Transcription
Un des films qui m'a le plus marqué quand j'étais plus jeune, c'était Inception. Vous savez ce film de Christopher Nolan où des gens possèdent une technologie qui permet d'entrer dans la tête de quelqu'un pendant qu'il dort, de naviguer dans ses rêves, de se promener dans ses souvenirs comme on pourrait se promener à l'intérieur d'une maison et même d'y planter une idée, une pensée sans que personne se rende compte.
Quand on y réfléchit, c'est l'idée la plus terrifiante et la plus fascinante qui soit. Que quelqu'un puisse accéder à ce qu'il y a de plus intime chez vous, vos pensées, vos souvenirs, vos peurs les plus profondes et que vous ne puissiez rien y faire.
À l'époque, je me suis un mare dit, c'est de la pure science-fiction, c'est beau, c'est incroyable, mais c'est impossible. Le cerveau, c'est quand même la chose la plus complexe qu'on connaisse dans l'univers. 86 milliards de neurones, des milliers de milliards de connexions, un réseau tellement dense, tellement enchevétré que ça défie l'imagination. Personne ne pourra jamais lire dedans. En tout cas, c'était ma conviction à l'époque.
Sauf que voilà, depuis quelques années, j'ai commencé à tomber sur des études, des conférences, des articles scientifiques qui m'ont fait réaliser quelque chose de troublant qu'on n'est plus dans la science-fiction. On n plus au fantasme. Des chercheurs dans des laboratoires, tout ce qu'il y a de plus réel avec des machines qui existent aujourd'hui arrivent à voir ce que vous voyez, à entendre ce que vous pensez, à reconstruire pixel par pixel des images qui se forment dans votre esprit et ils font ça sans ouvrir votre crâne, sans vous toucher, juste en observant votre cerveau de l'extérieur.
Quand j'ai commencé à creuser, à lire des études, à écouter des conférences, des chercheurs qui travaillent dessus, ce que j'ai découvert m'a vraiment surpris parce que la question n'est plus de savoir si c'est possible, c'est réglé, ça y est, ça l'est déjà. La question maintenant c'est jusqu'à où on peut aller et surtout est-ce qu'on est prêt ?
On vit une période où l'IA évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, il y a de nouveaux modèles, de nouvelles technos, de nouveaux outils qui sortent. Et aujourd'hui, le vrai défi, c'est plus seulement de s'y intéresser, c'est de réussir à suivre le rythme et de savoir quel outil utiliser pour quelle tâche. Parce qu'en réalité, chaque IA a ses points forts, à ses limites et à ses spécificités et on ne devrait pas se contenter d'une seule.
C'est justement ce que propose Mamutai, une plateforme française qui rassemble dans une seule interface les meilleurs modèles, ceux d'Open AI, de Google, d'anthropic, de Mistral, mais aussi de Perplexity pour la recherche web ou des IA d'image. Vous pouvez passer de l'un à l'autre en un clic, comparer leurs réponse sur un même prompt et choisir celui qui colle le mieux à ce que vous cherchez. Et le tout à partir de 10 € par mois. C'est beaucoup plus abordable que de devoir s'abonner à chaque outil séparément, ce qui vous reviendrait à plus de 200 € au total. Donc non seulement c'est plus efficace, mais c'est aussi beaucoup plus simple et économique. En plus, Mamutayi est conforme au RGPD et il n'utilise pas vos données pour entraîner les modèles. Donc vous pouvez l'utiliser en toute tranquillité. Bref, si vous voulez vraiment profiter de ce que l'IA peut vous offrir sans vous éparpiller ni vous ruiner, je vous recommande d'y jeter un coup d'œil. Les liens sont en description.
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut d'abord comprendre une chose fondamentale sur votre cerveau. Et c'est quelque chose qu'on a tendance à oublier parce que ça nous semble tellement naturel qu'on y pense même plus. Quand vous regardez quelque chose, n'importe quoi, le visage d'un ami, un paysage, l'écran de votre téléphone, la pièce dans laquelle vous êtes en ce moment, vous avez l'impression de regarder directement la réalité comme si vos yeux étaient des fenêtres ouvertes sur le monde et que la réalité entrait directement dans votre conscience. Mais c'est pas du tout ce qui se passe. Absolument pas.
