Transcription
Salut, c'est Terrine de La Boîte à Bac. Bienvenue dans cette première vidéo que je fais pour la chaîne, parce que Tanguy m'a supplié de le faire. Aujourd'hui, on va parler structure sociale, inégalité, classe sociale. Sujet qui est encore d'actualité, même s'il était horrible, date de plusieurs semaines. Je me doute que tu as hâte que l'on entre dans le cœur du sujet, mais j'aimerais d'abord commenter avec toi quelques statistiques.
Si tu regardes cette vidéo, c'est que tu as fait un choix de spécialité qui me ravit. En choisissant les SES, je t'en félicite. Mais sais-tu quelle est la spécialité qui est la plus choisie par les élèves de première depuis la réforme ? Non, ce ne sont pas les SES, même si ça ne saurait tarder. Ce sont les mathématiques. C'est aussi la spécialité qui concerne le plus d'élèves en terminale. En 2022, 140 000 élèves ont passé l'épreuve. Pourquoi je te dis ça ? Parce que parmi ces milliers d'élèves qui ont bossé sur les équations différentielles, les fonctions trigonométriques et les primitives, seul 35% étaient des filles. Ce n'est pas un problème en soi. Je vais moi-même 8h de maths par semaine en terminale. Tu vas bien t'avouer que ça ne manque pas du tout. Ce qui est plus préoccupant, c'est que d'après les statistiques, la part des filles qui choisissent des spécialités scientifiques diminue depuis la réforme. Et évidemment, cela se répercute dans l'enseignement supérieur, et après dans le monde professionnel. Ou encore en 2022, il y a un écart de salaire de 16,2% entre les hommes et les femmes. Bien entendu, je ne prétends pas que ces écarts s'expliquent uniquement par vos choix de spécialités en première. Mon point est que, aujourd'hui encore en France, les inégalités de genre structurent la société.
Tu te dis que tu t'es trompé de vidéo et que ce que je te raconte n'a rien à voir avec le sujet. Détrompe-toi. Dans ce chapitre, nous allons aborder les inégalités économiques qui structurent l'espace social. Mais nous verrons également qu'il y a d'autres facteurs qui permettent de hiérarchiser l'espace social, dont le genre. Tu vois le rapport maintenant ? En tant que femme, en 2022, je n'ai pas su résister à la tentation d'ouvrir cette vidéo par les inégalités de genre. Mais il y a des situations qui sont tout aussi, si pas plus préoccupantes aujourd'hui. D'après le dernier rapport sur les inégalités mondiales, en 2022, les 10% de la population les plus riches captent 52% de l'ensemble des revenus. Qu'est-ce que cela signifie ? Que les autres 90% doivent se contenter des 48% restants. La moitié la plus pauvre de la population mondiale perçoit quant à elle seulement 8,5% de l'ensemble des revenus. Et le pire, c'est que les écarts se creusent depuis la pandémie, la crise énergétique et la récession qui s'installe. Non, non, ne pars pas. Ce n'est pas un discours fataliste. Au contraire, lutter contre les inégalités ou pas, c'est finalement un choix politique. Et les choix politiques de demain, et bien, c'est toi et tes copains qui allez les impulser. Mais je m'égare pour de bon cette fois-ci.
Le but de cette vidéo n'est évidemment pas de proposer un programme pour les prochaines élections présidentielles, ni même de comprendre comment lutter contre les inégalités. Ça, c'est l'objet d'un autre chapitre et donc d'une autre vidéo. Mais je ne suis pas complètement hors sujet non plus, car pour pouvoir comprendre l'efficacité des politiques publiques en matière d'inégalité, il faut d'abord comprendre de quoi on parle. De quelles inégalités économiques, sociales, de genre ? Quels sont les facteurs qui structurent la société ? Quelles sont les théories des classes sociales qui permettent d'expliquer la société ? Et sont-elles encore pertinentes aujourd'hui ? Après visionnage de ces vidéos, ces questions ne vont plus de secret pour toi. Dans cette vidéo, nous allons répondre aux questions suivantes : quels sont les facteurs qui structurent l'espace social ? Et quels sont les grandes évolutions de la structure socioprofessionnelle depuis la deuxième moitié du 20e siècle ? Mais ne sois pas égoïste, profite à tout le monde. Pense à partager cette vidéo, à la liker, à la commenter, et abonne-toi à la chaîne pour nous encourager à continuer à te proposer des vidéos sur d'autres contenus. Je t'invite également à aller visiter notre site, la boiteabac.fr, où tu pourras retrouver ces magnifiques qui bagues de philosophie, d'histoire-géo et bientôt de SES, que j'ai passé des heures et des heures à rédiger rien que pour toi. Bon, un peu pour les autres aussi. Et à partir de janvier, tu pourras également télécharger notre application, sur laquelle tu pourras trouver des questions de révision, des vidéos de méthodologie exclusives, des fiches de révision, tu pourras également faire des défis avec tes amis. Bref, tout ce qu'il te faut pour réviser ton cours de SES et être au top pour le bac. Continuons maintenant notre vidéo sur la structure sociale.
