Transcription
Avec toute l'actualité mondiale que vous connaissez en ce moment, c'est une annonce, et surtout une mise en place, qui est passée quasiment inaperçue. Et pourtant, elle bouleverse des pays du monde entier. Donald Trump a en effet entrepris, il y a quelques jours, le démantèlement de l'USAID, un acteur clé de l'aide étrangère américaine. Les conséquences pourraient être extrêmement nombreuses, notamment dans des pays qui font face à des crises humanitaires extrêmement importantes. Alors, qu'est-ce que Trump reproche à l'USAID et pourquoi est-ce que l'impact pourrait être aussi important partout dans le monde sur des sujets critiques ?
Salut, c'est Hugo. C'est donc le sujet à la Une des actualités du jour et, comme chaque jour, vous le savez, ensuite on fera un point sur le reste de l'actualité. L'USAID, c'est donc l'Agence des États-Unis pour le développement international. C'est une agence qui a été créée en 1961, donc en pleine guerre froide, à l'origine pour contrer l'influence soviétique. C'était considéré à l'époque comme un pilier du soft power américain. Le soft power, c'est donc l'influence qu'un pays va exercer à l'international par des moyens autres que des moyens armés. Donc ça peut être la culture, la diplomatie, mais aussi donc l'aide au développement, c'est ce dont on parle ici. Jusqu'ici, cette agence des États-Unis supervisait des programmes humanitaires de développement et de sécurité dans plus de 150 pays du monde, avec un budget d'environ 40 milliards de dollars par an, soit environ 1 % des dépenses à l'échelle nationale des États-Unis, à l'échelle fédérale. Et c'est une organisation qui finance notamment la lutte contre la famine, les maladies, le trafic d'êtres humains ou encore le soutien à des pays et à des populations en conflit, par exemple en Ukraine. On revient là-dessus dans un instant, mais je vous le disais, dès son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a entrepris le démantèlement de l'agence, le tout avec l'aide d'Elon Musk, qui l'a nommé à la tête du ministère de l'efficacité gouvernemental, avec un objectif affiché de couper drastiquement les dépenses de l'État.
Plus précisément, le 20 janvier, donc le jour de l'arrivée au pouvoir de Trump, le président américain a d'abord gelé tous les fonds d'aide extérieure par un décret présidentiel qu'il a signé. Et dans les jours qui ont suivi, eh bien les employés de l'USAID ont reçu l'ordre de cesser toute activité sous peine de sanction. Le site, d'ailleurs, de l'USAID a été désactivé. Finalement, le 3 février, on peut noter que le département d'État, donc c'est l'équivalent du ministère des Affaires étrangères, a pris officiellement le contrôle de l'agence, et le secrétaire d'État Marco Rubio a été nommé administrateur par intérim. Le lendemain, la quasi-totalité des employés ont appris leur mise en congé forcé, et seul 611 employés sur 10 000 devraient conserver leurs postes, selon l'agence Reuters. À noter, et c'est un point important, cette fermeture de l'USAID est jugée comme illégale par de très nombreux juristes, car, en théorie, seule une décision du Congrès peut supprimer cette agence. Marco Rubio a d'ailleurs indiqué qu'il travaillerait, je cite, avec le Congrès pour réformer l'USAID, selon le quotidien américain le Wall Street Journal. Mais en attendant, donc l'agence a été fermée, même si c'est complètement illégal, comme l'expliquent des experts en droit constitutionnel.
Mais alors, que reproche Trump à l'USAID et surtout pourquoi est-ce que l'impact sera colossal pour le monde entier ? Bon, déjà, on peut noter que l'élimination de l'USAID était prévue par le projet 2025. Project 2025, c'est un programme politique dont on a déjà beaucoup parlé sur la chaîne, notamment quand on était sur place lors de la campagne présidentielle américaine. Un projet qui a été élaboré par le think tank ultraconservateur et très influent, l'Heritage Foundation. Un programme et une organisation avec lequel Trump a gardé ses distances officiellement pendant la campagne, mais finalement, eh bien de nombreuses personnes qui ont rédigé ce projet ont rejoint son équipe. Il a adopté plusieurs de ses mesures depuis qu'il est de retour à la Maison Blanche. Alors, pour justifier le démantèlement de l'USAID, l'administration Trump a affiché une volonté de réduire la bureaucratie, mais aussi de recentrer les dépenses sur les intérêts directs des Américains. C'est donc l'idéologie de Trump : America First, l'Amérique d'abord. Mais l'administration de Donald Trump a aussi multiplié les accusations envers l'agence, des accusations parfois fausses. Par exemple, Trump a dénoncé un programme de 50 à 100 millions de dollars pour, je cite, acheter des préservatifs pour le Hamas à Gaza. Donald Trump aurait en réalité confondu avec une province du Mozambique qui portait le même nom, et c'est en l'occurrence là-bas, effectivement, un programme de financement de préservatifs qui a été fait dans un enjeu de prévention. De son côté, Elon Musk, qui accuse l'USAID d'être une organisation criminelle et, je cite, "un nid de vipères marxistes", a affirmé sur X, je cite : "Avec l'argent du contribuable, l'USAID a financé des recherches sur les armes biologiques, dont le Covid-19, qui a tué des millions de personnes." Fin de citation. Des accusations extrêmement graves sans aucune preuve sur quoi que ce soit. Enfin, Musk et d'autres membres de l'administration accusent l'USAID de poursuivre un agenda politique et culturel à l'international en faisant la promotion, je cite, "de l'avortement, de l'extrémisme climatique et du radicalisme de genre." Fin de citation. Cette citation, d'où elle vient ? Elle vient justement du projet 2025 dont je vous parlais à l'instant.
