📱

Get Our Mobile App

Take your business learning on the go!

Download on the App StoreGet it on Google Play

Il est temps de s'effondrer.

Le Dolmen31:49

Transcription

[Musique]

Chez les lépidoptères, aussi appelés plus communément papillons, le processus de passage de la chenille à l'imago est une machinerie naturelle incroyablement complexe. Cela a toujours exercé sur nous, bipèdes curieux, une fascination persistante à travers les âges.

Après en moyenne 2 à 4 semaines d'existence sous sa forme de larve, soit la moitié de sa vie totale, le lépidoptère, poussé par un instinct profond et complexe, se met en quête d'un endroit adéquat, protégé des intempéries, en retrait et difficilement accessible aux prédateurs.

La petite chenille rampe tant bien que mal en quête d'un tombeau, car elle le sent : il est temps pour elle de mourir, de s'enfermer dans une chrysalide biologique hermétique. À l'abri des intempéries, depuis petit, je me suis toujours demandé si ce petit insecte se doutait de ce qu'il s'apprêtait à traverser.

Si quelque chose dans le corps de ce petit animal longiforme et rampant lui permettait de pressentir ce qu'il attendait. Autrement dit, la chenille devine-t-elle, en longeant la tige d'un pissenlit, qu'elle aussi est appelée à devenir l'immense être ailé, coloré et gracieux qui virevolte au-dessus d'elle ?

La chenille sait-elle qu'elle n'est qu'à la première moitié de sa vie, et que ce n'est peut-être pas la plus drôle des deux, en fin de compte ? Son instinct lui permet-il de sentir ce qu'il y a de l'autre côté, ou qu'il y a seulement un autre côté ?

Au moment où l'instinct de la chrysalide frappe, a-t-elle peur ? La chenille est-elle saisie d'une infime sensation d'excitation ou d'appréhension ? Tant de questions existent chez elle, en sentant son petit corps doucement comprimé dans la chrysalide mortuaire qu'elle sécrète elle-même.

Dit-elle adieu, au revoir, ou peut-être à tout à l'heure ? Silence. La nature sourit et nous regarde poser les bonnes questions, mais toujours sans réponse.

Aujourd'hui, après avoir lu tout ce que j'ai pu trouver sur l'instinct de nymphose chez les lépidoptères, j'en suis persuadé : la chenille ne sait rien. Elle n'a pas la moindre idée de ce qui l'attend. Elle est misérable, et chenille, et c'est tout.

D'ailleurs, c'est faux de dire qu'elle se transforme. Juste la phase d'empoisement, c'est-à-dire la fixation de la chenille à un support, et la mue qui donnera la chrysalide solide, n'est pas tant une transformation, mais une oblitération, une fin, pas initialement un renouveau.

À l'intérieur de ce tombeau de cartilage solidifié qui se forme progressivement, la petite chenille se dissout littéralement. Elle meurt. Elle devient une soupe biologique de lipides, de protéines et d'enzymes diverses. Tout son corps est détruit dans le processus. Au sens strict, la chenille se digère elle-même. Elle meurt.

C'est seulement une fois que cette soupe biologique aura atteint un stade optimal, où toute trace de la chenille aura disparu pour de bon, que, si tout fonctionne correctement (ce qui n'est pas forcément certain), certaines cellules aux capacités fascinantes, dites cellules imaginales, vont se mettre brutalement en activité et lancer une des danses biologiques les plus invraisemblables du règne du vivant.

Et voilà que du liquide primal émerge une aile, puis deux, puis des motifs, du bleu, du vert, une trompe, tout un être nouveau et splendide. Le dessin est parfait. La nature semble se surprendre elle-même.

Du prince des choux et rampant liquéfié émerge pour prendre sa revanche, un ménestrel en couleur. La chenille contient dans son codage génétique une image, littéralement un plan qu'elle porte en elle tout au long de la première moitié de sa vie. Et ça, c'est assez formidable, sans en avoir le moindre pressentiment et surtout sans pouvoir en user volontairement d'aucune manière.

