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🪐Ils n'ont pas été faits par l'Homme : les réacteurs nucléaires d'Oklo

AstronoGeek30:09

Transcription

Et à la fin de la vidéo, t'explique c'est quoi qui a de nouveau. C'est WFood. Alors surtout, tu t'en vas pas.

À quel 2 décembre 1942, la Seconde Guerre mondiale fait rage, et nous ne sommes qu'à quelques jours de l'anniversaire de l'entrée des États-Unis dans le conflit.

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James Conant est dans son bureau de directeur à Harvard. Le téléphone sonne. Au bout du fil, le physicien Arthur Compton lui dit simplement : "Le navigateur italien a débarqué dans le nouveau monde." Ce message codé informe Conan de la réussite d'un projet secret. À Chicago, Enrico Fermi et son équipe viennent de réussir à entretenir une réaction de fission en chaîne au sein de la pile CP1, leur premier réacteur nucléaire fonctionnel. La conclusion de 10 ans de recherche, et qui ouvre la voie à la prochaine étape : la bombe nucléaire.

10 ans plus tôt, en 1932, donc, James Chadwick découvre le neutron, une particule dépourvue de toute charge électrique. Dès lors, la communauté scientifique se rend compte qu'une telle particule peut s'avérer très intéressante. En effet, on peut la faire interagir avec le noyau des atomes sans qu'elle ne soit repoussée par les charges électriques du proton ou de l'électron. C'est ainsi qu'Enrico Fermi s'est mis à bombarder de neutrons tous les éléments du tableau périodique. Mais en bombardant de l'uranium, l'élément naturel le plus lourd, il s'est retrouvé face à des résultats pour le moins étranges. Ne parvenant pas à les interpréter, il en fit part à ses collègues.

À la fin de l'année 1938, les Allemands Otto Hahn et Lise Meitner découvrent qu'en fait, en absorbant un neutron, le noyau de l'uranium devient instable et se scinde très rapidement en deux autres éléments, pas toujours les mêmes. Ils bâtissent alors ce phénomène : la fission nucléaire.

Quelques mois plus tard, c'est l'équipe française de Frédéric Joliot qui découvre que lors de cette fission, en moyenne, trois nouveaux neutrons sont émis.

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Et là, ça fait tilt. Si en bombardant un atome avec un neutron, on en obtient trois autres, et en plus une grande quantité d'énergie, on peut envisager de créer une réaction en chaîne. Et au printemps 1939 sont déposés des brevets secrets détaillant les concepts de réacteurs nucléaires et de bombes atomiques. Mais la guerre arrive et étouffe la communication dans la communauté scientifique. Les recherches dans le domaine se poursuivent d'un côté en Allemagne,

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de l'autre aux États-Unis. Et la conclusion, vous la connaissez. Ainsi naquit la première réaction en chaîne.

Après 4,5 milliards d'années d'histoire de la Terre, une espèce de primate a entassé assez d'uranium au même endroit pour générer de l'énergie, pour créer et pour détruire. Du moins, c'est ce que l'on a cru pendant 30 ans. Avant de découvrir que d'autres êtres vivants avaient fait ça avant nous, très longtemps avant nous. Très longtemps même avant l'apparition des dinosaures.

Aujourd'hui, je vais vous parler de la découverte des réacteurs nucléaires d'Oklo, des réacteurs nucléaires qui n'ont pas

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été fabriqués de la main de l'homme, et comment ils nous ont permis d'identifier les plus anciens animaux connus de l'histoire de la Terre.

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Nous sommes en juin 1972 à Pierrelatte. Là se trouve une usine traitant de l'hexafluorure d'uranium dans le but de l'enrichir pour les besoins militaires de la France. Je vous fais pas un dessin,

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mais je vais quand même vous expliquer ce que ça veut dire. Mais en attendant, ce qui nous intéresse, c'est qu'en entrée du cycle d'enrichissement, un test

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de routine est réalisé sur un échantillon. Il s'agit d'une spectrométrie de masse, une analyse qui permet de déterminer avec précision de quoi est fait l'échantillon qu'on analyse. Or, ce jour-là, l'échantillon montre une anomalie. Il montre habituellement un taux d'uranium 235 de 0,72 %. Mais aujourd'hui, le taux n'est que de 0,7171 %. Cette différence a l'air ridicule, et pourtant, elle est

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énorme et va déclencher une enquête du Commissariat à l'énergie atomique. Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi.