Alors, je le disais, l'impact de la suspension de l'USAID est absolument colossal. Déjà, faut noter que les États-Unis sont le premier pourvoyeur mondial d'aide humanitaire. Il finance environ 42 % de l'aide mondiale selon l'ONU. Son démantèlement pourrait donc avoir des conséquences absolument majeures pour les populations bénéficiaires, même s'il y a certaines exceptions qui avaient été accordées dans certaines situations d'urgence, notamment concernant l'aide alimentaire d'urgence. L'Ukraine est l'un des pays les plus touchés, puisqu'en 2023, le pays a reçu 16,5 milliards de dollars. Alors même si l'aide militaire fournie par les États-Unis à l'époque n'est pas concernée par cette suspension, eh bien ce gel menace tout de même des programmes clés, par exemple le déminage, l'aide aux anciens combattants ou encore le soutien aux médias sur place. Sachant que, si vous suivez la chaîne, je ne vous apprends rien, vu la posture de Donald Trump ces derniers jours vis-à-vis de Zelensky, tout cela ne devrait pas changer dans les prochains jours. Par ailleurs, soit 60 % des financements de l'USAID étaient destinés à des pays d'Afrique subsaharienne, et sur place, donc en Afrique subsaharienne, l'impact risque d'être considérable. Pour vous donner une idée, l'aide américaine représente plus de la moitié de l'assistance étrangère qui est perçue par certains pays comme l'Éthiopie, le Soudan du Sud, le Nigeria, l'Ouganda, le Kenya ou encore la République démocratique du Congo. Il y a donc des millions de personnes qui risquent d'être privées d'accès aux soins de santé, à la nutrition et aux infrastructures essentielles. Surtout que, aujourd'hui, on ignore complètement ce que l'administration de Donald Trump va vouloir réellement conserver, si finalement il décide donc de conserver sur le long terme certains programmes. Bref, beaucoup de programmes, que ce soit contre le VIH, la tuberculose, le paludisme, la santé maternelle et infantile, encore l'accès à l'eau potable, sont menacés. Il y a aussi des cliniques et des services médicaux soutenus par l'USAID qui ont déjà fermé et qui privent de nombreux réfugiés, enfants et malades, de traitements nécessaires. Enfin, on peut noter que cette suspension pourrait aussi avoir des répercussions sécuritaires. Par exemple, un programme de surveillance d'Al-Qaïda a été stoppé en Côte d'Ivoire. On verra donc comment est-ce que tout cela évolue, mais ça me paraissait essentiel de faire un nouveau point là-dessus aujourd'hui. Bref, il faut noter que là c'est une suspension et pas une suppression, en tout cas pour l'instant, de l'USAID. On verra aussi ce qu'il en est donc sur cette question de l'illégalité d'une telle décision.
