Transcription
Avant de commencer cette vidéo, je vous propose de faire un jeu. Ça va être important pour la suite, vous allez comprendre. Je vais vous montrer trois miniatures de vidéos qui ont été publiées sur YouTube. Le thème est à peu près le même, sauf qu’elles viennent de trois YouTubeurs différents. L’un a 600 000 abonnés, l’autre 70 000 et le dernier 150. Votre objectif, c’est de lier ces trois miniatures à ces YouTubeurs en sachant seulement la taille de leur audience. Je vous laisse un peu de temps pour réfléchir, mais attention, il y a un petit piège. Gardez vos choix dans un coin de votre tête. Je vous donne la réponse très vite.
On a tous déjà rêvé de créer quelque chose: créer notre propre entreprise, construire notre maison, planter notre potager ou écrire notre propre livre. Ce genre de projet, ça nous fait vibrer. Vous aussi, quand vous étiez enfant, vous adoriez construire des cabanes, non? Je pense qu’en tant qu’être humain, c’est dans notre ADN de créer. Et la création, c’est pas forcément artistique; ça peut être de l’artisanat, de la construction, même de l’agriculture. Toutes ces activités que l’être humain a pratiquées pendant des siècles pour évoluer. Sauf que maintenant, on est tellement développé qu’on a plus besoin de faire tout ça. Même pire, en fait. Pendant toute notre éducation, on nous fait bien comprendre que travailler de ses mains, c’est pas un objectif de vie souhaitable. On nous apprend pendant toute notre enfance que les métiers manuels sont réservés à une certaine classe de la population: ceux qui ne travaillent pas bien à l’école, qui sont moins intelligents ou un peu perturbés. En gros, on nous met insidieusement dans la tête qu’être boulanger, plombier ou maçon, c’est avoir un peu raté sa vie. Pour la réussir, faut être ingénieur, avocat ou médecin. Enfin, ça, c’est pour les tout meilleurs, mais pour la plupart, c’est plutôt des postes du tertiaire, comme salarié d’une grande entreprise. En gros, réaliser d’obscures tâches intellectuelles ou administratives pour augmenter le profit d’organisation gigantesque. Ça, c’est la réussite qu’on nous enseigne. L’école ne forme plus des hommes, mais des employés.
Alors, je sais pas vous, mais moi, quand j’étais petit, genre moins de 12 ans, si on me demandait ce que je voulais faire plus tard, j’avais plus tendance à répondre jardinier que comptable ou consultant. Et justement, une fois passé mes 12 ans, j’ai commencé à comprendre ces messages à peine cachés que m’envoyaient les adultes sur la hiérarchie des métiers acceptables. Du coup, quand on me demandait ce que je voulais faire, j’ai commencé à répondre: «Je sais pas.» À partir de là, j’étais condamné, condamné à suivre le système et son chemin tout tracé. Je me suis retrouvé 15 ans plus tard à cliquer sans conviction sur un logiciel impersonnel pour faire tourner une entreprise dont j’ai rien à faire et qui me verse un salaire de misère. Voilà, c’est ça la [Musique] réussite.
Pour éviter de penser à l’écart énorme qu’il y a entre cette façade de réussite et ce qu’on ressent à l’intérieur, on aime s’échapper dans nos rêves: «Un jour, je lancerai mon projet. Quand j’aurai assez d’argent, j’ouvrirai ma propre entreprise. C’est sûr, à un moment, je vais créer quelque chose de beau.» Ah ça, on se le dit tous. On pense toujours attendre le bon moment, celui où on aura le temps, l’énergie et la motivation. Tout s’alignera parfaitement. Sauf que ça n’existe pas. Le temps passe et rien ne change. À chaque fois qu’on veut matérialiser notre projet un peu plus concrètement, on réalise l’ampleur de la tâche. Il faut que ce soit parfait, sinon à quoi ça sert? On commence à esquisser une idée et très vite elle nous écrase. C’est trop loin de ce qu’on a en tête. L’ambition, elle est difficile à matérialiser. Alors autant attendre, réfléchir encore un peu et préparer les choses. Sauf qu’on ne prépare rien, en fait. On préfère continuer à y penser et vivre dans l’illusion qu’on est tout proche de se lancer. On est à deux doigts de faire quelque chose de grand. Parce que tant qu’on a rien commencé et qu’on garde ça dans un coin de notre tête, le projet reste intact. Il est parfait puisqu’il n’existe que dans notre imagination.
