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Hantavirus : un premier cas français confirmé

C à vous - France Télévisions14:23

Transcription

Je mettrai tout mon poids pour qu'il ou elle l'emporte. - A.-E. Lemoine.

Restez avec nous pour le 5/5 de L. Sénéchal. On commence avec l'hantavirus, arrivé sur le sol français.

- L. Sénéchal: Le gouvernement se met en ordre de bataille. Il y aura 2 réunions interministérielles par jour. L'exécutif durcit l'isolement des cas contacts. Ils sont tous placés en quarantaine à l'hôpital, qu'ils le veuillent ou non. Un décret a été publié hier. Il est en application. La France compte une malade, une femme, rapatriée, qui s'est sentie mal dans le vol. Son état s'est dégradé. Elle est en réanimation, mais dans un état stable. Elle fait partie des 5 passagers français de ce navire. L'opération d'évacuation concerne 94 personnes depuis le début du week-end. C'est toujours pas terminé.

On décrit une ambiance surréaliste aux Canaries.

- Le bateau est toujours ici, à 300 m de moi. Il y a ces passagers qui descendent, par pays, les uns après les autres. Ils embarquent sur des sortes de vedettes. Ils ont des charlottes sur la tête, des combinaisons bleu ciel sur eux. Ils ont un petit sac plastique dans lequel ils ont mis quelques affaires essentielles. Ils arrivent à terre, où les attendent des agents de santé du ministère espagnol. Ils sont protégés aussi de la tête aux pieds. Il y a ces dizaines de policiers de la Guardia Civil qui sont là, pistolet à la taille, pour assurer la sécurité.

- L. Sénéchal: Le temps se gâte aux Canaries. Les ultimes évacuations ont été retardées. Aux Canaries, les riverains ont fait part de leurs inquiétudes. Les manifestations ont eu lieu avant l'arrivée du bateau. La ministre espagnole de la Santé, elle-même médecin de formation, a tenu à rassurer. En toute transparence, elle a dit que de nouveaux cas seront repérés.

- L. Sénéchal: En France, la situation inquiète et interroge. Devant l'hôpital Bichat, l'hantavirus est sur toutes les lèvres.

- Je vous avoue que ça fait peur. Le covid a laissé beaucoup de séquelles dans ma vie. J'appréhende énormément ce virus.

- De savoir qu'on peut avoir des cas contacts, nous qui sommes soignants, ça stresse un peu. C'est plutôt les familles qui nous demandent si ça va.

- J'ai peur que ça vienne jusqu'à moi, ma famille, mes amis...

- Depuis le covid, on se pose tous des questions. Ce n'est pas quelque chose d'innocent.

- A.-E. Lemoine: Bonsoir, A. Fontanet. Vous êtes épidémiologiste. On sent que l'inquiétude monte. On entend les riverains de l'hôpital Bichat, qui accueille les passagers du navire. Il n'y a aucun risque, a priori, pour que les riverains soient concernés. C'est le cauchemar du covid qui se réveille?

- Pr A. Fontanet: Il y a peut-être beaucoup de souvenirs qui reviennent et d'idées qui se mélangent. Mais on est dans une situation très différente. On sait déjà pas mal de choses sur ce virus. Il a été identifié il y a 30 ans. Il circule assez régulièrement au Chili et en Argentine. Chaque année, il y a 50 à 100 cas en Argentine. Il y a quelques clusters. La plupart du temps, il n'y a pas de cas secondaires.

- A.-E. Lemoine: C'est souvent dans des milieux ruraux.

- Pr A. Fontanet: Oui. Mais des personnes habitent avec leur famille dans des maisons. Les transmissions sont peu nombreuses. C'est un virus peu contagieux. C'est des contacts proches. Très souvent, les conjoints sont touchés. Ça peut être les personnels de santé qui ont pris en charge les patients. Ce qu'on sait, c'est que la transmission débute avec les symptômes. À partir du moment où les gens sont symptomatiques, il faut tout de suite les isoler. Il y a peu de risque de transmission secondaire. Ce qui fait la gravité de ce virus, c'est sa létalité : 30 à 50 % des personnes affectées vont décéder. Si on doit être aussi stricts, et on a parfaitement raison, c'est qu'on ne peut pas se permettre d'avoir un cas secondaire. Je ne m'attends pas à ce qu'on ait une épidémie avec des centaines de cas. Chaque personne infectée, c'est un risque de 30 à 50 % de décéder. C'est pour ça qu'il est essentiel de prendre toutes les mesures pour protéger les entourages.