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Quels sont les facteurs qui structurent l'espace social ? En sociologie, l'espace social renvoie à un espace qui est structuré, c'est-à-dire hiérarchisé selon les positions sociales des individus. Pour faire plus simple, c'est une façon d'appréhender la société en analysant les positions et les interactions des groupes sociaux qui la composent. Pour faire encore plus simple, imagine les 70 millions de Français et demande-toi quels sont les critères que l'on pourrait utiliser si on voulait les classer en différentes catégories. Nous avons déjà évoqué le genre et le niveau de revenu, mais il peut aussi être intéressant de se pencher sur d'autres critères comme le niveau de diplôme, la composition de ménage ou encore l'âge. Ça, ce sont les facteurs de structuration qui nous permettent de classer chaque Français dans une jolie petite case. Et si je classe tous les Français, cela va me donner plein de catégories ou groupes. Tu te demandes quel est l'intérêt de tout ça ? Comme tu le sais sans doute depuis la découverte des SES en seconde, la sociologie étudie la société, les comportements humains et les variables qui expliquent les comportements. S'interroger sur les acteurs qui permettent de classer les individus en différents groupes, c'est se poser la question si on ne peut pas trouver des similitudes entre les individus de la même catégorie, ou encore s'il n'existe pas des différences entre les individus qui sont dans des catégories différentes. Enfin, les individus qui composent ces différentes catégories n'ont pas tous les mêmes chances d'accéder aux positions socialement valorisées. En effet, les facteurs vont déterminer l'accès à certaines ressources économiques, telles que le revenu ou le patrimoine, social, comme l'éducation, ou encore politique. Au-delà d'une simple division de la société en différentes catégories, on va constater qu'il y a une hiérarchie entre elles. Il y a donc des positions sociales qui sont plus élevées ou plus valorisées que d'autres. Structurer et hiérarchiser la société va donc permettre de cibler les catégories qui sont le plus touchées par les inégalités et donc de définir les politiques publiques les plus adaptées. Nous allons détailler ces différents facteurs dans un instant, mais d'abord, petit rappel sur la notion d'inégalité.
Une inégalité, c'est une différence qui procure un avantage ou un désavantage et qui crée donc une hiérarchie entre les individus. Toutes les différences ne créent pas nécessairement des inégalités. Par exemple, la couleur des yeux ne crée pas de hiérarchie dans l'espace social, même si on est d'accord qu'avant, les yeux bleus, comme moi, subjectivement, plus jolis. Par contre, le fait d'être titulaire de plusieurs diplômes universitaires me donne accès à des emplois de meilleure qualité et mieux rémunérés que si j'avais arrêté mes études après le bac. Le niveau de diplôme crée donc une hiérarchie des inégalités entre les individus. Une inégalité n'est pas forcément injuste. Tout dépend de qui la produit, de ses conséquences et de ta conception de la justice sociale. Mais ça, on en parlera dans un autre chapitre. On peut classer les inégalités en plusieurs catégories. Les inégalités économiques renvoient aux ressources matérielles, c'est-à-dire les différences de revenus et de patrimoine. Facile à identifier, c'est tout ce qui se mesure en euros. Les inégalités sociales renvoient aux ressources socialement valorisées. On est bien d'accord que dans nos sociétés, les revenus sont socialement valorisés, mais ici, on va plutôt parler d'accès à la santé, aux pratiques culturelles, au prestige ou au niveau de diplôme. Les inégalités pouvant être économiques ou sociales, on dit qu'elles sont multidimensionnelles. On dit aussi qu'elles sont cumulatives, parce qu'une inégalité économique peut entraîner une inégalité sociale et inversement. En effet, ne pas avoir de diplôme supérieur au bac, qui est une inégalité sociale, va se répercuter sur le salaire, inégalité économique, ce qui va impacter l'accès aux soins de santé et donc l'espérance de vie, inégalité sociale.