Ce n'est pas un pouvoir qu'a la chenille, c'est une possibilité, un instinct, un destin enfoui qui ne se déclenche qu'au moment où elle se soumet au cycle. La chenille ne sait rien. Elle s'incline face aux exigences de l'effondrement.

Alors, que se passe-t-il dans la tête de ce petit insecte à cet instant crucial de son existence, dans le secret sombre et silencieux de sa chrysalide ? Eh bien, nous ne le saurons jamais. C'est peut-être mieux ainsi.

Mais la chenille meurt, voilà ce qui est certain. Elle consent à sa propre mort, humblement, instinctivement. Elle sait qu'elle doit mourir, poussée par quelque chose d'aussi puissant que ce qui fait pousser les arbres, que ce qui permet aux oiseaux migrateurs, aux tortues marines, au saumon ou au papillon monarque de migrer sur des milliers de kilomètres, par exemple, entre l'Amérique du Nord et le Mexique, sans que ce périlleux parcours ne leur ait été pourtant enseigné par avance.

Il existe dans la nature des systèmes complexes et instinctifs permettant aux vivants de trouver leur chemin de vie ou de mort, et souvent les deux dansent toujours ensemble. Ce n'est pas un hasard si le papillon a toujours été le symbole privilégié par de très nombreuses cultures pour représenter la psyché.

La petite chenille sait qu'elle doit mourir. Elle sait qu'elle doit le faire dignement, et elle sait qu'elle doit le faire sans attendre.

Et sans attente, en ceci, ce petit insecte nous donne une immense leçon. Et nous, quand allons-nous enfin accepter de mourir ? Car il est temps.

Cet épisode sert à faire mourir, à faner ce qui doit faner en vous. Cet épisode, dans de bonnes mains, et je crois, est une petite bombe psychospirituelle. Cet épisode, c'est l'appel du cocon. C'est un petit manuel pratique pour commencer cette année en entrant dans la chrysalide.

C'est une petite pilule à placer sous la langue. Pour 30 minutes environ, elle sera pour certains et certaines, je le crains, peut-être très, très amère. En effet, si ce que je vais essayer de vous dire parvient à passer derrière votre cuirasse de certitude et de système de défense, il est possible que vous ayez une légère nausée, un sentiment de vertige troublant.

Que cette année commence par une explosion volcanique dans votre plexus, ou que vous vous mettiez simplement à pleurer de manière incontrôlable pour de bon. Et ce serait une super nouvelle.

Ceux et celles qui iront jusque-là, je me doute que vous ne serez pas très nombreux, mais je vais vous le dire : vous êtes les plus courageux et courageuses, et les plus chouettes des humains. C'est vous qui allez sauver le monde. C'est vous, les artistes, et je vous veux dans mon équipe.

J'ai beaucoup pleuré avant l'écriture de ce texte et pendant parfois. Donc, une petite précision : comprenez bien une chose. Plus le ton d'un texte est enfantin et simple, plus ces vérités sont centrales.

Aujourd'hui, je n'ai pas besoin d'enrober et de vous bombarder de références. Si vous voulez la partie théorique et les 2000 pages que je m'enfile par moi-même, passez sur mon Patreon au Cercle du Dolmen. Là-bas, il y a toutes mes conférences théoriques, mes notes et mes auteurs.

Mais ici, j'ai tout condensé pour qu'un adolescent de 15 ans ou un adulte de 70 puisse suivre ce petit mode d'emploi. Le plus important, c'est de guérir et de créer, pas d'inonder encore plus nos gros cerveaux d'occidentaux et gothiques, malades et fâchés.

Ingérer parfois, à certains moments de vie, c'est important, mais aujourd'hui, ce n'est pas notre problème. On est entouré de chenilles obèses qui ravagent la forêt et qui n'ont plus le courage d'installer leur chrysalide.

Alors, le conceptuel, ce sera pour une autre fois. Donc, avant de partir, une petite note : si vous ne désactivez pas ne serait-ce qu'un peu votre gardien intérieur, tout ce que je vais vous dire dans cet épisode va rebondir sur vous comme une flèche en bois sur une méchante armée en métal.

