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Le français de l'actu (B2/C1) - La montée de l'égoïsme

Parler français avec Marianne18:09

Transcription

[musique] Il y a quelques jours, je me promenais dans les couloirs de ma librairie préférée et je suis tombée sur un livre dont le titre m'a intrigué, dont le titre a attiré mon attention. C'est un livre écrit par le sociologue français Camille Penny et publié en janvier 2026. En voici le titre : Le triomphe des égoïsmes. Le triomphe, c'est la victoire, et l'égoïsme correspond au fait de penser d'abord à son propre intérêt avant de penser aux autres.

Alors, pourquoi est-ce que ce titre m'a intrigué ? Pour trois raisons. D'abord, parce que je connais le travail de Camille Penny sur d'autres sujets et je sais que c'est un chercheur intéressant et rigoureux, sérieux. Ensuite, ce titre, Le triomphe des égoïsmes, donne envie d'en savoir plus. J'imagine une réflexion sur l'individualisme et sur notre sentiment d'appartenir à une même société, de faire partie d'un même groupe de personnes. Enfin, je me suis dit que ce titre allait à rebour de certains clichés qu'on peut parfois entendre sur la France. Aller à rebour, ça veut dire aller dans le sens contraire. On entend parfois dire que la France est un pays très politisé, très engagé, où les travailleurs sont bien protégés, et cetera. Et bien, grâce à ce livre, peut-être qu'on va découvrir ensemble que c'est plus compliqué que ça.

Car je ne suis pas restée admirée la page de couverture dans la librairie. J'ai acheté le livre. Au revoir. Je l'ai lu et j'ai décidé de t'en partager les idées les plus intéressantes. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je dois t'avouer quelque chose. Pendant la lecture, j'étais un peu stressée parce que c'est un livre de niveau avancé avec du vocabulaire difficile, et je me suis demandé comment t'en parler de façon accessible sans te donner mal à la tête. Alors, je vais essayer d'être la plus claire possible, et tu vas voir que tu vas découvrir de nombreuses expressions utiles pour suivre l'actualité en français. Je vais te parler du changement progressif, du rôle de l'État en France, et de la façon dont notre égoïsme se manifeste à l'école, dans nos votes et sur le marché du travail.

Pour mieux profiter de cet épisode de niveau C1, appuie-toi sur la transcription gratuite que tu trouveras en cliquant sur le lien en description. Et si ça t'intéresse, il te reste quelques heures pour profiter du tarif de lancement de la communauté Le français de l'actu. Si tu veux intégrer le français à ton quotidien, grâce à des activités interactives, ce sera la solution parfaite pour toi. Le lien est également dans la description. Allez, tu es prêt ou prête ? On y va.

Le [musique] français de l'actu. Le français de l'actu. Réfléchis à des sujets actuels en français. Pour commencer, on va s'intéresser à l'État français. En France, tu sais qu'historiquement, l'État est très présent dans la vie des gens. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en particulier, les Français sont très attachés à leurs services publics dans les domaines de la santé, de l'éducation, et cetera. Et dans la seconde moitié du 20e siècle, l'État dépense beaucoup d'argent pour réduire les inégalités entre les citoyens. L'inégalité, c'est quoi ? C'est le contraire de l'égalité. Mais les choses changent à partir des années 1990. La mondialisation s'accélère et la France n'est pas très compétitive. Ça veut dire qu'elle n'est pas très bien placée par rapport à ses concurrents. C'est la réputation de la France que tu connais : les salariés, ils sont bien payés, c'est difficile de les licencier, c'est-à-dire de s'en séparer, ils ont beaucoup de jours de vacances, et les entreprises doivent payer beaucoup d'impôts pour soutenir ce système. Et bien, aujourd'hui, ce n'est plus tout à fait vrai.

Depuis plus de 20 ans, l'État se retire petit à petit. Il finance de moins en moins la lutte contre les inégalités et il réduit de plus en plus les impôts pour les entreprises. Le problème, c'est qu'entre-temps, l'État a pris tellement de place dans la vie des gens que quand il part, il ne reste pas grand-chose. Avant, il y avait des réseaux de solidarité, des espaces où les gens s'entraidaient et se soutenaient au niveau local, mais ils ne sont plus du tout aussi puissants qu'avant. Dans ce contexte, les Français ont tendance à penser d'abord à leurs propres intérêts. Pourquoi ? Parce qu'il faut s'assurer une bonne place, il faut avoir une bonne situation dans une société de plus en plus compétitive. Selon le sociologue Camille Penny, pour certains Français, c'est un égoïsme de conviction. Ils sont d'accord avec cet état d'esprit. C'est le règne du chacun pour sa pomme. Chacun pour sa pomme, ça veut dire chacun pour soi. C'est-à-dire qu'on ne se préoccupe que de soi, pas des autres. Mais pour d'autres, c'est un égoïsme par défaut, parce qu'il n'y a pas vraiment d'autres choix.

