Transcription
[Musique] [Rires] [Musique] Merci d’être venu si nombreux ce soir encore assister à cette nouvelle soirée de Laagora des savoirs, et merci à Bruno du Mesnil d’avoir accepté notre invitation, l’invitation de la ville de Montpellier et de Laagora des savoirs. On est très heureux de vous accueillir ce soir pour parler d’un sujet à la fois méconnu et passionnant. On en parlait à l’instant : les Mérovingiens. Euh, je rappelle que vous êtes professeur d’histoire médiévale à Sorbonne Université et que vous êtes un des très grands spécialistes de ce qu’on nomme le Haut Moyen-Âge. On vous doit un certain nombre de livres. On parlait tout à l’heure de votre biographie de la reine Brunehaut, publiée en 2008 chez Fayard, et puis, depuis, on peut citer ce maître ouvrage que vous avez dirigé au PUF, consacré aux Barbares : le titre c’était *Les Barbares*, et puis, évidemment, bah, *Le baptême de Clovis ? 24 décembre 505 ?*, et ? dit beaucoup sur les incertitudes de l’historien, du médiéviste, face à cette matière. Aujourd’hui, vous revenez alors avec deux ouvrages. On va vous… vous allez nous parler d’un ouvrage, mais je signale tout de même la publication au PUF d’une petite biographie sur Charlemagne. Mais ce dont il va être question ce soir, c’est de *L’Empire mérovingien, Ve-VIIIe siècle*, publié chez Passé composé. Et dans ce livre, vous nous amenez à jeter un regard neuf sur cette dynastie des Mérovingiens, dont l’histoire est encore recouverte, pour beaucoup d’entre nous, d’un voile à la fois d’obscurité et d’erreur.
Puisque c’est vrai que, pour bah pour moi, le premier, l’histoire des Mérovingiens, c’est la succession d’une image d’Épinal, de petites vignettes : évidemment, l’événement du vase de Soissons, on a tous en tête le fameux baptême de Clovis, la rivalité meurtrière des deux reines, Frédégonde et Brunehaut, ou encore ces rois fainéants, ces rois fainéants qu’on imagine transportés sur des chars tirés par des bœufs et laissant le pouvoir à leur maire du palais. Et à la lecture de votre livre, bah, c’est effectivement une toute autre, une toute autre histoire que nous découvrons, celle d’une dynastie qui aura réussi à conserver pendant trois siècles le pouvoir, à consolider un *regnum Francorum*, ce ce royaume des Francs, et en faire une structure politique à la fois puissante et pérenne. On découvre des rois et des grandes familles aristocratiques qui maîtrisaient mieux que personne l’art du consensus et du pragmatisme. On découvre des femmes qui avaient, elles aussi, du pouvoir. Si on additionnait les temps de régence, on arriverait quand même à un sacré paquet d’années. Et puis, finalement, on découvre bah des Barbares qui le sont pas autant qu’on le croit. On va vous… je vais vous laisser tout de suite la parole. Vous allez donner une conférence d’environ une heure, et puis après, je remonterai sur scène et on commencera la discussion avec la salle. Je vous remercie beaucoup.
Merci beaucoup de votre présentation, et merci à la ville de Montpellier, à Laagora des savoirs qui m’a convié. Merci à vous aussi d’être venu pour un sujet peut-être obscur. On parle souvent de temps barbares, et donc je vous invite à plonger avec moi dans cette période fort reculée de l’histoire dont on ne parle jamais : ces temps qu’on appelle les temps mérovingiens, à raison, puisque… une dynastie argéenne pendant les Ve, VIe, VIIe et VIIIe siècles. Alors, je recadre la période. L’époque mérovingienne, c’est à peu près 451. Al… je dis « à peu près », parce qu’on a évoqué les points d’interrogation : les dates sont très souvent incertaines pour les temps mérovingiens. Donc on va dire que les premiers rois apparaissent vers le milieu du Ve siècle, et le dernier roi mérovingien est déposé et envoyé poliment se reposer dans un monastère en 751 par Pépin le Bref. Ça nous fait trois siècles d’histoire. Et sur ces trois siècles d’histoire, qu’est-ce qu’on a gardé ? Oui, le vase de Soissons : ça, c’est une image qui reste encore dans l’histoire de France. La chanson du bon roi Dagobert ! Alors le problème, c’est que le vase de Soissons n’a sûrement pas existé. Il n’est mentionné qu’un siècle après les faits, et les affaires vestimentaires du roi Dagobert n’apparaissent qu’à la fin du XVIIIe siècle. Donc les deux seules images attachées à la dynastie sont… Reste le baptême de Clovis, dont on ne connaît ni le lieu ni la date. Ça fait pas beaucoup pour une dynastie, d’autant plus que la dynastie est mal aimée.
Alors généralement, on consacre une à deux semaines dans l’enseignement à évoquer les Mérovingiens. Généralement, on reprend ce… Augustin Thierry, le grand historien contemporain de Michelet, qui a fait l’histoire des Mérovingiens. Augustin Thierry, dans ses *Récits des temps mérovingiens*, c’est pas rien comme livre, hein ! C’est le livre le plus distribué par l’école de la IIIe République à ceux qui avaient reçu le premier prix, parce qu’il s’agissait de montrer exactement ce que pouvait être une catastrophe dans l’histoire. À l’époque, on avait eu des gens qui avaient des noms germaniques, qui avaient été rois et qui laissaient le pouvoir aux femmes : l’abomination ! Donc on a beaucoup parlé des temps mérovingiens sous la IIIe, un peu sous la IVe République, tout ça avec Augustin Thierry qui nous a fait la leçon disant que globalement les Francs, c’est une race d’envahisseurs, des gens qui viennent de l’extérieur, et d’ailleurs il explique que l’histoire des temps mérovingiens, c’est le contact entre les Romains et les Francs. Vous voyez, il rajoute un « cas », ça fait un petit peu plus barbare : l’esprit de la discipline civile et les instincts violents de la barbarie qui seraient aux origines de notre histoire. Bon, pourquoi ils sont… on va leur rajouter le « cas », c’est plus chic. Pourquoi ils sont aussi mauvais ? Parce qu’ils ignorent complètement la notion d’État. Pendant trois siècles, on a partagé le territoire. Or, vous le savez, la France est une et indivisible. Si on partage le territoire comme on partagerait un… une petite cuillère à chaque succession, c’est qu’on ne comprend pas la notion de *res publica*, d’État. Et donc, au XIXe siècle, on a dit : « Ils connaissent pas l’État, c’est pas des chefs d’État, c’est des chefs de clan. » Bon, et puis Augustin Thierry a dit : « Regardez la dynastie ! On n’est pas roi de père en fils, on est roi de cousin à cousin, éventuellement un beau-frère. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » Et puis les successions, et bah, c’est des successions un petit peu vigoureuses. Donc tout ça fait que la dynastie n’a pas bonne réputation, d’autant que, à partir du VIIe siècle, le roi généralement a moins de treize ans. Qu’est-ce que c’est que cette histoire des régents en permanence ? C’est donc souvent des femmes qui gèrent, ou éventuellement des curés qui gèrent, puisque les évêques ont beaucoup de pouvoir.
Or, Augustin Thierry et puis l’école de la IIIe République n’aimait pas trop le pouvoir de l’Église. Donc c’était une dynastie peu présentable, et puis tout ça se terminant par les fameux charabias des rois fainéants. Augustin Thierry a augmenté la charge au XIXe siècle en disant que la société des temps mérovingiens était atrocement violente, en disant que les reines avaient fini pour la plupart exécutées, ou pire encore, qu’on avait laissé le pouvoir aux reines et que c’est elles-mêmes qui avaient exécuté. Donc un monde de pouvoir des femmes et de violence féminine, car fondamentalement, nous dit Augustin Thierry, les temps mérovingiens, c’est une époque germanique et païenne, les deux à la fois, hein, pour les Français du XIXe siècle. Bon, Michelet, à la même époque, pense exactement la même chose en disant : « Bon, le baptême de Clovis ? Oui, il a été baptisé, mais il a rien compris. Les Mérovingiens entrent dans l’Église malgré eux. » Et puis c’est ce qu’il appelle les Carolingiens, donc les Carolingiens à l’époque de Charlemagne, où on a vraiment une royauté chrétienne. Et Michelet d’expliquer que tous ces gens-là avaient le culte de Thor, d’Odin et de tous les dieux germano-scandinaves jusqu’au VIIIe siècle.
Bon, si je sors maintenant de la façon dont on a construit l’histoire et dont on a inventé ces petites vignettes qui ont été évoquées, ben il faut essayer de refaire quelque chose qui ressemble un peu à une construction historique. Que sait-on du monde mérovingien ? Ben qu’on est dans un monde qu’on appelle aujourd’hui un monde romain tardif, une antiquité tardive, un monde post-romain que l’on connaît de mieux en mieux à partir du IIIe siècle, quand l’Empire romain s’est affaibli. Des tribus qui vivaient sur les confins de l’Empire romain se sont réunies pour faire des groupes de tribus. Alors une douzaine de petites tribus des bouches du Rhin, qui avaient pris une série de raclées à la guerre, il faut bien l’avouer, se sont réunies, se sont fait appeler les Francs. Ça évite d’oublier les défaites, de souvenir des défaites des temps passés. Donc ces gens-là, qu’on appelle les Francs, en langue germanique, vont apparaître. C’est pas un peuple, c’est une confédération. Au même moment, dans la région du Rhin et du Danube, une autre confédération apparaît qui se fait appeler tous les hommes alamans, les Alamans. Et donc on est dans cette époque où on fabrique, je dirais même pas de l’ethnicité, mais on fabrique des coopérations entre tribus. Il se trouve qu’un certain nombre de ces confédérations auront une postérité : les Francs, les Goths… D’autres par contre vont se dissoudre rapidement. Les Francs participent donc à une histoire romaine tardive. Les Francs sont dans la région du Rhin et entrent en interaction avec l’Empire romain tardif. Alors, en interaction, ça veut dire que de temps en temps ils travaillent pour l’Empire, et quand l’Empire a des capitaux, les Francs vont s’embaucher en masse dans les armées romaines tardives. Les plus grands généraux romains du IVe siècle sont d’origine franque. Et puis, quand l’Empire a des difficultés budgétaires, et bien les mêmes Francs vont se transformer en pillards. Et puis, quand l’Empire est un peu dans l’entre-deux, on a des Francs qui sont du côté de l’Empire et des Francs qui sont du côté des pillards. On a aussi des Francs qui ont été capturés par les troupes impériales et qui sont réduits en semi-esclavage, qu’on appelle les *laeti*, et qui sont installés sur la frontière. Et puis on a aussi des Francs qui sont arrivés en… en tribu, d’abord hostile, puis qui sont mis à travailler pour l’Empire et qu’on appelle les fédérés, qui ont fait un contrat, donc qui travaillent à temps partiel pour l’Empire. L’idée est que l’Empire romain n’a plus beaucoup d’argent au IVe et Ve siècle, et que donc, plutôt que de payer des légions, l’Empire romain, comme il n’y a plus d’impôts qui rentrent dans les caisses, va installer des barbares fédérés pour défendre l’Empire contre d’autres barbares. Donc on leur donne des terres, et en échange ils obéissent. Les Francs, c’est tout ça, c’est-à-dire que vous avez des Francs hostiles à l’Empire, des Francs qui travaillent pour l’Empire, des Francs qui sont réduits en esclavage, et des Francs qui dirigent l’Empire, puisque à partir du IVe siècle, ce sont les généraux qui gouvernent véritablement le monde romain.
