Transcription
Il y a quelques semaines, Nathan, on est allé en voiture depuis Marseille jusqu'à Nice et à mi-chemin entre Marseille et Nice. Qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu une sortie d'autoroute avec écrit sur le panneau "Roquebrune-sur-Argens", qui est une toute petite commune, peut-être même un village, je sais pas. Mais depuis quelques années, tout le monde connaît au moins ce nom. Exactement. Et on vous dira pourquoi plus tard dans l'épisode.
Salut Nathan. Bah salut tout le monde. Salut Violène. Comment vas-tu ? Ben écoute, ça va très, très bien. Évidemment, ça va encore mieux quand je sais qu'on va parler de ce sujet parce que c'est un sujet qui me passionne et qui donc me tient à cœur. Donc je suis très contente de parler du sujet du jour. Et le sujet du jour, c'est les faits divers. C'est un mot que peut-être beaucoup ne comprennent pas ou ne connaissent pas. Et pourtant, nous en France, on en parle tout le temps des des faits divers. Ce mot-là est très connu, on l'apprend très vite. C'est même deux mots, "fait divers". C'est en deux mots. C'est un mot. Ouais, exactement. Qu'on entend au quotidien et c'est un mot même qui nous fascine, mais au-delà du mot, tout ce que renferme les faits divers, ça nous fascine. Et aujourd'hui, on a envie de comprendre pourquoi ça nous fascine autant les faits divers. Et je vous rappelle que la transcription détaillée de cet épisode est à retrouver sur Patreon avec plein de choses : des épisodes plus longs, plus d'histoires, plus de français réels, plus de français vivants. Donc on vous attend et le lien est dans la description. Voilà.
Donc, on va voir comment on va appeler, après l'enregistrement, comment on va appeler cet épisode, Violène. Mais voilà, ça fait quelques temps qu'on voulait parler des faits divers. C'est une passion française, peut-être une passion que connaissent beaucoup de gens aussi dans le monde. Mais avant tout, il faudrait peut-être, c'est très important, de définir cette notion de fait divers. Qu'est-ce que c'est ? Exactement. Parce que on parle de fait divers depuis une ou deux minutes, mais certains auditeurs peuvent se demander qu'est-ce que c'est ? Bon, un fait divers, c'est un terme à la base qui est quand même journalistique. Ça vient du journalisme. Et d'ailleurs, encore aujourd'hui, quand on lit un journal papier en France, enfin un journal papier français, dans les rubriques, dans les catégories, il y a encore une catégorie "fait divers". Donc on va le, on va le définir. Moi, j'ai noté une petite définition euh qui est la définition du dictionnaire, je pense. Donc un fait divers, c'est tous les événements du jour. Ça peut être un accident, ça peut être un délit, ça peut être des crimes, un incendie, par exemple, un accident de la route. Tu as raison. Exactement. Et donc, c'est des événements qui ont aucun lien entre eux, mais qui n'entrent dans aucune autre catégorie de l'information. Donc par exemple, l'économie, l'actualité euh internationale, l'actualité euh nationale, la politique, le sport, l'environnement, comme quand on va par exemple sur le site, tu sais, du Monde, lemonde.fr, il y a toutes ces rubriques. Tu as raison. Bah fait divers, c'est tous les à-côtés. Euh, mais on parle, on parle avant tout de ça. C'est vrai que ça, c'est, je pense, la définition un peu classique, traditionnelle, originelle. Mais je crois que depuis quelques années, euh, surtout quand on parle des faits divers, il y a les petits et les grands faits divers, comme on dit. Et quand on parle des faits divers, on parle surtout des crimes et des gros crimes, donc des meurtres, des viols, par exemple, et puis aussi de de délits, mais des délits qui sont assez importants, quoi.
Bah aujourd'hui, je pense à nos auditeurs ou aux gens qui nous regardent sur YouTube. Si ils parlent à un français dans la vie euh normale et que euh ce français ou cette française évoque un fait divers, je suis sûre à 99 % que ce sera un crime ou un viol ou en tout cas quelque chose de de sordide, de cruel qui intrigue et qui fascine ou qui nous fait peur. Il y a vraiment cette relation de fascination. Quand on parle d'un fait divers, on ne va pas vous parler forcément d'un accident de la route, d'un chien écrasé. Non, ça va être un gros truc en général lié à un meurtre, lié à d'autres choses sordides. On parle en fait d'une grande affaire criminelle. C'est vrai, ce terme est important, une affaire criminelle. Et ce qui est marrant, un petit point de de vocabulaire ou de culture, tu sais comment on appelle aussi cette rubrique des des faits divers dans l'argot, par exemple ? Surtout dans l'argot. Ça vient de l'argot. Oui, je crois. Vas-y. Je crois qu'on dit que c'est la catégorie des chiens écrasés. C'est ça, la rubrique des chiens écrasés, avec tout ce côté un peu péjoratif de l'époque. Mais je pense que ça va, que ça a évolué. Ce regard-là a évolué. On va pouvoir en parler. C'est ça qui est aussi intéressant.