Cet égoïsme s'observe à différents niveaux. Tu vas voir que ça va rendre toute cette évolution plus concrète pour toi. Dans les parties suivantes, je vais te parler de l'école, du vote des Français et du marché du travail.

[musique] D'abord, on va s'intéresser à l'école. En France, ce qu'il faut savoir, c'est que le diplôme est encore très important sur le marché du travail. Si tu postules, si tu candidates un emploi, les employeurs seront très attentifs au type de diplôme que tu as : est-ce que c'est un baccalauréat, une licence, un master, un doctorat, et cetera. Mais dans un contexte où il y a beaucoup de jeunes diplômés, ce qui fait la différence, c'est aussi et surtout l'endroit où tu étudies. Les endroits les plus prestigieux, ce sont les grandes écoles sélectives comme SciencePo ou l'École des mines, ou bien certaines grandes universités comme Paris-Saclay ou Paris-Dauphine, par exemple. Concrètement, ça peut t'ouvrir ou te fermer des portes. Ça peut te donner accès ou au contraire t'interdire l'accès à certaines opportunités professionnelles. Et le problème, c'est qu'on entre dans ces écoles très tôt, juste après le bac, ou alors après quelques années de préparation, à 18, 19 ou 20 ans. Donc tout ça, ça s'anticipe, surtout dans un contexte où on est en compétition avec beaucoup d'autres jeunes qui font des études longues, et ça, les jeunes et leurs parents l'ont très bien compris.

Dans son livre, Camille Penny s'intéresse en particulier à ce qu'il appelle les classes moyennes supérieures, c'est-à-dire les personnes qui ne sont pas très riches mais qui n'ont pas de difficultés financières. Ces familles mettent en place de nombreuses stratégies pour favoriser l'intérêt de leurs propres enfants. Elles choisissent un lycée prestigieux, de préférence un lycée privé où les enfants des milieux populaires sont presque absents. Elles payent également des professeurs particuliers ou encore elles envoient leurs enfants faire des séjours linguistiques en Angleterre ou aux États-Unis, et cetera. Pour ça, il faut connaître les bonnes stratégies, avoir des moyens financiers, identifier les établissements prestigieux, et cetera. Autrement dit, il faut jouer un jeu individualiste pour être avantagé dans le système scolaire. La compétition entre les enfants à l'école est donc déséquilibrée. Ça veut dire qu'ils n'ont pas les mêmes chances de réussite. Et aujourd'hui, même si les enfants d'ouvriers sont de plus en plus nombreux à faire des études, ils n'accèdent pas plus aux emplois les plus prestigieux qui restent occupés par les enfants des classes moyennes supérieures.

[musique] Cet égoïsme se manifeste aussi dans les votes des Français. Dans son livre, Camille Penny montre que les idées des Français ont évolué sur les questions sociales et économiques. Il souligne un paradoxe important. D'un côté, les Français sont conscients des difficultés d'une partie de la population. D'après une étude de la Drees en 2021, neuf Français sur 10 estiment que la pauvreté et l'exclusion ont augmenté ces dernières années. D'un autre côté, les Français qui veulent que l'État intervienne plus sont de moins en moins nombreux. En 2001, 54 % des Français estimaient que l'État n'était pas assez présent pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion. Mais en 2021, il n'était plus que 34 % à le penser. En 20 ans, il y a 20 points d'écart entre ces deux chiffres.

Alors, comment analyser cela ? On peut dire que malgré leur conscience des inégalités, les Français considèrent de moins en moins que l'État devrait les corriger. Autrement dit, ils y sont de plus en plus indifférents, c'est-à-dire que ce n'est plus perçu comme leur problème. Et d'après Camille Penny, ça s'explique en partie par le fait que ces inégalités sont vues comme le résultat du mérite individuel. Les positions sociales des gens dépendraient de leurs efforts et de leur travail. C'est quelque chose qu'on entend beaucoup aujourd'hui, mais qui n'était pas du tout aussi évident il y a 30 ou 40 ans. Dans les années 1980, en France, les classes moyennes supérieures votaient plutôt à gauche. Elles étaient en faveur des nationalisations, du droit de grève, de la protection des travailleurs, et cetera. Aujourd'hui, elles adhèrent au contraire à cette idée du mérite et de la performance individuelle. Et ça s'observe dans les votes.

