Transcription
Et puis euh, un jour, il m'a dit : "Écoute, je t'ai dit tout ce que je connaissais dans l'Islam, et euh, maintenant, ben, on va devoir se séparer. Mais avant de se séparer, j'aimerais bien quand même qu'on fasse une chose qu'on n'a pas encore faite."
Et je lui dis : "Ah tiens, euh, quoi ?"
Il me dit : "Ben, écoute, je vais faire une prière en arabe, je vais lire le Coran, d'accord ? Et toi, si tu veux, après, tu peux faire une prière comme tu veux, quoi, Jésus ou je sais, je sais pas trop quoi."
Je dis : "Bah, écoute, si tu veux, pas de souci."
Et c'est là que il s'est mis à me lire sourate Al 32, la 32 sur 32. Il m'a lu, et ça a continué jusqu'à la fin. Et là, en fait, entendre le Coran en arabe a provoqué chez moi quelque chose d'indescriptible. J'ai ressenti dans tout mon corps des frissons. J'ai ressenti mes cheveux qui étaient vraiment comme la chair de poule, mais dans tout mon corps. C'était presque du 4000 volts qui m'a qui m'a envoyé, sans comprendre, parce que je comprenais pas l'arabe. J'avais jamais entendu le Coran auparavant. Et donc, voilà, et de là, j'ai ressenti quelque chose de très, très fort.
Et de là, je suis parti. Je l'ai laissé comme ça. J'ai pas fait, au final, la prière moi, mais j'étais troublé dans dans mon âme. Mon âme était vraiment troublée parce que je venais d'entendre. Je suis parti à la maison, je m'endors, et là, je fais, comme on dit en arabe, un rêve pur.
Ouais, ouais. Ben, on a fait, en fait, la la traduction. Donc David Daout, voilà.
Marche ? Ouais. Et ça t'a pas gêné de basculer sur un autre prénom euh après ta conversion ?
Au départ, euh, honnêtement, j'ai pas assimilé. Donc, quand on me l'a dit, j'ai pas vraiment assimilé. Parce qu'il y a tellement d'informations. Bon, il faut comprendre encore comment je me suis converti. Ça, c'est encore...
Bah, tu peux en parler, parce que là, on enregistre déjà, en fait, en ce moment.
Ok, d'accord. Euh, ben, donc, ça a commencé. J'ai commencé à rechercher une spiritualité. Donc, j'ai commencé par chercher dans le christianisme, évidemment, puisque c'était ma religion, hein, donc de ma parents, où j'ai grandi. J'ai commencé à chercher. J'ai pas trouvé de réponse euh dans cette religion-là. J'ai été voir plusieurs personnes, dont des curés, dont des gens qui étaient très actifs, et euh, j'ai pas vraiment trouvé de réponse.
Et puis, il y a eu un, j'ai commencé à lire la Bible, et puis il y a eu un, un trou. C'est-à-dire, plus rien. Et là, j'ai rencontré un ami à moi à l'époque, il s'appelait Saïd. Et euh, lui, il était revenu justement à sa religion, qui était l'Islam. Et il a commencé par me parler avec beaucoup de maladresse, d'ailleurs, au départ, parce que il venait de rentrer dans sa religion aussi, donc il apprenait tout doucement. Et puis, comme ça, il m'a, petit à petit, il m'a invité à venir chez lui. Tous les jours, c'est, c'est une histoire qui a duré au moins six mois de discussion. Il a ramené d'autres gens quand il savait pas me répondre à la question. Et puis, euh, un jour, il m'a dit : "Écoute, je t'ai dit tout ce que je connaissais dans l'Islam, et maintenant, ben, on va devoir se séparer. Mais avant de se séparer, j'aimerais bien quand même qu'on fasse une chose qu'on n'a pas encore faite."
Et je lui dis : "Ah tiens, quoi ?"
Il me dit : "Ben, écoute, je vais faire une prière en arabe, je vais lire le Coran, d'accord ? Et toi, si tu veux, après, tu peux faire une prière comme tu veux, quoi, Jésus ou je sais, je sais pas trop quoi."
Je lui dis : "Bah, écoute, si tu veux, pas de souci."
Et c'est là que il s'est mis à à me lire sourate Al 32, la 32 sur 32. Il m'a lu, ça a continué jusqu'à la fin. Et là, en fait, entendre le Coran en arabe a provoqué chez moi quelque chose d'indescriptible. J'ai ressenti dans tout mon corps des frissons. J'ai ressenti mes cheveux qui étaient vraiment comme la chair de poule, mais dans tout mon corps. C'était presque du 4000 volts qui m'a qui m'a envoyé, sans comprendre, parce que je comprenais pas l'arabe. J'avais jamais entendu le Coran auparavant. Et donc, voilà, et de là, j'ai ressenti quelque chose de très, très fort.
Et de là, je suis parti. Je l'ai laissé comme ça. J'ai pas fait, au final, la prière moi, mais j'étais troublé dans dans mon âme. Mon âme était vraiment troublée parce que je venais d'entendre. Je suis parti à la maison, je m'endors, et là, je fais, comme on dit en arabe, Rya, un rêve pur.
Et ce rêve-là, jusqu'à maintenant, ben, je l'oublierai jamais. Donc, je me suis, je, je me suis, j'étais endormi, et je me vois dans un train. J'étais petit, d'accord ? D'abord, au départ, j'étais petit sur un vélo, et je pars de la place où on, on vit là, dans le quartier, quand on était jeune. Je pars de cette place dans un tram, un tram, et je pars, j'avance, j'avance. Et puis, sur ce vélo, je vais un peu dans le tram, je suis un peu secoué, je vais un peu de l'avant, de l'arrière, partout. Et puis, tout à coup, je me retrouve assis. Et là, tout à coup, je me retrouve dans un train. Et en regardant sur le côté, je vois un beau paysage magnifique, des palmiers, des maisons transparentes avec des rubis, des choses incroyables. Et le train, il avance, évidemment. Et moi, je fixe ce beau paysage, tellement c'est, c'est merveilleux. Et je fixe. Et puis, tout à coup, je vois un aigle qui est posé, qui me regarde. Et je le fixe dans les yeux, en le regardant. Ce train qui avance, il avance, il avance. Et je regarde comme ça. Et en me retournant derrière moi, là, je vois un homme avec une razzia qui me regarde avec un visage lumineux et qui me sourit. Et je voulais plus le lâcher du regard, tellement c'était beau. Je voulais plus lâcher du regard. Et puis, tout à coup, je sens que je dois me retourner. Je retourne, et je vois en face de moi un train qui arrive en face. Et je me dis, pour éviter le choc, je vais me lever, je vais aller plus loin au fond du train pour éviter ce choc, quoi.
Et alors, de là, je me lève, je vais au fond de ce train. Et là, je cherche une place où m'asseoir. Et je demande à à une personne qui est là, de couleur blanche, je lui dis : "Est-ce que je peux m'asseoir ?" Il me fait : "Non, non, pars." Et puis, je vais chez, il y a un asiatique, il me fait : "Non, pars, pas." Et ainsi de suite, un Africain me dit : "Tout le monde me rejette pour pas que je m'asseye à côté de lui." Et puis, de loin, je vois une femme avec le, habillée tout en noir, qui me fait : "Viens, viens." Et là, je viens, je m'assois à côté d'elle. Et puis, là, tout à coup, je vois que le choc va se produire. Et je fais comme ceci dans le rêve. Donc, pour me protéger. Et puis, là, j'entends. Je me réveille. Je suis dans mon lit, transpirant. Wouah. Et je me dis : "Bon, qu'est-ce qui se passe ?" J'étais vraiment sous l'émotion, hein. Et là, je me suis dit : "Il faut que j'aille à la mosquée demain, et je deviens musulman."
Et c'est comme ça que j'ai j'ai été trouvé le fameux Saïd. Je lui ai dit : "Écoute, amène-moi à la mosquée." Mais il me dit : "Mais pourquoi tu faisais que me dire non, non, non, tu me donnais des preuves de la Bible et tout ?" Et puis, maintenant, je dis : "Je t'expliquerai après, mais amène-moi à la mosquée." Et puis, à l'époque, c'était une mosquée qui avait ici à Saint-Josse. C'était Tabligh, je sais pas si tu as connu ce mouvement. C'était des gens qui sortaient dans la rue et qui parlaient de l'Islam et tout ça. Bon, c'était, ça n'existe presque plus. Oui, maintenant. Et puis, de là, ben, j'ai, j'ai fait ma shahada devant la mosquée, toute la mosquée, et je suis devenu musulman comme ça. Et j'étais très heureux jusqu'à à nos jours. Ça fait 32 ans qu'il sont passés, et je suis l'homme le plus heureux du monde. Heureusement que j'ai connu cette religion, cette spiritualité, sinon j'étais, je pense que j'aurais été perdu. Ah oui, ah oui, vraiment, vraiment.