Donc aujourd'hui, on va vous parler de pourquoi ça fascine autant les Français, les faits divers. Et évidemment, on va parler de quelques-unes des plus grandes affaires criminelles qui ont marqué les Français, qui marquent encore les Français. Donc on va, on va y aller. Et pour commencer, j'ai envie de te demander évidemment, Nathan, de parler un peu de toi, un peu de moi. Toi, quel est ton rapport au fait divers ? Est-ce que tu aimes consommer du contenu lié au fait divers ? Est-ce que ça t'intéresse ou au contraire, est-ce que tu méprises et tu trouves que ce n'est pas intéressant ? Bah moi, je, je pense que c'est très intéressant. Ça va peut-être choquer certaines personnes qui qui nous écoutent, mais mais ça m'intéresse, ça me fascine. Là encore, je fais référence aux grandes affaires criminelles. Pas pour le côté sordide, pas pour le côté voyeur, pas pour le côté malsain ou crado, comme on dit, c'est-à-dire un peu sale. Bon, les faits en en eux-mêmes, c'est-à-dire les crimes, les détails, la manière dont ils ont été tués, ça peut intéresser, mais ça va être plutôt le ce qu'il y a après, tu vois. C'est vraiment le tout le tout le contour, on va dire, qui touche à la société. Par exemple, pour moi, un grand fait divers, une grande affaire criminelle, souvent derrière tout ça, il y a un regard, il y a une analyse qui est intéressante et qui va toucher donc la politique, la société, qui va aussi avoir un côté même philosophique, psychologique. Et tout ce côté-là, je trouve que c'est intéressant. Et j'irai même plus loin. Je pense qu'il y a presque aussi une dimension géographique ou sociologique. On va pouvoir donc sociétale aussi, on va pouvoir mieux comprendre la société et des aspects aussi du territoire. On découvre même parfois, quand il y a un crime dans un petit département en France, la géographie. Ouais. Et je trouve qu'aujourd'hui, c'est un petit peu ringard de mépriser les faits divers. En tout cas, en France. Je sais pas si c'est grâce aux médias qui ont offert de nouveaux regards sur les faits divers, mais en fait, je trouve que c'est systématiquement un fait de société parce que c'est quelqu'un de réel, de lambda, presque, qui est derrière un crime ou qui est victime d'un crime, d'un meurtre, et cetera, dans ces grandes affaires, voilà, criminelles et médiatiques.
Toi, est-ce que par exemple, je te pose la question, mais j'ai déjà la réponse, je sais que tu aimes beaucoup ça. Quel est ton rapport donc ? Est-ce que tu regardes beaucoup ? Est-ce que tu passes beaucoup de temps devant la télé ? Est-ce que tu écoutes des podcasts ? Est-ce que tu écoutes la radio pour en savoir plus sur ces histoires-là ? Bah ouais, moi je suis extrêmement friande de ça, comme on dit. Je suis cliente, je suis, j'adore ça. Moi, mon rapport, il est quasiment quotidien, je pense. Il est quotidien, en fait. C'est-à-dire qu'il n'y a pas une journée, je pense, où je ne parle pas de fait divers. Donc, soit j'écoute des podcasts le matin quand je me prépare, ou alors le soir quand je sais pas, je vais au sport ou quand je vais courir, j'ai toujours un petit podcast de de fait divers. Il y a des journalistes que j'aime énormément qui se livrent à cet exercice et moi, j'adore. Quelle émission par exemple, tu tu suis en en France ? Tu le sais ? Ouais. Alors, j'en connais une qui est très connue qui s'appelle "Fait entrer l'accusé", qu'on peut trouver sur YouTube, par exemple, qui est une émission