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NICOLAS SARKOZY : CONFESSIONS INÉDITES DE L’ANCIEN PRÉSIDENT (parentalité, rumeurs, drames, succès)

LEGEND1:32:45

Transcription

"Car là, lui aurait dit, jamais cet homme de droite, pour rien au monde, je ne lui sererai la main."

"Jacques Ségolard est tort que tu te trompes, parce qu'en 20 minutes, il te séduira. Tu ne connais pas le mec, tu verras."

"Est-ce que vous avez réussi à le séduire en 20 minutes ?"

"Non, non, 20 minutes, c'est trop long."

"Pas du tout."

"Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légende. Émission exceptionnelle aujourd'hui, on reçoit le président Nicolas Sarkozy, qui a accepté notre invitation à l'occasion de la sortie de son livre qui s'appelle "Le temps des combats", aux éditions Fayard. Il va venir nous raconter son parcours, essayer de comprendre aussi ses décisions, ses choix, ses ambitions, comment il en est arrivé là, le parcours de sa vie. C'est le principe de cette émission, on en sort trois par semaine, le mercredi, le vendredi et le dimanche. Merci de vous abonner, de plus en plus nombreux, vous êtes entre 100 et 150 000 à nous rejoindre chaque mois, à vous abonner sur notre chaîne YouTube Légende. N'hésitez pas à commenter la vidéo, à la liker, ça nous aide vraiment beaucoup sur le référencement, ainsi que la petite cloche pour avoir une notification lors de la prochaine sortie. Et on est disponible en podcast audio aussi, si vous nous découvrez aujourd'hui, sur Spotify, Deezer, Google Podcast, Apple Podcast. Et c'est parti maintenant avec l'interview de Nicolas Sarkozy sur Légende."

"Bonjour, je m'appelle Nicolas Sarkozy et je suis sur Légende."

"Ben voilà, bienvenue Monsieur le Président."

"Merci, merci de me recevoir. Merci d'avoir accepté l'invitation."

"Vous vous connaissiez l'émission ou pas ?"

"Du tout."

"De nom. Vous regardez les réseaux, la réputation, elle est plutôt bonne."

"De la présence. C'est gentil. Merci beaucoup."

"Je vous vois rarement en interview. J'ai, j'ai écouté toutes les interviews que vous faites, mais vous en faites assez peu. C'est volontaire ?"

"Oui, parce que je pense que dans le brouhaha de tous les jours, trop de parole tue la parole. Et que les acteurs de la vie médiatique ou publique ont du mal à comprendre que rien ne suscite autant que la parole. J'ajoute une deuxième chose, c'est pas le média qui fait la parole, c'est la parole qui fait le média. Si on a quelque chose à dire, il faut venir. Si on a rien à dire, il faut se taire. Et donc, essayer d'être rare, c'est très important. On est plus écouté finalement. Quand on est, j'aurais pas la prétention de dire ça, mais je pense que vous voyez, moi quand j'ai commencé dans la vie politique, j'ai mis 5 ans avant que Jean-Pierre Elkabbach, qui était la star de l'époque, m'invite le matin. 5 ans. Maintenant, vous avez une vingtaine de rendez-vous tous les matins. Et c'est très difficile pour les radios, les télévisions, de trouver de quoi remplir toutes ces cases. À mon époque, quand j'ai commencé, il y avait trop d'invités possibles pour les cases. Maintenant, il y a trop de cases pour le nombre d'invités. Donc, c'est moins qualitatif, c'est moins intéressant. Mais forcément, c'est pas une question de nostalgie, c'est une question de nombre. Quand vous avez tous les matins 20 rendez-vous politiques, ça fait à 11h du matin, c'est fini. Nous, on vivait pendant quasiment une semaine quand on faisait le Club de la Presse. Maintenant, c'est tout juste, ça fait une dépêche."

"Est-ce que la vie est plus douce depuis la fin de votre mandat ?"

"Non, non. La vie, c'est la vie. Et pour moi, il n'y a pas une vie dans la politique et une vie en dehors. Il y a un continuum. J'étais heureux avant, j'ai été heureux pendant, je suis heureux après. C'est une question de tempérament. C'est heureux là ? Ouais. Mais c'est une question de tempérament. J'aime la vie. Et donc, pour moi, j'ai toujours quitté les endroits où j'ai été heureux sans jamais regarder derrière. J'étais très heureux au ministère de l'Intérieur, je suis parti, j'ai plus jamais pensé. J'étais heureux au ministère des Finances, je suis parti, j'ai plus pensé. Et la réaction, par exemple, du président Giscard d'Estaing, que j'admirais, qui a voulu remettre les pieds à l'Élysée après, c'est une réaction incompréhensible pour moi. J'étais pas chez moi, j'étais de passage. Et en juillet 2017, quand le président Macron a été élu, il m'a appelé. Est-ce que ça vous gêne de venir dîner avec nous à l'Élysée ? Pourquoi ça me gênerait ? J'ai pas de problème."

"Qu'est-ce qui vous manquait le plus que vous avez retrouvé après la fin du mandat ?"

"Non, comment j'ai fait toute ma vie pour devenir président de la République, ça m'aurait manqué de pas l'être. Mais ça ne me manque pas de ne plus l'être."

"Vous avez sorti un livre qui s'appelle "Le temps des combats". C'est chez Fayard. Je vous mettrai le lien cliquable sous la vidéo si vous voulez chercher, ou si vous nous écoutez en podcast audio, dans le lien dans la description. Vous racontez plein de choses. Souvent, les mêmes choses ont été reprises dans les médias, et j'ai découvert plein de choses en lisant aussi. Donc, si vous voulez bien, on peut aborder tous les sujets. Ça, ça vous va ?"

"Ben, il vaut mieux qu'il y ait des choses dedans. Je l'ai écrit du premier mot au dernier mot. C'est vrai, j'écris tout à la main. C'est 740 pages manuscrites."

"Ça, ça prend combien de temps à écrire un livre ?"

"Ah, c'est beaucoup de temps. L'écriture en elle-même, j'ai, je crois, j'ai mis 9 mois. Mais parfois, j'écrivais 8 heures par jour. Puis j'y ai pensé beaucoup avant. C'est, c'est vraiment pour moi, c'est quelque chose d'important. Et j'ai voulu emmener le lecteur dans la cabine de pilotage pour voir, pour comprendre, pour expliquer comment ça se passe, pour qu'on s'imagine en fait à votre place, dans le petit trou de la serrure, qu'on a l'impression de vivre dans le petit trou, dans le grand trou. Mais pour comprendre que la vie politique, le mot important, c'est pas politique, c'est le mot vie. C'est, c'est, il y a beaucoup de choses qu'on imagine pas. Dans le stress, on parlera tout à l'heure. J'ai eu les larmes aux yeux, je vous l'ai dit d'ailleurs quand on s'est rencontré avant."

"Des larmes aux yeux. Vous parlez d'événements dramatiques, parce que sur un mandat, il se passe plein de belles choses et aussi, malheureusement, des drames, et que vous devez vous affronter de plein fouet. On reviendra dessus si vous êtes d'accord aussi d'en parler. Et juste pour reprendre la trame de votre vie, c'est le principe de l'émission, comprendre comment la personne en est arrivée là. Vous êtes né le 28 janvier 55 dans le 17e, justement. Bah, on est dans le même arrondissement aujourd'hui. D'une maman avocate, père publicitaire et peintre d'origine hongroise, et deux frères, Guillaume, François, et une demi-sœur et demi-frère par votre papa. Vos parents vont divorcer quand vous avez 4 ans. Est-ce que ça crée quelque chose ? C'est vous, est-ce que vous vous en rendez compte à l'époque ?"

"Moi, je pense, le plus ancien souvenir que j'ai, c'est quand avec ma mère et mes deux frères, on était très jeunes, puisque mon frère aîné avait 7 ans, moi j'en avais 4, et mon plus jeune frère devait en avoir 1. On est arrivé, je crois, en pleine nuit chez mon grand-père, avec ma mère. Et j'ai jamais su ce qui s'était passé exactement, mais je me souviens qu'on est arrivé en pleine nuit ensemble. Et on devait y rester peu de temps, puis on est resté tout le temps. Puis qu'on s'est installé, on a vécu à ce moment-là chez mon grand-père."

"Ça vous fait mûrir plus vite, un divorce ?"

"Je sais pas. Et vraiment, les choses ont tellement changé. À l'époque, j'étais vraiment le seul enfant d'une famille divorcée, le seul. Il y en avait moins à l'époque ?"

"Ouais, il y en avait pas."

"Et c'était vraiment très difficile pour ma mère, parce qu'à l'époque, être une femme divorcée avec des enfants, on était vraiment socialement mis de côté, quoi."

"À l'école et tout, vous le sentiez ?"

"Ah, je sentais pour ma mère, oui. Je sentais pour ma mère. C'était vraiment étrange d'être enfant d'une famille divorcée. Maintenant, il y a une famille sur deux en Île-de-France qui a divorcé. Je dis pas que c'est bien, mais c'est devenu quelque chose de banal. Peut-être d'ailleurs trop banal. Quand j'en ai souffert à l'époque, je suis pas sûr, parce que mon père n'était pas facile. Et au fond, j'ai vécu avec mes frères, mon grand-père, ma mère, j'étais plus tranquille comme ça."

"Vous parlez très peu de votre père, d'ailleurs. La relation était plus dure avec lui ?"

"Oui. Et pendant des années, il n'y a pas eu de relation. C'était assez tendu entre nous, vraiment. J'ai, je l'ai même, j'ai même eu un conflit juridique avec lui, parce que ma mère travaille beaucoup. Parce que quand vous avez dit que ma mère était avocate, non, quand elle a divorcé, elle avait rien. Ma mère a repris ses études avec trois enfants. Elle a fait sa licence de droit, elle a passé son CAP, elle est devenue avocate. Un long chemin. Avant, elle a travaillé toute sa vie. Et bon, j'étais pas très content contre mon père pendant toute une, un nombre d'années, parce que je trouvais qu'il aidait pas assez ma mère."

"L'ambition vient d'où ? C'est, est-ce que ça, parfois, on essaie de trouver la genèse justement de ce qui a donné envie d'une carrière artistique, politique, et cetera. Est-ce qu'il y a eu un manque de reconnaissance à un moment donné ? Pas assez de reconnaissance, peut-être, dans son regard, qui vous a donné envie justement de lui montrer ?"

"Ça peut venir de là, peut-être. Mais ça vient d'où, vous savez, c'est comme l'amour. Ce qui compte, c'est pas pourquoi on a de l'ambition. Ce qui compte, c'est de l'avoir. Et quand on aime quelqu'un, ce qui compte, c'est pas pourquoi vous l'aimez, c'est vous l'aimez. Et donc, moi, j'ai toujours eu en moi cette ambition depuis très jeune. Et je, je pense que le, le plus important, j'avais tellement peur de m'ennuyer."

"Vous allez faire des études de droit, passer le barreau en 80. Rapidement, je, je vais par la carrière politique. 83, et maire de Neuilly-sur-Seine à 28 ans. Ça, je sais pas si tout le monde le sait. C'est, c'est très, très jeune."

"Vous étiez un des plus jeunes de France à l'époque ?"

"Non. Oui, c'était même choquant. Puis en plus, je faisais très jeune. Les, c'était limite que les vieilles dames voulaient me faire traverser la rue."

