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Bienvenue dans l’Happycratie

Lacrimosophia24:26

Transcription

Voici le secret pour être heureux. Il me tarde de l'entendre. Vas-y, envoie.

Faire semblant d'être heureuse. Et un jour, tu oublieras que tu faisais semblant.

Depuis toujours, on court après le bonheur. Partout, on nous promet qu'il suffit de l'atteindre pour tout réparer. Aujourd'hui, ce désir légitime a viré à l'obligation. Non seulement il faut être heureux, mais il faut surtout le montrer. Ce que dit Beau-jacques, c'est l'aboutissement cynique d'une quête où la tristesse n'a plus le droit de parler. Sommes-nous devenus esclaves de cet idéal ?

Alors, avant de plonger dans la tyrannie du bonheur telle qu'on l'a vu aujourd'hui, revenons un instant aux racines de cette quête. Dans l'antiquité, Aristote proposait déjà le démonia ou si vous préférez le démonisme. Et ça, c'est une doctrine philosophique qui se concentre sur l'accomplissement et l'épanouissement à long terme plutôt que la recherche du plaisir permanent. C'est une question d'action adaptée à l'être humain et à nos capacités réelles. Un peu plus tard viendra les stoïens comme Épiclet ou Marc Orel qui ont renforcé cette vision. Le bonheur n'est pas dans les événements extérieurs mais dans notre manière de les recevoir. La sérénité pour eux n'est de la maîtrise de nos jugements. D'accueillir les difficultés, d'affronter les échecs en gardant notre sérénité. Bon, ça on peut dire que c'est la base.

Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Voici le livre La Piti vous parle. Dans ce livre, on part de l'Oracle de Delf aux influenceurs d'aujourd'hui. L'autrice rappelle que l'humanité a toujours cherché à consulter des experts pour résoudre ses doutes et optimiser son existence. Mais quand ces conseils deviennent une obsession collective, la frontière se brouille entre l'aide précieuse et la tyrannie du bonheur.

Je me suis moi-même remis en question en faisant cette vidéo et en me rappelant les sujets que j'évoquais qui parlaient de la douleur, de la lucidité existentielle. Est-ce que je ne jouerai pas également à ce jeu sans m'en rendre compte ? Mais je réalise aujourd'hui que mon travail se place ailleurs que chez ces gourous qui vendent des solutions toutes fête du bonheur. Mes vidéos cherchent d'abord à poser des questions, à explorer les nuances de nos émotions et à accepter la part d'ombre plutôt que de vendre à un modèle universel de positivité. Je n'impose pas de méthode magique. J'invite à la réflexion et au partage. Et c'est précisément ce qui me distingue de la tyrannie du bien-être. Je ne prétends pas vous donner la clé du bonheur, mais je vous accompagne pour reconnaître que l'authenticité avec ses hauts et ses bas est la voix la plus réelle vers une vie pleinement vécue.

Pendant des siècles, cette sagesse a guidé nos philosophes, mais elle restait un luxe réservé à ceux qui avaient du temps pour réfléchir au grand. Et tout a basculé à la fin du 20e siècle quand la psychologie positive est montée sur le devant de la scène. On a voulu étudier les gens heureux pour apprendre à tout le monde à s'épanouir. Le bonheur est devenu un objectif accessible via des programmes et des coachs. À partir de là se dessine une nouvelle idéologie, le bonheur comme projet avec ses méthodes et son label certifié bien-être.

Le problème c'est que lorsque la société fait du bonheur une obligation, il cesse d'être joyeux. Tous les moments de tristesse ou les baisses de morale vont devenir un échec, un signe que quelque chose ne va pas chez toi. Tu culpabilises de ne pas être au top. Tu te sens coupable quand tu ne profites pas de la vie. Alors que justement tu regardes ton fed Instagram et tu te compares à des vies parfaites. Au lieu de t'aider, cette quête te fragilise. Tu finis par redouter ces passages à vide. Tu voudrais les éviter à tout prix comme si une simple larme allait ruiner ta réputation de personnes heureuses.

