Transcription
Va-t-on devenir immortel ? L'intelligence artificielle remplacera-t-elle tous les humains ? L'Europe est-elle condamnée au déclin ?
Aujourd'hui, je reçois Laurent Alexandre, un ancien chirurgien qui était déjà en parallèle entrepreneur avec de nombreux succès (musique) dont d'OCTIMO et qui annonce depuis 10 ans l'effondrement du travail, la révolution cognitive et l'arrivée de l'IA surhumaine. Je reçois également Alexandreopulos, un créateur de contenu spécialisé en IA qui appartient à la première génération condamnée (musique) à entrer sur le marché du travail alors que l'intelligence humaine est déjà dépassée. Deux voix qui décrivent la même révolution mais à leur manière.
Le quotient intellectuel de la dernière version de Chat GPT 5.2 est évalué autour de 142-143 points, ce qui est supérieur à 99,9 % de la population européenne. Donc on est au début d'une vraie révolution et cette révolution, elle a une caractéristique, elle est foudroyante. C'est un vrai tsunami, c'est une cavalcade technologique et en face rien n'est prêt. Aucune institution n'est prête et la classe politique est complètement larguée.
Aujourd'hui, les études ne valent plus rien. L'université nous ment, elle nous (musique) fait perdre notre temps. Elle nous fait perdre de l'argent aussi. On ne peut pas éduquer si mal les cerveaux de nos enfants et éduquer si bien les cerveaux artificiels, c'est suicidaire.
Mais non, il n'y aura pas de place pour les moyens parce que les consommateurs, la société n'acceptera pas que nous, humains, nous soyons moins bons que l'intelligence artificielle dans un travail. 38 % des Américains sont favorables à la sélection embryonnaire.
Bonjour Laurent, bonjour. Bonjour Alexandre. Bonjour. Merci à tous les deux d'être là aujourd'hui. C'est un plaisir de vous recevoir sur ce podcast. Merci de ton invitation. Merci pour l'invitation. Vous partagez souvent les mêmes analyses sur l'IA mais avec deux générations, deux angles et deux styles différents. Aujourd'hui, on va essayer de comprendre ce qui nous attend pour l'école, pour le travail, pour l'Europe et même pour l'homme en général. Laurent, tu dis depuis des années que l'IA va dépasser très largement l'humain. Aujourd'hui, avec les derniers modèles, où est-ce qu'on en est sur la courbe d'apprentissage ?
Elle continue à progresser. Elle n'est pas supérieure aux humains dans tous les domaines cognitifs. Il y a encore quelques petits domaines dans lesquels nous sommes supérieurs à l'IA, mais ça ne va pas durer. Le quotient intellectuel de la dernière version de Chat GPT 5.2 est évalué autour de 142-143 points, ce qui est supérieur à 99,9 % de la population européenne. Donc l'IA est déjà très intelligente. Elle est meilleure que nous dans plein de domaines. Par exemple, en médecine, Chat GPT fait quatre fois mieux un diagnostic que les médecins spécialistes et on voit qu'un écart s'est déjà créé, un écart immense entre les capacités humaines et les capacités de spécialistes comme peuvent être les médecins. Donc on est au début d'une vraie révolution et cette révolution, elle a une caractéristique, elle est foudroyante. C'est un vrai tsunami. C'est une cavalcade technologique et en face rien n'est prêt. Aucune institution n'est prête et la classe politique est complètement larguée.
Et le drame de la génération d'Alexandre, c'est qu'en fait on a lancé une guerre technologique incroyable. On est en train d'investir 2900 milliards pour éduquer les intelligences artificielles et dans le même temps, on n'a pas préparé le monde d'après. Et ma génération des boomers et puis même la génération d'après n'a pas réfléchi politiquement. Et comme parallèlement la classe politique est nulle en technologie et se bat pour des conneries absolument effroyables, on l'a vu au Parlement depuis 6 mois, sans aucune vision de long terme, sans aucun intérêt pour l'intérêt général, ben on a un décalage énorme entre la technologie et puis l'organisation, la préparation de la société et on est en train de créer une société à deux vitesses avec une génération, celle d'Alexandre qui va être sacrifiée parce que on voit bien que d'entrer sur le marché du travail quand on est jeune aujourd'hui est difficile. Le taux de chômage aux États-Unis des diplômés est supérieur au taux de chômage des non diplômés. C'est quelque chose qui n'était pas arrivé jusqu'à maintenant et ça montre bien à quel point l'IA rabaisse. Donc l'IA, ce n'est pas un problème technologique, c'est un problème politique.
D'abord, mais Alexandre, justement toi tu fais partie de cette première génération qui rentre dans le monde du travail avec l'intelligence artificielle. Toi comment tu le ressens au quotidien ?
Mais je voudrais rajouter, par rapport uniquement à ma génération, mais plus généralement notre génération, on est né dans un monde où l'intelligence était rare, l'intelligence était chère. Aujourd'hui, l'intelligence est en train de se démocratiser. Elle devient gratuite et instantanée pour tout le monde. On est véritablement en train de connaître la mort de notre modèle concours, diplôme. Toute cette structure est en train de s'effondrer aujourd'hui avec l'intelligence artificielle car comme l'a rappelé Laurent, aujourd'hui l'intelligence artificielle est meilleure pour le diagnostic en médecine. Elle peut prendre des décisions stratégiques, elle crée des vidéos, elle peut créer des images plus rapidement que nous, mieux que nous. Et au fond, ma génération et même notre génération, plus généralement celle de Laurent, va être confrontée, et la tienne également Charles, ça va être en fait d'orchestrer l'IA pour rester complémentaire pour ne pas en fait finir au revenu universel et je pense que le véritable enjeu du 21e siècle pour nous, c'est ça.
Mais du coup, question un peu à tous les deux. À quel moment on va basculer dans l'IA supérieure à toute l'humanité ?
Dans moins de 1000 jours, je partage l'analyse d'Elon Musk et des gens de la Silicon Valley. Le compte à rebours est lancé et les politiques sont à la ramasse. Comme je disais tout à l'heure avec Alexandre, on a écrit récemment dans un magazine un article sur la nullité en technologie des politiciens qui s'intitulait "Même les politiciens intelligents sont nuls en intelligence artificielle." Et c'est une vraie interrogation. Comment on passe d'une classe politique qui n'arrive pas à comprendre comment le futur s'organise à une classe politique responsable avec des gens qui comprennent l'IA, qui s'en servent et qui préparent le monde qui arrive ?
La classe politique, elle a deux inconvénients aujourd'hui et ce que je vais dire n'est pas politiquement correct. Premier problème de la classe politique actuelle, c'est qu'en fait elle n'a pas de vision de long terme parce que les politiciens sont beaucoup, pour beaucoup d'entre eux, des politiciens de seconde zone, anciens attachés parlementaires pas très bons, anciens petits bureaucrates qui sont devenus parlementaires à l'usure sans beaucoup de talent et sans génie. Donc le niveau de la classe politique a baissé. Puis le deuxième problème qu'a la classe politique, c'est qu'on a une parcroissance, une croissance des hommes politiques qui n'ont pas d'enfants. On le voit dans beaucoup de pays, ce n'est pas spécifique à la France, mais en France, c'est très net. Et quand on n'a pas d'enfants, on ne s'intéresse pas au futur. Ce n'est pas vrai que les gens sans enfants s'intéressent à la France de 2100. C'est un mensonge. Pour s'intéresser au futur, il faut avoir des enfants. Et une classe politique qui a de moins en moins d'enfants, eh bien elle est égoïste. Après moi le déluge. Et elle n'imagine pas l'avenir de la France, l'avenir de l'Europe, l'avenir du monde après sa mort. Et ça, c'est un vrai problème. Je pense qu'il faudrait plus de politiciens avec des familles nombreuses pour s'intéresser vraiment au futur. Et quand on s'intéresse au futur aujourd'hui, on s'intéresse forcément à l'impact de l'intelligence artificielle sur la société et aux façons d'organiser la société d'après notre dépassement par l'intelligence artificielle.
Mais est-ce que ce n'est pas aussi une faute de la conception en fait des mandats aussi en France où on est député pendant 5 ans, on ne réfléchit pas sur 50 ans tout simplement parce qu'on voit son intérêt politique à court terme ?