Dans l'univers, tous les éléments chimiques sont créés dans le cœur des étoiles par la fusion de l'hydrogène qui donne des éléments de plus en plus lourds. Fusionner ces noyaux d'atomes libèrent de l'énergie. C'est ça le carburant des étoiles.

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Mais ça, ça n'est vrai que pour les éléments plus légers que le fer. Mais à partir du fer, la fusion ne libère plus d'énergie, elle en absorbe. Et quand une étoile commence à fabriquer du fer, son noyau,

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qui était jusque-là son moteur, cale. Il s'effondre sur lui-même à cause de la gravité, et quand il atteint une densité critique, explose. Ce sont les supernovae. Lors de cette formidable explosion,

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qui peut être aussi lumineuse qu'une galaxie toute entière, la quantité d'énergie libérée est telle qu'elle permet la formation des atomes plus lourds que le fer. Dans notre univers, avant le Soleil, des générations d'étoiles se sont succédées, sont nées

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et sont mortes en dispersant des éléments plus lourds lors de leur explosion. Or, notre Soleil et le système solaire tout entier sont nés de l'accrétion d'un nuage de gaz qui contenait des éléments lourds issus de l'explosion d'une supernova voisine. Et cette supernova a créé, entre autres, de l'uranium.

L'uranium est un élément chimique instable.

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Si on lui laisse suffisamment de temps, il va se décomposer spontanément en autre chose et ultimement devenir du plomb, qui lui est stable. L'uranium est aussi très rare. Comme c'est un très gros atome, il naît plus rarement dans l'explosion d'une supernova. En l'occurrence, dans l'univers, pour 1000 milliards d'atomes, on compte un seul atome d'uranium. Mais surtout, l'uranium n'est pas toujours exactement le même. Son noyau contient toujours 92 protons, mais son nombre de neutrons lui peut varier. C'est ce que l'on appelle des isotopes. Pour les différencier, on compte le nombre total de leurs protons et de leurs neutrons. L'uranium produit par cette supernova primordiale se répartit entre deux isotopes.

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L'uranium 238, avec 238 nucléons donc, et l'uranium 235, qui en a 235. Il n'y a pas de piège. L'uranium 238 est le moins radioactif des deux. Il a une demi-vie de près de 4,5 milliards d'années. Ça veut dire que quelle que soit la quantité d'uranium 238 que vous avez, en 4,5 milliards d'années, la moitié se sera changée en plomb par désintégration successive. Mais dans ces différentes désintégrations, l'uranium 238 devient d'abord de l'uranium 234, qui lui est très radioactif et a une demi-vie de 245 000 ans, avant de devenir du plomb. Ce qui veut dire que quand vous avez de l'uranium 238,

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il contient toujours un peu d'uranium 234. Et pour finir, on trouve donc aussi de l'uranium 235 qui

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lui a une demi-vie de 700 millions d'années. Or, dans l'industrie nucléaire, c'est l'uranium 235 qui est intéressant. Pourquoi ? Parce que c'est celui qui se fissionne quand on le bombarde avec un neutron. Seulement, voilà,

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comme il ne représente que 0,72 % du minerai d'uranium, il faut d'abord en augmenter la concentration pour qu'il soit exploitable. C'est ça qu'on appelle enrichir l'uranium. On a donc à la fin du processus d'enrichissement de l'uranium enrichi d'un côté, qui contient plus d'uranium 235 et qui réagit plus dans un réacteur nucléaire, et de l'autre, de l'uranium appauvri, dont on a extrait l'uranium 235. Or, quand la supernova primordiale a explosé, elle a réparti uniformément son uranium dans le nuage de gaz qui deviendra plus tard le système solaire. Et c'est pour ça que où que l'on cherche, le ratio entre uranium 238 et uranium 235 est toujours strictement

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le même. Dans tous les gisements du monde, le minerai d'uranium contient toujours 0,72 % d'uranium 235.

