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La structuration de la société française SES 2/2 Les classes sociales, encore d’actualité? terminale

La Boîte à Bac21:17

Transcription

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Tu es là ? Désolé, j'étais perdu dans la contemplation de Marx. C'est encore moi, Perrine de la Boîte à Bac. Dans la dernière vidéo, nous nous sommes interrogés sur la stratification sociale en France et ses évolutions. Nous allons nous intéresser aux approches théoriques des classes sociales et nous poser la question : est-ce que les classes sociales sont encore pertinentes pour analyser la société française aujourd'hui ? Allez, viens, je t'emmène rencontrer Max.

Dans cette vidéo, nous allons répondre aux deux questions suivantes : quelles sont les approches théoriques de la stratification sociale et l'approche en termes de classe sociale reste-t-elle pertinente aujourd'hui ?

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Tu regardes cette vidéo ? J'espère que tu as compris que la stratification sociale est la façon dont on peut hiérarchiser les groupes sociaux au sein d'une société. Pour faire ça, on peut utiliser différents critères et c'est l'exercice auquel se sont prêtés nos chers sociologues allemands au 19e siècle. Voyons tout de suite les théories de Marx et Weber.

Karl Marx est un philosophe allemand, fils d'avocat. Il étudie l'histoire, la sociologie, l'économie. Engagé dans le mouvement ouvrier, on lui doit les premières analyses du système capitaliste. Ses travaux ont inspiré de nombreux mouvements révolutionnaires à travers le monde. Marx, c'est le père fondateur de la théorie des classes sociales qui se fonde sur une analyse du système capitaliste. En analysant l'histoire des sociétés à travers les siècles, il en vient à penser que ce sont les modes de production qui vont déterminer la position sociale des individus dans la société. Chaque mode de production est caractérisé par une lutte entre deux classes antagonistes, ce qui signifie qu'elles ont des intérêts contradictoires. À son époque, la lutte oppose deux classes sociales : les prolétaires, qui disposent de leur force de travail, et les capitalistes ou bourgeois, qui possèdent les moyens de production. Pour Marx, les prolétaires sont exploités par les bourgeois qui s'octroient la majorité des profits de la production en versant des salaires de misère aux travailleurs. Prolétaires et bourgeois sont donc en lutte : les bourgeois pour maintenir le statu quo et les prolétaires pour améliorer leurs conditions de vie. Ces derniers doivent donc se mobiliser collectivement pour renverser l'ordre établi.

Cela m'amène à un autre point important de la théorie de Marx : la différence entre la classe en soi et la classe pour soi. La classe en soi rassemble des individus ayant des caractéristiques et des intérêts communs, sans avoir de sentiment d'appartenance, ce que Marx appelle la conscience de classe. Alors qu'une classe pour soi rassemble des individus qui ont acquis cette conscience de classe, le sentiment d'avoir des intérêts communs, et vont se mobiliser, s'organiser en groupe pour agir collectivement. Pour Marx, seule une classe pour soi peut arriver à gagner la lutte des classes. Spoiler : ce n'est pas vraiment arrivé.

Depuis de nombreux régimes politiques au 19e et au 20e siècle se sont inspirés des travaux de Marx, et les sociologues qui ont étudié les classes sociales par la suite sont partis de sa théorie pour élaborer les leurs, comme c'est le cas de notre auteur suivant. Restons en Allemagne avec Max Weber.

Max Weber, économiste et sociologue, il s'interroge sur l'évolution des sociétés suite au passage à la modernité. S'inspirant de Marx, il analyse le capitalisme industriel d'un point de vue compréhensif. Son ouvrage "L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme" est encore étudié aujourd'hui en tant que base fondatrice de la sociologie moderne. Bien qu'elle s'inspire de l'approche de Marx, celle de Weber va un chouïa plus loin parce qu'il ne se contente pas d'analyser la société d'un point de vue économique et va ajouter deux autres dimensions à son analyse. Pour lui, la société est divisée en trois ordres ayant chacun leur propre hiérarchie. L'ordre économique est fondé sur la richesse et divise la société en quatre classes sociales : les possédants, les ouvriers, la petite bourgeoisie et les intellectuels et techniciens. L'ordre social est fondé sur le prestige et divise la société en groupes de statut. Cette hiérarchie se fonde sur le nom, la réputation, l'hérédité sociale, le style de vie ou encore le niveau de diplôme. C'est un peu la façon dont on est considéré, vu par les autres, indépendamment de notre revenu. Même si on est bien d'accord que dans notre société matérialiste, avoir de la thune, ça donne du prestige. Enfin, l'ordre politique dépend du niveau de pouvoir dont disposent les individus, organisés en partis.

