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Au coeur de l'Histoire: Edith Piaf (Franck Ferrand)

Europe 137:46

Transcription

Il y a quelques jours, Franck Ferrand rendait hommage à Jean Cocteau pour le 50e anniversaire de sa mort. À la même date, disparaissaient aussi la grande chanteuse Edith Piaf. Bonjour 30, bonjour Céline, bonjour à tous.

Cocteau est mort le 11 octobre 63, et cette date a été retenue par toute une partie de la presse comme celle de la mort d'Edith Piaf. En fait, la môme était décédée quelques heures plus tôt, le 10 octobre. Il y a donc cinquante ans aujourd'hui, nous allons évoquer sa fabuleuse carrière en compagnie de celui qui est un peu la mémoire du music-hall, Jacques Pessis. Et dans notre retour aux origines, à la fin de l'émission, nous irons faire un tour à Montmartre. Et oui, Montmartre qui est en pleine fête des vendanges. Nous parlerons de l'origine des vignes parisiennes. On peut dire que de Belleville à Montmartre, nous resterons dans le temps. Europe 1, au cœur de l'histoire.

[Musique]

Franck Ferrand.

[Musique]

Voici l'histoire d'une des plus belles réussites de toute la saga du music-hall, avec les parts d'ombre et de douleur que cela suppose, et avec la part de mythes et de légendes qu'Edith Piaf elle-même s'est complu à entretenir. Disons-le, elle disait notamment qu'elle était née à Belleville. Alors, ça n'est pas vraiment faux, mais la vérité, c'est qu'elle est venue au monde à l'hôpital Tenon, rue de la Chine, dans le 20e arrondissement. Elle dit qu'elle est née dans la rue, et elle a beaucoup insisté, évidemment, sur cette légende, à se traîner dans la pèlerine d'un agent de police qui aurait recueilli le bébé au sortir du ventre maternel, à l'entrée de l'immeuble, aidé par une infirmière, Jeanne Crozier. Or, si vous allez voir les registres de l'hôpital Tenon, qui pour cette année 1915 sont parfaitement bien tenus, et bien vous verrez qu'elle est bien née à l'intérieur du service d'obstétrique. Elle est née à la maternité, et pas sur le pavé. Sur la plaque apposée au mur de l'immeuble où habitait sa mère, au 72 de la rue de Belleville, est inscrit : "Alors, vous allez voir l'inscription, c'est quand même sur les marches de cette maison naquit le 19 décembre 1915, dans le plus grand dénuement. Ça, oui, Edith Piaf, dont la voix plus tard devait bouleverser le monde." La date est la seule chose absolument certaine de la sphère : le 19 décembre 1915. Un hiver particulièrement froid, cet hiver 1915, et tout ce qui, évidemment, à l'époque, étaient mobilisés, servaient au front. On se le rappelle, il gelait partout. Et Edith, parce que c'est son prénom, s'appelle entièrement Edith Giovanna Gassion.

Les premières années d'Edith, disons-le, sont des années miséreuses. Il faut voir qui sont ses parents. A bien entendu, son père, Louis Alphonse, ou Alphonse Gassion, est un contorsionniste, un antipodiste, un homme qui fait les tréteaux de foire, pas seulement du reste, puisque si vous regardez ses cartes de visite, il se présentait comme contorsionniste, antipodiste, mondain. En l'occurrence, on est en 1915, il est parti à la guerre au moment où les partis, les têtes, comme tout le monde, persuadé que tout ça ne durerait pas. Vous savez, on aime, on pensait que cette guerre serait vite expédiée et que tout le monde serait dans ses foyers pour Noël 1914. On a vu ce qu'il en a été. Quant à la mère d'Edith, Annetta Giovanna Maillard, c'est une chanteuse de cabaret. Il y a là toute une poésie, évidemment, on n'est pas loin de l'univers de Sacha Guitry. Elle a été cuisinière, funambule et vendeuse de nougat. Cette année-là, elle se fait appeler Line Marsa, du nom du port tunisien de la Marsa. Elle aurait transmis à sa fille, dit-on, une gestuelle théâtrale et évidemment cette voix exceptionnelle qu'elle avait elle-même. Elle était à l'occasion assez bonne chanteuse, mais alors quel personnage ! Il faut l'imaginer instable, constamment ivre du matin au soir, et même accro à la drogue, disons-le. Un état néanmoins, croit en son étoile. On la voit se battre, se défendre. Vous savez, nous avons raconté il y a pas mal de temps maintenant, l'enfance de Charlie Chaplin. J'ai envie de dire que c'est un peu le même genre de mère, ces mères qui sont un peu comme ça, dans les marges des cabarets et des music-halls. Elle a chanté au Mikado, Chat Noir, au Monocle, tout de même. Elle mourra jeune, le 6 février 1945. On peut dire qu'Edith n'a envers elle que de la rancœur. En vérité, c'est pour son père qu'elle nourrit une forme de reconnaissance.

Vous avez bien compris, des parents qui vivent dans le dénuement dont parlait la plaque sur la maison natale. Edith est confiée dès sa naissance par sa mère à sa grand-mère, Aïcha, car la mère, évidemment, ne peut pas s'occuper d'elle, elle a vraiment tout autre chose à faire. Elle passe ses journées, je voulais dit, à courir après les cachets, à chanter, danser comme elle peut. La grand-mère, M'Saïd Ben Mohamed, qu'on appelle Aïcha, était en fait une dresseuse de puces, et c'était l'époque des puces savantes. On est dans ses bas-fonds du spectacle de la Belle Époque, évidemment, et elle était d'origine italo-berbère. Elle habitait rue Rébeval à Paris, donc dans le quartier de Belleville. Elle aussi, alors, on dit que son appartement était une espèce de dépotoir, une décharge. Elle vit elle aussi non seulement dans la misère, mais dans une forme de crasse et de désordre. D'ailleurs, elle-même passe plus de temps au bistrot qu'à la maison ou au travail, n'en parlons même pas. Ce qui fait que lorsque son père, le père d'Edith, va pendant une permission découvrir dans quel climat vit sa fille, il la rachète ce taudis. Vous dire que le jour où il vient lui rendre visite, il la découvre complètement couverte d'eczéma, et il va la confier à sa propre mère, Léontine Gassion, qui tient en Normandie, dans l'Eure, à Bernay, qui tient une auberge. Enfin, une auberge d'un type un peu particulier tout de même.