Donc le problème, c’est que le terme de « Franc » veut tout et rien dire au IVe et Ve siècle. En gros, les Francs, c’est les soldats, c’est les généraux, c’est tous les gens qui portent des armes qui sont appelés Francs, y compris s’ils ne viennent pas du tout de l’autre côté du Rhin. Donc c’est quelque chose de complexe à penser. C’est un peu comme la guerre de Cent Ans : vous savez, quand on dit « les Anglais attaquent », bah les Anglais souvent, parent le Gascon, et puis ils viennent de la région d’Arcachon, c’est le capital de bouche. Bah les Francs qui peuvent mener des raids au Ve siècle, ça peut être des Romains de la frontière qui sont transformés en Francs, parce que c’est plus intéressant d’apparaître comme une bande de guerriers que comme des gens qui sont des déclassés de la société romaine. Nos Francs vont donc être essentiellement, et les ancêtres des Mérovingiens, des gens qui sont des guerriers, des guerriers qui tiennent le nord des Gaules au nom de l’Empire, parce que, à partir des années 450, l’Empire romain existe toujours, mais en vérité, l’armée impériale ne garde plus que la Provence. Tout le reste du territoire, y compris la région de Montpellier, est sous domination de Barbares fédérés. Alors les Goths pour l’Aquitaine, les Alamans pour la région de Valence, les Burgondes dans la région de Lyon et de Genève, et puis au nord des Gaules les Francs. Ces gens-là sont relativement appréciés, parce que bah ils assurent au moins un maintien de l’ordre. Reste le grand bassin parisien qui est en révolte fiscale, donc ils sont encore Romains dans le bassin parisien, mais ils ne paient plus d’impôt. Et puis dans ce monde du IVe, Ve siècle, les Francs, les vrais Francs d’une certaine façon, ceux qui viennent de l’autre côté de la frontière, se retrouvent un peu perdus. Et donc les ancêtres des Mérovingiens doivent ressembler à ce brave soldat dont on a retrouvé l’épitaphe à Quinquecom, aujourd’hui Budapest, qui a écrit : « Moi, je suis citoyen Franc, mais quand je porte les armes, ben je suis soldat romain. » Et donc des gens qui ne savent pas s’ils sont dans l’Empire ou en dehors de l’Empire. Certains Francs vont même devenir tellement Romains qu’ils vont devenir empereur romain. Un des premiers généraux Francs qu’on connaît, un certain Magnence… il devait pas s’appeler Magnence, mais il a pris le « N » de Magnance, est devenu empereur romain de 350 à 353. Donc un monde un petit peu entre chien et loup, entre Romains et Germains, où les premiers Mérovingiens vont apparaître. Alors qui sont les ancêtres des Mérovingiens ? Des généraux romains, des Francs ennemis de Rome, des fédérés, des *laeti*… On sait pas. Et les premiers historiens qui racontent l’histoire des Mérovingiens, au milieu du VIe siècle, disent honnêtement : « On ne sait pas qui a été le premier Mérovingien. » Donc c’est pour ça que le milieu du siècle voit l’apparition de cette famille dans un moment de désintégration de la société romaine, puisque en 410 Rome a été pillée par un général fédéré. Alors, selon votre point de vue, c’est une guerre civile romaine ou c’est un sac barbare ? Puis à partir de 418, les fédérés ont pris des territoires, mais ont refusé de les rétrocéder, et puis des royaumes sont donc apparus sur le sol des provinces romaines sans parfois de conquête, tout simplement parce que bah on avait installé des Barbares, les Barbares ont plus voulu obéir, n’ont plus voulu partir. Et donc on voit au moment de l’effondrement final du budget de l’Empire romain énormément de petits royaumes barbares se multiplier. Et lorsqu’en 476 le dernier grand général romain décide qu’il est plus romain mais qu’il est barbare, l’Empire romain disparaît. Le dernier empereur, Romulus Augustule, est déposé. Bon, il était romain, Romulus Augustule, mais enfin son père était le secrétaire particulier d’Attila. Donc Romulus était peut-être beaucoup plus… plus barbare de notre point de vue que ne pouvait l’être Odoacre, chef barbare de l’armée romaine. Mais dans ce moment-là apparaît ben mes premiers Mérovingiens. Les Francs, les Francs Mérovingiens du Ve siècle vont faire partie de ces bandes de guerriers qui se territorialisent et qui prennent le pouvoir. Alors on les connaît parce qu’ils ont laissé leur nom dans la culture de masse encore aujourd’hui. On parle de Goths, on parle de Celtes, on parle de Francs, mais les Francs vont se maintenir alors que tous les autres vont s’effondrer. Les Wisigoths, pourtant brillantissimes dans leur royaume d’Aquitaine, ne passeront pas le cap des années 500. Les Burgondes s’effondrent dans les années 530, les Ostrogoths sont écrasés par les Byzantins dans le courant du VIe siècle, et le grand royaume vandale d’Afrique, installé autour de Carthage, s’effondre en moins de six mois en 534. Toutes les créations post-romaines, ces royaumes qu’on dit barbares ou romano-barbares, s’effondrent tous les uns après les autres. Alors pour de multiples raisons : soit que les rois n’ont pas réussi à gérer leur propre succession. Par exemple, les Vandales ont beaucoup de mal à assurer leur propre succession. Ils avaient trouvé un système original en donnant le trône au plus âgé de la famille. Alors c’est pas mal, ça évite les guerres civiles, mais évidemment ça fait des règnes extrêmement courts. Ça ressemble un petit peu à l’histoire soviétique des années 1980… D’autres vont s’effondrer parce qu’il y a eu un échec militaire et ne se relèveront pas d’un petit échec militaire. D’autres vont se dissoudre. Certains royaumes vont s’effondrer parce qu’il n’y a pas de consensus, notamment parce qu’il y a des débats religieux à l’intérieur du royaume. Sauf les Francs ! Les Francs ont une famille royale stable à partir du milieu du Ve siècle, et trois siècles plus tard ils sont toujours là. Vous pouvez même vous dire qu’ils sont encore là d’une certaine façon, puisque les créations territoriales et politiques du Ve siècle auront une postérité. Les Francs vont donner sens à un espace qu’on appellera la France. La France va se transformer en France entre le Xe et le XIe siècle, et puis le royaume de France va accoucher de la France moderne et contemporaine. Donc c’est la seule success story du monde romano-barbare, à l’exception éventuellement des Anglo-Saxons, mais les Anglo-Saxons sont… négligeables au Ve et VIe siècle. Al… non seulement ils tiennent, mais ils tiennent un très vaste espace. Le royaume franc est très grand, beaucoup plus grand que tous les autres royaumes barbares. Et puis c’est aussi une chance. Alors que la plupart de ces royaumes ne nous laissent que très peu de documents, puisqu’ils ont tous échoué, les Francs nous laissent une documentation relativement abondante : des histoires, alors trois histoires en trois siècles, c’est pas beaucoup, mais enfin trois grands historiens, des vies de saints et de saintes, beaucoup de femmes, du droit, de la législation, des actes, de la pratique… Mais finalement très peu par rapport à ce qui a été produit. Le malheur des Mérovingiens n’est pas de ne pas produire de texte, c’est de produire des textes à la romaine. Les Mérovingiens, jusqu’au milieu du VIIe siècle, utilisent le papyrus. Alors le papyrus, c’est merveilleux, c’est un support qui n’est pas coûteux, vous pouvez acheter des lots de papyrus en grande quantité en Égypte, ça arrive en Gaule par les portes d’Arles et de Marseille, et vous pouvez tout écrire sur vos papyrus. Le problème, c’est que l’espérance de survie d’un papyrus sous nos climats est de l’ordre de trente à quarante ans. La vermine se développe rapidement dans le papyrus, c’est du roseau, hein ! Fondamentalement, le papyrus… Et donc ça disparaît. Bon, c’est la même chose que dans le monde romain. Dans le monde romain, tous les écrits ordinaires étaient faits sur du papyrus. On a tout perdu de la Gaule romaine. Simplement on écrivait aussi sur marbre, et donc on travaille avec le marbre. Et puis dans l’Empire romain, il y avait l’Égypte, et en Égypte les papyrus se conservent. Pour la Gaule franque, malheureusement tout était sur papyrus, et si ça n’a pas été glissé dans une reliure, conservé pour des raisons complexes, notamment pour faire des faux, hein ! La plupart des papyrus qu’on a conservés ont été conservés pour faire des faux. Est-ce que vous prenez deux vrais papyrus, vous les collez texte contre texte, et vous faites un papyrus vierge sur lequel, au XIe ou XIIe siècle, vous pouvez écrire un faux acte. Ben si on n’avait pas eu le hasard de conserver une centaine de ces papyrus, on aurait tout perdu. Il faut attendre en fait le VIIe siècle pour que l’Occident passe au parchemin, et alors là, à partir de la fin du VIIe siècle, les textes sont conservés. Et donc à l’époque où on voit apparaître les premiers rois qu’on va appeler d’abord fainéants, puis les rois carolingiens, on a de la documentation en masse. Et donc on aura l’impression que Charlemagne a fait beaucoup de choses, alors que des rois comme Théodebert II ou Chilpéric III n’auraient rien fait, et c’est simplement que on a conservé les textes de Charlemagne, alors que les textes mérovingiens, on a tout perdu.