Ces trois ordres sont distincts et ne se superposent pas nécessairement, mais expliquent la position sociale des individus. Quelqu'un qui est au sommet de la hiérarchie dans un ordre ne le sera pas nécessairement dans un autre. Par exemple, un parvenu qui serait devenu super riche sur un coup de bol n'aura pas le prestige et le respect des autres. Ou encore, il y a des personnes qui sont respectées pour leur engagement, par exemple, sans nécessairement avoir beaucoup de revenus.

Marx propose une vision réaliste, c'est-à-dire fondée sur l'observation et la réalité de la société dans laquelle il évolue, alors que Weber s'inscrit dans une démarche nominaliste, ce qui signifie que les classes sociales n'existent pas en tant que telles, elles ne sont que des concepts théoriques qui servent aux sociologues à l'analyse. L'analyse de Marx se fonde uniquement sur le critère économique, alors que Weber propose d'ajouter les dimensions prestige et pouvoir à l'analyse, ce qui donne une vision stratifiée de la société dans laquelle les individus peuvent être en haut de la hiérarchie pour l'un des ordres, mais pas dans un autre. Enfin, il n'y a pas de conscience de classe ni de lutte des classes chez Weber, contrairement à Marx.

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Nous arrivons à la question centrale de ce chapitre : l'approche en termes de classe sociale est-elle pertinente pour rendre compte de la société française aujourd'hui ? C'est un sujet qui tombe très souvent au bac. Depuis la réforme, il est déjà tombé trois fois. Et justement, pour augmenter tes chances de réussir les bacs, nous avons créé le Kit Bac, un magnifique coffret qui contient des flashcards pour t'aider à réviser, des vidéos de méthodologie et bien plus encore. En plus, dans les nouvelles versions de Kit Bac, dont celui de SOS qui sort bientôt ou qui est déjà sorti si tu regardes cette vidéo dans le futur de mon présent, il y aura également une application. Dans cette application, tu retrouveras des vidéos exclusives, des quizz pour défier tes amis, tu pourras également gagner des points XP pour rendre ton avatar super beau. Il y aura également des questions en dessous des vidéos pour t'aider à réviser. Bref, tout un tas d'outils pour que tu t'amuses en révisant. Plus de renseignements sur notre site, laboiteabac.fr, ou en nous suivant sur YouTube ou sur Instagram pour être au courant de toutes nos nouveautés.

Revenons à nos classes sociales. Actuellement, on considère qu'une classe sociale rassemble des individus ayant des caractéristiques, des modes de vie, des intérêts communs et une situation économique similaire. On va donc se demander si ce concept est un outil d'analyse pertinent pour analyser la société aujourd'hui. L'idée de la réflexion est qu'il n'y a pas une réponse tranchée sur le sujet. Certains éléments de notre société laissent penser que les théories de Marx et Weber sont toujours pertinentes, alors que des évolutions contemporaines remettent un peu en question ces théories. Nous allons passer tous ces éléments en revue.

Voyons d'abord les éléments qui nous font dire que non, une approche en termes de classe sociale n'est plus pertinente aujourd'hui, que les classes sociales ont tout simplement disparu. Le premier élément est l'évolution des distances internes et intraclasses. Oulala, qu'est-ce que c'est que ça ? Pas de panique, c'est très simple. Les distances interclasses, ce sont les distances que l'on va mesurer par les écarts, les inégalités entre les classes, alors que les distances intraclasses, ce sont les écarts au sein d'une même classe.

Premier postulat : les distances interclasses, c'est-à-dire entre les classes, se seraient effacées. Il n'y aurait plus d'inégalités. Plusieurs sociologues ont travaillé sur cette question qui se fonde sur une approche critique de la théorie de Marx, qui ne serait plus pertinente au 20e siècle. En effet, période de fortes croissance économique, développement du salariat et de la protection sociale avec l'État-providence. Tout cela combiné à l'augmentation du niveau d'éducation et l'évolution de la structure professionnelle (je te renvoie à la première vidéo), cela aurait conduit à une hausse du niveau de vie qui réduirait les inégalités entre les classes et rapprocherait les classes populaires des classes moyennes en France. C'est Henri Mendras qui propose sa théorie de la moyennisation. Il faut imaginer une grosse toupie comme celle-ci. Pour lui, les phénomènes évoqués ont conduit à une forte mobilité sociale qui a eu lieu en parallèle d'un rapprochement des modes de consommation. Il parle d'homogénéisation de la société. Dès lors, il y a moins de personnes aux extrêmes, ce qui a pour effet de constituer ce gros noyau que tu vois sur le schéma, qui constitue la classe moyenne. D'où le concept de moyennisation. Bravo, tu suis !