Revenons au bac, justement, parce que même si je ne doute pas de ton intérêt pour la sociologie, j'imagine que ce qui t'intéresse surtout, c'est de savoir ce que tu dois retenir pour le bac. Pour le bac, tu dois identifier les facteurs de structuration suivants : catégorie socioprofessionnelle, revenu, diplôme, composition du ménage, position dans le cycle de vie, sexe et lieu de résidence. Tu vas devoir ensuite reconnaître les catégories qui en découlent et identifier s'il y a des inégalités entre elles. J'imagine que tu n'as pas besoin d'explication sur le revenu ou le diplôme. Approfondissons ensemble les autres critères. Les PCS, professions et catégories socioprofessionnelles, sont utilisés très souvent en SES, donc j'imagine que tu maîtrises, mais on ne sait jamais, un petit rappel n'est jamais superflu. Les PCS renvoient aux professions et catégories socioprofessionnelles, qui est une nomenclature statistique créée par l'INSEE, que je ne te présente pas, et qui permet, à l'aide d'enquêtes auprès des ménages, de recenser la population française et d'obtenir ces magnifiques catégories. Ces catégories présentent une certaine homogénéité sociale, ce qui signifie qu'elles ont des caractéristiques communes, ce qui en fait un outil d'analyse pertinent pour analyser la structure sociale. Par exemple, d'après la dernière enquête réalisée en 2021 par l'INSEE, 21,6% des personnes en emploi en France sont cadres, 26,2% sont employés et 19,1% ouvriers. Les PCS permettent donc de classer et même de hiérarchiser les individus. On considère généralement que les cadres sont en haut de la hiérarchie et que les employés et les ouvriers sont en bas. Comment l'INSEE détermine-t-il dans quelle catégorie classer les individus ? Principalement par la profession. Par exemple, ton professeur de SES, il est classé dans les cadres et professions intellectuelles supérieures. Si tu suis un peu l'actualité, tu sais que ce n'est pas les salaires qui motivent chaque jour tes profs à venir te donner cours. Non, c'est la passion du métier, le fait d'éduquer les citoyens de demain, ou bien la possibilité d'avoir plein de vacances pour voyager. Dans mon cas, bonjour à vous. Je me resservir à cocktail. Salut, salut. Je ne te dis pas ça pour que tu partes en campagne pour améliorer les conditions de travail des enseignants, mais bien pour que tu comprennes que le revenu n'est pas un critère pour établir les catégories socioprofessionnelles, parce que si c'était le cas, ton prof de SES ne serait pas dans les cadres. Je me permets d'insister, car c'est une erreur assez commune. Les critères qui sont utilisés par l'INSEE sont la profession, le statut de l'emploi (indépendant ou salarié), la position hiérarchique, la qualification de l'emploi, l'activité et la taille de l'entreprise, et la nature publique ou privée. Le revenu n'est donc pas un critère, bien qu'il y ait corrélation entre catégorie socioprofessionnelle et revenu. En effet, les cadres ont généralement un revenu plus élevé qu'un ouvrier. Tu me suis ? Il n'y a pas que des inégalités économiques entre les catégories socioprofessionnelles, il y a aussi de nombreuses inégalités sociales. Par exemple, un cadre a une espérance de vie plus élevée qu'un ouvrier, six ans d'écart d'après les dernières statistiques. Ou encore, un fils de cadre a deux fois plus de chances d'accéder à l'enseignement supérieur qu'un fils d'ouvrier. Les catégories socioprofessionnelles sont donc un facteur pertinent pour analyser l'espace social, mais il n'est pas le seul.