Pensez aujourd’hui à ce qui se passe : tout est sur informatique aujourd’hui. Imaginez un gros cataclysme de civilisation où on perdrait toute l’informatique. Dans 1500 ans, les historiens expliqueraient que la IIIe République était un moment extraordinaire, on avait administré le territoire français, alors que sous la Ve République, on avait des présidents fainéants qui ne faisaient rien, puisqu’on a visiblement rien produit. Et c’est à peu près la même chose. Il y a un différentiel de documentation. Charlemagne a peu produit, mais tout a été conservé. Les Mérovingiens ont énormément produit, et presque tout a été perdu. Parfois les textes ont été produits à l’extérieur du monde mérovingien. Alors c’est le cas notamment quand les textes sont produits à Byzance, et on a des textes byzantins qui nous sont conservés du VIe siècle. Bon, je vous en cite un, on verra peut-être tout à l’heure : c’est un texte d’un certain Agathias qui écrit dans les années 580 et qui dit : « Les Francs ne sont pas des nomades, ce sont des gens civilisés, ils ont un État, ils ont une Église, ils ont une administration, ils ont des lois, et ma foi, s’il ne parlait pas une langue un peu étrange, il ressemblerait beaucoup à des Romains. » Et donc ici, on a l’impression que cet Agathias nous décrit un monde qui… qui ressemble beaucoup à Constantinople, qui ressemble beaucoup à un État, et que donc on a ici affaire à des hommes extraordinairement cultivés, dit-il. Alors ce témoignage vient de Constantinople. Donc ici vous avez le point de vue d’un Romain d’Orient qui décrit le monde franc. La seule bizarrerie qu’il a vue chez les Mérovingiens, c’est le poil mérovingien qui l’a un peu surpris. Il dit : « Bon, les rois Francs ont l’habitude de ne pas se couper les cheveux, donc ils ont l’air un peu barbares, mais c’est pas grave, dit-il, parce que les cheveux mérovingiens sont bien coiffés, et les rois utilisent des shampoings et des lotions. » Et donc les rois ne ressemblent pas à des Turcs ou des Avares, des vrais barbares qui ont les cheveux sales et mal rasés. Ce sont des gens finalement qui sont entre le poil romain et le poil barbare, donc des semi-barbares ou des semi-civilisés. Alors c’est un détail en fait ethnographique qui est vrai : les rois Mérovingiens, sur trois siècles, auront toujours eu des cheveux longs. Pourquoi ? On sait pas. C’est soit une pratique qui vient de Germanie, soit une pratique des légions romaines, soit peut-être aussi une imitation des rois de l’Ancien Testament qui avaient des cheveux longs ou des barbes longues. Ce qui m’intéresse, c’est que dès que les rois apparaissent, c’est qu’on peut les voir, ils ont effectivement des cheveux longs… Enfin longs, mais pas très longs, puisque quand vous regardez un empereur romain du monde byzantin, les cheveux ne sont pas courts non plus. Et puis du côté de l’irsutisme, les Byzantins sont quand même bien mieux placés. On aura des empereurs romains d’Orient qui ont un faciès qui nous semble beaucoup plus barbare que ça. Donc les Mérovingiens ont des cheveux longs, et ils utilisent même leurs cheveux pour marquer leurs documents administratifs. On a conservé des sceaux en cire des temps mérovingiens, et dans les documents administratifs, les Mérovingiens déposent quelques-uns de leurs précieux cheveux dans la cire du sceau, de façon à marquer le document. Ce qui veut dire que s’il y avait un faux administratif, il suffisait de casser la cire et de regarder à l’intérieur si c’était vraiment les cheveux du roi. Donc on peut rêver de cloner désormais Chilpéric II, dont on a conservé les cheveux. Ça vous permet aussi de comprendre une des rares scènes connues de l’histoire mérovingienne : la déposition du dernier roi mérovingien. Quand on l’envoie au monastère, la première chose qu’on fait, c’est on le tonsure complètement, parce que si un roi n’a plus de cheveux, il ne peut plus gouverner, parce qu’il ne peut plus faire d’acte administratif. Et donc ici on sait que nos Mérovingiens, pendant une longue durée, vont utiliser leurs précieux cheveux, et que non seulement ils administrent, mais du point de vue de mon Byzantin, ils administrent bien. Ici, mon observateur byzantin des années 580 dit : « Quand il y a une querelle, ils ne vont pas faire de guerre civile, ils négocient, ils voient ce qu’ils peuvent faire, ils arbitrent, ils demandent à leur aristocratie d’arbitrer, et puis en bout de course ils ne nuisent pas aux affaires publiques. » Alors là, c’est contre-intuitif de notre point de vue. C’est Byzance qui a un État bien administré, et les Mérovingiens qui sont des barbares. Ici, pour un Mérovingien… pour un Byzantin du VIe siècle, ce sont les Francs qui administrent très bien. Alors ça veut dire que on a un royaume qui est solide, qui est pérenne, qui a une culture urbaine, qui est tenu par une famille royale et qui va se maintenir par la négociation. C’est ce que je vous propose de voir. Alors d’abord l’idée que le royaume est solide. Mais à vrai dire, oui, parce qu’une famille va construire le royaume à partir des années 450. Alors cette famille, je vous ai dit, on sait pas d’où elle vient, on sait même pas qui est le premier roi. Apparaît à la fin du VIe siècle le nom d’un certain Mérovée qui aurait peut-être été le premier roi, mais on ne savait plus trop grand-chose. Ensuite, on a raconté que Mérovée descendait de l’union d’une princesse et d’un monstre de la mer du Nord. Donc on lui a donné une naissance mythologique plutôt du côté de la mer du Nord… Enfin, c’est un mythe méditerranéen. Puis après, on a dit que Mérovée était un prince issu du sang de Priam et qui descendait de la garde de Troie. Bon, c’est pas vrai, on ne sait pas qui est Mérovée, on ne sait pas ce qu’il a fait, si ce n’est qu’il a existé. Le premier roi historique est un certain Childéric, dont on ne sait pas trop ce qu’il a fait, mais on a trouvé la tombe. La tombe a été retrouvée au XVIIe siècle à Tournai. Les Habsbourg ont fouillé la tombe, publié la tombe, et donc on voit à quoi ressemble un roi mérovingien de la fin du Ve siècle. Dans la tombe, il y a un fatras d’objets précieux qui…
A été retrouvé, mais surtout un anneau sigillaire qui montre que le roi avait une pratique administrative et qu’il bétait son nom en latin. Ça permet de voir également un petit are de rayonnement de ces rois francs dans les années 480. Il y a des Mérovingiens dans le nord des Gaules, mais il ne contrôle pas tout le nord des Gaules. Le nord des Gaules est partagé entre des royaumes concurrents et entre plusieurs Mérovingiens qui sont vaguement apparentés. Donc un début de la dynastie qui est extrêmement obscur, et puis survient en 481 Clovis, le père, le fils pardon, de Childéric. Alors lui mène des opérations de conquête qui sont assez bien documentées. Il s’empare du bassin parisien vers 486, c’est l’époque du vase de Soissons. Puis, puis il mène des opérations pour contrôler la région de la vallée du Rhin contre les Alamans et va détruire le peuple des Alamans, ou la confédération des Alamans. Il essaie de s’avancer jusque dans la région de Langres dans les années 500, puis réussit à annexer toute l’Aquitaine qui appartenait aux Visigoths en 507. Donc une opération de conquête territoriale qui s’achève par l’élimination de tous ses cousins à partir de 507 et jusqu’en 511. Clovis réussit, par la ruse, à éliminer absolument tous ses cousins. Donc il n’y a plus que lui comme roi des Francs, et on nous dit que sur la fin de sa vie, Clovis pleurait en disant qu’il n’avait plus aucun membre de sa famille. Et le chroniqueur nous dit : ce n’était pas qu’il était triste, c’était juste pour savoir si l’un de ses cousins allait se signaler. Donc ici une élimination qui permet désormais de n’avoir qu’une seule dynastie, une dynastie qui se poursuit à l’époque des fils de Clovis qui reprennent les pratiques du papounet, c’est-à-dire de conquête et généralement d’attaque des pouvoirs les plus faibles. Donc on profite des guerres civiles chez les voisins pour mener des guerres en Thuringe, profitant d’une guerre civile entre les rois thuringiens, puis profitant d’une période de faiblesse pour imposer le tribut aux Saxons. La guerre civile en Bourgogne permet aux fils de Clovis d’annexer toute la vallée du Rhône. Les Mérovingiens se proposent également aux Ostrogoths, les Ostrogoths qui ont des difficultés avec l’Empire romain d’Orient. Les Mérovingiens proposent aux Ostrogoths leur neutralité dans la guerre entre l’Empire romain d’Orient et le royaume ostrogoth d’Italie. Donc les Mérovingiens obtiennent la cession gratuite de la Provence en échange de la neutralité, et un an plus tard, les Mérovingiens attaquent l’Italie pour essayer de récupérer quelques terres en Italie, ce qui leur permet de récupérer toute la Lémanique méridionale et donc la région de la Bavière actuelle.
Des conquêtes qui se poursuivent dans les années 530 avec des opérations en Souabe, en Bavière, en Vénétie, en Sicile. Ça marche pas en Sicile, mais enfin un peu partout et en mer du Nord, ce qui permet de réunir un espace qui est de plus en plus extraordinaire jusque, bah pas très loin d’ici, puisque la région d’Albi va être véritablement contrôlée à partir des années 540. Un royaume gigantesque qui commence à avoir des airs d’Empire, avec même un projet, puisque dans les années 540, un des petits-fils de Clovis rêve de mener une opération contre Constantinople. Alors c’est tellement grand que l’empereur romain d’Orient, l’empereur byzantin, va demander au roi des Francs : « Mais enfin, sur quoi tu règnes exactement ? » Et on possède la réponse. Le roi des Francs, Theudebert, petit-fils de Clovis, explique : « Bah, je règne sur les Thuringiens, les Suèves, les Visigoths, la Pannonie, les Saxons, c’est-à-dire les peuples de la mer du Nord, et puis sous la protection de Dieu, mon pouvoir s’étend du Danube aux frontières de la Pannonie et jusqu’au rivage de l’océan. » Ben, c’est à peu près vrai, puisque vous tracez une ligne du Danube jusqu’à la mer du Nord, et puis de l’Elbe jusqu’aux Pyrénées, vous avez le pouvoir des Francs. Donc une zone gigantesque sous un contrôle qui est un contrôle de rois qui sont tous apparentés. Alors le royaume est immense, le texte a été écrit sur du papyrus, on ne l’a pas conservé, mais on a une copie carolingienne, donc de l’époque de Charlemagne, de cet état du royaume. Alors ce qui est amusant, c’est que dans la copie qui a été faite sous l’époque de Charlemagne, le roi des Francs donnait la liste de ses possessions en 540, et vous voyez, il disait : « Ben, je règne sur le nord de l’Italie. » Et puis le copiste de l’époque de Charlemagne, il s’est dit : « Mais c’est pas possible, les Francs ne gouvernent pas l’Italie. » Voyez qu’il a rajouté des petits points sous « Italie » pour dire : « Non, c’est pas vrai, hein. » C’est la façon de marquer que c’est pas vrai, mais en fait si c’est vrai, puisque on sait que les Francs ont frappé monnaie à Venise et à Modène. Donc on a pendant 15 ans une domination gigantesque des Francs qui s’étend jusqu’à la vallée du Pô, à tel point que le roi des Francs va faire frapper une monnaie d’or à son nom en s’intitulant empereur. C’est un cas un peu unique, mais vous avez quand même ici l’idée que le royaume est grand, et tellement grand qu’il ressemble beaucoup à un empire. Les flatteurs qui écrivent au roi des Francs ont bien compris que ben oui, c’est plus qu’un royaume. Et ici, voyez un évêque d’Italie du Nord, de la région de Milan, qui dit : « Bon, tu as une famille extraordinaire, ton sceptre est unique, tes sujets sont nombreux, ton peuple est divers, mais ta domination est unifiée, ton royaume est solide et ton empire est étendu. » Alors donc je me suis amusé à appeler mon livre « L’Empire mérovingien ». C’est pas vraiment un empire, mais ça se donne des airs d’Empire de temps en temps. Alors c’est surtout un peuple divers, ça c’est bien observé, parce que les Francs ne vont jamais imposer à personne d’être Franc. Si vous êtes Romain des Gaules, vous pouvez rester Romain des Gaules. Si vous êtes Burgonde et que la Bourgogne a été conquise, vous pouvez rester Burgonde. Même chose pour les Alamans, les Thuringiens, les Bretons. Tout le monde peut garder son ethnicité dans le monde franc. Il n’y a pas de volonté d’unité. Les critères de détermination ethnique ne sont pas très clairs. Si vous êtes un ancien Franc, vous êtes Franc, mais si vous suivez le droit des Francs, vous êtes Franc, c’est-à-dire que vous pouvez changer de droit si vous demandez à être jugé sur la loi des Francs et que le roi accepte. Bien, dans ces cas-là, vous êtes Franc. Or, si vous êtes Franc, vous ne payez pas d’impôt foncier. C’est une forte incitation à devenir Franc. La géographie joue un peu un rôle. Au nord des Gaules, quand on ne sait pas l’identité de quelqu’un, par définition il est Franc, sinon on verra. On est en quête, et puis on a des revendications identitaires possibles. On a des Francs qui soudainement se décident à devenir Burgondes. Donc les Francs qui veulent faire cession vers 600, des sujets qui sont plus Francs mais qui sont Burgondes. Vous avez aussi un niveau socio-économique qui joue. Plus vous êtes riche, plus vous êtes Franc. Plus vous êtes pauvre, plus vous êtes Romain. Alors si vous êtes un peu entre les deux, bah vous choisissez plutôt d’être Franc. Et puis parfois vous adhérez à des récits. Si on vous dit que vos ancêtres étaient Francs, vous le croyez. Si on vous dit que vos ancêtres étaient Troyens, vous le croyez. On a des Francs du VIIe siècle qui s’appellent Anténor, Priam, Anchise. On va voir une mode des noms troyens, parce que les Francs viennent de Troie, tout le monde le sait. Et donc en fait l’ethnicité est extraordinaire parce qu’elle est fluctuante, c’est-à-dire selon la puissance du roi. Si le roi des Francs est très fort, vous êtes Franc. Si le roi est en position de faiblesse, vous êtes un peu moins Franc. Ça permet de jouer à une sorte de régionalisme. Par contre, tout le monde est chrétien. Le roi des Francs est un roi qui s’intitule roi au nom du Christ, et de fait il n’y a pas de problème religieux dans le monde franc, parce qu’il n’y a plus beaucoup de païens, il n’y a plus d’hérésies. Les communautés juives existent, mais sont dans un statut qui ne leur permet pas de s’étendre. Et donc nos rois francs pourront se définir comme maîtres d’un royaume chrétien. Il n’y aura pas de polémique religieuse à l’intérieur du royaume, alors que la polémique religieuse a abattu le royaume des Ostrogoths et a très fortement affaibli le royaume des Vandales et des Visigoths.