Et vous, comme moi, on aura juste perdu 30 minutes de notre vie. Et c'est inacceptable pour moi de vous faire perdre votre temps, et ça devrait l'être aussi pour vous de me faire perdre le mien.

Alors, pour une fois, pendant 30 minutes, ne vous mentez pas, s'il vous plaît. C'est tout ce que je vous demande. Si c'est trop vous demander, quittez cet épisode, revenez-y quand vous aurez suffisamment d'amour disponible pour ouvrir la porte et avaler la pilule du renouveau.

Bienvenue au Dolmen.

[Musique]

Ok, on inspire, on expire.

Mode d'emploi de la pilule :

1. Vous êtes humains, du moins je crois.

2. Comme tous les êtres humains, en ce qui concerne votre vie, vous préférez instinctivement la certitude au doute, la sécurité à l'imprévu. Et c'est normal, on a évolué comme ça, et c'est ce qui nous a maintenus en vie jusqu'ici.

3. Vous possédez donc tout un système d'autopréservation psychique dont la seule fonction est de maintenir coûte que coûte votre ordre mental et ce que l'on va appeler aujourd'hui votre mythe personnel, parce que vous êtes persuadé que vous vous effondrez avec lui. Et vous n'avez pas totalement tort.

4. Pour préserver ce mythe, vous êtes donc obligé de vous mentir, comme moi, de signer une convention de non-agression entre le réel et votre mirage.

5. L'essentiel de notre malheur et de notre malaise dans la vie vient de notre inaptitude à nous mentir à nous-mêmes de manière hermétique, crédible et prolongée.

6. Car quelque chose au fond de vous, comme au fond de moi, sait quand et sur quoi vous vous mentez. Et ce quelque chose est en guerre. Au moment même où je vous parle, vous pour l'ignorer et lui pour se faire entendre. Souvent, les symptômes psychiques que vous traversez ne sont que les conséquences de cette guerre intestine entre renouveau et sécurité.

7. Si vous pensez que ce que je dis ne vous concerne pas, c'est que vous faites soit partie de la très petite minorité d'êtres humains suffisamment conscients et courageux pour écouter leurs impératifs intérieurs avec passion et respect, et à s'y soumettre encore et encore. Vous pouvez peut-être arrêter cette vidéo là. Félicitations, ça a dû être un sacré chemin pour vous.

Soit, votre gardien est très réactif et il vient déjà de monter sur la muraille pour vous protéger de ce que je m'apprête à vous dire. Le fait est qu'il y a de grandes chances que vous apparteniez à la seconde catégorie, comme moi, étant donné que la première représente, selon le psychologue Bill Plotkin, moins d'un pour cent de la population.

8. Le premier combat de chacun d'entre nous consiste donc à faire remonter notre mensonge énorme à la surface, jusqu'à ce qu'il soit trop immense, trop personnel et visible pour que l'on ne puisse plus ignorer. Et ce cheminement est insupportable, douloureux.

Ce cheminement est la chose la plus difficile qu'un être humain puisse faire, la plus grande marque de maturité psychique. Et de ce cheminement de probité naissent peut-être les plus belles fleurs d'une vie.

[Musique]

Alors, je vais vous poser une première fois la question pour laquelle vous êtes ici : sur quoi vous mentez-vous ?

Je ne vous parle pas ici d'un petit mensonge. Je vous parle précisément de la chose dont vous espérez que je ne vais pas vous parler. Je vous parle de ce que vous avez rangé sous un grand drap noir, tout au fond de la pièce.

Je vous parle de ce qui est à la frontière de votre admissibilité, de ce qui vous met mal à l'aise à l'instant où votre mental ose se concentrer dessus, de ce que vous préféreriez à tout prix ignorer sur vous-même.

Et ce qui est formidable, c'est qu'à l'instant où je vous pose cette question, quelque chose en vous sait très bien de quoi je veux parler. Quelque chose se lève et dit : "Moi, je sais, on se ment là-dessus." Mais votre égo le rassoit violemment et ajoute du chatterton sur sa petite bouche déjà bien écorchée.

Ça fait plusieurs années que je lis et que j'écris sur l'expérience humaine, et que j'avance aussi en âge. Donc, je fais des expériences sur ses méandres, ses folies et sa splendeur.

