Transcription
Depuis 10 ans, la plupart des chaînes commerciales utilisent l'humiliation, la violence et la cruauté pour fabriquer des programmes de plus en plus extrême. À quel point est-ce que tu es obéissant ? Imagine, tu es sur un plateau télé et en face de toi, il y a une femme qui hurle de douleur. Elle souffre terriblement. Mais tous les spectateurs souris, ils applaudissent et l'animateur t'encourage. Alors, qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tu t'arrêtes ou est-ce que tu presses le bouton pour lui envoyer une aème décharge ? Tu crois que c'est un jeu mais en fait tu viens de participer à l'expérience de l'obéissance.
Madame, monsieur, bonsoir. Bienvenue sur le plateau de la zone extrême. Ceci est votre chaise sur laquelle vous allez rester installé durant toute la durée de l'émission. Les fils, les fils électriques qui vont vous envoyer les châtiments. Est-ce que c'est clair ? Là très clair. Oui. Oui. Questionneur, vous êtes maintenant le maître du jeu. C'est à vous. Attention, mauvaise réponse à suivre. 3 2 1 affiche. Pas de réponse. Nous considérons que c'est une mauvaise réponse. [rires] Laissez-moi partir. Laissez-moi partir. Pas de réponse. On va arrêter. Ne vous laissez pas impressionner, il faut continuer.
En 2010, sur France Télévision, Christophe Nick et la chercheuse Béatrice Milgram décident de reproduire la célèbre expérience 1000 g. Mais dans un jeu télévisé, l'émission s'appelle le jeu de la Vous posez les questions, vous lui donnez la bonne réponse. Si vous arrêtez, vous perdez tout. Vous êtes maintenant le maître du jeu. Allez-y. Des volontaires pensent tester un nouveau concept de divertissement et le principe est simple. Un animateur leur demande d'envoyer des décharges électriques à un autre candidat, un acteur en réalité. Mais ça à chaque mauvaise réponse. Donc en gros, à chaque erreur, la tension monte. On passe de 120 V à 200 V, 400 V. Et là, le candidat qui subit des décharges qui est, rappelons-le, un acteur, hurle qui veut s'arrêter, hurle qu'il souffre. Mais sur 80 participants et bien 80 % sont allés jusqu'à infliger la charge maximale, juste parce qu'un animateur en blouson leur disait "Le jeu doit continuer."
Il faut bien voir la situation dans laquelle ils sont. D'un côté, chaque poussée de manette les engage dans la situation, les engage dans l'obéissance. Le deuxème coup de manette l'engage un peu plus, le trisème l'engage encore et cetera. Ça s'appelle bêtement une escalade d'engagement. Le plus effrayant, c'est que contrairement à l'expérience de 1000 g, cette fois-ci, il n'y a pas d'autorité scientifique. Donc entre guillemets, il y a pas de blouses blanche pour jouer les gardes fous et rassurer le monde en disant que il y a pas de risque. C'est juste la télé, un décor, une caméra, un public. Il est incontestable que les gens au moment où ils signent le contrat qu'ils sont dans l'éventualité de devoir être des agents d'exécution. Et pourtant, le cerveau humain a obéi. Psychologiquement, ça s'explique par ce qu'on appelle la déresponsabilisation hiérarchique. Quand une figure perçue comme légitime, comme un chef, une institution, une caméra donne un ordre, on suspend notre jugement moral. ça obture leur leur pensée et qu'elle simplement elles se comportent comme elles pensent que tu attends qu'elle se comporte. On obéit pour rester cohérent avec le rôle social qu'on croit jouer. C'est le pouvoir du cadre. Tu crois jouer à un jeu et tu finis complice d'un crime.
Et aujourd'hui, cette expérience de télé peut être transposée aux réseaux sociaux. À chaque fois qu'on like une humiliation publique, qu'on cancelle quelqu'un ou qu'on suit un ordre absurde parce que tout le monde l'a fait, on rejoue le même mécanisme. On délègue notre conscience à une autorité symbolique. L'expérience du jeu de la mort ne portait pas sur la cruauté, elle portait sur la conformité. Et elle confirme une chose : monstre pour faire du mal. Il suffit d'obéir. On se retrouve demain pour une nouvelle histoire.
Avant, il y avait la masse des fidèles, il y a eu les masses des [musique] travailleurs, il y a eu la masse des soldats. Là, il y a une masse, c'est cette masse d'individus télévisualisés parce qu'ils ont été [musique] fabriqués à la même enseigne, ils ont été fabriqués par les mêmes pubs, ils ont été fabriqués par les mêmes séries et ils ont même été fabriqués par les mêmes jeux, par les mêmes talk show. Et cette masse est une masse gérée au niveau des pensées, au niveau des attitudes, au niveau des comportements. J'appelle ça un totalitarisme. Il est tranquille parce qu'on tape pas sur la gueule et on met pas en prison.