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Même dans les roches ramenées de la surface de la Lune par Apollo, l'uranium qu'on y trouve contient toujours précisément 0,72 % d'uranium 235. C'est une constante à l'échelle du système solaire. Et donc, nous revoilà à Pierrelatte. Le spectromètre de l'usine indique 0,7171 %. Donc, il

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y a un problème. D'abord, on vérifie le spectromètre, mais non, il fonctionne

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bien. On teste alors d'autres échantillons, et là, on découvre qu'il y en a d'autres qui réagissent de la même manière. On vérifie alors si ça ne vient pas d'une erreur de l'usine qui aurait contaminé l'hexafluorure d'uranium avec un combustible nucléaire usé. Mais non. Les enquêteurs du Commissariat à l'énergie atomique décident alors de retracer l'origine de cet

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uranium. De Pierrelatte, ils remontent à Malvési où il est traité sous forme de tétrafluorure.

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Puis on remonte à Guérigny où il est traité sous forme d'uranate, qu'on appelle aussi le yellow cake.

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Mais invariablement, les échantillons montrent une faible teneur en uranium 235. Mais ils semblent tous venir de la même société, la Comuf, qui exploite deux mines d'uranium au Gabon, à Mounana

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et à Oklo, près de Franceville. Les enquêteurs se rendent alors au Gabon et découvrent rapidement que le minerai incriminé est extrait des mines d'Oklo.

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Là, ils réalisent de nouvelles mesures qui révèlent des taux en dessous de 0,5 %.

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Entre 1970 et 1972, sur les 700 tonnes d'uranium bruts qui ont été traitées à l'usine de Mounana, il manque plus de 200 kg

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d'uranium 235. Les enquêteurs pensent alors avoir affaire à un enrichissement naturel de l'uranium.

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Mais si on est tombé sur l'uranium appauvri, où est l'uranium enrichi ?

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La Comuf ferme la zone de la mine qui présente ce minerai étrange, et une équipe internationale de chercheurs et de spécialistes commence à sonder la zone. Très vite,

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il découvre que si ce minerai est si pauvre en uranium 235, c'est parce que ce n'est pas un simple minerai d'uranium. C'est un déchet nucléaire. Mais pas un déchet nucléaire balancé là par une centrale peu regardante sur la pollution. Non, ces déchets nucléaires sont là depuis longtemps, très longtemps. Ce sont des déchets de fission issus d'un réacteur nucléaire qui dorment sous la roche depuis près de 2 milliards d'années. Et très vite, les chercheurs découvrent qu'il y a là non pas un réacteur, mais

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16, plus un autre à une trentaine de kilomètres, à Bangombé. Mais jusqu'à aujourd'hui, aucun autre n'a été découvert ailleurs sur Terre. Bon, mais avant de vous expliquer comment on a découvert ces réacteurs nucléaires et comment on a su que c'en était,

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il va falloir commencer par vous expliquer comment faire marcher un réacteur nucléaire.

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Bon, mais tentez pas ça chez vous. Donc, pour faire fonctionner un réacteur nucléaire, vous l'aurez compris, il vous faut de l'uranium 235 en concentration suffisante. Mais il

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ne suffit pas d'enrichir de l'uranium. En effet, les neutrons qu'il émet lors de sa fission sont trop rapides et ratent les autres noyaux d'atomes. Il vous faut donc un modérateur. Ce modérateur, c'est l'hydrogène, qui ralentit juste assez les neutrons pour qu'il puisse percuter d'autres noyaux.

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Et l'hydrogène, il y en a deux atomes dans chaque molécule d'eau. Vous devez donc plonger votre uranium 235 dans de l'eau.

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Mais surtout, vous devez en plonger suffisamment, parce que les neutrons partent dans tous les sens. Et si vous voulez avoir suffisamment de chance que par hasard, l'un d'entre eux percute un autre noyau, il faut en mettre assez sur sa route. Votre réacteur doit donc contenir une concentration suffisante d'uranium 235, être assez gros, être plongé dans de l'eau, et pour finir,

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ne pas contenir de poison. Dans un réacteur nucléaire, on appelle poison les éléments qui absorbent les neutrons, empêchant ainsi la réaction en chaîne, comme le bore, par exemple, qui a été jeté en masse sur le réacteur éventré de Tchernobyl

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pour l'étouffer. Donc, assez d'uranium, assez riche, plongé dans de l'eau, sans poison. Ça n'a pas l'air bien compliqué. Et pourtant, il y a un problème. Le problème, c'est les 0,72 % de tout à l'heure. Parce que si vous faites juste un tas de minerai d'uranium, la teneur en uranium 235 est tellement faible que votre réacteur ne s'allumera jamais. Nous allons donc devoir, encore une fois, remonter très loin dans le temps, cette fois-ci, juste après la formation du système solaire. Et ouais, tu as vu, on parle pas d'astronomie, mais on fait de l'astronomie quand même. Abonne-toi.