Europe 1, 14h 15h, au cœur de l'histoire. Franck Ferrand. Et vous continuez, Franck, à retracer la vie d'Edith Piaf. Alors, les Normands, dans mon genre, connaissent bien Bernay, évidemment. C'est une ville d'élevage, d'ailleurs, il y a encore aujourd'hui des foires bovines très importantes. Petite ville avec quelques maisons à colombages, vous voyez, ça fait un gros bourg, si vous voulez. Ça fait encore penser à l'atmosphère de Flaubert, on est encore dans cet esprit-là. Les éleveurs du coin, les voyageurs, les propriétaires de haras, car il y en a pas mal, évidemment, dans cette très belle région bien grasse et bien verte, se rendent généralement au 7 rue Saint-Michel, la maison de grand-mère Gassion, de grand-mère Léontine, qu'on appelle Titine dans la région. Vous avez compris qu'il s'agit d'une maison close. Maison close, des endroits comme ça, c'est quelque chose de très bien tenu. La patronne est une femme bienveillante, accorte. Les pensionnaires, pour la plupart, ont elles-mêmes des enfants en bas âge. Il faudrait parler de toute l'histoire de la prostitution à cette époque. Ce seront pour Edith de bonnes petites mères, ces filles de joie vont l'entourer. Cet enfant connaît un certain nombre d'exemples. Je pensais à Alphonse Boudard en préparant cette émission, c'était la même histoire, cet enfant qui est littéralement cajolé par toutes ces femmes qui sont un petit peu comme ses grandes sœurs. C'est une atmosphère assez particulière, évidemment, pour élever une petite enfant, il faut bien le dire. Mais Edith, toute sa vie, leur sera gré des soins qu'elles lui ont procurés. Elle restera attachée à ces filles de joie, elle leur rendra hommage dans des chansons comme "La Fille de Joie" et "Triste". Vous rappelez évidemment, chansons de 1940. À ce moment-là, Edith a 25 ans. Elle passe sans doute, au milieu de toutes ces femmes, les années les plus heureuses de son enfance. Chez Léontine, on boit du bon lait, on mange à sa faim, en dépit de la guerre qui est bien loin, ma foi. Et puis, et bien, la petite fille va à l'école, elle porte de jolies robes, elle apprend le piano, et c'est chez sa grand-mère qu'elle va pour la première fois prononcer ce mot, évidemment, le mot de maman. Et elle ajoute le bout de Léontine : "S'adonne Maman Tine". C'est une petite fille très vivante qui est partout chez elle. Elle manque l'école plus souvent qu'à son tour, et à 5 ans, elle fréquente l'école Paul-Bert de la ville, ce qui va quand même lui donner des rudiments d'une instruction assez solide. C'est encore l'école de la République, avec toute l'efficacité qu'on lui connaît. Et plus tard, vous savez que Edith écrira beaucoup de lettres, bien entendu, mais aussi des poèmes qui seront mis en musique et qui deviendront des chansons.

Et puis voilà, patatras, qu'un beau matin, Edith se réveille avec les yeux tout bizarres, tout collés sur les paupières collées, et évidemment, on s'inquiète autour de la petite fille. Les femmes qui sont là se demandent ce qui lui arrive, et l'une d'elles dit à Titine : "Oh, j'ai peur que votre petite fille devienne aveugle." Catastrophe ! En vérité, la petite fille développe ce qu'on appelle une kératite, une inflammation de la cornée, ce qui entraîne un véritable risque de cécité. Et est-ce que la petite va devenir aveugle ? Faut imaginer là encore l'état d'esprit, l'ambiance, en aidant ces années 20. On est en campagne, dans ce bordel de campagne, tout près, non loin en tout cas de Lisieux, et bien entendu, on va faire des pèlerinages sur la tombe de Sainte Thérèse. Et même les filles de joie de la maison de Titine vont ramasser sur la tombe des poignées de terre qu'elles rapportent à Bernay et qu'on fait en sorte de cataplasmes, en bandeau, qu'on met sur les yeux d'Edith. On ne sait pas à quel saint se vouer, c'est vraiment le cas de le dire. Les prières vont durer pendant plusieurs jours, et puis au bout de huit jours, les rougeurs de l'œil, les larmoiements disparaissent, et puis miraculeusement, la petite fille a l'air guérie. Vous imaginez comme ça peut marquer une enfant, une affaire pareille. Toute sa vie, Edith Piaf sera fidèle à la mémoire de Sainte Thérèse. Son image gravée en médailles, elle ne l'apportera constamment autour du cou, disons plus exactement sur le cœur. D'ailleurs, elle lui dédiera sa prestation d'un soir : "Thérèse, c'est pour toi que je chante." On se rappelle évidemment cette extraordinaire dédicace en 1954, dans l'émission radio-télévisée "La Joie de Vivre", qui à l'époque est présentée par Jacqueline Joubert et Henri Spad. Edith Piaf dit : "Je ne suis pas ce qu'on appelle une bonne croyante qui se plie aux exigences morales d'une quelconque religion, mais ma foi en quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus pur que ceux qui existent ici-bas, celle-là est immense."