Mais c'est vrai partout, mais dans tous les pays du monde le problème et le problème auquel la génération d'Alexandre va être confrontée, mais c'est un sujet tabou et je le regrette, c'est que de moins en moins de gens dans les élites pensent que la démocratie a de l'avenir. Le courant de pensée de Peter Thiel, de tout l'entourage de du président Trump et de la Silicon Valley. La conviction, c'est que la démocratie n'est pas adaptée au monde de l'intelligence artificielle et qu'elle est trop lente. Dans un monde où il y a un tsunami technologique, il faut prendre des décisions en quelques heures. Il faut réagir très vite. Or, le temps de la démocratie est un temps lent, un temps de digestion des désaccords, des accords, la recherche d'un consensus. Et soit la démocratie se modernise et devient plus rapide, soit la démocratie va être gravement challengée et la multiplication des intellectuels qui pensent que la démocratie est morte m'inquiète beaucoup et il va falloir beaucoup travailler pour que la démocratie s'adapte à ce nouveau monde. Il faut des meilleurs politiciens, il faut des procédures plus rapides, puis il faut des politiciens qui s'intéressent à l'avenir.
Et justement en parlant d'avenir, toi Alexandre, tu es dans cette nouvelle génération, tu le ressens vraiment au quotidien que on a sacrifié les jeunes finalement pour financer le passé ?
Bah, on sacrifie totalement ma nouvelle génération et notamment avec, enfin, le livre de Laurent et coécrit avec Olivier Babo en parle parfaitement. Aujourd'hui, on continue d'envoyer les gamins à l'université. On a les gamins qui obtiennent des baccalauréats qui ne valent absolument plus rien car en 1960, c'était à peine 10 % d'une génération qui devenait bachelier. Aujourd'hui, on a 90 % d'une génération qui est bachelière et parmi les taux d'obtention, on est à 96 % si je ne dis pas de bêtises, à peu près. On voit bien qu'il y a un problème quand on regarde en réalité les études PISA, le niveau baisse et pourtant le taux d'obtention augmente. On voit bien qu'il y a un problème quelque part. C'est juste qu'on a dévalorisé à mort les études. Aujourd'hui, les études ne valent plus rien. On envoie justement ma génération en leur promettant qu'avec un bac + 5 en sociologie, ils vont pouvoir devenir chef d'entreprise, gagner correctement leur vie. Au fond, c'est l'ascenseur social qu'on nous vend et en réalité, on se rend compte que cet ascenseur social est cassé car quand vous avez un bac, un bac + 5 de philosophie, de sociologie ou même de finances, vous finissez soit chez Uber Eats, soit petit cadre à 2000 €. On voit bien aussi que la courbe du chômage augmente chez les jeunes. Donc il y a tout ça qu'il faudrait revoir en profondeur parce qu'aujourd'hui l'université en réalité nous ment. Elle nous fait perdre notre temps, elle nous fait perdre de l'argent aussi au lieu de nous insérer directement sur le marché du travail car elle ne répond plus aux réalités économiques. Et ça s'aggrave d'autant plus avec l'arrivée de l'intelligence artificielle aujourd'hui car on nous apprend des compétences. Je vais donner un exemple très concret. J'ai passé plusieurs années dans le droit à apprendre à faire des commentaires, des synthèses d'arrêt. Mais aujourd'hui, tout ça peut être fait en 30 secondes par Chat GPT et je le sais moi-même, je le faisais pendant mes cours et je me dis mais à quoi bon pendant des centaines d'heures continuer à s'exercer à cela alors que lorsque je vais arriver sur le marché, que ce soit en tant qu'avocat, juriste ou autre, j'utiliserai évidemment l'IA et il faut, je pense, du coup, que l'université se réinvente, prenne ça en compte pour réadapter les études aux besoins de l'économie.
Très belle transition justement avec le livre de Laurent Alexandre coécrit avec Olivier Babo qui s'appelle, qui s'intitule donc "Ne faites plus d'études". Quelles sont les grandes informations que tu que vous écrivez dans le livre ?
On montre le décalage entre les deux écoles. D'un côté, l'école de l'intelligence artificielle. Les entreprises qui éduquent les grands modèles d'intelligence artificielle : Google, Chat GPT, Gemini, Claude. Il y a 2900 milliards en cours d'investissement dans 10 écoles sur Terre à peu près qui sont les endroits où on éduque l'intelligence artificielle. Donc plein de pognon, des milliers de milliards et puis des compétences incroyables avec des informaticiens qui sont payés en dizaines de millions, puis en centaines de millions, certains en milliards de dollars. Mark Zuckerberg paye extraordinairement cher les meilleurs spécialistes en intelligence artificielle. Donc, on met des milliers de milliards en investissement, on investit dans des data centers géants avec des puces GPU de toute dernière génération fabriquées par Nvidia, l'entreprise qui vaut le plus cher sur Terre, 5000 milliards de dollars. On y met les meilleurs cerveaux du monde. On réagit très vite, une bataille technologique entre ces acteurs qui créent des intelligences artificielles qui est incroyable. Les décisions se prennent en quelques minutes, en quelques heures. C'est une industrie incroyable. L'éducation des intelligences artificielles est l'industrie la plus puissante, la plus riche, la plus richement dotée en grand quotient intellectuel, en petit génie et c'est une industrie ultra rapide. À côté de ça, l'école des cerveaux biologiques et avec Olivier Babu, on s'en désole puisqu'on est tous les deux pères de famille nombreuses. L'école de nos gamins, elle a une gouvernance merdique. Il lui faut des années pour bouger. Les programmes sont dépassés, les méthodes pédagogiques sont dépassées et l'école, l'université et même la formation professionnelle des adultes forment à des métiers qui ont disparu. À un moment où la durée de vie d'un savoir-faire, ce que les Anglo-saxons appellent les skills, s'est effondré. Comme on le rappelle dans le livre, l'OCDE dans une étude récente a montré que dans les années 80, un savoir-faire durait 30 ans. Aujourd'hui, un savoir-faire dure 2 ans et donc on a à peine fini un master que le savoir-faire que le master nous prépare à exercer, eh bien ce savoir-faire, il n'existe déjà plus. Donc le rythme de l'école, le rythme de l'université est totalement inadapté à la transformation du marché du travail qui est induite par l'intelligence artificielle. Et donc on se désole du fait que ce constat n'est pas fait et qu'on n'ait pas commencé à changer la gouvernance et et et l'organisation des universités. J'ai eu l'occasion de débattre en France et en Belgique avec des patrons d'université. C'est à pleurer. Ces gens sont adaptés au monde du travail de 1980, en aucun cas au monde du travail de 2000, de 2026. Ils ne comprennent en général rien à l'IA. Beaucoup ne se servent pas de l'IA. J'ai vu des patrons d'université en Belgique qui n'ont jamais touché Chat GPT et qui n'en voient même pas l'intérêt. Donc un grand retard dans la compréhension des enjeux et ça explique que l'IA n'est pas utilisée en tant qu'instrument pédagogique, notamment pour personnaliser, pour coacher les jeunes et puis n'est pas utilisée pour réfléchir aux métiers qui seront les métiers de demain et auxquels il faut préparer la nouvelle génération. Donc on a aujourd'hui une inadaptation de l'école qui est en décalage complet avec l'école des intelligences artificielles. Donc on éduque nos enfants sans pognon avec des méthodes pourries et avec des gens pas très malins à la tête des universités. Et de l'autre côté, l'éducation des intelligences artificielles se fait avec des milliers de milliards, des petits génies partout et une gouvernance super rapide qui permet de bouger très vite et d'adapter en continu les méthodes d'éducation des intelligences artificielles. Ce décalage, il est intennable. Il faut arrêter de déconner. On ne peut pas former le cerveau de nos enfants avec des méthodes de merde et en même temps mettre autant d'énergie dans la plus belle industrie du monde qui est l'industrie de l'éducation des intelligences artificielles. On ne peut pas éduquer si mal les cerveaux de nos enfants et éduquer si bien les cerveaux artificiels, c'est suicidaire.
Mais justement toi Alexandre, tu trouves que les nouvelles générations sont prêts à affronter ces changements aujourd'hui ?
