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Voici qui entraîne l'algorithme de Google - Invisibles #2

slash enquêtes20:50

Transcription

Nous sommes un acteur majeur de l'externalisation des métiers de la relation client. Nous assurons une offre globale, onshore et offshore. Répondant aux enjeux de la globalisation. Et une expertise multiservice. Permettant de couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur de la relation client. Prestataire de l'input optimisé. Nous accompagnons de prestigieux donneurs d'ordre locaux, régionaux et internationaux. Opérant dans de multiples secteurs et industries, dans la création de valeur et l'optimisation de l'expérience client, avec une approche unique et orientée vers l'excellence opérationnelle! Pour cela, nous nous appuyons sur la compétence de nos collaborateurs, passionnés et engagés dans une démarche constante de qualité de service, sur notre proximité et agilité reconnues, et notre esprit entrepreneurial.

18 00:00:39,800 --> 00:00:39,600 Notre culture d'entreprise, fondée sur un management par les valeurs et un ADN humain, intègre une dimension sociale forte, garante de la pérennité de nos activités. Et si vous avez compris un seul truc à ce bullshit, nous sommes faits pour co-worker together! Bullshit? Parce que quand c'est mieux, c'est pas plus mal.

Tu vas te préparer? Il est 7h30. Alors, j'ai 42 ans, j'ai deux enfants presque adolescents, et aujourd'hui, je suis séparée de mon mari. Il faut savoir que j'ai arrêté de travailler quand même pendant 12 ans pour éduquer mes enfants. Donc reprendre un travail après 12 ans, c'est pas forcément si facile que ça. Et je suis tombée un jour, en faisant des recherches sur Internet, sur un site qui s'appelle Lionbridge, qui propose des postes de traduction divers et variés et qui a également un contrat avec Google pour tout le microworking. J'ai commencé comme ça, et puis ça fait trois ans et demi. Hop! On est bon?

Ouais.

Allez! Go! Téléphone, chien...

J'ai pris mon téléphone ou pas?

Tu veux ton téléphone? Ben prends ton téléphone. Donc je me connecte via une adresse Gmail qui a été créée pour le travail. Pour ce travail. Et donc j'atterris sur un site spécifique, où les tâches sont distribuées. Là, par exemple, on est sur cette tâche de comparaison d'un mot-clé et d'une recherche d'une personne, et on a "la moutarde de dijon" et "moutarde de dijon"... "la moutarde dijon", d'ailleurs. Y avait pas d'article. Et on nous demande de savoir si finalement ça a le même sens pour la recherche Google. Donc on considère bien évidemment que ça a le même sens. Et une autre, pareil, même chose: "accrocher tableau sans percer", "comment accrocher des tableaux sans percer"... Donc on considère bien évidemment que la personne recherche la même chose. Donc on aide l'algorithme à s'améliorer. Voilà. On peut considérer que sur certaines tâches, je pense que beaucoup de gens ont le cerveau qui leur permettrait de faire ça également. Et puis alors, je pense qu'après trois ans et demi aussi, certaines choses deviennent assez automatiques. À force de travailler et de faire, par exemple, la même tâche pendant une heure, deux heures d'affilée, on devient un peu robotisé. C'est un petit peu... On devient un petit peu robotisé.