Et le pire, c'est que ce marché émotionnel transforme nos sentiments en marchandise. On vend du coaching à 200 € de l'heure, des applis de méditation sous abonnement. On te promet du bien-être en illimité et si ça ne fonctionne pas, c'est que tu n'as pas pris assez de cours ou que tu as un blocage personnel. L'échec redevient ta faute. Tu n'as pas la bonne attitude ou suffisamment d'outils pour atteindre ce bonheur standardisé. Et ça, c'est exactement ce que dénonce l'essai Apicrracy. Un régime dans lequel le marché du bien-être prospère parce qu'il répond à une injonction. Masquer la souffrance, ne jamais flancher. On t'invite à consommer du bien-être pour mieux te rendre performant, docile, malléable. Dans le monde du travail, on parle de culture d'entreprise positive. Surveiller le taux de bonheur comme on surveillerait une courbe de production. Ce n'est plus il faut imaginer Cisif heureux mais il faut que Cisif soit heureux.

Et c'est là qu'on touche au cœur du problème. Quand on n plus le droit d'échouer dans sa quête de joie, tous les moments tristes vont devenir un échec psychologique. On se dit "Qu'est-ce qui cloche chez moi ? Les réseaux, le marketing nous renvoie à cette injonction permanente. Ne laisse jamais la tristesse te toucher." Et résultat, on se met à la traquer, à la repousser, voire même à la masquer. Faute de mieux. On est inondé de succès story et de sourire parfaits. Des fausses joies qui finissent par écrire un nouveau standard social. Il faut toujours être heureux.

Alors, quel constat tirer de tout ça ? D'abord que l'obsession du bonheur peut devenir la forme la plus subtile du malheur. Ironique non, parce qu'on finit par passer son temps à fuir la tristesse plutôt qu'à l'habiter quand elle survient. Le bonheur, tel qu'on nous le vend aujourd'hui, n'est plus un art de vivre. C'est devenu un cahier des charges.

D'où nous vient vraiment l'idée selon laquelle le bonheur ne vaudrait que s'il ne connaît aucune nombre ? Voici Épicû, philosophe grec qui a fondé une école où l'on venait chercher la paix intérieure. Il pensait que le bonheur réside dans l'absence de douleur physique et mentale, c'est-à-dire l'aponie et la tharaxie. Autrement dit, on ne mesure pas la joie en multipliant les extravagances, mais en élaguant les souffrances inutiles. Le vrai bonheur n'est quand on parvient à dégager son existence des peines superflues. Pourtant, si l'on vit dans un confort absolu, comment sait-on encore que l'on est heureux ? sans contraste, il n'y a plus de relief et le mot même de plaisir perd son sens.

À partir de là, je vais faire une bonne digression parce que je vais parler du paradis dans les religions. Donc si vous avez la flemme d'écouter et que vous voulez revenir au sujet principal, je vous mets le time code pour la suite. Pour poursuivre sur le fait que sans souffrance, il n'y a pas de bonheur, une question me trotte dans la tête depuis longtemps et au vu de mes maigres connaissances sur la religion en général, je voulais essayer de comprendre grâce aux croyants l'idée du paradis tel qu'on nous le décrit souvent. Un monde où tout est parfait, où chaque désir est comblé pour l'éternité. À première vue, c'est le somum du bonheur. Pourtant, si tout est déjà accompli, si chaque épreuve et découverte vous est offerte sans effort, que reste-t-il de cette pulsion qui nous pousse à grandir, à apprendre ou au même à créer ? Certains théologiens eux-mêmes admettent que l'âme se développe en surmontant des obstacles. Or, dans un paradis muable, il n'y a plus rien à surmonter. Le risque c'est que l'amour parfait cesse d'être une aventure et devienne un simple souvenir. Et si l'on répond que le libre arbitre il persiste, on oublie que la liberté se nourrit de choix réels, de défis concrets. Sans terrain de jeu, notre volonté s'étiolle. Alors, je ne cherche pas à détruire la foi de qui que ce soit, mais à poser cette question : un bonheur figé, aussi rayonnant soit-il, peut-il vraiment nous toucher ? Ou devient-il un calme plat où l'on s'ennuie à l'infini ?

Bon, après, je cherche la petite bête. Je serai de mauvaise foi si je ne disais pas que j'ai fait des recherches et que je suis tombé sur un texte qui décrivait le paradis comme un état et non comme un lieu. Pour résumer l'idée principale, le paradis, c'est cette participation à la nature divine où le temps humain disparaît au profit d'un présent éternel toujours nouveau. Plutôt que d'imaginer une infinité de journée parfaite, on parle d'un instant vivant imprégné de l'éblouissante surprise de Dieu. C'est ce que Saint- Paul appelle ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu et que le catéchisme pose comme un bonheur suprême et définitif. Le père Éric Morin, lui utilise la belle image du buisson ardent, une flamme inextinguire qui brûle sans se consumer. Autrement dit, le paradis ne serait pas un espace figé, mais un état d'être, une intensité perpétuelle qui nous dépasse et nous renouvelle à chaque instant.

