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CAMILLE RIQUIER // L'IRRÉVERSIBLE ET LA NOSTALGIE Temps et conscience

// Philomonaco //32:23

Transcription

Je vais d'abord donné la parole à Camiri. Qu'attaquer nous avons décidé de septembre, puisque je vais surtout et principalement parlé de la nostalgie. Même si justement, je veux en venir ensuite à la question de l'irréversible, et montrer que la nostalgie que nous souffrons, la nôtre, celle des modernes, n'est pas nécessairement celle qu'a pu vivre les anciens.

J'aurais pu d'ailleurs intitulé cette conférence "De la lie de la nostalgie des modernes, de la nostalgie des anciens", comme l'a fait Benjamin Constant à propos de la liberté. Car au fond, il y a une histoire des sentiments, exactement comme il y a une histoire des idées. Les sentiments aussi ont été inventés, d'une certaine manière.

Alors la nostalgie, bien sûr, a des racines dans la nature de l'homme, mais en un sens seulement. En un autre, l'amphélvis est une invention grecque. Ça a été inventé par les Grecs, comme le charme de la campagne a été inventé par les Romains. Ça qu'il a fallu attendre l'anti- l'Antiquité grecque pour que ce sentiment s'épanouisse, se fasse pleinement ressentir.

Alors il ne faut pas simplement dire que le mot, même s'il est venu effectivement très tard, a été forgé à base du grec ancien, c'est-à-dire en associant les termes de nostos (retour) et algos (douleur), pour signifier littéralement le mal du retour. Il faut dire que la nostalgie est un sentiment qui a fructifié dans cet âge de l'humanité qu'est l'Antiquité, et dans ce peuple de l'humanité qui était le peuple grec. Que si on veut savoir exactement ce que ça voulait dire, il faut écouter d'abord le grec. De la même manière que si vous voulez savoir ce qu'est un Dieu unique et d'élection, eh bien il faut se tourner vers le président d'Israël. C'est pas compliqué.

Donc c'est là, par la voie des Grecs, que ce sentiment nous a été transmis, nous a été dit, nous a été écrit, chanté. Que ce mal, si je puis dire, nous a été communiqué comme par contagion. Effectivement, car aujourd'hui encore, et pour moi l'étymologie justement qui s'est fait uniquement à partir du grec en est le témoin irrécusable, on ne peut pas parler de nostalgie sans parler le langage de l'ancien Grèce, sans entendre la voix éternelle d'Homère, qui lui avait donné son sens plein, c'est-à-dire par la figure d'Ulysse. L'a appris, et dont le destin, je cite Homère, était de revoir les siens, de rentrer sous le toit de sa haute maison, au pays de ses pères. Et ce sont les mots qu'il adresse à la déesse Calypso, qui l'avait rendu captifs pendant trois ans sur son île. Il lui répond : "Le seul vœu, c'est dans le chant 5, le seul vœu que chaque jour je fasse, et de rentrer là-bas, voir en mon logis la journée du retour."

Il faut quand même s'en étonner un peu, vert que Kelly, lequel charme sa terre natale, à tel exercice sur lui, pour qu'il ait préféré rentrer chez lui plutôt que l'immortalité que lui offrait de réaliser Calypso. Finir non, c'est toi que son mal, le mal d'Ulysse, était si grand qu'il a préféré mourir pour sa patrie, dans sa patrie, plutôt que de vivre éternellement en compagnie d'une déesse à la beauté sans pareille. Moi personnellement, je m'en étonne un petit peu, car j'en ai connu beaucoup qui ont troqué leur vie, Pénélope, pour moins que ça. Une jeune nymphe suffisait, et sans qu'on leur demande d'être déesse pour autant. De bons d'autres.