On est dans un monde aussi où l’idée que l’administration existe ne pose pas de problème. On écrit encore, alors plus beaucoup sur du marbre, mais on en a un peu. Ici vous voyez une inscription qui est datée du règne de Theudebert, le fameux Theudebert qui gouvernait cet empire de fée. On voit que tout le sud du royaume utilise encore l’administration, parce que les sénateurs romains sont encore là, et donc on fait de l’administration. Alors au nord des Gaules, c’est un petit peu moins sûr, on fait un peu moins d’administration, on fait des pratiques qu’on appelle des liens d’homme à homme. Donc on donne des textes pour dire que les gens sont les hommes du roi ou les convives du roi. Et puis plus au nord, on ne fait plus du tout d’administration écrite, mais le roi au lieu de donner des textes, au lieu de donner des diplômes, au lieu de donner des lettres, donne des anneaux. Donc quand vous devenez l’homme du roi mérovingien, vous avez un bel anneau d’or que vous soudez à la garde de votre épée, ce qui veut dire que désormais les chefs francs seront appelés les hommes de l’anneau. On parlera plus tard de seigneurs de l’anneau, et c’est là l’origine d’une légende qui va être appelée à une certaine postérité. Autant dire que on est dans un monde qui peut être administratif, mais qui n’a pas besoin d’administration. On peut trouver d’autres solutions que l’administration pour fonctionner. On est dans un monde qui peut se dire romain, l’administration se fait en latin, mais si on est dans un espace où personne ne parle latin, pas grave, on peut fonctionner par d’autres modalités. Donc on a un discours qui va dire que le monde mérovingien est l’héritier du monde romain, mais en pratique c’est un petit peu plus complexe. On est dans un monde qui est chrétien, un monde qui est franc, un monde qui est unifié. Unifié comment ? Bah, parce que les rois sont tous des descendants de Clovis, et pendant deux siècles et demi, tout le monde va descendre de Clovis. C’est le premier miracle dynastique de l’histoire de France. Or vous savez qu’un miracle dynastique, c’est un gros travail. Les Capétiens vont devoir divorcer, se remarier, risquer l’excommunication pour assurer leur dynastie et être sûr de produire toujours un fils vivant pendant les sept premières générations. Les Mérovingiens ont trouvé un autre système pour entretenir le miracle dynastique : c’est d’abord de produire beaucoup d’enfants, et puis ensuite on élague, on complète. À la première génération après Clovis, il y a eu un premier fils qui est né d’un premier mariage, Thierry Ier, qui a été général pour le compte de son père Clovis, qui était adulte au moment de la succession en 511. Et puis né de Clotilde, trois enfants : Clodomir, Childebert et Clotaire, qui avaient moins de 10 ans au moment de la succession. Dans un royaume normal, ça débouche sur une guerre civile ou sur une exécution des enfants. Le problème, c’est que là les pouvoirs s’équilibrent entre Thierry Ier et Clotilde, la veuve de Clovis, qui avait une très forte influence. Donc plutôt que de se risquer à une guerre civile qui aurait affaibli le royaume, en 511 les Francs ont décidé de partager. On a créé des subdivisions. Thierry a reçu un royaume qui comprenait tout l’est, donc des régions qui étaient des régions frontalières où il y avait beaucoup de peuplement militaire. Comme il était un bon général, il allait pouvoir les garder. Plus l’Auvergne, parce que c’est une région qui fournissait beaucoup d’impôts. Et puis pour les autres fils, on a aussi donné des territoires qui ne sont pas connexes. Vous voyez, tout le monde reçoit une zone frontière et une région qui produit beaucoup d’impôts. L’idée, donc, est d’essayer de donner des parts inégales. Plus vous êtes le premier à la naissance, plus vous recevez des choses importantes, mais tout le monde recevra quand même une région rentable et une région à garder. Ensuite, ben l’histoire s’avance, vous avez des rois qui meurent, on recompose, et quand il n’y a qu’un seul fils de Clovis qui survit à tous ses frères, et bien il peut tout récupérer. Clotaire Ier, qui n’avait reçu qu’une petite Picardie en 511, a la chance de survivre à tous ses frères, à ses neveux et à ses petits-neveux. Pas de problème dans ces cas-là, on recompose le royaume franc entre 558 et 561. Clotaire Ier récupère tout. Clotaire Ier a eu des enfants, beaucoup d’enfants, énormément d’enfants. Certains qui avaient même un peu essayé d’attenter à la succession, donc le père les a éliminés lui-même. D’autres qui n’étaient pas trop trop légitimes, mais on les a envoyés, ça s’est arrivé à Byzance ou dans un monastère. Et puis quatre enfants plus ou moins légitimes, et ben on va re-partager, on va partager, et puis comme il n’y a que trois enfants qui survivent, on partage ces territoires en créant des entités qui vont devenir pérennes, des sous-royaume à qui on va donner des noms. Les Mérovingiens ont inventé le bricolage administratif. On crée un territoire, on donne un nom, un nom qui veut pas dire grand-chose. Vous avez un royaume de l’Est, vous l’appelez Austrasie, royaume de l’Est. Vous avez un nouveau royaume de l’Ouest, vous l’appelez la Neustrie. C’est un peu comme si on fabriquait des régions actuelles en appelant ça les Hauts-de-France. Bon, des fois ça marche, euh, par exemple vous avez conquis l’espace burgonde, vous appelez ça le royaume franc de Bourgogne. Un peu plus tard, on appellera ça la Bourgogne, et ça va survivre. Vous avez pris le contrôle d’une région anciennement romaine qui s’appelait la Provincia Romana, vous appelez ça la Provence mérovingienne, et ça marche. Donc un certain nombre de ces bricolages vont exister et parfois se perpétuer. Alors les partages successoraux, en fait l’idée, en fait ça sert à limiter les risques d’une guerre civile. Tous les rois bien placés dans la dynastie peuvent espérer quelque chose. Ça permet de garder le territoire, toutes les frontières sont gardées par un roi. Ça permet de reprendre une logique romaine. Dès le IVe siècle, l’Empire romain était souvent partagé entre plusieurs empereurs. Donc ça permet d’avoir une armée sur toutes les frontières, ça permet aussi de mener des conquêtes, parce que dès qu’un voisin est en situation de faiblesse, vous avez un roi franc à la frontière qui peut assurer un peu de prédation. Mais ces partages ne vont jamais très loin. On ne va jamais détruire le royaume de Clovis. Fictivement, le royaume continue d’exister. Il y a un espace qu’on appelle le royaume des Francs, le Regnum Francorum. Alors sur trois siècles, bah il existera pendant à peu près 45 ans. Donc le résultant c’est une fiction. Officiellement, le royaume existe, en pratique il est divisé. Et puis si vous avez plus de quatre enfants, vous ne donnez rien, vous créez des parties de royaume, ce qu’on va appeler des Teilreiche en allemand, mais jamais plus de quatre, et généralement pas plus de trois. Donc vous sélectionnez vos enfants. Comment vous sélectionnez ? Sur trois siècles, pour devenir roi des Francs, il faut descendre de Clovis, ça c’est bien. Il faut avoir un nom qui appartient à la famille de Clovis, donc à la naissance, en choisissant le nom de vos enfants. Si vous prenez un radical qui appartient au sang de Clovis : Childeric, Dagobert, donc si vous avez un Dagobert, ça veut dire que c’est un Mérovingien. Si vous avez un Sigibert, c’est un Mérovingien. Si vous ne donnez pas ces noms-là, ce n’est pas un Mérovingien, ou alors vous trichez. Si vous avez un fils dont vous ne savez pas trop ce que vous allez faire, vous l’appelez Samson. Samson, vous savez dans la Bible, c’est celui qui avait des cheveux longs, puis on lui a coupé, puis ils ont repoussé. Ça veut dire que Samson est Mérovingien. Vous l’envoyez dans un monastère, mais éventuellement il pourra sortir. Donc c’est un Mérovingien niveau 2. Il faut avoir des cheveux longs, mais les cheveux longs évidemment c’est une question d’appréciation. Et puis ben c’est pas grave si jamais quelqu’un ne descend pas tout à fait, tout à fait, tout à fait de Clovis. Par exemple en 584, la dynastie est à peu près éteinte, il n’y a plus de fils pour le roi Chilpéric. Chilpéric est mort, tous ses enfants sont morts. Trois cents aristocrates francs et trois évêques arrivent avec un bébé en disant : « C’est le fils du défunt. » Alors tout le monde est d’accord pour dire que ce n’était pas le fils du défunt, ce n’était pas le fils du roi, c’était peut-être même pas le fils de la reine. C’est pas grave, tout le monde a juré ses grands dieux que l’enfant était bien un Mérovingien, et hop, on a sorti un Mérovingien du chapeau. Et le Mérovingien s’appelle Clotaire II, c’est le père du bon roi Dagobert, ce qui veut dire que le bon roi Dagobert ne descendait peut-être pas de Clovis biologiquement, mais c’est pas grave, tout le monde a juré que ça marchait. Donc en fait c’est une dynastie construite. Ça permet de dire que le trône est au-dessus des parties, le trône ira aux descendants de Clovis. Donc un aristocrate peut se risquer à un coup d’État, mais il ne gagnera rien. Ça évite les guerres civiles, ça nécessite une bonne gestion dynastique. Tout ça ça veut dire que en fait vous avez une dynastie à deux niveaux. Vous avez des Mérovingiens de première zone, et puis vous avez une réserve dynastique que bon, vous pouvez à peu près jouer à peu près comme vous voulez. Donc bah si vous êtes un enfant de plus de 13 ans avec des cheveux longs, reconnus par ses parents, vous avez une bonne chance d’avoir un trône. Si vous avez les cheveux courts, que vous n’avez pas le bon nom et que vous n’êtes pas reconnu par vos parents, bah peut-être. Et on a quand même cinq rois mérovingiens qui n’appartenaient pas à la dynastie et qui ont été des Mérovingiens d’adoption, et ils ont souvent fait de très beaux règnes. Donc ici ben vous avez une politique qui est assez pragmatique. C’est une dynastie, mais tout le monde est conscient que la dynastie on la fabrique de génération en génération. Qui la fabrique ? Ben évidemment les membres réels de la dynastie, si on a donc les oncles, les cousins, les neveux, au moment de chaque succession vont décider si tel sous-royaume est maintenu, ou si le sous-royaume n’est pas maintenu. Si le sous-royaume n’est pas maintenu, bah on va parfois massacrer des Mérovingiens vraiment légitimes. Puis si on veut le maintenir, on va reconnaître un Mérovingien un peu douteux. Les aristocrates ont leur mot à dire. Je vous l’ai dit, en 584, ce sont les grands aristocrates qui ont juré leur grand Dieu qu’ils avaient un roi, et donc le roi a pu être sélectionné. Les reines mères ont leur mot à dire, ce qui veut dire que beaucoup de régence seront assurées par les reines mères en disant : « Oui, oui, il n’y a pas de doute, c’est bien mon fils. » Et les évêques ont aussi leur mot à dire, ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’il y a la mort d’un roi, ce qui arrive à peu près tous les 10 ans, tous les acteurs du royaume sont obligés de se réunir et de dialoguer pour savoir si on maintient le royaume, enfin le sous-royaume, si on réunit, si on divise. Et donc bah j’ai pas dit que ça se passait bien, souvent ça peut mal se passer, mais ça