En fait, je ne peux pas concevoir ce paradis en tant qu'humain. Imaginons pourtant qu'un jour j'y accède. Je n'y entrerai plus comme moi, mais avec mes doutes, mes désirs contradictoires et mes blessures. Si je devenais résident de cet état de bonheur figé, ce serait en tant qu'une autre entité. Peut-être une parcelle de divin ou quelque chose que je ne peux même pas nommer aujourd'hui. Parce qu'un humain qui connaît la peur, la joie éphémère ne peut pas subitement se projeter dans une perfection inchangée sans renier tout ce qui fait son humanité. Je pense que si un tel paradis existe, il ne peut pas être conçu pour ce que nous sommes aujourd'hui. Il nous faudrait devenir autre chose. Des âmes réparé, des consciences transfigurées, débarrassé du désir et de l'angoisse. Mais alors ce nous aurait renoncé à la liberté qui n'est du manque à la valeur que prend chaque instant parce qu'il s'achève. Peut-être qu'on parlera de tout ça dans une autre vidéo.

Digion faite, revenons aux stoïens qui de leur côté ont poussé l'idée que c'est dans l'épreuve que la vertu se forge. Et donc chaque obstacle est un exercice. La difficulté est une matière première, l'occasion d'exercer son jugement et sa résilience. Le stoïisme nous apprend que la souffrance n'est pas un accident mais un laboratoire où l'esprit se purifie et se fortifie. Le bonheur n'est donc pas l'absence des preuves, mais la capacité à les traverser sans se laisser briser.

Avançons maintenant dans le temps jusqu'au 21e siècle où la souffrance devient un centre de gravité de toute réflexion sur la condition humaine. Ça faisait un petit moment que j'avais pas évoqué Chopenhaer et lui il n'est pas tendre. La vie pour lui est d'abord une pulsion aveugle, un choc perpétuel entre désir et frustration. Le bonheur quand il se présente n'est qu'un répit provisoire, une trêve dans la lutte incessante de la volonté contre le monde. Chopenwar insiste sur le fait que nous sommes tous condamnés à souffrir et que toute distraction n'est qu'un leur.

Vous connaissez aussi la célèbre phrase de Nietzsche : "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort." Un mantra pour réinventer la joie par-delà de la douleur. Mais ça, j'en ai déjà parlé dans d'autres vidéos, donc je vais pas m'étendre sur le sujet.

Beaucoup de traditions philosophiques partagent l'idée que le but de la vie, c'est d'atteindre le bien, le bonheur. Mais pourquoi ? Objectivement, rien n'oblige à préférer la joie à la tristesse. Et ça, c'est un point de vue qu'un abonné m'a suggéré et qui mérite qu'on s'y attarde. L'idée que la philosophie souvent se veut moralisatrice au sens où elle présuppose que le bien vaut mieux que le mal, le bonheur mieux que la tristesse, la vie mieux que la mort. D'un côté, on pourrait répondre parce que la vie est notre condition. Parce que survivre être inscrit dans notre nature biologique. Mais alors, ne retombe-t-on pas dans l'instinct de conservation ? On se cramponne à tout ce qui respire par habitude ou par crainte de l'inconnu qui est la mort. Revenons à Chopenha par exemple. Pour lui, l'évasion, littéralement le néant, apparaît parfois plus cohérent que l'acharnement à vivre. Les penseurs antinatalistes comme David Benatar iront jusqu'à dire que ne pas naître est préférable à naître pour éviter la souffrance.

Et pourtant, la plupart des écoles philosophiques, platoniciens, stoïicien, utilitaristes, existentialistes, partent du postulat inverse. Il faut maximiser le bonheur, cultiver la vertu, transcender la souffrance. On instaure des idéaux et on oriente notre réflexion en ce sens. Alors, si dans l'absolu, il n'existe pas de raison ultime pour préférer la joie à la tristesse, pourquoi malgré tout notre réflexion et nos récits collectifs militent-ils toujours pour plus de vie ? Est-cem désir de conservation ou parce que au cœur de l'épreuve, nous avons découvert que c'est précisément la capacité à ressentir quelle que soit l'émotion qui donne de la valeur à notre passage sur terre.