Un jour que le père d'Edith vient voir sa propre mère, et puis sa petite fille, bien entendu, le curé de Bernay lui dit : "Mais enfin, comment pouvez-vous laisser votre fille pousser dans ce lieu de débauche ?" Et là, quand même, il y a une sorte de déclic dans l'esprit du père Gassion, qui va le prendre Edith avec lui et l'emmener, l'entraîner dans sa vie de saltimbanque. Ils partent ensemble en 1922. La vie de Gassion, c'est une vie, c'est la vie de la rue, bien entendu. Alors, il va, comme elle est très mignonne cette petite fille et qu'elle a des dispositions évidentes, il va s'en servir, j'allais dire comme d'un singe savant. Ce n'est pas très gentil, mais un petit peu de ça. Il l'exhibe à ses côtés. Vous savez, c'est très bien ça pour récupérer quelques piécettes supplémentaires de la part de passants qui sont forcément attendris. Un soir, il demande à sa fille, en plus du traditionnel saut périlleux qu'elle a l'habitude de réaliser à la fin de chaque spectacle, il lui demande comme ça de chanter un air connu pour avoir encore quelques sous de plus dans l'escarcelle. Et elle entonne de sa voix frêle, très haut perchée, une petite fille à l'époque, elle entonne une chanson d'Aristide Bruant qu'elle connaît à peine, mais qu'elle chante avec une intensité telle que c'est immédiatement un succès incroyable. Et là, je peux vous dire que la quête est fructueuse. Elle va en apprendre dès lors, Edith, des chansons constamment nouvelles, des rengaines populaires, "Nuit de Chine", vous savez, "Voici mon cœur" et "Tu verras Montmartre". C'est tout un petit répertoire qu'elle est en train de se constituer et qu'elle chante un peu partout, sur les places et dans les rues, dans le Nord, un peu partout en France. C'est un véritable tour de France. À Bernay, bien entendu, mais aussi dans l'Isère. C'est quand même très dur tout ça, évidemment, pour une petite fille de huit ans qu'on surnomme Pervenche.

Les revoilà à Belleville. Dès 1930, Louis a gardé près de lui, on va dire, une nouvelle belle-mère, Jeanne Georgette, qui va donner naissance à une petite demi-sœur le 8 mars 1931. Et à partir de là, Edith se met à naviguer seule, en quelque sorte. Elle fut à plusieurs reprises. Elle trouve une place de crémière, seulement, alors là, il y a une odeur très particulière qui lui plaît pas du tout, ça lui déplaît, elle démissionne et elle reprend illico la chambre.

Franck Ferrand, 14h 15h sur Europe 1. Et on vous retrouve Franck pour la suite de votre récit sur Edith Piaf. Et la mère dans tout ça, me demanderez-vous ? Et bien, Edith revoit sa mère pour la première fois depuis sa naissance, autour de 1924-1925, seulement, c'est déjà une fille de 9-10 ans. La rencontre se fait au Batyfol, restaurant prisé des artistes de variété. On est dans le quartier du Faubourg Saint-Martin à Paris. C'est Louis qui lui présente sa mère, qui lui présente Annetta. "C'est ta maman", lui dit-il, "la vraie", puisque lui vit avec une autre femme. Alors, il existe un certain nombre de versions de cette rencontre, évidemment. On va demander dans un instant à Jacques Pessis quelle est celle qui lui paraît la plus crédible.

En 1931, Edith fait la rencontre de Simone Berthod. C'est une amie, une fausse frangine. Elle a 15 ans, Simone. Elles sont ensemble dans les rues de Paris, elles font la manche ensemble. Il faut les imaginer. Il y avait comme ça, à l'époque, beaucoup de ces adolescents et de ces adolescentes qui traînaient les rues et qui vivaient d'expédients, évidemment. À l'horizon, le béret pour recueillir les sous, les sous, non, Edith, évidemment, recueille grâce à cette voix extraordinaire qui devient de plus en plus extraordinaire. Elle sera là toujours, mais toute sa vie, elle restera dans l'ombre d'Edith. Elle sera pour Edith, disons-le, peut-être un témoin un peu embarrassant parfois, parce qu'elle est le témoin d'un passé difficile. Elles partagent pourtant tout avec elle, même les gardes à vue quand Edith est interpellée dans le cadre du meurtre de Leplée. Alors ça, c'est très important. D'après les biographes d'Edith Piaf, Pierre Duclos et Georges Martin, je cite : "Simone est toujours là pour encourager Edith à quelques folies, à la tirer un peu plus sur son mauvais bord. Elle y réussit d'autant mieux que leur connivence reste celle de deux filles très tôt projetées dans le tourbillon d'une vie désordonnée. Dès qu'il s'agit de se donner du bon temps, elle démarre l'une et l'autre au quart de tour."

Le premier grand amour, c'est 1932. Edith rencontre un garçon livreur, il s'appelle Louis Dupont, et qu'on appelle Petit Louis. Ensemble, ils auront eu l'enfant Marcel, qui naît elle aussi à l'hôpital Tenon, le 11 février 1933. Edith, à ce moment-là, est toujours chanteuse de rue, elle continue à pousser la chansonnette, cette fois pour nourrir le bébé, et le bébé est avec elle, à côté, dans une espèce de landau comme on en faisait à l'époque, au moment où elle chante. Alors, quel est le répertoire d'Edith Piaf, de la môme, à cette époque ? Bas, c'est le grand répertoire réaliste qu'on peut imaginer : c'est Berthe Sylva, c'est Gaby Deslys, et Fréhel, évidemment, et puis leur reine à tout, en quelque sorte, Damia. Marcel sera finalement embarqué par son père, mais le petit meurt deux ans plus tard de méningite foudroyante. Il sera inhumé au cimetière de Thiais, le 10 juillet 1935. Vous imaginez l'espèce de désespoir à blanc. Edith, certains diront que la petite robe noire, le vêtement fétiche de sa vie et de sa carrière, est dû précisément à cette saison de deuil. Tout s'écroule autour d'elle, même Maman n'arrive pas à la rassurer. On peut dire qu'à ce moment-là, Edith Piaf flirte d'une certaine manière avec la mort. Elle n'arrêtera plus de le faire.

