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À 33 ans, Éléna vit sans smartphone - Bel & Bien ensemble

Bel & Bien ensemble - France Télévisions10:08

Transcription

Mais au moins au casino, il y a une heure de fermeture. - A. Lecaron : Ici, c'est ouvert 24h/24 et 7j/7. Merci à I. Kotsou et à notre invitée. Si, comme notre invitée, vous cherchez des solutions bien-être, vous retrouverez tous les conseils de nos experts sur les réseaux sociaux. 2026, toute la France est occupée par des accros aux smartphones. Pas vraiment... Une irréductible gauloise résiste encore à l'envahisseur : Elena. À 33 ans, elle n'a jamais possédé de smartphone de sa vie ! Ça ne risque pas de changer. Arnaud, vous l'avez contactée. Il va falloir expliquer comment. - A. Lauqué : Par pigeon voyageur. Je vais vous donner des chiffres qui donnent le vertige. 9 Français sur 10... Le chiffre monte même à 96 % chez les moins de 40 ans. On l'adore déjà. On va vraiment découvrir son quotidien. - Elena : Bonjour. - C'est ici qu'Elena vit avec ses colocataires. La première question qui me taraude : comment faites-vous pour vivre sans smartphone ? - Elena : J'ai une radio-réveil depuis pas mal d'années maintenant. C'est agréable. Je me réveille avec de la musique très douce le matin. Ça fait du bien. - Combien de temps après le réveil, vous regardez votre téléphone ? - Elena : Ce n'est pas du tout un réflexe de regarder mon téléphone. - Le matin, Elena se lève en écoutant les oiseaux chanter, boit son café en lisant un magazine. Elle imprime à l'avance ses billets de train pour ses déplacements ou consulte son agenda papier. Au programme du jour : prendre un café dans un salon de thé chez une amie. - Elena : C'est ça. - Est-ce que ça prend plus de temps d'écrire un SMS sur ce genre de téléphone que sur un smartphone ? - Elena : Il a quand même des boutons. Il faut appuyer trois fois sur le bouton à chaque fois pour pouvoir écrire un SMS. - Si je me souviens bien, il y avait une limite de caractères pour les SMS. Est-ce que c'est toujours le cas ? - Elena : Dès qu'un SMS est un peu long, je le reçois en plusieurs messages. Ça peut être compliqué. J'encourage les nouvelles personnes que je rencontre à adapter leur communication avec moi, à éviter les emojis. Je ne reçois que des carrés. Elle vient de répondre. On y va. Mon téléphone tient une semaine sans charge. - Direction le salon de thé. Comment allez-vous faire sans GPS ? - Elena : J'anticipe. Je regarde sur l'ordinateur avant et j'essaie de mémoriser l'itinéraire, quand il n'est pas trop long. Quand il est plus long, je note les grands axes. - Vous ne vous êtes jamais perdue ? - Elena : Ça arrive. Mais je fais à l'ancienne. Il y a toujours quelqu'un dans la rue qui peut aider. - Ça remet une touche humaine dans tout. - Elena : Comme on ne peut pas compter sur le téléphone qu'on a dans la poche, il faut regarder ce qui se passe autour de nous, il faut se connecter aux gens. - On vous suit en voiture avec GPS. - Elena : À plus tard ! - Quand on partait tôt le matin, quand on sortait sur les sentiers, à vélo... - Quelques minutes plus tard, Elena pousse les portes du salon de thé de son amie, un lieu où les gens prennent le temps de lire ou de participer à des ateliers créatifs. Aujourd'hui, c'est un atelier collage pour les participants. - Levez la main, ceux qui ont un smartphone. ... - On est tous seuls... - On pourrait me demander un code de sécurité sur mon smartphone. - Elena : C'est vraiment le côté administratif qui m'inquiète un peu, pour les années à venir. - Vérification bancaire, QR codes, billetterie numérique... Elena résiste encore à l'envahisseur. - Ne pas avoir de smartphone est-il devenu un acte de résistance ? - Elena : De plus en plus, je me rends compte que ça peut être un exemple inspirant. Les gens étaient surpris il y a quelques années. Ils disaient que c'était fou. Maintenant, c'est plutôt : "Je vous envie, je me rends compte que je suis accro, j'aimerais passer moins de temps sur les écrans." Sans même s'en rendre compte, c'est devenu une prise de position, prouvant qu'on peut vivre sans, de manière déconnectée. - J'ai quelque chose à vous montrer. Sans jugement. Voici mon temps d'écran. - Elena : Je peux dire combien ? 