Transcription
Nous avons bien, qu'est-ce qu'il vaut une bonne histoire ? Une bonne histoire. Alors, il y a eu un mot célèbre de, on attribue d'ailleurs à plusieurs personnes, Jean Gabin, Darryl Zanuck et d'autres, qui disait : "Un bon film, c'est une bonne histoire, une bonne histoire, une bonne histoire." Ok, mais c'est quoi une bonne histoire ? Et moi, l'une de mes réponses, c'est trois choses : du conflit, du conflit et du conflit.
Mais ce n'est pas que ça. D'abord, je devrais préciser, c'est du conflit dynamique, c'est-à-dire un conflit vécu de façon active et non passive. Du conflit dynamique et du conflit dynamique. Les conflits, faut l'entendre au sens très large du terme, c'est-à-dire que beaucoup d'auteurs confondent conflits et violences, par exemple, ou conflits et disputes, conflits et bagarres. Conflit, c'est un employé qui veut obtenir une augmentation de son patron et qui n'arrive pas même à en parler. Il fait un conflit intense, c'est du conflit, mais c'est un conflit intériorisé et qui, en plus, est efficace pour le spectateur que si on comprend ce qu'il vise. Donc, si on a des informations sur ses motivations, son objectif, ses difficultés, et cetera.
Et donc, ça, c'est une belle histoire, c'est du conflit, il confirme conflit. C'est aussi une histoire qui, qui vous voit, paul assez vite, qui vous, qui vous partage, qui partage son, ses récepteurs, qui soit lecteurs, auditeurs ou spectateurs, entre espoir et crainte. Soit tout le temps, entre, c'est comme ça qu'on crée le suspense, on fait partager le spectateur entre espoir et crainte.
Quand vous dites "le récit retranscrit la vie", qu'est-ce que vous voulez dire ? L'armature de rabat, se dire action en grec, et la dramaturgie, le récit, c'est la représentation d'une action humaine. Donc, maintenant, cette représentation, elle est artificielle en fait, elle est souvent symbolique, elle nous donne une idée de ce qu'est l'humain, une idée de ce que nous sommes, parfois en la reproduisant, en la condamnant, en la dramatisant. Hitchcock disait que "un bon film, c'est, c'est la vie dont on a enlevé tous les, les éléments ennuyeux". Mais pas seulement, parfois ça peut être métaphorique aussi, dans la, en science-fiction, fantastique, et cetera. Au niveau conte de fées, on utilise beaucoup la métaphore, mais pour dire quoi ? Pour parler de la vie, la vie humaine.
À quels besoins en histoire, pour vous ? À plusieurs besoins, je pense que, je pense qu'on a besoin d'histoires. D'abord, des histoires, il y en a de toutes sortes, des histoires réelles. Je pense que la vie est aristotélicienne, la vie elle-même, la dramaturgie préexiste au théâtre et au cinéma. Il y a de la dramaturgie dans, dans la vie. Il suffit d'ouvrir le journal télévisé, on voit de la grande nature, on voit du, du théâtre, on voit des protagonistes, on voit du conflit, bien sûr, on voit parfois du suspense, on voit des ironies dramatiques, on voit tout ça, on voit des rapports de causalité. Donc, ça existe dans la vie. Je pense que le récit de fiction, mais même le récit, le récit, on s'intéresse au journal télévisé, on s'intéresse aux faits divers, on s'intéresse aux histoires vécues par tata ou par le voisin, par et cetera. Je pense qu'ils nous aident à donner du sens à la vie, à la structurer et à, je dirais, maîtriser, apprivoiser nos émotions.
Les règles de la dramaturgie ne s'adressent-elles qu'aux scénaristes ? Non, non, elle s'adresse à tous les gens qui ont envie d'écrire de la fiction. Alors, la dramaturgie, comme son nom l'indique, ça part de des arts dramatiques et le sous-titre à l'origine, je sais plus si c'est encore le cas aujourd'hui, du sous-titre, c'était théâtre, cinéma, bande dessinée, télévision, opéra, radio. Bon, donc vraiment les arts de la dramaturgie, c'est-à-dire en fait, tous les récits qui sont écrits pour être vu ou entendu, et pas pour être lu. Et une grosse différence, le mode de réception est une grosse différence. Mais en fait, l'origine de cette orientation de mes livres, c'est que je connais beaucoup mieux le répertoire dramatique, le théâtre, le cinéma, la bande dessinée, la télévision que le roman. J'ai pas lu beaucoup de romans dans ma vie et la plupart, ce sont des romans très dramaturgiques d'ailleurs, mais j'en ai pas lu énormément. Donc, je suis, je me sens pas, voilà, je donne très peu d'exemples, je donne des exemples de contes de fées parce que les constantes intemporelles et universelles du récit, ce qui s'y retrouvent à l'état pur quasiment, mais très peu de romans parce que je connais mal ce répertoire. Mais il y a plein de lecteurs de la dramaturgie qui m'ont dit que ça pouvait servir pour écrire un roman. Et bien, grand bien vous fasse, j'ai rien contre le roman et si ça vous aide dans ce cas, et enchanté. C'est luxe, les mêmes rêves aristotéliciens, elles ont été appliquées à nous et je pensais être le roman est apparu après, puis le cinéma.
Bel air, quels sont pour vous les principaux outils de la dramaturgie ? Pas mal, conflit, caractérisation, préparation, préparation, c'est un petit capital et en indoor matic, l'ironie dramatique diffuse, ce que j'appelle dramatique diffuse, c'est-à-dire le fait que le récepteur, qui soit lecteur, spectateur, auditeur, sent des choses que les autres personnages ne sentent pas. Et ça, ça marche systématiquement, quel que soit le récit, quelle que soit l'époque, quel que soit le lieu, quel que soit l'âge du récepteur. Un enfant de 5 ans chinois, à qui on raconte Cendrillon, parce qu'il existe une Cendrillon chinoise, un conte de fées Cendrillon existe en Chine il y a 1500 ans, il devine des trucs que certains des personnages du conte ne comprennent pas. C'est l'ironie dramatique diffuse.