J'aimerais poser tout de suite quelques questions à Jacques Pessis, mais avant cela, je vous propose d'entendre une archive Europe 1 tout à fait extraordinaire. En étant 1960, Edith Piaf est invitée sur ce qu'on appelle à l'époque Europe Numéro 1. Elle est dans l'émission de Jean Serge, une émission spéciale "Piaf et ses amis", et elle va non seulement parler de la nouvelle chanson qu'elle s'apprête à chanter, "Je ne regrette rien", mais elle va l'interpréter pour la toute première fois. On peut dire.

Suzanne, vous connaissez tous le répertoire d'Edith Piaf, et naturellement, on peut supposer que vous connaissez tous ses auteurs, tous ses compositeurs. Presque tous. Presque. Il y en a un que tu ne connais pas, c'est Charles Dumont. Canon qui vient de m'écrire une chanson magnifique que je me fais d'ailleurs apprendre tout de suite, que je vais enregistrer très rapidement, et que je mets à mon tour à l'Olympia, qui pourtant était complet, et qui s'appelle "Je ne regrette rien". Les paroles sont de Michel Vaucaire. Et si tu veux, juste la chanter, c'est la première fois.

Flash émouvant. Jacques Pessis. C'est vraiment cette extraordinaire, cette première fois qu'Edith Piaf en 1960 chante "Je ne regrette rien", alors qu'est-ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle la chante déjà comme elle interprétera plus tard sur scène, c'est-à-dire que c'est vraiment la mécanique d'Edith qui répétait chaque chanson pendant des heures, des jours et des nuits, et qui était prête à tout. On sent déjà, alors qu'elle n'a pas encore créé, je crois qu'elle l'a créé à la télévision dans l'émission "Cinq colonnes à la une", que cette chanson est prête à toucher le public. Elle est exactement comme si c'était un enregistrement de disque, je veux dire, complètement. Piaf répétait chaque chanson, même quand elle faisait 200 concerts ou 200 récitals chaque soir, elle répétait paroles deux heures avant de chanter.

Alors, je viens de rapidement évoquer son enfance et son adolescence. On va passer maintenant à d'autres périodes. Vous vouliez donner une précision, car vous dites qu'elle est née dans la rue. On connaît maintenant la raison, c'est elle qui a inventé ça. Parce qu'un jour, un journaliste en mal de copie, dans ce qu'on appelait la presse à sensation, l'ancêtre de la presse people, a titré : "Piaf est née dans la rue". Et le truc, c'est très bien. Et donc, c'est comme ça qu'elle a lancé le bruit, et c'est devenu sa vérité. Elle a pris les choses au pied de la lettre, mais elle le disait tellement qu'elle finissait par en être persuadée. Que tous les témoins me l'ont dit, elle s'était elle-même convaincue de la chose complètement.

Avec vous, nous revenons sur Edith Piaf et sur sa fantastique carrière. Dans un autre Franck Ferrand, 14h 15h sur Europe 1. Edith Piaf nous quittait un 10 octobre, il y a tout juste 50 ans. Vous nous parlez, Franck Ferrand, de cette grande dame de la chanson française aujourd'hui avec votre invité Jacques Pessis, journaliste, auteur et réalisateur, éditorialiste au Figaro, spécialiste de la chanson française et de l'histoire du music-hall. J'ai laissé tout à l'heure Edith Piaf au milieu des années 30, et j'ai cité un nom, mais je ne suis pas entré dans les détails, c'est celui de Louis Leplée. Jacques Pessis. C'est son mentor, c'est-à-dire qu'en 1935, il tient un cabaret, le Gerny's, qui a d'ailleurs tout près d'Europe 1, rue François 1er. Il est de ce qui deviendra plus tard Europe Numéro 1. Exactement. Et il se trouve que lui, Leplée, croise rue Troyon, près des toits, une fille qui chante comme ça, et il est fasciné par sa voix. Donc, il l'a invité à passer dans son cabaret. Et le soir même, sans triompher, au premier rang, il y a Maurice Chevalier qui est là par hasard, et qui dit : "Cette fille, elle a du génie, elle a une personnalité incroyable, un talent immense." Et c'est comme ça qu'elle va devenir finalement "La môme Piaf", car c'est lui qui l'a baptisée "La môme Piaf", et qu'elle veut devenir une sorte de fille adoptive de Louis Leplée. Elle est engagée pour une semaine, elle va rester sept mois, jusqu'à la mort de Leplée, un assassinat. Alors, on accuse beaucoup Piaf d'avoir été complice, mais en fait, dans cette nuit-là, elle était avec des voyous de Pigalle, ça n'avait rien à voir. Elle s'est disculpée auprès de la police, mais en même temps, les Actualités Pathé l'ont filmée, et on l'a vue en pleurs dans les cinémas à l'époque des Actualités, et ça a déclenché vraiment un tollé, une bronca contre elle, et tout le monde s'est déchaîné en disant : "Regardez cette fille, cette fille de la rue, qui a tué son mentor." Enfin, c'est devenu la coupable numéro un. Il y a très peu de gens qui l'ont aidé à son époque, et celui qui l'a sauvé et qui est devenu son second mentor, c'est Raymond Asso. Asso, qui était un auteur de chansons, qui travaillait pour beaucoup de gens, et qui a écrit ses premières chansons, qui a été son amant, et qui lui a donné les conseils que Piaf a ensuite appliqué à tous ceux qu'elle a aidés. On a l'impression d'une adversité extrême dans ses premières années, dans ses débuts. Tout est difficile : la misère, le crime ambiant, là, des difficultés familiales importantes. C'est quand même un début de vie particulièrement difficile. Cela explique son destin incroyable et la légende de Piaf, mais c'est vrai qu'elle a beaucoup, beaucoup souffert, que ça l'a marquée. Mais au fond d'elle-même, tous ceux qui m'en ont parlé m'ont dit qu'elle avait conservé une joie de vivre et un optimisme lié à cette époque, c'est-à-dire qu'elle a connu la misère, elle a toujours rigolé, elle a toujours été mêlée aux voyous de Pigalle, elle s'en est toujours sortie sans avoir à descendre dans la rue. Il y a aussi des gens totalement faux, et elle a bâti sa carrière, étape par étape, qu'on ne peut pas imaginer aujourd'hui. Mais elle travaillait jour et nuit, et ça, pour elle, c'était essentiel. Elle n'a vécu que pour la chanson. L'argent, ça ne l'intéressait pas. Quand elle en avait plus, on partait en tournée, et ensuite, quand elle est morte, il restait beaucoup de dettes. Théo Sarapo a tout réglé, parce que Piaf n'avait aucune notion de l'argent.