Alors par contre, sans deck, si tu es encore là à ce stade de la vidéo, abonne-toi, le meilleur est à venir. On l'a vu, l'uranium est très, très, très

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rare dans l'univers, mais il a une particularité intéressante. Il est,

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dit lithophile, c'est-à-dire qu'il s'associe facilement avec les molécules qui constituent l'essentiel des roches. À la formation de la Terre, quand elle n'était encore qu'une boule de magma liquide, les éléments les plus lourds comme le fer et le nickel ont coulé au centre pour former le noyau.

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Il en est de même pour d'autres éléments comme le thorium ou l'uranium, mais l'uranium aime se fixer aux roches, et une bonne partie est donc restée dans la croûte terrestre, qui était alors en train de se solidifier. Le reste, qui a coulé vers le centre de la Terre, continue à se désintégrer lentement, et c'est la chaleur générée par ces désintégrations qui fait que le noyau de la Terre est encore chaud. Et oui, la Terre est un gigantesque réacteur nucléaire.

Nous sommes donc il y a environ 4 milliards d'années, et l'uranium se trouve donc dispersé dans la croûte terrestre, mélangée aux autres minéraux. Et là va arriver un événement déterminant dans notre histoire : l'apparition de la vie. Quand je dis que l'uranium est dispersé sur Terre, comprenez bien que ça veut dire qu'il n'en existe pas de gisement où il est concentré, il est littéralement dispersé.

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Dans la même période, à quelques centaines de millions d'années près,

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la vie apparaît sur Terre, et il y a 3,5 milliards d'années apparaissent les cyanobactéries, plus communément appelées algues bleues. On les appelle algues bleues, mais elles peuvent aller du vert au violet. Mais c'est pas l'important. L'important, c'est que si elles sont bleues ou vertes,

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c'est parce qu'elles vivent grâce à la photosynthèse, comme nos plantes actuelles. Or, la photosynthèse, ça consiste à prendre du dioxyde de carbone de l'atmosphère, à garder le carbone et à rejeter le dioxyde, le dioxygène, quoi. Et pendant des milliards d'années, la vie sur Terre va se résumer à ça : des algues bleues qui rejettent de l'oxygène. Et c'est comme ça que l'oxygène que vous respirez apparaît dans notre atmosphère,

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parce qu'avant, bah, il y en avait pas. Il y a 2,2 milliards d'années, il y a suffisamment d'oxygène dans l'environnement pour qu'il se passe un truc intéressant. L'uranium, on l'a dit, se trouve un peu partout dans les minéraux. Mais si ces minéraux se trouvent en présence d'eau dans laquelle est dissous de l'oxygène, il s'oxyde,

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devient du dioxyde d'uranium, et le dioxyde d'uranium, bah, assez soluble dans l'eau.

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Et donc, pendant des centaines de millions d'années, là où elle coule, l'eau va laver les roches de leur uranium. Mais quand il se trouve dans un milieu non pas oxydant, mais réducteur, comme en présence de matière organique, l'uranium va précipiter,