Donc, c'est vraiment, voilà, c'est vraiment quelque chose qui m'a amené vers quelque chose qui élève ton âme, quelque chose qui fait que tu, cette spiritualité qui fait que tu vas rechercher au plus profond de toi les côtés noirs, les mauvais côtés, et les bons côtés. Ouais, un peu comme, j'aime bien toujours prendre ce, ce symbole-là, c'est un symbole religieux, mais du Ying et du Yang, là, tu sais. On a, on a, il y a le côté blanc, il y a le côté noir, sombre. Et puis, il y a un point blanc dans le noir, et un point noir dans le blanc. Ça signifie vraiment qu'on est, on a ce côté, le mauvais côté, et ce bon côté. Comment vas-tu nourrir ce côté-là ? Qu'est-ce que tu vas lui donner ? Est-ce que tu vas nourrir ce côté qui est mauvais en toi et qui va devenir, prendre de plus en plus de place, où tu vas nourrir ce bon côté qui est en toi et qui va te faire te développer de plus en plus ? Quoi ? Cette spiritualité et avancer tous les jours ce cheminement pour aller vers Dieu.
Mais c'est magnifique la façon dont tu en parles. Ça se voit combien ça t'a transformé ou impacté cette expérience. Tu t'es converti à quel âge exactement ?
À 22 ans.
Jeune, ouais. Oui, là, maintenant, j'en ai 54.
Tu as plus cheminé en tant que musulman qu'en tant que non-musulman, exactement. Mais avant tes 22 ans, tu te considérais pratiquant en tant chrétien, croyant, ou tu étais juste un chrétien culturel en quelque sorte ?
Alors, là, j'ai toujours eu un lien avec Dieu, ouais. Essentiel. Ça, c'est, je dois dire qu'à l'âge déjà de 6 ans, j'avais ce, ce lien avec Dieu. Je peux pas dire que j'étais quelqu'un juste, mais je pratiquais pas vraiment. Mais en moi-même, j'ai toujours eu ce lien avec Dieu, parce que mon père me parlait tout le temps de Dieu, en fait. Il parlait de Dieu, Dieu, c'était Dieu tout le temps. Alors lui-même ne pratiquait pas, mais c'était, c'était un monothéiste, comme je dis toujours. C'était un monothéiste. Il était pas vraiment église ou catholique ou ou ça, mais voilà. Et donc, j'ai évolué avec ça, et j'ai toujours été croyant. Alors que mon frère, lui, c'était tout à fait le contraire.
Très brièvement, avant de vous laisser poursuivre la vidéo. Donc, si vous avez vous aussi une expertise ou un témoignage, et que vous souhaiteriez être invité à notre podcast, qu'on vous donne la parole, qu'on puisse avoir un échange, et qu'on puisse finalement faire véhiculer ce que vous avez à apporter à la communauté musulmane, bah, hésitez pas, dans ce cas de figure, à vous rapporter à la description de cette vidéo. Il y a certainement un lien ou une adresse email, et vous serez en mesure, inchallah, de entrer en contact avec nous, et on essaiera de revenir vers vous sous peu, d'ici à les grand max 72 heures, si Dieu le souhaite.
Et toi, Khadija, tu as été convertie, ou est-ce que tu es musulmane de naissance ?
Alors, moi, je suis d'origine marocaine. On pourrait dire que je suis aussi convertie, parce que j'ai un autre parcours qui a fait justement qu'on s'est rencontrés au bon moment, au bon endroit. Euh, non, moi, j'ai été une enfant qui a été, bah, malheureusement, j'ai, j'ai des parents qui ont divorcé très tôt. Donc, ils se sont aimés, ils se sont adorés, et puis, quand ils se sont séparés, ça a été la haine. Et donc, du coup, j'ai été abandonnée par ma mère, moi, déjà, quand j'avais 2 ans. Donc, elle m'a abandonnée. C'est mon père qui m'a pris en charge. Et c'est comme ça que dès qu'il a eu ses papiers, j'avais 2 ans, il s'est marié directement, et puis il est monté en France. Donc, c'est mon père qui m'a élevé, mais malheureusement, donc, voilà, avec une belle-mère, c'est jamais, c'est jamais le top, parce que du coup, il y avait des conflits. Et j'ai grandi jusqu'à l'âge de 14 ans, jusqu'à ce que mon père, bah, n'en pouvait plus, quoi, avec les disputes. Ma belle-mère qui a rajouté une pelle. Donc, et je suis de cette génération des années 80, où les parents, quand ils savaient plus quoi faire avec leurs enfants, ben, on les ramène au bled. Et donc, je suis passée par la DAS, hein. Donc, j'ai été placée à la DAS, j'ai été suivie par une assistante sociale, parce que j'étais enlevée à, de, à mon père, parce que j'étais battue, j'étais, voilà, j'étais malmenée. Et puis, bon, après, il m'a kidnappé, enfin, on parle bien de kidnapping, parce que du coup, il m'a enlevé, donc, de, de, de l'assistance, voilà, de la DAS, il m'a amené au Maroc. Et pour lui, c'était la punition. Donc, tu restes là, tu bouges pas. Et, et voilà. Je me suis retrouvée là-bas dans un pays où je comprenais pas ce qui se passait.
Resté combien de temps ?
Alors, je suis restée quand même 8 ans. Ah oui, là-bas. Oui. Il m'a emmené dans les bidonvilles. Donc, c'était la punition salée, hein. C'est qui m'a emmené dans les bidonvilles, chez sa sœur. On était à 15, 16 personnes dans ces bidonvilles, sans papi, sans vêtements, sans rien du tout. Et donc, du coup, il a fallu que je me réadapte, ben, dans cette jungle. Je ne savais pas quoi, qu'est-ce, comment. Et bon, voilà, il fallait s'adapter. Et je comprenais pas ce qui m'arrivait. Et pour moi, c'était la fin, fin de ma vie, hein. Donc, je me disais : "Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que c'est comme si j'étais à Cal, à Calcutta, quoi ?" J'étais vraiment dans un milieu. Et puis, après, petit à petit, j'ai appris que j'avais de la famille dans le Nord. Donc, c'était une cousine qui était mariée avec un des cousins, qui m'a dit : "Mais tu sais, moi, je suis ta cousine, et qu'on a de la famille." Ah, ok. Et donc, j'ai tout fait, mains et pieds, pour pouvoir les retrouver là-bas, là-bas, dans le Nord. Et puis, et puis, c'était une famille qui était religieuse, là-bas, qui était plus posée. Ils étaient beaucoup plus aisés, hein. C'était une famille qui était beaucoup plus aisée, mais c'est du côté de mon père, toujours. Et puis, petite à petit, cette famille commence à me parler d'Islam. Je dis : "Mais, je connais pas trop. Tu es musulmane et tu connais pas ?" Et j'ai une de mes cousines qui m'a, qui m'a, qui m'a dit : "Écoute, viens, on va regarder un film." Et elle m'a montré la, la cassette de Rabia. Je sais pas si les gens la connaissent.
Juste sur ce point, parce que c'est super important. Tu te considérais musulmane ? Tu vivais dans un environnement musulman, mais tu n'avais pas suffisamment de connaissance ?
Je me considérais pas du tout musulmane. Parce que moi, quand j'ai, quand j'ai grandi en France, mon père, en fait, était entre guillemets laïque. Il était dans une association laïque. Donc, moi, l'éducation que j'ai eu, elle n'était pas, bah, peut-être qu'on était musulman de culture, mais moi, je détestais tout ce qui était arabe, tout ce qui était parl, tout ce qui parlait arabe, tout ce qui était, tout ce qui était ce côté-là, euh, étranger, immigré. Je m'identifiais pas à ça. Pour moi, si je pouvais m'appeler Catherine ou Nathalie, je me serais appelée Catherine ou Nathalie, quoi, hein. Donc, euh, entendons-nous bien là-dessus. Et donc, quand je me suis retrouvée de l'autre côté, donc, c'est pas le côté spirituel qui est remonté, c'est plutôt ce côté identitaire, où j'ai encore plus détesté. Bah, parce que quand j'étais en France, les copines, elles étaient gentilles, l'assistante sociale, elle était gentille, tout le monde était gentil avec moi. Et quand j'étais avec ma belle-mère, j'étais avec le côté arabe, c'était que le côté négatif. Et j'avais cette phobie que mon père un jour allait m'emmener au bled, il allait me marier de force avec quelqu'un. Donc, je sais pas, dans ma tête, je sais pas, est-ce qu'on m'a nourri ça, ou est-ce que je l'ai vu quelque part, mais moi, c'était ma hantise. Et le foulard, c'est histoire, pour moi, c'était des gitans qui s'habillaient comme ça. Donc, pour te dire l'image que j'avais.
Tu avais quel âge à peu près ?
C'était, ah, ben, j'avais 13, 14 ans, hein. Ouais.
En même temps, 13, 14 ans, ouais. 12, 13, 14 ans. Donc, tu te souviens de, de ce que tu...
Ah oui, oui, tout à fait. Parce que moi, je, je voulais être, moi, je me, je me projetais plus tard être grande, être une femme indépendante, avec cigarette en main, avec un travail, avec un, et être vraiment une femme libre, quoi. C'était vraiment mon profil, euh, voilà. C'était ça, mon image, moi, de de fille, d'adulte. Ben, quand je me suis retrouvée au Maroc, il fallait plus parler. Là, c'était fini, hein. Il fallait pas, parce que, donc, il y avait les chiens de garde, c'était les grands cousins qui étaient là, tout le monde qui surveillait tout le monde. Et ça a été très, très, très compliqué, parce que j'étais devenue la petite Cendrillon, hein. Je me suis retrouvée dans une famille où c'est moi qui devais faire le, le ménage, j'avais pas de vêtements, c'est si on voulait bien m'en donner. On mangeait pas à notre fin, parce que c'est une famille très, très pauvre. C'est mon père qui envoyait de temps en temps un mandat pour pour vivre. Donc, du coup, j'ai, j'étais la petite poule aux œufs d'or, parce que puisque je suis là, mon père, il a envoyé de l'argent. Enfin, c'était très compliqué, hein. Donc, je me suis retrouvée en tant que Cendrillon dans, dans, dans mon pays d'origine, et je l'ai très, très mal vécu à ce moment-là, parce que, voilà, j'étais abandonnée de nouveau par mon père.