De plus, au 20e siècle, les biens de consommation et même les loisirs se sont uniformisés. On regarde tous les mêmes séries, on a tous une voiture, on s'habille tous plus ou moins de la même façon. Alors qu'au siècle précédent, les ouvriers avaient trop peu de temps ou trop peu de revenus pour avoir des loisirs, pendant que les bourgeois passent leur temps à aller à des bals, faire du bridge ou que sais-je. Je caricature un peu, mais tu as compris l'idée. Pour Mendras, la société ne serait donc pas hiérarchisée comme l'affirmait Marx, car il y a beaucoup plus de personnes au centre de la toupie qu'à son sommet, ce qui rend dépassé le concept même de classe sociale. Les distances interclasses se seraient donc effacées.

Abordons les distances intraclasses maintenant. Au 21e siècle, les statistiques démontrent que les distances intraclasses, c'est-à-dire au sein d'une même classe, ont augmenté, ce qui fait que les catégories socioprofessionnelles ne sont plus homogènes. En effet, en fonction du statut (en emploi, au chômage), du type de contrat (temps partiel, temps plein, CDD ou CDI), de l'âge ou du sexe, il y a d'énormes différences entre deux personnes qui appartiennent à la même catégorie, ce qui réduit la pertinence de cette analyse. En effet, un des fondements de la théorie marxiste est l'homogénéité au sein d'une classe sociale. Prenons les ouvriers par exemple. La désindustrialisation, la mondialisation, la précarisation du travail et le chômage structurel ont complètement éclaté la classe ouvrière. Certains ouvriers très qualifiés ont un emploi stable et bien rémunéré, alors que d'autres, moins qualifiés, peinent à boucler les fins de mois. Difficile dès lors de parler d'une classe ouvrière quand il y a tellement de différences entre eux.

Les deux éléments suivants remettent également en cause le concept de classe sociale, pas parce qu'il brouille les frontières entre les classes, mais parce qu'il questionne l'identité des classes. Nos sociétés contemporaines sont beaucoup plus individualistes que par le passé. C'est Durkheim qui a proposé une analyse des sociétés modernes dans lesquelles les individus ont plus d'autonomie et d'indépendance par rapport aux normes, aux valeurs, au groupe social ou du groupe social dominant. L'urbanisation et la promotion de l'épanouissement personnel et des libertés individuelles expliquent ce phénomène qui va se répercuter dans toutes les sphères de la société : le rapport à la religion, le rapport au politique, le rapport à la femme dans le monde du travail aussi. Il y a beaucoup plus d'individualisme et de chacun pour soi. Les contrats ne sont plus négociés collectivement comme à l'époque des grands mouvements ouvriers, mais chacun négocie pour sa pomme dans son coin, et les évolutions de carrière et les conditions de travail sont individualisées, en mettant les travailleurs en compétition les uns avec les autres. On peut le voir notamment par la baisse du taux de syndicalisation.

On constate également ce phénomène dans les sondages sur le sentiment d'appartenance à une classe sociale. Depuis de nombreuses années, plus de la moitié des Français s'identifient à la classe moyenne, cette espèce de flou artistique où tout le monde se met dedans. Attention, on parle bien d'identification subjective à une classe sociale et non pas d'une manière objective de classer les gens. En effet, eux-mêmes qui se situent sur l'échelle sociale. Néanmoins, depuis la crise sanitaire, il faut nuancer ce constat, car 38% des Français se considèrent comme appartenant à une classe modeste.