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et cette matière organique va donc concentrer l'uranium à un endroit, toujours pendant des centaines de millions d'années, et donner naissance aux premiers gisements d'oxyde d'uranium. Ce sont les bactéries terrestres qui ont oxydé l'environnement et permis à l'eau d'extraire l'uranium des minéraux. Et ce sont des dépôts de matière organique qui ont permis à celui-ci de se concentrer en gisement. Bon, déjà là, c'est pas mal. Mais on l'a vu, il ne suffit pas d'avoir un gisement d'uranium pour en faire un réacteur nucléaire, parce que l'uranium 235 y est trop peu concentré. Trop peu concentré aujourd'hui. En effet, on a vu que l'uranium 235 a une demi-vie de 700 millions d'années, alors que l'uranium 238, lui, il lui en faut 4,5 milliards d'années. Ce qui veut dire que si vous voulez trouver le double d'uranium 238 sur Terre, il faut remonter à la naissance de celle-ci. Mais si vous voulez trouver le double d'uranium 235, il faut remonter à il y a 700 millions d'années. Et si vous remontez à 700 millions d'années supplémentaires, vous en trouverez encore deux fois plus. Remontez encore de 700 millions d'années, et vous en avez encore une fois le double. Et donc, il y a 2,2 milliards d'années, les premiers gisements d'uranium se forment. Mais dans cet uranium, il y a près de 3,5 % d'uranium 235, ce qui correspond à peu près au niveau d'enrichissement de l'uranium des centrales nucléaires d'aujourd'hui. Cet uranium, enseveli sous des dizaines de mètres de sédiments marins, et petit à petit, au fil des millions d'années, est devenu une forme de grès. Par le fait des mouvements de la croûte terrestre, ces sédiments se sont retrouvés à plusieurs milliers de mètres sous la surface du sol. Des failles dans la roche ont laissé entrer l'eau, qui petit à petit a lavé le gisement de possibles poisons comme le chlore. Beaucoup d'uranium riche en U235, de l'eau, et pas de poison. Et nous avons un réacteur nucléaire qui démarre. Après avoir analysé précisément la composition des gisements d'Oklo, les chercheurs ont pu déterminer que ces réacteurs se sont allumés il y a 1950 millions d'années, ou 1,95 milliard d'années, à 30 millions d'années près. Toujours par la spectrométrie de masse, ils ont analysé précisément quels en étaient les résidus de fission. Et on sait donc aujourd'hui que non seulement il y a eu des réactions avec l'uranium 235, mais aussi que ces fissions ont permis la création, avec l'uranium 238, de plutonium, que l'on croyait jusque-là être un élément purement artificiel. Par contre, on n'a pas retrouvé le plutonium. Sa demi-vie étant de 24 000 ans, on a retrouvé que ses produits de désintégration. Mais au vu des quantités qu'on en a trouvé, cela a permis d'évaluer la durée de fonctionnement de ces réacteurs. Tenez-vous bien : notre plus vieux réacteur nucléaire toujours en service a été démarré à Bugey en 1969. Il a un peu plus de 50 ans, et les barres de combustible n'y sont utilisées que quelques années avant d'être changées. Le réacteur d'Oklo, qui a fonctionné le moins longtemps, a tourné pendant 150 000 ans. Celui qui a fonctionné le plus longtemps a tourné pendant 850 000 ans. 500 tonnes d'uranium ont participé aux réactions nucléaires, qui ont dégagé une énergie estimée à 100 milliards de kWh. Soit de quoi alimenter 1 million de Tesla Model S pour leur permettre de rouler chacune sur 500 000 km, ou encore de quoi alimenter la France entière pendant presque 3 mois. Mais évidemment, ramené sur presque 1 million d'années, ça fait pas une grosse production journalière. Mais alors, ces réacteurs, ils ressemblent à quoi sur le terrain ? Ils se présentent comme de grosses lentilles allongées, très poreuses, avec une épaisseur d'environ 1 mètre et une dizaine de mètres de long. On les trouve dans le grès, enfermé dans une sorte de gangue d'argile. Le passage répété de l'eau à haute température à l'intérieur fait que par endroit, les sels présents ont été tellement dissous que le gisement est poreux à près de 40 %. En fait, le grès a été tellement dissous que, à l'origine, le gisement devait mesurer près de 5 mètres d'épaisseur. Et en perdant une partie de ses composés, le grès est devenu cette sorte d'argile entourant l'uranium et le gardant en place. En effet, pendant le fonctionnement des réacteurs, du fait de leur profond enfouissement souterrain, la pression et la température devaient y être proches de celle qu'on trouve aujourd'hui dans un réacteur à eau pressurisée, à savoir 450° et 200 bars de pression. Si la température montait trop, l'eau devenait moins efficace comme modérateur, ce qui ralentissait la réaction. Si la réaction de fission diminuait, la température haussait, et l'eau redevenait un bon modérateur, et la réaction se stabilisait. En gros, c'est le fonctionnement de la majorité des réacteurs nucléaires modernes, et la circulation de l'eau permettait l'évacuation d'éventuels poisons. Ainsi, ces réacteurs nucléaires ont fonctionné à l'abri des regards pendant des centaines de milliers d'années, jusqu'à ce que leur uranium 235 soit consommé et que sa concentration devienne trop faible pour continuer à les alimenter. Un réacteur nucléaire produit des déchets, des éléments chimiques qui sont fabriqués pendant la fission. Ceux qui ont une demi-vie trop brève n'ont pas été retrouvés. Les autres, en revanche, exactement les mêmes que nos déchets nucléaires actuels, étaient bel et bien là. Et c'est ça, et les faibles taux d'uranium 235, qui a permis aux chercheurs de déterminer avec précision ce qui s'est passé et quand

