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Ms. Bergeron and the Flu of 1918 | Paroles de la Louisiane

Louisiana Public Broadcasting11:15

Transcription

Bonjour ! Je m'appelle Amanda LaFleur. Je viens de Ville Platte dans la paroisse d'Evangeline et je suis l'ancienne directrice du programme d'études cadiennes à LSU. Et je suis Ryan Langley. Je viens de Bayou Pigeon dans la paroisse d'Iberville. Et je suis enseignant dans le programme d'immersion française. Nous sommes ici aujourd'hui pour vous présenter quelques caractéristiques du français vernaculaire de Louisiane. Des mots, des structures, des prononciations qui sont typiques de notre langue et qui varient du français standard. Notre façon de parler mérite d'avoir sa place en classe, aussi. Et si nous la mettons en contexte, elle donne aussi l'occasion d'illustrer pour nos élèves des phénomènes qui nous aident à mieux comprendre les langues en général. Aujourd'hui, nous allons entendre la voix de Mme Nina Bellard Bergeron de Pointe Noire dans la paroisse d'Acadia. C'est grâce à son neveu, Pete Bergeron, animateur à la radio KRVS pendant de nombreuses années, que ce témoignage existe encore. Il l'a enregistré en 1983. Dans celui-ci, elle nous parle de ses souvenirs de l'épidémie qui a dévasté notre planète entre 1918 et 1920. Elle la décrit ici simplement comme : "le flu". Écoutons ! Et au moment où la grippe circulait, il y avait un homme nommé Placide Thibodeaux et il avait une de ses sœurs qui est morte au mois d'août avant cela. Et il avait pris tous ses enfants. Il avait tous les siens et puis ceux-là et c'était vraiment triste de voir qu'ils étaient tous malades. Et il n'y avait pas de médecin, aucun moyen d'avoir le médecin. Il fallait aller chercher les médicaments, et dire ce que l'on savait, et le médecin envoyait une estimation grossière, je pense. Mais ensuite, il est tombé très malade et il est mort. Et quand il est mort, il était tout préparé, tout depuis... ils ne pouvaient pas... il est mort vers minuit, ils n'ont pas pu le préparer avant 13 heures le lendemain et même le prêtre n'a pas pu venir le voir. C'était vraiment pitoyable. Et puis, la mère s'est retrouvée avec 5 enfants pour elle et 4 enfants pour sa belle-sœur. Et puis les gens continuaient de mourir jusqu'au printemps. Wow, c'est étrange d'écouter cette histoire sur une pandémie qui s'est produite il y a plus de 100 ans ! Oui, la grippe de 1918 ! "Flu" est un emprunt à l'anglais. Mais, en fait, le mot en anglais est un emprunt à l'italien : influenza - influence. Et je peux comprendre pourquoi Mme Bergeron dit le nom anglais, car ce n'était pas un problème spécifique à la Louisiane, c'était une crise nationale, voire internationale ! On en parlait beaucoup dans les médias américains. Peux-tu penser à d'autres mots comme ça, Ryan ? Des mots qui sont empruntés à l'anglais pour parler de quelque chose de nouveau ? Oh oui, comme "un truck" - ou même "un pickup" - ou "un computer". Oui, de bons exemples, ceux-là. Nous ne sommes pas les seuls à faire cela non plus. Oh non. Alors, comme c'est notre première émission, il serait bon de parler de la prononciation "eine" comme : "eine" de ses sœurs. Vous savez, on pourrait entrer dans une grande discussion ici sur la nasalisation en Louisiane, la dénasalisation, la relation entre les formes écrites et parlées, et tout ça... Mais, pour aujourd'hui, nous dirons simplement que "ein" et "eine" sont les prononciations louisianaises de l'article indéfini. un garçon, une fille, un jardin, une maison. Et il y a une autre petite différence de prononciation aussi avec le mois d'août. On voit bien que le mot écrit commence par la lettre A. Et en général, les lettres d'un mot écrit comme ça sont là pour une raison. Cela indique qu'à un moment de l'histoire de la langue, "août" [toutes les lettres prononcées] était la prononciation courante en France. Au 16ème siècle, cela a commencé à changer, mais les Français ont gardé l'ancienne façon de l'écrire. Ici en Louisiane, nous avons aussi gardé deux anciennes façons de le dire : Il y a d'autres mois que nous prononçons différemment aussi. Comme les Français, nous disons "juin" [June] Mais il y en a aussi qui disent "juin" [autre prononciation]. Nous disons "juillet" [July] mais aussi [autres prononciations]. Dans l'extrait, Mme Bergeron dit "beaucoup" malade, "beaucoup" triste et "beaucoup" pitoyable. En France, on sait que ce serait "très" malade, "très" triste ou "très" pitoyable, mais l'adverbe "très" est très rare en Louisiane, sauf peut-être chez les personnes qui ont étudié le français à l'école. Cette utilisation de "beaucoup" ne fait pas partie du français standard, mais c'est quand même quelque chose que l'on trouve dans d'autres coins du monde francophone. Il y a même des exemples de cette utilisation en France. Et la prononciation "four z-enfants" (enfants) ou "five z-enfants". C'est ce que l'on appelle la "fausse liaison". Une liaison est lorsque la consonne finale qui normalement ne serait pas prononcée à la fin d'un mot est prononcée avant un mot suivant qui commence par une voyelle. Ainsi, "les tigres" mais "les éléphants". Une fausse liaison, c'est quand on ajoute une consonne qui ne serait pas là normalement. Mais elle est souvent là par analogie. Après tout, c'est comme ça qu'on apprend une langue à la maison, en entendant beaucoup d'exemples différents à la maison de différents usages. Et si on entend : "les enfants, des enfants..." Il ne serait pas trop bête de suivre la "règle" en disant et cetera... Et c'est une fausse liaison. Mais n'oubliez pas que même les Français acceptent certaines fausses liaisons comme "correctes" ou "standard". Oh oui, comme "Comment va-t-il ?" par exemple. Le "t" que vous entendez là est simplement ajouté pour éviter de mettre 2 voyelles ensemble. "Comment va-il ?" C'est lourd à la langue ! Oui, comme on dit ici en Louisiane, c'est un peu maladroit. Mais "Comment va-t-il ?" Ça sort de la bouche aussi lisse qu'un papillon ! Peut-on parler du verbe "mourir" ? OK. En Louisiane, la forme du passé du verbe mourir peut varier. Il y en a qui disent "Il est mort" pour parler de l'acte de mourir et de la description d'une personne, comme on le fait en français standard. Mais pour beaucoup de Louisianais, "Il est mort" est une description, tandis que "Il a mouri" décrit une action ou un changement d'état. C'est une façon de résoudre une ambiguïté. Ce qui est intéressant chez Mme Bergeron, c'est qu'elle utilise les deux formes pour parler de l'acte de mourir. Quand elle parle d'individus, c'est le participe passé "mort" qui est utilisé et le verbe auxiliaire est le verbe être. Mais plus tard dans son récit, quand elle veut souligner le grand nombre de mortalités qu'il y a eu, les unes après les autres, c'est là qu'elle dit : Ils "a mouri" jusqu'au printemps. Mme Bergeron était vraiment une bonne conteuse, et elle utilise 2 formes différentes, 2 outils de sa langue, pour créer un effet stylistique qui donne un air dramatique à son histoire. Nous manquons de temps, mais regardons rapidement quelques expressions utiles comme : il n'y a pas "seulement" le prêtre qui pouvait "il n'y a même pas le prêtre qui pouvait". Le médecin a envoyé un "à peu près". Un "à peu près" serait une estimation grossière. Et "étiont" ? Elle dit : Ils "étiont" malades. "Ils étiont", c'est "ils étaient". C'est une ancienne forme de l'imparfait que nous verrons en détail une autre fois. Mais, avant que vous ne partiez, Ryan... Vous êtes enseignant. Y a-t-il quelque chose dont nous avons discuté aujourd'hui que vous pourriez partager avec vos classes ? Oh oui, nous avons beaucoup parlé du mot "flu", par exemple, aujourd'hui, avec Mme Bergeron, et on peut comprendre pourquoi elle a utilisé le mot anglais, parce que c'était quelque chose de nouveau. Mais, pour moi en classe, en tant qu'enseignant, en tant qu'instituteur, je préférerais que mes élèves empruntent quelque chose à un pays francophone. Par exemple, si j'avais dit quelque chose comme "computer", je pourrais leur dire qu'il y a un autre mot pour ça, un mot français : "ordinateur". Idem pour "email" - on pourrait utiliser le même mot que les Canadiens : "courriel". Et pour les Français, qui utilisent aussi des mots anglais, comme "le rocking chair", on a aussi un mot pour ça, comme "berceuse" ou une "berce" comme nous à Bayou Pigeon on dit une "berce". Et aussi, "popcorn" ? Le tac-tac. Oui, c'est ça. Ils pourraient emprunter à nous. De plus, "tac-tac" j'adore ce mot. C'est de l'onomatopée - Oh oui. - C'est joli. Eh bien, un grand merci à M. Pete Bergeron d'avoir enregistré cette histoire et de nous avoir donné la permission de la partager avec vous aujourd'hui. Et un grand merci à vous tous d'avoir regardé cette émission.