Dernier sujet que je voulais voir avec vous concernant l'actualité américaine avant de passer au reste de l'actualité : ça me paraît important de le mentionner aussi aujourd'hui. On en a parlé d'ailleurs sur Instagram un petit peu plus tôt dans la journée. Steve Bannon, l'ancien conseiller de Trump à la Maison Blanche, ancien directeur de campagne aussi de Trump lors de sa première campagne présidentielle, a réalisé un salut nazi à la fin de son discours lors de la Conservative Political Action Conference, la CPAC. C'est le grand rassemblement de la droite conservatrice et de l'extrême droite mondiale. Alors, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui était sur place, a annulé son discours qui était prévu à cet événement en raison, je cite, "ces propos et d'un geste faisant référence à l'idéologie nazie". Je vous mets des liens en description. Enfin, dernier point : Emmanuel Macron sera lundi à Washington pour rencontrer Donald Trump. On en a parlé déjà cette semaine. On suivra évidemment tout ça. J'en suis conscient, encore une fois, je sais qu'on parle beaucoup, énormément même, de l'actualité américaine en ce moment, et je vois que l'immense majorité d'entre vous comprend pourquoi est-ce qu'on considère que c'est essentiel d'en parler. Mais pour ceux qui se posent des questions, évidemment ce qui se passe aux États-Unis est absolument historique. On voit d'ailleurs que c'est pas un sujet uniquement aux États-Unis, ça a un impact partout dans le monde, y compris en France, y compris en Europe, avec tous ces sujets donc de bouleversement et de rapprochement entre les États-Unis et la Russie. Il faut donc prendre le temps au quotidien d'analyser tout ce qui se passe. Pour autant, et je pense que vous le savez, on n'abandonne pas les autres sujets, que ce soit à l'international ou même en France. La Une des actualités du jour, il y a deux jours par exemple, c'était sur les Pifas, avec une loi donc portant sur un sujet de santé publique en France. Merci en tout cas pour votre confiance, que ce soit sur YouTube et en podcast. Je vous laisse avec Léa pour les actualités en bref, et je reviens juste après. Merci.
Hugo : et bonjour à tous ! On commence avec cette actu : l'un des quatre corps remis par le Hamas ce jeudi à Israël n'est pas celui de l'otage Shira Bibas, une femme de 33 ans enlevée avec ses deux enfants le 7 octobre 2023, selon Israël. Israël accuse le Hamas de leur avoir remis le corps d'une personne inconnue à la place. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a accusé le Hamas d'une violation cruelle de la trêve et a promis, je cite, "d'agir avec détermination pour ramener le corps de cette femme". De son côté, le Hamas a indiqué que le corps de Shira Bibas avait pu être, je cite, "mélangé par erreur avec d'autres sous les décombres". Concernant les deux enfants Bibas, âgés de 4 ans et 8 mois lors de leur enlèvement, Israël affirme qu'ils ont été tués à Gaza par leur ravisseur en novembre 2023, et non par un bombardement israélien comme l'affirme le Hamas.
Toujours au Proche-Orient, plusieurs pays arabes se sont réunis ce vendredi à Riyad, en Arabie Saoudite, pour discuter d'une alternative au projet de Donald Trump pour Gaza. On en a déjà parlé : le président américain souhaite déplacer les 2,4 millions de Palestiniens en Jordanie et en Égypte pour transformer Gaza en une rivière du Moyen-Orient, ce que rejette l'Égypte et la Jordanie. L'objectif de cette réunion était donc d'aborder de façon informelle un plan égyptien de reconstruction de l'enclave palestinienne dont les détails ne sont pas encore connus.
Deuxième actu : Emmanuel Macron a répondu ce jeudi en direct sur les réseaux sociaux aux questions que se posent les Français sur la guerre en Ukraine et la sécurité de l'Europe. Alors on ne peut pas revenir ici sur tout ce qui a été dit dans ce live qui a duré plus d'une heure, mais le président a notamment appelé l'Europe à augmenter l'effort de guerre en augmentant le budget de la défense. Il a aussi déclaré que la France ne comptait pas envoyer de combattants en Ukraine, mais indiqué envisager l'envoi de soldats français une fois la paix conclue pour la garantir face aux Russes. Ce mardi, il avait dénoncé la menace existentielle que représente la Russie pour l'Europe dans la presse quotidienne régionale. Emmanuel Macron rencontrera Donald Trump aux États-Unis ce lundi. On suivra ça.
Troisième actu : en France, les sacs des élèves seront fouillés de façon aléatoire à partir du printemps. C'est ce qu'a annoncé la ministre de l'Éducation nationale, Elisabeth Borne, ce vendredi sur BFM TV. Cette mesure concernera les collèges et les lycées. Alors l'objectif affiché, c'est de lutter contre la violence à l'école et autour des établissements scolaires. Seuls les policiers pourront effectuer ces fouilles, car le personnel éducatif ne peut pas fouiller un élève sans son accord. Il peut demander à avoir le contenu d'un sac, mais si l'élève refuse, il ne peut rien faire de plus. La ministre a aussi indiqué vouloir modifier le code de l'éducation pour que lorsqu'un élève est surpris dans un établissement scolaire avec une arme blanche, comme un couteau par exemple, il passe systématiquement devant un conseil de discipline. Actuellement, ce n'est pas systématique, et la sanction est choisie par l'établissement en question.