Et tu as fini par croiser Daoud à un moment donné ?
Mais oui, mais c'est là où je vais en venir. Donc, je me suis retrouvée à dans cette famille dans le Nord, et puis, ils m'ont donné cette cassette de Rabia Al-Adawiyya, parce qu'ils m'initient à la prière. Mais c'est qui Dieu ? Si Dieu, il existe, pourquoi moi, je suis là ? Pourquoi il nous a fait différent ? Donc, je me posais ces questions existentielles, et eux, ça leur paraissait bizarre. Et donc, j'ai fait mon petit cheminement. Donc, j'ai commencé à travailler en Espagne, dans l'enclave espagnole, et là, j'étais chez les Témoins de Jéhovah. Je voulais aller dans les églises. J'étais dans les églises. Je disais : "Mais on parle de Dieu, mais c'est qui ce Dieu ? Donc, tu parles ? Moi, je suis pas bien, je suis pas heureux, je suis pas..." Et donc, cette cousine m'a montré ce film de Rabia Al-Adawiyya. Et au moment où j'ai vu ce film, parce que Rabia, c'est pour ceux qui connaissent pas l'histoire, c'est une jeune qui fille qui était orpheline, puis après, elle est devenue danseuse, et puis après, elle est devenue, voilà, la femme d'un émir, puis après, elle est devenue très pieuse. Elle est très connue en Égypte, hein, pour ceux qui, parce que quand il y a eu la libération, tout le monde criait Rabia, Rabia. Donc, et c'était devenue une femme très, très, très pieuse. Et donc, je me suis, voilà, identifiée à cette personne, et je leur ai demandé : "Ben, donnez-moi pour prier. Je voudrais prier. Puisque vous me parlez de Dieu, son histoire, elle me touche. Si c'est ça être musulman, je veux bien être musulmane comme ça." Et la famille a gardé ça en dans leur, dans leur, dans leur esprit. Bon, j'ai continué mon petit bout de chemin, je commence à prier, puis j'ai arrêté, j'étais jeune encore à ce moment-là, j'avais 16, 17 ans.
Puis un jour, il y a mes cousines qui me disent : "Oui, il y a un ami de de Belgique qui est venu, il faudrait, il voudrait te voir." Je vais voir l'ami. Ah, comment, qu'est-ce que tu deviens, et tout. Ils ont appris que mon père m'avait abandonné. La famille savait pas, beaucoup de gens dans ma famille savaient pas que mon père m'avait abandonné. Donc, ils étaient très, très fâchés sur cet acte-là. Il m'a dit : "Ben, tu veux pas te marier ?" Je dis : "Tu es une fille, tu sais mieux que tu te maries et tout." Je dis : "Je veux bien me marier, mais pas avec n'importe qui, quand même. Le mariage, c'est important." Il m'a dit : "Viens chez moi, je vais, j'ai un Belge avec moi." Belge, pour moi, ça voulait rien dire. Je sais même pas où ce pays. J'ai, ah, Belge, oui, ok. Et donc, viens chez moi, et j'ai un garçon là, il vient de se convertir. Si tu veux, tu vas le rencontrer, il est religieux. Donc, toi, si tu veux la religion, on m'a dit que sur toi, que tu aimais bien la religion." Et là, ils ont su me me tenir, parce que là, j'avais arrêté, parce que c'est très difficile. Je passais des moments de dépression, je comprenais pas le sens de ma vie, qu'est-ce que je faisais là, j'acceptais pas, en fait. Et puis, bon, je dis : "Ah, mais de toute façon, pour ce que j'ai à perdre, allez, vas-y, on y va, quoi."
Et puis, on arrive là-bas, et puis, il me dit : "Écoute, va le rencontrer." Ils nous ont fait une mabala, ce qu'on appelle en Islam, une mabala. Donc, on nous a rencontrés. Est-ce que tu cherchais à te marier, toi, ou c'était juste quelque chose de spontané qui...
Bon, je, je savais, j'étais convertie depuis 8 mois, 9 mois, quelque chose comme ça. Je savais qu'il fallait penser à se marier, mais que ça allait venir aussi vite, non. Honnêtement, non. D'accord. Non, parce que je savais que ça complétait la foi, que le mariage, c'est la moitié de la foi. Donc, ça, je savais. Et puis, quand, bah oui, je cherchais pas à me marier, mais m'a dit : "Écoute, non, tu es une jeune fille, maintenant, il faut, tu es en âge de te marier. J'ai un jeune homme avec moi." Je me suis dit : "Il va marier avec un de mes cousins. Je veux pas la famille, s'il vous plaît." Mais moi, dans, hors de question que je me marie avec un Arabe. Je sais pas, j'ai gardé ce. Je disais : "Moi, mon mari sera un gaoué, il sera ce que vous voulez."
Tu as vraiment demandé à Dieu de ne pas...
Il a exaucé tes souhaits. Vraiment, vraiment, vraiment. Il est juste le prénom. Moi, il m'a à moitié. Non, il est...
Moi, il m'a expliqué après. On expliquera.
Et non, mais c'est vrai que Allah, il me dit : "Voilà, je suis restée avec ce côté. J'avais une peur bleue, je sais pas pourquoi, du côté arabe, maghrébin, autoritaire sur la femme. Peut-être parce que j'ai grandi comme ça, avec cette vision qu'on nous a, on nous enseignait aussi à l'école, les Sarrasins, les Sarrasins, les Sarrasins, les Sarrasins. Donc, moi, j'ai gardé cette idée négative des des Sarrasins, des Arabes, de ce truc-là. Allah, ça m'a peut-être traumatisé. Donc, moi, je disais : "Mon mari sera un gaoué, il sera un Dieu, il sera Adam." Et puis, quand il m'a présenté à Daoud, mon oncle m'a dit : "Tu mets le foulard, hein. C'est un converti, lui, il est musulman, hein." Je dis : "Mais attends, je suis pas fausse." Non, il me dit : "Tu le mets, le foulard." Et puis, je l'ai cru. Je, je l'ai rencontré, et je l'ai regardé. Je dis : "Dis-moi, d'habitude, je mets pas ça, hein. C'est trop." Mais moi, tu as été franche, quoi.
Ben, ouais, parce que je me trouvais moche avec le foulard. D'habitude, j'étais coiffée, peignée, maquillée. Là, je me trouvais. Je leur disais : "Regarde, je suis moche." Mais j'ai dit : "Mais d'habitude, je l'aimais pas." C'était pour le rassurer que je suis plus belle que ça, normal, truc de jeune fille, quoi. Et puis, apparemment, c'est ce qu'il a, c'est ce qui lui a plu, parce que j'étais, j'étais assez franche, en fait. C'était spontané. Et puis, je lui dis : "Écoute, moi, si on se marie, moi, c'est la religion, ça va être le centre de ma vie, parce que j'ai été touchée aussi par la foi à travers ce film. Il y a quelque chose qui m'a, qui m'a captivé, parce que j'étais plus seule. J'étais une enfant abandonnée, autant par ma mère que par mon père. J'étais ballotée de famille d'accueil en famille d'accueil à la DAS. Et donc, le fait d'avoir Allah, on n'est plus seul. Et c'est peut-être ça qui m'a consolidé dans mon, dans ma certitude d'avancer dans cette religion. Et en fait, l'Islam pour moi, il m'a donné une identité, parce que moi, je voulais pas être arabe française. On disait : "Tu es pas française, tu as rien d'une Française, regarde-toi, machin." Quand je suis venue ici, en Belgique, il me dit : "Mais toi, tu as un problème identitaire." Et pour moi, l'Islam m'a donné une identité.
Mais d'une certaine manière, vous vous retrouvez un petit peu, hein, dans la façon dont vous avez tout fait, vous êtes devenus musulmans ?
Oui, tout à fait. Tout à fait. Et surtout, quand j'ai vu la Sira du Prophète, salam, je me suis dit : "Mais en fait, cette religion, elle est aussi faite pour les orphelins comme nous. On a personne, mais on a Allah. Lui aussi, il avait pas de parents, il avait pas de, il s'est retrouvé balloté entre ses ses oncles et tout ça." Et c'est vrai, je me suis projetée dans cette, dans cette vie, en me disant : "Mais ben, en fait, c'est, c'est pour moi, cette religion." Parce qu'avant, je disais : "Tu as vu les autres, ils ont une mère, ils ont un père, il y a toujours quelqu'un pour s'inquiéter. Pourquoi moi, j'ai pas ça ? Pourquoi ?" Et j'étais dans la lamentation. Et donc, en découvrant l'Islam, je me suis dit : "Bah, en fait, on n'est pas, on est, on est, on n'est pas de nulle part. Hamdoulah, il y a un Dieu, il est là, et il nous protège. Et on est tous éprouvés différemment. Tu as les épreuves qui sont les tiennes, nous, on a nos propres épreuves."