Je vais te donner un exemple concret. En 2022, 35 % des cadres ont voté au premier tour pour Emmanuel Macron, qui est un candidat libéral sur le plan économique. Quand je parle des cadres, ici, ça renvoie à une catégorie statistique en France. Les cadres, ce sont les personnes très diplômées qui ont des métiers à responsabilité. Donc un cadre sur trois a voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour. De façon plus générale, la gauche, qui propose des programmes de réduction des inégalités, recueille de moins en moins de votes, notamment des classes moyennes supérieures.

Et sur le marché du travail, qu'est-ce qu'on observe ? Comment cette montée des égoïsmes se manifeste-t-elle ? Je te l'ai dit, il y a une forte concurrence pour accéder aux bonnes places sur le marché du travail. Quand on accède à une bonne place, on veut la garder et montrer qu'on est performant et qu'on la mérite. Le problème, c'est que cette pression individuelle qui pèse sur les cadres, c'est-à-dire sur les managers, les responsables, et cetera, a des conséquences. D'après une étude de l'APEC, en 2022, un cadre sur deux se dit victime d'épuisement professionnel. Un sur deux. Et les salariés sont souvent assez peu protégés face à ces situations. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce qu'on entend parfois, les syndicats sont faibles en France. Les syndicats, ce sont les organisations professionnelles qui défendent les intérêts des travailleurs. En France, ce sont par exemple la CGT, la CFDT, FO, et cetera. En 2025, seulement un salarié sur 10 est syndiqué. Cette faible présence de l'action collective au travail a un impact sur les cadres, mais aussi et surtout sur les travailleurs les moins qualifiés.

Dans son livre, Camille Penny décrit très bien les difficultés de ces travailleurs. En France, en 2019, les ouvriers et les employés peu qualifiés occupent 20 % des emplois. On les retrouve dans l'industrie, dans l'artisanat et dans les services à la personne. Ce sont des emplois qui ne peuvent pas être remplacés par les nouvelles technologies, comme les aides à domicile qui interviennent auprès des personnes âgées, par exemple. Ces travailleurs sont souvent payés au lance-pierre, c'est-à-dire peu payés. Ils ont aussi des contrats précaires et des horaires atypiques, et surtout, ils sont très isolés. Ils sont isolés les uns vis-à-vis des autres. Par exemple, les livreurs de colis ou les coursiers Uber qui apportent les repas n'ont pas beaucoup d'occasions de discuter entre eux, et ils sont isolés par rapport aux syndicats qui pourraient pourtant défendre leurs droits face aux employeurs. Ici, d'après Camille Penny, on est donc plutôt sur un égoïsme par défaut, c'est-à-dire une priorité donnée à ses propres intérêts parce qu'il n'y a pas vraiment d'autres choix. Attention, ça ne veut pas dire que les actions collectives ont disparu. Je peux citer par exemple la grève des femmes de chambre de l'hôtel Ibis Bâtyol qui a duré 2 ans. Dans le club cette semaine, je te présente en détail ce mouvement social.

[musique] Il est temps de conclure. Dans cet épisode, je t'ai montré que la France était vue comme le pays du service public, mais que les choses changent progressivement. Pour le dire un peu schématiquement, pour le dire simplement, avant, on considérait que l'individu n'était pas responsable de ses situations socio-économiques. L'État devait donc corriger les inégalités de naissance. Aujourd'hui, l'État est moins présent. On pense un peu plus à nos propres intérêts parce qu'il y a une forte compétition pour accéder aux bonnes écoles et aux bons emplois. Et ça se comprend dans un contexte où on est moins bien protégé qu'avant en cas de problème. Mais on peut se demander quelles sont les conséquences pour la société dans son ensemble quand on n'a plus vraiment le sentiment d'appartenir à un même collectif, à un même groupe d'individus.

Je dois dire que j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre et j'espère que ça t'aura intéressé. Je serais curieuse de savoir ce que tu en penses. Est-ce que les idées que je viens de développer font écho à ce que tu observes dans ton pays ? Est-ce que tu as remarqué les mêmes évolutions ? Et est-ce que tu penses que c'est une bonne chose ou une mauvaise chose ? Prends le temps de réfléchir à ta réponse à cette question en français. En tout cas, je te remercie d'avoir écouté ce podcast jusqu'au bout. S'il t'a plu, je te serais très reconnaissante si tu prenais le temps de le noter et de laisser un avis sur les différentes plateformes. N'oublie pas que dans le club, tu accèdes au quiz, au détails du vocabulaire et à une activité complémentaire sur cet épisode, mais aussi sur l'ensemble des épisodes du podcast. Le lien pour t'inscrire est en description. Je te donne rendez-vous dans deux semaines pour un nouvel épisode du podcast Le français de l'actu. À bientôt.