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Conflit avec son patron

Noah • Stratégie Sociale3:01

Transcription

Suite à un désaccord avec ma N+1 sur la direction d'un projet, je me suis fait retirer mes dossiers stratégiques. Je n'ai plus accès aux réunions importantes. Mon calendrier est vide et mes collègues commencent à me regarder bizarrement. J'essaie de faire profil bas en me disant que ça va se tasser, mais j'ai l'impression de devenir invisible. Qu'est-ce que je dois faire avant de devenir fou ?

Salut, c'est Noir. Aujourd'hui, on décrypte la mécanique de l'effacement social. Ce que tu vis, c'est une tentative de mort sociale orchestrée par l'institution. Le sociologue Pierre Bourdieu expliquerait qu'on t'a retiré ton capital symbolique. En gros, sans tes dossiers et sans ton accès à l'information, tu n'as plus de valeur aux yeux du groupe. Le placard n'est pas un espace neutre, c'est un message.

En restant calme et en attendant que ça se passe, tu valides ton propre effacement. Tu acceptes l'identité de l'individu banni. Bourdieu souligne que le silence est une forme de consentement à la domination. Donc plus tu restes passif, plus l'institution s'habitue à ton absence de poids.

Le piège, c'est de croire que ton manager finira par culpabiliser. Ça, c'est faux. En entreprise, un conflit non résolu qui mène au placard est souvent le signe d'un manager qui applique la stratégie du passager clandestin à l'envers. Il espère que l'ennui et l'isolement te pousseront à partir de toi-même, et ce, pour ne pas avoir à gérer le risque juridique ou humain dans les sentiments. Et ton inertie, c'est sa meilleure alliée.

L'autre risque, c'est l'érosion de ta santé mentale ou ton employabilité. Un placard de 6 mois, c'est un trou dans ton récit professionnel que tu auras du mal à justifier plus tard, et c'est aussi l'atteinte de ta propre confiance en soi.

Alors, pour briser la vitre du placard et reprendre le contrôle, voici quelques clés.

En premier, reconstitue un capital de preuve. Le placard, c'est un espace informel. Alors pour en sortir, tu dois tout ramener au formel. Puisqu'on t'a retiré tes dossiers, demande des comptes par écrit. "Suite à notre échange, je constate que je n'ai plus de visibilité sur le projet X. Quelles sont les nouvelles priorités que tu souhaites me confier ?" En économie d'identité, celui qui écrit laisse une trace que l'institution craint. Tu transformes leur silence en une preuve de mauvaise gestion.

En deux, casse l'isolement par la transversalité. Si ton manager te bloque, va voir ailleurs dans l'entreprise. Utilise ton temps libre pour aider d'autres services ou pour travailler sur des projets transversaux. Là où ton manager n'a pas la mainmise, en devenant utile à d'autres, tu recrées un réseau d'alliés. Si l'institution voit que tu es valorisé ailleurs, le placard devient intenable pour ton manager. C'est la fin du monopole de sa perception sur toi.

Et en trois, incarne l'habitude de celui qui prépare la suite. Le placard, c'est le meilleur moment pour te former, obtenir des certifications ou encore préparer ton départ en mode commando. Ne subis pas l'ennui, utilise-le comme une ressource financée par l'entreprise. Quand tu agis avec une vision de sortie, ton langage change. Tu n'es plus la victime qui attend, mais tu es l'expert qui se prépare. Cette nouvelle assurance, c'est souvent ce qui pousse l'adversaire à négocier une sortie honorable et malheureusement coûteuse pour eux.

L'institution ne te sortira pas du placard par bonté d'âme. Elle le fera seulement si ta présence inactive devient plus coûteuse ou plus risquée que ta réintégration. Et c'est précisément ce qu'on peut travailler en coaching sur les sessions de conflit.