Absolument pas. Car c'est Olivier Babau qui décrivait dans un podcast que j'ai pu tourner avec lui. Aujourd'hui, notre génération en réalité, elle est dans un paradoxe absolument cruel. C'est que tout nous pousse à la facilité en réalité. La vie n'a jamais été aussi belle et aussi douce. Bien sûr, il reste encore de la misère, mais globalement la vie n'a jamais été aussi belle. Notre génération est confrontée au plus grand danger du 21e siècle qui est la paresse intellectuelle car tout pousse à être paresseux, que ce soit en utilisant les réseaux sociaux, en ayant notre dopamine quotidienne, en regardant Netflix, en allant avec les copains rue de la soif pendant les études et cetera. Il y a beaucoup de divertissement. Or aujourd'hui, et on le voit bien en réalité, ce monde pour reprendre l'expression de Laurent, n'est pas fait pour les grosses feignasses. Il va falloir énormément travailler pour rester compétitif face à l'intelligence artificielle car l'intelligence artificielle galope à toute vitesse alors que l'intelligence humaine biologique ne galope pas à la même vitesse. C'est pour ça qu'il va falloir essayer de trouver des moyens pour combattre à armes égales. Je pense qu'on aura l'occasion d'en parler après plus sur le sujet de nos augmentations et c'est là le véritable enjeu, je pense aujourd'hui pour notre génération.
Mais d'ailleurs, tu as écrit une tribune qui s'intitule "L'IA va tuer l'école". Tu expliques globalement que l'école fabrique déjà des diplômés pour des métiers qui n'existeront plus. Ce que tu disais déjà Laurent tout à l'heure. Si tu pouvais réformer l'école, par quoi tu commencerais ?
Il faudrait que l'école commence déjà à s'interroger sur les savoirs qu'elle donne et si ces savoirs sont automatisables par l'IA. C'est con ce que je dis, hein, mais elle ne le fait pas aujourd'hui. J'avais donné l'exemple justement avec le droit, mais cet exemple-là, on peut l'utiliser dans d'autres catégories, que ce soit en école de commerce ou autre. Aujourd'hui, on apprend des choses qui ne nous serviront à rien sur le marché du travail et qui sont totalement automatisables par l'intelligence artificielle. Donc, l'une des premières choses à faire pour l'école, c'est se demander quelles sont les zones de complémentarité où elle doit nous amener pour être compétitif face à l'IA et pas nous apprendre des choses que l'IA fera mieux que nous. C'est la première chose.
Mais est-ce que du coup, il y a un avenir pour les universités, les grandes écoles, pour celles qui vont bouger ?
Il y a un avenir pour les grandes universités. Le Financial Times récemment posait la question "À l'ère de l'IA, faut-il faire des études ?" Et la réponse du Financial Times, qui n'est pas une petite gazette, qui est quand même la référence mondiale avec The Economist, des journaux. Eh bien, la réponse du Financial Times était : si vous êtes pris dans l'une des 20 meilleures universités, allez-y. Si vous n'êtes pas pris dans l'une des 20 meilleures universités au monde, réfléchissez bien avant de faire des études à l'ère de l'IA parce que le plus souvent, ce sera inutile. Donc les grandes universités ont de l'avenir. En revanche, les universités moyennes, je ne crois pas qu'elles aient d'avenir si elles ne se réforment pas complètement et elles vont avoir beaucoup, beaucoup de mal à se réformer parce qu'elles se sont massifiées. Alors pour des raisons variables selon les endroits, elles ont accepté tout le monde, même les paresseux, même les grosses feignasses et même les nuls. Donc on le voit en France où c'est caricatural. On a des gens qui sont à l'université qui restent plus de 10 ans, qui n'ont aucun diplôme, qui ne font rien et qui abîment les universités parce qu'on a accepté tout le monde sans sélection à l'université. Et ça, c'est terrible, ça c'est suicidaire parce que à partir du moment où on accepte tout le monde à l'université, même les feignasses et les nuls, eh bien l'université se meurt et elle va finalement faire partir les gens qui sont les bons.
Le problème qu'on a, c'est que on pourrait penser qu'il va y avoir de la place pour les moyens demain, mais non, il n'y aura pas de place pour les moyens parce que les consommateurs, la société n'acceptera pas que nous, humains, nous soyons moins bons que l'intelligence artificielle dans un travail donné. Mais on le voit aussi en matière de sécurité routière. Un grand neurochirurgien américain il y a quelques semaines a fait un éditorial dans le New York Times et il disait : regardez les derniers chiffres. Les voitures autonomes sans chauffeur, elles ont 10 fois moins d'accidents que les voitures pilotées par des humains. Il y a 1 million et demi de morts plus des millions et des millions de blessés graves chaque année à cause des accidents de la route. Il disait : si on interdisait la conduite automobile et que toutes les voitures soient pilotées par intelligence artificielle, on aurait, au lieu d'avoir 1 million et demi de morts sur la route, on en aurait plus que 100 000 ou 150 000. Et c'est le début parce que l'intelligence artificielle des voitures autonomes va continuer à progresser. Il disait : "Il serait logique d'interdire la conduite automobile par des humains parce que la conduite automobile par des humains, eh bien elle fait plus d'un million de morts de plus que ce que feraient des voitures autonomes." D'ailleurs, aux États-Unis, certains assureurs, et c'est le cas de Lemonade, proposent maintenant 50 % de réduction aux conducteurs qui ont une automobile autonome et qui se servent de la conduite autonome parce qu'il y a tellement moins d'accidents que tu as intérêt à diminuer la prime d'assurance quand tu es un assureur automobile. Et on voit bien dans cet exemple de la voiture qu'on pourrait dire : "Mais non, on va laisser les mauvais, on va laisser les moyens sur le marché du travail", mais non, on ne va pas accepter un chauffeur de bus moyen 10 fois plus de chance de planter le bus qu'un bus gouverné par intelligence artificielle. On ne va pas laisser un chirurgien moins bien qu'un robot chirurgical opérer les malades. On ne va pas laisser un médecin moins bon que l'intelligence artificielle faire des diagnostics et des ordonnances. C'est d'ailleurs, je suis convaincu qu'en 2035, dans ma profession, la médecine, il nous sera interdit à nos médecins de faire un diagnostic et de faire une ordonnance sans l'autorisation de l'intelligence artificielle. Donc le problème des moyens, des gens moyens est un problème considérable. Dans la société d'avant, on imaginait qu'il y avait de la place pour les bons et aussi pour les moyens. On se rend compte en fait que la société ne va pas accepter et c'est le cas de l'automobile, c'est le cas de la médecine. Les gens préféreront une bonne IA à un mauvais humain.
Mais du coup, si tu ne vas pas à l'université, tu vas où ?
Alors, tu peux dire que tu peux attendre que l'université se modernise, mais là ça va prendre du temps. Eh bien, soit tu trouves un cursus dans une bonne université qui va te former à l'économie de demain, soit, à mon avis, il faut mieux développer son propre business aujourd'hui. Ça ne veut pas dire forcément faire une start-up d'informatique, une start-up d'intelligence artificielle, mais grâce à l'IA, tu peux créer un business avec l'IA qui remplace ton directeur juridique, l'IA qui remplace ton directeur financier, qui remplace ton directeur marketing. Donc il y a de la place pour la création d'entreprise de façon plus facile que dans le passé.
Et toi justement Alexandre, tu as arrêté donc tes cours en droit pour te lancer en tant qu'entrepreneur. Qu'est-ce qui t'a décidé en fait de faire ce choix finalement ?
En fait, je me suis arrêté à licence et je n'ai pas poursuivi sur un master car je considère qu'aujourd'hui ce qu'on nous apprend est obsolète et ne nous servira pas dans le monde réel, en tout cas par rapport aux besoins de l'économie. Et aujourd'hui, je pense qu'avec l'intelligence artificielle, comme l'a dit Laurent, on a des occasions en or en fait de pouvoir se lancer, de pouvoir créer des business models. Aujourd'hui, je peux me faire coacher par l'IA, je peux apprendre plein de choses grâce à l'IA, je peux faire ma comptabilité avec l'IA, je peux avoir un directeur financier marketing, je peux vraiment bosser main dans la main avec l'intelligence artificielle et je pense, et c'est Sam Altman aussi qui l'a dit, il y a une occasion en or pour aller créer des licornes, des start-ups ou même faire des choses pas forcément aussi compliquées, moins compliquées. Et je pense que ce qui va faire la différence aujourd'hui, c'est l'agency, c'est la volonté de faire. Et un jeune de mon âge qui veut se lancer avec justement Chat GPT qui a 142 de QI et qui a beaucoup de volonté, va pouvoir faire de grandes choses avec l'IA et on le voit des gamins qui sont partis de nulle part, qui n'ont pas forcément fait d'études ou qui ont arrêté leurs études pour ensuite lancer des boîtes, ça fonctionne, chose qui n'était pas possible avant. Donc je crois qu'aujourd'hui, on a une opportunité absolument dingue pour notre génération.