Je vais y revenir tout à l'heure, car c'est un rapport en fait avec d'autres sujets, et laisse déjà deviner le fort contraste qui doit nous séparer des Grecs. C'est que pour l'instant, je veux bien qu'on m'apprenne que nous devenons de plus en plus notre est nostalgique. Je veux bien qu'il y ait depuis quelque temps une mélancolie française, que c'est peut-être un signe inquiétant, que depuis l'an dernier les audiences de Radio Nostalgie ont dépassé celles d'Europe 1. Bon, mais soyons honnête, je ne vois pas aujourd'hui quelqu'un qui soit capable de descendre jusqu'à la profondeur du mal qu'a dû éprouver Ulysse. Vers lequel attachement profond les Grecs avait-il du à voir avec leur propre foyer, à leur propre patrie, pour que chaque fois qu'il la quitte, il s'en soit rendu à ce point malade ? Pour que le pire des châtiments soit pour eux l'exil ? Pour que hors de la cité, il n'y eut que barbarie et épouvante ?

C'est en un sens digne d'étonnement et d'admiration. Sauf qu'il n'y a rien d'équivalent dans la Rome ancienne. Les Romains, ils ont fondé un empire, c'est-à-dire que eux n'aspiraient qu'à s'étendre et n'ont jamais à revenir. Pourquoi ? Parce que mon enfance, ils se sentaient partout chez eux. Ils apportaient avec eux le droit, et quel que soit l'endroit où ils étaient, aussi reculé qu'il était, et bien il se sentait toujours chez eux.

Les Grecs, eux, n'ont jamais fondé d'empire. Ils ne le pouvaient pas. Seulement des cités pour la raison d'un sens qui ne sont gérés, mais qu'au retour, nostos. C'est-à-dire que à peine il s'éloignait de la cité, qu'il souffrait de ce mal étrange, la nostalgie.

Alors je ne veux pas dire qu'après on n'est pas éprouvé ce sentiment. Je veux pas dire que les Latins ou d'autres après, n'ai jamais ressenti de nostalgie. Mais voyez, quand cela leur arrivait, ils étaient grecs, du moins ils devaient parler le langage des Grecs, desquelles il avait reçu le sentiment. Vous prenez Ovide, ces fameuses lettres du Pont, les Pontiques. Ovide est forcé à l'exil à Tomi, et il avait la nostalgie de Rome. Mais quand il s'agit de s'en plaindre, il n'a pu s'en plaindre et exprimer sa souffrance qu'à travers les symboles que lui offrait l'Odyssée. Je cite Ovide : "La froide raison d'Ulysse n'est pas douteuse, et cependant le plus grand désir du roi d'Ithaque était d'apercevoir la fumée du foyer paternel. Je ne sais quel charme possède le sol natal pour nous captiver et nous empêcher de l'oublier jamais."

Je vais plus loin pour dire que si je puis dire, le peuple grec, c'est d'abord et avant tout un peuple nostalgique. Si la philosophie elle-même a été d'inventer aux Grecs, c'est peut-être qu'elle même n'a pu éclore que du sein d'un peuple qui était épris de nostalgie et pour lequel le retour était toujours plus important que l'aller. Et la pensée a dû commencer d'ailleurs, c'est une suggestion que nous fait Pascal Quignard, d'en mourir de penser, que je trouve formidable. La pensée a dû commencer de façon très animal, c'est-à-dire que la pensée d'abord, n'a peut-être d'abord servi qu'à revenir sur ses pas par le flair, les signes, rentrer au foyer, jusqu'au foyer qu'on avait quitté. Et c'est la raison pour laquelle la pensée, dans le terme grec est noos, le noos, s'est appuyé sur le noos, noos, nostos, en sorte que ce qui anime la philosophie, ce dont elle procède, et bien réside dans le mouvement nostalgique de la pensée. Elle est toujours sur le chemin du retour.