Ce que vous voyez, c'est pas le monde tel qu'il est. C'est une reconstitution, une image entièrement fabriquée par votre cerveau à partir de signaux électriques. La lumière entre dans vos yeux, frappe votre rétine et à partir de là, c'est terminé. Il n'y a plus d'image, il n'y a plus de couleur, il n'y a plus de forme, il n'y a que des impulsions électriques, des minuscules signaux qui remontent le long de vos ner optiques jusqu'à l'arrière de votre crâne dans une zone qu'on appelle le cortex visuel. C'est là dans cette zone que votre cerveau fait quelque chose d'extraordinaire. Il prend ses signaux bruts, ses impulsions qui ne ressemblent à rien. Il les interprète, il les assemble, il les colore, il leur donne du volume, de la profondeur, du mouvement et il vous présente le résultat final comme si c'était la réalité, comme si vous voyez le monde directement.
C'est un petit peu comme un peintre aveugle à qui on donnerait des instructions. En haut à gauche, du bleu, au centre une forme ronde, chaude, orangée, en bas du vert. Le peintre ne voit rien. Il a jamais vu le ciel, le soleil ou l'herbe. À partir des instructions qu'on lui donne, il peint le tableau et c'est ce tableau que vous appelez voir. Votre expérience visuelle, aussi riche et vivante qu'elle vous semble, n'est rien d'autre que le tableau d'un peintre aveugle.
Et c'est là que ça devient intéressant. Pourquoi c'est important ? Parce que si le cerveau reconstruit une image à partir de signaux électrique, alors en théorie, si on arrive à lire ces signaux, on devrait pouvoir reconstruire l'image nous aussi de l'extérieur sans avoir accès aux yeux de la personne. Le tout juste en lisant l'activité de son cerveau. Et c'est exactement ce que des chercheurs ont réussi à faire. Pas dans un futur lointain, pas dans un laboratoire secret. Là maintenant dans des universités publiques avec des résultats publiés et vérifiables.
À Toulouse en France, un neuroscientifique du CNRS qui s'appelle Ruffine Valrulen travaille depuis plusieurs années sur un projet qui, quand on le décrit, semble tout droit sortir d'un film de science-fiction. Et le protocole, même si la technologie derrière est extraordinairement complexe, le principe est assez simple à décrire. On prend une personne, un volontaire, on la met dans un IRM. L'IRM en gros, c'est une machine qui permet de voir quelles zones du cerveau sont actives à un instant donné. Elle ne lit pas les pensées directement. Ce qu'elle fait, c'est mesurer le flux sanguin. Le principe est simple. Quand une zone du cerveau travaille, elle a besoin d'énergie et donc elle consomme du sang. L'IRM détecte les variations de flux sanguin et crée une carte en temps réel de l'activité de votre cerveau.
Donc on met une personne dans l'IRM et on lui montre des images, des images de visage par exemple. Pendant qu'elle regarde ses visages, l'IRM enregistre tout ce qui se passe dans son cerveau. Chaque zone qui s'active, chaque variation du signal, des milliers de points de données par seconde. On récupère ces montagnes de données, ces terraoctai d'information brute sur l'activité cérébrale. Et ensuite, on donne tout à une intelligence artificielle. Pas n'importe quel, une générative du même type que celle qui crée des images à partir de texte. Sauf que celle-ci, au lieu de lui donner du texte, on lui donne des signaux cérébraux. On lui dit "À partir de ces signaux, génère-moi l'image telle que cette personne était en train de la regarder." Et ça a marché.
Les premiers résultats en 2019 étaient impressionnants. L'IA arrivait à reconstruire des visages qui ressemblaient à ceux que la personne avait vu. Pas identique, pas parfait, mais reconnaissable. On pouvait distinguer si c'était un homme ou une femme, si la personne avait des cheveux blonds ou bruns, si elle portait des lunettes ou non. Le contour général, l'expression, l'ambiance du visage, tout ça était là. Certes, flou, imparfait, mais présent. Mais les choses vont très vite dans ce domaine, très vite.