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ça s'est passé. Et comme tous ces éléments sont radioactifs, dater un réacteur nucléaire, c'est comme dater une momie au carbone 14. Ensuite, durant les deux milliards d'années qui ont suivi, l'érosion a fait son œuvre et a ramené ses réacteurs nucléaires éteints près de la surface, où ils ont été découverts en 1972, 2 milliards d'années après leur extinction. Il faut dire que la région d'Oklo a cet avantage de ne pas avoir beaucoup bougé durant cette période, et c'était pas gagné. Pensez-y, on parle de 2 milliards d'années, mais la Pangée, le supercontinent qui s'est fractionné à peu près au moment de l'apparition des premiers dinosaures, date de 250 millions d'années, soit 8 fois moins longtemps. Donc, imaginez un peu la chance qu'on a eu que l'érosion ou le mouvement des continents ait préservé cet endroit. Et dans les faits, les réacteurs d'Oklo et celui de Bangombé sont les seuls que l'on connaisse dans le monde entier. Est-ce que d'autres ont pu se former ailleurs ? Probablement. Mais dans les régions où la Terre a beaucoup évolué, il est peu probable qu'on en trouve. D'autant que ces réacteurs doivent avoir plus d'1,5 milliard d'années au moins. En effet, passé cette période, l'uranium 235 s'était déjà trop désintégré et sa teneur dans le minerai était donc trop faible pour espérer voir un réacteur s'allumer.

Après la découverte de ce site,

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une question s'est posée : celle de la gestion des déchets nucléaires. Pas ceux vieux de 2 milliards d'années, hein, mais les nôtres. Vous avez déjà probablement entendu parler de l'enfouissement des déchets nucléaires, et vous avez probablement entendu parler des problèmes que ça pose. En effet, un truc qui reste dangereusement radioactif pendant des millions d'années, comment on fait pour le stocker et être sûr qu'il ne va pas contaminer les sols alentours ou que quelqu'un ne va pas venir mettre son nez dedans ?

Alors,

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pour pas que quelqu'un mette son nez dedans, la solution est relativement simple : c'est de l'enfouir très, très profondément. Pourquoi ? Parce que quelqu'un qui aura la technologie pour creuser aussi profond dans la roche aura la technologie pour concevoir un compteur Geiger et se rendre compte que c'est dangereux. Par contre, enfouir les déchets profondément dans le sol ne garantit absolument pas que l'eau ne va pas passer par là et être contaminée avant de remonter en surface. Et c'est là que les réacteurs d'Oklo se sont révélés très intéressants, parce qu'on a là des déchets radioactifs qui sont les mêmes que ceux de nos réacteurs modernes, et qui sont restés confinés là pendant de fucking milliards d'années. Pendant qu'on se posait des questions sur comment il faut emballer les déchets nucléaires pour pas qu'il bouge pendant 1000 ou 100 000 ans, à Oklo, ils sont restés confinés non pas 1 million, non pas 100 millions, mais 2000 millions d'années. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on considère que l'enfouissement des déchets nucléaires doit avant tout se faire dans un sol adapté, une couche géologique stable et dont on sait que sa nature va la garder stable au moins le temps que les déchets ne soient plus dangereux. Car oui, les déchets des réacteurs d'Oklo ne sont bien entendu plus dangereux depuis longtemps. Et quand je veux dire longtemps, je veux dire que 500 millions d'années avant l'explosion cambrienne, il n'était déjà plus dangereux.

