Transcription
Vous voyez ce bout de papier ? Il explique en partie la volte-face spectaculaire de Donald Trump.
Nous sommes le mercredi 9 avril 2025, une semaine jour pour jour après son “Liberation Day” autoproclamé. Et 13 h après la mise en place de ces droits de douane réciproques, Donald Trump fait marche arrière. Tous les pays bénéficient d'une pause de 90 jours avec des tarifs douaniers plafonnés à 10 %. Sauf la Chine, avec qui l'escalade continue.
Il y a la raison officielle. Elle est donnée par Scott Bessent, le secrétaire américain au Trésor. Mais derrière ça, il y aurait surtout une raison officieuse : les marchés financiers. Elle pourrait même valoir au président américain une condamnation pour délit d'initié. Mais ça, c'est une autre histoire.
Quand cette économiste parle du marché des bons, elle pense à un indicateur en particulier : le taux de Treasuries à dix ans. Les Treasuries ou bons du Trésor, ce sont les obligations d'État américaines. En gros, les bouts de dette que les États-Unis vendent sur les marchés.
Depuis des années, les obligations souveraines des États-Unis sont considérées comme les plus sûres au monde pour deux raisons. Première raison : le dollar est la monnaie de référence à l'international. Et donc deuxième raison : le Trésor américain peut émettre facilement de la dette pour se refinancer. Autrement dit, c'est la valeur sûre des investisseurs. Et normalement, en temps de crise, les investisseurs se réfugient vers les actifs les plus sûrs. Donc les actifs en dollars et les Treasuries.
Sauf que depuis la guerre commerciale de Trump, c'est l'inverse qui se produit. Et ça, c'est inédit. Le dollar baisse. Et beaucoup d'investisseurs vendent leurs titres de dette américaine, dont le taux a augmenté très vite. C'est un problème pour l'économie américaine parce que les États-Unis vivent à crédit. Ils ont un déficit de 1 700 milliards de dollars à financer cette année. Et c'est surtout un problème pour tout le monde. Parce que c'est le signe de la baisse de la crédibilité du dollar comme monnaie de référence.
C'est donc en partie pour ça que Donald Trump a fait volte-face. Et cette baisse de crédibilité, elle est potentiellement dévastatrice pour le système monétaire international. En fait, la stabilité du système monétaire international repose sur une monnaie dominante dans laquelle tous les acteurs ont confiance. C'est la théorie de la stabilité hégémonique de l'économiste américain Kindleberger. Cette monnaie dominante aujourd'hui, c'est le dollar.
Le système date de 1944 et de l'accord de Bretton Woods. À l'époque, le dollar est convertible en or et la valeur des autres monnaies se fixe par rapport à celle du dollar. Dans les années 1970, le système change un peu avec la fin de l'étalon-or. Mais le dollar reste la monnaie internationale de référence. Sans entrer dans le détail, ça veut dire qu'encore aujourd'hui, beaucoup de transactions sur les marchés financiers reposent sur le dollar. Si le dollar vacille, il y a des effets domino. Beaucoup d'acteurs financiers sont obligés de vendre des actifs, et c'est exactement ce qui se passe au moment des crises financières, quand il y a un krach boursier.
À cause de la politique économique erratique de Donald Trump et aussi parce qu'il remet en cause la stabilité des institutions des États-Unis, ces deux éléments font vaciller la confiance dans le dollar, qui pourrait donc perdre son statut de monnaie de référence.
Le dernier changement d'hégémonie dans le système monétaire international remonte aux années 1930. À l'époque, c'était le Royaume-Uni qui jouait ce rôle. Mais il ne pouvait plus l'assurer, parce qu'il était dans une situation économique difficile. Et les États-Unis, eux, n'étaient pas assez puissants pour prendre la place de chef. L’entre-deux, c'est la Grande Dépression qui a amené l'Amérique et l'Europe dans des années de récession et de misère.
Bien sûr, on n'en est pas encore là. Mais Donald Trump peut encore nous surprendre de mille manières. On suivra ça avec attention. Abonnez-vous pour ne rien manquer. Et merci à l'économiste Hélène Rey que j'ai interviewée pour cette vidéo.