Et c'est là qu'il faut comprendre un point essentiel. Ces recherches surfent sur une vague technologique beaucoup plus large, l'explosion de l'intelligence artificielle générative. Les IA qui génèrent des images progressent à une vitesse folle. On a tous déjà entendu parler de midjourney, de DI ou de stable diffusion. C'est programme qui créent des images à partir d'une simple description en texte. Et bien, les chercheurs utilisent exactement le même type de technologie, sauf qu'au lieu de partir d'un texte, ils partent de signaux cérébraux.
En 2023, avec les dernières générations d'IA, les résultats sont devenus stupéfiants. On montre à une personne une photo de deux vaches dans un champ et l'IA reconstruit à partir de son cerveau une image avec deux vaches dans un champ. Les vaches sont au bon endroit, le ciel est en arrière-plan, le champ est penché dans la bonne direction. L'IA voit littéralement ce que vous voyez. Il y a 20 ans, ça aurait été considéré comme de la magie. il y a 10 ans comme un fantasme de chercheurs un petit peu trop optimiste. Aujourd'hui, c'est publié dans les plus grandes revues scientifiques du monde et reproduit dans plusieurs laboratoires en France, aux États-Unis, au Japon et même en Chine.
Et il y a un détail qui rend ça encore plus intéressant. Stanislas Deen, l'un des plus grands spécialistes mondiaux du cerveau, a montré quelque chose de fascinant dans ses recherches. La grande majorité de ce que fait votre cerveau, il le fait sans que vous en ayez conscience. Quand vous voyez un visage, votre cerveau le reconnaît inconsciemment avant même que vous en preniez conscience. Quand vous lisez un mot, votre cerveau en comprend le sens avant même que vous ayez l'impression de l'avoir lu. Il y a en permanence tout un monde de traitement, de calcul, d'interprétation qui se passe en permanence sous la surface sans que vous le sachiez.
Et c'est précisément ce traitement inconscient, cette activité souterraine permanente que les machines commencent à lire. Pas seulement ce que vous décidez de penser, mais ce que votre cerveau fait automatiquement sans vous demander votre avis. Parce que vous ne faites pas que voir des choses, vous pensez. Vous avez une petite voix dans votre tête, celle que vous avez par exemple quand vous êtes en train de lire un texte. C'est celle qui commente, qui réfléchit, qui formule des phrases silencieuses que personne ou d'autre n'entend. Est-ce qu'on peut lire ça aussi ? Est-ce qu'une machine peut entendre votre voix intérieure ?
En 2023, deux chercheurs de l'université du Texas à Austin, Jerry Tong et Alexander Hut, ont publié une étude dans Nature Neuroscience, l'une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde. Et cette étude a fait l'effet d'une véritable bombe dans la communauté scientifique. Ils ont développé ce qu'on appelle un décodeur sémantique. Le nom est un peu technique mais l'idée est très simple. C'est un programme capable de traduire l'activité de votre cerveau en texte, en mots, en phrases et en continu. C'est comme si quelqu'un lisait vos pensées et les tapait sur un clavier en temps réel.
Le protocole est le suivant : on met une personne dans un IRM. Pendant des heures et des heures, elle écoute des podcasts, des histoires, des récits. Pendant tout ce temps, l'IRM enregistre l'activité de son cerveau et une IA, basé sur le même type de modèle que Chat GPT apprend à faire le lien entre les patterns d'activité cérébrale et le ou les mots qui étaient prononcés à ce moment-là. Pour l'IA, c'est un petit peu comme si vous appreniez une langue étrangère. Au début, vous ne comprenez rien. Puis à force d'écouter, vous commencez à reconnaître des mots, des structures, des intentions. Et ben l'IA fait exactement pareil. Elle apprend le langage de ce cerveau en particulier. Elle apprend que quand telle combinaison de zones s'active de telle manière, ça correspond à telle idée, tel concept, tel mot.
Et une fois que l'entraînement est terminé, on passe au vrai test, le moment de vérité. La personne écoute une nouvelle histoire, une histoire qu'elle n'a jamais entendu, que l'IA n'a jamais vu. Et l'IA, juste en lisant son cerveau, sans aucune autre information, essaie de deviner ce qu'elle entend et les résultats sont assez dingues. La personne entend, "Je n'ai pas encore mon permis de conduire et il a des codes, elle n'a pas encore commencé à apprendre à conduire." C'est pas mot pour mot, mais le sens est là, l'idée est là. L'IA a compris ce que la personne était en train d'entendre. C'est pas à l'identique, les mots sont différents mais l'émotion est là, la situation est là et le sens est terriblement proche.
