous le comparatif prioré à l'ablatif parce que il y a une multitude de petits traités latins qui n'ont pas été traduit. Il faut connaître le latin, le beau latin du moyen-âge pour entrer à fond dans l'alchimie. Et voyez-vous, la science n'est pas complète, on supprime le latin. C'est la suppression des humanités. C'est la suppression de la profondeur. On reste dans les trois dimensions alors que l'alchimie apporte la 4è dimension, celle de de laquelle parle Saint-Paul, la profondeur. De telle sorte que la fascination qu'exerce sur les jeunes gens de notre époque, comme vous le disiez tout à l'heure, l'alchimie serait celle de la pureté.

Oui, la pureté bien sûr, bien sûr. C'est une purification constante même au laboratoire. La première matière que prend l'alchimiste pour pour entreprendre son grand œuvre. C'est une masse chaotique primordiale noire partant de très bas, partant de cette matière qui est au fond un minerai de faible radioactivité. Bien sûr, partant de ce minerai par constante purification de et qui s'obtient évidemment avec toute une suite d'opération qui se ressemble d'ailleurs se diversifie dans les trois parties du grand œuvre mais se ressemble beaucoup mais s'achemine vers la purification et vers l'obtention d'un grain central n'est-ce pas qui est en qui est après exalté, il est suffisamment mais multiplié. D'ailleurs, c'est la c'est la période, c'est la phase de la multiplication et devient l'escarboucle des sages cette gemme philosophale, ce beau ruby qui est qui est la pierre. Car la pierre philosophale, ça n'est pas une vue de l'esprit. C'est un disons si vous voulez très vulgairement c'est un ingrédient. C'est une médecine que le l'artiste absorbe pour se transm lui-même. Non pas seulement non pas seulement spirituellement mais aussi physiologiquement. Il ragenit. C'est la jouvance.