"Non, je suis le maire, quand même. Quand je suis parti au service militaire, j'étais plus jeune, mais j'étais déjà élu conseiller municipal. Et franchement, je faisais 12 ans quoi. Et surtout que j'étais dans l'armée de l'air. Et c'était, j'étais déjà élu, pas maire, mais adjoint au maire, conseiller municipal. Et vraiment, mais là, ça n'a jamais été un sujet. Moi, ce que j'ai toujours pensé, c'est quand une opportunité se présente, il faut se jeter dessus comme un affamé. Faut être opportuniste dans le bon sens du terme. Faut aller, une opportunité, faut la saisir. Savez, il y a deux catégories de personnes, il y a ceux qui saisissent les opportunités, et il y a ceux qui réfléchissent à l'opportunité. Voilà. Et il y a beaucoup de gens qui disent, mais la chance, et cetera. Non, la chance, c'est d'être tourné vers l'opportunité. Et quand elle passe, professionnelle ou personnelle, la saisir."

"Fait beaucoup de phrases inspirantes. C'est, c'est très inspirant. Il y a des gens de l'équipe qui regardent le midi, parfois, je disais au déjeuner, des compilations de vous sur internet avec une musique derrière, plein de petits extraits sont repris."

"Vous, vous les voyez ces vidéos ?"

"Vous le savez qu'il y a des..."

"Non, non. Moi, je regarde pas les réseaux. Je, je regarde pas la télévision. Je suis vraiment, j'ai trop été un acteur de tout ça pour le regarder. Moi, je suis quelqu'un qui aime faire, j'aime pas regarder. Et tant que vous passez à regarder, c'est le temps que vous passez pas à faire. C'est très vrai. Donc, franchement, et même sur TikTok et cetera, je le sais parce que mes enfants m'en parlent, mais toutes les vidéos, c'est des images de moi qui qui sont prises, mais c'est pas moi qui les mets en scène, du tout, du tout, du tout."

"Sûr. Et donc, moi, je viens du Baras. Je connaissais personne dans l'immeuble. On vivait, personne nous connaissait. Je suis né sur une petite rivière avec une petite canne à pêche, il y avait des petits poissons. Et moi, je rêvais de pêcher le requin blanc. Ça, c'est l'histoire de ma vie. Après, pourquoi ? Il y a 1000 raisons. Peut-être mon père, peut-être ma mère, bien sûr, mais peu importe. On parlera des réseaux, peu importe. Oui, bien sûr. Pourquoi je l'ai fait ? Après, c'est après. Je pourrais moi-même l'expliquer de 20 manières différentes, à chaque fois aussi sincère. Mais la sincérité d'un homme, d'une femme, cette sincérité, elle est dans ce qu'il fait, pas dans ce qu'il dit. Voilà, c'est ça qui est important."

"Vous le 30 mars 93, 10 ans plus tard, vous êtes nommé ministre du Budget à 38 ans, dans le gouvernement, à l'époque, c'était sous Bérégovoy et sous Mitterrand. Et le 7 mai 2002, ministre de l'Intérieur à 47 ans, sous, sous Jacques Chirac. Je voulais juste qu'on revienne sur une chose rapidement, parce que c'est, je pense que beaucoup de gens ne savaient pas non plus, "Human Bomb", qu'on parle de de cette chose que vous avez fait, c'est assez incroyable. En 93, vous avez 38 ans, vous êtes à la fois ministre et toujours maire. Ministre du Budget et maire de Neuilly-sur-Seine. À côté du studio, il y a quelqu'un qui va prendre en otage des enfants. On va l'appeler HB, Human Bomb, c'est comme ça qu'il se fait appeler. On va connaître son nom après ultérieurement. Vous allez négocier vous-même. C'est quelque chose qui paraît un peu irréel aujourd'hui."

"Maintenant, c'est, on vous a demandé à vous d'aller négocier ?"

"C'est la police qui vous le demande ?"

"Oui. Enfin, il faut préciser que cet individu, Human Bomb, est venu avec 21 bâtons de dynamite autour de lui. Il avait une dizaine sur lui, il avait piégé toute la classe. Il y avait 25 enfants. Et donc, il menaçait avec une, une poire, non, c'est ça, une poire qu'il dans la main, il l'ouvrait, et tout sautait. C'est ça le contexte, pas simplement une bombe. Le contexte était ça. Et à un moment donné, les négociations étaient bloquées. Et le chef du RAID de l'époque, qui s'appelait Louis Bayon, vient me voir. J'étais sur place, bien sûr. Et me dit, on va tenter quelque chose. Vous allez rentrer dans la classe pour négocier avec lui. Mais je dis, vous croyez ? Et je lui demande, mais qu'est-ce que je lui dis ? Non, vous verrez. Et bien sûr, je ne pourrais pas dire non. Et il me demande, est-ce que vous voulez un gilet pare-balles ? Je dis, ça sert à quelque chose ? Rien. Et me dit, les armes ? Ben, je dis, je vais pas m'en servir. Je suis rentré en costume, quoi."

"C'est vrai. Avec la peur quand même, intérieurement ?"

"Ah, la peur, oui. Mais moi, c'était pas la peur de ce monsieur. J'avais peur que mes jambes me portent pas, parce qu'il y avait une centaine de mètres à faire avant de rentrer dans la classe. Et j'avais peur que, que, que mes jambes me refusent d'avancer. Oui."

"Bon, c'est une, c'est une longue histoire. Et puis, c'est une histoire passée. Ce qui, je me suis trouvé là, à ce moment-là, il a fallu le faire. Et j'ai pu sortir un enfant, puis deux enfants, puis trois enfants. J'en ai sorti une dizaine. Voilà. C'est passé comme ça, en négociant à chaque fois. Ça a été très, très tendu avec lui, très tendu, extrêmement tendu. Des moments où vraiment, moi, j'étais assez énervé. Et lui, avait une cagoule en plastique qui masquait toute la figure. Je ne savais même pas la couleur de sa peau. Il avait des gants plastiques, d'un grand type, il avait une combinaison grise. Et il me collait contre le mur avec la dynamite derrière. Et franchement, c'était pas extrêmement agréable. Et ça se finit..."

"Ou il met des somnifères à la police, je crois, dans son café ?"

"Non, ça, je peux pas tout dire. Mais ça se finit parce qu'au bout de 48 heures, il restait cinq enfants. Et j'ai proposé de me mettre livre en otage à la place des cinq enfants, d'échanger."

"Oui."

"Et il m'a dit, c'était beaucoup plus tendu que ça, mais il m'a dit, quatre enfants et je garde un enfant. Et vous, non. Ou rien. C'est contre moi. J'allais pas choisir lequel allait rester avec moi. Il a refusé. Et donc, à ce moment-là, j'ai appelé le Premier ministre, Édouard Balladur, le ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua. J'ai dit, c'est bloqué. Maintenant, il faut qu'on intervienne, parce que là, ça tourne très, très mal. Et on a pris la décision à 3h30 du matin d'intervenir. Et cette décision n'a été effective, parce que pour tout un tas de raisons sur lesquelles je reviendrai pas, et on a pu faire l'opération à 7h30 du matin par deux équipes de police, cinq policiers pour ce du preneur d'otage, et cinq autres pour sortir les cinq enfants. Et franchement, c'est un miracle. Tous les enfants sont sortis vivants. Lui, a été tué. Et c'était vraiment assez dramatique."

"Est-ce que vous comprenez pourquoi vous faites de la politique à ce moment-là ?"

"Non, non, non. Un de mes amis, très bon ami à moi, Brice Hortefeux, à ce moment-là, me dit, il faut vraiment que tu comprennes que toi, tu es fait pour avoir une vie qui n'est pas normale."

"Vous allez devenir président de la République en 2007, face à Ségolène Royal, 53,06 % des voix. Comment vous apprenez que vous avez gagné ?"

"Bon, d'abord, le plus beau, c'est pas ça, c'est la participation, plus de 80 % de participation, ça avait été énorme. Ou non. Et franchement, je, j'étais en tête des sondages à partir du 14 janvier 2007. Et à ce moment-là, chaque jour qui passe, la vague s'amplifie. Madame Royal a beaucoup de charme, beaucoup d'énergie, mais elle repassera jamais en tête."

"Quand vous l'apprenez, vous appelez qui en premier ? Qui est-ce qu'on appelle quand on apprend qu'on est président de la République ?"

"Non, non, j'ai été appelé. Pardon. Quand on apprend, à 20h, quand on regarde la télévision, qu'ils annoncent que les sondages vous donnent les sondages sortis des urnes vous donnent vainqueur. Et 3 minutes après, je reçois un coup de téléphone, c'est George W. Bush qui m'appelle. Et je l'avais rencontré un an avant, il m'avait reçu à la Maison Blanche, ce qui était inouï, parce que théoriquement, les présidents des États-Unis n'ont pas le droit de rencontrer des ministres, ils rencontrent que des présidents. Moi, j'étais ministre de l'Intérieur, j'étais à New York, et je reçois un coup de téléphone du secrétaire général de la Maison Blanche, qui me dit, j'aimerais prendre un café avec vous. Moi, je dis, qu'est-ce qu'il me veut ? Pourquoi ? J'arrive au rez-de-chaussée de la Maison Blanche, là où il y a le secrétaire général, je connaissais pas. Et au bout de 5 minutes, dans le bureau du secrétaire général, la porte s'ouvre, et le président des États-Unis est dans l'embrasure de la porte. Il ouvre la porte et il me dit, you, you special guy. Jamais rencontré de ma vie. J'étais vraiment étonné. C'était, je crois, en 2006. Et donc, j'ai passé trois quarts d'heure avec lui dans le bureau du secrétaire général. Le président des États-Unis, qui qui descend un étage, parce qu'il voulait pas me recevoir dans le, c'était pas, oui, le protocole, c'est pas dans le bureau, il est descendu. Et c'est lui le premier qui m'appelle. Après, j'avais mes enfants autour de moi, mes amis autour de moi, et et c'était donc, j'ai vraiment pas eu le temps de passer un coup de téléphone, même pas."

"Quand on devient président de la République, quelle est la l'habitude la plus complexe à prendre ? Bouleversement ?"

"Vous savez, moi, j'ai eu beaucoup de chance, parce qu'avant d'être président, j'étais ministre d'État, ministre des Finances, ministre de l'Intérieur, député, maire. J'étais préparé. Donc, c'était pas un grand changement dans ma vie. Et j'ai compris, je savais que les règles pesaient très lourd. Quand j'ai descendu les Champs-Élysées comme président, il y avait des dizaines de milliers de personnes. J'avais 80 gardes républicains à cheval devant et une cinquantaine de motards de la Garde Républicaine derrière. Et j'avais dit que je voulais que le cortège s'arrête, parce que je voulais aller saluer les gens. Le président peut pas..."

"Écoutez, si vous n'arrêtez pas la voiture, je saute de la voiture."

"Vous leur dites ça ?"

"Oui. Finalement, j'ai pu le faire. Mais vous voyez, j'ai tout de suite vu la lourdeur, la sécurité autour du, la sécurité, les médecins qui vous suivent tout le temps, la crainte qu'il arrive quelque chose. Bon, c'était, mais j'avais été très préparé pour ça."

"C'est quoi la chose la plus risquée que vous avez vécu dans les 5 ans pour votre sécurité ? Vous vous êtes dit, tiens, là, c'est heureusement qu'il y a du monde ?"