Mais attendez, les chercheurs ne se sont pas arrêtés là. Ils ont aussi demandé aux participants de regarder des vidéos courtes, muettes, sans aucun son. Et l'IA, juste en lisant l'activité cérébrale, arrivait à décrire ce qui se passait dans la vidéo. Pas les détails exacts, mais le sens général. Une personne marche dans une pièce, quelqu'un tient un objet. L'IA ne voit pas la vidéo, elle ne voit que votre cerveau. Et à partir de votre cerveau, elle comprend ce que vous regardez.
Et c'est là que ça devient intéressant. Les chercheurs ont ensuite demandé aux participants de ne plus écouter d'histoire, de simplement imaginer qu'il raconte sans prononcer le moindre mot, sans bouger les lèvres, sans faire le moindre geste. L'IA arrivait quand même à capter le sens de ce qu'il pensait, pas parfaitement, mais suffisamment pour qu'on comprenne l'essentiel de ce qu'ils avaient en tête. Ici, on a une machine sans aucun contact physique avec la personne, sans implant, sans électrode, sans rien qui touche votre corps, juste un scanner cérébral et un algorithme qui arrive parfaitement à lire vos pensées les plus silencieuses. Pensé que vous n'avez jamais prononcé, celle qui existe que dans votre tête. Ça c'était en 2023. On sait faire ça pas parfaitement, pas à chaque fois, mais suffisamment pour que les plus grandes revues scientifiques du monde publient ses résultats et que la communauté scientifique les prenne très très au sérieux.
Alors maintenant, avant que la panique s'installe, il y a quelque chose de crucial à comprendre. Votre cerveau parle son propre langage. C'est une découverte qui a surpris les chercheurs eux-mêmes. Quand on entraîne une IA à décoder le cerveau d'une personne, cette IA ne fonctionne que pour cette personne. Si on prend le même programme entraîné sur le cerveau de Pierre et qu'on essaie de l'utiliser pour lire le cerveau de Marie, on obtiendra du charabia. Rien de cohérent, rien d'exploitable comme si on essayait de traduire du japonais avec un dictionnaire chinois. C'est comme si chaque cerveau avait inventé son propre code, sa propre manière de représenter le monde. Pour bien comprendre, imaginez deux personnes qui parlent chacune une langue que personne d'autre au monde ne parle. Elles voient les mêmes choses, elles vivent les mêmes expériences, mais elles les décrivent dans des langues complètement différentes. Vous et moi, on regarde le même coucher de soleil, on voit la même chose. Mais dans nos cerveaux, l'information est encodée de manière complètement différente. Les mêmes zones s'activent. à peu près, mais les patterns précis, les combinaisons signaux, la manière dont les neurones s'organisent pour représenter le concept de coucher de soleil, tout ça est unique à chaque individu. Votre cerveau a son propre dialecte et personne d'autre le parle.
Pour que l'IA puisse vous lire, il faut d'abord qu'elle apprenne langage à vous et ça ça prend beaucoup de temps, beaucoup de temps. Dans l'étude de Tang et Hut, chaque participant a passé environ 16 heures dans un IRM pour l'entraînement. 16h allongé dans un tunnel bruyant, immobile, sans pouvoir bouger à écouter des podcasts pendant qu'une machine cartographie méthodiquement votre cerveau. Et puis il y a une autre limite tout aussi importante, il faut que la personne coopère. Si le sujet décide de résister et de penser à autre chose, de se mettre à compter dans sa tête ou à imaginer une chanson pendant qu'on essaie de le décoder, les résultats deviennent inutilisables. L'IA perd complètement le fil, le signal se brouille. Les chercheurs ont testé ça explicitement. Ils ont demandé à des participants de saboter le décodage en pensant à autre chose et ça marcher. Le décodeur s'est effondré et il y a aussi une différence importante entre percevoir et imaginer. L'équipe de Valrulen à Toulouse a testé ça. Ils ont demandé à des sujets de choisir un visage parmi 20, de fermer les yeux et de l'imaginer. L'IA arrivait à identifier quel visage la personne imaginait parmi les 20 possibles. Mais quand elles essayaient de reconstruire précisément le visage, le résultat était beaucoup plus flou. Parce que quand vous imaginez quelque chose, l'activité cérébrale est plus diffuse, moins nette que quand vous le voyez réellement. Votre cerveau ne fait pas la même chose quand il perçoit et quand il imagine. Il y a le sang.