comme ça qui relate, qui est qui raconte tous les les grands faits divers en France. Mais je crois que tu en écoutes d'autres, d'autres podcasts, peut-être que tu peux recommander. Ouais, là, je vous recommande des petites pépites. Alors une pépite qui est très, très connue. Alors en fait, "Fait entrer l'accusé" a été créé par un journaliste qui s'appelle Christophe Hondelatte et aujourd'hui, il a quitté l'émission télé, mais il a un podcast qui s'appelle "On raconte" ou parce qu'il s'appelle "Hondelatte". Oui, "Hondelatte raconte" ou "100 % Hondelatte". Voilà, vous pouvez aller écouter, c'est très euh très fun et beaucoup de gens autour de nous l'écoutent. Je dis, je dis que c'est fun parce qu'il incarne toujours les les personnages, mais en fait, il fait des imitations aussi des personnages. Donc il prend la voix, par exemple, d'une personne qui habite à la campagne en France. C'est caricatural, bien sûr, mais ça fait, ça fait aussi sourire. Mais il a une, il a une éthique journalistique très forte et donc il n'y a jamais de conneries dans ce qu'il dit, dans les faits qu'il relate, et ça, c'est très, très important. Et sinon, un autre podcast que je vous recommande, ça s'appelle "Homicide", mais en fait, c'est parenthèse, "home" comme maison, et ensuite, et qui relate des affaires qui se sont passées dans des maisons parce que très souvent les faits divers sont d'une banalité monstre et commencent dans le quotidien d'une maison, d'un foyer. Donc je vous recommande, j'aime beaucoup la la présentatrice, la journaliste qui fait ce podcast.
Et pourquoi tu aimes ça, alors ? Qu'est-ce qui te plaît dans dans tout ça ? Bah, j'essaie de de savoir pourquoi moi j'aime ça. Moi, je pense que ça fait partie de la nature humaine. On est tous hyper curieux. Déjà, je pense qu'il y a une espèce de curiosité malsine, malheureusement. Mais au-delà de ça, je pense que ce qui fascine, c'est que le fait divers est réel. C'est-à-dire que c'est arrivé dans la réalité. C'est, c'est vrai. Ce n'est pas une fiction. Et c'est arrivé près de chez nous, aussi. C'est ça le truc, c'est que c'est arrivé près de chez nous et en même temps, ça ne nous a pas touché directement. Mais ça aurait pu nous toucher. Exactement. Et en fait, je pense que le fait divers, un fait divers important en France, il va toujours partir d'un mystère. C'est-à-dire qu'on va retrouver un cadavre ou alors quelqu'un va disparaître et on ne sait pas où il est. Et en fait, la, les médias et les Français vont se prendre de passion, vont être en haleine de savoir qu'est-ce qui arrive à cette personne qui a disparu, ce cadavre, qui l'a tué ? Et donc, on va être tenu en haleine, c'est-à-dire qu'on va suivre l'affaire avec beaucoup de suspense et cetera. Et euh et une fois que le mystère est résolu, par exemple, on retrouve la personne disparue, on retrouve un cadavre et cetera, on retrouve le meurtrier, si on le retrouve dans le cas, ou dans les cas où on les retrouve, retrouve, bah, on a envie de savoir ses motivations, on a envie de comprendre presque pourquoi il a fait ça, sans excuser, mais on a envie de de comprendre. Et en fait, on veut connaître le fin mot de l'histoire, comme on dit. Donc on veut, je sais pas, obtenir une explication. Et et voilà, les mystères, c'est addictif. Et et je pense que d'un côté, ça ne va pas plus loin que ça pour la première raison, c'est que c'est réel et que c'est arrivé à côté de chez nous, quoi. Voilà.