Tiens, l'explosion cambrienne. Parlons-en un peu. La vie est apparue sur Terre il y a près de 4 milliards d'années. 500 millions d'années plus tard, les algues bleues ont commencé à produire de l'oxygène. Et encore un milliard et demi d'années plus tard, cet oxygène a permis la formation de gisements d'uranium. Mais pendant tout ce temps, la vie à la surface de la Terre était faite d'organismes unicellulaires, des bactéries, quoi. La première bébête multicellulaire, on pensait qu'elle avait 1,2 milliard d'années, et il y a 535 millions d'années a eu lieu l'explosion cambrienne. Une période de quelques millions d'années où la vie s'est soudainement complexifiée pour donner naissance aux grandes familles du vivant d'aujourd'hui. 535 millions d'années, et il faudra encore plus de 250 millions d'années supplémentaires pour voir arriver les ancêtres des premiers dinosaures. Et pendant ce temps-là, les réacteurs d'Oklo ont 2 milliards d'années. Alors ça fout le vertige, mais quel rapport ? Et bien, pas très loin à Franceville ont été découverts des fossiles intrigants. Ce sont des animaux multicellulaires datant d'avant le Cambrien. Je vous ai dit que jusque-là, les plus anciens organismes multicellulaires étaient datés d'1,2 milliard d'années. Mais ces étranges organismes, qui ne ressemblent à rien de connu aujourd'hui, et qui sont donc des branches de l'évolution qui se sont éteintes il y a très, très longtemps, ont été trouvés dans les mêmes couches géologiques que les réacteurs nucléaires.

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Alors, est-ce qu'ils ont un lien ? Non. Certes, ça aurait été très putaclic, mais ne cherchez pas à recoller les morceaux pour arriver à des réacteurs nucléaires installés par une civilisation extraterrestre vieille de 2 milliards d'années. Non. Par contre, le fait de les avoir trouvés dans une couche géologique que l'on a pu dater avec autant de précision grâce à la présence de réacteurs nucléaires naturels a permis de déterminer qu'ils avaient le même âge. Mesdames et messieurs, vous avez devant vos yeux les plus anciens animaux connus, qui ont vécu presque un milliard et demi d'années avant que la plupart des animaux n'apparaissent sur Terre. Et ça,

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on le sait grâce à des réacteurs nucléaires naturels qui fonctionnaient tout seuls et qui produisaient du plutonium comme celui des bombes atomiques, 2 milliards d'années avant que notre espèce n'envisage même que ce soit possible. Et ça, ça fout le vertige. La science, ça fout le cul. Levez les yeux au ciel. Soyez astronomiques et à la voyure.

Bonjour Pom, c'est Simple, et aujourd'hui, je vais vous faire une réclame pour WFood. En ce moment, c'est les soldes WFood. Ils font pas tes habits, mais ils ont dit qu'ils font les soldes quand même. Et pour les soldes, ils ont décidé de changer le pack découverte. Le, ça c'est le nouveau. Maintenant, dedans, il y a des nouveaux goûts comme Manko. Manko, c'est pas un nouveau goût WFood, ça existait déjà, mais avant, c'était pas dans le pack découverte. Sauf que maintenant, si. Comme ça, tu peux essayer tes nouveaux goûts que tu connaissais pas, et tu peux savoir si tu aimes ou pas avant que tu es obligé d'en acheter tout un pack. WFood, c'est tes bouteilles de carte tout. Qu'est-ce qu'il faut manger dans une journée ? Trin et stitamine, tes cailloux et du métal. Un quoi ? Appelle-le. Le calcium, c'est un caillou, et le zinc, c'est du métal, même qu'il y a du fer. Oui, mais c'est pas, on dit pas des cailloux, on dit des minéraux. Oui, bah c'est pareil. Bah non, les gens, ils vont croire que tu leur vends des résidus de fonderie ou je sais pas quoi là. Oui. Bah en gros, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est que dans tes une bouteille un quart, tu as besoin dans une journée. Donc, si à un moment, tu as pas le temps de manger correctement, et que tu veux acheter un six burger ou un 108 triangle avec 2000 % de tes apports journaliers recommandés en gras et en sucre, et ben à la place, il faut mieux que tu prennes un WFood. Donc, WFood, c'est pas fait pour remplacer tout qu'est-ce que tu manges, c'est fait pour remplacer le six S. M. Lien qu'il est dans la description, ou avec le code astrono, et c'est une réduction spéciale pour les soldes, mais pas que sur le pack découverte. Quel le pack découverte, il est nouveau, mais si tu connais tes, ça tu peux acheter tout qu'est-ce que tu veux. Donc, tu oublies pas, le lien, il est dans la description. Là, la réclame, elle est finie. Puf.