On peut prendre mille exemples. Platon. Pour Platon, apprendre, c'est ce souvenir, c'est se ressouvenir. La vérité pour un Grec, c'est se remémorer, la mémoire, aletheia, contre l'oubli. Alors que pour Platon, l'âme a connu la vérité avant de naître, avant de naître dans un corps qui lui a fait oublier. En sorte que le désir qui porte l'âme vers la vérité, et nous donne le pressentiment de nos pensées futures, et bien c'est une nostalgie. Puisqu'au fond, lorsque nous découvrons la vérité, pour un Grec, nous ne faisons que réapprendre ce que nous avions oublié. Bref, pour un Grec, nous ne devenons nous-mêmes qu'en revenant, qu'en revenant aux principes que nous avions quitté. Donc il s'agit toujours de faire retour.

La philosophie ne pense pas du tout, quand elle est grecque, partir quelque part, s'aventurer. Elle n'est pas du tout cartésienne. Elle s'égarerait en quelque sorte. Elle ne parvient d'ailleurs, pour un Grec, à penser véritablement que si elle s'assure du retour. Puisque c'est le mal du retour ou le désir de revenir à son foyer qui anime le mouvement de pensée. En sorte que effectivement, quand on pense, on avance, quand ray greffin, comme l'animal, en revenant sur ses pas. Et il n'y a de bonheur que dans le retour. Autrement dit, vous voyez, si la nostalgie est le mal grec par excellence, dont pas même l'âme ne manquait de souffrir, et bien la philosophie ne devait être bien autre chose qu'une simple consolation qui aurait servi à compenser le regret de ce qui a été perdu. La philosophie, pour un Grec, s'est proposé radicalement d'être une cure, la cure véritable, la seule capable de guérir du mal qu'était la nostalgie.

D'envoyer l'Odyssée, d'outiller l'Odyssée, c'est vraiment ce qui demeure la trame, le symbole dont la philosophie ne s'est pas départie. Même qu'en Saint-Augustin parle de la Cité de Dieu, de la Cité céleste, à laquelle le Christ tient, le chrétien n'aspire qu'à revenir. Et continue à parler grec, et continue en quelque sorte à parler le même langage. En cela, on voit que le christianisme a a hérité de ce sentiment nostalgique que les Grecs avaient inventé. Et quand un sens, si je puis dire, ils l'ont fait que maximiser infinities. Sûr que un chrétien, au fond, il est nostalgique de la Cité céleste, et la Cité terrestre devient en quelque sorte elle-même le lieu d'exil et de France. Donc le chrétien ne peut se libérer que par la mort, c'est le suprême retour.

Si j'ai insisté sur le sentiment originaire de la nostalgie, et son que sur le sens exact que les Grecs lui ont communiqué, c'est pour que nous surprenions à voir combien il nous est étranger, nous modernes. C'est-à-dire que nous ne le ressentons pas du tout comme ça. Notre nostalgie n'a rien à voir, elle n'est pas la nôtre. Et la nostalgie des Grecs, justement, elle se reconnaît à quoi ? À ce qu'ils n'y entrent aucune considération autour du temps, autour de l'irréversible. Cette notion, elle est d'abord exclusivement spatiale. Or l'espace, on le fait et réversible, c'est même ce qui est réversible par excellence, contrairement au temps. Si je me déplace d'un point B à un point A, je peux toujours revenir au point d'où j'étais parti. À l'image exactement d'Ulysse, qui depuis trois et retourner dans sa bien-aimée, il du tac. Sere que le temps ici n'a rien à voir avec la sphère. Le temps peut éventuellement le retarder, ils auraient pu même lui manquer, mais il ne pouvait pas par lui-même l'empêcher d'y retourner. Et de la même manière, quand la philosophie distingue un monde intelligible, bien monde sensible, quand le christianisme distingue une Cité céleste et une Cité terrestre, c'est encore un langage spatial, métaphoriquement spatial, mais il s'agit bien d'un lieu. Donc le temps peut signifier de rechute, votre exil, mais il n'est pas, si je puis dire, la cause du mal dont l'âme souffre. Ils le temps, d'un même pas davantage de prise sur le lieu, sur le principe par lequel l'homme désire faire retour.