oblige tout le monde à dialoguer, ce qui veut dire que tous ces gens pendant 300 ans vont se rencontrer régulièrement, et on n’aura pas d’éclatement féodal. L’idée qu’on restera dans son coin à gérer son petit château n’existera pas, parce que on est un grand du royaume si on participe aux élections royales, et que donc on va choisir un roi. Alors ajoutons quand même des éléments de continuité entre les règnes. Les régences fonctionnent, les reines peuvent avoir le pouvoir sur 30 ans de dynastie mérovingienne. Les femmes ont le pouvoir pendant à peu près 110 ans, donc les reines mères peuvent assurer le travail. Les aristocrates peuvent assurer le travail aussi. Donc il y a souvent un conseil de régence avec des parties opposées qui gèrent le trône pendant que le roi est enfant ou qu’il est fou. On a eu des rois fous, on a eu des rois handicapés, c’est pas grave, les aristocrates gèrent, les évêques gèrent également, et vous avez parfois des périodes de 10 ans où c’est un évêque ou deux ou trois évêques qui gèrent, avec l’idée que personne n’a intérêt à voir le royaume disparaître, parce que qui gère le royaume ? Les grands. Or les grands sont possessionnés à l’échelle du monde franc. On possède des testaments d’aristocrates. Les aristocrates, vous le voyez comme par exemple ici un certain Bertrand de Bordeaux, sont possessionnés en Provence, en Aquitaine, en Neustrie, en Austrasie, en Bourgogne. Ils n’ont aucun intérêt à ce que ces différents sous-royaume vivent une vie complètement séparée et deviennent des États distincts. Pour garder leur fortune, ils ont tout intérêt à ce que le royaume se perpétue et que tous les cinq à dix ans on essaie de re-bricoler la géographie politique. Ces aristocrates sont en fait ceux qui tiennent la dynastie en permettant des dialogues, des partitions ou des recompositions, ce qui veut dire que ces gens-là ne se sentent pas forcément Austrasiens, Neustriens, Provençaux ou Aquitains. Ils se sentent grands du monde franc. Et puis de temps en temps quand ils sont fâchés avec une famille rivale, ils disent qu’ils sont très Austrasiens, très Burgondes. Puis 15 ans plus tard, ils sont plus Burgondes. Donc il y a des identités qui sont des identités plus politiques, avec l’idée que certains espaces veulent un palais de proximité. Donc ils veulent avoir un endroit où ils vont pouvoir administrer leur propre région. Donc on va parfois créer des palais en Austrasie, et puis de temps en temps on y mettra un roi. Puis de temps en temps les aristocrates vont dire : « On veut le palais, mais on ne veut pas de roi. » Donc on aura des palais sans roi, ça ne pose pas de problème dans ce contexte-là. Pendant 300 ans, il y a des guerres civiles, mais elles ne sont pas fréquentes. On a surtout des palabres, des négociations. Il n’y a qu’en fait trois périodes de guerre civile dans toute l’époque mérovingienne. Alors évidemment trois périodes c’est long, si on a vécu à cette époque-là, on a une guerre quand trois rois ont des pouvoirs à peu près équivalents, une guerre de succession, et un problème de consensus quand un roi a essayé de prendre l’ascendant sur ses aristocrates. Et Clotaire III a fait un geste terrible, il a fait fouetter un aristocrate. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est quand même normalement les aristocrates qui ont le pouvoir, et là il y a eu une guerre civile, mais ça fait très peu de temps. On a moins de 30 ans de vraie guerre civile sur les 300 ans d’histoire de la dynastie. Donc dans l’ensemble ça tourne, et ça nous produit un royaume qui est solide avec une administration, alors une administration au palais. On a des textes qui ont été produits par le palais. Alors les textes sont un peu surprenants, comme on a perdu tous les actes qui étaient sur papyrus, on a gardé les formulaires qui étaient sur parchemin. Donc rapidement on a recopié des formulaires administratifs. Par exemple ici vous avez un formulaire qui date du VIIe siècle, des années 700. Le roi envoie un ambassadeur dans un pays étranger et prévoit l’ordre de mission pour l’ambassadeur en disant qu’il pourra circuler dans le royaume, aller auprès de chaque agent royal et demander à être nourri partout où il passera, et les adjoints royaux qui tiennent des comptes publics pourront défalquer les dépenses de l’ambassadeur de leur compte public. Donc on est sur un système très administratif, très romain. Le formulaire nous a été conservé en blanc, mais il donne une idée du degré de la complexité administrative, puisque quand vous êtes ambassadeur franc et que vous partez en Italie, vous pouvez demander des chevaux de poste, vous pouvez demander à être nourri, mais vous pouvez aussi demander à avoir des grains de poivre à manger, de la cannelle à mâcher, du chewing-gum, le mastic granulé, c’est le chewing-gum mérovingien. Et donc tout ça est compté sur l’ordre de mission et doit être rempli au palais pour vérifier que l’ambassadeur n’a pas demandé plus que ce qu’il avait droit. Ça laisse une idée du degré d’administration possible dans le monde mérovingien, au moins pour certains actes. Le palais est administratif, les cités sont bien administrées. Donc les vieilles cités romaines ont été maintenues par les Mérovingiens, parce que c’est l’unité de base de l’administration. Dans chaque cité romaine, le roi nomme un fonctionnaire qui prend le nom de comes en latin, c’est l’administrateur de la cité à l’époque romaine tardive, c’est une création de l’Empire romain du Ve siècle. Et donc on aura des comtes francs, comes a donné comte en français, mais les comtes sont des fonctionnaires, et donc pendant 300 ans vous avez des comtes qui vont être rémunérés par le roi, avec aussi une idée géniale, c’est que le comte touche un pourcentage sur la justice. Donc quand le comte fait payer une amende, ce qu’on appelle un wergeld dans le monde franc, 1/10e de l’amende va dans la caisse du comte, avec l’idée que plus la justice sera sévère, plus le fonctionnaire s’enrichira, et donc la justice avait tendance à être relativement sévère parce qu’il en va des intérêts financiers des fonctionnaires. Les fonctionnaires touchent aussi un pourcentage sur les taxes indirectes, et donc le roi contrôle, mais n’a pas besoin de payer de salaire. Ça évite les transferts financiers.
Trop lourds, c'est en fait sur les frais de l'administré qu'on fait fonctionner l'administration locale. Comme le roi se méfie de ses comptes, le roi nomme aussi des évêques. Tous les évêchés du monde – France sont nommés par le roi. Le roi est en fait un roi qui veille à la bonne administration en nommant des évêques qui sont souvent de vieux fonctionnaires. Et les évêques qui vont surveiller les comptes, donc très souvent l'évêque va être une interface entre la société locale et le roi, en refaisant, en faisant monter vers le palais les problèmes. Et quand le roi est malin, il nomme généralement dans la même cité un évêque et un comte qui ne s'entendent pas. Donc, par exemple, à Haut, dans les années 780, on a un évêque terrible nommé Saint Léger qui va être en rivalité avec le comte. Bon, à la fin, Léger va finir par se faire tuer, et c'est pour ça qu'on a autant de villages qui s'appellent Saint-Léger.
À tout un siècle plus tôt, l'évêque se nommait Grégoire, le comte s'appelait Le Dust. Les deux se détestaient, et Grégoire a estimé être martyrisé par le comte, et c'est pour ça qu'on a des Saint Grégoire un peu partout. Donc, ici, vous avez une logique qui permet de tenir le territoire. Mais quand vous avez des actes qui nous sont conservés, vous voyez que le roi signe. Tous les rois savent lire et écrire à l'époque mérovingienne. Charlemagne sait pas écrire, hein, un siècle après les temps mérovingiens, le niveau de maîtrise de l'écrit s'effondre. Et puis vous voyez que tous les évêques et tous les comtes savent lire et écrire. Alors, vous avez même ici sur ce document la signature de Saint-Éloi. Le bon Saint-Éloi, religieux, a mis son nom. Et donc on voit que, en tant qu'évêque de Noyon, il était venu pour témoigner que l'acte avait été fait selon les formes. Vous avez des échanges, et vous avez surtout cette très grande décentralisation. Le roi veut que ça tourne, il veut pas savoir comment ça tourne.
La monnaie, c'est la même chose. La monnaie est frappée localement. La monnaie sert aux impôts. Les impôts sont payés localement. Donc la monnaie est frappée localement, la monnaie remonte, c'est tout ce que veut savoir le roi. Il a produit pas. Alors ça donne la mauvaise réputation des monnaies mérovingiennes. Elles sont très laides, et elles sont frappées dans plus de 3000 ateliers dans le monde mérovingien, tout simplement parce que dès que vous avez un point de perception, bah vous avez un lieu de frappe de la monnaie, ce qui permet de faire fonctionner l'impôt à moindre coût. Le roi n'a pas besoin de tenir la monnaie, simplement il surveille de loin que tout ça rentre. Le royaume est donc relativement solide au centre, et puis à la périphérie, c'est pas grave. En périphérie, il y a des espaces qu'on peut autonomiser. Donc en périphérie, bah on nomme un duc. En Bavière, on a fabriqué un territoire auquel on a donné le nom de Bavière, qui veut pas dire grand-chose. Si jamais ça se passe mal, on dit que la Bavière, c'est pas le monde franc. On a pris le contrôle de la Bretagne où on nomme des comtes. Si jamais ça se passe mal, on dit bah les Bretons, c'est pas vraiment des Francs. Et donc on autonomise la Bretagne. On a installé un duc pour gouverner le Pays Basque. Puis quand ça se passe mal, on dit bon, les Basques sont pas vraiment des Francs.
Donc en fait, on a un territoire périphérique où les hommes ont des rapports d'homme à homme avec le roi, et puis sont éventuellement autonomisables, soit s'il y a une conquête venue d'un peuple extérieur, soit si tout simplement le territoire est mal tenu. Et puis quand ça va bien, par contre, le monde franc va plus loin. Par exemple, du côté de l'est, vous voyez des confédérations de peuples qu'on appelle les Slaves. Les Slaves sont très faibles, donc ça vous fait un beau réservoir à esclaves. C'est pour ça que le mot de Slave va donner le mot esclave en français. C'est là qu'on va faire du pillage, et puis qu'on revend les esclaves sur les marchés méditerranéens. Donc les bonnes années, les rois mérovingiens vont faire la guerre en Bohême pour aller capturer des populations et pour les revendre. Donc on n'est pas vraiment dans le royaume, mais on n'est pas non plus à l'extérieur du royaume, on est sur une zone de contrôle vague. Alors c'est ça qui est compliqué à penser dans le monde mérovingien, c'est qu'en fait vous avez un centre administratif, vous avez une première auréole fiscale, vous avez le cercle des duchés plus ou moins bien tenus et qu'on peut autonomiser, puis au-delà vous avez l'aire de prédation, l'aire de cleptocratie. Donc vous avez pas d'État, ou vous avez un État selon votre point de vue. Donc on parle souvent d'étaticité. C'est fort au centre, c'est faible en périphérie. C'est pas un empire très présentable comme l'Empire romain, c'est un empire qui se délit avec la distance. Ça ne veut pas dire que c'est pas solide, ça marche, ça tient, et c'est chrétien.