14 heures et 30 minutes en une journée. Si on compte les 8 heures de sommeil, il vous reste 2 heures sans écran par jour. Désolé, c'était spontané ! - A. Lecaron : Ouais... Il y a pire que S. Kaddour... - A. Lauqué : Ce qui est fou, c'est que j'ai l'impression que les rôles se sont inversés. Pendant des années, tout le monde regardait Elena de façon très bizarre, et maintenant son mode de vie suscite de la jalousie. Ce qui est aussi très intéressant, c'est que ma fille, qui vient d'entrer au collège, a interdiction d'avoir un smartphone. Elle peut jouer à "Snake" sur son vieux téléphone à clapet. Ça revient à la mode. La nouvelle génération adore. Ils appellent ça "le téléphone débile". Ils veulent tous un téléphone à clapet. Les ventes explosent en Europe et aux États-Unis. I. Kotsou, vous avez un coup de gueule à pousser. - I. Kotsou : Je trouve ça frappant, la manière dont on culpabilise les gens par rapport à leur téléphone. On compare ça à une drogue, mais on n'a pas besoin de drogue pour inscrire ses enfants à la cantine, pour prendre rendez-vous sur Doctolib... On a rendu les portables nécessaires pour tout, et ensuite on dit aux gens "arrêtez d'être accros". Il y a un léger problème ici. On culpabilise les gens. Imaginez une personne qui passe sa journée au lit parce qu'elle ne se sent pas bien. On ne va pas lui dire : "Tu es accro à ton lit, guéris de ton addiction." Cette question du sens qu'on peut trouver en dehors des écrans est une question qui ne peut se résoudre que socialement. - A. Lecaron : Il y a un énorme problème pour les personnes âgées, qui sont un peu dépassées. Les choses vont très vite. Aujourd'hui, ne serait-ce que pour faire un virement bancaire, je vois que les gens ont besoin de l'application de leur banque. Je vois des gens dans le public hocher la tête. - I. Kotsou : Elena ne devrait pas être une héroïne. C'est la société qui devrait permettre à tout le monde de vivre sans écran. - A. Lecaron : S. Gusman a une question pour vous. J'ai peur. - S. Gusman : C'est énorme... LOL ! - A. Lecaron : Qu'est-ce qui vous dérange aujourd'hui ? - S. Gusman : Ça, ce que je viens de faire. C'est typique de 2026. On le fait tous. On est tous devenus des malpolis, des gamins gâtés à cause de nos smartphones. Donc je voulais comprendre comment nos smartphones ont ruiné toute l'éducation qu'on a reçue en quelques années. Cette nouvelle forme d'instabilité numérique s'appelle le "phubbing". On ignore les autres sans aucune gêne, matin, midi et soir. Au magasin, par exemple. On passe notre commande tout en continuant notre conversation téléphonique. Au travail, votre collègue hoche la tête lors d'une réunion tout en aimant la photo du chien de son voisin. Vous interrompez votre ami pour rire devant une vidéo de chat. Nos conversations humaines sont devenues moins intéressantes qu'une notification. Le pire, c'est qu'on en a conscience. 90 % des Français avouent être irrespectueux envers les autres à cause de leur smartphone, mais continuent de le faire sans aucun scrupule. Avant, interrompre quelqu'un était impoli. Aujourd'hui, répondre à un message pendant que quelqu'un nous parle est devenu normal. Imaginez une conversation avec un proche. Pendant ce temps, vous regardez vos pieds, vous parlez à un ami imaginaire. Pire, vous éteignez votre téléphone. Ce serait impensable. Mais on l'accepte, avec votre portable... Pourquoi ce genre d'impolitesse me rend dingue ? Pourquoi je le prends comme un manque de respect total ? - I. Kotsou : Parce que vous êtes un animal social, comme nous tous. En tant qu'animaux sociaux, les liens sociaux ont toujours été essentiels. Vous percevez à juste titre cela comme un rejet. On sait que les zones impliquées dans le rejet social sont très proches de celles impliquées dans la douleur physique. C'est une vraie douleur de se sentir rejeté par une personne réelle. Vous l'avez bien expliqué. Le problème est une question de normes. Vous avez un manager dans une entreprise qui accueille quelqu'un, qui va être en réunion avec cette personne, et qui va être sur son ordinateur en même temps. Les normes ont changé. Et c'est contagieux. Au final, plus personne n'est vraiment présent. Et sans présence, il n'y a pas de vie.