Et finalement, le plus important aussi pour toi, c'est d'apprendre en continu.
Oui, tout à fait. Alors, effectivement, moi je pense pas qu'il faille totalement arrêter les études et ne plus rien apprendre. D'ailleurs, Laurent ne défend absolument pas cette thèse-là. Il faut continuer à apprendre et au contraire, il va falloir apprendre plus qu'avant et plus rapidement et mieux qu'avant. Mais je pense qu'aujourd'hui cet apprentissage peut passer autrement que par les universités classiques, en tout cas les universités moyennes. Je pense qu'aujourd'hui il est possible d'apprendre uniquement avec l'intelligence artificielle ce qu'aujourd'hui sont les meilleurs profs. Je veux dire, moi je l'utilise tous les jours dès qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas. L'IA se met totalement à mon niveau. En plus de ça, contrairement à un professeur par exemple d'histoire-géo, l'IA peut non seulement m'apprendre l'histoire-géo, mais le français, les mathématiques, le marketing, la finance. Et je pense qu'avec l'IA, on peut vraiment se substituer, enfin substituer l'université à l'IA, pardon.
Mais est-ce que les études ça permet pas aussi parfois de structurer la pensée et aussi son discours en général ?
Quand on voit le niveau des étudiants qui sortent de master dans les facs françaises, cette promesse théorique n'est pas respectée. Les copies sont merdiques. Même Le Monde, qui pourtant défend la massification de l'université, s'affolait du niveau catastrophique des copies à l'université française. Même Le Monde, c'est dire. Alors ce n'est pas encore Libération, mais peut-être que Libération va aussi faire ce constat. Mais si les médias de gauche eux-mêmes qui ont poussé à l'entrée massive à l'université constatent que le niveau est catastrophique, c'est que vraiment il est il est catastrophique. Donc oui, d'un point de vue théorique, mais en réalité, l'université ne le fait pas. L'université prend tout le monde, elle donne les diplômes à tout le monde, même les plus nuls. Elle n'exige rien. Le niveau des rendus est catastrophique. Alors maintenant, il est bon parce que tous les étudiants utilisent Chat GPT et ne font plus leurs copies eux-mêmes. Mais ce n'est pas ça faire des études. Et dans le livre avec Babo, on cite ce chiffre incroyable : 83 % des étudiants anglais utilisent Chat GPT pour faire leurs copies d'examen avec les surveillants qui laissent faire. Donc si tu veux, l'université elle est nulle et en plus elle est laxiste puisqu'elle laisse les étudiants faire écrire leurs copies par Chat GPT. Le but des études universitaires, ce n'est pas de recopier ce que Chat GPT a dit sur le sujet d'examen. Donc là, on est à la fin d'un cycle, il faut réinventer l'éducation avec des cycles plus lourds, plus courts. Tu vois, il faut 10 ans pour être médecin généraliste en France aujourd'hui. Ça n'a juste aucun sens. C'est complètement con. C'est pour ça que je dis aux jeunes : "Ne faites pas médecine, ne faites pas médecine, ne faites pas médecine, ne faites pas médecine. Vous allez vous faire pigeonner par le système. On va vous former. Et en 2035, quand vous serez médecin généraliste, vous serez bien bien moins bon que l'IA et vous ne serez pas préparé à être complémentaire de l'IA, à travailler avec l'IA, vous aurez perdu 10 années de votre vie."
Mais justement en 2026, qui est plus fort entre un médecin et Chat GPT ?
Chat GPT est quatre fois meilleur pour faire un diagnostic. Toutes les études le montrent. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de place pour le médecin. Le médecin doit devenir un orchestrateur des intelligences artificielles. Il doit les piloter, les choisir et c'est le cas de la plupart des métiers. En réalité, les jeunes de demain, quand ils seront sur le marché du travail, s'ils ont un travail, ils seront orchestrateurs d'IA. C'est ça le métier. Et la faculté, que ce soit la faculté de médecine ou les autres, doit former les jeunes à être des orchestrateurs d'IA. Nous n'allons pas faire le travail nous-mêmes parce que nous sommes tellement mauvais par rapport à l'IA que ça n'a aucun sens et que la société ne l'acceptera pas. En revanche, notre vrai métier, c'est d'orchestrer les IA, d'organiser les IA, de jouer avec les IA comme on joue au Lego pour fabriquer quelque chose à partir de différentes IA. Ça, c'est un beau métier et l'université, elle pourrait avoir vocation à préparer la jeune génération à ça, mais pour l'instant, elle n'en prend pas le chemin.
Et quelles sont les typologies de métier qui sont les plus impactées par l'intelligence artificielle aujourd'hui ?
Il n'y a aucune différence entre les métiers. Il n'y a pas de métier condamné, il n'y a pas de métier magnifique préservé par l'IA. Tous les métiers vont être impactés. L'école blanche à cause de l'IA, l'école bleue à cause des robots humanoïdes dotés d'intelligence artificielle. Donc tous les métiers vont changer. Très peu de métiers vont mourir. Quelques-uns vont mourir, mais comme les traducteurs, parce qu'aucun humain ne peut traduire aussi bien et aussi vite que l'intelligence artificielle, contrairement à ce que les traducteurs racontent parfois dans les médias. Donc il y a quelques métiers qui peuvent disparaître, mais très, très peu. En revanche, les métiers vont être profondément impactés, vont être transformés. Donc il ne faut pas réfléchir en mort de métier, il faut réfléchir aux aptitudes qu'on doit avoir pour être complémentaire de l'IA et pour être tel que il a plus soi, ce soit mieux que l'IA tout seul. Et il faut bien savoir que ce n'est pas toujours le cas puisque en médecine, on a montré dans plusieurs études que IA plus médecin, c'est moins bien que IA sans médecin. Ce qui veut dire que le médecin dégrade la performance de l'IA. Donc il faut que la faculté de médecine forme les gamins à ce que IA plus médecin soit mieux que IA toute seule. Alors qu'aujourd'hui, hélas, c'est le contraire. Donc ne raisonnons pas métier, raisonnons tâche, apprentissage et comment dans un métier donné, on orchestre les IA pour faire mieux, moins cher et pour apporter un meilleur service à la collectivité.
Tout à l'heure justement Alexandre, toi tu as commencé à parler, je crois, des robots humanoïdes. Est-ce que cette révolution est l'équivalent de l'iPhone en terme de révolution ?
Ça va être une révolution absolument majeure. Et là, je vais te citer quelques chiffres. Il y a UBS qui prévoit pour 2050, 300 millions de robots humanoïdes actifs qui vont remplacer des cols bleus, qui vont permettre de faire des tâches ménagères et autres. On a la Bank of America, elle qui prévoit 2000, 3 milliards pardon de robots humanoïdes en 2050. Elon Musk lui qui prévoit 2 milliards de robots en 2040. En fonction du scénario, que ce soit le plus optimiste ou le plus pessimiste que je viens de citer, dans tous les cas, ça arrive. On va avoir des centaines de millions, voire des milliards de robots qui vont être déployés dans les deux décennies qui arrivent, voire trois décennies en fonction des prédictions. Ça va être un changement de paradigme absolument fou. Et j'ai envie de demander : mais que vont devenir l'école bleue ? Que vont devenir les gens qui sont payés de 8h à 16h au SMIC, qui peuvent se syndicaliser, qui prennent des pauses déjeuner, qui doivent manger le midi, qui ne travaillent pas le weekend, qui ne travaillent pas le soir face à des robots humanoïdes qui non seulement ne coûteront que très peu en fait, c'est à l'heure, ça sera à quelques dollars à peine, qui pourront travailler 24 heures sur 24, qui ne se syndicalisent pas et qui en plus de ça, comme l'a écrit Laurent Alexandre et Olivier Babo, ils auront l'intelligence d'un polytechnicien. Donc en réalité, ça va être une révolution pour l'école bleue mais également pour l'école blanche car ces robots seront non seulement doués, ils auront beaucoup de dextérité donc ils pourront faire des tâches manuelles, mais ils pourront également faire des tâches intellectuelles et en cela, c'est une véritable révolution parce que qu'allons-nous devenir ? Ça, c'est la grande question.