Il faut dire que créer quelque chose, c’est une épreuve. C’est pas juste aligner des mots ou tracer des lignes; c’est prendre un morceau de soi et le donner au monde. Écrire un texte, composer une musique, dessiner, chanter, même donner son avis sur un sujet qui nous tient à cœur, tout ça, c’est comme prendre un morceau de son âme et le tendre aux autres en espérant qu’ils y trouvent quelque chose de beau. À partir de là, on s’expose. Dès que notre création existe, elle devient une cible. Elle se retrouve exposée aux critiques, aux comparaisons et à quelque chose de bien pire encore: l’indifférence. Et même si tout ça vise l’objet de notre création, on peut pas vraiment le dissocier de notre identité. Si notre projet est critiqué, c’est nous qui sommes critiqués. Alors souvent, on préfère garder nos idées au chaud, là où personne ne peut les juger. Après tout, tant qu’on a rien fait, on peut toujours se dire qu’on aurait pu le faire. On a le potentiel, mais il nous manque quelque chose. C’est beaucoup plus confortable, parce que essayer, c’est risquer d’échouer.
Bon, tout ce que je vous dis là, c’est un processus inconscient qui est à l’œuvre. Toutes ces stratégies mentales qu’on met en place pour éviter de se lancer. On a l’impression que ce sont de bonnes excuses. Moi, j’ai mis très longtemps avant de me rendre compte, mais il y a un livre qui m’a aidé à surmonter ça. Ça s’appelle *Lettre à un jeune poète* de Rainer Maria Rilke. C’est un recueil de 10 lettres que Rainer a adressées à un jeune écrivain en plein doute, qui se demande s’il est capable de devenir poète. Rainer ne lui donne pas des conseils techniques; il lui fait même pas la leçon. Il essaie de lui montrer ce qu’est vraiment une création. En fait, ce petit livre d’une cinquantaine de pages, il agit comme un guide spirituel. Il aborde des thèmes variés comme la solitude, l’amour ou la mélancolie, tout ça pour nous faire réfléchir de façon détournée sur le sujet de la création et surtout de la pulsion créative. Ce qui est assez fort, c’est que ces lettres datent de 1903. Elles sont écrites pour un poète, et pourtant, elles ont quelque chose d’universel. On a presque l’impression qu’elles s’adressent à nous personnellement. Elles dévoilent notre monde intérieur et nos doutes sur nos choix d’existence: est-ce que je dois poursuivre mon rêve ou l’abandonner? Est-ce que je dois prendre ce travail bien payé ou aller de mon propre chemin? Et finalement, Rainer nous renvoie toujours à nous-mêmes. La réponse à cette pulsion de création, c’est pas quelque chose qu’on explique rationnellement, on la ressent. Personne ne peut vous apporter aide et conseil, personne. Il n’est qu’une seule voix: entrez en vous-même, recherchez au plus profond de vous-même la raison qui vous impose de créer. Examinez si elle étend ses racines au très fond de votre cœur. Et c’est là où on se trompe tous: créer, c’est pas chercher l’approbation, c’est pas faire quelque chose pour que ça plaise aux autres, mais parce que c’est une nécessité.
Quand j’ai lu ces lettres, ça m’a vraiment fait quelque chose. Je saurais pas dire exactement quoi. C’était pas une révélation soudaine ou un éclair de génie, c’était plus subtil. J’ai toujours eu cette sensation en moi, l’impression qu’il fallait que je crée quelque chose. Et pour moi, ça a toujours été l’écriture. Sauf que, comme tout le monde, j’ai attendu le fameux bon moment. Grâce à *Lettre à un jeune poète*, je me suis rendu compte qu’il arriverait jamais, ou plutôt non, qu’il était passé depuis très longtemps. Alors, d’un coup, c’était comme une urgence: il fallait que je crée. Évidemment, ce qui s’est imposé à moi, c’est YouTube. Ça fait des années que je consomme du contenu et que je pense à en faire. Sauf que débuter sur cette plateforme, c’est pas évident. Il y a plein de choses à savoir, et toutes les vidéos tutos ont l’air soit de donner des conseils pourris, soit carrément de se contredire. Alors je restais dans mon inertie, j’attendais toujours ce bon moment. Et puis j’ai découvert un truc qui a tout changé: un serveur Discord qui regroupe la plus grande communauté française de créateurs de contenu. Sur le serveur, il y a des novices qui viennent à peine de créer leur chaîne, et il y a des YouTubeurs à plusieurs centaines de milliers d’abonnés. Ce qui est bien, c’est que c’est un vrai espace d’échange. Tout le monde discute de son projet et on peut demander des avis sur nos créations. En fait, c’est vraiment une communauté de gens avec un objectif commun, qui est de créer. Ce projet, c’est celui de Loan LV et ça s’appelle Mergstar. Quand j’ai rejoint, il y a un peu plus de 6 mois, j’avais à peine 1000 abonnés, et les vidéos que je faisais à ce moment-là étaient vraiment pas bonnes. Je galérais à faire des vues et j’avais du mal à trouver l’équilibre entre ce que j’avais envie de créer et ce que les gens voulaient voir. Maintenant, en quelques mois à peine, j’ai dépassé les 10 000 abonnés et mon projet est beaucoup plus clair. Alors, c’est pas simplement grâce à ce serveur Discord, hein, mais je suis persuadé que ça y a énormément contribué et que j’en serai pas là sans lui.