Tout à fait. Tout à fait. Et tout à fait. Tout à fait. Ça, voilà. Et donc, quand on a commencé, bon, a commencé notre vie sur ces rails-là, de de religion, c'est pas une question d'amour. Et Allah Taala, petit à petit, il a mis, il a installé. Donc, on, on s'est marié. Droit et devoir féministe que je suis, ça n'a pas été facile pour lui. Mais, hamdoulah, l'Islam est venu pour me ramener à l'ordre de de cet excès aussi, de se dire : "Non, la femme, c'est ça, ça, ça, ou de lui enlever tous ses droits." Donc, c'est pour ça que je disais que la religion, c'est vraiment la religion du juste milieu.
Ça fait combien d'années que vous êtes mariés aujourd'hui ?
32 ans.
Pour ceux qui nous écoutent, vous avez placé l'Islam comme les fondations de votre mariage.
Tout à fait. Et aujourd'hui, on arrive à 32 ans, bientôt 33, inchallah.
C'est ça. Qui est quand même assez important en matière de...
Tout à fait. C'est ce qui était un fondement pour, c'était vraiment une des conditions du début. C'était : "Lorsqu'il y a un problème, lorsqu'on rencontre quoi que ce soit dans dans notre vie, retournons-nous tout de suite vers cette spiritualité qui est l'Islam, vers le Coran, ce que nous nous indique le Coran, comment doit-on faire les choses, comment trouver les réponses, toujours dans la religion." Et c'est ce qui nous a fait tenir. Beaucoup de gens sont étonnés d'ailleurs, quand on leur dit qu'on nous a rencontrés, parce que maintenant, les mariages en règle générale, c'est, on se connaît avant, ou on a un flash, là, ou, mais là, c'était pas du tout ça. C'est vraiment un mariage de de rencontre, quoi. On nous a rencontrés, et on a décidé de prendre tous les deux la même intention, prendre le même chemin. Et comme quoi, bah, si Dieu bénit ce type de de relation, si vous la définissez de la meilleure des manières au début, bah, c'est la preuve ici que ça peut fonctionner, ça peut se pérenniser, quoi.
Bien sûr. Et c'est vraiment essentiel ce que vous avez d'évoquer ensuite sur le plan religieux, ce qui est vraiment important dans notre religion, c'est quand Dieu rappelle la complémentarité de de du couple, de l'homme et de la femme. Aujourd'hui, on est quand même en 2024, on se pose la définition de ce que c'est qu'une femme, qu'est-ce que c'est qu'un homme. Il y a vraiment beaucoup de confusion sur ce sujet. Confusion que l'on n'a pas dans notre religion. Et ce qui est quand même très important. Tu en penses quoi, toi, qui est psychothérapeute, de ce point-là ?
Ben, moi, je suis, je suis d'accord. Parce qu'en fait, bon, après, dans notre parcours de vie, on a eu des des hauts et des bas, hein, parce qu'il y a eu énormément de de disputes. Et vu, et en tant que psychothérapeute, conseiller conjugal, c'est ce qu'on apprend quand on est en mode formation. La première chose qu'on pose à un couple, une des premières questions, c'est : "Comment, comment vous vous êtes rencontrés ? Et pourquoi ça a été vous deux et pas quelqu'un d'autre ?" Et là, on revient avec l'intention de de notre religion, parce que le mariage, c'est quoi ? C'est d'abord la niya. Avec quelle intention tu t'es marié ? Et donc, en consultation, quand on fait, donc, les études là-dedans, on revient toujours au, aux bases. Pourquoi vous vous êtes rencontrés ? Qu'est-ce qui a fait qu'aujourd'hui, vous vous êtes unis ? Qu'est-ce qui vous a plu chez l'autre ? Et donc, l'intention en Islam, c'est quelque chose de fondamental. D'accord ? Si je me suis marié avec cette personne parce qu'il était beau, parce qu'elle était belle, parce qu'elle était charmante, on a le droit, attention, je dis pas qu'on peut pas. Mais si on base notre intention vraiment comme le Prophète, salam, vous pouvez marier une femme pour quatre choses : pour sa beauté, sa réputation, euh, sa notoriété, et pour la religion. Marier pour marier, marier celle qui est pieuse pour sa piété. Donc, la personne qui est pieuse, qui se tient à Allah Taala, elle pourra avoir plusieurs défauts, mais au final, elle va revenir au fondamentaux pour lesquels elle s'est mariée. Et donc, c'est ça qui va maintenir, inchallah, la relation de couple.
Oui, 100 % d'accord. Et ça, c'est super important pour les jeunes, en particulier, à internaliser et vraiment comprendre. C'est ça.
Et ceux qui se posent ces questions, bah, comment est-ce que je m'y prends ? Qui c'est qui est-ce que je choisis ? C'est ça. C'est vraiment un fondement essentiel.
Ouais, c'est ça. Mais je voudrais aussi rajouter là-dessus, et c'est des formations professionnelles. Beaucoup de jeunes veulent se marier et se fier sur l'apparence religieuse. Ils se disent : "Mashallah, il est pratiquant, il va à la mosquée." Donc, du coup, vu qu'il est pratiquant, qu'il va à la mosquée, qu'il est, qu'il paraît pieux, et que la femme, pareil, long jilbab, ce que vous voulez. Donc, c'est la personne parfaite. Et ça, il faut enlever ça de sa tête. Il n'y a pas de personne parfaite. Derrière ce voile, derrière cette barbe, derrière cette prière, ce sont des gens qui sont avec un passé. Comme moi, par exemple, moi, j'ai eu un passé. Donc, quand on parlait, il touchait certaines de mes blessures. Par exemple, il me parlait de certaines choses, j'étais irascible, parce que j'ai eu un vécu qui était très douloureux. Et donc, dès qu'il touchait ses points sensibles, bah, ça créait de la dispute. Et lui, la même chose, il a aussi un parcours, il a un passé sur certaines choses. Par exemple, quand on se dit, un exemple, il me dit : "Ouais, mais la religion veut ça." Mais je disais : "Moi, ma religion, c'est pas ça." Et lui : "C'est quoi ta religion ?" Et c'est mon Islam. Mon Islam. Toi, tu oses me dire l'Islam, il est pour tout le monde." Donc, j'ai touché un point sensible qui était très important pour lui, c'était l'Islam. L'Islam, il est pour tous. Et moi, j'arrive, je lui dis : "Mon Islam, de quoi tu parles ?" Et donc, c'est des choses qui font que on est des êtres humains avec des blessures, avec un bagage culturel, relationnel, religieux, sociétal. Et c'est des êtres humains qui se rencontrent, au-delà de l'aspect religieux. Donc, la religion, elle est là pour nous donner des cadres, mais elle n'est pas là pour te présenter une personne qui est parfaite en face de toi, loin de là.
Bien sûr. Ça veut dire, en d'autres termes, que des défis, on en aura, quel que soit le, quel que soit les circonstances.
Clair et net. Et comment est-ce qu'on les aborde ? Et comment est-ce qu'on avance ? C'est ça.
C'est sur ça. Donc, prendre le, le recul, et d'arrêter de se centrer sur soi, parce que, en restant centré sur soi, c'est ton ego qui est en train de de ronger la, la, la, la relation. Donc, centre-toi sur toi, sur ta douleur, ou, ok, d'accord. Apprends à te connaître. Apprends à connaître surtout tes, tes, tes douleurs et tes blessures, parce que si tu les connais pas, tu vas dire toujours que c'est de la faute de l'autre. En fait, non, c'est tes fragilités, tes sensibilités, ton histoire qui est touchée dans cette affaire. Donc, apprends à te connaître toi. Et puis, une fois que tu te connais, tu sais quels sont tes, tes lignes rouges à ne pas dépasser. Bah, tu vas peut-être un peu plus t'ouvrir sur l'autre et comprendre qu'en fait, c'est pas l'autre qui t'a fait du mal, c'est juste que par inadvertance ou par maladresse, il a touché quelque chose qui est fragile chez toi. Pour vous donner un petit exemple, on est, on est venu tout à l'heure, j'étais fâchée parce que pour moi, pour moi, c'est quelque chose de très important d'arriver à l'heure. Et.
En même temps, vous êtes disputé avant de venir. Un petit peu, je me suis disputé. Lui, il s'est pas disputé. Je me dispute toute seule. Pourquoi ? Parce que je me suis senti pas respectée. J'ai, en fait, il, il y est pour rien. C'est, il a touché une de mes valeurs qui est la ponctualité. Mais en fait, il en pouvait rien. C'était la circulation, c'était, c'était les bouchons. C'était, et je me, j'avais besoin d'un bouc émissaire. C'était lui. Il y a pas encore de voiture volante aujourd'hui. Ouais. Donc je me suis dit, après, j'ai dû me calmer. Il m'a dit, "Je te parle." Je dis, "Non, tu me parles pas. Laisse-moi me refroidir d'abord." Donc j'ai, mais à l'époque, c'est toi, c'est à cause de toi, ça sera de ta faute si on arrive toujours en retard. Donc si on fait pas cette part des choses en disant, "Il a touché à une de mes valeurs profondes qui est la ponctualité," ben ce sera toujours la faute de l'autre.