Justement, tu as commencé à en parler tout à l'heure. Est-ce qu'on va donc vers le revenu universel pour tous ?
Alors, je ne crois pas en la fin du travail, c'est-à-dire en la mort du travail car on l'a vu à chaque révolution industrielle, technologique. Il y a à chaque fois la théorie de Joseph Schumpeter qui est en fait la théorie schumpétérienne où on a beaucoup de métiers qui sont détruits pour en donner d'autres. Alors là, les exemples sont absolument légion. Par exemple, les maréchaux-ferrants ont complètement disparu lorsque l'automobile est arrivée au 20e siècle et on pourrait multiplier ainsi. Je pense qu'il restera toujours des métiers. En revanche, là où je suis inquiet, c'est que les métiers peu intellectuels, les métiers où les gens sont moins doués ou qui ont moins fait d'études pour x ou y raison, comme par exemple les caissières, les chauffeurs Uber et autres, vont être les premiers à disparaître. Et comment faire pour donner des formations à ces personnes-là pour pouvoir qu'il se réintègrent dans l'économie ? Car aujourd'hui, on voit au niveau de la demande des emplois, c'est une demande d'emploi très qualifiée, ultra qualifiée. On a besoin d'ingénieurs, on a besoin de data scientists et c'est là le véritable problème. Qu'allons-nous faire d'une partie de la société qui risque de décrocher ? Est-ce que on va réussir à mettre des formations pour les faire évoluer ? Est-ce qu'on va devoir les mettre au revenu universel ? Ça, personne ne sait. En tout cas, ce qui est dit dans la Silicon Valley, si on regarde Sam Altman qui avait financé justement un revenu universel car Sam Altman, le patron d'OpenAI, pense que justement beaucoup de métiers vont disparaître à cause de l'IA. Il a mis en place un revenu universel et ce revenu universel a démontré trois choses.
revenu universel augmente. La consommation d'alcool, de drogue et d'antidépresseurs. Il y a des gens qui, euh, s'en sortent et qui sont heureux, mais pour la majorité, ce n'est pas le cas. Et donc, il va falloir vraiment, euh, interroger notre système et, euh, peut-être essayer de voir pour envoyer notre société vers une fin du travail, une société peut-être des plaisirs.
Oui, je pense qu'il faut dire la vérité, mais la vérité est difficile à dire. Je crois que le meilleur résumé de la situation, il a été fait par Serge Abitboul dans le Monde. C'est un des grands data scientists, des grands spécialistes de l'analyse de données, et il disait : "Bah, il faut pas croire qu'on va reconvertir les chauffeurs-livreurs en data scientists, parce que pour être data scientist, il faut beaucoup de neurones." Donc, sur les possibilités de reconversion, il faut pas mentir. On ne va pas devenir spécialiste de l'intelligence artificielle. On ne va pas devenir un spécialiste des technologies numériques quand on a 110 de QI. C'est pas vrai, c'est un mensonge. Les métiers du numérique sont des métiers réservés à des gens intelligents ou très intelligents. Tu ne vas pas devenir éducateur d'IA en dessous de 140-150 de quotient intellectuel. Je le regrette, c'est très triste, mais c'est la réalité.
Donc, l'horrible réalité, c'est que la société qu'on est en train de créer et l'économie qu'on est en train de créer va plus favoriser les gens intelligents et innovants que les gens pas innovants et cons. Et on n'a pas réfléchi à ce qu'on fait des moyens, je le disais tout à l'heure, des gens moyens dans cette économie où il y a une énorme prime aux gens hyperintelligents. D'abord, parce qu'il n'y a que les gens hyperintelligents qui peuvent être complémentaires de l'IA. Parce que déjà, les gens très intelligents vont avoir du mal à être à la hauteur de l'IA, mais alors les gens pas très intelligents, ils vont être complètement éclatés au sol par l'intelligence artificielle. Donc, là, on a une réflexion.
Moi, je suis comme Alexandre Tikopoulo, je ne suis pas, je ne suis pas un grand fan du revenu universel de la vision de la Silicon Valley, hein, que Harari aussi dans Homo Deus avait décrit : des dieux qui maîtrisent l'IA et puis des inutiles qui sont au revenu universel. Gods and useless, c'est l'expression n'est pas de moi, elle est d'Arari. Mais y a-t-il une autre solution ? L'autre solution, tu la connais, c'est la solution transhumaniste. Euh, Musk a développé une société Neuralink destinée à mettre des microprocesseurs, des circuits intégrés dans le cerveau de nos enfants pour les rendre compétitifs face à l'IA. Et aux États-Unis, on voit se multiplier les entreprises qui font de la sélection embryonnaire, hein, qui fabriquent plusieurs embryons avec les spermatozoïdes et les ovules des couples et fabriquent plusieurs, donc plusieurs bébés in vitro, analysent l'ADN des bébés et choisissent le plus intelligent pour le mettre dans le ventre de la maman. Et 38 % des Américains, dans un sondage récent, disaient qu'ils voulaient faire ça pour leur propre bébé. Donc, finalement, on peut se demander si le futur, ce n'est pas soit le revenu universel pour les gens moins malins, ou augmenter le cerveau des gens de manière à ce que tout le monde soit intelligent face à l'IA.
Politiquement, c'est très chaud. Je ne dis pas du tout que ce sont des solutions que je préconise, ni l'une ni l'autre. Je constate le débat à l'intérieur de la Silicon Valley. Euh, tu as pu voir, mais Alexandre peut en parler parce que ça concerne davantage sa génération. Moi, j'ai déjà fait mes, j'ai comme Olivier Babu, j'ai déjà fait mes bébés. Mais la génération d'Alexandre commence à se poser des questions comme celles qu'Alexander Wang posait devant les journalistes ces derniers mois. Alexander Wang, qui est le plus jeune milliardaire autodidacte de l'histoire de l'humanité, qui a vendu pour 49 % de ses parts à Mark Zuckerberg pour 14,3 milliards de dollars. Il avait effectivement déclaré cet été que s'il faisait des enfants aujourd'hui, alors que les techniques de neuro-augmentation, pas de sélection embryonnaire, ne sont pas prêtes aujourd'hui, il se sentirait comme un père indigne, car faire des enfants aujourd'hui de manière classique, en fait, maman et papa, la loterie génétique, en fait, ne permet pas d'avoir des enfants forcément ultra-intelligents qui leur permettraient d'être compétitifs face à l'intelligence artificielle. De plus, aujourd'hui, on le voit bien, Laurent a rappelé les chiffres, 38 % des Américains sont favorables à la sélection embryonnaire. On voit bien que ça va poser des problèmes géopolitiques absolument immenses lorsqu'un État comme la Chine ou les États-Unis va se mettre à faire des bébés in vitro à 150 de QI à la chaîne. Que va-t-on devenir nous ? Enfin, je veux dire, quand un pays va avoir que 150 de QI, qui va nous dominer sur le plan intellectuel, économique ? Je ne sais pas exactement ce qu'on va bien pouvoir faire contre eux. Déjà qu'on est vassalisé technologiquement par ces États, mais en plus, on sera vassalisé intellectuellement par ces États. Donc, nous n'aurons aucune chance de pouvoir répliquer. C'est pour ça que je pense que c'est un débat qu'il faut avoir en France aujourd'hui, car en France, on est à des années-lumière de ce débat-là, et on laisse ces débats-là aux mains de quelques multimilliardaires de la Silicon Valley décider de la trajectoire de l'humanité. Or, je crois que c'est justement un débat qui concerne toute l'humanité dans son ensemble et qui devrait être un débat international et pas juste réservé à quelques multimilliardaires.