Nous terminons par le dernier élément qui remet en cause l'approche en termes de classe sociale : le fait qu'il existe d'autres facteurs pour expliquer la hiérarchie sociale et pas uniquement le critère économique. Comme nous l'avons vu dans la première partie, d'autres facteurs sont pertinents, comme les rapports de domination de genre qui expliquent la répartition sexuée des tâches dans la sphère domestique et dans la sphère du travail. Sais-tu par exemple que si une jeune femme sur trois a déjà été victime de harcèlement ou d'agressions une fois dans sa vie ? À l'Assemblée Nationale, moins de 40% des députés sont des femmes. Une femme sur six entre dans la sexualité par un rapport non consenti. Aujourd'hui encore, il y a des écarts de salaire entre les hommes et les femmes, et la part des femmes dans les postes de direction en 2019 en France n'est que de 20%. Les sociologues considèrent donc aujourd'hui qu'une analyse des positions sociales des hommes et des femmes est tout aussi pertinente qu'une analyse en termes de classe sociale. En effet, chaque individu s'inscrit dans un rapport de classe (opposition cadre/ouvrier par exemple), mais également dans un rapport de genre (opposition homme/femme). Un individu peut donc avoir des caractéristiques communes avec quelqu'un qui appartient à la même classe sociale, mais sans distanciation par rapport au genre.

Le genre n'est pas le seul facteur qui mérite notre attention. L'origine religieuse, ethnique divise profondément nos sociétés, plus particulièrement aux États-Unis. L'identité, l'orientation sexuelle rendent également dépassé une analyse fondée uniquement sur les catégories socioprofessionnelles.

Comme tu le vois, les arguments des défenseurs de la thèse du "non" ne manquent pas. Néanmoins, certains éléments nous font penser que oui, une analyse en termes de classe sociale est encore pertinente aujourd'hui. La thèse de Mendras s'était probablement très pertinente dans les années 60, mais même s'il est vrai que la classe moyenne a augmenté, ce n'est pas pour autant que les inégalités économiques ont disparu.

Pierre Bourdieu, sociologue français dont tu as déjà entendu parler en première, a proposé une analyse de l'espace social fondée sur ce qu'il appelle le capital. Pour lui, chaque individu est plus ou moins doté en trois capitaux : le capital économique correspond au revenu, à la richesse, à la détention d'un patrimoine, comme chez Marx Weber. Le capital social est le réseau de relations dont dispose un individu. Le capital culturel est généralement transmis par les parents, il correspond aux dispositions culturelles, langage, etc., tout ce qui favorise la réussite, notamment scolaire. Ensemble, ces trois capitaux forment un volume global de capital qui va déterminer la position des individus. Ils vont donc être classés dans une des trois classes qu'a identifiées Bourdieu : la classe dominante, la classe moyenne et la classe populaire. Cela donne un schéma un peu compliqué que tu as certainement déjà vu dans tes manuels, comme celui-ci. Comme tu peux le voir, les cadres ou patrons ont un volume global de capital élevé, mais les patrons ont l'avantage du capital économique, que les profs du supérieur, qui eux sont dotés davantage en capital culturel. Chez les classes populaires, on retrouve les employés de bureau qui ont plus de capital culturel qu'économique, ou encore les exploitants agricoles pour lesquels s'élèvent.

Chacune de ces classes va chercher à se distinguer des autres par différents éléments comme le style de vie, les loisirs, les modes de consommation, les endroits qu'ils fréquentent. C'est ce que Bourdieu appelle l'habitus. Comme on le voit sur le schéma, les classes supérieures font du piano, jouent au bridge, lisent "Le Monde" et boivent du champagne, alors que les classes populaires jouent à la belote, au football et boivent ce que Bourdieu appelle du vin rouge ordinaire. Selon Bourdieu, l'espace social est donc bien hiérarchisé en fonction du volume global de capital que possèdent les individus, et il existe des inégalités entre les individus des différents groupes sociaux qui ont des modes de vie et de consommation similaires.

De plus, même si, comme nous l'avons vu, suite à la désindustrialisation et à la tertiarisation, la part des ouvriers a fortement diminué, il n'y a pas que les ouvriers que l'on peut mettre dans les classes populaires. En effet, comme tu le vois dans ce tableau qui représente la part des emplois occupés selon la catégorie socioprofessionnelle en France en 2021, si on additionne la part que représente les ouvriers et les employés non qualifiés, on atteint presque 20% des emplois. Or, ces deux catégories ont des caractéristiques communes : au niveau de revenus et d'éducation similaire, des métiers répétitifs voire pénibles, et des modes de vie distincts des autres groupes sociaux. D'ailleurs, pour certains métiers, certains travailleurs sont engagés sous statut ouvrier ou employé d'une entreprise à l'autre. Contrairement à ce qu'affirmait Mendras, les classes populaires ne représentent donc pas une part infime de la société, vu que d'après notre tableau, il représente plus d'un cinquième de la population française en 2021. Et si on compare les salaires des ouvriers et employés avec celui des cadres, difficile d'affirmer que les inégalités économiques ont disparu.