Poursuivons l'analyse de nos facteurs de structuration avec la composition du ménage. Par composition du ménage, on entend le fait de vivre seul ou en couple, avec ou sans enfant, etc. Pourquoi est-ce qu'on s'intéresse à la composition familiale ? Parce que dans nos sociétés contemporaines, le couple et l'institution familiale sont en crise. Le nombre de séparations, de divorces explose, et le fait d'avoir un enfant n'est plus un motif suffisant pour rester ensemble quand la passion s'est vite. Pas tout va bien, je ne veux pas qu'on en parle. Donc, pourquoi est-ce qu'on étudie ce facteur dans le cadre de ce chapitre ? Parce qu'on constate de nombreuses inégalités économiques entre les couples sans enfants et les personnes seules, entre les couples sans enfants et les couples avec enfants, et surtout entre les familles monoparentales et les autres compositions familiales. En effet, les couples sans enfants ont un revenu disponible deux fois plus important que les personnes seules en 2018, et le taux de pauvreté des familles monoparentales est de 35,3%. C'est 5 fois plus élevé que les couples sans enfants.
Autre facteur qui te concerne tout particulièrement : la position dans le cycle de vie. En gros, les jeunes et ceux qui ne sont plus jeunes. En effet, les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage et la précarité, malgré un niveau de diplôme beaucoup plus élevé que par le passé. Sais-tu qu'en 2022, le taux de chômage des 15-24 ans en France atteint 17,8% ? C'est presque un jeune sur cinq. Mais il n'y a pas que les jeunes qui subissent des inégalités. Pensons un peu aux personnes âgées. Difficile de retrouver un emploi quand on perd le sien à plus de 60 ans, et l'accès à de nombreux services qui nécessitent la maîtrise des nouvelles technologies de la formation et de la communication crée aussi des discriminations. Ma mamie venait seulement de comprendre le fonctionnement de son téléphone qu'on est passé au smartphone. Comment voulez-vous qu'on s'en sorte ? Ici, analyser la société française en fonction de l'âge est donc particulièrement utile pour comprendre ce phénomène et définir des politiques publiques adaptées.
Enfin, l'espace social peut être hiérarchisé selon le lieu de résidence. Est-ce qu'on vit en ville ou à la campagne, en centre-ville ou en banlieue ? Tout cela va avoir un impact sur l'accès aux services. Il est beaucoup plus facile de trouver un médecin en ville qu'à la campagne, par exemple, mais également sur l'offre d'enseignement ou l'accès aux services publics. On sait aussi que le taux de chômage est beaucoup plus élevé dans les banlieues, ce qui va donc se répercuter sur les salaires et donc du coup sur l'espérance de vie, etc., etc.
En conclusion de cette première partie, il existe de nombreux critères qui permettent de structurer la société. Pour le bac, tu dois en reconnaître sept : catégorie socioprofessionnelle, revenu, diplôme, composition du ménage, position dans le cycle de vie, sexe et lieu de résidence. Ces critères créent des catégories qui n'ont pas toutes les mêmes opportunités, les mêmes positions sociales, ce qui engendre une hiérarchie entre les individus qui les composent.
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Quels sont les grandes évolutions de la structure socioprofessionnelle depuis la seconde moitié du 20e siècle ?