Bien la nostalgie dont nous souffrons, c'est-à-dire celle des modernes, elle n'a donc plus rien à voir. Pourquoi ? Parce qu'elle, elle est essentiellement temporelle. C'est une notion d'abord essentiellement temporelle, grevée par l'irréversibilité. C'est-à-dire que cette nostalgie qui est la nôtre, nous condamne à désirer un pays dans lequel nous ne retournerons jamais. Et en ce sens, d'autres s'agit au fond de rigoureusement contraire à la précédente. Je veux dire, notre nostalgie va en direction est exactement inverse à la précédente, puisqu'elle s'inscrit, si je puis dire, sur le chemin de l'aller. Elle ne cesse d'aller de l'avant, alors que si je puis dire, vous l'aviez vu, la précédente était toujours inscrite sur le chemin du retour.

Tout se passe comme si nous, au lieu de chercher un remède qui puisse nous guérir du mal dont nous souffrions, la philosophie par exemple pour les Grecs, nous nous n'avions voulu garder que cette souffrance après s'être bien assuré qu'aucun remède ne pouvait nous en guérir. Schalke, c'est à tel point que honnêtement, il faudrait se demander si c'est encore bien de la nostalgie dont il s'agit que la nôtre. Et pourquoi nous continuons à parler une langue grecque que nous comprenons même plus ? Ça qu'il doit bien avoir de l'air et de l'ironie dans toute cette histoire. Il doit y avoir de l'ironie, un peu de cruauté dans le sort qui nous a été réservé à nos modernes, pour fait infliger à nous-mêmes un mal dont nous savons pertinemment qu'il n'y a aucun moyen pour nous narguer, d'y échapper, et que nous avons peut-être secrètement choisi pour la raison qu'il était incurable. Faut s'interroger tout de même.

Jacques, que l'ironie de cette nostalgie, et bien c'est au fond de manière de présenter cette nouvelle humanité que nous sommes devenus sous un jour qui serait, si je peux dire, comique, et n'était pas tragique. D'où vient en effet le caractère étrange, pour ne pas dire absurde, de la nostalgie dont nous souffrons ? Regarde toutes les anciennes humanités, tel qu'elle l'avait éprouvé, c'est que ce retour, quels qu'ils aient pu être, quelle que soit la manière dont on peut l'imaginer, et puis constituer, c'était la citation même que Robert Maggiori donné, le remède infaillible à la nostalgie. Et bien ce retour, pour nous, en fait, on ne le désire pas du tout. Nous ne le désirons plus du tout. Nous n'avons plus du tout envie de rentrer.

Et il y a un très beau passage justement dans "L'irréversible et la nostalgie" de Jankélévitch, puisqu'il faut toujours se débattre ici avec l'Odyssée, nécessairement, où il va revenir sur le sur l'Odyssée pour réintroduire justement tout le mordant de l'ironie moderne que nous évoquions. Il se propose, bien que Jankélévitch, d'imaginer ce qui se passe une fois rentrés. Il s'imagine le lendemain du grand nostos, ce qui est arrivé après les retrouvailles dans le palais d'Ithaque. Il se demande ce qui a pu se passer une fois le rideau baissé, quand devès inauguré l'ère d'un bonheur sans nuage et sans histoire. Et donc il se propose d'écrire à sa manière, je le cite, le 25ème chant de l'Odyssée, celui qui n'existe pas.

Et qu'est-ce qu'il imagine ? Ulysse à table, et il a plus rien à souhaiter. Ils s'ennuient. Ils s'ennuient. Et à quoi pense-t-il ? À Calypso, à Calypso, à Circé, à Nausicaa, à toutes les occasions perdues, à toutes les occasions manquées qui ne reviendront plus. Je le cite : "Le lendemain même du retour, la déception a supplanté la nostalgie. Au fond, Ithaque n'était qu'un prétexte." Il sait à présent que la nostalgie, et c'est exactement la même citation, comme quoi nous nous retrouvons, n'est pas seulement un mal qui a besoin d'un remède, elle est encore une à qui l'inquiétude causée par l'insuffisance de ce remède. Voilà. Nous nous sommes des Ulysse modernes, quelque chose comme de très bizarre. Nous sommes des Ulysse modernes qui sommes venus après la déception, qui savons qu'au retour ne nous attend que l'ennui, et même peut-être la mort. Aucune envie que nous avons reçus des Grecs, le sentiment de nostalgie. Mais voyez, nous, et nous y avons introduit toute la cruauté de l'ironie. Notre désir n'a plus d'objet, il est indéterminé, il est celui d'un ailleurs toujours autre, d'un pays qu'on n'aura jamais connu. Pourquoi ? C'est très curieux, parce que nous préférons le malheureux med, le remède serait pire que le mal. Nous préférons le malheureux, mais c'est-à-dire nous préférons la souffrance à l'ennui. Nous préférons souffrir que de nous ennuyer.