En réalité, il est, il est pas fautif. Ce qui est important, c'est qu'avec le temps, on apprend à se connaître et on apprend l'autre et on apprend à moins réagir aussi face à ça. On sait, on sait qu'elle est fâchée, on sait qu'elle est en colère. Ben, on laisse, on surf sur la vague, c'est tout. Mais ça, c'est super important aussi. On surf sur la vague, on lâche prise et on se dit, "C'est pas moi, je suis pas coupable, je suis pas, je suis pas là-dedans." Mais elle a besoin de passer par ça. Vas-y, on lui donne la permission en fait de passer par ça. Vide-toi, il y a pas de problème. Voilà. Bon, comme ça, une petite blague. Ça lui va coûter quand même 20 €. Un pauvre qui est passé. Elle a voulu rattraper le, le mal directement. Ah, je vais donner une sadaqah. Ah oui. Non, je me suis dit, il faut que je fasse une sadaqah. Tiens, c'était ton risque.
Si ce type de contenu vous plaît et que vous souhaiteriez nous supporter d'une quelconque manière, le meilleur moyen de réaliser cela, c'est simplement de vous abonner à cette chaîne et aussi de nous rejoindre sur notre plateforme e-learning, puisque c'est, c'est là où vous serez en mesure, non pas juste de vous limiter à consommer du contenu, mais à générer peut-être une transformation dans votre vie à travers les cours que l'on aspire au fur et à mesure à réaliser et à mettre en ligne.
Salam. Notre parcours, bah, c'est un parcours normal, simple. On a, j'ai grandi ici moi en Belgique. On a travaillé en tant qu'indépendant pendant 28 ans. Et puis, on a, on a été dans les milieux associatifs tout le temps sur le terrain. On a créé des ASBL, on a fondé des ASBL, on a travaillé aussi dedans. On a fréquenté un peu tous les milieux. On a voyagé énormément. On a beaucoup voyagé. Donc, on est resté vivre 5 ans en Malaisie, pour faire bref. Et on a eu quatre enfants. Et, et voilà. Et voilà.
D'accord. Et la vie en Malaisie, justement, comment c'était ? Ah, les cinq plus belles années de ma vie, c'est vrai. Ah oui. J'y suis allé une fois, j'ai adoré. Ah, c'est vraiment les cinq plus belles années de ma vie. Le peuple, donc, il faut, il faut les fréquenter, les connaître pour comprendre la sagesse. Et ça m'a ouvert d'autres horizons, parce que j'ai connu la spiritualité, donc, c'est l'islam dans la communauté maghrébine. Et là, j'ouvrais une autre porte, c'est-à-dire, je vais connaître l'islam, la spiritualité de l'islam, mais avec un autre peuple que les peuples maghrébins. Oui. Et ce que j'ai pu constater dans, dans, dans mes voyages, tous les voyages que j'ai fait, c'est que à chaque fois qu'on va dans une autre communauté, la communauté, euh, musulmane dans les autres pays, met l'accent plus sur la sagesse, plus sur la science, plus, vous voyez. Il y a vraiment, je, si je dois donner des exemples, on va dire les, les Asiatiques, ils mettent plus sur l'accent de l'Islam sur la sagesse, la tolérance. On va dire que les peuples arabes, ils mettent plus l'accent sur la science et les cadres de la loi. C'est, c'est un peu ça les, les exemples que j'ai à donner. Oui, oui, c'est vraiment ça.
Se traduit comment exactement ? Comment traduit ? Quand on arrive là-bas, donc, on, on a une autre vision du coup de l'islam. On est plus enfermé que dans une vision de l'islam avec son socle qu'on a l'habitude. On se dit, "Tiens, je suis moi personnellement, comme je suis convertie, j'ai pas grandi dans, dans ça." Ça m'a ouvert une autre porte en fait. Et j'ai vu une autre porte. Et je me dis, "Ah, mais c'est, c'est enrichissant." Parce que du coup, au plus on voyage, au plus on voit des autres aspects de l'islam où les gens mettent un accent un peu plus pointu. Ouais. Mais je me limiterai pas ça, juste à l'islam de manière générale. Quand on voyage, on perçoit d'autres portes effectivement. Mais comme moi, je suis partie là dans un pays musulman, donc là, j'ai vu encore autre chose, d'autres pratiques, d'autres façons de faire, moins de jugement. Que dans les pays, en Malaisie, en en Asie, c'était beaucoup moins dans le jugement que dans d'autres pays. D'accord.
Prenons, euh, un musulman, même s'il tombe, on le montre pas du doigt, on le juge pas, on parle pas. On va le chercher et on continue à aller le chercher sans arrêt, jusque quand il reprend, il remonte. Mais on n'est pas là à le montrer du doigt, on n'est pas là à le juger, on n'est pas là à se dire, "Ouais, lui, c'est un mauvais ou c'est une personne." Non. Et ça, c'est, c'est super intéressant. Ça, ça m'a enrichi quoi. Et puis, évidemment, évidemment, la, la beauté du paysage malaisien. J'ai une petite anecdote sur ça. Lorsque je suis arrivé en Malaisie, je me disais, "C'est magnifique, il n'y a pas de pays plus beau que celui-là au niveau de la nature." Et puis, je pars et on arrive en, en Thaïlande. On arrive en Thaïlande, dans le sud de la Thaïlande. Et puis, je dis, "Ah, c'est encore plus beau, c'est encore un paysage encore plus beau, c'est incroyable." Et puis, on arrive en Indonésie. Et là, je me dis, "Non, mais c'est pas possible." Comme quoi, il y a toujours des, des choses encore de plus en plus belles partout où on va et des choses à découvrir. Ou. Et ça, c'est le voyage. Exactement. Ou. Et le voyage en soi, c'est une chance. Quand on a la possibilité d'aller dans un autre pays, découvrir d'autres personnes, on élargit vraiment ses perspectives et sa façon de, de, de, de voir le monde d'une certaine manière. Et ce pourquoi j'ai vraiment beaucoup aimé mon expérience professionnelle à Dubaï, c'est que justement à Dubaï, ben, on rencontre des gens qui viennent du pays du monde entier quoi. Des Indiens, des Pakistanais, des Américains, et cetera, et cetera. Et quand on apprend à connaître ces personnes-là, qu'on, on a la possibilité de faire connaissance, on voyage d'une certaine manière, même si on n'est pas dans leur pays, parce qu'ils ont un bagage, un vécu. Donc, on peut voyager de plusieurs manières, soit littéralement, soit, ben, en fait, à travers les discussions qu'on peut avoir, en s'enrichissant des discussions et des rencontres. Je crois. Mais c'est super, c'est vraiment, c'est vrai, c'est vraiment ça ce que je pense.