Je ne trancherai pas pour vous, mais je vous propose un petit détour conceptuel pour lâcher un peu la tyrannie du il faut et laisser s'exprimer une question peut-être dérangeante. Et si la tristesse, la mort et cetera n'était pas des échecs mais des composants indispensables de tout sens. En gardant ce qui nous retient au monde, on se rend compte que le véritable choix, c'est d'accepter tous les aspects de l'expérience humaine. Joie, peine, action et repos. Ce n'est pas un appel au nihélisme, mais une invitation à bâtir notre propre critère de valeur plutôt que de subir un idéal de bonheur qui nous serait dicté.

Maintenant, je vais vous introduire un regard un peu plus discret avec monsieur Blaise Pascal, philosophe et mathématicien du 17e. Pascal a pointé l'extrême habitude de l'homme à rechercher des divertissements pour fuir son mal-être, toutes sortes de vanité. Nous sommes si effrayés par le silence de notre conscience que nous le couvrons de rumeurs et d'agitation. Nous préférons le bruit de l'écran à la réflexion, la fête à l'introspection. Là encore, sans accepter un peu de tristesse, on ne peut goûter le vrai calme. Cette forme de bonheur qui naît de l'acceptation plutôt que de la dissimulation.

Rappelez-vous ce que Beaujacqu a dit. Fais semblant d'être heureux et un jour, tu oublieras que tu faisais semblant. Et bien ça peut s'apparenter à l'hypothèse de la rétroaction faciale. En gros, c'est la formation d'une expression faciale qui envoie des signaux au cerveau renforçant l'émotion exprimée. Cette boucle de rétroaction peut intensifier une émotion existante et dans certains cas même l'initié. Par exemple, forcer un sourire peut rendre une personne plus heureuse tandis que le froncement des sourcils peut évoquer des sentiments de tristesse. C'est l'idée d'autoperuasion. Nos expressions modulent notre ressenti. Mais attention, les récentes tentatives de réplication ont montré que ce mécanisme n'est ni magique ni universel. Il marche sous condition et surtout il peut se retourner contre nous quand il conduit à nier toute émotion négative.

En masquant la tristesse, on cherche à gommer l'ombre. Résultat, le moindre accro psychologique va devenir une espèce de burnout émotionnel. Le sourire forcé finit par nous rappeler qu'on évite une part vitale de nous-même. C'est la revanche du corps et de l'esprit sur notre tyrannie du toujours vouloir être heureux. Vous êtes des êtres humains faillibles. Vous avez des émotions qui pourraient s'apparenter comme étant bonne ou mauvaise en fonction de la perception de chacun. Mais si elles existent, ce n'est pas pour rien. Elles sont l'exulutoire de votre corps. La tristesse, la colère, l'ennui, la paresse, le dégoût, la joie et la surprise. Si toutes vos émotions se trouvent muselées, alors le moindre accro déclenchera un effondrement. L'émotion refoulée explose sous forme d'anxiété ou de fatigue chronique. Vous n'êtes plus capable de ressentir un vrai bonheur parce que vous étouffez tout ce qui pourrait ressembler à une ombre.

Épicû voulait chasser la peine. Les stoïciens ont remis ça en question mais c'est finalement revenu en force dans les coachings d'aujourd'hui. Mais partout, on finit toujours par comprendre que sans ombre, la lumière perd tout son relief.

Mais attendez, certains n'acceptent pas cette injonction de masquer leur peine. Et vous me direz "Bon bah super, du coup ils assument la part d'ombre." Oui, mais parfois ils sombrent dans l'extrême inverse. Ils se complaisent dans la mélancolie, transforment la tristesse en étant d'art et en font leur nouvelle identité. Il s'y accroche en parle sans cesse jusqu'à ce qu'elle les ronge à petit feu et les empêche de s'en détacher. La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste. Et j'avoue que je mentirai si je vous disais que ça ne m'est jamais arrivé. Pour tout vous dire, c'est de là que vient la création de la crosophia. J'ai toujours trouvé dans la mélancolie une forme de beauté divergente. C'est un sentiment particulier et assez complexe à décrire. Mais ne tombez pas dans cette addiction. Si vous célébrez sans cesse votre mal-être, vous restez prisonnier de cette douleur. Vous avez peur de guérir parce que guérir c'est se défaire de ce rôle de personne torturé qui finalement vous allez si bien et puis entre nous ça romantise un peu notre vie. Votre tristesse devient un costume dont vous ne voulez plus sortir. Vous fétichisez votre malheur. Là aussi, l'intention peut sembler légitime. Mieux vaut exprimer son chagrin que de le cacher. Mais quand la tristesse devient un argument pour se démarquer, on sait que quelque chose a dérapé. On glisse dans la victimisation. Regarde comme je souffre. Regarde comme je suis plus authentique que toi. Quand on instrumentalise sa peine, on se met soi-même en prison. On redoute toute guérison. On craint de retrouver la joie. Et cette nostalgie de la peine empêche toute nouvelle progression dans la vie.