Vous dites qu'elle travaillait énormément et qu'elle ne vivait que pour la chanson. Pour elle, "chanter, ce n'est pas travailler". Voilà ce qu'elle déclarait. C'était également au micro d'Europe 1, et ça, c'est quelques temps seulement avant sa mort, c'est en 1962, et c'était dans un reportage de Christian Bernadac.

Voilà, un reportage qui était passé à l'Euro ce midi à l'époque, et que vous aimez, vos admirateurs, ceux qui vous aiment, qui vous suivent depuis toujours, qui vous disent assez : "Il faut qu'elle s'arrête, elle va se tuer." Non, non, pour le moment, il n'est pas question. Non, non, c'est sûrement pourquoi ? Parce que vous avez besoin de son public, des besoins de public. Non, jamais trahi.

Jacques Pessis, vous deviez écrire le dîner extraordinaire Piaf-Trenet. Vous imaginez leur rencontre quand ils se retrouvent tous les deux de l'autre côté de l'Atlantique, et ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils avaient l'un et l'autre, d'une manière très différente, ce goût de l'excès et cette absence d'horaires, c'est-à-dire que on chante le soir, etc., mais ensuite, on se retrouve au restaurant, ça peut durer jusqu'à cinq heures du matin. C'est cette folie, en fait. Oui, j'ai vécu des moments avec Charles Trenet qui les faisaient durer de 12 à 15 heures. Les bons jours. Et Piaf, c'est pareil. Qu'elle ne se couchait jamais avant 8 heures du matin. Tout son entourage était épuisé. Elle avait besoin de ça, elle avait besoin de rire, car Piaf, et René l'a toujours dit, est la femme la plus drôle du monde. Elle multipliait les canulars. Son grand jeu, par exemple, c'était dans un dîner de dire du mal d'un absent, puis du déjeuner le lendemain pour tout lui répéter en accusant quelqu'un d'autre, ce qui créait des pagayes totales, et ça la faisait beaucoup rire. Ce que dans ce milieu qu'elle fréquentait, on appelait les "saladières", elle faisait des salades, elle faisait des salades. Elle avait toujours une cour, traînait toujours en solitaire, mais elle avait toujours une cour autour d'elle. Elle avait besoin de cette cour, même si elle savait que ces gens parfois la volaient, mais elle n'en avait rien à faire. C'était des médiocres, et elle a eu besoin d'eux. Avec une petite propension au chantage affectif, évidemment. Oui, mais en même temps, elle se fichait de tout ça, c'était un numéro avec elle, c'est-à-dire que ceux qui l'ont connue m'ont dit qu'on ne lui résistait pas. Quand on avait son regard face à face, alors qu'elle était toute petite, on y restait, on était un enfant, et ça, Piaf le savait, elle en usait et en abusait. Sauf avec les hommes, parce que quand elle est amoureuse d'un homme, elle était pratiquement sa servante, son esclave, jusqu'au jour où c'était fini, et là, elle reprenait le pouvoir.

Alors nous parlions de Raymond Asso. Il joue un rôle essentiel, décisif. C'est grâce à lui qu'elle va commencer une véritable carrière. Alors, vraiment, à son écoute, lui fait raconter sa vie. Elle lui dit qu'elle était amoureuse d'un légionnaire qui s'appelle Bébert. Et lui-même a été légionnaire. Il en fait une chanson, mais elle ne veut pas de cette chanson. Alors, il la donne à Marie Dubas, une star d'un soir, à la BC. Il emmène Piaf voir Marie Dubas, et là, choc de sa vie. Elle dit : "C'est ça qu'il faut que je chante." Elle a compris. Elle va reprendre la chanson et elle dira beaucoup plus tard que Marie Dubas l'a vraiment inspirée, qu'elle lui doit beaucoup.