"Non, je sais pas. La peur, c'est pas quelque chose qui m'est très naturel. Et donc, j'ai, j'ai, il y a eu des tentatives d'agression contre moi plusieurs fois. Même une fois, on m'a, on m'a attrapé. Mais bon, si vous commencez à penser à ça, faites plus rien. Faites plus rien. Pensez plus à rien. Et franchement, quand vous descendez les Champs-Élysées et qu'il y a un demi-million de personnes, il vaut mieux penser que lui, il s'occupe de vous, parce que sinon, ça va pas. On a été en Afghanistan, on a fait beaucoup de, beaucoup de choses. J'ai un moteur qui a qui a explosé un jour où je partais au Tchad. Le moteur de l'avion a explosé. Bon, ça fait un gros bruit, il a explosé. On était juste avant le décollage. Donc, tout d'un coup, l'avion freine. Bon, après, il faut être tranquille. De toute façon, on peut pas tout maîtriser, hein. Vous savez, on passe son temps à s'inquiéter pour des choses qui arrivent jamais. Et on n'imagine pas le 25 tonnes qui vous arrive dessus. Donc, non, j'ai pas cette forme de stress."

"Dans le livre, vous parlez de votre rencontre avec Carla. Ce serait Jacques Ségolard qui a organisé un dîner. Alors ça, c'est assez incroyable. Je vais citer le livre, mais vous êtes le premier président, vous dites dans le livre, je suis le président des premières : premier divorce pendant un mandat, premier remariage avec Carla, premier président à devenir père avec Giulia pendant l'exercice. Jacques Ségolard avait organisé un dîner. Carla trouvait qu'un président seul ne fait pas bonne presse, ce que vous dites. Et dit, Carla lui aurait dit, jamais cet homme de droite, pour rien au monde, je ne lui sererai la main. Jacques Ségolard est tort que tu te trompes, parce qu'en 20 minutes, il te séduira. Tu ne connais pas le mec, tu verras."

"Est-ce que vous avez réussi à la séduire en 20 minutes ?"

"Non, non, 20 minutes, c'est trop long."

"Pas du tout."

"Alors, d'après Jacques Ségolard, je lui serai toujours reconnaissant de cette possibilité. J'ai jamais vu Carla avant. Mais 20 minutes, non, non, c'est pas du tout ça. Il se trouve que j'ai divorcé en octobre, et j'ai subi ce divorce. Bon. Et que j'ai rencontré Carla le 13 novembre. Que j'avais jamais vu Carla avant, jamais. Je suis rentré dans la pièce, j'ai regardé. Elle a légèrement ri. Je suis parti avec elle du dîner, après avoir adressé la parole à personne. Et 2 mois et demi après, on était mariés."

"Oh là là, incroyable. Je suis un type qui prend des décisions."

"Et vous a changé ? Elle a changé quelque chose en vous ?"

"Il y a, bien sûr, comme toute personne qui tombe amoureuse. Bien sûr, il y a une interaction. Et elle est arrivée dans cet univers qu'elle connaissait pas du tout. Elle a été une Première Dame fantastique. Faut comprendre. Donc, je la rencontre le 13 novembre, on est mariés le 2 février. Mariés, parce que moi, je pense que le président de la République, il met pas sa copine à l'Élysée. Si vous pensez que je vise quelqu'un, vous avez raison. Et donc, le 2 février. Et 2 mois après, on fait la visite d'État en Angleterre. On dort à Windsor. C'est incroyable. On est invité par la Reine d'Angleterre. Et Carla fait un malheur. Et voilà, c'est parti comme ça."

"C'est un changement de vie radical aussi, c'est..."

"Oui. Et puis, elle a très, très bien géré ça. Mais si vous voulez, ce que je vous disais sur les opportunités. Ma mère, ma pauvre mère, qui est décédée, que j'aimais beaucoup, m'avait dit, écoute, l'amour, c'est terminé. J'ai, mais tu sais, là, qu'est-ce que tu me dis ? Mais c'est jamais terminé. Rien n'est jamais terminé. Parce que la vie, c'est une succession de renaissance. C'est un cycle. Bien sûr, on renaît après une maladie, après un échec, après un divorce, après que sais-je, après une trahison. C'est pas parce que vous êtes trahi par un ami que vous voulez plus avoir d'amis. C'est pas parce que vous échouez dans une histoire d'amour qu'elle se termine, que ça doit être terminé. Rien n'est jamais terminé. C'est vous qui décidez si c'est terminé ou pas. On dit parfois la retraite, il y a beaucoup de gens qui étaient actifs et c'est la mort pour eux, parce qu'ils ont décidé de pas renaître. On renaît jusqu'au bout, jusqu'à la dernière limite, jusqu'à la dernière seconde."

"Ça fait 16 ans. Vous êtes en 17. C'est bien. Vous connaissez votre ça fera très exactement 17 ans le le 13 novembre. Comment un couple dure, présidentiel ou pas, comment vous faites pour que ça dure depuis aussi longtemps et ça a l'air d'être extraordinaire ?"

"Savez, la question, c'est vraiment important, mais pas simplement pour un couple, pour tout, tout ce qu'on croit fragile, dur. Quand vous avez chez vous un vase qui vous a été donné par la vieille voisine, dont vous avez rien à faire, il peut casser à tout instant. Tout ce qui est fragile dure, parce qu'on y prend attention. Tout ce qu'on croit certain, établi, se casse, parce qu'on y attache pas l'intention, l'énergie qu'il faut. Donc, le secret, c'est de comprendre que tout est fragile. Et plus c'est fragile, plus ça dure. Plus c'est fragile, plus c'est précieux. Et c'est ça le secret. Être concentré, ne croire que jamais rien n'est acquis, ni en amour, ni pour sa santé, sa forme physique, ni dans le boulot. Chaque fois que vous pensez que vous êtes arrivé, alors vous êtes prêt de partir. Le secret, c'est ça. Savoir que ça peut s'arrêter, que c'est fragile. Que c'est fragile parce que, c'est contre-intuitif, mais la fragilité est un gage de solidité. Parce que quand vous êtes sûr de quelque chose à 100 %, l'être humain est fait qu'il n'y attache plus d'importance."

"Merci pour ces phrases. C'est le fruit d'une longue expérience et de beaucoup d'échecs. Est-ce qu'on apprend pas avec les échecs ?"

"Je pense, c'est on apprend qu'avec les échecs. On n'apprend rien des succès. Et moi, je me souviens très bien de la soirée du de 2012. Et j'ai beaucoup de mal à me souvenir de la soirée de 2007, parce que dans l'échec, les gens vous regardent. Dans le succès, regardent la lumière. Et la lumière, ça aveugle. On voit rien dans la lumière. Moi, le premier jour de mon installation à l'Élysée, je pars dîner avec Angela Merkel à Berlin. Je reviens, doit être 2h, 2h30 du matin. Ils avaient posé sur le siège arrière gauche de de ma voiture tous les magazines français, internationaux. Il y avait moi en couverture. Et quand je traversais Paris en pleine nuit, derrière les motards, pour rentrer à l'Élysée, j'étais sur tous les, les panneaux, les fiches. J'en ai eu comme une nausée. C'était trop. J'ai pas lu un seul des magazines. C'était trop. On a du mal à se regarder au bout d'un moment à la télé. Trop. Faut se mettre dans une bulle et rester tranquille."

"J'ai regardé les questions que les gens se posaient sur vous sur internet. Et la question de ce que vous aurez dit le président Poutine à l'époque au sommet G20, vous avez vu, revenait souvent. Vous arrivez un tout petit peu essoufflé, un discours, et les gens disaient, oui, il a sûrement bu de l'alcool et cetera. Mais je crois que vous buvez pas d'alcool."

"J'ai jamais bu une goutte d'alcool de ma vie. Jamais. Jamais goûté. Non. Jamais. Je n'ai jamais fumé de ma vie, et j'ai jamais bu une goutte d'alcool de ma vie. Voilà. Et je crois que c'est un journal belge qui a lancé cette rumeur que j'aurais été sous l'emprise de l'alcool. J'ai pris ça pour une plaisanterie belge. J'ai jamais bu de ma vie. Mais la conférence de presse avait lieu au 3ème étage. J'avais 1 heure de retard. J'ai couru, j'étais essoufflé. Et ça n'a rien à voir avec Poutine. On a eu un premier entretien là. Poutine était très lié à Jacques Chirac. Et Jacques Chirac avait sans doute dit beaucoup de mal de moi à Poutine. Donc, il se demandait si j'étais pour, si j'étais contre. Mais ça, ça s'est très, très bien passé. Non, non."

"Il y a une autre anecdote, c'était à Lige, où Bush était là-bas. On avait prévu que j'aille dans la petite maison de Bush. On avait chacun une petite maison pour avoir une première réunion de travail. Et une demi-heure avant, les services de sécurité me disent, le président Bush, malaise, il peut pas vous recevoir. Pas de problème. Bien qu'une demi-heure après, ma sécurité vient, la sécurité américaine dit que le président absolument vous voir. Je le vois. Et là, je vois le spectacle de George Bush, le président des États-Unis, allongé sur un canapé, avec un oreiller sur la tête. Il avait fait un malaise vagal. Sa femme, dans la pièce, inquiète. Et Condoleezza Rice, qui était comme sa fille, qui était là. Mais j'étais président. Vous n'êtes pas bien ? Je veux pas vous déranger. Bien sûr. Non, non, asseyez-vous. Et au bout d'un quart d'heure, je le voyais reprendre des couleurs, un combattant. Et finalement, on a pu échanger. Mais voir le président des États-Unis allongé comme ça, un souvenir."

"C'est pas arrivé à Poutine. Vous, vous avez fait un malaise, vous le racontez dans le livre. Et en faisant du footing, je crois que vous courez encore ?"

"Je cours tous les jours, une heure tous les jours, tous les jours, tous les jours. Partout où je suis, je cours une heure."

"Et vous courez un jour à Versailles, je crois, dans les jardins. Vous êtes à la Lanterne, au fond, et vous courez dans les jardins avec vos officiers de sécurité. Et vous l'expliquez dans le livre, très bien. Vous vous tombez vraiment net."

"J'ai jamais eu de malaise. Je, je suis déshydraté, il fait chaud, et je tombe dans les pommes. Ils appellent l'hélicoptère. Ça, on me l'a raconté, parce que..."

"Et je suis emmené, non, et je me suis emmené un hélicoptère à, à Val-de-Grâce, à l'hôpital, à Val-de-Grâce. Et je me souviens rien du tout. Il me passe dans l'IRM. Je reste 1h, 1h15 dans l'IRM, c'est long. Et j'apprends qu'ils m'ont sédaté avant de me mettre dans l'IRM. Et je me souviens que quand je me suis réveillé, et quand je me suis réveillé, je le sais parce que j'ai eu ma femme, bien sûr, ma ma femme était sur place. Et j'ai eu Louis, qui était aux États-Unis, qui me dit, mais tu m'as fait peur. Comment ça va ? Ça va bien, il y a pas de problème. Et c'est là où, où Carla me dit, mais il t'ont mis 1h, 1h15 dans dans l'IRM, parce qu'il fallait absolument qu'on voie ce qui s'était passé. Bien sûr. Mais comment ils ont fait pour te garder 1h15 ? Ils t'ont drogué ? Ils t'ont..."

"Voilà."