Et ça nous confronte aussi à la question du mal, à ce mystère qui est le passage à l'acte. Comment quelqu'un d'ordinaire, parce que c'est vrai qu'on ne pas, c'est ça qui est fou, euh, qui est ouf, c'est qu'on ne pas euh criminel, on ne pas violeur, tu vois. On n'a pas envie de tuer toute sa famille à la naissance. Donc c'est quoi ce cheminement ? C'est quoi ce chemin ? Quelles sont les étapes un peu que nous on a loupé et qui font qu'on devient comme ça un meurtrier ? Après, quand on analyse un peu, et j'ai regardé aussi quelques émissions, on a regardé ensemble des émissions sur des grands criminels, c'est que je trouve qu'il y a un point commun quand même à à tous ces gens-là, c'est, on en revient souvent à l'enfance. Ils ont souvent eu un peu tous des enfances fracassées, ultra malheureuses. Voilà. Mais après, c'est la fameuse question. Il y a plein de gens qui ont des enfants qui ont eu des enfances difficiles et qui pourtant ne massacrent pas toute la famille, quoi. Complètement. Et au-delà de, parce que là, tout le monde ne fait pas l'effort d'écouter une émission de fait divers et qui va relater l'enfance d'un criminel. Mais au-delà de ça, je pense que dès qu'il y a un meurtre en France qui prend de passion les Français, on va tous se demander, est-ce que moi je pourrais le faire ? Tu vois, est-ce que moi j'en serais capable ? Et souvent, tu vois, tu dis, bon, est-ce que je suis capable de taper quelqu'un, par exemple, de frapper quelqu'un s'il m'énerve ? Ouais, je pense que on peut, enfin, je serais peut-être capable. Est-ce qu'on peut devenir violent ? Est-ce que par exemple, si je, est-ce que je peux étrangler quelqu'un ? Est-ce que je peux mettre mes mains autour de son cou, attendre une minute qu'il meure ? Là, tu te dis, hm, moi, je ne pourrais pas. Donc, qu'est-ce qui s'est passé chez la personne, chez le criminel, qui a fait ça pour que pour qu'il passe à l'acte, comme tu comme tu dis ? Donc, donc voilà, moi, je pense qu'il y a ça. Et il y a aussi, en fait, ça revient à ce qu'on dit, c'est le l'ordinaire qui bascule. C'est ça un fait divers, c'est tu es dans un petit village tranquille, tu es dans une famille sans histoire et d'un coup, il y a quelqu'un qui va zigouiller toute sa famille. Tu vois, "zigouiller", ça veut dire, c'est un mot très familier pour dire massacrer. Oui. Et comment en fait, les gens, des gens ordinaires peuvent commettre des actes monstrueux ? Et tu l'as dit, comment en fait, ils déraillent ? Donc, dérailler, vous savez, un train qui déraille, c'est un train qui sort un peu de de la voie ferrée, mais dérailler, on l'utilise aussi pour pour les personnes. Quand on pète un câble, quand on devient totalement fou ou qu'on est pris comme ça d'une pulsion de de mort et qu'on se met à massacrer toute sa famille, on déraille aussi. Et et ça va vite. C'est là aussi qui est fascinant, c'est que des gens ordinaires qui ont une vie en apparence normale peuvent faire ça. Et d'ailleurs, ce qui est aussi fascinant, c'est que à chaque fois, donc, il y a un crime avec un meurtrier euh identifié qui a avoué, par exemple, qui reconnaît tuer telle ou telle personne. Souvent les médias, ils vont dans le voisinage et ils vont dire euh, ils vont poser des questions aux voisins sur le meurtrier. Et je vous jure qu'à quasiment 100 %, pas 100 %, mais à 90 % dans 90 % des cas, les voisins vont dire "Ah bah vraiment, on ne l'avait pas vu venir." C'est-à-dire qu'on ne s'y attendait pas parce que vraiment, c'était quelqu'un de super sympa. Il nous disait toujours bonjour, il nous rendait toujours plein de services, tu sais. Il y a toujours ça et nous, on hallucine à chaque fois. Pareil pour les, tu sais, pour les terroristes, on dit "Oh, c'était quelqu'un de discret, de sympa. Il me disait bonjour quand il sortait les poubelles, il avait des enfants. Vraiment, je n'aurais pas pensé ça." C'est vrai qu'on le voit et c'est ça qui est fascinant.