- A.-E. Lemoine: C'est ce qui fait qu'un de vos confrères compare l'hantavirus à Ebola, en tout cas dans sa létalité?

- Pr A. Fontanet: C'est un peu moins sévère qu'Ebola. Il y a des différences entre les 2 virus dans les manifestations cliniques. Je ne ferais pas nécessairement ce parallèle. Ce qui est vrai, c'est que la problématique pour nous, c'est d'éviter les cas secondaires, du fait de la létalité très forte. Si les mesures sont prises, tel que c'est le cas, on peut s'attendre à ce qu'il y ait relativement peu de cas secondaires. Il y en aura. Quand on reprend la chronologie sur le bateau, il y a eu un cas le 6 avril. La personne est décédée le 11 avril. On ne savait pas ce que c'était. 15 jours plus tard, ce qui correspond à la période d'incubation moyenne, on a 3-4 cas sur le bateau. On ne savait pas ce que c'était, mais on se disait que c'était étonnant. Le diagnostic n'a été porté que le 2 mai. Là, ils ont commencé à prendre des mesures. Fin avril, il y a eu des contacts infectants sur le bateau. Je ne sais pas dans quelles circonstances la personne hospitalisée à Bichat a été infectée. Ça pourrait résulter de ces contaminations fin avril. Il faut s'attendre à avoir quelques cas secondaires. Si on prend toutes les mesures telles qu'elles sont proposées aujourd'hui, avec des isolements stricts...

- A.-E. Lemoine: Pendant une quarantaine de jours?

- Pr A. Fontanet: La durée d'incubation la plus habituelle, c'est 2 à 3 semaines, mais elle peut aller jusqu'à 6 semaines.

- P. Cohen: Isolement pour les cas secondaires... Il ne faudrait pas isoler aussi les cas contacts?

- L. Sénéchal: C'est ce qu'annonce le gouvernement.

- Pr A. Fontanet: On est dans cette période très critique où il y a eu probablement sur le bateau des transmissions qui ont eu lieu fin avril, à un moment où on n'avait pas encore identifié l'hantavirus. Les mesures de précaution n'avaient pas encore été prises. On espère qu'après la mise en place de mesures, les transmissions ont beaucoup diminué. Avec le temps, on sera dans une situation plus sereine.

- A.-E. Lemoine: 22 Français sont considérés comme cas contacts, notamment ceux qui ont pris l'avion avec des malades, rapatriés du MV Hondius. Il a suffi d'être assis à côté d'un des malades exfiltrés pour être contaminé?

- Pr A. Fontanet: La patiente néerlandaise a pris un avion de Sainte-Hélène jusqu'à Johannesburg. Il y avait plusieurs Français dans cet avion. Dans un avion, 2 personnes à gauche, 2 personnes à droite, 2 rangs devant, 2 derrière... C'est un ordre de grandeur. Je ne sais pas comment étaient positionnés les 8 Français concernés. Il y avait aussi d'autres passagers. C'est tout aussi important de les tracer. Les compagnies aériennes ont les noms. C'est là où on a besoin d'une coordination internationale. C'est pour ça qu'il était important que l'OMS joue son rôle. Le Royaume-Uni a déclaré, le jour même du diagnostic, le 2 mai, le citoyen britannique à l'OMS. Ça permet à l'OMS de s'emparer de la coordination. On a beaucoup parlé de l'OMS ces dernières années. Vous avez entendu les réflexions de D. Trump. L'Argentine a aussi voulu se retirer de l'OMS. On est très contents d'avoir l'OMS qui peut aider à la coordination de cette prise en charge. Le directeur général de l'OMS ne s'est pas trompé. Il était hier aux Canaries pour marquer le coup. C'est important, en ce début de crise, de prendre toutes les mesures pour éviter cette propagation.