"Et je dis, maintenant, je veux sortir. Il me dit, non, non, non, non. Ils veulent te garder jusqu'au lendemain, parce qu'il faisait passer une caméra par une veine du poignet, qui est remontée jusqu'au cœur, pour voir s'il n'y avait pas de problème. Parce que quand vous êtes président, votre corps, vous appartient plus. Et donc, j'ai eu les examens toute la nuit. Et je suis sorti le lendemain. On a fait un communiqué pour dire que c'était une désadaptation. Les trois quarts des journalistes, avec leur bonne foi habituelle, non, naturellement, rien cru de ça. Et il y avait notamment, comment il s'appelle, le type avec la, l'écharpe rouge, Barbier, voilà, qui a expliqué que j'avais une grave affection cardiaque, que j'avais menti, qu'il en était informé. C'était il y a maintenant 14 ans. Apparemment, je suis un malade qui se porte pas si mal."

"Mais oui, c'était une belle expérience. Votre corps vous appartient plus quand vous êtes président ?"

"Parce que le secret médical n'existe plus pour le président ?"

"Non, mais parce que vous êtes, il y a 5 médecins autour du président de la République, tout le temps, tout le temps. En 5, qui sont pas les 5 en même temps. Il y a toujours un médecin qui vous suit. Et quand il y a un problème, il faut faire très attention. Et donc, qu'on est très suivi. Et il n'est pas question de refuser quoi que ce soit."

"On va parler des relations internationales. Est-ce que vous êtes formé pour connaître un peu tous les présidents, le nom et cetera, quand vous avez des voyages ? Est-ce que vous avez des briefings, comment ça se passe ?"

"On peut pas connaître tout, c'est pas possible. Aucun être humain est capable. Comment est-ce que vous êtes formé quand vous vous déplacez dans un pays pour connaître la situation précisément ?"

"Bon, d'abord, moi, j'avais beaucoup voyagé. Enfin, moi, j'aime, j'aime voyager, j'aime l'extérieur. On se moquait de moi parce que j'étais le ministre de l'Intérieur, toujours à l'extérieur. J'ai toujours voyagé dans ma vie, j'aime ça. Et la chose, la quand j'entends les pauvres écologistes, vraiment, c'est, c'est une diminution des capacités de réflexion intellectuelles spectaculaires. Il faut, il faut qu'on prenne l'avion deux fois dans la vie, il faut pas voyager, enfin."

Il n'y a rien de plus stupide là. Les premiers hominidés sont arrivés il y a 3 millions d'années, euh, quelque part dans la Corne de l'Afrique. Ils ont conquis le monde. La pulsion voyage, la pulsion de découverte, elle est profondément dans les gènes humains.

Bon, bon, j'ai toujours beaucoup voyagé, donc je connaissais déjà beaucoup de monde. Et puis, l'avantage quand vous êtes président, les dossiers sont très bien faits. Donc, avant chaque visite, on vous fait un dossier. Vous, bien sûr, il faut le lire. Mais moi, j'ai toujours demandé que la première page du dossier, il est le pays visité dans son environnement régional parce que je crois beaucoup à la géographie.

Vous connaissez les goûts, par exemple, des présidents. S'il est fan de quelque chose, pour avoir des points d'accroche. C'est de la diplomatie aussi. Oui, mais je les connaissais déjà. J'avais rencontré Barack Obama quand il était sénateur. J'avais rencontré Bush. Après, il y en a, c'est plus difficile. Le le le les discussions personnelles avec le président chinois, Hu Jintao, c'est plus complexe.

Parler de Barack Obama, vous racontez dans le livre qu'il vous a offert, enfin, pour Carla, une guitare, je crois, avec une petite plaque offerte par Michelle et Barack Obama. Est-ce que vous avez reçu un cadeau assez exceptionnel ou étonnant, un truc plutôt drôle, vous a surpris ? J'imagine que vous recevez beaucoup de cadeaux, vous en donnez aussi à chaque déplacement.

Oui, un truc assez drôle. J'ai j'ai perçu un espèce de de de montre gousset là, assez flashy. Et et je me suis rendu compte qu'après, qu'en en ouvrant à l'intérieur, il y avait une image assez pornographique d'un montage. C'était pas d'un goût extrême. Plus qui avait donné ça, mais c'était assez curieux. Il peut-être pas regardé, non. C'est étonnant de, je pense quand même. Je sais pas, il devait avoir une idée de mes goûts particuliers. Peut-être avait des informations.

Mais Barack Obama, vous racontez très drôle dans le livre. Vous dites qu'il vous invite à son restaurant favori, mais qui n'est pas du tout du même goût que le vôtre. C'est des hot-dogs. Vous emmène dans un restaurant de hot-dogs. Assez par, dit c'est fantastique, tu vas découvrir un truc remarquable en matière culinaire. Les trucs remarquables aux États-Unis, il faut vraiment du mal, je vous le dis. On est d'accord, c'est plus chez nous, pour le coup.

Par de l'ambition française aussi, c'est intéressant. Vous dites, l'ambition n'est pas un choix, une alternative, c'est une question d'identité nationale. On est moins patriote aujourd'hui, on a moins d'ambition. Non, mais les Français, dans l'histoire, ont besoin de rêver grand. On n'est pas un un pays qui peut rêver petit. Rêver grand, qui paraît arrogant, c'est l'histoire de France. Et quand on ne propose pas un grand dessin aux Français, ils s'abandonnent dans des comportements terrifiants. Nous, on a, on n'est pas des gens du juste milieu. C'est le sublime ou le terrible.

Et si vous regardez l'histoire de France, la France qui est si fière de sa révolution qui a été affreuse, la Terreur, affreux. En pleine Terreur, avec ces trois cinglés que sont Marat, Danton et Robespierre, qui ont une trentaine d'années chacun, mais qui sont des gens des des tueurs sanguinaires. Ouais. Et des tueurs qui finissent d'ailleurs tous par se tuer. Et quelques semaines après, la France fait Valmy. C'est ça la France. La Terreur et Valmy. La France est humiliée, déchirée, guerre intérieure avec la Vendée, guerre extérieure avec toute l'Europe. Et là, de braves soldats français se mettent à Valmy et battent toutes les armées d'Europe. C'est pourquoi la France a besoin d'être dirigée d'une main très forte, avec un leadership très fort et une ambition très grande. C'est le destin de notre pays.

Qu'est-ce qui manque le plus à la France aujourd'hui, d'après vous ? Vous voyez. Bon, non, mais je veux pas faire de politique. Moi, je pense que le pire aujourd'hui, c'est les réseaux sociaux qui ont fait croire que la société est horizontale, alors que tout est vertical. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas une société, une famille, une association, un pays qui peut fonctionner sans un leadership. Le chef, c'est essentiel.

Vous la boîte que vous avez créée, tiens, Légende. Là, il y a vous. J'étais dans l'émission du Petit Journal et une chroniqueuse sympathique, en tout cas, en apparence, me dire "Ah ben, vous, vous comprenez pas, vous n'êtes pas dans le coup." Bien sûr, il n'y a pas de problème, tout est horizontal. Je dis "Écoutez, le Petit Journal sans Yann Barthès, c'est la même chose." Ah non. Et ben, donc, c'est vertical. Je ne crois pas à l'égalité qui nivelle. J'aime la différence. J'aime les gens différents. J'aime ce qui est différent. Et vous ne pouvez pas aimer l'égalité, la différence. Même dans vos enfants, ils sont différents. Et vous verrez ça plus tard, vous les aimerez pareil. Mais il y en a qui ont besoin de beaucoup d'attention, d'autres qui ont besoin de beaucoup de liberté. La différence. Et pour moi, la plus belle des devises serait "Libre, fraternel, différent."

Est-ce que vous regardez, vous parlez de réseaux sociaux. Est-ce que vous regardez les commentaires quand vous faites une interview, ce que les gens pensent, ce qui remonte ? C'est sûr, je regarde rien, je vous dis la vérité. Mais moi, je suis un un félin. Je sors dans la rue, je sais immédiatement la façon dont la dame m'a regardé, si elle m'aime ou si elle m'aime pas. Je monte dans l'avion, la façon dont l'hôtesse me dit bonjour, je sais si elle a voté pour moi ou si elle n'a pas voté pour moi. C'est une question de métier, c'est une question d'instinct. Bien sûr. Je rentre sur un plateau comme ici, je sais très exactement ce que pense celui qui est derrière la caméra ou celui qui est. Voilà. Ce n'est pas du tout de l'arrogance, c'est du métier. Et après, il faut garder un cap. Si vous êtes toujours dans le commentaire, j'ai du mal à me regarder moi-même. C'est peut-être une différence avec les les autres présidents. Moi, je pense que la séduction est la conséquence de la conviction et jamais le préalable. Convaincre et après séduire. Pas séduire et après essayer de convaincre.

Vous racontez l'histoire de Florence Cassez dans votre livre. Euh, affaire rocambolesque, malheureusement. Donc Florence Cassez, qui est arrêtée en en 2005, j'ai noté pour pas dire de bêtise. Donc c'est c'est au Mexique. Affaire Florence Cassez, avec son avec son compagnon de l'époque, chef présumé d'un d'un gang criminel, pour été accusé d'enlèvement, condamné à 96 ans de prison, puis 96, 60. Après innocenté d'ailleurs plus tard, qui sortira de prison en 2013. Vous, vous prenez l'affaire très à cœur. Vous allez, on a déjeuné avec le président, avec votre femme qui est là, sa femme. Vous êtes tous les tous les quatre. Vous allez aborder le sujet Florence Cassez. Vous savez qu'elle est emprisonnée là-bas. Et vous sentez, et ça, c'est vraiment une des parties géniales du livre, c'est qu'on s'imagine, on a l'impression de lire, de voir un film. Vous sentez le le le basculement lors du déjeuner. Il change de ton, c'est plutôt jovial, plutôt sympa, et d'un coup, ça devient dur. Vous allez prendre le le combat en main, et vous allez réussir à la faire sortir avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail.

Oui. D'abord, moi, je pense que le Président de la République a beaucoup de pouvoir. Et le pouvoir doit être mis au service de ceux qui n'ont peut-être rien. Ce n'est pas un concept, c'est une réalité. Moi, je ne connaissais pas Florence. J'ai reçu ses parents, des gens admirables du Nord de la France. Un immeuble aurait été tombé sur la tête, leur fille condamnée à 96 ans de prison. Elle a 25 ans Florence à l'époque. Elle n'avait rien fait, hein. C'était ça le sujet. Mais rien du tout. Si elle a fait une bêtise, elle est tombée amoureuse du mauvais gars au mauvais moment, ça c'est vrai. Oui. Mais 96 ans de prison. Et ils n'ont plus un sou pour aller la voir. Et prison dans une prison très dure au Mexique. Et j'ai j'ai donné ma parole. Et quand je donne ma parole, je la tiens de les aider. Et je me suis intéressé à ça. Et la réaction du président mexicain Calderon, tellement dure, tellement inhumaine. Je me dis, il y a un truc là-dessus, ça ne va pas. Et j'ai téléphoné très régulièrement à Florence en prison. Je savais qu'on était écouté.