Ma plus grande réalisation cette année fut certainement de recevoir cet axiome en fusion et intenable en plein milieu de la face : oui, tu désires bien, oui, tu vis bien, mais quel degré de vérité es-tu capable de laisser pénétrer dans ton cœur et l'infecter sans combattre ?

Saura-tu t'obstiner à garder la porte ouverte et à laisser rentrer le vent hurlant de la vérité dans le couloir de ta vie ? Cette question est terrifiante, mais tout part de là.

Notre problème, ce n'est pas qu'on manque de direction, mais que nous acceptons de nous compromettre. Cultiver une relation personnelle avec la vérité est le plus grand cadeau d'existence que vous puissiez vous faire.

Alors, puisqu'il nous faut du sel, à quoi ça ressemble un bon gros mensonge qui remonte à la surface ?

Eh bien, ça ressemble au moment où vous arrêtez de vous mentir sur ce projet dont vous parlez depuis 3 ans, mais sur lequel vous n'avez pas planté le premier clou par peur.

Ou vous vous mettez à pleurer et pleurer encore parce que c'est dur et que vous avez d'abord besoin d'empathie et d'aide, mais que vous n'osez pas vous l'admettre par peur de décevoir votre propre fantasme héroïque et omnipotent.

Un bon gros mensonge qui remonte à la surface, ça ressemble à cet instant où vous rentrez chez vous et où vous dites enfin, en criant presque à votre amour, tout le gros sac putride de mensonges que vous avez accumulés pendant des mois et des années, et qui vous empêchait de vous lancer à corps perdu dans cet amour, c'est-à-dire de l'honorer.

Ça ressemble au moment où vous arrêtez pour de bon de jouer les capitaines de la vie qui sait où il va ou où elle va, pour admettre enfin que vous êtes sacrément misérable, que votre capacité de contrôle du réel est un immense mensonge, et que vous contrôlez, comme moi, rien du tout.

Et que ce n'est pas grave, et même que c'est franchement plus simple. Et que vous vous mettez à danser en slip ou à vomir, au choix.

Un bon coup, ça ressemble à ce moment où vous dites : "Je ne suis absolument pas certain ou certaine d'en être capable," et où les larmes vous montent aux yeux.

Ça ressemble à une porte qui claque dans un open space blanc, et un fou génial qui démissionne enfin, qui admet que ce n'est pas son chemin, sans aucune certitude de ce qu'il va faire le lendemain, mais qui ne peut pas rester une journée de plus dans un boulot qui le ridiculise humainement.

Ça ressemble à ce moment où vous lui dites enfin que vous l'avez trompé et qu'il faut que vous arrêtiez.

Là, ça ressemble au moment où vous finissez par admettre que ni vos études, ni le monde professionnel, ni aucune somme d'argent ne vous donneront jamais le sentiment de reliance et d'utilité profonde que vous recherchez désespérément depuis votre adolescence.

Mais qu'il existe, qu'il est ailleurs.

Un gros mensonge qui remonte à la surface, ça ressemble au moment où vous arrêtez de courir partout et vous posez votre cul sur une chaise, face à l'horizon, avec votre meilleur ami assis à côté, et où vous videz votre sac à mensonges en riant jusqu'aux larmes.

Ça ressemble au moment où vous vous rendez compte que vous interdisez de désirer ce dont vous avez au fond de vous le plus grand besoin.

Ça ressemble au moment où vous admettez que vous servez un système fou et aliénant, que votre quête personnelle est trahie par votre recherche incessante de plus de pouvoir, et donc de domination symbolique ou économique sur autrui.

Donc, que vous êtes un homme soldat, désolé.

Un gros mensonge qui remonte à la surface, ça ressemble au moment où vous admettez que vous ne savez plus pleurer, que vous pensez vos émotions au lieu de les vivre, et qu'il faut y remédier.

Ça ressemble au moment où vous dites à votre mère que vous l'aimez et que vous avez peur de la perdre, et que vous vous en voulez parfois d'être si médiocre et peureux.

Ou au moment où vous dites au revoir à vos parents pour de bon.