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Depuis la deuxième moitié du 20e siècle, la société française a connu plusieurs mutations : salarisation, tertiarisation, hausse du niveau de qualification et féminisation. Ce sont des phénomènes que tu as peut-être abordés dans d'autres disciplines, notamment en histoire-géo. Ils ont profondément transformé la société française, comme on peut le voir dans le document suivant. Si on analyse l'évolution du poids des catégories socioprofessionnelles dans l'emploi, on constate de profondes mutations. Dans les années 50, les ouvriers représentaient environ 40% des travailleurs. Ils ne sont plus que 30% dans les années 80 et 20% aujourd'hui. Les agriculteurs, qui occupaient presque 25% des emplois avant la Seconde Guerre mondiale, ne représentent plus que 2% des emplois aujourd'hui. Par contre, les employés, qui ne représentaient que 13% des emplois dans les années 50, représentent plus d'un quart des emplois aujourd'hui, et la part des cadres a fortement augmenté également. On constate donc un déclin des agriculteurs et des ouvriers et un essor des cadres, des professions intermédiaires et des employés. Cela s'explique par plusieurs phénomènes que nous allons détailler. Mais avant ça, une autre petite précision importante. Quand on analyse la structure professionnelle ou le marché du travail, ce site sera utile pour comprendre les notions et les documents relatifs à SES. On peut diviser la population en plusieurs parties. Dans les statistiques, nous ne nous préoccupons que de la population en âge de travailler, c'est-à-dire les personnes âgées entre 15 et 64 ans. Enfin, quand je dis nous, ce n'est pas moi qui ai pris cette décision arbitraire, ce sont des conventions qui sont utilisées, notamment dans l'Union européenne. Au sein de cette population en âge de travailler, on va distinguer la population active et la population inactive. La population inactive comprend les personnes qui n'ont pas d'emploi et qui n'en cherchent pas, comme les femmes au foyer ou les étudiants. La population active rassemble les personnes ayant un emploi et celles qui en cherchent un, donc les chômeurs. Parmi les travailleurs, on distingue les salariés et les non-salariés, ce qui me fait une superbe transition pour introduire notre première mutation : la salarisation.
La salarisation, c'est l'évolution de la part des salariés dans l'emploi total. Un salarié, c'est un travailleur qui a un contrat de travail avec un employeur. Ce contrat de travail détermine les conditions de rémunération, notamment, mais il formalise également le lien de subordination caractéristique de ce type de contrat. C'est le cas d'un employé dans une banque, un ouvrier sur un chantier ou la caissière de ton supermarché. Un travailleur indépendant est, comme son nom l'indique, indépendant. Il travaille pour son compte et ne reçoit pas de directives de la part de supérieur, même si évidemment, il doit quand même fournir le travail qui lui a été commandé par ses clients. Désolé de te décevoir, mais un job sans aucune contrainte, ça n'existe pas. En 2020, la part des salariés dans l'emploi atteignait presque 90%. Il y a plusieurs explications à ce phénomène. Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des personnes en France travaillaient sous statut indépendant, majoritairement dans l'agriculture, comme nous l'avons vu en première partie. Avec le déclin de l'agriculture et l'expansion de l'industrie, de nombreux travailleurs ont commencé à travailler dans les usines en tant qu'ouvrier. C'est une chance de pouvoir retrouver un travail, et c'est une chance inespérée. En effet, le statut de salarié offrait des conditions de travail plus stables, avec un salaire minimum, et puis les 35 heures, et une protection sociale plus avantageuse que le travailleur indépendant : des vacances, une assurance chômage, des assurances maladie. De plus, avec la mondialisation et l'essor de la grande distribution comme Carrefour, Auchan, Leclerc, de nombreux commerces de proximité ont dû mettre la clé sous la porte. Le nombre de petits indépendants diminue donc, alors que ces multinationales recrutent des salariés pour pouvoir ranger les rayons et scanner les nombreux articles à disposition du consommateur. Après un tassement dans les années 90, la part des indépendants dans l'emploi repart à la hausse, notamment depuis 2009 avec la création du statut auto-entrepreneur, qui avait pour but d'inciter les chômeurs à réintégrer le marché du travail en se lançant comme indépendant.
Une autre évolution majeure est la tertiarisation, qui est l'augmentation de la part des emplois dans le secteur tertiaire. Pour rappel, il y a trois secteurs : le secteur primaire concerne l'exploitation des ressources naturelles, comme l'agriculture. Le secteur secondaire, c'est la transformation des matières premières, par exemple, comme dans l'industrie. Enfin, le secteur tertiaire, qui nous intéresse, rassemble toutes les activités de service, comme la finance, l'enseignement ou encore le tourisme. La tertiarisation renvoie à l'augmentation du poids du secteur des services de l'économie, mais également à la part des emplois dans ce secteur. Comme tu le vois dans ce graphique, celle-ci a presque doublé depuis les années 60, alors que la part des emplois dans les deux autres secteurs s'est réduite au cours du temps. Attention, il s'agit bien de part et non de nombre d'emplois. On explique notamment la tertiarisation par la désindustrialisation et le déclin de l'agriculture. La diminution des emplois dans ces deux secteurs s'est forcément répercutée dans le secteur des services. Le développement de la société de consommation, la hausse du niveau de vie et les nouvelles technologies de la formation et de la communication peuvent également expliquer ce phénomène. En effet, cela a augmenté la demande pour les services aux particuliers et aux entreprises. Il y a 30 ans, personne n'avait besoin d'un webdesigner ou de community manager.