Ça a été très dur quand vous l'appelez. Ouais. Oui, bien sûr. Ça a été très dur. Elle a quand même fait plus de 7 ans de prison, cette fille, hein. Et puis pas une prison, pas une prison sympa. Et j'ai réussi à la faire sortir en en parlant au Pape Benoît XVI, qui est un homme tout à fait remarquable. Et je savais l'importance de l'église au Mexique. Et je dis au Pape, très cher, je voudrais vous parler d'une de mes protégées. Elle a été condamnée à 96 ans de prison. Vous pouvez l'aider. C'est une injustice. Et il met ses deux mains comme ça, il les joint. Et dit "Oh, la malheureuse." Il me dit pas "Qu'est-ce qu'elle a fait ?" Il me dit "Oh, la malheureuse." Je dis "J'ai besoin que vous demandiez à l'église mexicaine d'analyser ce qui s'est passé. Et on va retourner l'opinion publique au Mexique." On a fait sortir Florence de prison. C'était très dur. Et aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur de l'époque est en prison. Et le président est sous investigation parce qu'il est acté qu'il y a une manipulation. Ah là là. Et si euh on avait, la France n'avait pas mis son doigt sur Florence Cassez, elle y serait encore. Ça m'a valu beaucoup de critiques, notamment de Madame Aubry, qui dit que j'étais un immature, qui avait mis les relations franco-mexicaines comme prix pour sauver cette Florence Cassez. Quand je pense qu'elle était secrétaire générale du Parti socialiste, je croyais qu'ils avaient des convictions en matière de droits de l'homme. Mais c'est que du show, c'est que de l'image. La réalité, elle était pas là.

Il y a des photos au centre du livre. Je vous les affiche là, avec Benoît XVI justement. Il y a une photo de vous avec le avec le Pape à ce moment-là.

Vous parler d'un barbecue avec le président Lula au Brésil et sa femme. C'est plutôt drôle dans les repas diplomatiques et cetera. Il va mal se passer ce barbecue, mais pas de leur faute. Moi, il se trouve que j'aimais beaucoup, j'aime beaucoup Lula parce que c'est un personnage extraordinaire. Bon, il est de gauche, voire d'extrême gauche. Moi, je n'ai jamais été de gauche, mais j'aime Lula, hein. Qui est qui est le fils d'une famille de 7 enfants, il fait peur, une maman divorcée, c'est c'est un survivant avec un cancer de la gorge et cetera. Il me reçoit là-bas chez lui, enfin à la présidence. Et il me dit "Je vais te faire le meilleur barbecue que tu aies jamais eu." Le pauvre, il sait pas, mais moi les grosses trucs de viande, ça me plaît pas du tout. Moi, je préfère la viande hachée. Mais bon, bref, je dis "Oui, formidable, j'adore ça." J'en pense pas un mot. Mais enfin. Et on est sur la terrasse du palais présidentiel, c'est fantastique. Il fait lui-même le barbecue. Il me dit "Dans 5 minutes, c'est prêt." Il vient de se rasseoir, on est dans un petit salon. Tout d'un coup, une explosion. Vous n'imaginez même pas une explosion. Tous les gardes arrivent, se jettent sur nous pour nous protéger. On croit un attentat. C'est le barbecue qui avait explosé avec la glace parce que Lula avait mis trop de charbon de bois là-dedans. La chaleur était trop grande, tout avait explosé. Moi, non, qui on s'est tapé une vague salade parce qu'il avait fallu trouver un un un repas de substitution de de remplacement. Il était à l'époque avec son son ancien épouse qui qui est décédée depuis. Mais Lula, ça, c'est un homme que j'admire.

Vous parlez de de de New York, de l'université aussi, un peu plutôt. Et il y a une thématique que vous abordez beaucoup dans le livre, c'est le wokisme. Vous dites, l'influence wiste était en train d'émerger à l'époque. La situation s'est depuis beaucoup dégradée. Les universités américaines sont devenues des caricatures de ce qu'elles étaient. Elles ne recrutent leurs étudiants que sur des critères raciaux, religieux ou sexuels. La pensée unique régnant maîtresse absolue. C'est un sujet qui vous tient à cœur.

Oui, parce que j'aime pas les pensées toutes faites. Regardez ce qui s'est passé récemment aux États-Unis. C'est assez fantastique. Obama qui dit "Aux noirs, vous devez voter pour Kamala Harris parce qu'elle est noire." Mais on est chez les fous. Votez pour qui vous voulez, mais vous ne votez pas pour quelqu'un en raison de ses pratiques sexuelles ou de sa couleur de peau. C'est la négation de toute idée de démocratie, de République. Ça n'a aucun sens. Et je n'aime vraiment pas la prétention. J'aime pas la prétention de tous ces gens qui pensent qu'ils ont la vérité. Et c'est la différence entre la gauche et la droite. Il y a il y a certainement des gens très limités à droite. Il y a certainement des choses qu'on a fait qui n'étaient pas bien du tout. Mais jamais on a la certitude d'avoir la vérité. Le problème avec une certaine gauche, c'est qu'il pense détenir un morceau de la vraie croix. Et rien n'existe face à eux. C'est insupportable.

La cancel culture, le fait d'annuler, d'effacer une partie de l'histoire, donc de déboulonner des statues, c'est ça la cancel culture. Déboulonner certaines statues ou enlever des gens suite à quelque chose. Ça, vous êtes, vous en parlez aussi beaucoup.

Non, mais je déteste ça. Parce que la la France, c'est un continuum. On doit prendre le total. Si on commence à détruire les statues des gens qu'on n'aime pas, alors moi, je demande qu'on enlève celle de Danton, boulevard Saint-Germain. Ça n'a aucun sens. Je recevais le président d'un d'un Land allemand, d'un Land, récemment. Et je disais combien j'étais attaché à l'axe franco-allemand. Parce que moi, je le vois d'une perspective historique. Entre Louis XIV et 1945, on s'est fait la guerre tous les 30 ans. Mais ça n'a pas commencé maintenant, ça n'a pas commencé avec Chirac et Macron. C'est une permanence. Et donc, l'amitié franco-allemande, elle est très précieuse parce qu'elle produit multiples guerres. Et c'est très important de mettre cela dans un dans un continuum historique. C'est l'histoire. Vous n'êtes pas simplement de votre famille, vous êtes aussi de votre sexe, de votre région, de votre ville, de votre pays. Et je dirais même de votre continent. Quand je suis à Pékin, je comprends que je suis européen. Et quand je suis à Londres, je comprends que je suis français. Et quand je suis au Cap N, je comprends que je suis parisien.

Euh, est-ce que je peux parler au papa ? Toujours au président, mais au père aussi. Vous avez eu trois garçons et une fille. Après Pierre, Jean-Louis. Donc Pierre, qui a 39 ans aujourd'hui, producteur de musique, hein, c'est ça, DJ DJ. Jean, directeur. Alors j'ai marqué manager de fonds d'investissement, pour rester très large. Et Louis, donc, qui est chroniqueur, spécialiste des États-Unis, en ce moment sur LCI, si je dis pas de bêtises. Il fait de la télé aussi. Vous les avez éduqués de la même manière ? Vous avez adapté.

On éduque. D'abord, il faut être très modeste. Ils m'ont autant éduqué que je les ai éduqués. J'ai beaucoup changé avec mes enfants. Vous pouvez rajouter, j'ai un beau-fils qui est le fils de Carla, Aurélien. Ils m'ont beaucoup changé. C'est un échange. Moi, vous savez, je suis un esprit libre. J'impose très peu de choses. Mais ce que j'impose, je l'impose vraiment. Ce que j'interdis, c'est interdit vraiment. Pour moi, qu'il y ait de mauvaises notes à l'école, franchement, j'ai pas été un très bon élève, c'est pas un problème. Mais qu'ils lisent pas, c'est un problème énorme pour moi. Ils doivent lire. Et tous mes enfants lisent beaucoup. Qu'ils fassent pas de sport, c'est un problème immense. Et qu'ils soient pas gentils, c'est un problème immense. À partir du moment où on est gentil, on fait du sport et on lit, le contrat est largement rempli.

Est-ce que vous avez commis une erreur, un peu drôle, d'éducation ? Vous avez accepté un truc que vous auriez pas dû ?

Ça, c'est intéressant aussi, les échecs dans dans tous les domaines. Vous savez, il y a bien longtemps avant que j'aie des enfants, un de mes amis m'avait dit "Je suis vraiment content, le contact avec mon fils, ça se passe bien." Je dis "Mais vous êtes d'accord ?" "Non, pas du tout." "Il t'écoute ?" "Non, pas du tout." En moi-même, comme un imbécile, je pensais qu'il était faible. Après, j'ai compris que la chose la plus importante, c'est pas d'être d'accord, c'est que le fil du dialogue ne soit pas rompu.

J'ai une petite surprise pour vous. Après, je sais pas si vous êtes au courant, si on vous a vraiment rien dit.

Non, rien dit.

Je vis qu'on parle juste avant d'une partie. Vous parlez du Cap. Dans dans votre maison, de votre belle-famille. Et Bruny, ils ont une maison là-bas. Et vous dites, c'est il y a pas d'horaire, c'est très libre. Dans le livre, vous expliquez ça. Néanmoins, fonction présidentielle oblige, vous dites "Je suis obligé de donner des pièces pour les agents, évidemment, de sécurité, mais aussi pour la personne qui a qui a la mallette, l'aide de camp, l'aide de camp, pardon." Une mallette et les codes nucléaires.

À quoi ça ressemble, une mallette ? C'est toujours un peu flou. Il y a il y a beaucoup de de de fantasmes tout ça. Y compris Carla, qui a longtemps prétendu qu'elle connaissait le code nucléaire parce que je change jamais de code quand je vais dans un hôtel et qu'il y a un coffre, on fait un code, il me dit "Ça, c'est le code nucléaire." Tu changes pas. Non, c'est plus compliqué que ça. Il y a un PC, le PC Jupiter à l'Élysée, où on peut être en contact avec les sous-marins nucléaires. Mais il y a une reconnaissance vocale, il y a il y a beaucoup de conditions qui font que avant que le président appuie sur le bouton, on vérifie que c'est bien lui. Ce qui est plutôt rassurant, d'ailleurs. Oui. Ce n'est pas moi qui trouve qu'il pleut au Cap N et qui discute pour me changer les idées d'appuyer sur le bouton. Non, ce n'est pas comme ça que ça marche.

Vous parlez des dépenses de l'Élysée aussi. Ça, c'est étonnant. Vous dites que c'est donc pendant votre mandat, ça avait été décidé. C'est vous qui avez décidé d'ailleurs, pour la première fois depuis Louis XIV, qu'il fallait vérifier les dépenses de l'Élysée. Ça n'avait jamais été fait, même avant, dans les mandats précédents. Mais jamais. Mais demander à Mitterrand, l'idée de faire contrôler. Mais jamais, jamais, jamais la Cour des comptes n'avait mis un pied à l'Élysée. Et j'ai voulu que la Cour des comptes rentre à l'Élysée. Et ça me protégeait vis-à-vis de mes propres collaborateurs. Parce que les collaborateurs, souvent, ils veulent vous faire plaisir. Et en vous faisant plaisir, ils peuvent vous mettre en danger. Donc la Cour des comptes est rentrée à l'Élysée. C'est pas la gauche qui l'a fait, c'est moi.

Et vous ont retoqué. C'est 14 123 € de dépenses privées que vous auriez payé, donc pendant par la présidence. Et vous avez dû rembourser des dentifrices, c'est ça ? Ça va jusque là les dépenses. Mais vous savez, quand vous mettez des fonctionnaires dans le contrôle, vous pouvez être sûr qu'ils iront jusqu'au détail. Et donc, effectivement, il m'avait dit "Il faut payer la mousse à raser et le dentifrice qui est dans l'avion présidentiel." J'ai payé. J'ai encore deux trois sujets à ça.