Moi, ce que j'aime aussi dans les faits divers, c'est que pour moi, je vais aussi comparer ça à presque du football, à du foot. Pour moi, c'est comme un un élément de de culture populaire. C'est-à-dire que tout le monde en parle, tout le monde peut en parler. Il n'y a pas en fait, il n'y a pas d'un côté les gens qui qui sont au courant, les gens qui savent, puis de l'autre les ignorants, les gens qui ne savent pas. Non, tout le monde a son mot à dire. Tout le monde peut dire "Ah oui, je pense que c'est lui qui a tué." "Ah non, je pense qu'il n'a rien fait." Et en fait, on va se retrouver comme ça au village, au bistrot, au café, et même dans les les discussions avec les amis ou avec des proches. Si on a plus rien à dire, si on n'a pas trop de points communs, si on ne sait pas sur quoi on peut partir dans la conversation, et bien on va lancer une conversation sur le dernier grand crime qui s'est passé en France et on va demander l'avis de des uns et des et des autres. C'est ça, c'est en ça que je trouve que c'est vraiment un truc populaire, en fait. Exactement. Et et en fait, moi, je me rends compte que quasiment à chaque personne avec qui je vais parler, il va y avoir une mention tôt ou tard d'un fait divers. Parfois, c'est moi qui lance le sujet. Bon, pas parce que j'adore ça. Parfois, ce n'est pas moi qui lance le sujet. Donc, c'est vraiment la preuve que tout le monde est concerné. Et c'est souvent toi, quand même, pas tout le temps, mais bon. Euh, mais ce que je voulais dire, c'est que si par exemple, c'est un vrai conseil qu'on peut donner, que toi tu as un peu donné en filigrane, comme on dit, mais si vous ne savez pas de quoi parler avec un Français, lancez-le sur une affaire criminelle. Je suis sûre que vous allez faire mouche, comme on dit, c'est-à-dire que vous allez impressionner. Donc, voilà, les faits divers font partie de notre société, de notre culture. Et c'est horrible ce que je vais dire, mais c'est presque quelque chose, c'est presque une des dernières choses qui unit les Français. C'est-à-dire que Nathan me fait des me hausse un peu les yeux parce qu'il pense que que j'exagère, mais je trouve vraiment que ça réunit tout le monde, un fait divers. Donc, donc voilà.
Mais juste Violène, j'aimerais dire un mot. Tu parlais tout à l'heure de de mépris et que ça va mieux. C'est vrai que aujourd'hui, j'ai vu un chiffre passer, je crois qu'il y a 65 ou 70 % des gens qui qui aiment beaucoup et qui s'intéressent aux faits divers. Mais je pense aussi que en apparence, comme ça, en société, c'est encore un peu la honte pour certaines personnes d'en d'en parler, c'est ou d'aimer ça. Il y a une forme de de mépris. Et le premier truc qu'on peut te dire, si toi tu parles d'un grand criminel, par exemple, d'une grande affaire, on va pouvoir te sortir "Tu t'intéresses à ça, vraiment ?" Et puis en fait, après, je je trouve aussi que quand on creuse un peu, les gens en fait, derrière ça, ils lisent, ils s'informent, ils s'intéressent beaucoup à ça. Et j'ai envie de te dire aussi que moi, par exemple, j'ai fait du droit et j'ai fait une licence de droit. Et ce n'est pas juste de la curiosité mal placée, comme on dit. Et c'est que à travers aussi ces affaires criminelles, quand on suit ça avec des émissions aussi qui sont hyper intéressantes comme "Fait entrer l'accusé", parce que juste deux mots sur cette émission, Violène, il y a plein de gens, je pense, qui peut-être pensent à des émissions qui vont être glauques, malsaines, on parle juste du du crime en lui-même. Dans cette émission, il y a tout cet aspect psychologique. On peut voir aussi, on peut remarquer parfois les failles qui existent, par exemple, au sein de la police. En France, on a un peu deux branches pour ces histoires-là criminelles, pour la justice. Il y a la police et puis la gendarmerie. La gendarmerie qui sont des militaires en fait, et souvent, il y a des embrouilles entre les gendarmes et les policiers pour mener une enquête. Et bien souvent, ça va ralentir une enquête ou ça va empêcher une enquête d'aboutir. Et et ça, c'est vrai que quand on regarde "Fait entrer l'accusé", c'est dans beaucoup, beaucoup de situations. Et on voit aussi les procès, et ça, c'est passionnant de voir un procès français dans ces émissions. On voit comment ça se déroule, on voit les parties civiles, on entend aussi les avocats, la manière dont ils parlent, quels sont leurs arguments, comment tout simplement se déroule un procès à la Cour d'assises. Donc, c'est le tribunal pour les crimes en France. Donc, pour moi, s'intéresser à ça, en fait, c'est presque être, enfin, ce n'est même pas presque, mais c'est de la, c'est de la culture générale et c'est une forme d'ouverture d'esprit. Voilà, je vais un peu loin, mais c'est ce que je pense.