Alors je vais peut-être terminer sur ce point-là. Michel disait que Clovis n'avait rien compris à la foi chrétienne au moment de son baptême. Augustin Thierry avait dit que Charles Martel s'appelait Charles Martel parce que c'est le symbole du marteau qui était le symbole de Thor. Quand on regarde dans le détail, c'est pas du tout vrai, hein. Tous ces gens-là sont chrétiens, ils s'appellent tous roi au nom de Dieu. Le petit Clotaire II, dont je vous ai parlé là, cet enfant dont on savait pas trop si c'était le fils de Clovis, est le premier à nous laisser un texte écrit de sa bonne main, et il écrit très proprement : Clotaire, roi au nom de Dieu. Ils sont tous responsables du salut des sujets, ils écrivent tous au pape. On a des correspondances régulières avec Rome, on a des centaines de lettres échangées entre les rois et Rome. Ils sont comparés à David, à Salomon, à Melchisédech, au roi de l'Ancien Testament. Les rois mérovingiens ne meurent pas en réputation de sainteté, mais les reines mérovingiennes meurent en réputation de sainteté. La première, c'est Ultrogot, bon, a pas laissé son nom dans l'histoire de France, mais il y en a d'autres qui sont connus. Clotilde, femme de Clovis, vous avez Bathilde qui va mourir en réputation de sainteté, Radegonde, fondatrice de Sainte-Croix de Poitiers, et puis vous avez des rois qui vont petit à petit faire venir des reliques. La première relique de la Sainte-Croix qui arrive d'Orient, elle est amenée dans le monde franc par une reine franque, c'est Radegonde. Au moment où elle fonde un monastère à Poitiers, le monastère Sainte-Croix de Poitiers qui négocie pour obtenir la relique, et elle va l'obtenir.
Et puis vous allez avoir même des formulations qui sont particulièrement audacieuses. Dans les années 640, on a un lambeau de texte. Le texte est très mal conservé malheureusement, on n'est pas encore à l'époque où on écrit sur du beau parchemin. On sait pas le destinataire, c'est un des fils du roi Dagobert, mais enfin la formule est quand même assez avancée. On dit que le roi a reçu le pouvoir comme Salomon a reçu le roi, le jour où Salomon a été oint. L'idée que le roi est oint du Seigneur, le Christos, l'homme intouchable, ben c'est une idée mérovingienne. Et puis cet évêque qui écrit à un des fils du roi Dagobert, lui dit : « Tu es le ministre de Dieu, institué à cette place par lui. » L'idée que le roi des Francs est lieutenant sur la terre, c'est pas une création des Capétiens ou de Charlemagne, c'est une idée mérovingienne. Et tous les rois vont s'intituler roi au nom du Seigneur. Donc il y a pas de sacre, mais il y a une royauté franque chrétienne en action. Alors ben le roi va faire des fondations, beaucoup des grands monastères que nous avons sur le royaume de France du second millénaire. Corbie, Saint-Médard de Soissons, Saint-Germain-des-Prés sont des fondations des rois mérovingiens. Donc il y a eu énormément de créations. Les évêques qui sont nommés sont certes des administrateurs, mais c'est pas des incapables. Généralement, ce sont des hauts fonctionnaires qui ont travaillé au palais pendant de nombreuses années. Pensez au bon Saint-Éloi, il a été ministre des Finances, il a fait des réformes monétaires, il a fait plein de choses bien au palais, et puis arrivé à la soixantaine, on l'a nommé évêque de Noyon. Alors ça veut dire que les évêques mérovingiens, c'est pas des grands mystiques généralement, c'est plutôt de l'administrateur de base, mais c'est des gens qui savent très bien comment on administre les territoires et donc qui obtiennent du succès et qui sont très aimés de leur population. Le miracle de base d'un évêque mérovingien, c'est d'obtenir une réduction d'impôt. Ils ont travaillé au palais toute leur vie, donc quand il y a besoin d'obtenir une réduction d'impôt, bah on va voir l'évêque, et on demande une réduction d'impôt qu'il obtient du palais où travaillent encore ses anciens collègues. C'est pour ça que tant de villages de France portent le nom d'évêque mérovingien. Les dominations ont été des dominations relativement habiles. Alors évidemment, ensuite on a fait des textes pour dire comment les évêques obtiennent du roi des réductions d'impôts. Imaginez maintenant qu'ils sont morts, ils sont au palais de Dieu, et ben ils peuvent obtenir des choses de Dieu de la même façon qu'ils ont obtenu du roi, et c'est comme ça qu'on a inventé l'image du saint intercesseur. C'est des gens qui négocient avec les pouvoirs supérieurs. Mais les rois vont également soutenir des diffusions de nouveaux mouvements spirituels, notamment les moines irlandais qui vont arriver sur le continent, financés par les rois mérovingiens. Souvent on dit qu'au VIIe siècle, les moines irlandais arrivent dans une zone complètement déchristianisée. Que non, les moines irlandais arrivent en Gaule parce qu'ils savent qu'ils vont être financés. Saint Colomban, Saint Gall, tous les gens qui vont fonder des monastères irlandais en Gaule sont lourdement financés par les rois mérovingiens qui donnent des terres, qui donnent de l'argent, qui donnent du réseau. Les rois mérovingiens vont également de temps en temps persécuter les hérétiques, timidement généralement. On va persécuter les hérétiques dans les zones qui sont rétives un peu à l'autorité centrale. Donc on va parfois trouver des hérétiques qui n'existent pas. Donc notamment il y a une chasse aux Bonosiens dans la vallée du Rhône dans les années 610. Personne ne sait trop ce qu'est un Bonosien, mais c'est pas bien en tout cas. Il se trouve que les Bonosiens, c'est essentiellement les aristocrates qui refusaient l'intégration et l'obéissance au roi, et donc ils vont être accusés de bonosianisme, une idée relativement moderne puisque les Capétiens vont refaire la même chose un peu plus tard en trouvant des cathares un peu partout. Et puis les Mérovingiens financent des missions. Si l'Angleterre est devenue chrétienne, c'est parce que le pape a envoyé des missionnaires, mais c'est surtout parce que les rois mérovingiens ont financé la mission. Donc ici, bah vous avez des missions qui vont être envoyées en Thuringe, en Saxe, dans le monde anglo-saxon, et donc vous avez une sorte de soft power mérovingien avec toute une série d'espaces qui sont sous domination de l'Église franque. C'est pour ça que la chrétienté occidentale se structure autour finalement d'un christianisme qui est voulu par les Mérovingiens. Pour le roi, c'est tout bénéfice. Le roi, bah c'est le palais. Le roi, parfois il a de un ou deux ans, c'est pas grave. Le roi, c'est lui qui assure le salut universel. Ça vous stabilise des trônes un peu incertains. Au palais, on va mettre la relique la plus prestigieuse du royaume. Vous savez que Saint-Martin avait donné la moitié de son manteau à un pauvre. Donc le pauvre était parti au ciel avec la moitié du manteau de Saint-Martin, mais il restait la moitié du manteau sur la terre, ce qu'on appelait la chape de Saint-Martin. Et le roi mérovingien récupère cette chape, installe cette chape dans son palais, dans un lieu qu'on appelle la chapella, la Capella, et donc crée la première chapelle du royaume. Et désormais, la relique la plus importante du royaume sert à faire tous les rituels politiques. Lorsque les fonctionnaires viennent au palais pour jurer fidélité au roi, on leur demande de mettre la main sur la chape de Saint-Martin. Le roi va administrer la justice pour les monastères, pour les cathédrales. Il n'y a que le roi qui peut trancher. Et donc même quand le roi est en position de grande faiblesse face à des aristocrates, ce qui va être le cas autour de 700, c'est le roi qui dit la justice. Et donc jusqu'en 711, vous avez des rois qui vont condamner leur maire du palais, alors que le maire du palais est parfois plus puissant que le roi, parce que le maire du palais a essayé de voler les biens des monastères. Et donc on a des rois différents qui vont être en fait extrêmement actifs, mais du côté essentiellement de la justice religieuse. Et puis les rois vont protéger tous les établissements. C'est pour ça qu'à partir du moment où les documents qui sont faits sur parchemin, on en voit partout, parce que les Mérovingiens ont bien administré et ont donné des documents qui sont conservés par Saint-Denis, par Lyon, par Grandval. On a énormément de documents mérovingiens à partir du moment, bien entendu, où ils sont sur un support dur.
Je termine simplement cette histoire mérovingienne en posant la question de savoir si c'est une grande dynastie. Bon, les Mérovingiens, les Clotaire II, les Dagobert II, les Childéric III, ils laissent pas de souvenir dans l'histoire de France, parce qu'il y a pas une dynastie de père en fils. Alors qu'en France, on aime bien quand c'est à peu près clair. Là, c'est une dynastie qui est une dynastie bricolée sur un plan politique, mais les contemporains le pensaient comme ça, à tel point que même quand il n'y a plus de roi et que c'est le maire du palais qui administre, ou quand il y a un coup d'État et que c'est un autre roi qui prend le pouvoir, bah c'est pas grave. Quand on prend les listes de rois, voyez toutes les listes avec les Clotaire, les Dagobert, et cetera, puis soudainement dans les listes, vous voyez apparaître un Carolos, c'est Charles Martel. Il a administré le palais, donc c'est un peu comme si c'était un roi. Et puis vous voyez apparaître un Pipinus, c'est Pépin le Bref. Il a fait un coup d'État, il a déposé le dernier Mérovingien. C'est pas grave, parce que Pépin le Bref va dire qu'il descendait d'une princesse mérovingienne et que lui aussi était un Mérovingien. Et donc vous voyez, la liste est une liste qui montre une continuité totale de la monarchie. Personne ne veut voir les coups d'État, même quand ils ont existé. On gouverne par consensus, on accepte les moments de faiblesse. Il y a des moments où le royaume est de petite taille. Au VIe siècle, il est gigantesque. À la fin du VIIe siècle, bah oui, la Bavière, la Thuringe, le Pays Basque ne sont plus contrôlés. C'est pas grave, c'est pas le cœur du royaume. Et on dit bah le duc n'a pas fait acte d'obéissance depuis très longtemps. L'Aquitaine va faire sécession pendant 70 ans. C'est pas grave, c'est pas grave pour le roi, c'est pas grave pour le duc d'Aquitaine. Le duc d'Aquitaine va dire qu'il reste fidèle au royaume, mais qu'il est pas content du roi qui a été mis en place. Donc il est fidèle au royaume, mais pas au roi. Il reste dans le monde franc. On a aussi l'idée que ce royaume, c'est un projet religieux, et ça va se construire comme étant un projet religieux sur une longue durée. On capitalise aussi sur le passé. C'est un royaume qui fonctionne pendant trois siècles, mais on déclare qu'on vient de très très loin. Et puis quand on rédige la loi salique, le document qui pour nous est le symbole des temps mérovingiens, qui est écrit sûrement très très tard, peut-être vers le VIIIe siècle, on dit que la loi salique est très ancienne, elle est très prestigieuse, elle appartient à un peuple illustre, des Francs qui remonte à Priam, qui a toujours été de foi catholique, qui a été préservé de l'hérésie, qui remonte à Clovis, qui a eu une série de rois. Et ce texte qui chante la gloire des Mérovingiens a été produit en fait à l'époque des premiers Carolingiens. C'est Pépin le Bref qui raconte que, ma foi, il y a toujours une continuité, et on a fait fonctionner tout ça. En somme, il y a aucune rupture, et il n'y aura même pas de rupture en 751. Donc cette date qui est souvent retenue dans l'histoire de France comme étant le début de l'histoire carolingienne, une dynastie plus présentable avec une renaissance culturelle avec une monarchie forte, bah non, pour les contemporains, c'est un peu la même chose. Tant