"Mon légionnaire", interprété cette fois évidemment, fière de "Mon légionnaire", chanté donc par Edith Piaf. Est-ce que très vite se constitue un véritable répertoire ou est-ce qu'elle emprunte ici et là ? Non, elle trouve les auteurs qu'elle fait travailler jour et nuit, et ses auteurs, elle sent exactement la chanson qu'il faut. Ils ont ordre de l'appeler à 3 heures du matin, à 4 heures du matin, avec la chanson terminée. Et le cas échéant, il passe chez elle. Marguerite Monnot, qui a composé plus de 100 chansons avec elle, sa meilleure amie, elle l'appelle à 3 heures du matin quand elle a fini les paroles. Marguerite débarque, et à 7 heures du matin, la chanson était terminée. Encore une fois, c'était le travail et le sens de ce qui peut toucher le cœur du public. Et si les chansons de Piaf se transmettent de génération en génération, c'est parce qu'elle avait cette voix, mais aussi ce sens de la véritable chanson populaire, avec des paroles et de la musique, ce qui est bien rare parfois aujourd'hui. C'est-à-dire qu'elle avait un sens artistique, évidemment, paroles et musique, un sens de la scène, elle avait une voix extraordinaire, une présence et une capacité à transmettre l'émotion sans égal. Ça n'a rien d'étonnant. Cette explosion de carrière qui a lieu comment et quand ? Vers la fin des années 30, au moment où on arrive de nouveau dans la guerre. En quelque sorte, elle commence à devenir Piaf. Et tout de suite, ça explose, mais avec "L'accordéoniste", à B, avec "Les Amants d'un jour", avec toutes les chansons pendant la guerre, écrites par Henri Contet et Glasberg, comme "Padam Padam". Mais surtout, le sommet de la carrière de Piaf, c'est quand elle va aux États-Unis en 1947. Qu'elle y va en y croyant beaucoup, qu'elle est jetée au début, parce que personne ne s'intéresse aux chansons de Piaf dans un pays où on aime le jazz, et que grâce à un article de journal, elle devient une star internationale. Avant, elle est très internationale. Nationale, les États-Unis ont ouvert la voie à d'autres pays. Quand on consulte les cahiers de l'époque, où elle chantait, quand elle avait besoin d'argent, je vous ai une tournée, et on allait n'importe où. Elle est quand même allée en Amérique du Sud. C'est à Buenos Aires qu'elle a trouvé la musique qui est devenue "La Foule". Elle voyageait sans arrêt avec une force incroyable et une envie de vivre, même s'il était malade.

Alors justement, nous allons passer un petit écran de publicité. Juste après, nous écoutons "La Foule" chantée par Edith Piaf, bien sûr.

Franck Ferrand, 14h 15h sur Europe 1. Et à l'occasion des 50 ans de la disparition de la grande Edith Piaf, vous nous parlez, Franck Ferrand, aujourd'hui avec Jacques Pessis, de cette grande chanteuse française. Elle s'appelle Piaf, tout simplement. Unique en rose et noir. Avec vous, Jacques Pessis, qui racontait en quelque sorte avec Nathalie Lhermitte et avec Aurélien Noël. Oui. Et le dernier mythe qui évoque Piaf, c'est limité à un moment du spectacle, devient Piaf, et seulement de la foule. Et ça crée un moment d'émotion dans la salle, parce que "La Foule" est toujours son très particulier. Une musique qu'elle a entendue à Buenos Aires, d'un certain Angel Cabral. Elle a acheté la musique, elle est revenue en France, elle a demandé à Trenet d'écrire les paroles. Trenet n'avait pas le temps. On lui signale un jeune auteur, Michel Rivgauche. La nuit même, il écrit les paroles, il appelle à 3 heures du matin. Elle le convoque, et la chanson originale s'appelait "Emporté par la foule". Et dans la foulée, Piaf a inventé ses pas de danse qui ont fait le succès mythique de la chanson. Et évidemment, alors à ce moment-là, elle a déjà perdu Marcel Cerdan. On ne comprendrait pas qu'on consacre une émission à Edith Piaf sans évoquer ce grand champion et ce grand amour, Marcel Cerdan. On le rencontre en 1946, dans un cabaret parisien qui s'appelait le Club des Cinq, qui était célèbre à l'époque et qui a disparu. Ils dînent ensemble, et puis ils sympathisent, et puis ils se revoient aux États-Unis, où il est là aussi, prépare un championnat. Et là, ils sympathisent encore plus. Et alors que Cerdan est marié, ils vont devenir amants. Et c'est vrai que pendant des mois, la liaison est secrète, personne n'en parle. Puis un journaliste, un jour, révèle le pot aux roses. Et ce journaliste, bien connu, il a changé de voie, un peu, puisque c'est à lui qu'il s'agit de Georges Cravenne, qui inventait les Molières et les César. Et l'apprenant, à présent, son identité, Cerdan le convoque. Lui dit : "C'est toi qui as écrit ça ?" L'homme dit : "Oui." Et Paf ! Il avait des dettes.

Jacques Pessis, c'est le moment de rendre hommage à Charles Aznavour, évidemment. Oui, car on le sait depuis peu de temps, car il me l'a avoué, cette chanson "Dire qu'il n'a pas été écrite pour Marcel Cerdan". Elle est écrite bien avant. Et comme elle la chantait le soir de sa mort, on l'a associée en fait. Elle a été écrite un jour avec Charles Aznavour, qui vivait chez elle, en face d'elle. Et il a écrit les deux premiers vers, et après, elle a continué. C'était une époque où on travaillait ensemble. Et à la fin, elle lui a dit : "La chanson, c'est un hymne à l'amour." Et bien, parfait, dit Edith, ce sera le titre.

Les copains sont très présents. Elle est constamment entourée, vous le disiez, d'artistes de plus en plus. Plus le temps passera, et plus ils sont là, nombreux chez elle. Oui, il y a beaucoup, beaucoup d'artistes, il y a aussi beaucoup de copains d'artistes, comme de connaissances. De Montand, votre site, et maintenant, on va longtemps chanter. Et bien, souvent, le chanteur sans nom, très célèbre, va beaucoup l'aider à l'époque. Il y avoir aussi Francis Lai, vers la fin de sa vie, qui va être très présent. Charles Dumont, bien sûr. Tout ce qui compte comme chanteur. Et là, un poète, Jean Cocteau, quand même beaucoup, qui vient régulièrement la voir chez elle. Elle est féru de littérature, elle parle beaucoup littérature et poésie avec Jean Cocteau. Cocteau, qui mourra donc en même temps qu'elle, le lendemain. Nous lui avons consacré une émission il y a quelques jours.