Je suis sûr que certains d’entre vous hésitent à se lancer dans un projet créatif. Vous avez peut-être déjà une idée de vidéo, voire même une chaîne YouTube, et vous l’attendez, vous aussi, ce fameux bon moment. Et bien je vous le dis, c’est maintenant. Parce que ce serveur Discord, il rouvre ses portes pour une semaine. Et je dis pas ça pour vous donner un sentiment d’urgence, enfin si, en fait, mais c’est aussi la vérité. Le 19 mars, il va fermer pour les quelques prochains mois. Alors si ça vous intéresse et que vous voulez venir me parler de votre projet créatif, je vous mets le lien en description. Ça peut vraiment changer votre vie, comme ça a changé la mienne.
Rainer, s’il y a bien un truc qu’il supporte pas, c’est la critique. Bon, pas les critiques constructives qui aident à progresser. Ce qu’il déteste, c’est cette obsession qu’on a de toujours vouloir juger une œuvre en la comparant. Alors c’est un comportement humain, c’est comme ça qu’on fonctionne, par comparaison. Sauf que pour Rainer, la critique n’est pas pertinente. Elle ne regarde pas une œuvre pour ce qu’elle est, elle la juge en se plaçant à l’extérieur, dans un cadre qu’elle impose, avec des critères pas forcément judicieux. Et aujourd’hui, tout est devenu comme ça. On consomme une quantité incroyable de contenu, pas vraiment pour en faire l’expérience, mais pour les évaluer, pour dire si c’est bien, si ça mérite un like, c’est mieux que ça, moins bon que ça. On est devenu des spectateurs critiques plutôt que des spectateurs sensibles. En fait, c’est même pire, on est devenu des spectateurs tout court. Et je sais pas, peut-être que vous ressentez la même chose que moi, cette impression bizarre de plus vouloir faire conscience ce résultat que vous donne Google en réponse à une question simple, la sensation désagréable de rafraîchir sa page YouTube en boucle sans savoir quoi regarder, le sentiment que tout est faux et se ressemble à la fois, que tout n’est que pub et placement de produits déguisés. En fait, c’est clair, internet a changé et nous aussi, on a changé. Avant, on se connectait pour s’aérer les idées. L’espace en ligne, c’était un endroit à part. On y allait pour se marrer, pour apprendre ou juste pour échanger avec des inconnus. Internet, c’était une évasion momentanée de la réalité physique. Sauf que maintenant, c’est devenu une habitude, et c’est la réalité qui est devenue une évasion d’Internet.
Mais c’est pas seulement notre manière de consommer tous ces contenus numériques qui a changé, c’est tout le processus de création. 700 000, c’est le nombre d’heures de vidéos publiées sur YouTube chaque jour. En quelques clics, tout le monde peut partager son contenu au monde entier. En fait, on n’a jamais autant créé qu’aujourd’hui. Alors on pourrait croire qu’on est dans une période hyper créative de l’histoire, ce genre de moment où l’humanité a réussi à surmonter ses conflits et transcender sa condition pour permettre à chaque individu d’exploiter ses talents et de les partager. Pourtant, j’ai l’impression que les créateurs de contenu ont disparu. En fait, il y a surtout des imitateurs de contenu.