Ce sont surtout des emplois peu qualifiés qui ont été détruits dans le secteur primaire et secondaire. En effet, sur la même période, il y a une hausse du niveau de qualification des emplois. Pourquoi ? Parce que contrairement à tes grands-parents, tu vas probablement poursuivre des études supérieures après le bac, comme 60% des lycéens de ta génération, c'est deux fois plus qu'il y a 40 ans. Dans ta génération, le taux d'accès au bac dépasse 80%, alors qu'il n'était que de 25% dans les années 80. En effet, suite à diverses réformes de démocratisation scolaire, la durée des études s'est allongée et le nombre de diplômés du supérieur a augmenté. En parallèle, le déclin industriel et donc ouvrier réduit la demande d'emploi dans ce secteur, alors que la tertiarisation augmente la demande d'emplois qualifiés. Le niveau de qualification global est donc plus important aujourd'hui que dans les années 60, même s'il y a encore une demande pour des emplois peu qualifiés, comme les services à la personne ou l'hôtellerie et la restauration. Tous ces emplois qui nécessitent la présence d'un humain et dont les tâches ne sont pas automatisables.
Toutes ces évolutions sont allées de pair avec la féminisation. Petite parenthèse historique, tu sais peut-être que durant les guerres, les femmes ont travaillé davantage parce que les hommes étaient au front. Entre les guerres, elles ont retrouvé leur place au foyer ou alors elles travaillaient à côté de leur mari, mais comme elles n'étaient pas rémunérées, ce n'était pas comptabilisé. Dans les années 60, les femmes sont entrées en masse sur le marché du travail et ont enfin été rémunérées pour leur labeur. Il y avait donc moins de femmes au foyer et plus de femmes salariées. Il y a plusieurs explications à ce phénomène, mais c'est difficile de dire lequel est la cause de l'autre, c'est un peu comme l'histoire de l'œuf ou de la poule. Il y a d'abord la tertiarisation qui a développé la demande de métiers plus féminins, comme garde d'enfants ou services à la personne. Il y a aussi le mouvement d'émancipation globale avec des lois qui ont favorisé la parité, la maîtrise de la fécondité avec la pilule, l'évolution des mentalités, des modèles familiaux, et également l'accès des femmes à l'éducation. Et enfin, le modèle des deux incomes, c'est-à-dire que dans le couple, les deux personnes travaillent et ont un salaire, parce qu'avec la société de consommation, il devenait nécessaire d'avoir deux salaires pour pouvoir en jouir. Tout cela explique la hausse du taux d'activité des femmes. Le taux d'activité, c'est donc la part des femmes actives dans la population en âge de travailler. De nouveau, sur ce graphique, ce sont des taux, cela ne veut donc pas dire que le nombre d'hommes qui travaillent diminue, mais bien que le nombre de femmes qui travaillent augmente. Le taux d'activité global augmente donc, mais les femmes ne volent pas le travail des hommes. Au contraire, en effet, bien que le taux d'activité des femmes ait fortement augmenté, elles sont surreprésentées dans les emplois à temps partiel (pas forcément par choix) et dans les emplois dits féminins qui sont socialement moins valorisés et donc moins rémunérés. On n'est donc pas encore à l'égalité, mais j'ai bon espoir pour votre génération. Allez, on y croit.
Pour résumer, la structure professionnelle française a connu quatre évolutions majeures depuis la Seconde Guerre mondiale : la salarisation, la tertiarisation, la hausse du niveau de qualification et la féminisation des emplois. Et voilà, c'est fini notre étude de la stratification sociale. La prochaine vidéo où nous aborderons les théories des classes sociales et nous nous demanderons si ces théories sont encore pertinentes pour analyser la société française aujourd'hui. En attendant, n'oublie pas de t'abonner et d'activer la petite cloche pour rester au courant de nos prochaines sorties. À bientôt.