Alors, je n'ai pas de contrat réel. À tout moment, je peux m'arrêter de travailler, d'ailleurs, sans les prévenir, chose que, bien évidemment, je ne ferai jamais, comme eux-mêmes peuvent stopper la collaboration quand ils le souhaitent, sans préavis. Y a pas de contrat. Alors, ça m'est arrivé, en effet, d'avoir envie, et surtout, en fait, de penser à mes semaines à l'avance, parce que j'ai d'autres choses à gérer que Google, et donc de finalement un petit peu caler mes heures pour Google dans la semaine et de me retrouver face à un écran qui me disait qu'il n'y avait pas de tâches. Donc ça, je trouve que c'est, pour moi en tout cas, assez stressant. Parce que finalement, je me retrouve sur deux heures où j'avais prévu de travailler, et y a rien. Donc finalement, passer deux heures à pas forcément savoir quoi faire et devoir se reconnecter à d'autres moments dans la semaine pour essayer de voir si je pouvais avoir plus de travail... Et ça, c'est des semaines un peu chaotiques à gérer, quand même. Voilà. Très clairement. Et le stress vient aussi parce qu'on sait pas si à la fin de la semaine on aura fait toutes les heures, finalement, qu'on avait prévu dans sa tête de faire. Voilà. Donc oui, en effet... C'est anxiogène. Alors, ça ne m'a jamais mise en difficulté financièrement, parce que, jusqu'à assez récemment, j'étais mariée, avec un mari qui gagnait la vie du ménage. Aujourd'hui, par contre, ce serait un souci. Je n'ai jamais rencontré les gens pour lesquels je travaille. Tout s'est fait par Internet. Je n'ai jamais parlé à personne non plus, d'ailleurs, en trois ans et demi de travail. Alors, je témoigne de manière anonyme, parce que Google, dans ce qui est un semblant de contrat, refuse que nous parlions de ce travail. Donc, en fait, concrètement, je n'ai pas le droit d'en parler, je n'ai pas le droit de témoigner, je n'ai pas le droit de travailler dans des endroits publics. Personne ne doit être témoin de ce qu'on fait.

Je m'appelle Nomena, j'ai 32 ans, je suis mariée, et j'ai trois enfants qui sont âgés de 12 ans, de presque 5 ans et bientôt 3 ans. Le travail se passe sur une plateforme appelée Alcméon. On a un login et un mot de passe. Donc à 14h, chaque jour, je me connecte sur la plateforme. Sur cette plateforme, nous gérons les messages de Disneyland Paris sur Facebook et Twitter. Il y a des réservations, des réclamations, des remerciements, des commentaires qu'on peut supprimer, des commentaires qui ne sont pas importants pour les départements. Il faut que j'attende, et dès qu'il y a un message, je traite. Voilà. On a des modèles de réponse qu'il faut juste personnaliser un peu, changer le prénom ou bien adapter le message à la demande du client concerné. Je travaille six jours sur sept. Pour ce travail, je gagne un forfait mensuel de 200 €. Donc c'est 200 € pour 48 heures par semaine. Pour postuler chez *****, il faut posséder du matériel: une connexion, un ordi, un casque, éventuellement. Ce sont des conditions préalables à l'embauche. Dans le contrat, il est même stipulé que nous devons avoir un groupe électrogène pour assurer la continuité du courant en cas de coupure. Mais quand même, quand y a pas de courant, vu que mon ordi n'a presque plus d'autonomie, il m'arrive de ne pas pouvoir travailler pendant quelques heures. Mais après, je rattrape. Et ces coupures-là, heureusement, ça se passe généralement la nuit, et les gens de chez ***** chez Disneyland sont déjà rentrés. Ils finissent à 18h et quelques en France, je pense. Et du coup, personne ne s'aperçoit de mon absence sur la plateforme. Et dès que le courant revient, je rattrape, je traite tous mes messages. À *****, j'ai trouvé un travail sur une autre plateforme appelée *****. La sélection et les démarches étaient très rudes. C'était difficile et très long. ***** est une plateforme qui dit vouloir aider des jeunes femmes d'Afrique et d'Asie à avoir une rentrée d'argent stable et puis les aider à réaliser leurs projets de vie.

Je m'appelle... C'est assez long: Marolafy Norotahina Ny Kanto. Typiquement malgache! J'ai 24 ans. Une fonction? Pour l'instant, je vais dire étudiant. Et mère de famille. Voilà. J'ai eu mon bac ici. Après mon bac, j'ai eu une bourse en Chine pour cinq ans. La première année, j'ai étudié la langue chinoise. Ensuite, j'ai fait une licence en business administration. J'ai fini mes études il y a un an. Donc, j'ai commencé à chercher du travail et tout, et j'ai vu qu'il y avait du travail sur des plateformes et tout ça, donc j'ai commencé à faire ça. Ce qu'ils écrivent vraiment dans leur site, c'est un complément de revenus pour les femmes africaines qui sont, disons, en difficulté ou en recherche d'emploi et qui ont du mal à trouver du travail. Parce que, vu la vie en Afrique, c'est pas facile de trouver du travail, comme à Madagascar. C'est pas tous les jours qu'on voit des trucs pareils! Il y avait un projet de retranscription audio. C'était pour Total Spring, je crois. Parce que tous les textes, ça parlait de Total Spring, les services client et tout ça. On retranscrit la conversation entre le service client et les clients qui se plaignent ou qui ont des remarques à faire. J'ai fait au total 812 tâches. Donc 812 tâches, ça m'a pris une semaine. Parce que j'ai fait ça pendant une semaine, journée et soir. C'était pour à peu près... moins de 40 €, je dirais. Oui, vers les 30 €, pour faire ça.