L'aura fait tellement plaisir de vous toucher. On en voit quand on est président, j'imagine. Pendant 5 ans, on en voit dans la vie, c'est vrai, pas simplement quand on est président.

Si on peut aborder un un un sujet difficile du livre, qui est très intéressant, un peu profond, mais c'est les les choses qu'il y a eu, les drames que vous avez pu vivre pendant euh ce ce quinquennat. Avec le Paris-Rio, le vol qui s'est malheureusement euh craché. Vous expliquez que vous, vous l'apprenez, vous êtes, je crois, en weekend. Vous revenez à Paris. Vous dites dans l'avion, vous avez peur. C'est c'est c'est difficile, c'est dur, c'est stressant d'arriver, de rencontrer les familles. Vous savez qu'il n'y a pas de nouvelle. Vous l'apprenez jusque sur le tarmac. On vous redit les dernières informations plus fraîches, on va dire. Et vous arrivez dans ces familles, il n'y a pas un bruit. Vous allez jusqu'au micro. C'est c'est des ambiances qui sont très très dures à vivre, qu'on imagine pas.

Oui, enfin, c'est moins dur à vivre pour moi que pour les familles, bien sûr. Mais je suis réveillé le matin assez tôt. Je suis au Cap N d'ailleurs. Et on me dit qu'on a plus de nouvelles d'un d'un avion Air France. Vous savez, quand on vous dit qu'on a pas de nouvelles d'un avion, c'est pas bon. Non. Donc, je comprends tout de suite qu'il y a quelque chose qui s'est passé. Et c'est confirmé en fin de matinée. Donc, je décide d'aller moi-même à Roissy. Parce que j'ai dit "Qu'est-ce que vous avez dit aux familles ?" Je crois qu'il y avait 248 passagers. "Qu'est-ce que vous leur avez dit ?" "Ben, on leur a dit qu'on a pas de nouvelles." "Mais vous leur avez dit que c'est fini ou pas ?" "Non." Bon. Donc, je décide de de prendre l'avion et d'aller les les rencontrer. Parce que vous imaginez l'angoisse de ces gens qui espèrent encore. Mais ils espèrent, c'est normal. Ah oui, ils espèrent. Vous allez chercher votre frère, votre enfant, votre mari, votre femme à l'aéroport. On dit "L'avion a du retard." Puis on vous dit "On a plus de nouvelles de l'avion." Mais vous vous rendez compte, c'est inhumain pour les gens. Et donc, quand j'arrive sur le tarmac, je fais un point. Ils avaient rien retrouvé. Mais ils me disent "C'est fini." Je dis "Il faut leur dire." Et je rentre dans la dans cette grande salle. Il y a peut-être 400 personnes. Il y a un silence de mort. Et ils s'écartent quand j'arrive. Oh là là. Et vraiment, je sens le le je sens le le poids de de de ce drame. Et je prends la parole pour dire "Écoutez, je dois vous dire la vérité. On a plus de nouvelles, mais l'avion a disparu. Et on va tout faire pour retrouver les épaves. Mais c'est fini." Il y a un moment de de sidération. Et tout d'un coup, il y a des cris, il y a des pleurs, ça explose. Et vraiment, c'est un moment très pénible. Mais pour eux, beaucoup plus que pour moi, bien sûr. Bien sûr.

Et après, il y a la cérémonie à Notre-Dame. On n'a pas un corps, il y a que des bougies. Et on était là avec Carla. Et il y a une jeune veuve avec sa fille qui passe et qui dépose la bougie. Parce qu'on avait fait que chacun des faits. Qu'est-ce qu'on fait ? On fait ce qu'on peut. Elle dépose la bougie. Et et Carla fond en larmes. Parce que c'était vraiment, on se sentait là, en même temps, c'était très lourd. Et on s'en sentait très proche en humanité, quoi. Ben, ça aurait pu nous arriver.

Il y a le moment aussi à Marrakech, 28 avril 2011. Il y a un attentat avec une jeune fille, euh, plusieurs personnes, 17 victimes, je crois. Et il y a une jeune fille qui s'appelait Camille, 10 ans, qui fait partie des victimes. Et voilà, vous dites, vous écrivez après, vous expliquez que pendant le discours, vous avez du mal à le terminer.

Non, mais c'est sur la place. Le des terroristes ont placé une bombe avec des clous de girofle dans un café. Ça explose, ça défigure des gens, ça en tue d'autres. Et effectivement, cette petite Camille. Et j'écris moi-même le discours. Parce que les cercueils arrivent. J'ai vu le roi du Maroc, c'est un grand homme remarquable, avec qui on travaillait main dans la main, un homme exceptionnel, le roi Mohammed VI. Et les cercueils, je les accueille avec les familles. Par vacances, j'ai passé une semaine à Marrakech, c'est un endroit que je connais très bien. J'écris. Et à un moment, j'écris "Camille avait 10 ans et un tueur d'enfant n'a pas voulu qu'elle fête son 11e anniversaire." Et en le disant, je suis moi-même submergé d'émotion. J'ai du mal à terminer. J'étais piégé moi-même. Et je pense que c'est très important que le président. On m'a beaucoup reproché d'être trop sentimental. Et moi, je pense que le président doit être vivant. Oui. Et être vivant, c'est être heureux ou être malheureux.

Votre échec le plus marquant, vous dites, c'est le Niger. Dans le livre, c'était l'opération "Arc-en-ciel Foudroyant". C'est ces deux otages qui sont enlevés par des terroristes. Et il y a un assaut, ils vont être exécutés, malheureusement, par les par les terroristes. Vous dites que c'est un des moments les plus durs de votre quinquennat.

Oui, parce que la vérité, c'est qu'un des jeunes, il avait 22 ans, je crois. C'était du Nord, d'ailleurs. Partait pour se marier. Il avait invité son meilleur copain à le rejoindre. Ils étaient dans un restaurant, tous les deux. Ils n'ont rien fait de mal. Des terroristes arrivent, les prennent, les emmènent en voiture, les enlèvent. Ils sont pris en chasse par l'armée nigérienne, bien sûr. Je suis informé. On avait des hélicoptères. Un hélicoptère repère la voiture et la suit, et notamment avec la frontière avec le Mali. Et à un moment, les terroristes tirent sur l'hélicoptère. Et on me demande l'autorisation d'ouvrir le feu. Je dis "On tire sur l'armée française." Vous répondez "Faites attention aux otages." Mais vous répondez "À partir de ce moment-là, on bloque les quatre voitures, on les arrête, on répond aux tirs." Et on découvre à ce moment-là que les deux jeunes otages ont été tués, assassinés. Nous pensons qu'ils ont été assassinés avant, mais ils ont été assassinés pendant la pendant après, je je ne sais pas exactement. Mais c'est un échec. C'est un échec. Vous savez, j'en ai négocié des affaires d'otages. Et j'ai toujours négocié les affaires d'otages comme si c'était des gens de ma propre famille. Hein. Il y en a beaucoup qu'on a réussi. Et là, on a joué. On dort moins bien le soir. Même quand on est président, ça nous touche personnellement. Bien sûr. Bien sûr. Vous avez la responsabilité de la vie de quelqu'un. Ce n'est pas des décisions administratives. Bien sûr. Heureusement, encore heureusement, encore. Ce n'est pas un dossier comme les autres.

Vous savez, un jour, j'étais ministre de l'Intérieur. Et je vais, je crois que c'est à Saint-Malo. Et je décore le cercueil. Mais je vois la veuve avec un enfant de 5 ou 6 ans, peut-être 6 ans, à côté. Je vais vers la veuve. Et je lui dis "Vous permettez, madame ?" Et je dis au petit "Tu veux venir avec moi décorer ton père ?" "Oui." Donc, je prends par la main, je l'emmène devant le cercueil. Je remets la Légion d'honneur. Sonnerie aux morts. Le petit à côté de moi me donne la main. Il me tire par la manche. Je me penche pour savoir ce qu'il a. Je me penche pour savoir ce qu'il a. Il me dit "Fais sortir, s'il te plaît, papa de la boîte." C'est ça la vie. Ouais. Et vous ne pouvez pas. Je ne l'ai pas oublié. C'est comme si c'était d'hier. Mais je lui dis "Écoute, ton père te regarde. Et il sera fier de toi." Mais ce n'est pas, on ne peut pas être insensible à ça. C'est impossible. Bien sûr.

Parler de la mort. Vous dites, le mois de novembre, marqué par la Toussaint, incarne le temps des morts et l'empreinte qu'ils ont laissée dans nos mémoires. Chacun, avec l'âge, on en a même de plus en plus. Ils sont partis, mais ils demeurent. J'ai évoqué le souvenir de ceux qui m'ont été si chers : ma mère, mon grand-père, ma tante, mes amis proches, Jean-Michel Godard, Jean-Marc Fornery, et mon père. Où sont-ils ? J'aimerais tellement que leur vie ait eu un sens. J'ai toujours aimé la vie. J'ai toujours pensé à la mort, et compris lorsque j'étais jeune. Il faut bien s'y habituer, tant elle est familière. C'est quelque chose qui vous fait plus peur ?

Non, non, non. C'est quelque chose qui m'intéresse. Vous savez, tout est une question de couple. Il n'y a pas de vie sans la mort. Il n'y a pas de succès sans l'échec. On ne peut pas aimer l'un et refuser l'autre. Et donc, la transcendance, la question du sens, c'est extrêmement important. C'est extrêmement important. Et il y a une vision de la laïcité qui n'a aucun sens. Il y a des mots qui ont disparu du du vocabulaire et qui ont tort. Le mot "âme". L'âme, c'est n'est employé par personne. Moi, j'aime la peinture, j'aime la sculpture, j'aime l'art. Parce que l'art a quelque chose à voir avec le divin. Et donc, je ne suis pas pratiquant. Mais j'aime rentrer dans des églises. Moi, j'aime aller à Saint-Pierre. J'aime voir la Piéta. Moi, devant la Piéta, je parle à voix basse. Michel-Ange avait 22 ans quand il sculpte le marbre. C'est vous qui est la pierre la plus dure au monde. Et on a l'impression que le voile de la vierge peut s'envoler. Et c'est vraiment un sujet important. Notamment quand on parle de l'islamisme extrémiste et cetera. Ce n'est pas simplement eux qui sont conquérants, c'est nous qui ne croyons plus à rien. Et je pense même que les églises dans les villages, elles sont encore plus importantes pour celui qui n'y rentre jamais que pour celui qui y rentre. Parce que celui qui rentre, il rentre pour parler au bon Dieu. Mais pour celui qui n'y rentre pas, c'est son paysage, c'est sa culture, c'est son environnement. Et vraiment, c'est très triste des sociétés qui ne croient plus en rien. D'ailleurs, qu'est-ce qu'il y a de plus triste qu'un enterrement, entre guillemets, laïque ? C'est beau qu'on croie ou qu'on ne croie pas. Les chants religieux, les prières, l'encens, le décorum autour de tout ça, c'est très important. C'est très important.