Edith Piaf, entre parenthèses, n'est pas morte le 11 octobre à Lyon. Elle est bien morte le 10. Oui, car on l'a officiellement annoncé le 11, car il fallait qu'elle soit morte à Paris. Donc, on l'a transportée en ambulance, et on a annoncé son décès le lendemain matin.

Alors, avant d'en venir à la toute fin d'Edith Piaf et à tout ce qui a pu évidemment obscurcir ces dernières années, évoquons peut-être quelques très grands succès. On a parlé de "La Foule", on a parlé, on a vu la naissance de "Mon légionnaire", "Je ne regrette rien", "L'hymne à l'amour". Mais il faut dire un mot de "La Vie en Rose", par exemple. "La Vie en Rose" est une chanson qu'elle a écrite pour une inconnue, Marianne Michel. Elle aimait bien écrire des chansons pour les autres, et après les reprenait parce qu'elle trouvait qu'elle les chantait mieux que les autres. Et elle écrit cette chanson, et puis elle la reprend, et Marguerite Monnot fait une musique, et puis Marguerite dit : "Dans cette chanson, trop meringue, et je n'aime pas, elle ne marchera jamais." Elle a refusé de signer la chanson, et c'est le premier venu, le pianiste de Piaf à l'époque, qui a signé la musique de "L'hymne à l'amour". Et ça, c'est ce qui s'appelle n'avoir pas tellement de flair. Même algorithme pour se moquer de l'argent, elle ne vivait que pour la plume. C'était une autre époque qu'aujourd'hui.

On a entendu "Je ne regrette rien" tout à l'heure. Donc, la création, c'était avec la création, d'ailleurs, c'était une avant-première qu'on a entendue dans cette archive Europe 1. Oui, car elle n'aime pas Charles Dumont au départ, et il lui a refusé trois chansons. Et puis, un jour, Michel Vaucaire prend un rendez-vous sans dire.

Qui à Charles Dumont et puis elle l'apprend. Elle refuse de les voir, mais il insiste tellement. Ils sont là dans la maison qu'elle se lève. Équilibre et qu'on n'en parle plus. Fait moins temps de ta chanson. Dumont se met au piano, joue la chanson une fois, deux fois. Elle, il recommence et après elle dit : "Cette chanson va faire ta fortune." Ce qui est l'exacte vérité.

On a incité donc tous ces grands créateurs. Compte pas oublier Georges Moustaki. Peut-être à Moustaki d'abord, il est entré dans sa vie un jour par hasard par Henri Crolla, le guitariste de Montand. Un jour, il a mené Moustaki chez elle. L'a trouvé sympathique. Elle l'invitait à l'Olympia. Elle l'a invitée à dîner. Les Noëls passés chez elles parce qu'elles voulaient lui faire entendre des disques. Il est resté un an et elle a tout appris à Moustaki. À lui a appris à peaufiner ses musiques, ses paroles. Et un jour Moustaki met toute une liste de mots sur une feuille de papier. Elle voit un mot et dit : "Fais-moi une chanson." Et c'est devenu "Milord".

L'arrivée de musique où ça qui me l'a racontée. Elle avait choisi l'autre musique, mais où ça qui préférait celle qu'on connaît. Alors comme je suis amoureux, il a doit avoir raison. Allez, je prends cette musique là. Sinon, je peux vous dire que Mouss Hakim a joué notre musique. Elle n'avait pas la force de celle qu'on connaît. Un automne ans et Moustaki à une autre caractéristique, c'est le seul homme qui l'ait plaqué. Parce que Piaf a plaqué tous ses amants. Et bien Moustaki, la photo Moustaki est la seule photo que Piaf conservait dans son sac.

On peut dire qu'elle brûlait la vie par les deux bouts. Elle va mourir très jeune, 47 ans et demi. Mais c'est vrai qu'elle, elle brûlait la vie par les deux bouts. Et par passion de la vie, par passion de la chanson. Quand c'est, mais ça lui recommandait de se reposer et ne voulait pas. L'a dit elle-même, si elle ne chantait pas, elle crèverait encore plus vite.

La fin de sa vie a été donc très dramatique. Vécue quasiment en direct. Les gens, ça a été un choc terrible. Ses obsèques ont été un événement. Louis Amade, qui était à l'époque sous-préfet à Paris, a tout arrangé. Il y a eu un million de personnes entre le boulevard Lannes, le cimetière du Père-Lachaise. Et il y avait un tel attroupement devant la tombe qu'il y a eu une bousculade. Et Bruno Coquatrix, qui était au premier rang, qu'elle avait sauvé en souvent dans l'Olympia, est tombé dans la tombe. On l'a heureusement sorti très vite. C'était un faux pas.