Bon, alors comment on fait et comment on s'en sort ? Le but ce n'est pas d'effacer nos émotions négatives, mais de leur redonner leur juste place. Quand un échec vous pèse, laissez-le passer sans vous juger. Quand une joie vous traverse, accueillez-la sans trop penser à la partager en story. Observez votre humeur comme on observerait la météo. Un jour nuageux, un autre ensoleillé, vous ne pouvez pas changer la météo. Bah, vous sortez votre parapluie et vous vous adaptez. Et si vous avez pas de parapluie, et ben vous apprenez à danser sous la pluie comme dirait SC. Et ça, c'est reconnaître la tristesse sans la glorifier, cultiver la joie sans la contraindre. En somme, cessons de courir après un bonheur asceptisé qui nous vide de nous-même et refusons la mélancolie exhibée qui nous enferme dans un rôle d'éternel blessé. Retrouver entre ombre et lumière l'équilibre d'une vie pleinement vécue.

Tout ce que je suis en train de dire a déjà été de nombreuses fois illustré dans certaines œuvres. On n'est pas obligé de regarder des grands films d'auteur pour comprendre tout ça. Prenons le film Viceversa de Pixar. Dans ce film, les émotions sont personnifiées par des personnages dans le corps d'une petite fille qui s'appelle Raet. Et le personnage de la joie, toujours optimiste, tente d'éliminer la tristesse pour maintenir le bonheur permanent. Mais lorsque Tristesse prend le dessus, Riley se renferme et rien ne va plus. Ce n'est qu'en acceptant sa peine et en laissant tristesse s'exprimer que Riley peut renouer avec sa famille et atteindre un équilibre émotionnel plus profond.

Bon, je vais être chiant mais je cite souvent Fight Club parce que philosophiquement il est assez complet. Dans le film, le narrateur est coincé dans un job sans sens. Il est inondé d'articles de consommation et il est enquête d'un miracle qui ne vient pas et son quotidien lui donne des insomnies. Il ne trouve pas de remède. Quand Tylor Dordon l'entraîne dans sa création d'un club de combat clandestin, la douleur physique devient catarcis. En lâcha, il retrouve un sentiment de puissance de vie réelle. Il retrouve le sommeil et un semblant de sens. Enfin, ça c'est au début. Mais pas de spoil pour ceux qui l'ont pas encore vu et je vous en donne un petit dernier avec une de mes séries préférées, Black Mirror avec son épisode Saint Johnny Perro. Et là, le bonheur est littéralement artificiel. Deux femmes âgées, Yorky et Kelly choisissent de passer l'éternité dans une simulation des années 80. Elles peuvent revisiter pour toujours leur meilleur moment. Le décor est totalement idylique, mais la perfection finit par sonner faux. Le contraste brutal entre la joie immuable de Saint-Junipero et le monde réel où tout est fragile et imparfait soulève la question : "Si le bonheur est garanti, qu'est-ce qui nous pousse à avancer ? À créer des liens sincères ou à prendre des risques ?" Cet épisode nous montre que la valeur de la joie tient précisément à son impermanence et à sa capacité à émerger après la peine.

Bon, après tout ça, ça reste de la fiction. Moi, j'ai envie d'entendre du réel, de capter vos voix à vous. Du coup, j'ai décidé de vous interroger et j'ai choisi quelques extraits qui me semblaient intéressants de vous partager et qui m'ont particulièrement touché.

Ouais, ben pour ce qui est du grand blues, j'ai eu un énorme crash mental en avril dernier qui m'a valu un arrêt maladie de plusieurs semaines et cetera et notamment à cause du bonheur de façade que j'avais construit. Mais le mien, il était artificiel. Bon mais c'est une addiction zopioïde que j'ai donc arrêté en avril dernier après 5 ans d'addiction et j'ai changé un peu ma vision du monde et d'être. J'ai dû commencer la musculation qui m'a mis en avant un problème de santé extrêmement douloureux dans une partie du corps, ce qui était assez ironique, sachant que je venais d'arrêter une addiction très dure à des médicaments qui enlevaient la douleur. Donc, j'ai trouvé ça un peu ironique. Mais c'est justement l'épreuve qui actuellement me fait grandir. Et le fait de traverser cette épreuve de douleur avec mes vraies émotions et rien de caché par les médicaments, les opioïdes, ma petite joie, ma petite fierté, ça vient de là. Même si au début l'ironie de la situation a pu me mettre un petit peu en colère, ça va le faire.