Donc pour l'instant, on ne peut pas lire les pensées de quelqu'un à son insu. Il faut sa coopération active, des heures d'entraînement et une machine de 3 tonnes qui coûte plusieurs millions d'euros. Personne ne va vous scanner le cerveau dans le métro ou au bureau. C'est physiquement impossible avec la technologie actuelle. Ça c'est la bonne nouvelle et c'est important parce que ça signifie que pour l'instant la lecture des pensées ne peut se faire qu'avec votre consentement. Mais il y a un mai et c'est un gros mai parce que tout ce que je viens de vous décrire, c'est l'état actuel de la technologie. Et si vous avez suivi un minimum l'évolution de l'intelligence artificielle ces dernières années, vous savez une chose, ça va très vite, incroyablement vite.
En 2019, l'IA de Val Rulen reconstruisait des visages flous et approximatifs. En 2023, elle reconstruit des scènes complexes avec des animaux, des paysages, du texte. En 4 ans, on est passé de on devine vaguement si c'est un homme ou une femme à on voit deux vaches dans un champ. 4 ans, c'est rien. Et les chercheurs travaillent déjà sur des alternatives à l'IRM. Il existe une technologie qui s'appelle la Fniers, la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle. En gros, c'est un casque beaucoup plus petit qu'un IRM qu'on peut porter sur la tête. Il peut mesurer le même type de signaux que l'IRM, le flux sanguin dans le cerveau mais de manière portable. Il est moins précis certes, mais il est portable. Alexander Hut, un des chercheurs de l'étude de Texas, a dit lui-même que leur approche pouvait être transposable à cette technologie.
Et puis il y a Neuralink. En janvier 2024, Elon Musk a implanté sa première puce cérébrale dans un être humain, un homme de 30 ans en thétraplégique depuis un accident de plongée. Avec cette puce plantée directement dans son cerveau, Nolan peut contrôler un ordinateur par la pensée. Il joue aux jeux vidéos. Il navigue sur internet. Il déplace un curseur sur un écran juste en y pensant. Un an après l'opération, dans un interview, il avait dit que sa vie entière avait changé. Il est retourné à l'université. Il a lancé sa propre entreprise. Neuraling c'est une approche radicalement différente de l'IRM. C'est invasif. Il faut ouvrir le crâne, implanter des électrodes directement dans le tissu cérébral, mais la précision est incomparablement supérieure. Pour comprendre, imaginez que vous êtes dans un stade de foot plein à craquer. L'IRM, c'est comme écouter le brouara à l'extérieur du stade. Vous pouvez dire si la foule est contente ou en colère, mais vous ne pouvez pas distinguer une conversation précise. Neuraling c'est un petit peu comme avoir un micro branché directement sur l'oreille d'un spectateur. Vous entendez chaque mot qu'il prononce. Emet, l'entreprise de Marc Jeckenberg travaille de son côté sur un système qui décode les images du cerveau en temps réel grâce à une autre technologie d'imagerie. En 2025, ils ont annoncé pouvoir décoder la production de phrases avec 80 % de précision sur les caractères.
Je sais pas si vous voyez la tendance. Chaque année, la technologie devient plus précise, plus rapide, plus portable, moins chère. Les limites d'aujourd'hui, les 16 heures d'entraînement, la machine de 3 tonnes, la coopération nécessaire sont des limites techniques, pas des limites fondamentales. Et les limites techniques, ça se dépasse. C'est ce qu'elles font, c'est ce qu'elles ont toujours fait. Il y a 30 ans, un téléphone portable pesait 1 kg et servait qu'à téléphoner. Aujourd'hui, il tient dans votre poche et contient un plus de puissance de calcul que les ordinateurs qui ont envoyé des hommes sur la Lune. Les technologies de décodage cérébral suivent la même trajectoire. Elles sont lourdes, chères, imparfaites aujourd'hui, mais elles ne le seront pas toujours.