Et bien du coup, ce que nous redoutons le plus, peut-être, c'est d'être rentrés, de mourir d'ennui. Donc voyez, quand nous sommes nostalgiques, nous aujourd'hui, nous ne désirons pas tant revenir que partir. C'est le chemin inverse, que partir et partir toujours, et se délecter secrètement de l'exil, de l'absence. Au fond, on se dit Calypso est encore plus belle à présent qu'elle est loin, et elle appartient plus qu'au passé. Le souvenir qu'en garde notre que l'is moderne est d'autant plus doux qu'il lui assure un retour possible. Je je t'aime, mais de loin. C'est cette contradiction dans laquelle nous avons sourdement voulu nous installer, et qui a permis justement à la nostalgie de se nouer à l'irréversible.

Car j'insiste également, vous avez vu que nous avions au fond n'avait d'abord rien à voir avec l'irréversible. Mais je pourrais en dire autant, l'irréversible, d'abord, n'a rien à voir avec la nostalgie. Et j'en veux pour preuve, évidemment, Bergson. J'en dirais juste un petit mot. Mais Bergson, qui a été l'un des maîtres de Jankélévitch, c'est justement le philosophe qui a introduit pour la première fois véritablement le temps dans l'histoire de la philosophie. C'est lui qui a affirmé la réalité du temps, en vertu de la conscience irrécusable que nous avions de durée. Or, j'ai vérifié, même vérifié, mais je savais dès le mot nostalgie n'apparaît jamais sous sa plume, dans aucun de ses ouvrages.

Sert que Bergson sait bien que le temps est irréversible, fait même nuit en France, qui insistait pour la première fois, je le cite : "Nous savons bien que qu'on ne vit pas deux fois le même moment d'une histoire, et que le temps ne remonte pas son cours." Et pourtant, jamais dans son œuvre, il ne cède à la nostalgie de l'irréversible. Le temps pour lui, la chose et d'inconnu, est une création continue d'imprévisible nouveauté, tant que le passé est associé à un mouvement qui va vers l'avant, et qui renouvelle le présent à chaque instant. De telle sorte que ce qui est perdu, certes, n'est pas retrouvé, mais ce qui est trouvé à sa place, n'était pas même attendu. Et c'est cette joie de ligny et de l'inespéré qui nous avons toujours, si je puis dire, de surmonter le possible d'espoir qu'entraînerait la perte inconsolable. Alors que l'irréversible chez Bergson est lié non pas aux regrets, mais à la joie du continuelle renouv renouvellement. Il est joyeux Bergson.

Et je crois en avoir trouvé la raison dans une lettre que Bergson a adressé ayant Jankélévitch, qui est formidable, qui date de 1938. Bergson déclaré Jankélévitch : "Au fond, qui ne s'était jamais ennuyé en fait, ils savaient même pas ce que ça voulait dire. Son eu lieu." Je le cite : "Votre étude sur l'ennui m'intéresse et m'instruit tout spécialement, car l'ennui est un sentiment que je n'ai jamais éprouvé." Et il me semble justement qu'il faut peut-être avoir éprouvé l'ennui pour constituer un passé comme une valeur refuge, éprouver la nostalgie en méditant sur l'irréversible.