que ça tourne, c'est le royaume franc, et ça tourne, et ça tourne jusqu'au VIIIe siècle. Si vous réfléchissez en terme de durée, le royaume bricolé des Mérovingiens fonctionne pendant trois siècles. Le jour où Charlemagne décide qu'on va appeler ça un empire et s'intitule empereur par la grâce de Dieu, il le fait un jour de Noël de l'an 800, et l'empire implose en 830. Et les différentes parties de l'empire : France orientale qu'on appellera la Germanie puis l'Allemagne, France centrale qu'on appellera la Germanie puis la Lotharingie, France occidentale qu'on appellera bientôt la France, bien tous ces territoires vont connaître des destins séparés, ne seront plus jamais réunis. Finalement, ne pas dire que c'était un empire, c'était la bonne solution, parce qu'un empire, il faut garder les frontières, or ça va être difficile pour les Carolingiens. Un empire, ça oblige à avoir une politique dynastique où on ne bricole plus, où le fils aîné doit récupérer le titre impérial, or les cadets, les aristocrates, les évêques ne seront pas d'accord à l'époque carolingienne pour cette situation. Faire un empire, ça veut dire aussi qu'il y a un projet unique, or chez les Mérovingiens, le projet il était variable : conquérir, piller, construire l'Église, faire des missions, ça changeait au fil des temps. Or le projet carolingien, c'est d'unifier toute l'administration. C'est le projet de Charlemagne, et la mise en ordre administrative, ben les populations d'Italie, d'Espagne ou des Gaules ne sont pas prêtes à l'accepter, et donc tout ça va imploser. Les Mérovingiens ont fonctionné, mais ce qui est bien avec les Mérovingiens, c'est qu'on a pas beaucoup de textes. Donc vous pouvez toujours rêver que ces gens-là étaient d'affreux barbares, et vous aurez pas tort, parce que leurs mœurs politiques sont parfois sauvages. Vous pouvez vous dire que ce sont les derniers des Romains, et vous aurez pas tort, parce que les formulaires administratifs mérovingiens sont fondamentalement du droit romain, et c'est grâce aux formulaires mérovingiens qu'on a conservé les pratiques administratives des gouverneurs romains. Vous pouvez vous dire que c'est un empire béliqueux, guerrier, et c'est vrai, sur les 300 ans, ils ont fait la guerre année après année pour piller, pour conquérir, pour tenir, pour reconquérir, et c'est aussi une histoire sanglante. Vous pouvez vous dire que c'est un empire textuel, parce qu'ils ont eu des grands historiens, et que si on avait pas eu des gens comme Grégoire de Tours, Frédégare, la Moniale de Soissons qui nous fait un beau texte dans les années 750, on ne saurait rien. Donc les Mérovingiens, c'est aussi cette histoire-là, l'histoire d'histoire, l'histoire d'historien, l'histoire de raconter le passé et de bricoler le passé, puisque ces historiens nous ont raconté autant d'histoires vraies que d'histoires fausses. Ils nous ont raconté des origines en Scandinavie à trois, ils nous ont donné des noms de rois mérovingiens qui n'ont jamais existé, parce qu'il fallait compléter la dynastie. Et ça aussi, c'est une histoire carolingienne. Vous pourrez vous dire aussi que l'histoire mérovingienne, on s'en sert de temps en temps. Au XIXe siècle, on aime bien les Mérovingiens. Louis-Philippe aimait beaucoup les Mérovingiens. Les Mérovingiens, c'est l'union du trône et de l'autel, et les grands tableaux sur les Mérovingiens sont faits au XIXe siècle. C'est bien, vous avez un clergé brun, c'est-à-dire gallo-romain, des guerriers roux, c'est-à-dire germaniques, un roi qui unit les deux peuples, les femmes qui donnent naissance aux premiers Français, et coup de chance, ben c'est le roi qui est l'ancêtre putatif de Louis-Philippe. Si vous avez tout, et ben finalement ça marche bien encore dans une histoire que vous pouvez avoir encore aujourd'hui dans certains médias, au puits du Fou. Et c'est une histoire qui a été construite, qui permet de penser aussi la nation française, en faisant un peu comme les Mérovingiens, se donnant des ancêtres très anciens, en s'inventant des histoires, parce que c'est autour des mythes qu'on fabrique finalement un peuple. Et puis vous pouvez vous dire aussi qu'ils ont fait beaucoup de beaux objets. Je vous ai pas parlé d'archéologie, mais je suis historien, les archéologues vous diront aussi c'est une civilisation brillantissime sur le plan de la ferronnerie, de la métallurgie, et que ça aussi c'est une histoire mérovingienne qu'il faut pas oublier. Si on a des moulins à eau au Moyen Âge, c'est aussi parce que les Mérovingiens ont diffusé une technologie que les Romains connaissaient mais n'avaient jamais utilisée. Et puis vous pouvez aussi vous dire que les Mérovingiens, ça a duré une heure, et que c'est déjà trop. C'est ce qu'on pense aussi au XIXe siècle. Je terminerai juste sur cette caricature de Daumier qui se plaignait du temps consacré dans l'enseignement à la dynastie mérovingienne. XIXe siècle, passé trois semaines entières à apprendre l'histoire mérovingienne. Et ici, voyez le maître d'école qui dit à l'enfant : « Comment donc, vous ne connaissez pas le nom des trois fils de Dagobert ? Mais vous ne connaissez donc rien ! Vous voulez être toute votre vie un être inutile à la société ? » Merci de m'avoir écouté pendant une heure. Vous ne serez pas inutile à la société. Bonsoir.
Et merci pour cette conférence, c'était super intéressant. J'avais une question sur… vous en avez pas parlé sur le massacre des fils de Clodomir par les oncles. Euh, j'avais lu qu'il y avait un des fils, je crois qu'il avait échappé au massacre, sauvé par un serviteur. Qu'est-ce qu'il est devenu ? Ah, il a survécu. Euh, donc effectivement, on est en 524. Parmi les fils de Clovis, il y en a un qui se fait tuer à la guerre. Son royaume aurait pu être maintenu, mais les fils de ce roi Clodomir sont très jeunes, et donc les oncles décident qu'on va pas maintenir le royaume, et donc massacrent les neveux. Ils en massacrent deux, ils en massacrent un, le deuxième il y a hésitation parce que l'oncle l'aimait beaucoup, et donc bon, il le tue quand même. Et puis le troisième, on le sauve parce qu'il est très jeune, on l'envoie dans le clergé, on lui coupe les cheveux. Il s'appelle Clodoald. Il va devenir prêtre, il va être ermite dans la région parisienne. Et Clodoald, vous le connaissez, c'est Saint-Cloud aujourd'hui. Il a fondé un ermitage qui s'appelle aujourd'hui Saint-Cloud. Et donc ben là encore, vous vous avez un saint mérovingien. C'est le petit prince qui a survécu et qui va mourir en réputation de sainteté. Alors malheureusement, la vie de Saint-Cloud est composée au IXe siècle. On sait que Clodoald a existé, mais tout ce qu'on sait sur Clodoald, c'est à peu près ce que je vous ai dit. Les récits après vont être enjolivés, et on aime bien enjoliver la vie des princes qui se sont retirés dans le clergé. Merci. Bonsoir, et merci pour votre conférence, c'était très intéressant. Je me demandais, comme vous avez dit que les évêques étaient nommés par le roi, est-ce que le pape a une quelconque influence politique dans ce royaume mérovingien ? [Applaudissements]
Alors je vous remercie, c'est une question difficile. Le pape n'a pas beaucoup de pouvoir avant les années 600. Le premier grand pape de l'histoire, c'est celui qu'on appelle Grégoire le Grand, le bien nommé, qui est pape entre 590 et 604. Donc avant Grégoire, le pouvoir de Rome est vraiment très faible, et puis même jusqu'au XIe siècle, le pape n'a pratiquement aucune autorité au nord des Alpes. Donc il y a de l'interaction, mais alors le pape ne nomme jamais les évêques. Le pape envoie de temps en temps des légats pour demander des choses, pour demander à réunir un concile, pour négocier le dogme, parce que le problème c'est qu'il y a beaucoup d'hérésies, il y a beaucoup de débats théologiques avec Constantinople. Mais le pape est sujet de l'empereur de Constantinople. Rome appartient à Byzance jusque en 754. Et donc ben l'interaction est relativement modérée. Ça veut pas dire qu'il se passe pas des choses bien avec le pape. La reine Brunehilde a échangé quatorze lettres autour des années 590 avec le pape. Donc oui, parfois il y a des relations, mais il est hors de question de laisser la moindre autorité au pape. De temps en temps, on aura des tout petits gestes qui vont se faire. J'accepte que tu me déposes un évêque ivrogne, on a eu un cas, donc un évêque qui était vraiment trop porté sur la dive bouteille. Le pape, ça en est plein, c'était l'évêque de Gap, ça bon, on le dépose, et en échange, je nomme un haut fonctionnaire pour remplacer celui-là. Mais ça va pas au-delà. Donc le pape non. Euh, jusque au milieu du VIIIe siècle, le pape n'est pas un pouvoir… un certain Staline aurait dit : « Combien de divisions a-t-il ? » Bah tant qu'il a pas d'État… et les États pontificaux sont une création franque, hein. Il faudra que les Francs conquièrent l'Italie au milieu du VIIIe siècle. C'est l'affaire de Pépin le Bref et de son fils Charlemagne pour créer un État pontifical. Avant, le pape peut parler, il parle. Merci. Oui, merci encore pour cette très intéressante conférence. Est-ce que vous pourriez me donner quelques éléments… il me semble me rappeler que Clovis avait envoyé un acte d'allégeance à… pas Justin, à l'empereur de Byzance de l'époque qui devait être Anastase, et il y avait un lien donc quand même avec l'Empire d'Orient, tout en étant un royaume, il reconnaissait quand même la suzeraineté de l'Empire d'Orient a priori. Alors pour Clovis, c'est difficile. On a un historien qui est Grégoire de Tours à la fin du VIe siècle qui nous dit…
Que Clovis avait été nommé consul ordinaire, donc le consul de l’année 508 par l’empereur ? Alors ça marche pas, parce que on a les listes des consuls, il y a des consuls jusqu’en 534, et Clovis n’est pas sur les listes. Donc il a peut-être été nommé consul suffect, c’est-à-dire consul honoraire. C’est possible. Bon, on n’a pas la liste pour Clovis, c’est un peu incertain. Il y a sûrement un lien, mais il est difficile à voir.
Ce qui est sûr, c’est que Clovis et ses Francs frappent des monnaies d’or, et les monnaies d’or sont au nom de l’empereur de Constantinople. Donc les monnaies de Clovis sont au nom de l’empereur Anastase. Et on a quelques lettres échangées par les rois et les empereurs de Constantinople, et le roi s’intitule fils de l’empereur de Constantinople. Ça va pas durer très longtemps, parce que quand il y a un problème, et il y aura souvent des problèmes entre les Francs et Constantinople, on continue de se dire fils de l’empereur, mais de l’empereur précédent. Et quand on est fâché avec l’empereur, on frappe des monnaies au nom de l’empereur qui ne règne plus, mais qui était l’empereur précédent. Et à partir des années 580 même, on voit que le lien est complètement distendu, parce qu’en fait Constantinople n’a plus d’argent, il y a une crise budgétaire à Constantinople. Le lien était négocié en échange d’un versement de quelque chose qui ressemblait beaucoup à du tribut. Et quand les Byzantins n’ont plus assez d’or pour payer l’alliance des Francs, les Byzantins payent les armées mérovingiennes pour attaquer les Lombards notamment. Quand il y a plus de sous, le Mérovingien prend une totale autonomie, et on va accuser l’empereur de Constantinople, dans les années 580, je cite, d’être avare et hérétique. J’aime beaucoup la gradation. Et de fait, on va accuser ensuite les Byzantins d’avoir modifié le dogme, et les modifications du dogme qui s’opèrent à Byzance au VIIe siècle ne seront pas reçues par les Mérovingiens, notamment euh… qui a donné son nom à beaucoup de villages de Gaule, va être envoyé pour négocier à Byzance pour faire changer le dogme byzantin qui ne plaît pas du tout au Franc.