Alors, qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Commençons par le positif parce qu'il y en a et il est immense. Pensez à Jean-Dominique Bobby. C'est une histoire que vous connaissez peut-être. En 1995, cet homme, rédacteur en chef du magazine L, un homme brillant, cultivé et plein de vie, a fait un AVC massif. Il se réveille du coma avec ce qu'on appelle le syndrome d'enfermement. Son cerveau fonctionne parfaitement. Il pense, il ressent, il comprend tout ce qu'on lui dit, il entend les conversations autour de lui, il reconnaît les voix de ses enfants, mais son corps lui est entièrement paralysé. Le seul mouvement qu'il peut encore faire, c'est clignier de la paupière gauche. Une seule paupière, c'est tout ce qui lui reste pour communiquer avec le monde extérieur. Et avec cette unique paupière, lettre par lettre, clignement par clignement, dans un effort surhumain de patience et de volonté, il a dicté un livre entier, le scafandre et le papillon. Un chef-d'œuvre absolu, chaque mot lui prenait environ 2 minutes. Le livre lui a pris des mois.
Imaginez maintenant la même situation mais avec un décodeur cérébral. Imaginez que Jean-Dominique ait pu simplement penser ces phrases et qu'une machine les retranscrive en temps réel sur un écran. Pas de lettre à lettre, pas clignement par clignement, mais phrase par phrase, idée par idée, au rythme de sa pensée. Imaginez la différence. Des mois de travail épuisant remplacés par quelques heures. Un livre entier dicté par la pensée. Et bien, c'est exactement vers quoi ces technologies nous emmènent. Et ça, c'est pas un fantasme lointain.
En février 2025, l'équipe de Tang et Hut a publié une nouvelle étude montrant que leur décodeur amélioré pouvait aider des personnes atteintes d'aphasie. Ces personnes qui suite à un AVC ont perdu la capacité de parler alors que leur cerveau fonctionne encore. Pour des millions de personnes dans le monde qui vivent avec une paralysie, une aphasie, un syndrome d'enfermement, c'est un espoir colossal. la possibilité de retrouver une voix, de communiquer à nouveau.
Stanislas DN, l'un des plus grands neuroscientifiques français qui dirige le centre Neurospin au sud de Paris travaille depuis des années sur le décodage de la conscience. Son équipe a montré qu'on pouvait détecter des signes de conscience chez des patients en état végétatif. Des personnes qu'on croyait perdu, enfermé dans le silence et qui en réalité étaient peut-être encore là consciente mais incapable de le montrer. En leur demandant d'imaginer qu'ils souhaitent jouer au tennis ou qu'ils se promènent dans leur appartement, les chercheurs ont vu leur cerveau s'activer exactement comme celui d'une personne consciente. Le patient ne pouvait pas bouger, pas parler, même pas cligner des yeux. Mais son cerveau criait "Je suis là, il y a quelqu'un à l'intérieur" et grâce à ces technologies, on commence à pouvoir l'entendre.
On pourrait aussi un jour décoder les rêves. L'équipe de DN a déjà montré qu'en réveillant une personne pendant son sommeil paradoxal et en analysant son activité cérébrale juste avant le sommeil, on pouvait prédire si son rêve contenait un visage ou non. Alors, on nen est pas encore à enregistrer vos rêves comme dans un film, loin de là, mais le fait qu'on puisse deviner des fragments, c'est déjà impressionnant. Inception encore une fois semble moins fictif qu'avant.
Ça, c'est le côté lumineux, le côté qui donne espoir, qui justifie tout, le côté qui justifie des centaines de chercheurs dans le monde qui consacrent leur carrière à ces recherches. Mais il y a aussi un autre côté et ce serait irresponsable de ne pas en parler. Pendant très longtemps, dans l'histoire de l'humanité, il y avait quelque chose qu'on ne pouvait jamais vous prendre. On pouvait vous priver de votre liberté, on pouvait vous enfermer dans une cellule, on pouvait vous réduire au silence. On pouvait vous prendre vos biens, votre dignité, votre nom, votre identité. Mais il restait un endroit où personne ne pouvait aller. Un sanctuaire inviolable. Votre esprit, vos pensées, ce que vous pensiez vraiment au fond de vous, ça vous appartenait toujours, quoi qu'il arrive. C'est peut-être la liberté la plus fondamentale qui existe, la plus ancienne, la plus universelle, celle de penser et ce qu'on veut sans que personne le sache. Celle qui fait que même dans les pierres dictatures, même dans les pierres prisons, il restait un espace de liberté absolue l'intérieur de votre tête.