Nostalgie justement, Jankélévitch ne renie pas Bergson, mais il va à joindre à la conscience du temps une tonalité affective, bien qu'il a coloré de son propre tempérament, et qu'il est probablement venu de son attachement à la fée de figure, et qu'il est en lice moderne, et peut-être justement lui aussi, nous allons voir d'une certaine manière. Et voilà donc le new age curieux que l'Ulysse moderne que nous sommes devenus, effectuer entre l'irréversible et la nostalgie. Celle que nous ne sommes plus nostalgiques d'un lieu cher à notre cœur, et nous aspirons y retourner, parce qu'on sait même plus ce qu'on désire, et que au fond, c'est plutôt le présent qu'on cherche à fuir, et c'est l'ennui que nous craignons. Mais nous sommes encore nostalgiques, si je peux dire, comme par nécessité. Et donc il ne nous reste plus alors qu'à être nostalgiques de quoi ? Bas du temps qui passe, du temps qui passe, en lequel tout s'en va et ne revient jamais, où il nous est loisible de nous complaire de façon quelque peu morose, puisque en effet, là nous avons l'assurance qu'aucun retour ne sera possible.

La nostalgie pourtant, al jc, quand une maladie, maladie, mais ici, c'est une maladie qui nous fait du bien, dont on ne soit pas guérir. Quand on écoute Radio Nostalgie, c'est quand même comment se faire du bien avec son mal. Donc nous sommes conduits à cette définition nouvelle, étrange, que notre modernité a étrangement investi, justement, on y introduisant le temps. Elle pourrait être la suivante : la nostalgie est le sentiment qui nous vient de notre désir de faire revenir, par tous les moyens qu'on a en notre possession, le parfum, la musique, ce que voulait ce d'autant même temps, on est secrètement assuré qu'il ne reviendra jamais.

Et il est certain, évidemment, que l'accélération toujours plus grande dans l'est dans laquelle nous sommes entraînés, cas finement analysé Harmut Rosa, ne fait qu'accuser toujours un peu plus d'ambivalence de ce sentiment, pour ne pas dire le paradoxe dont souffre l'homme moderne. Celle que notre vie jamais n'a été aussi longue qu'aujourd'hui, jamais il n'a été aussi riche, variée, et pourtant, par ce phénomène d'accélération qui nous donne effectivement une conscience très aiguë de du coup, de l'irréversible du temps, jamais un homme, une fois arrivé au terme de sa vie, n'a peut-être le sentiment de ne pas avoir vécu assez, et du coup, d'être nostalgique de sa propre jeunesse. Il a manqué des choses, ça c'est arrivé trop vite. Il a la nostalgie de l'irréversible.

Et comme tout phénomène ambivalent, et c'est ainsi que je finirais par cette analyse, ce sentiment peut se lire à deux niveaux. À la fois, c'est pour ça qu'il est étrange, qu'il est paradoxal, c'est qu'on peut le lire sur deux plans. Et c'est ce que nous suggérons, suggérions, lorsque nous disions qu'il donne à voir de l'homme moderne un spectacle qui est à la fois comique et tragique. Car contrairement à l'idée reçue, le comique n'a pas du tout la légèreté du burlesque. Le comique, c'est sérieux, c'est aussi sérieux que le tragique. Et c'est bien, c'est l'idée géniale de Beaumarchais, quand il a écrit sa trilogie de Beaumarchais, que de dire que le comique et le tragique, justement, ne font jamais qu'une seule et même chose. C'est le mot de Figaro : "Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer." Autrement dit, voilà, c'était l'idée de Beaumarchais. Mettez ensemble une femme, son amant, et le mari cocu, vous faites un vaudeville. Mais ajouter un couteau dans la main de l'homme trompé, et avec la même histoire, vous faites un drame. Famille, histoire. Ça que c'est ce que dit Beaumarchais. Il y a un fond dont on peut faire avec un égal succès une tragédie ou une comédie.