Quatrième actu : le projet de loi d'orientation agricole a été définitivement adopté ce jeudi, soit deux jours avant l'ouverture du Salon de l'Agriculture. Ce texte, qui est présenté comme une réponse à la colère des agriculteurs, consacre la protection, la valorisation et le développement de l'agriculture au rang d'intérêt général majeur, comme le demandait la FNSEA, qui est le premier syndicat agricole. L'objectif, c'est de faciliter certains projets comme les retenues d'eau ou les bâtiments d'élevage hors sol, même face aux enjeux environnementaux. Le texte demande aussi au gouvernement de ne pas interdire les pesticides autorisés par l'Union européenne lorsqu'il n'y a pas d'alternative viable. À noter que cette loi ne fait pas l'unanimité et qu'elle est particulièrement critiquée par la gauche et les associations environnementales. Selon elles, elle entraînerait des reculs dans la protection de l'environnement au nom de la simplification.
Cinquième actu : l'enquête visant Julien Bayou, l'ancien dirigeant du parti écologiste, a été classée sans suite pour absence d'infraction, a annoncé son avocate ce jeudi. Il était accusé de violence psychologique sur son ex-compagne, qui était une ancienne militante du parti écologiste. Deux enquêtes avaient été ouvertes en mars 2024 contre lui pour harcèlement moral et abus de faiblesse, mais aussi contre son parti. Europe Écologie Les Verts avait alors mandaté un cabinet spécialisé pour mener une enquête interne, suite à quoi Julien Bayou avait démissionné du parti et du groupe parlementaire. À noter qu'en octobre, le parti avait déjà annoncé la clôture de cette enquête interne menée par un cabinet spécialisé dans les violences sexistes et sexuelles, faute de preuve contre lui. Au tract, une ancienne enseignante de l'établissement Notre-Dame de Betaram a affirmé auprès de Médiapart qu'Elisabeth Bayou, donc l'épouse du Premier ministre François Bayrou, était au courant des faits de violence qui régnaient dans cet établissement privé catholique. Elisabeth Bayrou y a enseigné le catéchisme. On en a déjà parlé. Notre-Dame de Betaram est visée par 132 plaintes, dont 60 qui comprennent un caractère sexuel, selon le dernier décompte effectué par le collectif de victimes. François Bayrou est accusé d'avoir été mis au courant des faits à l'époque, notamment quand il était ministre de l'Éducation nationale dans les années 1990, sans avoir réagi, ce qu'il nie. Et donc l'ancienne professeure de mathématiques, qui est la première adulte à avoir tenté d'alerter les autorités sur le sujet, affirme avoir déjà entendu des cris et des coups de l'autre côté d'une porte alors qu'elle était avec l'épouse de François Bayrou. Selon elle, Elisabeth Bayrou n'aurait pas souhaité intervenir. Face à l'article de Médiapart, François Bayrou a dénoncé ce vendredi, je cite, "une mécanique du scandale".
On finit avec cette actu : Giselle Pellic a été nommée parmi les femmes de l'année 2025 par le magazine américain *Time*. Giselle Pellic est la principale victime du procès des viols de Maan. Son ex-mari, Dominique Pellic, l'a livrée à des dizaines d'hommes qui venaient la violer alors qu'elle avait été droguée pendant plus de 10 ans. Il a été condamné avec 50 autres hommes à des peines de 3 à 20 ans de prison. 17 d'entre eux ont décidé de faire appel et seront de nouveau jugés d'ici la fin de l'année 2025. Alors, en plus de Giselle Pellic, 12 autres femmes figurent dans ce classement de *Time*, comme l'actrice américaine Nicole Kidman pour son engagement à travailler avec des réalisatrices et la Gambienne Fatou Balde qui milite pour mettre fin aux mutilations génitales féminines.
Merci beaucoup Léa. Et aujourd'hui justement, la recommandation culturelle elle vient de Léa, et c'est *Ménager moi* de Chloé Ménager, incarné donc par la comédienne Chloé Ménager. Les épisodes font moins de 2 minutes et on y suit Chloé, une jeune femme qui tombe sous le charme de Simon, joué par Simon Astier. À noter que c'est une série qui a d'ailleurs reçu un certain nombre de guests. Bref, c'est la recommandation de la semaine. Et pour suivre tout ça, on vous met les liens directement en description. Ce weekend, on sort une nouvelle interview, oui encore une, une interview que vous allez pouvoir découvrir sur notre chaîne YouTube dédiée au grand format. Je pense que vous la connaissez maintenant, mais je vous la mets en description. C'est aussi dispo en podcast. Vous tapez "Hugo Décrypt", vous allez pouvoir retrouver et bien les actus du jour et les interviews sur le même podcast. Prenez soin de vous, prenez soin de vos proches, et puis on se dit à demain pour une nouvelle vidéo.