Et pour la première fois de l'histoire de l'humanité, cette liberté pourrait être menacée. Pas aujourd'hui, pas demain matin, peut-être pas dans 10 ans. Mais la trajectoire semble claire et elle est inquiétante. Les technologies de décodage cérébral progressent à une vitesse exponentielle. Ce qui nécessitait aujourd'hui 16 heures de traitement et une machine de 3 tonnes pourrait dans 10 ou 20 ans ne faire qu'un simple casque. Ce qui nécessite aujourd'hui la coopération du sujet pourrait un jour s'en passer et ce qui décode aujourd'hui le sens général de vos pensées pourrait un jour les lire mot à mot.
Alors la question se pose inévitablement et si ces technologies tombent entre les mains d'un état totalitaire ? Et ça, c'est pas forcément la science-fiction. C'est pas un scénario de Black Mirror. C'est une préoccupation réelle prise au sérieuse par les gouvernements. En 2021, le Chili est devenu le premier pays au monde à inscrire les neurodroits dans sa constitution. Le droit à l'intégrité mentale, le droit à la confidentialité des données cérébrales, le droit de ne pas être lu. Le fait qu'un pays ait ressenti le besoin de légiférer là-dessus, de graver ça dans sa constitution, devrait nous interpeller. Ça veut dire que des gens sérieux, des juristes, des scientifiques, des législateurs ont regardé la trajectoire de ces technologies et se sont dit il faut protéger les gens maintenant avant qu'il ne soit trop tard.
Raphaël, un des neuroscientifiques de l'université de Colombia à New York, est l'un des pionniers de ce combat. Il a fondé la Neuroriide Foundation en 2017 et il répète la même chose depuis des années. Les données cérébrales sont des données les plus intimes et les plus sensibles qui existent. plus intime que vos mails, plus intimes que vos messages, plus intimes que votre historique de navigation parce que vos données cérébrales, c'est vous, c'est ce que vous pensez avant même de décider de le dire. Et en novembre 2025, l'UNESCO adopté le premier outil normatif mondial sur l'éthique des neurotechnologies. Le monde commence à prendre conscience de l'enjeu, mais la technologie avance plus vite que la législation. Elle avance toujours plus vite que la législation.
Pensez à ce qui s'est passé avec Internet. Quand le web est né, personne n'avait anticipé la surveillance de masse, le vol de données personnel, la manipulation de l'information à l'échelle planétaire. On a réagi après coup, on a légiféré après les dégâts. Avec les neurotechnologies, on a peut-être une chance de faire les choses différemment, de réfléchir avant, de poser des limites avant qu'il ne soit trop tard, de décider collectivement de ce qu'on accepte et de ce qu'on refuse.
Ce qui me fascine dans cette histoire, c'est qu'elle nous force à repenser quelque chose qu'on tenait pour acquis. On a toujours cru que nos pensées étaient invisibles, que l'intérieur de notre crâne était un espace privé par nature, par définition, par construction. Pas parce qu'on le protégeait activement, mais parce qu'il était tout simplement inaccessible. C'était une évidence tellement profonde qu'on avait même pas besoin d'y penser. Et maintenant, on découvre que non, nos pensées ont une signature physique. Elles sont inscrites dans des patterns d'activité neuronale aussi concrets qu'une empreinte digitale. Et ces patterns, on commence à savoir les lire. Pas encore parfaitement, pas encore à distance, pas encore sans notre consentement, mais on commence. Mais dans un monde où les États surveillent déjà les communications, les déplacements, les visages de leurs citoyens, dans un monde où la reconnaissance faciale est déjà déployée à grande échelle dans certains pays, la question se pose et si demain on peut lire ce qui se passe à l'intérieur d'un cerveau avec une précision suffisante, quelle liberté nous restera-t-il ?
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