Et pour la première fois, la gauche, d'ailleurs, j'en veux beaucoup à la gauche, car la gauche prône enfin, et pour le rétablissement de la méritocratie, enlever les discriminations pour que tout le monde soit à égalité. Mais aujourd'hui, la gauche a pour la première fois un outil qui est la sélection embryonnaire, qui peut casser le monopole des élites intellectuelles et donc faire en sorte que tout le monde soit à pied d'égalité. Et elle n'en parle absolument pas. Elle n'en parle pas. Pour la première fois, on a cet outil qui pourrait faire en sorte que tout le monde soit à pied d'égalité, et elle se passe totalement à côté pour se crêper le chignon sur des sous-sujets à l'Assemblée nationale, alors que de l'autre côté, les multimilliardaires de la Silicon Valley sont en train de décider de la trajectoire de l'humanité.
D'ailleurs, tu dis que ta génération est la dernière génération de "bébé loterie", mais est-ce que tu penses qu'on est, que nos générations sont, pourraient accepter justement ces nouvelles modifications, d'avoir des enfants avec sélection embryonnaire ? Est-ce qu'on est mature sur ce sujet, en fait ?
Alors, en France, on n'est pas mature du tout. Aux États-Unis, on l'est davantage. Je pense qu'on ne va pas pouvoir interdire aux parents, au nom d'une morale supérieure, d'une philosophie ou d'une religion ou de je ne sais quoi, d'avoir des enfants encore avec des maladies génétiques aujourd'hui. Ça va être très compliqué d'un point de vue de l'éthique d'interdire ça. Et donc, je crois qu'aujourd'hui, en réalité, ce débat va tanguer, bien sûr, mais je pense que la majorité des parents seront, dans quelques années, pour la sélection embryonnaire, car comme j'ai dit, au nom de quoi on va interdire aux parents d'avoir des gamins en bonne santé, intelligents et qui réussissent ? Surtout, avec, en réalité, c'est pour des problèmes géopolitiques. Quand des gens vont commencer à faire ça, on va être obligé de faire de même. Est-ce que vous pourrez pas faire un enfant qui ne soit pas très intelligent, qui a des maladies génétiques, quand les autres vont faire des enfants très intelligents ? Ceci dit, on connaît l'Europe. On agira avec 50 ans de retard, et donc on perdra la guerre aussi. On n'aura pas 50 ans, parce que si tu veux, nos gamins vont être massivement dépassés par l'IA très vite, et donc le problème, il ne va pas se poser à 50 ans. L'Europe va être obligée de réagir. Mais toutes ces questions sont bouleversantes, hein, et effectivement, la discussion politique est loin de cette réflexion sur la stratégie qu'on doit avoir face au tsunami technologique. Mais ce n'est pas, c'est un ouragan d'intelligence gratuite qui arrive avec l'intelligence artificielle. Ce n'est pas, c'est une transformation incroyable de la société, hein.
Il y a un chiffre qui est très frappant qui était sorti par Sam Altman, à la fin de l'automne 2025. Le coût de l'intelligence artificielle en 1 an a été divisé par 300. En 1 an, l'intelligence artificielle a été 300 fois moins chère. Entre fin 2025 et début 2025, le coût a été divisé par 300. L'intelligence artificielle devient vraiment gratuite. Or, l'intelligence humaine, elle est rare et elle n'est pas gratuite du tout. C'est tout l'objet de ce débat. Et ça coûte combien la sélection embryonnaire ? Quelques dizaines de milliers de dollars pour l'instant. Pour l'instant, c'est pour les parents fortunés, mais je pense que dans beaucoup de pays, ce sera remboursé par la sécurité sociale, parce que les pays préféreront avoir une main-d'œuvre très intelligente d'ingénieurs plutôt que des laveurs de carreaux. Et face à la concurrence géopolitique mondiale, et puis pour avoir la paix sociale, parce que qu'est-ce qu'on va faire des gens pas très intelligents face à la supériorité de l'IA ? Ça va être dramatique. On risque d'avoir de vrais épisodes révolutionnaires. Donc, je pense que la société imposera la neuro-augmentation comme elle impose le vaccin. Les élites, ou à partir du 19e siècle, ont imposé les vaccins pour se protéger des microbes des pauvres. Je la fais très courte, mais c'est un peu ça. Et là, les gens voudront augmenter tout le monde pour éviter qu'il y ait la révolution et que les gens non augmentés deviennent violents parce qu'ils n'ont pas leur place dans une société hyper compliquée, hyper complexe que nous sommes en train de créer. Parce que la réalité, c'est qu'on a créé une économie de la connaissance sans réfléchir à ce qu'on allait faire des gens moins intelligents, et on n'a pas de réponse. C'est dans une société hyper complexe, que fait-on des gens pas malins ? Personne n'a la réponse.
Alors, il y a les deux réponses dont on parlait : le revenu universel et puis la neuro-augmentation, mais ni l'un ni l'autre ne sont très satisfaisants d'un point de vue moral et politique. Mais est-ce que les humains vont devenir immortels ?
Alors, comme tu sais, j'ai écrit il y a 15 ans un livre qui s'appelait "La mort de la mort", dans lequel j'expliquais comment, à mon avis, la Silicon Valley allait vouloir développer les technologies d'immortalité. Alors, j'avais vu assez juste, hein, puisque la quasi-totalité des milliardaires de l'intelligence artificielle investissent massivement dans la lutte contre la mort. Sam Altman a investi dans plusieurs sociétés qui luttent contre la mort. Jeff Bezos, l'une des plus grandes fortunes au monde et le créateur d'Amazon, a investi dans Altos. Altos, qui est une société qui vise à bloquer le vieillissement et à nous rajeunir. Le patron d'Oracle, investit plein d'argent. C'est la troisième plus grande fortune mondiale. Il a 80 ans, il investit plein d'argent dans la lutte contre la mort parce qu'il veut profiter de sa fortune pendant quelques milliers d'années. Sergey Brin et Larry Page, les dirigeants de Google, ont massivement investi dans la lutte contre la mort dans plusieurs sociétés, dont Calico. On pourrait multiplier les exemples. Et Mark Zuckerberg investit massivement dans la lutte contre les maladies aussi. La quasi-totalité des gens qui créent l'intelligence artificielle dans le monde sont obsédés par la mort, veulent pas mourir et veulent que grâce à la superintelligence artificielle et aux progrès de la génétique, on vive très, très longtemps. Donc, je ne sais pas si on va vivre 1000 ans demain, mais ce que je sais, c'est que la Silicon Valley met en œuvre tous ses moyens pour accélérer l'intelligence artificielle et permettre qu'elle lutte contre la mort. Et le lien entre l'intelligence artificielle et puis la lutte contre la mort, il est très étroit. Le vieillissement est un processus tellement compliqué que sans une superintelligence artificielle, on ne pourra pas arrêter le vieillissement.
De plus en plus de gens dans la Silicon Valley pensent qu'on va tuer la mort. Elon Musk, ça ne l'intéressait pas ce sujet, et d'ailleurs, il avait dit : "Je souhaite mourir sur Mars, mais pas à l'atterrissage." Et il pensait qu'il allait mourir. Et puis là, il y a, on en a écrit un article d'ailleurs avec Alexandre Psychoplos. Là, il vient de déclarer : "La mort, c'est un bug assez facile à réparer. Je pense que l'espérance de vie va doubler et dépasser 160 ans dans 10 ans." C'est demain matin, disons, hein. Et on va assez facilement casser la mort. Et même Musk, donc, qui n'était pas intéressé par le sujet, qui n'y croyait pas, a été contaminé par l'idée que la superintelligence artificielle allait permettre de tuer la mort. Donc, oui, on est parti dans une lutte contre la mort financée avec le pognon de la Silicon Valley, avec les recettes de, avec le pognon qu'ils gagnent dans l'intelligence artificielle, et les milliardaires de la Silicon Valley vieillissant, parce qu'au moment de la, au moment de la bulle internet, ils étaient jeunes, mais maintenant, ils commencent à vieillir. Ils sont de plus en plus inquiets de ce qui va leur arriver, et là encore, ils aimeraient bien profiter de leur pouvoir immense pendant très longtemps. C'est vrai que quand on a tout, hein, quand tu vois le yacht incroyable du patron d'Oracle, quand tu vois le yacht incroyable de Mark Zuckerberg, c'est vrai que ces gens-là se disent : "J'aimerais bien profiter de mon yacht pendant 5000 ans plutôt que de mourir dans 20 ans."