Vous vous souvenez du jeu que je vous ai proposé au début de la vidéo? Je vous remonte les trois miniatures. Je vous avais demandé de choisir à quel YouTubeur elles appartiennent. Alors, à moins que vous soyez un expert de YouTube et en particulier des miniatures, je pense que vous avez eu du mal à choisir. Je vous affiche les réponses à l’écran. Si vous avez eu bon, bravo, parce que c’était pas facile. Ce qui est sûr, c’est que vous avez tous remarqué que les trois se ressemblent beaucoup: une belle image tirée d’un jeu vidéo, une couleur dominante et un mot impactant et énigmatique. Ça, vous avez dû le voir énormément sur YouTube. Alors là, j’ai pris l’exemple du storytelling jeux vidéo, mais chaque type de vidéo a son type de miniature associé. Et ça va plus loin: les YouTubeurs copient des concepts, des styles de narration, des titres, à tel point qu’en scrollant YouTube, on a souvent l’impression que tous les contenus sont identiques. D’ailleurs, je vous ai dit qu’il y avait un piège dans le jeu des miniatures que je vous ai proposé. Et bien, en fait, l’idée, elle m’est venue de ce YouTubeur sur ses deux dernières vidéos, qui sont très bonnes au passage. Il propose ce genre de jeu interactif qui fait participer le spectateur. J’ai trouvé que c’était une bonne idée, alors j’ai décidé de faire pareil. Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que l’imitation, voire même la copie, ça fait partie intégrante du processus de création. Les artistes qui trouvent immédiatement un style et une touche unique, c’est extrêmement rare. La plupart du temps, on doit s’inspirer, imiter pour progressivement s’émanciper de nos modèles et trouver notre propre façon de créer. C’est vrai pour l’écriture, la musique, la peinture, toutes les formes d’art, en fait. Mais pour la création de contenu, il y a un autre paramètre à prendre en compte: l’algorithme. Et oui, ce satané algorithme qui va mettre une note à votre création en fonction de paramètres plus ou moins obscurs, puis décider en fonction s’il va la mettre en avant ou la faire mourir dans son coin. Et cet algorithme, il est assez impitoyable.
Je sais pas si vous vous souvenez du temps où on allait dans l’onglet abonnement pour choisir ce qu’on allait regarder sur YouTube, mais ça, c’est terminé. Les abonnements, ça veut plus rien dire maintenant. On actualise la page d’accueil, on fait confiance aux recommandations et donc à l’algorithme. Alors forcément, les créateurs s’adaptent. Quand l’un d’eux trouve un concept qui marche, tous les autres l’imitent pour surfer sur la tendance. S’ils veulent survivre, ils doivent jouer le jeu, optimiser les formats, utiliser les bons mots, les bonnes couleurs, les bons codes. Et c’est pour ça qu’on a cette sensation étrange que tout se ressemble sur YouTube. Les vidéos qu’on regarde ne nous marquent plus autant qu’avant. Tout est calculé et formaté pour maximiser notre temps de visionnage, mais pas forcément pour nous apporter quelque chose. Et on pourrait croire qu’on a le choix, mais en réalité, on regarde ce que l’algorithme veut bien nous montrer. Alors oui, il nous pousse à la facilité, il écrase la créativité sous des modèles prédéfinis, mais finalement, c’est aussi une chance. Parce que si tout se ressemble, ceux qui osent faire différemment ont une opportunité en or. Aujourd’hui, YouTube est inondé de contenu formaté. Tout le monde suit les règles et applique les mêmes stratégies. Donc ceux qui créent vraiment quelque chose d’unique ressortent encore plus, et les spectateurs n’attendent que ça. On pourrait croire que l’algorithme tue la créativité, mais en réalité, il met encore plus en lumière ceux qui prennent des risques. Et si on sait un peu l’apprivoiser sans y céder totalement, on peut sortir du lot. Parce qu’après tout, mieux vaut créer un contenu qui marquera les esprits d’une dizaine de personnes plutôt qu’un contenu qui en divertira des milliers. Et c’est là qu’on retrouve Rainer: créer, c’est pas chercher l’approbation, c’est pas maximiser le taux de clic ou plaire à un algorithme, c’est répondre à quelque chose qui brûle en nous. Et c’est ça qui fait la différence. Les créateurs qui laissent une trace, ceux qu’on retient, ce sont ceux qui créent pour eux-mêmes. Rainer nous l’a dit il y a plus d’un siècle: une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. Et la vérité, c’est que ceux qui osent créer sincèrement finissent toujours par trouver leur public. Alors, tu es prêt à créer? C’était Catominor, et n’oubliez pas, tout ne fait que commencer. [Musique]