Oui, mais ce qui est étonnant, c'est que la tombe de Piaf aujourd'hui est encore fleurie quotidiennement. Le nombre de fans de Piaf, moi je le vois au théâtre. On voit des Américains, des Japonais, des Russes, des Finlandais qui viennent nous voir Piaf. Et chaque fois qu'on a joué notre spectacle "Une vie en rose et noir" dans le monde entier, on connaît par cœur "La vie en rose", "Milord". Et non, je ne prétends rien. En français, c'est assez remarquable. Ça, "Une vie en rose et noir". Piaf, c'est donc au Théâtre Daunou avec Nathalie Lhermitte et Aurélien Noël. Un spectacle dont vous êtes l'auteur, Jacques Pessis. Et puis bien sûr, Jacques Pessis, Piaf, Trenet, le dîner extraordinaire aux éditions Don Quichotte. Ça, c'est une sorte de nuit extraordinaire, de feu d'artifice verbal entre Edith Piaf et Charles Trenet, qui était de grands blagueurs, si je puis dire. Oui, et tout est vrai. Toutes les anecdotes sont vraies. J'ai simplement imaginé ce qu'ils se sont dit, qu'ils se sont souvent vus pendant ces dîners.

Merci infiniment d'avoir fait revivre Edith Piaf. Cela dit, elle n'est jamais morte. Car je crois que c'est sans doute une des chanteuses françaises actuellement encore, et si longtemps après sa mort, 50 ans après sa mort, à être à ce point diffusée. Mais c'est un record. Et je pense que ça ne fait que commencer. Mais voilà, nous en acceptons l'augure. Nous serons peut-être là dans 50 ans pour parler du centenaire avec joie.

Alors rendez-vous au cœur de l'histoire. Retour aux origines et direction Montmartre. Franck, pour les 80 ans de la Fête des Vendanges. Oui, cet anniversaire, ses 80 ans de la Fête des Vendanges, ne nous dépaysent pas finalement. On reste un peu dans l'atmosphère d'Edith Piaf, dans son monde, dans sa fête en quelque sorte. C'est au milieu des années 30 qu'ont eu lieu les premières Fêtes des Vendanges à Montmartre. Elle était parrainée à l'époque par Fernandel et par Mistinguett. C'est là encore tout un monde et est toute une atmosphère.

Alors d'où viennent-elles ces vendanges ? Ou plus exactement, d'où viennent ces vignes de Montmartre ? Il faut savoir qu'au XIIe siècle, les dames de l'abbaye de Montmartre, menées par leur première abbesse, Adélaïde de Savoie, ont planté les toutes premières vignes. Alors je pense que ça n'a pas grand chose à voir avec les vignes que nous pouvons voir aujourd'hui, mais en tout cas, elle était bien là et ce sont elles qui les ont plantées. D'ailleurs, il y avait un pressoir qui était tout près des bâtiments. Et puis le temps a passé et évidemment, et avec l'appauvrissement de l'abbaye, les dames de Montmartre ont été obligées de vendre les terrains qui étaient situés au bas de la butte. Dès la fin du XVe siècle, des vignerons en profitent, ils s'installent, ils cultivent des vignobles dont les noms résonnent encore : le Clos Berthod, la Sauvageonne, la Goutte d'Or. Ils ont développé toute une production viticole sur le bas de la butte. Les vignobles entraînent l'ouverture de tavernes et de cabarets. Vous me voyez venir, voyez d'où vient finalement cette vieille tradition montmartroise. Le vin à l'époque était soumis à des droits d'octroi pour entrer dans Paris. Hors Montmartre était hors de Paris, donc c'était encore mieux de le consommer sur place et sans avoir à payer la moindre taxe d'importation. De ce fait, les gens vont prendre l'habitude de plus en plus de sortir de la capitale et d'aller s'encanailler là-haut sur la butte Montmartre. Le vin de Montmartre a la réputation, au XVIe, XVIIe siècle, de faire sauter comme une chèvre, dit-on. Il devait être un peu dur et icare. Le dit-on disait également : "C'est du vin de Montmartre qui en boit, peint en pis." Oui, où c'était pas très relevé.

Mais enfin, c'est comme ça. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la butte est une colline alors vraiment recouverte aux trois quarts de vigne. Les Parisiens se rendent à Montmartre pour y déguster ce vin réputé donc pour ses différentes qualités, notamment pour ses qualités dur éthiques. Et lorsque Montmartre sera annexé à Paris, mais alors là, c'est beaucoup plus tard évidemment, c'est sous le Second Empire en 1860. Et bien les habitations évidemment vont s'étendre et vont se développer au détriment de la vigne. On la voit cette vigne, on voit ce vignoble reculer, se rétrécir comme une peau de chagrin. En 1929, on crée le Clos de Montmartre. C'est Francisque Poulbot en personne, le célèbre peintre Poulbot, qui va créer ce clos. Il était temps en quelque sorte, il fallait sauver ce qui pouvait l'être. Il faudra attendre 1933 pour voir la vigne, c'est aller à nouveau donc sur un des flancs de la butte, sur le flanc nord de la butte. Aux pas beaucoup, c'est 0,15 hectare de vignes qui vont évoluer le long de la rue Saint-Vincent et de la rue des Saules. On est dans le XVIIIe arrondissement de Paris. À partir de là, on fait des vendanges. Des vendanges qui, parrainées par de grands artistes, vont devenir une véritable fête parisienne et une fête populaire. Ces vendanges dont on célèbre cette année le 80e anniversaire.

Bonjour Héléna Morna. Rebonjour France. Bonjour à tous. Alors des vendanges à la masturbation, il n'y a finalement qu'un jingle. Et les infos de Pierre de Vilno à suivre sur Europe 1. On en parle donc de la masturbation. Y a-t-il du mal à se faire du bien ? C'est la question du jour. N'hésitez pas à nous contacter au 39 21, 34 centimes d'euro la minute, ou europe1.fr pour vos témoignages, pour vos questions, pour vos réactions. Merci beaucoup Héléna. Et nous nous retrouvons demain. Céline Milliat. Demain Franck. Franck Ferrand sur Europe 1. Au cœur de l'histoire. Heure de l'histoire. Au cœur de l'histoire. Cœur de l'histoire. Au cœur de l'histoire. Au cœur de l'histoire. Au cœur de l'histoire.