Il y a plusieurs HITeuses qui ont décidé de réagir, de boycotter certaines tâches et d'exiger une hausse des tarifs. On avait envoyé un mail groupé aux responsables, en leur demandant d'appliquer les 2,86 € par heure qu'ils avaient promis au tout début. Et ce n'est que là qu'ils avaient expliqué que les 2,86, c'était juste à titre indicatif, que ce n'était pas automatique, mais qu'en travaillant pendant une heure, en faisant quelques tâches, on devrait pouvoir se faire ces 2,86 €. Comment peut-on faire 2,86 € en une heure si une tâche rapporte 0,27 € mais que chaque tâche requiert 15 minutes pour être faite? C'est carrément impossible!

Je travaille vraiment toute la journée, je dirais presque huit heures par jour, six jours par semaine, donc du lundi au samedi. Huit semaines? 336 heures, je dirais 200. 200, voilà. 200. 336 heures pour gagner 200 €. Oui, c'est fou.

Bon appétit!

Bon appétit!

Bon appétit, Garcia! Nous, on ne sait pas à qui appartient le projet, mais sur leur site web, il y a plusieurs entreprises qui y figurent. À savoir: SCNF, il y a des banques françaises... Il n'y a que de grandes enseignes. Je ne peux pas affirmer que ces entreprises sont complices, mais elles bénéficient de l'exploitation effectuée par *****. Ça, c'est indéniable. Puisque c'est eux qui ont, au final, un travail bien fait et de qualité. Donc c'est des bénéfices pour l'entreprise. Bénéfices, bénéfices, c'est une question d'argent.

Pourquoi ils font ça surtout ici, en Afrique? C'est toujours la question, en fait. C'est toujours la question qui se pose: pourquoi c'est nous, en Afrique, qui nous démenons pour leur bien à eux? Voilà!

Ce sont les riches qui exploitent les pauvres afin de se faire plus de bénéfices sans se soucier du bien-être de ceux qui font vraiment le travail pour eux. Donc voilà. Ils peuvent en donner plus, mais ils préfèrent se faire des bénéfices et s'enrichir encore et encore. Et donc, les opérateurs, les opératrices, les modérateurs, modératrices, restent modératrices jusqu'à leur mort, alors qu'eux, ils ouvrent des filiales ici et là partout dans le monde, ils gagnent plus de clients, ils se font beaucoup d'argent... Et nous, on reste modératrices à jamais. On travaille chaque mois afin d'assurer le mois suivant. Si je touche mon salaire le 15, il faut savoir bien jongler et bien gérer pour que ça arrive au 15 suivant et percevoir mon prochain salaire. Et c'est ainsi que ça marche, un cercle vicieux sans évolution, en fait.

Placer l'humain au cœur d'une chaîne algorithmique...

Elle est pas belle, la promesse?

Des p'tits doigts, des p'tits doigts...

Toujours des p'tits doigts! On peut dire qu'en termes d'éclate, on a franchi un level!

Mais attention, c'est pas fini!

Sur l'échelle du fun-cool, on peut encore s'enfiler des barreaux!

Carrément!

Facebook...

Twitter...

Insta...

Et j'en passe!

Vous pensez qu'ils se modèrent tout seuls, les réseaux?

Bah non!

Les modératrices...

Et modérateurs...

De nos réseaux fétiches...

Se dévoileront intégralement...

Sous vos yeux ébahis...

Lors du prochain épisode.

Trop hâte!

Grave!

D'ici-là, cliquez bien!

Bullshit? Vivement la suite!