Salut, je m'appelle Noé, j'ai 23 ans et j'ai toujours été heureux, du moins j'essayais. J'ai toujours aimé la vie, j'ai toujours aimé les autres. J'ai toujours aimé le contact, la sociabilité, les liens, sourire, partager. Et ça m'a toujours aidé à ne jamais me confronter à toutes ces questions que je me posais. à tout ce bro mental qui me lâchait jamais. Du coup, j'ai décidé d'être heureux et de le partager à tout le monde et de jamais arrêter ça jusqu'à un matin où j'ai plus du tout la force et je me suis rendu compte que je faisais semblant, que j'étais pas heureux et que je refusais de me confronter à des choses dont j'avais peur par peur que ça me rende définitivement pas heureux. En fait, j'ai appris à m'y confronter. Ça prendra sûrement toute une vie. Ça m'a fait du mal. Ça m'a rendu malheureux et je pense que la conscience ça me rendra toujours plus heureux que je le serai jamais.

Alors moi du coup mon histoire elle commence il y a début décembre. J'ai rencontré une personne avec qui le film passait bien et il y avait ce truc justement de je vivais un drame familial et je pouvais pas trop faire face à ça parce que justement il fallait il fallait paraître bien, il fallait paraître heureux. Euh sauf que j'y arrivais pas. j'y arrivais pas et justement j'étais un peu trop un peu trop négatif et ça ne me ressemblait pas. Je me reconnaissais plus du tout. Euh je reminais, je je me répétais sur des choses que j'avais déjà vécu qui n'avaient plus lieu d'être en fait. Et donc ça a mené quelques temps. Du coup elle elle m'a bloqué euh parce qu'elle voulait pas de personne négative dans son entourage. Et moi, je suis tombée en dépression et depuis bah je dois apprendre à gérer justement cette tristesse un peu plus banale. Comprendre que c'est pas une tempête, c'est plus un nuage qui traverse le ciel.

Bonjour la crop Sopia. Je m'appelle A pour garder mon anonymat. Et euh pour tout vous dire, il y a quelques temps, j'étais en couple et avec ma mon ex, tout se passait bien jusqu'au jour de notre rupture à partir de laquelle tout s'est effondré pour moi parce que c'est un événement que j'ai très mal vécu parce que j'allais plus en cours, je sortais plus de chez moi, je passais toutes mes journées au lit, j'ai pris mes distances avec énormément de personnes et étant donné que mon entourage m'a toujours connu comme une personne joviale, souriante, euh les quelques rares moments où j'étais entouré d'eux, je voulais rien laisser paraître. Du coup, je faisais semblant que tout allait bien alors qu'au fond ça n'allait pas. Je me sentais toujours en décalage avec les autres. Et à un moment, je me suis rappelé de de quelque chose que mon ex m'avait dit au moment de notre rupture. Elle m'avait dit, je me rappelle très bien, tu ne te connais pas assez. Et ça a été un déclic pour moi parce que à partir de ce moment-là, j'ai justement cherché à comprendre pourquoi elle avait dit ça, à me connaître un peu plus. Et c'est à ce moment-là aussi que j'ai découvert votre chaîne qui m'a qui m'a beaucoup aidé jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs, maintenant, j'essaie d'être honnête avec moi-même, de dire ce que je pense vraiment, ce que je ressens vraiment. Il y a encore il y a encore du chemin à faire mais je me sens mieux. J'essaie aussi des fois à mon échelle d'aider les autres à traverser ce genre d'événement et des des situations similaires à la mienne.

Vos témoignages l'ont confirmé. Preuve que dans la vraie vie, le bonheur se mesure toujours à son revers. Une larme ou un doute. Acceptez votre peine sans la sacraliser. Ne fuyez plus cette part d'ombre qui donne corps à la lumière et rejetez l'idée absurde de devoir être joyeux en permanence, de devoir faire plaisir et effacer votre peine devant le monde.

Pour finir cette vidéo, je vous invite à partager en commentaire les moments où votre douleur vous a rendu le plus vivant. On pourra tous prendre note de vos histoires et vous pourrez montrer au monde que la souffrance est là pour une bonne raison.