Pourquoi être revenu en Belgique, alors ? Ça, la question. Alors, attends, excuse-moi. Avant de dire pourquoi on est revenu, il faut savoir comment on est parti. Super. Parce que parti deux fois ensemble, qui se rencontrent. Parce que nous, notre base, c'était l'islam. Mais on avait des passions chacun de notre côté. Moi, c'est la moto. J'adore la moto et les voyages. J'aurais jamais été sur ça. J'adore la moto et la vitesse. J'en fais pas. Je sais pas encore rouler. Attention, déjà. Malgré tout, j'ai pas encore roulé. Pas encore fait. J'adore. Mais je sais pas en rouler. Derrière moi, derrière lui, là-bas, on en a fait en Malaisie. Et les voyages. Donc, c'était nos deux points communs. Et pourquoi on est parti en Malaisie, en Asie ? Parce qu'un jour, regarder la télé, je dis, "Nous, on, notre époque, Jackie Chan." Non, brus. Nous, c'était Bruxelles. Ouais. Il me dit, "On avait déjà fait toute l'Europe." On est, on est camping-caristes, hein. Donc, on a fait toute l'Europe avec nos enfants, camping-car. Donc, partout où on allait, en Turquie, machin. Il nous restait l'Asie. Et un jour, bon, une opportunité est arrivée. On a eu un accident. On a retouché normalement pour réparer le véhicule. Je dis, "Attends, au lieu de réparer le véhicule, serait pas bien qu'on parte ?" C'est l'occasion jamais. Regarde, Allah, quand il veut ouvrir une porte. Et un moment donné, les enfants rentraient dans l'adolescence. On regardait Pékin Express. Du coup, le moment de leur faire vivre Pékin Express. Vous avez pris les enfants avec vous ? Bah oui. Non, parce qu'à la base, il me dit, "On va juste 10 jours." Je fais des calculs, tac, tac, tac, tac. Je dis, "10 jours, prendre les enfants avec pour 10 jours." Parce que regarde, on va pas prendre les grands hôtels, on va pas prendre les grands hôtels. On va pas, l'épouse qui calcule les budgets quoi. Dis, "Non, il y a du homestay là-bas, tu peux aller habiter chez l'habitant." Regarde, Pékin Express, ils le font. Nous, on va faire la même chose. Elle est complètement folle. Je dis, "Non, je te jure, il y a moyen." Et je commence. Alors, on commence à travailler au corps. Et il me dit, "Ok." Ça va, au bout d'un mois, un mois et demi de négociation, de discussion, de chiffres et de calcul. Ok, d'accord. On prend les enfants. On définit une date, mais on leur dit pas aux enfants. Donc, qu'est-ce que je fais ? Hamdoulah, mon mari travaille, on avait une bonne situation. Mais je dis, "Non, non, non, non, non, c'est des enfants qui sont un peu pourris, tout leur est dû." Je vais aller en brocante, je vais leur acheter des sacs à dos et je vais leur dire, "Voilà, maintenant avec ça, on va partir." Et eux, pensaient partir pomper, Europe, hôtel 5 étoiles. J'ai dit, "Ça, tu as vu, tu les as pris avec ?" Quel âge alors ? Le grand, le tout grand, non, il allait pas venir avec nous parce que lui, il était occupé. On allait, on a pris, donc, on a pris, il avait 14, ouais, 14 ans, 12 ans et 9 ans, quelque chose comme ça. Donc, voilà, c'est encore petit. Mais une bonne transition là. Donc, sac à dos. Ah, super ! On va partir en Asie, machin. Enfin, j'ai choisi la Malaisie parce que c'est un pays musulman pour la nourriture. Comme on avait fait l'Europe, c'est difficile de manger de la viande. J'ai dit, "Bon, Malaisie, c'est un pays musulman." On aurait pu aller en Thaïlande. On a choisi en Malaisie. Et puis, sac à dos. On arrive là-bas et on met l'hôtel. Ah, je dis, "J'ai pas pris d'hôtel quoi." Et je voyais leur tête se décomposer. Mais moi, j'avais mes plans A, B, C, D. Les homestays, tout ça. Et on est parti en sac à dos et on a commencé à dormir chez les gens. On a regardé les homestays, on a bouqué. Et je voyais mes enfants qui étaient paniqués, paniqués. Et alors, on s'asseyait. Je disais, "On va toujours suivre le plus faible, celui qui n'arrive pas. On s'arrêtera, on va l'écouter." Donc, ça a été pour moi une éducation pour eux, pour les sortir de leur cocon de confort, de confortable où tout leur était dû, pour les mettre dans une, une zone inconfortable pour aller découvrir un petit peu autre chose. C'est super ça. Mais encadré. Mais encadré. Mais je leur ai fait croire que voilà, dans la sécurité et cetera. Ça reste une expérience, une aventure super. Et donc, parce qu'on a pris le bus, alors que d'habitude, ils dans leur camping-car, leur lit, leur frigo, leur douche. Là, on a dû prendre des bus, faire du stop. On est tombé en panne. On a dit, "Et mes enfants, oh là là, comment on va faire ?" Ben, je dis, "Maintenant, regarde, essaie de parler toi. C'est qui qui sait mieux parler ?" Alors, l'autre, elle disait, "Moi, je vais faire." Et on les mettait en action. Mais c'était quelque chose de magnifique. Et on s'est retrouvé à dormir chez des gens. Ils sont fait copains avec les enfants de, de la famille qui, qui t'accueille chez eux, hein. Et ils ont parlé avec des enfants avec des gestes. Ils se sont surpassés. C'est ça qui était magnifique. Donc, on est parti en vacances et puis en revenant, j'ai jamais plus, je suis pas quelqu'un d'hyper sensible, mais là, je commence à pleurer et je dis, "J'ai trouvé mon pays de coup de cœur. Il faut qu'on vienne vivre ici pour les enfants." Il m'a dit, "Mais s'il te plaît, pas maintenant. Donne-moi un an. J'ai une situation professionnelle et tout ça." Dis, "On parle de hijra." J'aime pas trop ce terme-là, mais voilà, on parlait de partir dans un autre pays pour l'éducation des enfants. On a trouvé notre pays de coup de cœur et on a mis un an. On s'est préparé pour partir. À la base, pour 6 mois. J'ai retrouvé là-bas 5 ans.
Qu'est-ce qui vous a fait rester plus longtemps ? Moi, à la base, dans ma tête, j'allais rester 5 ans, hein. Mais dans ma tête, il fallait que je reste 5 ans, 6 mois au début, comme ça. Mais en fait, au fond, tu avais... Ben ouais, parce que je me suis dit, parce que les enfants, j'avais des filles et les garçons, il fallait qu'ils passent leur étape d'adolescence dans ce pays-là. Et que quand on revienne, ils avaient déjà acquis quelque chose d'autre. Et qu'il pouvaient mûrir dans leur pays d'origine quand ils revenaient. En fait, c'était ça mon mon idée à la base. Donc, culturellement, linguistiquement, euh, naturellement, linguistiquement. Et puis, on a fini par ouvrir un restaurant marocain belge là-bas. Donc, ouais, on a ouvert un restaurant. Donc, du coup, je me suis retrouvée dans les cuisines, lui, management. Les enfants qui faisaient serveur. Et donc, oui. Et ça, ça commença à très, très bien. Les gens, ils étaient ravis. Ils avaient du pain. En Asie, on mange que du riz. Ah, du pain marocain. En plus, c'est bon. Du couscous, des tajines. On rencontrait des gens de tous les pays, des Hollandais, des Australiens, des des Américains. On a fait, on a beaucoup de gens des pays francophones qui venaient. Ça commençait vraiment à être connu. Et les Belges venaient chez nous. Heh. Ah, mais il y a Daou et Khadija là-bas. On va aller chez eux. On a croisé des gens qu'on connaissait déjà d'ici. Mais Dian TV, qu'est-ce que vous faites là ? Bah, nous, bah, ici, on est ici en Asie. Et voilà. C'était une très, très belle expérience.
Vous étiez où en Malaisie ? Parce que la Malaisie, c'est grand. Euh, sur Penang. L'île de Penang. L'île de Penang, au sud de Langkawi, un peu en dessous de, de Langkawi. Oui. C'est une très belle région. Ni mange très, très bien. C'est très cosmopolite. Et puis, on pouvait se vanter qu'on était sur une île. Ouais. Donc, même si, voilà, quoi. Donc, ça a été une très, très belle expérience. Et, et les enfants, ils sont revenus beaucoup plus, ouais, beaucoup plus. C'est déjà un cadre assez paradisiaque d'une certaine manière. Oui, oui, oui, oui. Ah oui. Tous les soirs, on est à la pêche avec le filet, on pêche les 5, 6 kg de crevettes. Mais des crevettes comme ça. Cocos dans les arbres. Non, les cocotiers, on allait les cueillir dans les arbres. Les mangues. Puis, on a appris à connaître les, les gens du peuple. Et donc, du coup, il nous amenait dans la jungle avec eux. Il nous montrait où étaient les serpents, les cobras, les singes. Dans l'eau, quand on allait là, cet endroit-là, il y a les requins. Fait attention. Enfin, c'était merveilleux. Oui. Il était devenu guide, lui, là-bas, du coup, hein. Parce qu'il allait dans la jungle avec les, les francophones qui venaient du Canada, Belgique, France. J'étais guide et je partais avec eux dans la jungle quoi. Je savais où il fallait passer. Je savais que là, il y avait les singes, là, il y avait les, les komodos, là, il y avait les serpents. Donc, voilà, je savais. Incroyable. Cueillir les plantes, parce que je suis quelqu'un de très, très nature, très proche de la nature. Je me suis intéressé, j'ai étudié la phytothérapie et tout ça. Et donc, les plantes pour moi, je devais connaître ça là-bas. Et là, et j'ai eu un, encore une fois, un guide, un éducateur qui massait, euh, les gens et en même temps, qui connaissait toutes les plantes qu'il y avait là-bas dans la jungle. Il s'appelait Samsouri. D'ailleurs, il l'a pris sous son aile pour lui enseigner quelques, quelques petites choses de chez eux là-bas. Waouh. Et lui, tout le monde l'a surnommé Robinson, hein. C'est vrai. Oui, là-bas, oui. Dans le village, les gens connaissaient comme ça. Ben, il me voyait arriver avec mon sarong, parce que je m'habillais comme eux, du coup, avec le petit bonnet, le sarong. Et puis, j'étais parti sur ma petite mobylette comme eux. Puis, ils voyaient, "Allez, le blanc qui, il est comme nous, il est musulman en plus." Et donc, du coup, directement, ils te prennent quoi. Ouais. Ils sont très sympas. Moi, j'ai une très, très une expérience très positive en Malaisie. Je suis pas restée longtemps. J'étais pas dans une île. Euh, mais j'ai eu, j'ai pu rencontrer les Malaisiens.