Et justement, il y a une histoire bien connue qui porte précisément sur la nostalgie de l'irréversible, l'étrange histoire de Benjamin Button. C'est exactement ça. Elle raconte l'histoire d'un homme dont la vie a suivi un cours résolument inverse à celle des autres. Il est né vieillard, il est mort en nourri son sac. En cela, sa vie, une régression qui suit le mouvement de la nostalgie. Sa vie est une régression, c'est un retour et non pas un aller. Et il semble que cette histoire, effectivement, est servi à nous rendre plus sensible le sentiment nostalgique qui peuvent faire naître, que peut faire naître le caractère irréversible du temps. Et cette histoire, elle a eu deux versions. Le fond de cette histoire bien connue a donné lieu en effet à deux versions différentes. L'une qui en a fait un drame, et c'est le film de David Fisher, 2002, 2008, avec Brad Pitt et Cate Blanchett. Et l'autre version, qui est celle dans le film s'inspire, et qu'on doit à Fitzgerald, et qu'on oublie pas été franchement comique, en fait, elle a rien à voir. C'est la même histoire, me raconter tout et nous différemment.

Qu'est-ce qui se passe dans la nouvelle de Fitzgerald ? Et j'insiste d'abord, puisque tout le monde plutôt à l'esprit le film. Dans la nouvelle de Fitzgerald, écrite en 1920, Roger Button, le père, voit dans un des berceaux, Benjamin, son fils, d'une taille déjà extraordinaire, la barbe blanche, recroquevillé, il y voit un vient de se vendre dix ans. Bon, il est d'abord un peu horrifié, d'autant plus que celui-ci a commencé à lui parler, dit : "Mais tu es mon père." Bon, il parle jamais. Donc le père est horrifié, mais mais il le garde quand même. Hors jeu, il le garde quand même, ça qu'ils abandonnent pas du tout. Il va faire comme si, bas, comme si de rien n'était, c'était un bébé comme un autre. Je le cite : "Au bout de 12 ans, ses parents s'étaient habitués à lui. De fait, la force de l'habitude est tel qu'il ne le trouvait plus différent des autres enfants." Mais Benjamin se met à rajeunir, et il vit des add de décroissance normale, normale. Doit y est à 18 ans, il a l'apparence d'un homme de cinquante. À 20 ans, il paraît le même âge que son père. Et on les trois frères. Et à ce moment-là, il rencontre son épouse, bis ici, mon krief, qui sera désigné dans le film, qui sera jouée par Cate Blanchett. Il a le coup de foudre, et puis comme elle, à ce moment-là, elle préfère les hommes d'âge mûr, ben il va mentir sur son âge. View, il va profiter son apparence. Devient donc, ils vont se marier, avoir un fils, Roscoe Benjamin. Ils s'installent dans la société, il fait fortune. Plus il rajeunit, plus il se sent vigoureux, et plus on perd d'ailleurs et admiratifs. Mais oui, avec le couple, ça se passe différemment. C'est au contraire, ça veut dire qu'avec mon krief, Hildegarde, non krief, sa femme, au contraire, plus elle vit, plus elle s'anime, y moi il en est satisfait d'avoir quelque chose quand même. C'est et elle qui n'avait jamais aimé que les jeunes gens, ne faisait que le méprise à mesure qu'ils rajeunissaient. Tiens donc. Progressivement, un abîme se creuse peu à peu entre eux. Et à leurs débuts, les gens se scandalisaient de voir une jeune femme au bras d'un vieillard. À la fin, oubliant d'ailleurs ce qu'ils avaient dit au début, les mêmes se scandaliser de voir un jeune homme au bras d'une femme de 45 ans. Benjamin Button par faire la guerre, il paraît avoir 18 ans. Quand il revient, il perd peu à peu ses souvenirs et meurt. Ça, c'est l'histoire. Pourquoi ces comiques ? Là, pourquoi l'histoire ici étrange de Benjamin Button, et y est ici comique ? Mais précision, parce que les personnages ici n'ont pas conscience de l'irréversibilité du temps que nous donne à voir justement Fitzgerald aux lecteurs. Ils n'ont pas conscience de cette irréversibilité, exactement à l'image du père de Benjamin, qui ne s'étonne plus de voir son fils à 12 ans fumer le cigare à sa fenêtre, comme si de rien n'était. Donc ils font tous comme si tout était bien en ordre, comme si tout retournait toujours à sa place, pouvait toujours revenir en son lieu. Benjamin n'a pas conscience de l'irréversible, et c'est parce qu'il ne cesse de régresser, de faire retour, de suivre réellement le mouvement de la nostalgie, que cette nostalgie et comique. Il fait comme si c'était possible, et son histoire au fond, ce n'est jamais que la métaphore de notre vie misérable, fire. Et son histoire dès que la métaphore de la vie où chacun veut être vieux quand il est jeune, et veut être jeune quand il est vieux. Bon, sauf que là, on retrouve vraiment notre Ulysse moderne, qui croit pouvoir trouver une source de jeu de jouvence en ayant à ses bras une jeune fille. C'est c'est bien le Ulysse dont on a parlé, qui troque volontiers sa vie Pénélope, en échange la jeune Calypso. Benjamin Button est étrange, certes, enfin, ce n'est jamais que notre histoire, éclairé ici sous un jour grotesque. Ce n'est jamais qu'un homme qui ne veut pas assumer son âge, et ses comics.