Non, non, mais moi, je suis complètement, complètement d'accord. En plus, ça légitime le fait que j'adore. Je suis intellectuelle parce que j'aime les les faits divers. Si on suit ton raisonnement, j'apprécie. Je prends. Par contre, il y a un truc que j'aimais pas moi quand je travaillais à la radio, tu sais, c'est que j'étais en local, dans une radio locale et je devais m'intéresser aux petits faits divers, ce dont on parlait tout à l'heure, les accidents, les incendies, les corps repêchés dans le port de la Rochelle. Et ça, c'était pas passionnant parce que à 4h du matin, je devais appeler, on doit appeler les policiers. Voilà, je devais appeler la police pour savoir exactement les conditions dans lesquelles on avait retrouvé le corps. Je sais que ce n'était pas passionnant. Ça pouvait être soit un accident, soit un suicide, malheureusement. Et je devais, tu sais, me dépêcher pour faire vite un reportage dessus et je me disais "Waouh, passer du temps dessus. Pourquoi au final ? Pour pour une info qui ne va pas trop intéresser ou en tout cas, qui ne va pas apprendre beaucoup de choses aux gens." Mais tu aurais pu tomber sur l'affaire de ta vie, tu vois. Oui, ou pas. C'est, c'est rare quand même, c'est exceptionnel ces grandes histoires. On va d'ailleurs en parler de deux ou trois affaires criminelles qui sont qui ont marqué la société française ces 30, 40 dernières années. Juste avant, en petite transition, j'ai un livre devant moi qui s'appelle "Dictionnaire amoureux des faits divers". Déjà, vous comprenez qu'il y a un amour des faits divers dans cet appartement. Et il y a des citations, pardon, qui ouvrent ce livre et il y en a une que je trouve très bien qui résume un peu tout ce qu'on a dit. Donc, je vais, je vais vous la lire. "Le goût du fait divers, c'est le désir de voir et voir, c'est deviner dans un pli de visage tout un monde semblable au nôtre." C'est-à-dire que dans un fait divers, on va s'identifier à un moment ou à un autre. On va soit s'identifier, je, j'espère qu'on ne va pas s'identifier au criminel, mais on peut s'identifier à la victime, à la famille de la victime, à la famille du criminel, aux policiers, même parfois, on peut s'identifier. Donc, je, vraiment, un fait divers, c'est ça concerne tout le monde, quoi. Oui.
Et justement, j'aimerais enchaîner sur une très grande histoire. Et tu as raison, Violène. Pour ça, c'est en lien avec l'histoire dont je vais parler aujourd'hui ou maintenant rapidement, on va essayer de résumer ça, mais il y a une grande histoire criminelle qui nous a tous marqués. On est à Nantes, dans l'ouest de la France, c'est Xavier Dupont de Ligonnès. Un père de famille de bonnes familles, comme ça, normal, bien sous tout rapport, qui a des enfants, qui a l'air heureux, qui est religieux, croyant, un catholique pratiquant, bonne famille avec sa femme et cetera. Tout va bien. Une belle maison, une belle situation à Nantes, dans l'ouest de la France, en apparence. En apparence. Et puis rapidement, comme ça, comment c'est pour ça, je trouve que ça fait écho à ce que tu dis. Euh, il a des problèmes, on le sait après, il a des problèmes finalement de de couple, il a aussi des dettes. Et au lieu de tout simplement divorcer, peut-être, et reprendre une autre vie, bah, il prend la décision d'aller massacrer toute sa famille avec préméditation. C'est-à-dire, c'est ça le pire, c'est qu'il a prévu de tous les tuer et sur plusieurs jours, il a organisé comme ça le meurtre de tous ses enfants, le meurtre de sa femme, et surtout la cavale. Il va prendre la fuite. Et aujourd'hui, cet homme, on ne sait pas où il est. Il a disparu. Et c'est ça qui est intéressant. On s'identifie. C'est-à-dire que moi, par exemple, Xavier Dupont de Ligonnès, mais tout simplement, pourquoi il n'a pas divorcé ? Pourquoi il n'a pas avoué ses problèmes à ses proches, peut-être ses problèmes d'argent ? Bah non, il a pris la fuite et il est parti. Et cette histoire est fascinante. Elle fascine aujourd'hui parce que on ne sait pas où il est et tout le monde a sa petite théorie. Oh, quelqu'un va, toi par exemple, tu peux me dire cette semaine, "Oh, moi, je pense qu'il est mort, qu'il s'est suicidé." Et puis une autre fois, peut-être la semaine prochaine, tu vas dire "Oh non, à mon avis, il est parti aux États-Unis parce qu'il avait une fascination pour les États-Unis." Et voilà, je trouve ça assez. Non, mais moi, je, je pense qu'il est vivant. Donc, j'ai jamais dit qu'il était qu'il était mort. Mais tu n'as jamais changé d'avis ? Jamais. Je suis persuadée qu'il est vivant. J'espère qu'il ne va pas regarder ce ou écouter ce podcast. Mais en tout cas, dans ce que je voulais dire, Xavier Dupont de Ligonnès, là, on l'a, on résume très grossièrement