Et vous êtes allé dans quelle région alors ? Moi, j'étais à Kuala Lumpur. Ah oui, d'accord. Oui. Après, je suis parti au nord. Et la ville, je m'en souviens plus. C'était il y a 7, 8 ans. Ouais, ouais, ouais, ouais. Euh, mais super chaleureux. Les Malaisiens, ils sont super, super sympas. Et très humbles aussi. Très humbles, très éduqués. Prêts pas pour ce qu'ils sont pas. Ça. Exact. Oui, oui, oui. Très humbles. Ah, des anecdotes sur leur humilité, on en a, hein. Moi, je me retrouve, on s'est retrouvé à parler avec un monsieur. Ben, il était en petite claquette, avec un short déchiré, une vieille chemise. On est sur la plage, on parle avec, bon, on promène tous les deux, les enfants dorment. Et puis, on rencontre ce monsieur. On commence à parler. On disait, "Oui, avant, c'était mieux." Il me disait, "Ouais, tu sais, nous, on a dû pédaler pour aller à l'école." Je dis, "Ouais, mais nous, tu vois, on est venu ici en Malaisie, pas pour aller dans des bling-bling comme ça, tu sais." Il y avait un, un hôtel derrière nous, cinq étoiles, luxe, avec piscine sur l'île de Penang. C'est un vrai voyage. Ouais. Quand on, ouais. Je lui dis, "C'est pas ça le vrai voyage. Nous, on est venu pour rencontrer des gens comme vous." Et tout. Très simple. Et je dis, "Tu as une cabane et tu veux nous inviter ?" Nous, on vient. Hein. Alors, tu vois la sincérité. Et puis, puis à la fin, on a parlé. Au bout d'une heure, il nous a parlé de ses expériences quand il était petit. Nous aussi, la même chose. Et tout. Et puis, il fait, "Good guys, tomorrow, I invite you. Come tomorrow, I invite you." Ah, c'est gentil. Moi, je me voyais dans une petite hutte, une petite cabane. Et il se retourne, il fait, "You, hmmm, mine ?" Non, c'est pas vrai. Et puis, je le regarde. Je dis, "En français, j'ai pas dit de bêtise ? J'ai pas dit de conneries ? J'ai pas dit de bêtises ? J'ai pas critiqué l'hôtel ?" Et puis, le lendemain, on vient. Il est avec son costume, avec son badge et tout. Et c'était lui le propriétaire de, de l'hôtel. Il a invité les enfants à venir nager à la piscine. Et on était mal à l'aise. Et c'était pas une fois, pas deux, plusieurs fois, ça nous est arrivé. Ça, c'est vraiment la Malaisie. Ça, ça, c'est vraiment la Malaisie. Qui montrent rien, qui sont très éduqués. Oui. Et qui, qui agissent quand il faut agir quoi. C'est, ouais, ouais. Non, c'est.
Pourquoi vous êtes revenu du coup ? À travers tout. Vas-y, je te laisse. On est revenu parce que malheureusement, mes parents, oui, Rahim Allah. Il y a mon père qui est, qui est décédé. Et donc, je suis revenu pour, pour, pour le voir. Malheureusement, il est mort avant. Et donc, ma mère s'est retrouvée seule. Donc, je suis revenu pour, pour ma mère, du coup. Et ma mère est morte trois mois après. Donc, ils ont vécu toute une vie ensemble. Allah. Ma mère s'était convertie à l'islam, machallah. Oui. Et, euh, mon père, lui, il était monothéiste, comme, comme je vous l'ai dit là, tout à l'heure. Donc, impératif familial, au bout du compte. Oui, c'est ça. Impératif familial. Oui, voilà. C'est ça. Et les enfants qui se retrouvaient du coup, l'aîné ici, seul, plus de grands-parents. Donc, on a dû revenir. Voilà. Et puis, heureusement, avec, euh, la bénédiction de Dieu, on a vu que, heureusement qu'on est revenu, parce que un an après, il y a eu le Covid. Et toute l'île a été fermée. Notre commerce, ça aurait quand même, ça aurait quand même fermé de toute façon aussi. Et donc, voilà. Donc, derrière un mal, il y a toujours un bien. C'est vrai. Comme quoi, c'est vrai. C'est vrai.
Et du coup, maintenant, vous voyez repartir dans un autre pays ? Ou si vous avez déjà eu votre quota ? Bah, moi, moi, je visais. Comparé à, à la Belgique, c'est vrai qu'ici, c'est un peu ennuyant quoi. Quand on, ouais. Oui. Non, ben, je pense que c'est un peu une mentalité belge, ça aussi, hein. Le Belge aime bien partir. Dès qu'on lui propose une ouverture pour pouvoir partir ailleurs, ailleurs s'expatrier, ben, il est premier à lever le doigt, quoi. Ou, ouais. Ça, c'est, ben, ça dépend où, hein. Parce que maintenant, on n'est plus d'accord sur la même destination. Oui. On sera bien. Plusieurs voyages. Oui. Moi, là, on est, on se dit, on partirait pour plus faire de la découverte et garder un pied à terre ici en Belgique, parce que, bon, quoi qu'il arrive, il y a les enfants. Et puis, moi, je me suis habituée à la Belgique, ça y est. C'est parce que comme j'étais une enfant qui a toujours été, voilà, en France, en Espagne, la Belgique est devenue mon, mon pays d'adoption. Donc, voilà, quoi. J'aimerais bien partir 6 mois et puis revenir. Voilà. Ok. Donc, tu es attachée à la Belgique ? Ouais, ça y est. Je me suis attachée. Je me suis trouvé des racines, on va dire, qui m'ont accueilli et dans lesquelles je me suis bien développée. Donc, voilà.
Comment est-ce que vous avez pu trouver un équilibre entre la pratique de votre religion, on change de sujet là du coup, en l'occurrence, mais balayer certains points quand même importants avant de finaliser l'échange, et, bah, votre train quotidien et la vie moderne, quoi ? Parce que c'est pas nécessairement toujours facile. Est-ce que tu appelles vie moderne ? La vie de famille, le travail, votre vie en Belgique et la pratique de l'Islam ? Ouais. Moi, personnellement, j'ai pas trouvé vraiment de difficulté. Ou, je suis quelqu'un de super actif. Donc, j'ai pas trouvé vraiment de difficulté. Et puis, quand on est convaincu de quelque chose, je pense qu'il y a pas de frein, il y a pas de limite. On, on se met pas de limite et on avance vers le point vers lequel on s'est concentré quoi. On reste focus sur ça et on avance. Et quand on a une bonne compagne et un bon compagnon, qu'on avance tous les deux, on peut se renforcer, on peut s'appuyer l'un et l'autre et et avancer quoi. C'est avoir la même vision tous les deux, je pense que ça, c'est important. Avoir la même vision et avancer. Bon, sinon, j'ai pas trouvé. Oui, bon, il y a des difficultés des fois quand on travaille, évidemment, il faut rompre le, le jeûne. On est au travail. Oui, effectivement. Mais bon, c'est pas, c'est pas quelque chose de plus dérangeant que ça quand on est convaincu en fait. Ou. Quand on est convaincu. Et puis, notre religion est tellement simple quand on la connaît, quand on a les bases, la religion est tellement simple, elle nous facilite dans tellement de domaines. Que ce soit la prière, vous avez pas d'eau, vous faites avec la pierre. Vous êtes un peu éloigné, vous pouvez faire deux rak'a, vous pouvez rassembler vos prières. Donc, il y a une facilité dans cette religion qui est, qui est effectivement.