Ça ressemble au moment où vous admettez, non sans difficulté, que vous n'êtes pas significativement meilleur que la moyenne, mais que vous avez juste un complexe d'inflation qui vous préserve d'avoir à vous mettre à l'ouvrage par peur de vous rendre compte que vous aussi, vous devez apprendre et, nécessairement donc, échouer, donc vous décevoir pour accomplir quoi que ce soit.

Ça ressemble au moment où vous vous rendez compte que vous avez passé l'essentiel de votre temps de cerveau disponible à vous cacher derrière de l'accumulation d'informations pour ne pas avoir à ressentir ce que vous avez à ressentir.

Ça ressemble au moment où vous dites au revoir pour de bon à cette personne que vous auriez dû doucement sortir de votre vie il y a des années déjà.

Ça ressemble au moment où vous dites à votre père que vous êtes terrifié de le décevoir et que vous aimeriez pouvoir lui acheter une maison avant qu'il ne parte, et qu'il vous répond qu'il n'a pas besoin de maison, mais d'un câlin et d'un peu plus d'attention.

Ça ressemble au moment où vous appuyez sur "réserver" pour ce voyage en solitaire terrifiant dont vous parlez depuis des années.

Ça ressemble au moment où vous finissez par admettre que vos opinions politiques ont de grandes chances de n'être que la traduction idéologique de vos blessures biographiques et de vos peurs primordiales, et que votre système idéologique sert, au fond, avant tout, à vous épargner le difficile chemin de la rencontre véritable d'autrui dans toute son ambivalence, sa noirceur et ce qu'il déclenche de douloureux et de nouveau à l'intérieur de vous.

L'autre blesse, oui, mais l'autre soigne, murmure la femme que j'aime.

Quand vous arrêtez de vous mentir, ça ressemble à ce moment où vous décevez vos parents, bien dans les yeux, en choisissant un chemin de vie qui n'a rien à voir avec celui qu'ils avaient consciemment ou inconsciemment prévu pour vous, et qu'ils réussiront quand même à vous aimer pour ça, parce que vous serez devenu un peu plus un adulte.

Ça ressemble aussi à ce moment où vous appelez l'homme ou la femme que vous aimez à la limite des pleurs, en lui disant que vous êtes terrifié de le ou de la perdre, et que ça vous rend parfois agressif, très médiocre dans la relation, méchant, et que vous avez besoin d'aide, de son aide, pour vaincre ce monstre inquiet à l'intérieur de vous.

Ça ressemble à ce moment où vous vous rendez compte que votre principale manière de donner de l'amour autour de vous consiste à sacrifier votre âme sous le travail pour servir ceux que vous aimez, et que votre vie sera un long combat contre cette tendance naturelle au sacrifice comme seul et unique langage d'amour.

Arrêtez de vous mentir. Ça ressemble à ce moment où vous admettez enfin que vous avez peur de l'autre et que ça vous gâche la vie.

Ça ressemble à enfin voir très clairement les rouages psychiques que l'on suit depuis la petite enfance, qui nous protègent autant qu'elles nous enferment, et décider de les pointer du doigt à chaque fois qu'elles referont surface, parce que c'est le début de la liberté.

Arrêtez de vous mentir. Ça ressemble au moment où vous arrêterez de penser que votre vie est peut-être juste ça, et que vous comprendrez que l'audace démurgique est un sentiment naturel chez l'enfant, que votre rapetissement d'adulte n'est que la réponse psychique à des blessures difficiles.

Autrement dit, que vous prenez votre contentement pour un destin, alors qu'il s'agit d'une réponse à une blessure.

Ça ressemble au moment où vous allez arrêter de prendre tout avec détachement et cynisme. Vous allez enfin accepter que quelque chose vous dépasse et que vous allez laisser une jolie cause s'emparer de vous.

Et que vous allez admettre que non, tous les systèmes de pensée, toutes les opinions ne se valent pas, que la souffrance et le mal existent quelque part, et qu'il faut le combattre.

Et que vous allez sortir de l'absurde qui vous barre le chemin et vous anesthésie enfin.