Merci. Oui, bonjour. Vous avez abordé très rapidement, pas vraiment abordé le rôle des communautés juives de l’époque. Vous êtes passé très rapidement dessus. Est-ce que vous pouvez un peu développer ? Alors, j’ai passé vite parce que la documentation n’est pas infinie. On a des épitaphes qui montrent qu’il y a des communautés juives, il y a des tombes juives. On sait que les Juifs dans le monde mérovingien ont le statut de citoyens romains. Donc ils sont Romains, et donc ils ont tous les droits du droit romain, et tous les interdits du droit romain, qui interdit le prosélytisme. Donc la communauté juive est interdite de prosélytisme. Les grandes réunions d’évêques des temps mérovingiens vont demander au roi de ne plus nommer de Juifs fonctionnaires, ce qui veut dire qu’… donc on connaît un certain nombre de fonctionnaires subalternes généralement qui sont des Juifs. Et puis ensuite ça a l’air de bien se passer, et le bonheur n’a pas d’histoire, c’est le problème. C’est que quand une communauté n’est pas persécutée, elle laisse très peu de traces de son existence. On sait qu’il y aura deux tentatives de petite persécution, une dans les années 580 où le roi va essayer d’obtenir la conversion des chefs de la communauté juive de Paris, mais l’épiscopat est contre, les évêques ne veulent pas de conversion forcée, et donc ça accouche d’une souris. Et Dagobert Ier aurait peut-être tenté aussi d’inciter les communautés juives à se convertir, mais le règne de Dagobert Ier est très court, hein. Le bon roi Dagobert a régné que dans les années 630, et il meurt en 639. Là encore, pas de persécution, donc pas de catastrophe, et donc pas de texte malheureusement. Donc pour l’essentiel, on a l’impression que ça se passe plutôt bien, et on a au contraire des traces d’échange entre des évêques et des Juifs, entre des chefs de cité du côté chrétien, des comptes et des Juifs. Et avant le, avant le XIe siècle en fait, la communauté juive existe dans le royaume franc, mais comme elle ne souffre pas et qu’elle ne produit pas de textes qui nous soient conservés, malheureusement difficile de dire autre chose. Alors il y a quand même l’archéologie, on a un certain nombre de bagues ciliaires juives, et ça permet d’identifier des villes où il y a des communautés juives, où il y a aussi des communautés syriennes. Les communautés syriennes sont bien, bien connues dans le monde franc. Donc syrien, c’est tous les gens qui parlent grec, hein, dans le monde franc. Et en gros, quand vous avez une communauté juive et une communauté syrienne, c’est les villes dynamiques sur le plan commercial : donc Bordeaux, Orléans, Paris, Arles… Il y a des communautés juives, mais comme ça se passe bien, malheureusement ou heureusement, on sait pas ce qui se déroule exactement.
J’ai vu sur une de vos photos, il y a qu’il y avait une abeille dorée, euh… c’est celle qui a inspiré, je crois, euh… Napoléon. Je voulais savoir est-ce qu’on l’a retrouvée dans une, dans les, la tombe présumée de Mérovée, ou une, la tombe d’un autre Mérovingien ? Dans la tombe de Mérovée, la tombe du fameux Childeric dont je vous ai parlé, le père de Clovis. Donc la tombe a été trouvée dans les années 1650. Alors c’est le coup de chance exceptionnel. Les Habsbourg font fouiller la tombe par leur érudit, récupèrent les objets, les envoient à Vienne. Et au moment de la négociation d’une alliance avec Louis XIV pour lutter contre les Turcs, le cadeau diplomatique des Habsbourg à la France, c’est le trésor de Childeric. Tout ça arrive à Versailles, à la Révolution française, ça part au Cabinet des médailles, et donc Vivant Denon qui avait pour ordre de faire le costume de Napoléon… Bon, vous connaissez l’histoire, c’est extraordinaire. On propose différents costumes à Napoléon, commence en lui montrant un costume avec des coquilles, et le Premier Consul dit : « C’est joli, mais ça fait basse-cour quand même ce que vous avez trouvé. » Et donc les fleurs de lys, non, là ça va pas possible. Et donc on s’est rabattu sur l’abeille, parce que l’abeille c’était mérovingien, donc ça pouvait apparaître tout et n’importe quoi. C’est déjà ça les Mérovingiens, ça peut apparaître originel, chrétien ou pas chrétien. Et donc on s’est rabattu sur l’abeille. Et le trésor est conservé au Cabinet des Médailles jusqu’à ce qu’au milieu du XIXe siècle, il y ait un cambriolage au Cabinet des médailles. Toutes les abeilles sont volées, effondré, sauf deux qui ont été récupérées par Vidoc. Ça ne s’invente pas. Et donc nous avons encore deux abeilles grâce à Vidoc. Et bon, ce sont des jolies abeilles qui n’ont pas été fabriquées dans le monde franc. C’est sûrement un cadeau byzantin qui a été fait au père de Clovis. On pense aujourd’hui que les abeilles ont été faites à Constantinople en fait, et donc elles n’ont rien de germanique. C’est un beau bijou byzantin. Merci, Monsieur.
Euh… j’ai une question à propos des langues parlées, écrites dans cet espace mérovingien. Quelles sont-elles ? C’est une excellente question. Tous les textes sont en latin. C’est pour ça que la grande difficulté, c’est de savoir exactement ce que parlaient les Mérovingiens. Et je peux pas vous répondre. Ils parlent principalement le latin. Leurs noms sont en langue germanique, mais rien ne prouve qu’ils comprennent le sens de leur nom, pas plus que quelqu’un qui s’appelle Théodore aujourd’hui ne sait que son nom veut dire Théodore, et que ça veut dire roi divin. Donc on voit qu’il y a des rois qui comprennent encore et qui sont capables de faire des noms qui ont du sens. Dagobert, c’est pas mal. BR, comme aujourd’hui, c’est le jour, c’est brillant comme le jour. Ça marche. Si vous prenez la reine Brunhilde, je pense que les parents savaient pas du tout ce que voulait dire tout ça. Ce qu’on constate, c’est que la frontière linguistique bouge. De l’Antiquité, la région de la Moselle par exemple, reste une région de langue franque jusqu’au Xe siècle, mais que l’anthroponymie, la façon dont on nomme les individus, change en deux ou trois générations au VIe siècle. Et alors là, c’est… ça veut dire que les gens prennent des noms qui sont à la mode. Bon, les plus célèbres, c’est la famille de Champagne qui s’appelle Loupos de père en fils. Dessinateur champenois, il décide au milieu du VIe siècle de se faire appeler Wolf. Ils avaient un nom latin qui veut dire loup, ils se font appeler Wolf, qui veut dire loup en langue germanique. Si on ne savait pas que le premier Wouolf était le fils du dernier Loupos, on dirait invasion germanique, transformation complète de l’anthroponymie, parce que c’est des nouveaux venus ? Non, c’est juste un changement de pratique. On a des inventaires pour la région de Tours dans les années 660 : 85 % des habitants de Tours ont des noms germaniques, et pas un ne parle germanique. Donc c’est ça qui est compliqué, c’est que vous avez des modes endodémiques, et vous avez des langues réelles. Mais comme on a très peu de traces des langues réelles, les seules inscriptions qu’on a en langue germanique, je me suis intéressé à la chose, c’est des graffitis sur le revers des pommeaux des épées. C’est très à la mode d’écrire un mot germanique sur son épée. Et sur celles qui ont été conservées sur le territoire français, on a 60 % de fautes d’orthographe. Bon, un peu comme si vous allez en Inde et que vous achetez un polo Lacoste où il y a écrit Locast, parce que personne ne parle français, mais c’est chic d’avoir un mot français écrit sur son polo. Et donc là, voyez encore le problème, c’est que si on dit : « Bah oui, anthropodomie germanique, utilisation des langues germaniques, runes germaniques parfois. » Et quand ensuite on se dit : « Tout est faux. » Alors on a l’impression que oui, il y a des gens qui parlent des langues germaniques, c’est le cas dans le royaume d’Austrasie notamment. Les ancêtres des Carolingiens sont vraisemblablement des locuteurs de langue germanique, mais en même temps la quasi-totalité du royaume est de langue romane. Et donc on a les premières attestations même de la langue romaine vulgaire, donc ce qu’on va appeler le français dans les années 680. Alors on en parle jamais, on parle souvent des Serments de Strasbourg ou de la Cantiline de Sainte-Alalie, des très beaux textes proto-français qu’on a du IXe siècle. Et le premier texte avec un phrasé qui annonce le français, c’est deux lettres de Parisiens qui s’insultent en disant des choses ignobles que je peux pas vous citer, c’est en dessous de la ceinture, mais ils le disent en français. Or ils s’appellent Crotber et Frotber, donc ils ont des noms germaniques, mais ils s’insultent en français.
Oui, bonsoir. Merci pour votre exposé. Euh… j’avais une question, c’est à propos de la, de l’exception du Languedoc visiblement là sur les cartes qui sont passées, on… c’était pas englobé dans l’empire. Donc vous avez les Wisigoths qui… Puis-je… Non, les Wisigoths ont gardé le contrôle de ce qu’on appelait la Septimanie ou la Narbonnaise, donc une grande côte méditerranéenne : Narbonne, Béziers, Nîmes… sont sous contrôle wisigoth, et le resteront jusqu’en 711 et la conquête arabe. Donc ici, vous avez un espace qui est gothique, et qui le restera durablement, avec une petite zone frontière. Je vous ai parlé d’Albi. Albi est tantôt wisigoth, tantôt franc. Donc oui, il y a eu des opérations franques à de nombreuses reprises pour prendre le contrôle de la Narbonnaise, et ça a échoué à peu près à chaque fois. Bon, il y a des moments où les Francs sont là. En fait, les Francs rentreront plus facilement en Cantabrie, au Pays basque, et même dans la région de Saragosse qui va être parfois sous contrôle franc qu’en Narbonnaise, parce qu’en fait on a découvert, c’est tout frais, on a découvert il y a quatre ans, vous imaginez pas le frisson qu’on a eu, que de nouveaux diplômes royaux wisigoths ! On en avait deux, donc ça fait exploser le corpus. Maintenant on connaît beaucoup mieux le royaume wisigoth, et en fait la capitale du royaume wisigoth est à Narbonne, sans doute jusqu’aux années 570 voire 580. Et donc en fait c’était très dur de prendre Narbonne, parce qu’en fait le pouvoir des Wisigoths était là, et il était pas à Tolède. Et donc les Francs se sont cassés les dents là-dessus. Alors bon évidemment, ça veut dire que pour que la Narbonnaise devienne franque, il faudra attendre Pépin le Bref, donc c’est 759, reprise de la Narbonnaise, mais les Arabes étaient passés par là. Il y a eu deux générations où les Arabes étaient maîtres de la Narbonnaise, mais ça veut dire aussi que la culture de cette région sera très particulière. Donc on est dans une zone d’interface où on est un peu franc, un peu wisigoth, alors un peu… je vous le dis parce qu’on a les archives du contre-espionnage wisigoth qui nous sont conservées et qui montrent que tous les évêques du coin sont d’infâmes traîtres, tantôt pour les Francs, tantôt pour les Wisigoths. Et les, les, les archives ont été anonymisées presque entièrement anonymisées, parce qu’il y a des honorables correspondances des deux côtés. Et donc on est dans une zone où tout passe : les informations, les traîtres, etc. Et ben ça donne des résultats quand même fabuleux, parce qu’il y a aussi de la culture qui passe, et beaucoup de textes produits en Espagne vont être conservés ici. Bon, le plus célèbre des documents, c’est un des derniers documents mérovingiens, c’est la carte du monde d’Albi, puisque vers 750, à la toute fin de l’histoire mérovingienne, à Albi est fabriquée la première carte du monde qui nous soit conservée de l’ensemble de l’histoire de l’humanité. Donc il y a quand même des choses qui sont fabuleuses. Alors sur la base d’une carte antique, mais ça veut dire qu’il y a quand même des choses ici qui se passent, mais parce que la carte est passée par l’Espagne, puis elle a été mélangée avec une carte fabriquée dans la région de Lyon, et on a fait cette map, map d’Albi qui vient d’être inscrite au patrimoine de l’Unesco. Donc là vous avez des choses fabuleuses pour la toute fin de l’histoire mérovingienne. Merci beaucoup, Bruno du Mesnil, et merci à toutes et à tous. [Musique]