Je posais cette question justement pour t'entendre là-dessus, parce que ce que tu dis, c'est particulièrement important. Beaucoup de musulmans en Occident, ben, ont du mal à jongler avec la pratique de leur religion et, bah, la vie que ces personnes mènent, quoi, au bout du compte, que ce soit le travail ou peu importe. Et parfois, on a des excuses, alors que, finalement, on peut s'y retrouver quoi. Certes, il y a des challenges, mais tant qu'on a, comme tu viens de le rappeler, bah, la foi et la conviction, on peut finir par soulever les montagnes. La foi soulève les montagnes, c'est ce que prêche. Il faut savoir pourquoi on le fait, c'est ça. C'est ça qui nous manque en fait. Comme tu dis, si on trouve des excuses, c'est qu'on n'est pas dans cette connexion spirituelle. Si je suis dans la connexion spirituelle, c'est comme, c'est comme deux amoureux ensemble, quand ils veulent se retrouver, est-ce qu'ils peuvent s'empêcher de se retrouver ? Même si tu travailles toute la journée, tu sais que telle heure, tu vas essayer de trouver un petit moment pour téléphoner ou pour aller voir la personne que tu aimes, ou pour faire un date, ou pour faire ce que tu veux. Bah, avec Allah Ta'ala, c'est la même chose. Si tu nourris cet amour pour Lui, vis-à-vis de Lui, normalement, tu vas tout faire pour pouvoir trouver des, des solutions. Mais si tu, ça, c'est pas nourri, que ça devient une charge et que ça devient quelque chose de lourd. Comme tu dis si bien, on trouvera que des excuses. Donc, faut vraiment nourrir ce, ce point, cette, cette liaison, ce lien avec Allah Ta'ala. Il doit pas passer en second plan. Et, et, et c'est ça qui nous trompe souvent en tant que croyants, c'est qu'on se ment à nous-mêmes. On met, on se dit, croyant, ok, croyant, mais il y a ma vie active. Non, je suis dans une vie active, mais il y a ma croyance avant tout, tu vois. Faut pas inverser les, il faut pas inverser les rôles. Donc, à partir du moment où j'ai mes piliers, j'ai cette connexion, il faut la nourrir. Il faut la nourrir, parce que si tu nourris pas, bah, bien sûr, tu vas t'éloigner. C'est pas, c'est pas facile. Et je pense que la vie moderne et la vie du musulman, elles sont pas incompatibles, bien évidemment, à partir du moment où on ne se trouve pas des excuses. Oui. Et ne pas s'isoler aussi, je pense que c'est important. Ça, c'est ça. Cette religion n'est pas faite pour vivre seule, une religion communautaire. Donc, vraiment, oui, ça, c'est super important aussi. Le point que vous relevez là, c'est de vivre l'Islam en communauté. Hein, ça, c'est, c'est un point très important. Ou. Et rester toujours en contact avec la science, avec les gens de savoir, surtout. Et comme je dis souvent, euh, la science de l'islam, quand on apprend, elle ne vous renferme pas le regard, elle vous ouvre des portes. Mais l'obscurantisme vous ferme toujours le, le regard. Non, la science de l'islam, au plus vous en apprenez, au plus, si c'est une vraie science, elle vous ouvre l'espace quoi. Et allez, on peut avec tout le monde, on peut être très ouvert sans aucun problème, à partir du moment où on ne met pas des, des cadres trop lourds. C'est surtout ça, je pense. Restez toujours ouvert vers l'autre. L'autre n'est pas mauvais. Avant, personnellement, avant, on était comme lui. Donc, après, quand on a découvert l'islam, on a un voile qui s'est enlevé, en fait. Vraiment quelque chose qui s'est enlevé. On voit une autre dimension, on voit quelque chose d'autre. Et donc, il faut le partager pour que les gens soient heureux. Soi. J'ai toujours eu cette vision-là. On a toujours eu cette vision-là, de toute façon. Et voilà. On ne s'est pas interdit d'aller vers les autres. Regarde, je donne encore un exemple. Quand on était en Malaisie, il y avait des temples. Alors là-bas, il y a toutes les religions, hein. C'est ici, c'est rien du tout encore, hein. Là-bas, il y a des temples hindous, bouddhistes, tout ce que, des, des, des églises. Il y a de tout. Et nous, nos enfants, pour pouvoir leur montrer, parce qu'on leur dit toujours, "Attention, ça, c'est haram, c'est du shirk, ça, c'est de l'association, ça, c'est pas bien." Mais on leur dit en théorie. Mais ils l'ont jamais vu. Et donc, quand on est arrivé, il y avait le, il y avait là, là où il y a la grande statue à Kuala Lumpur, comment ça s'appelle, Batu Caves. Il y a la grande statue là-bas, il y a les escaliers. Et de l'autre côté, il y a une grotte où il y a tous les Indiens qui font leur, leur rituel, sacrifice et tout ça. Bon, nous, on a été. Et on a dit aux enfants, "Ben, voilà, on vous a toujours parlé du haram, qu'est-ce qu'il faut pas faire. Quand on dit un animal, il est tué, on dit Bismillah. Quand on mange, on dit Bismillah." Ben, maintenant, vous allez voir les gens, ils vont tuer des animaux, mais ils disent pas Bismillah. C'est pour leur statue. Et ils étaient là, hein. Quoi. Et on leur a montré. On est allé jusque là-bas. Ils ont vu, euh, les gens qui égorgeaient les poulets, tu vois, c'est poulets. Et ils voyaient les statues. Ma, disait, "On leur disait, voyez, eux, le font pour cette statue, tandis que nous, quand on le fait, on le fait pour Allah." On leur matérialisait. On leur matérialisait. Du coup, ils étaient choqués en disant, "Ah ouais, mais c'était, ah, mais c'est dégoûtant. Ah, mais c'est pas." Et donc, on leur a montré la réalité. Et il y a des gens qui étaient dans notre entourage, ils disent, "Mais vous êtes, mais vous faites n'importe quoi. Et on n'emmène pas ses enfants là-bas. Et vous allez les égarer. Et plus tard, s'ils sont pas guidés, ça sera à cause de vous." Ben, on leur dit, "Ben non, mais justement, on a matérialisé la chose pour leur montrer." Et donc, cet esprit d'éducation. Après, je critique pas la personne, parce que je me dis, peut-être que elle, elle a peur de perdre le contrôle avec l'éducation qu'elle amène avec ses enfants. Donc, elle est peut-être pas confiante. Et elle préfère mettre des cadres. Mais nous, on préfère ouvrir. Et chacun fait ce qu'il a à faire. Et plus tard, de toute façon, faut jamais oublier ça. Quand les gens, ils viennent nous dire, "Oui, mais moi, j'ai éduqué mes enfants, regarde, je donné, celui-là, il est, il est égaré. Qu'est-ce que j'ai fait ?" N'oubliez pas que Allah, c'est Lui qui guide. Qui veut. Vous donnez l'essentiel des outils, du matériel, de l'affection. Mais au final, c'est qui qui guide ? C'est toi ? C'est moi ? Non, c'est Allah Ta'ala qui va choisir qui veut. Donc, il y a pas de culpabilité par rapport à ça. Non. Et je crois, en fait, je suis même de la vie contraire. Parce que quand on prétend suivre la vérité, autant la challenger cette vérité par rapport à ce qui se fait dans le monde. C'est ça. Donc, si on met l'islam côte à côte avec les autres religions, c'est une très bonne chose. Mais clair et net, on met de l'avant les conclusions. Et les conclusions, pour moi, elles sont flagrantes quoi. C'est ça. Euh, après, chacun libre de, est libre de faire ses choix, ses possibilités, ses capacités. Donc, on est, on rentre pas dans le jugement de l'autre, parce qu'on se dit, peut-être que s'il fait pas ça, c'est qu'il a certainement des peurs et des craintes. Est-ce qu'on peut comprendre ? Mais on rentre pas dans le jugement mutuel. C'est là où la, la relation toxique et nocive, elle, elle, elle s'imprègne. Mais si je comprends son point de vue et que, il arrive à comprendre le mien, tout le monde se respecte. On est d'accord. Mais maintenant, après, nous ont pris pour défaut, hein. Attention. On a été pris pour. Qui exactement ? Bah, des gens de notre entourage. Oui. Musulmans pratiquants. Parce que parce qu'ils étaient en Malaisie, c'était, oui, c'est des gens de, non, c'est pas des Malaisiens, mais c'était des gens expatriés aussi qui se retrouvaient, qui avait des enfants. Que les Malaisiens, ils vivent dans tout ça, ils connaissent. Connaissent. Non, non, non. On parle des gens qui étaient expatriés de France et qui nous ont vu. Et nous, de France, en plus. Ben, ouais. Par hasard. Dis, "Mais c'est, vous êtes fous. Si vos enfants, ils font pas." Et eux, ils avaient éduqué leurs, enfin, ce frère en particulier, il éduquait ses enfants sous la répression. Alors que nous, c'est tout le contraire. C'est, faites ce que vous voulez, mais qui, qui touche le feu, se brûlera quoi. Tirez votre plan, débrouillez-vous. Et lui, il disait, "Non, mais parce que tu ouvres des portes et c'est peut-être à cause de ça que vos enfants, vous allez pas vous y retrouver avec eux." Cette personne a peut-être un manque de confiance, effectivement, ou un manque de connaissance, ou de crainte tout simplement. Elle, elle est, elle est régie par ses propres craintes. Et que donc, pour elle, vu qu'il voit son enfant faire sa prière devant lui, faire sa pratique devant lui, il est rassuré. Mais il sait pas que son enfant, de l'autre côté, il a peut-être pas cette conviction. Il le fait par peur et par crainte. Allah Alam. Allah Alam. De toute façon, la finalité, la finalité, pardon, elle appartient à Allah. Et ça, on l'oublie beaucoup. Nous, dans notre pratique religieuse, beaucoup de parents pensent que le paradis, l'enfer, la guidance, elle leur appartient. Elle, elle l'aurait dû. Non, toi, tu donnes ce qui t'es, ce qui t'es dû de faire ton devoir, de donner de l'amour, de l'attention, beaucoup d'amour et beaucoup d'attention, et beaucoup de, de raison et d'être un modèle. Parce que c'est pas de dire ça aux enfants, "Fais ceci, fais cela." Beaucoup de parents sont dans le, "Fais ceci, fais cela, fais pas ceci." Mais eux, dans leur attitude, ils sont quoi comme exemple concrètement ? L'exemple, il n'est pas là. Vaste sujet. Voilà. Vaste sujet. Encore une fois. Donc, non, Hamdoulah. Toi, tu donnes ce qui t'es, ce qui t'es obligé, enfin, tes obligations par rapport et ton amour. Et puis, Allah, il en fera ce que, ce qui doit être. C'est pas toi qui guide au final. Exact. Tout à fait.
Super. Tout ça, je pense qu'on a fait à peu près le tour. Merci d'avoir accepté l'invitation, encore une fois. C'est moi qui te remercie. Remercie officiellement, vu que c'est enregistré. Mais quand ce sera pas enregistré, je vous remercierai une autre fois, bien sûr. Et puis, avec plaisir pour suivre l'échange une autre fois. Moi, en tout cas, pour, pour ma part, c'était super intéressant de vous entendre, votre expérience en Belgique, vos voyages, la façon dont vous vous êtes convertis aussi, d'une certaine manière, puisque toi, tu t'es convertie aussi, en fait, d'une certaine manière aussi, une certaine conversion de conversion. Et je pense que tout ceci est inspirant pour celles et ceux qui pourraient accéder à la vidéo. Euh, et, et merci encore. On le souhaite, inchallah. C'est nous qui te remercions, en tout cas, pour l'échange. Il a été magnifique, en tout cas. Et j'espère que ce projet va, va être béni et qu'il va bien se développer et que tu vas pouvoir, inchallah, être tout le temps dans cette activité que tu, tu aimes. Merci beaucoup. Hamdoulah. Inchallah.