cette affaire. Ce qui fascine aussi chez Xavier Dupont de Ligonnès, donc, comme tu dis, il a disparu. Il a disparu à Roquebrune-sur-Argens. Euh, juste avant de disparaître, il retire de l'argent à un distributeur et il regarde la caméra de vidéosurveillance de ce distributeur et les policiers l'ont interprété comme étant euh un défi. Il défie presque les policiers en regardant cette caméra. C'est quelqu'un de très intelligent, de très calculateur aussi, Xavier Dupont de Ligonnès. C'est pour ça qu'il qui fascine en fait les les Français autant qu'il les qui nous répugne et qui nous scandalise, c'est qu'il a ce côté extrêmement fascinant parce que s'il est encore vivant, et ça fait 15 ans qu'il a qu'il a disparu et qu'il passe sous les radars, bah, c'est quand même que sa fuite a été savamment organisée, que c'est incroyable ce qui se passe. Oui. Et ce qui fascine aussi, c'est qu'en fait, dans son périple là de sordide, après avoir tué toute sa famille, après les avoir enterrés dans son jardin, il avait tout prévu, hein. C'est-à-dire qu'il avait écrit même aux écoles de ses enfants pour annoncer qu'il déménageait, qu'il partait loin pour des raisons obscures, dans, et on ne va pas rentrer dans dans les détails. Euh, mais ce qui est fascinant, voilà, c'est qu'il a entamé, entrepris un un périple, un voyage et il a traversé presque la moitié de la France. Donc, il est passé finalement très proche de là où habite la moitié des Français. Il est parti de Nantes, il a pris sa voiture, ensuite, il s'est arrêté une nuit dans un hôtel à La Rochelle, ma ville de naissance. Et puis, il a continué tout tout le Sud-Ouest pour aller dans le Sud-Est et disparaître à cet endroit, à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, sur la Côte d'Azur, pas très loin de de Cannes. Et voilà, et tout le monde le cherche. On ne va pas entrer dans les détails, mais allez, vous allez peut-être vous vous renseigner sur sur cette histoire. Bon, finalement, ce type d'histoire, je suis sûr que c'est commun et ça arrive aussi chez vous. Mais si vous parlez à un Français de Xavier Dupont de Ligonnès, 100 % des Français connaissent et ont un avis sur cette affaire, je pense.
Et je sais que le temps file, qu'on n'a plus beaucoup de temps, mais il y a d'autres histoires criminelles qu'on aimerait mentionner. Moi, pour moi, il y en a une qui est extrêmement importante, qui est peut-être l'histoire criminelle française par excellence, c'est celle du petit Grégory. C'est très long, je ne vais pas pouvoir la raconter parce que c'est encore une affaire irrésolue à l'heure actuelle. Mais sachez que là, on est plutôt dans les Vosges, donc on est dans le nord-est de la France. Au début des années 80, ça remonte exactement. On est euh, je vérifie sur mes notes, on est le 16 octobre 1984 et donc en fait, ce jour-là, le petit Grégory, qui est un enfant de 4 ans, disparaît et il est retrouvé quelques heures plus tard, donc mort et ligoté dans la rivière du village, donc dans un village des des Vosges. Et s'ensuit en fait, bah, 40 ans de de mystère. On ne sait toujours pas officiellement qui a commis ce crime. Ce qu'on est sûr, c'est que c'est quelqu'un de la famille de Grégory. C'est euh, soit son grand-oncle, soit, enfin, c'est quelqu'un de sa de sa famille. Et ce qui a fasciné les les Français dans cette dans cette histoire, c'est la jalousie. C'est la jalousie qui a poussé à tuer Grégory parce que ses ses parents, les parents de Grégory, euh, réussissaient tout ce qu'ils entreprenaient. Ils avaient une très, très belle maison, ils avaient un enfant qui était voilà, très mignon et cetera, en bonne santé, surtout. Et voilà, c'est la jalousie qui a poussé à tuer Grégori. Il y a eu aussi un corbeau, ça fascine. Un corbeau, c'est quelqu'un qui envoie des lettres anonymes ou qui appelle anonymement au téléphone en disant aux parents, c'est moi qui ai tué Grégory et cetera et cetera. Bon, un vrai corbeau, c'est un oiseau à la base. Mais mais voilà. Et euh, pour moi, le plus fou dans cette affaire, c'est que le père de Grégory euh a tué son cousin parce qu'il pensait que c'était son cousin qui avait tué Grégory. Et donc, en fait, il s'est fait justice lui-même parce que il y a eu beaucoup de manquements de la justice et de la police. Mais pour moi, c'est l'affaire française par excellence. Donc, une vraie réflexion encore une fois sur la la psychologie, sur la condition humaine, qui est passionnante. Et je vous recommande le documentaire Netflix sur cette affaire. Je suis sûr que pas mal d'étudiants et d'auditeurs l'ont peut-être déjà vu. C'est vrai qu'il avait fait un peu le le tour du monde, mais euh, il avait été vu à à l'étranger. Je sais ce documentaire il y a quelques années.