Pensez qu'il y a quoi vous après ? Si je le savais, mon vieux, je vous le dirais bien volontiers. Vous savez, un jour, on m'a interrogé pour me dire "Quel serait pour vous le dîner idéal ? Les gens que vous rêveriez de rencontrer ? Allez, vous avez trois ou quatre invités." Je dis "Vous rigolez, j'en veux qu'un seul : Jésus. Parce que quand même, si c'est vrai, quelqu'un qui ressuscite, c'est pas banal. Ouais. Et si ce n'est pas vrai, quelqu'un qui a eu trois années d'existence publique et qui, 21 siècles après, parle encore à 4 milliards d'individus sur terre, c'est pas banal non plus."

Vous parler de ne pas prendre la grosse tête. Vous dites, Carla avait eu la très opportune idée que nous conservions notre maison personnelle. Comme cela, disait-elle, quand il faudra quitter l'Élysée, tu ne seras pas dépaysé, tu ne seras pas habitué à vivre dans un palais. Vous dites "Sage recommandation qui me fut très utile et me permet de garder les pieds ancrés dans la réalité."

Est-ce qu'on, quand on est Président, on peut perdre un peu pied sur la réalité du quotidien ? Ouais, bien sûr. Oui, oui. C'est même normal. Vous êtes grossomodo sur une chaise à porteurs. On vous bon. Mais moi, j'ai la chance de vivre dans une maison. Je suis très privilégié. Mais Carla a absolument voulu qu'on dans notre maison. D'ailleurs, nous n'habitons à l'Élysée que le week-end. Parce qu'il y a le grand jardin, le week-end, il y a moins de monde, et on est tranquille.

Est-ce que ça laisse des traces physiquement, un mandat avec le stress ? Est-ce qu'on a de l'eczéma, des problèmes de santé qui peuvent arriver ?

C'est plus dur. Mais pour l'instant, j'en ai pas. Non, non. Mais toucher la tête, le si vous voulez. Je l'ai vu avec Barack Obama, que j'ai connu en 2006, qui avait pas un cheveu blanc. Six mois après être président, il avait que des cheveux blancs. Il y a des montages de avant-après de vous, de de président Obama. Non, mais de toute façon, il y a 5 ans qui passent, donc de base. Voilà. Non, non, mais c'est certainement un accélérateur. Oui. Après, il y a la différence si vous faites du sport tous les jours, si vous mangez pas n'importe quoi, si vous faites attention, si vous gardez la passion. Vous savez, quand j'ai fait la passation avec Chirac, bon, dans mes rapports avec lui étaient à la fois très amicaux et très et très violents et très opposés, hein. Bon. Mais j'ai vu dans son regard, au moment où j'ai raccompagné sa voiture, j'ai vu le désarroi de ce qu'était le pouvoir. C'est vrai. Oui. Et ça m'a touché le cœur, ça m'a ému. Et franchement, moi, quand j'ai quitté le pouvoir, mais j'étais avec Carla, c'était pas pareil. C'était, j'étais pas malade, et en tout cas, à ma connaissance. Mais ça m'a. Et vraiment, toute la journée, ma première journée de présidence, j'ai pensé à Chirac et à son désarroi. Je me suis dit "Un jour, toi aussi, il faudra que tu partes." Plus rapidement que tu ne le crois. Et donc, pense bien à ça. Et franchement, j'ai j'ai toujours fait attention à ça.

Ça doit être galvanisant, le pouvoir. Quelque chose de de d'agréable là-dedans, pour que tout le monde ait envie d'y retourner aussi. Il doit y avoir quelque chose de génial.

Non, mais ce qui est génial, c'est la vie. Vous savez, quand quand je me suis réveillé le lendemain de ma défaite en 2012, Carla était très inquiète. "Tu vas pas être déprimé ? On va faire autre chose." Je vais faire une nouvelle vie. C'est galvanisant. Tout est. Mais tant que vous êtes en âge, l'âge n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est d'être en bonne santé. Tout est galvanisant. La vie de président n'est pas moins galvanisante que la vôtre. C'est c'est c'est la vie qui est un miracle. Ça dure le temps d'un poste. Et on construit Notre-Dame de Paris. Enfin, je veux dire, ça peut être pathétique et admirable. Ça va très, très vite. Ça va vite. Et en même temps, vous faites comme si ça durait tout le temps. Et comme si vous alliez laisser une trace. Et donc, la vie galvanisante, pas simplement d'être président.

Il y a un bel événement qui va se passer pendant votre quinquennat, l'arrivée de votre fille. Ça va être le le plus beau moment, j'imagine, du quinquennat pour vous, de d'une vie de père.

Non, non, c'est un miracle. Et c'est un miracle. Et puis, en plus, c'est une fille. En plus, c'est Julia. C'était vraiment, on était en pleine campagne électorale. J'étais attaqué de toutes parts. Tout le monde pensait que j'allais être battu.

C'était une une une comme un comme un sas, et Julia d'ailleurs m'a dit un jour : "Mais je suis née au palais, mais je connais pas. On pourrait pas y aller pour pour voir où je suis né ?" Alors j'ai appelé le président Macron. Je dis : "Écoutez, on ne fait desjà ensemble, ça ferait plaisir à ma fille de voir la chambre où elle a vécu." "Mais bien sûr, bien sûr." Donc on, il nous a laissé rentrer dans l'appartement privé. On a, j'ai montré ma fille. D'ailleurs, elle était très déçue, elle croyait qu'il y avait des dorures partout parce que pour elle, c'est un palais. Bon, c'est un palais, oui, mais enfin, c'est pas non plus le château de Versailles, hein. Ouais, c'est pas chose. Donc elle était plutôt déçue de la banalité du du lieu, l'appartement du Président.

Vous, vous la prenez comment ? Je crois que vous êtes en Allemagne. Vous racontez dans le livre. Je suis en Allemagne avec Angela Merkel et toute la journée, on est à Francfort. Tout, enfin, je dépose Carla à la clinique. Je dis pas Carla que je parle en Allemagne, je veux pas l'inquiéter. Non. Bon, c'est vrai. Ah, vous dites pas ? Je veux pas l'inquiéter. Et voit pas vos déplacements ? Pardon. À la télé, peut vous suivre finalement ? Là, elle a perdu les os. Elle est à la clinique, elle a autre chose à faire que regarder euh la télé. Et je lui dis : "Écoute, je suis là, il y a pas de problème." Voilà. Je la laisse avec ses médecins, je laisse même mon médecin sur place et je pars en douce à Francfort. Et Angela Merkel, toute la journée, veut savoir si c'est un garçon ou une fille. Elle pense que je lui mens parce que Carla et moi, on ne savait pas si c'est un garçon, fille. Absolument pas. On avait voulu la surprise, on avait rien demandé. Et tout d'un coup, on m'appelle : "Vous avez une fille." Donc je quitte la réunion, je saute dans l'avion et j'arrive à la clinique. Il doit être 22h, 22h30. Incroyable. Ma mère a vu Julia avant moi.

Voilà. Est-ce, est-ce que vous arrivez à vous aménager du temps, même en tant que Président, dans un planning qui doit être très, très serré, pour passer du temps avec elle ? Oui, oui, oui. Par exemple, Président, j'ai couru tous les jours. Et vous savez, moi, j'étais connu, les dîners d'État, ça durait 1 heure, 1 heure et quart. Moi, j'aime rentrer chez moi. Je rentre jamais chez moi après 22h, 22h30 tous les soirs avec Carla, on regarde un film. Non, non, c'est très important pour moi. J'ai besoin de lire, j'ai besoin de disparaître, j'ai besoin de de de place, de temps seul, j'ai besoin de réfléchir. Non, non, non, non, non, non. Je, je vraiment, euh, on dit de moi que je suis assez énergique et assez dynamique, mais la vérité, c'est que je, j'ai, j'ai besoin de me ressourcer. Je peux pas passer une journée sans lire, je peux pas passer une journée sans voir un film, je peux pas passer une journée sans faire du sport. Non, les rendez-vous, ça me fatigue énormément. Et donc, j'essaie de de compartimenter un peu, de compartimenter beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et justement, comme on habitait chez nous, je rentrais, on regardait notre film, mon dîner ensemble. Non, je suis pas quelqu'un qui traîne.

Vous dit : "Il m'arrive de me demander comment nous avons pu vivre sans celle qui, pris à la seconde de sa naissance, une telle place." 12 années plus tard, lorsque je me retourne, je mesure le chemin parcouru, les risques pris, le bonheur qui nous a comblé. Depuis, elle a 13 ans aujourd'hui. Vous êtes quel genre de père ? Euh, écoutez, j'ai les genoux usés depuis la naissance de ma fille, qui est oui, très importante, comme tous mes enfants d'ailleurs. Moi, je, mes enfants. Et oui, oui, elle a une grande place, elle a une grande autorité, elle a la classe de sa mère, elle est très mûre et elle sait très bien comment obtenir tout ce qu'elle veut de moi. En un mot, je suis très faible, extrêmement faible. C'est la seule personne avec qui vous ? Non, non, c'est pas la seule personne. Non, non, non, non. Euh, non, mais Carla et moi, on s'en occupe beaucoup et on est très proches de nous aux enfants. Et le miracle, c'est que tout le monde s'entend, enfants, beaux-enfants, tout le monde s'entend. Ça, c'est une grande réussite.

Elle arrive à l'adolescence, vous surveillez un peu ce qui est fait, vous la guidez ? Retirez le mot "un peu". J'ai, j'ai, je surveille énormément. Oui, oui. Non, non, je surveille parce que pour le coup, je suis inquiet. Et en même temps, bien sûr, elle sort, elle a des amis, euh, elle fait du cheval. Quand je la vois sauter des obstacles, mon cœur s'arrête. Mais en même temps, c'est tellement bien qu'elle est une passion. Non, non, je, j'essaie de la laisser vivre le plus possible, mais en même temps, on est, on est attentif.

J'ai la question la plus dure de l'émission. J'ai reçu une vidéo de la part d'une personne que vous connaissez très bien, d'une autre personne que vous connaissez encore mieux, qui m'a demandé de vous la montrer pendant, pendant l'émission, avec une question. Ah, c'est pour ça. Parce que ce matin, en partant, je suis parti assez tôt parce que j'ai rendez-vous. Ma fille m'a dit : "Bon podcast." J'ai dit : "Mais qui t'a dit ?" "Non, je peux pas te dire." "Bon podcast." C'est donc ça. J'ai compris. Là, j'ai fait le rapport. Voilà, j'ai compris. La question va être assez difficile.

Coucou papa, ça va ? Écoute, moi, ça va très bien, mais bon, c'est pas le sujet. J'aimerais te poser une petite question pour ton podcast. J'aimerais savoir qui est ton enfant préféré. Bon, honnêtement, moi, je pense que je connais la réponse, mais bon, voilà. Je te fais des gros bisous. Bisous. Elle a l'autorité de sa mère. Oui, oui. C'est, c'est une grande demande, mais j'ai pas d'enfants préférés. J'aime mes enfants naturellement, et ils sont tous, on, on est très proche en vérité, et même on passe des vacances tous ensemble. Et c'est pas facile parce que j'ai des enfants de mères différentes. Bon, et et en même temps, ils se sentent vraiment euh frères et sœurs. Il y a pas de concept de demi-frère, demi-sœur, ils sont frères et sœurs. Ils sont tribu, quoi. Tribu. Enfin, ils ont toutes leur personnalité, leur vie très différente, mais euh, ils savent qu'ils sont tous importants pour moi et et et pour eux, c'est important. Et et et ils sont confrontés d'ailleurs à la même difficulté, ils ont un nom, il faut faire le prénom. Et vous, vous leur apprenez ça ? Euh, non. Vous savez, je pense que la monstration est beaucoup plus importante que la démonstration. Dire à vos enfants, il faut lire, c'est bien, mais lire soi-même, c'est mieux. Dire à vos enfants, il faut faire du sport, c'est bien, mais en faire soi-même, c'est mieux. Et au fond, on, vous savez, on transmet à ses enfants parce qu'on dit, on transmet ce qu'on fait et ce qu'on est.