Arrêtez de vous mentir. Ça ressemble à ce moment vertigineux où vous finissez par sentir à nouveau que vous appartenez à quelque chose de plus grand que vous, comme lorsqu'à 8 ans, vous vous promeniez en forêt et que les arbres et vous apparteniez à un seul et même grand règne, celui du vivant.

Tout ça, c'est apprendre à s'effondrer. Et je pourrais continuer longtemps tant il existe de façons et de versions du grand mensonge que l'on entretient avec soi-même.

Mais je compte sur vous pour continuer mon début de liste en commentaire. Il y a plein de mensonges que je ne connais pas et que certains et certaines d'entre vous ont besoin de lire noir sur blanc, urgemment.

Donc, c'est important de mettre en lumière la panoplie du mensonge existentiel qui existe dans nos vies. Quand je dis grand mensonge, ce n'est pas nécessairement par sa gravité qu'il l'est, mais par son étendue.

Le mensonge dont je vous parle est la dalle sur laquelle repose votre mythe personnel actuel. C'est pour ça que l'effondrer est si difficile, car ça aura des conséquences quasi immédiates pour vous et pour vos proches, des conséquences que, comme vous, comme eux, on n'est pas tous prêts à recevoir en pleine face.

Et pourtant, ne pas se mentir, c'est le seul chemin d'amour et de respect de soi. Et nous avons besoin d'être capables de ne pas nous mentir, quel qu'en soit le prix.

Alors, à nouveau, sur quoi vous mentez-vous ? Parce que vous vous mentez, comme moi. Et il existe une partie de vous, probablement enfouie, que vous ne pouvez pas totalement faire taire. Elle sait.

Et toi, Étienne, sur quoi tu te mens ?

D'honneur de leçon numérique sur tellement de choses, sur ma capacité à tenir et à incarner tout ce que j'écris tout le temps et partout. C'est faux, j'y arrive pas.

Sur mon aptitude à contrôler ce qui m'arrive et à diriger ma vie. Sur le fait que je suis fondamentalement peureux. Je ne suis pas précautionneux et prévoyant, mais je suis peureux.

Et que la peur est chez moi une présence permanente que je dois combattre au quotidien. Et qu'aujourd'hui, je recule encore trop face à sa grande porte noire, et que c'est inacceptable.

Ce n'est pas que ce soit dangereux, c'est que tu as peur, et c'est très différent. Ça, c'est ce que je me dis à peu près 80 fois par jour pour garder le chemin.

En bref, mon immense mensonge actuel, c'est de me prémunir d'avoir à perdre le contrôle en me racontant mille et une histoires pour justifier ma peur de perdre pied.

Et immédiatement, quand j'écris ça, il y a une partie de moi qui n'est pas d'accord et qui dit : "Mais tu n'as pas besoin de perdre le contrôle. Tu n'as pas besoin de jouer le jeu de la vie avec autant d'intensité. Tu peux être prudent, et c'est bien, et te contenter."

Mais quand j'écris ça, je sais que je mens, que je conclus sur de la peur, que je vis sur de la peur.

Et mener une vie sur une crainte, c'est trahir la vie. C'est rester avec quelqu'un juste par peur d'être seul. C'est persister dans la mauvaise direction par peur de recommencer tout en bas.

C'est d'une difficulté incroyable, au-dessus de tout ce que j'ai expérimenté dans ma vie, que de se dire la vérité. Et encore aujourd'hui, je ne suis pas certain de pouvoir toujours me dire la vérité.

Mais je sais qu'il le faut, et je sais que c'est un combat, et que je le dois à la fin.

Maintenant, c'est à vous. Si vous avez le courage de la vérité, j'ai très peur de vous. Et j'apprendrai beaucoup de vous. Et on apprendra tous de vous, en réalité. Vous serez guide.

Et vu le visage de l'humanité aujourd'hui, comprenez bien qu'il ne s'agit nullement d'une petite quête vainement personnelle. Servir sa vérité, c'est aussi pousser les autres vers leur effondrement nécessaire.

Et nous sommes collectivement en sursis, infectés, rampants, obèses et menteurs à foison. On est des chenilles qui refusent de crever et qui en tombent malades.