Autre élément qui nous permet d'affirmer que oui, la classe sociale est encore pertinente aujourd'hui, c'est la persistance d'une conscience de classe. Oui, je sais, je t'ai dit il n'y a même pas cinq minutes que la conscience de classe avait diminué au cours des années et que la majorité des Français s'autoclassaient dans la classe moyenne. Mais ça, c'est ce que disent les sondages. Comme je te l'avais dit, les sondages mesurent l'identification subjective, c'est-à-dire la perception qu'a la population de sa place dans la société. Dans les années 90, certains auteurs ont cherché à expliquer pourquoi il y avait de moins en moins de gens qui se classaient de la classe ouvrière, par exemple. Solidaire et fier après la Deuxième Guerre mondiale, les deuxième et troisième générations avaient presque honte de se classer dans la classe ouvrière. Ils se classaient donc dans la classe moyenne afin d'afficher leur volonté de s'élever socialement, même si cela ne correspond pas objectivement à la réalité de leur statut.

Mais nous ne sommes plus dans les années 90, et celui qui va affirmer aujourd'hui qu'il n'y a pas de conscience de classe de classe populaire n'est pas beaucoup sorti de chez lui ces dernières années. À Paris, chaque samedi depuis un mois, les rues s'embrasent. Les mouvements des "indignés" se multiplient dans tous les pays du monde. Et que dire des Gilets Jaunes qui ont manifesté leurs revendications pendant des semaines ?

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La guerre ? Avant que la France d'en bas ne vive rien ? Notre belle "Pierre Populaire au combat", très cher ta mère, si ce n'est pas une mobilisation collective, ça ? Que demande le peuple ? Marx serait tellement fier ! Il n'y a pas que les classes populaires qui semblent avoir conscience de leur sentiment d'appartenance. Monique et Michel Pinçon-Charlot ont étudié les classes dominantes en France. Dans leur ouvrage "Sociologie de la bourgeoisie" paru en 2016, ils exposent les stratégies mises en place par les grands bourgeois pour défendre leurs intérêts et conserver leur patrimoine : vacances dans des lieux prisés, rallye mondain, école privée, réseautage pour assurer l'avenir professionnel de leur progéniture, homogamie sociale. On peut donc bien parler ici aussi d'une classe pour soi au sens de Marx.

Tu l'as compris, comme souvent en SOS, il n'y a pas de réponse tranchée à notre question. Les classes sociales sont un outil d'analyse pertinent pour analyser la société française aujourd'hui. Certains éléments nous font dire que oui, la classe sociale reste un outil pertinent d'analyse qui permet de comprendre la stratification sociale et les rapports entre les groupes sociaux. Nous avons en effet vu que les inégalités économiques persistent entre les catégories socioprofessionnelles et l'analyse de Bourdieu sur les capitaux a mis en lumière des similitudes entre certaines catégories. De plus, nous avons vu que la conscience de classe au sens de Marx existe toujours chez les classes populaires et chez les bourgeois.

Néanmoins, une analyse qui se limiterait à cette grille de lecture serait incomplète, car, comme je te le disais en intro, les inégalités sont multiples, dimensionnelles, et les facteurs de hiérarchisation multiples. Nous avons vu qu'avec l'évolution des distances internes et intraclasses, la notion même de classe sociale n'avait plus vraiment de sens. Mendras parlait de moyennisation. Nous avons également vu que la multiplication des facteurs d'individualisation, notamment sur le marché du travail, rendait obsolète cette notion de classe. Enfin, nous avons vu que l'identification subjective à un groupe social avait diminué, ce qui montre que les identités de classe reculent, vu que la majorité des Français se classait dans les classes moyennes.

Au bac, si tu tombes sur une dissertation sur ce sujet, tu devras faire attention à la formulation et aux documents qui te sont proposés pour voir si tu dois faire une réponse "oui, mais non" ou bien "non, mais oui". Pour ta culture générale, la question finalement n'est pas "est-ce que les classes sociales sont bien pertinentes ?", mais bien "comment articuler les différents facteurs (genre, ethnie, religion) afin de bien rendre compte de l'espace social et des inégalités qu'il y a entre les individus ?".

J'espère que cette vidéo t'a permis de mieux comprendre ce concept de classe sociale et s'il est encore pertinent aujourd'hui, et que tu penseras très, très fort à moi si ça tombe au bac. Je te retrouve très bientôt pour d'autres vidéos sur des chapitres de sciences économiques. À bientôt !