Oui, je comprends. Pour revenir juste sur la sélection embryonnaire, moi, je milite pour que la sélection embryonnaire soit remboursée à 100 % par la sécurité sociale, car une dystopie qui me fait vraiment peur, c'est qu'on aurait une petite élite justement qui s'accaparerait ces technologies, parce qu'aujourd'hui, c'est autorisé aux États-Unis, ça coûte quand même quelques dizaines de milliers de dollars. Alors, ça n'a, c'est quand même beaucoup pour, par exemple, des ménages français qui sont au SMIC, qui ne peuvent pas se permettre de payer ça. Et j'ai peur qu'une petite élite, du coup, s'accapare ces technologies, arrive à augmenter leurs gamins, et en fait, qui se, qui auront déjà, qui ont déjà des facilités parce qu'ils appartiennent à la haute bourgeoisie américaine. J'ai peur qu'en fait, cette technologie ne soit pas démocratisée au plus grand nombre, et qu'on se retrouve avec une petite élite qui concentre tous ses pouvoirs, et qu'on finisse au fond dans le scénario de Yuval Harari, qui explique, on aura d'un côté une société à deux vitesses, avec des gens qui décrocheraient complètement, qui ne seraient plus à jour intellectuellement, et d'autres qui arriveraient à se neuro-augmenter, et ça serait absolument dramatique. C'est pour ça, je l'ai dit tout à l'heure, je pense qu'aujourd'hui, notre classe politique est irresponsable de ne pas en parler. Il faut absolument que ça devienne, qu'on organise un grand débat national sur tout simplement l'avenir de l'espèce humaine.
Mais est-ce que ça veut dire qu'après, on aurait tous des puces dans le cerveau, ou quelle forme ça prendrait ces évolutions ?
Pour le moment, on parlait de sélection embryonnaire, donc ça, c'est sans interventions chirurgicales pour mettre des puces dans le cerveau. Mais à terme, Elon Musk, d'ailleurs, travaille dessus avec son entreprise Neuralink pour mettre des puces directement dans le cerveau des enfants qui grandiraient avec ces puces, qui pourraient interagir directement avec l'intelligence artificielle, qui augmenterait également leurs capacités cognitives. On voit bien que ça va poser des problèmes, d'abord éthiques, philosophiques, et aussi des problèmes de cybercriminalité. Parce que si vous mettez des puces Huawei dans votre cerveau et que le parti chinois peut prendre le contrôle de ces puces, on voit bien que ça ne fait pas rêver ce scénario. Non, mais c'est con, hein, mais il faut y réfléchir. Et malheureusement, l'Europe, comme d'habitude, ne va pas pouvoir avoir des puces made in France, made in Mistral ou made in Europe, car l'Europe, on est totalement à côté technologiquement. Parce que pour faire une petite parenthèse, depuis 1980, on a tout loupé, que ça soit les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les microprocesseurs, les smartphones, absolument tout. Le résultat de tout ça, c'est qu'en 50 ans, en Europe, on a fait émerger 14 entreprises avec une valorisation supérieure ou égale à 10 milliards de dollars, tandis que les États-Unis en ont fait émerger 267, principalement dans les hautes technologies. Et on voit bien qu'aujourd'hui, sur tous ces sujets-là, que ce soit la NBIC, l'intelligence artificielle, on est souverain nulle part. Nulle part.
Mais justement, toutes ces évolutions, toi, est-ce que ça t'effraie, ou tu es impatient de les vivre parce que tu es jeune ?
Ça m'effraie parce qu'on pense que nous trois dans cette salle, si nos, enfin, pas nos prédictions qu'on souhaite, mais si le monde qu'on décrit arrive, on va être les chimpanzés du 21e siècle face aux nouvelles générations qui, elles, seront augmentées et ne seront sélectionnées et neuro-augmentées. Je ne sais pas exactement ce qu'on va bien pouvoir apporter dans cette économie de la connaissance avec une intelligence artificielle un milliard de fois plus intelligente. C'est ce que décrit Cursaleil ou encore avec ces générations augmentées. Sincèrement, je ne sais pas exactement ce qu'on va devenir. En tout cas, pour l'avenir de nos gamins, nos futurs gamins, on peut leur proposer un avenir plus radieux grâce à ces technologies de neuro-augmentation.
D'ailleurs, toi, Laurent, tu as beaucoup critiqué aussi les élus politiques et tous les conseillers. S'il était conseiller du président de la République, qu'est-ce que tu lui dirais finalement ?
Rien, parce que Macron est en fin de règne et que son pouvoir est devenu très léger, et que son héritage, son petit héritage, notamment en matière de fiscalité, est en train d'être détruit par le parlement de quasi-cohabitation. Aujourd'hui, ce qui est important, c'est de changer les hommes. Pourquoi la Chine est en train de devenir la première puissance technologique au monde ? Parce que les dirigeants chinois sont presque tous des ingénieurs de haut niveau. Le Parti Communiste Chinois est dirigé par des ingénieurs de haut niveau. Nous, nos politiciens sont des avocats ou des bureaucrates qui connaissent rien à la technologie. Donc, la première chose, c'est qu'il faut mettre des ingénieurs non décroissantistes aux postes de responsabilités. En France, on a mis des décroissantistes, des ayatollahs, des écologistes partout dans tout l'appareil d'État. C'est une, ça a été névrotique de la part de Macron. Macron a voulu mettre des anti-croissances, des écologistes complètement extrémistes partout dans l'appareil d'État, et ils se sont mis à bloquer toutes les technologies, bloquer les techniques permettant d'éviter aux plantes d'être malades, bloquer les OGM, bloquer le nucléaire, bloquer les technologies informatiques. On pourrait multiplier les exemples de toutes les conneries technologiques qui ont été faites pendant les deux quinquennats de Macron. Donc, aujourd'hui, il faut bien comprendre que la génération Greta Thunberg, c'est Terminator. Le problème, ce n'est pas la décroissance. On rentre dans une période de croissance incroyable par la technologie. Donc, freiner la croissance, ça peut conduire l'Europe à une seule chose : être écrasée militairement et technologiquement et être colonisée, vassalisée. Parce que nous rentrons dans une période où la Chine et les États-Unis vont avoir une très forte croissance. Elon Musk ne cesse de répéter ces dernières semaines qu'on va très vite avoir un taux de croissance à deux chiffres supérieur à 10 %. Une explosion de la croissance économique parce qu'il y a plein de nouvelles frontières : l'espace, bien sûr, la conquête spatiale, la conquête des métaux dans l'espace, les bases sur la Lune et sur Mars, la conquête de l'infiniment petit avec les nanotechnologies, la génétique, les manipulations génétiques, la conquête de notre cerveau avec la manipulation génétique et électronique de notre cerveau par exemple par Neuralink, et cetera, et cetera, et en matière énergétique avec l'énergie de fusion. Donc, en réalité, on est en train de rentrer dans une société très futuriste, hyper technologique, hyper scientifique avec une hyper-croissance économique. Et nous, on a tout fait en Europe, et notamment en France, pour bloquer la croissance, bloquer la science en donnant plein de pouvoir à des anti-sciences et à des écologistes extrémistes. Et donc, c'est une situation intenable. Il faut qu'on rentre dans cette nouvelle économie avec une forte croissance. Sinon, la société va imploser parce que les gens vont être pauvres, on va être mal soignés. Alors aujourd'hui, on arrive à maintenir notre niveau de vie et la protection sociale, mais en la faisant payer à nos enfants et nos petits-enfants. On s'endette chaque jour. Nos scanners d'aujourd'hui, ma génération de vieux, nos scanners, ils vont être payés par nos enfants et nos petits-enfants. C'est honteux, ça. Ça n'est pas tenable. Donc, il faut refaire de la croissance. Et à l'ère de ces nouvelles technologies là, faire de la croissance, ça veut dire pour l'Europe de développer la recherche et de supprimer les blocages à la croissance économique et à la science. Et donc, il faut secouer les dirigeants français. Il faut aussi secouer Bruxelles. Bruxelles n'a rien compris au 21e siècle. Elle s'est, elle a cru que la paix était là pour 1000 ans. Elle n'a pas vu arriver Poutine en Ukraine. Elle n'a pas compris le retour de la guerre. Elle n'a pas compris qu'il ne fallait pas bloquer la technologie, sauf si on veut devenir une colonie américaine ou chinoise.