- A.-E. Lemoine: Même si chaque pays a son propre protocole?

- L. Sénéchal: Il y avait 23 nationalités sur le navire. Certains sont toujours à bord. Les victimes sont néerlandaises et allemandes. Les rapatriés partis en avion, il y a eu des Espagnols, des Français... Le Royaume-Uni comptait 5 ressortissants à bord du navire. Il y a aussi des territoires dans l'Atlantique sud, proche du continent américain. Il y a les îles Malouines... Il y a aussi l'île Tristan da Cunha. Un cas suspect y a été détecté, sans lien avec le navire de croisière. Ils ont parachuté du matériel médical, les Britanniques, et des médecins militaires. ...

- L. Sénéchal: Si le Royaume-Uni met les grands moyens pour se protéger de l'hantavirus, les 5 passagers sont hospitalisés sur le territoire anglais, dans le nord de l'Angleterre. Les États-Unis étonnent. Les Américains asymptomatiques ne seront pas placés en quarantaine. L'agence sanitaire américaine parle d'un risque épidémique extrêmement faible. ...

- A.-E. Lemoine: La réaction des autorités sanitaires américaines, quels commentaires ça vous inspire?

- Pr A. Fontanet: On sait que depuis un an, les services de surveillance américains ont été en partie démantelés. 20 % du personnel du CDC Atlanta a été limogé. On entend toutes les remarques, les polémiques autour des politiques vaccinales. Ça rentre dans cette même ambiance. C'est désolant. Je souhaite le meilleur pour les personnes concernées. C'est prendre des risques totalement inutiles. Ça concerne les États-Unis, mais aussi le reste du monde.

- A.-E. Lemoine: On en vient aux origines de cet hantavirus. C'est l'émergence des zoonoses.

- L. Sénéchal: L'hypothèse numéro 1 est que le patient numéro 1 est un Néerlandais de 70 ans, mort à bord du navire. Il aurait été contaminé en Argentine avant d'embarquer. Maintenant se pose la question de ces zoonoses. Le recul de la nature et l'avancée inexorable des activités humaines font craindre l'émergence de nouveaux virus. Le candidat Insoumis J.-L. Mélenchon voit dans cet hantavirus un nouvel exemple de "maladie écologique". C'est aussi la crainte du cinéaste et activiste écologique Cyril Dion. Il signe une tribune dans "Le Monde". Que pensez-vous de ces théories des zoonoses?

- Pr A. Fontanet: C'est mon quotidien. Quand vous travaillez sur les virus émergents, l'immense majorité sont des virus qui nous viennent du monde animal. Ils franchissent la barrière d'espèce. Ils sont ensuite susceptibles d'infecter l'homme et de s'adapter pour une transmission interhumaine. On a le démarrage d'une épidémie. La grippe, ça part d'oiseaux et ça se transmet sur des volailles domestiques et les porcins, et ça arrive chez l'homme. Les coronavirus... Ce qu'on sait, c'est qu'il y a une chauve-souris qui était porteuse de coronavirus. Les autres intermédiaires étaient les furets, les civettes... Ils peuvent transmettre à l'homme. Ces marchés d'animaux sont toujours actifs en Asie du Sud-Est. C'est ça, la principale crainte. On peut s'interroger sur les origines de la covid. On n'aura jamais le fin mot. Il ne faut pas faire en laboratoire des expériences de "gain of function". Ce sont des expérimentations qui consisteraient à manipuler les virus pour les rendre plus agressifs. C'est interdit et très réglementé. Si vous avez des États qui décident de faire les choses différemment... On n'a pas le contrôle là-dessus. Il y a des protocoles très rigoureux pour l'empêcher. La vraie question se situe dans ces marchés d'animaux sauvages. Ils sont toujours opérationnels. Quand on va dans ces marchés et qu'on échantillonne, on retrouvera des coronavirus, dont certains très proches du Sars-CoV-2.