En tant qu'espèce, nous nous trouvons précisément au moment où nous avons le choix entre le mensonge et la vie. Car derrière ce mensonge immense, je ne peux pas vous dire ce qu'il y aura pour vous.

On n'entre pas dans le cocon avec des plans. On ne va pas chercher quoi que ce soit. On n'est pas un héros face à l'effondrement, mais on est une chenille inconsciente, poussée par un amour irraisonnable dans le processus de vie.

Servir la vérité, c'est s'effondrer. Le cadeau de votre premier cocon est une gemme. Cette gemme est une rune de passage dans les flammes de la vie.

Cette gemme est votre cadeau artistique. Elle dit : "Gabriel, Louise, Léon, Gautier, Anna, Marie, Joe, Étienne, ou je ne sais pas qui est passé par là, ne s'est pas menti, a fait le saut et est témoin."

Et ce sera la chose la plus précieuse que vous pourrez serrer contre votre cœur dans les moments de doute et les déserts qui suivront votre effondrement.

Vous avez un immense édifice à effondrer cette année, comme moi. Et mon rôle aujourd'hui a été de vous le rappeler.

Mais derrière, ce sera à vous de faire le saut. Tout dépend du degré de vérité que vous êtes capable d'admettre à l'intérieur de vous.

Arrêtez de vous mentir quand vous savez que vous vous mentez, c'est tout.

Combien de temps allez-vous tourner en rond pour ne pas vous accrocher à cette foutue branche et vous liquéfier psychiquement ?

Grandir, devenir adulte, c'est passer par une série de recompositions égotique et psychique difficiles, mais nécessaires.

À ce sujet, nous n'avons autour de nous, pour ainsi dire, aujourd'hui, plus aucun véritable adulte. Et au moment où vous vous rendrez compte de ça, vous comprendrez ce qu'il vous reste à faire.

On peut parfaitement être adolescent à 60 ans. Une société qui se ment, c'est une société qui va mal, qui fait la guerre pour se pardonner de ne pas réussir à vomir un bon coup.

La vérité est un combat somatique et psychique que chacun de nous est capable de sentir au fond de son ventre, pour peu qu'il accepte de s'asseoir et de faire preuve d'une humilité monstrueuse.

Déterrer le fardeau brillant qui ne demande qu'à rayonner au centre de votre plexus commence par développer une religion intérieure quant à la souveraineté absolue de l'exigence vitale.

Si la vie vous demande, vous vous soumettez, peu importe la direction, peu importe le coût, peu importe la peur.

L'instinct humain est un instinct directionnel et instinctif quant au sens de nos vies, et s'y soumettre est le plus grand saut que vous puissiez faire.

Bref, il est temps. Vive la crise et l'amour. Vive le chaos déclenché brutalement plutôt que la pourriture cachée et languissante.

Et à nouveau, vive la vie. Bonne renaissance, bonne année. Bienvenue sur le front, en ce moment troublé, certes, mais quand même.

On se voit de l'autre côté du portail. Que les plus courageux passent devant.

L'espace commentaire est à vous pour témoigner et donner le courage, parce que je pense qu'on va tous en avoir besoin.

Racontez, par exemple, votre première mort, votre prochaine, le désert, le renouveau ou la gemme, ou votre gros mensonge.

Si vous voulez aller plus loin, si le chemin de l'individuation et de l'art vous appelle, si vous sentez que c'est le moment, j'ai ouvert une petite dizaine de places sur mon Patreon au Cercle du Dolmen pour ce début 2025.

Rejoignez-nous pour échanger avec moi et la communauté, et découvrir mes conférences et mes podcasts. Là-bas, il y a plus d'une centaine d'heures de ressources et largement de quoi vous aiguiller sur le chemin.

On fait aussi des sessions vocales, des conférences. Bref, tout est sur le Patreon.

Si vous voulez me lire et fuir un peu le monde, vous pouvez aussi vous procurer mon dernier livre, "Sanomaliser".

Tous les liens sont en description.

Ciao et bonne année.

[Musique]

[Applaudissements]

[Musique]