Mais pourtant, en France, on a quand même, on est quand même dirigé par soit des polytechniciens, soit des énarques. C'est-à-dire, non, des polytechniciens, il y en a pas. Le dernier président polytechnicien, c'est Valéry Giscard d'Estaing. Mais dans les ministères et ce genre de choses, il y a 74-1980. Mais dans les ministères, il y a quand même quelques-uns, c'est des polytechniciens ou dans les équipes, ils sont censés être les meilleurs. Mais les énarques sont nuls en science. Et que je suis énarque, alors excuse-moi, je suis énarque, je connais bien l'énarchie. Il y a beaucoup d'énarques sympathiques, mais c'est des burns en technologie, c'est des burns en sciences. À la Cour des comptes et au Conseil d'État, la plupart des gens refusent même d'utiliser ChatGPT, même dans leur usage personnel, tellement ils ont peur de la science et de la technologie. Tu veux, si je prends dans ma promotion de l'ENA, ceux qui sont dans les grands corps de l'État, ils sont nuls en IA. C'est honteux à quel point ils sont nuls en IA. Et donc, l'appareil d'État a sélectionné des gens qui aimaient pas le business, parce que s'ils aimaient le business, ils ne seraient pas bureaucrates, ils auraient créé une boîte. Des gens qui aimaient pas la croissance, qui aimaient pas la science, qui aimaient pas la technologie, qui aiment pas l'IA. C'est dramatique. Donc, il faut que l'appareil d'État ait moins de monde, mais des meilleurs, et des gens qui comprennent le futur vertigineux dont on parlait avec Alexandre Psychoplos.
C'est vrai que le monde se fracture en deux pôles. D'un côté, la Chine et les États-Unis, qui eux parient sur l'avenir, et de l'autre, l'Europe. L'Europe qui s'enferme dans une vision bisounours, décroissantiste, régulatrice, et on le voit bien que c'est un véritable choc sur la scène géopolitique qui est en train de subir l'Europe. Et l'Europe s'est enfermée dans cette vision-là parce qu'on a mis des décryptophobes absolument partout. Aujourd'hui, il faudrait les mettre à la porte, parce qu'on est en décroissance, l'Europe sur le plan culturel, sur le plan intellectuel. Jadis, nous étions un continent où nous étions pionniers sur le plan technologique. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas depuis maintenant déjà 50 ans. Et Bruxelles aujourd'hui ne sait faire que réguler, réguler, réguler. On le voit bien que sur l'IA, mais je pourrais multiplier par exemple sur d'autres segments de l'industrie. Sur l'IA, on a le DMA, on a le RGPD, on a l'AI Act, d'ailleurs, qui est sorti de terre avant même que les réseaux, que le LLM soit opérationnel. C'est-à-dire qu'on a créé un règlement européen sur une technologie qui n'existait pas encore. On a légiféré avant même de créer la technologie. C'est dingue, quand même. Et aujourd'hui, Mistral, c'est d'ailleurs Arthur Mench qui avait déclaré, il passe plus d'un tiers de son temps à juste essayer d'être en conformité avec les règlements européens. Enfin, c'est dingue, quoi. Mistral, c'est notre champion français et européen dans l'intelligence artificielle. Et le mec, au lieu de faire du business, d'essayer de faire en sorte que son entreprise soit florissante, gagne des parts de marché et soit compétitive, il est obligé de passer son temps à essayer de faire en sorte qu'il soit en adéquation avec la réglementation. C'est juste dingue. Donc, demain matin, on ne va pas concurrencer les GAFAM parce qu'on n'a pas leur puissance de feu financière grâce à cet oligopole qui leur permet d'investir massivement dans l'IA. En revanche, ce qu'on peut faire demain matin, c'est déréglementer, arrêter les conneries et enfin tout miser sur nos champions en essayant de faire en sorte qu'on ait un écosystème qui peut faire émerger des start-ups en arrêtant les conneries avec la réglementation. Mais ça suppose de changer les hommes, parce que les hommes qui ont le pouvoir aujourd'hui, ils ont un orgasme. Les hommes et les femmes, ils ont un orgasme chaque fois qu'ils mettent en place une nouvelle régulation, de nouvelles normes. Ça leur crée un orgasme. Ils ont une jouissance chaque fois qu'ils font chier les entreprises, chaque fois qu'ils mettent en place de nouveaux règlements, de nouvelles normes. Il faut arrêter cette folie normative. En France, on a atteint des sommets. Le président de la République veut même créer un nouveau haut-commissariat. On a l'impression de rêver. Chaque jour, on crée de nouvelles, de nouveaux comités Théodule, de nouvelles normes, de nouvelles. C'est délirant. Donc, il faut changer les hommes et les femmes. Il faut des hommes et des femmes qui n'ont pas d'orgasme quand ils créent des normes, mais qui ont des orgasmes quand ils créent des champions européens, quand ils développent la technologie, quand ils libèrent les énergies. C'est ça qui doit les faire jouir. Ils doivent arrêter de jouir quand ils font chier les entreprises et les savants, et ils doivent jouir au contraire quand ils libèrent les énergies et développent les moyens pour l'Europe d'être un continent prospère et que nos enfants ne soient pas dans un continent à la ramasse dans 50 ans.
Mais est-ce que c'est possible de changer les élus politiques, sachant que ceux qui font les élections, c'est une question pour vous deux, c'est les retraités et les fonctionnaires ?
Ben, c'est difficile. C'est la raison pour laquelle le plus probable, c'est que l'Europe va décliner et qu'on va effectivement être colonisé par la Chine et les États-Unis. On l'est déjà assez largement sur le plan technologique, mais on pourrait l'être militairement si on continue à avoir une classe politique qui ne comprend rien au 21e siècle, parce que c'est la caractéristique de nos politiciens. Ils ne comprennent rien. Ils ont cru à un monde qui n'existait pas. Et faire sortir la classe politique de son délire est difficile, parce que tu as raison, les fonctionnaires et les retraités ont un poids électoral considérable en France.
On arrive au bout de cet épisode. Merci beaucoup Laurent et Alexandre d'être venus sur ce podcast. J'espère que ça a éclairé tous nos auditeurs sur le futur, sur l'avenir de la planète. On a bien compris que l'Europe était encore une fois en retard par rapport aux États-Unis et à la Chine. N'hésitez pas à liker, commenter, à partager et à vous abonner, car ça soutient la chaîne. Et chacun après l'autre, si vous aviez un conseil à donner à un jeune de 20 ans sur comment survivre dans le monde qu'il s'apprête à affronter, quel serait-il ?
Moi, le conseil, il est simple. Bosse. Il n'y a pas de place pour les grosses feignasses dans le monde qui vient. Sois cultivé, parce que pour comprendre le futur, il faut bien connaître le passé. Entreprends, crée très jeune des start-ups, crée très jeune des business et acquiers la compétence la plus importante qui est le principal métier du 21e siècle : l'orchestration des intelligences artificielles. Apprends à orchestrer les agents d'IA, apprends à orchestrer les IA, apprends à jouer au Lego avec les IA. C'est ça le principal métier du 21e siècle. Peut-être d'ailleurs le seul métier du 21e siècle. Médecin, ça ne veut plus rien dire au 21e siècle. En revanche, orchestrer des intelligences artificielles médicales, ça, c'est le vrai métier du médecin du futur. Et c'est vrai dans tous les secteurs et pas seulement dans la médecine.
Culture générale, culture générale et encore culture générale. De Gaulle disait : "La culture générale, c'est l'école du commandement." Je pense qu'au 21e siècle, alors qu'on ne sait pas quelles sont les tâches qui vont être automatisées demain par l'intelligence artificielle, la seule chose, la seule base sur laquelle on peut se reposer, c'est la culture générale qui permet de pouvoir aller dans des domaines encore inexplorés, de permettre d'avoir de la, d'être resté compétitif et complémentaire face à l'intelligence artificielle. Je pense qu'il faut se cultiver, lire de tout, s'intéresser à tout pour pouvoir demain avoir une opportunité professionnelle avec l'intelligence artificielle et aller dans ce segment.