Vous êtes grand-père deux fois, trois fois. Félicitations. Et mon premier petit-fils est plus âgé que ma fille. J'ai d'ailleurs dit à ma fille qu'elle était la tante de son neveu très récemment. Que chez nous, la tante regarde le neveu comme ça. Dit : "C'est des cousins ?" Non, tu as la tante. Mais comment je suis la tante ? Il est plus grand que moi. Bah oui, mais tu es la tante quand même. Comment il vous appelle vos, vos petits ? Est-ce qu'ils vous appellent Papi, Pépé, Monsieur le Président ? Non, non. Pépé, non, pas exagérer. J'ai la douleur qui m'appelle Papi. Je sais pas. Je me retourne pour savoir qui, de qui il parle. J'ai été voir un match de football avec mon mon petit-fils et mon fils Jean d'ailleurs récemment. Et non, non, il m'appelle comme il veut. Est-ce qu'on aime ces petits-enfants aussi fort que ces enfants ? Est-ce que c'est ça ? Oui, c'est un peu particulier parce que moi, ma fille est plus plus plus jeune que mon petit-fils. Donc c'est différent. Mais bon, j'essaie de m'occuper de tout le monde.

J'ai une dernière petite vidéo de 30 secondes à vous montrer, si vous voulez bien. On est allé dans la rue pour demander à des gens au hasard s'ils aimeraient que vous reveniez un jour en politique, si c'était une envie de votre part ou pas d'ailleurs. Mais on s'amuse à demander ça à des gens. Si vous voulez bien que je vous la montre. C'est assez rigolo parce que les réponses sont assez drôles. Hop. Est-ce que vous seriez content de revoir Nicolas Sarkozy président de la France en 2027, étant donné que Trump est revenu ? Pourquoi pas ? Lui, il a fait comme tout le monde des bêtises. Non, j'aime, j'aime bien ce garçon, c'est un bon président. Travaille plus, il gagne plus. Et un peu V maintenant. Sarkozy maintenant. Merci beaucoup. Je l'ai rencontré plusieurs fois au bois de Boulogne, il faisait du jogging, moi aussi. On se saluait, donc je le trouvais sympa. Comme moi, il il court de moins en moins. Oui, mais il court toujours. Ça, c'est bien. Il y a une aisance que peut-être d'autres présidents n'ont pas eu. Monsieur le Président, j'espère que vous allez vous représenter pour l'élection de 2027. Vous avez ma voix à Poussure, ainsi que toute celle de ma famille.

On s'amuse à demander à des gens. À côté, ça vous fait plaisir, ça, quand il y en a qui ont envie que vous reveniez ? Franchement, j'aime mieux que les gens disent "on le regrette" plutôt qu'on "on supporte pas". Il y en a des gens, beaucoup qui m'aiment pas, et c'est, c'est normal. On fait pas ce que j'ai fait pendant 40 ans pour être pour avoir le consensus, naturellement. Mais bon, j'ai, je pense que vraiment la phrase de Georges, c'est "En allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source". Elle est juste. Et le fleuve, en allant vers la mer, il s'élargit. Il y a que les saumons qui remontent à la source, ça se termine mal pour eux. Et donc, moi, je vois pas ça comme ça. Je, j'ai été tellement heureux que les Français me fassent confiance. J'ai essayé de faire de mon mieux. J'aurais bien aimé qu'ils me réélisent. Voilà. Après, ce qu'a fait Trump, c'est assez bluffant de revenir, de revenir comme il est revenu, et cetera. Et franchement, c'est pas mon, mon projet, c'est pas à quoi je pense. J'aime la France, la politique, ça fait partie de ma vie, bien sûr, et j'ai encore énormément de de contact. Et tout ce que je peux faire pour aider, je le ferai. Mais refaire ce que j'ai fait, c'est-à-dire tout faire pour avoir un destin, je le ferai pas. Après, bien sûr, les circonstances, elles sont ce qu'elles sont, et vous choisissez pas toujours. C'est autre chose. Mais en flux normal, même si le mot "normal" a été beaucoup abîmé par Monsieur Hollande, non, après les circonstances, c'est, je sais très bien toutes les surprises que peut réserver, bonne ou mauvaise, la vie. Mais construire une carrière ou un destin comme je l'ai fait, non.

Vous approchez des 70 ans, c'est ça, dans quelques mois. C'est quoi la plus belle leçon que vous avez reçu durant ces 5 années en tant que Président ? Pour terminer, trois petites questions personnelles. Non, c'est, c'est, vous rendez compte, je m'appelle Sarkozy, j'ai, je connaissais personne, j'ai pas fait l'ENA, je ne, je ne cochais aucune des cases pour être président. Et ils m'ont fait confiance. Et 12 ans après, j'ai encore des gens qui, qui dans la rue. Ça, moi, vous savez, j'aime encore plus les Français que la France. J'aime les gens, j'aime les Français plus que la France, qui est une idée, bien sûr. J'aime mon pays, je suis patriote. Mais je, je pense que tout ce que j'ai fait, c'est fait pour partager de l'amour, être aimé. Et et ce qu'ils m'ont donné, vous savez, moi, j'ai jamais eu l'angoisse d'une salle vide. J'ai fait que des salles bondées jusqu'au bout. Encore maintenant, je, je vous quitte, je vais partir à Saint-Raphaël, j'ai plus de 1000 personnes qui attendent. Et franchement, cette preuve d'intérêt, c'est ça qui m'a le plus touché.

C'est quoi le plus bel accomplissement de votre vie, professionnel ou pas d'ailleurs ? Non, mais j'ai voulu une vie passionnante, et je l'ai. J'ai voulu des sentiments intenses, et je les ai. J'ai voulu aller jusqu'au bout, j'y suis allé. Et tous les rêves que j'avais quand j'avais 12 ans ou 13 ans, que je parlais tout seul dans la rue comme si je parlais à un million de personnes, j'ai pu le faire. Et ça, c'est le plus beau. C'est ce qu'il y a de plus beau. Tout ce que j'ai rêvé, j'ai pu le construire. Donc le mot le plus étranger pour moi, c'est le mot amertume. J'ai que de la reconnaissance, j'ai que de la reconnaissance, et j'ai une claire conscience de ma chance. Je suis un chanceux. Vous n'imaginez pas. Pr jamais, vous me verrez me plaindre. Jamais.

Imaginez pas prendre une retraite un jour, vous reposer ? C'est pas dans votre tempérament. Mais vous savez, la vie, un miracle. Il y a qu'une façon de vivre, faut vivre à fond chaque seconde. La seule philosophie de vie possible, c'est une vie intense. Chaque seconde, ça veut pas dire une vie d'activité bronienne. Une vie intense, se sentir vivant. Pour moi, il n'y a pas de passé parce que le passé revu à l'aune du présent. Et il n'y a pas d'avenir parce que l'avenir vous appartient pas. Je suis pleinement dans le présent, dans ce que je fais avec vous, et ça me passionne chaque instant. Je sais pas ce que c'est que m'ennuyer, je sais pas ce que c'est que d'attendre. Je vis jusqu'à la dernière seconde. Et quand ça s'arrêtera, ça s'arrêtera. Je peux vous dire une chose, j'en aurais bien profité de la vie.

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter d'autre que vous n'ayez pas encore vécu, quelque chose qui n'a pas encore pu avoir ? Mais mais vous savez, ce qu'on peut me souhaiter, c'est d'avoir toujours la force que j'ai en moi. Donc, je ne sais pas d'où elle vient. Moi, j'ai 18 ans. Alors, monsieur dit que je cours moins vite, j'ai jamais couru, vous n'avez pas oublié, hein, mais longtemps. Et voilà, ce qu'on peut me souhaiter, c'est que ça dure longtemps. J'aime bien terminer par cette question. Mais quelles sont vos cinq meilleures minutes de vie ? Même si vous allez me dire les prochaines, parce que vous savez, c'est quelque chose que j'avais retenu de Mitterrand. Un jour, le président Mitterrand m'a dit : "Vous avez vu ce ciel bleu ? C'est agréable de se promener." Petit, il est président de la République et il aime se promener sous un ciel bleu. Et ben, peut-être ça, c'est les cinq plus belles minutes. Peut-être que ce qu'il y a de plus beau, c'est qu'on vous me raccompagnerez, on sortira, on serrera la main, il fera beau. Et les cinq minutes qui viennent, c'est forcément les plus belles. Ça veut pas dire que je néglige ce qui s'est passé. Je pourrais citer plein d'exemples, mais c'est le présent. Vous le dis, c'est le présent. Et je connais tellement de gens qui vivent dans le passé ou qui se projettent dans l'avenir. Vivre dans le passé, c'est comme si leur vie s'était donc arrêté. Ils se projettent dans l'avenir, c'est comme si leur vie se déroulait pas. Faut vivre dans le présent. Ça empêche pas d'avoir une direction, d'avoir une ambition, d'avoir des projets, mais dans le présent. Moi, je ne regarde pas ma gloire passée. Je suis très content de l'avoir fait, surtout quand je regarde le teint et le visage de ceux qui auraient voulu le faire et qui ne l'ont pas fait. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir le faire. Mais je me suis pas arrêté à cela. Faut continuer. La prochaine gare sera la plus belle, le prochain trajet, je serai le plus long. Il faut vivre comme ça. Il n'y a pas d'autre façon de vivre, sinon on arrête son compteur. Et quand il s'arrête vraiment, là, il y a un S. Don, la connaît. H. Et chaque fois que j'étais à l'enterrement de quelqu'un, et ça m'est arrivé, malheureusement, souvent, comme chacun de nous, bah, c'est comme si j'allais à mon enterrement. Parce que forcément, on se pose la question de savoir, un jour, on y sera aussi dans la boîte, c'est inéductable. Il faut y penser. Et y penser, ça empêche d'en avoir peur.

Merci beaucoup. Voilà, le temps des combats. Euh, chez Fayard, si vous allez chercher le livre, je vous mets le lien cliquable sous la vidéo et dans la description du du podcast audio. Merci de faire de Légende le premier podcast de France sur Spotify, 10h, Google Podcast et Apple Podcast. Merci beaucoup de nous rejoindre aussi sur la chaîne YouTube. Continuez de vous abonner, de plus en plus nombreux. Merci, Monsieur le Président, de nous avoir donné autant de temps pour une interview. C'est un plaisir. Non, non, merci de m'avoir reçu. C'est, j'espère qu'on a eu le temps de tout dire. J'ai essayé de respecter le le timing à 6 minutes près. Non, mais c'est pour la prochaine invitation, c'est la suite. Et merci 1000 fois merci à vous tous d'avoir regardé la vidéo. Merci à toute l'équipe d'avoir préparé cette émission. On se retrouve tous les mercredis, vendredis et dimanches. Et à bientôt pour une prochaine vidéo sur Légende. Au revoir tout le monde. [Musique]