Dans le film, tout change, et c'est pour ça que le film est aussi génial. Tout est montré, si je peux dire, à un autre niveau, sur un autre plan. Le père, ici, ne veut pas du tout se voiler la face. Il ne veut pas se voiler les yeux. Il peut pas faire comme si tout pouvait revenir à sa place. Il est horrifié, et lui, il l'abandonne. Ils l'abandonnent sur les marges d'un hospice. Il va pas l'adopter. C'est-à-dire que Benjamin Button, ici, commence par l'exil. Toujours déjà, il commence par l'exil. Il n'aura pas, si je puis dire, de terre natale. Et pour cette raison-là, il ne sera jamais à sa place. Un contre un mois à l'autre, on faisait comme si de rien n'était. Il ne sera jamais assez place, et du coup, il ne cessera jamais de voyager, de partir à l'aventure. C'est-à-dire que ce Benjamin Button est nostalgique d'un lieu justement qu'il n'aura jamais connu, parce que justement il lui manque cette terre d'abord première. Et lui, au contraire, par le cours rigoureusement contrat de sa vie, à une conscience très aiguë de l'impossibilité du retour. C'est justement le contraire de l'autre. Lui, il sait qu'on ne revient jamais. Il aime des vies, lui, il aime vraiment Daisy, depuis toujours. Mais il ne fera que la croiser une fois, vraiment. Il ne s'aimeront véritablement qu'une fois, en ce point unique où leur vie, qu'ils vont en sens contraire l'une de l'autre, parviennent à se rejoindre. Et de cette rencontre va naître une fille. Mais lui-même, encore, ne pourra pas faire semblant, et partira. Il pourra pas faire semblant d'être vraiment le père. Il s'en va toujours. Ça que son exil permanent, son exil permanent. Il ne fait que croiser les êtres. Il sait son retour impossible. Et c'est pourquoi sa nostalgie, elle est tragique, et qu'elle peut tirer nos larmes. C'est la même histoire, voyez. Et donc, par ces deux histoires, je voulais montrer qu'en fait, elles n'en font jamais qu'une seule, et que cette histoire, c'est la nôtre. Qu'il faut lire sur ces deux plans en même temps, parce que notre vie au fond est toujours comique au tragique. Et il est peut-être parfois, justement, toujours besoin d'en rire pour ne pas avoir à en pleurer. C'est cette absurde nostalgie de l'irréversible qui hante la conscience moderne, et que j'ai essayé ici de de démêler un petit peu. Cette fois-ci, justement, à la manière de Spinoza, sans rire, sans pleurer, mais seulement en essayant de comprendre. Merci à vous. Merci beaucoup. Et puis à [Applaudissements].