Et puis euh, rapidement, une autre histoire moi qui m'a marqué aussi et que tout le monde connaît parce que en fait, il y a aussi là la notion de mépris social et même de racisme dans cette histoire. Alors là, on est dans les années 90. Tout le monde connaît cette histoire, l'histoire de Omar Raddad. Avec une faute de français, et ça, ça peut vous intéresser. En fait, tout le monde connaît ce, tu sais, ce mot qui avait été écrit "Omar m'a tué" avec une faute de français, "tuer" E. Alors que c'est un participe passé, que normalement, il faudrait avoir écrit "tué". Et donc là, on est sur la Côte d'Azur aussi. On est à côté de Cannes, dans un petit village qui s'appelle Mougins. Je crois que c'est le lieu de décès de Pablo Picasso. C'est là où le peintre est mort. Et là, c'est une femme riche. Donc, il y a tout d'une grande affaire criminelle. C'est une femme riche qui est retrouvée morte dans sa belle villa, dans sa belle maison. Et avant de mourir, en fait, elle aurait écrit, je dis bien au conditionnel, elle aurait écrit avec son sang sur une porte, je crois, de la cave de sa maison, "Omar m'a tué". Donc, "tué" avec cette faute de français qui est Omar. Omar, c'est son jardinier. Jardinier qui est marocain, dans une France, dans une partie de la France où dans les années 90, il y a aussi, il faut le dire, du mépris social et puis du racisme, hein, les deux. Et donc Omar, comme il y a écrit "Omar tué", on se dit c'est Omar le criminel, il est euh accusé, il est condamné. Mais en fait, il y a plein de, il y a plein de doutes sur notamment cette faute de français parce que cette femme savait écrire. Donc, c'était bizarre qu'elle fasse une faute de français. Il n'y a pas de de preuve aussi. Il y a un manque de preuve, en tout cas. Il y a, il y a des zones d'ombre. Et donc, finalement, il va être gracié par le président de de la République de l'époque, Jacques Chirac, qui il va être libéré. Mais aujourd'hui, il se bat encore. Il est vivant, je crois, hein. Il il se bat pour reconnaître son son innocence. Et voilà, je trouve que c'est passionnant parce que, comme je t'ai dit, on y voit plein de choses quoi, sur la sur la société. C'est une belle analyse, une belle critique. Euh, on observe la société à travers encore une fois ce crime euh qui était évidemment atroce. Et il est question donc de de mépris social, de racisme et puis aussi des préjugés. Quels sont les préjugés qu'on peut qu'on peut avoir et que les policiers et les enquêteurs peuvent avoir quand ils mènent une enquête. Donc, hyper, hyper intéressant.
Euh, je pense qu'il est temps pour nous de conclure. Alors, on a des petites questions à vous poser, comme toujours. Déjà, on veut votre votre opinion. Ensuite, on a envie de savoir, est-ce que vous aimez les faits divers ? Est-ce que vous considérez aussi qu'on en parle trop dans les médias, notamment ? Et puis, dans votre pays, les crimes ? Est-ce que c'est un sujet de discussion important ? Dites-nous aussi quelle est l'affaire qui vous a le plus marqué. Nous, on va continuer la conversation sur Patreon. Oui. Pour vous raconter une histoire assez incroyable. Euh, celle d'un faux médecin qui euh, et c'est assez incroyable, qui a tué aussi toute sa famille. C'est un faux médecin qui disait travailler pour l'Organisation Mondiale de la Santé. Mais tout ça était évidemment totalement faux. M.