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C'est un rêve vieux comme le monde, un fantasme qui n'était pas censé se réaliser. Un jour, devenir plus beau, plus fort, plus intelligent, repousser les limites de la condition humaine. Aujourd'hui, les progrès de la science nous donnent les moyens de tutoyer ce rêve. Nous avons toujours voulu être immortels, de superpouvoirs, mais aujourd'hui, cela devient vraiment plausible. Pour la première fois de notre histoire, nous avons la possibilité de modifier radicalement ce que seront nos vies dans un futur loin de science-fiction, mais là, maintenant.
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Yeux robotiques, intelligence artificielle, nanotechnologie, génétique. Ces nouvelles technologies nous promettent de réaliser un vieux fantasme : améliorer l'homme. Nous voulons manipuler, nous voulons modifier, nous apprenons à nous changer nous-mêmes.
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En essayant de nous améliorer, allons-nous faire de nous des monstres ? Voyage à la recherche de cet homme du futur, hybride mi-homme, mi-machine, humain génétiquement modifié, un homme presque parfait.
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Nous partons à Vienne, en Autriche, pour rencontrer Christian, le premier homme bionique d'Europe. En 2005, victime d'un choc électrique de 20 000 volts, Christian doit se faire amputer des deux bras. Il décide de participer au programme de recherche du laboratoire d'Orthobotics. Dernière technologie, il fonctionne très bien, parfaitement. Problème pour mettre au point cette prothèse totalement inédite. Aujourd'hui, grâce à une puce capable d'effectuer plus de 500 millions de calculs à la seconde, le cerveau de Christian commande un bras à la fois artificiel et intelligent. Les signaux qui se forment dans le cerveau de Christian sont acheminés par les nerfs conducteurs jusqu'à la surface de la poitrine. Il utilise des électrodes ultrasensibles qui transforment ses signaux en signaux de commande pour la prothèse. Ces machines intégrées sont le premier pas vers le cyborg, cet être robotisé aux performances améliorées qui hante l'imaginaire de la science-fiction depuis les années 60. Christian lui-même espère que ses bras artificiels lui donneront bientôt quelques super pouvoirs.
Je me réjouis déjà de pouvoir être un jour beaucoup plus fort, de porter des poids très lourds. Tout cela va être possible à l'avenir. J'ai hâte de voir ça.
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Sans la puissance de l'armée américaine, les prothèses intelligentes de Christian n'auraient peut-être jamais vu le jour. Son ambitieux programme, intitulé "Revolutionizing Prosthetics", est une conséquence directe des guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan. Les militaires de retour du front, amputés des bras ou des jambes, se comptent aujourd'hui par centaines. L'objectif avoué est de leur permettre de retrouver leurs membres perdus, mais aussi de mettre au point des super soldats aux performances augmentées. Pour l'instant, les soldats doivent se contenter de cet exosquelette qui s'appelle Hulk, en référence à ce super-héros vert à la force surhumaine inventé dans les années 60. Cette structure robotique motorisée en titane permet au soldat de porter 90 kg sans le moindre effort. Les soldats américains l'enfilent comme une armure pour combattre dans les montagnes afghanes.
L'armée est, en règle générale, le ferment essentiel des développements technoscientifiques. On peut dire que, si on est naïf, il s'agit là d'une espèce de philanthropie formidable. Par cela étant, si on est un peu moins naïf, on s'aperçoit que la limite entre ce qui soigne et ce qui augmente est perdue de plus en plus de vue. Et tout ce qui est mobilisé pour soigner, pour soulager la souffrance, est mis immédiatement au service d'un projet consistant à augmenter, à transformer, à remodeler et, finalement, à faire advenir autre chose que de l'humain.
Numéro 1, contact.
"DSi, OK. Contre les gaz."
Steve Austin, astronaute, un homme tout juste vivant. Je me souviens du début de cette série quand il disait : "Nous pouvons le reconstruire." Mon cœur battait. Je me disais : "Capable de donner naissance au premier homme." Deviendra cet homme, il sera supérieur à ce qu'il était avant l'accident. Le plus rapide, un athlète, le meilleur.
Si vous m'aviez demandé quand j'avais 13 ans si je voulais des jambes en chair et en os, j'aurais dit oui, absolument. Aujourd'hui, je ne sais pas. Les chevilles de mes prothèses ne sont pas celles dont j'aurais hérité génétiquement, j'en suis sûre. Elles sont bien mieux : curées en permanence, c'est un gros plus. Pas besoin de me raser ou de m'épiler, c'est fantastique. Cela aurait été de la science-fiction il y a 20 ans, et maintenant, on y est.
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Athlète de haut niveau, mannequin pour Alexander McQueen, comédienne, Amy Mullins a été admise dans le club très sélect des 50 plus belles femmes du monde. Amputée des deux jambes à l'âge d'un an, elle s'est fabriquée autour de ce handicap qui fait d'elle une femme pas comme les autres. Avec elle, les prothèses sortent du domaine thérapeutique et font leur entrée dans la cosmétique. Les gens disent : "La pauvre, elle n'a pas de jambes." Mais j'ai 12 paires de jambes. J'ai une pièce entière pleine de jambes.
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À en croire, nous irons bientôt faire les boutiques pour nous acheter des paires de jambes, mieux que nature et conformes à ce que nous vendent déjà les magazines. Nous aurons des membres sous garantie avec option, comme toutes les prothèses que nous utilisons déjà sans en avoir vraiment conscience. Nous sommes déjà dans l'ère de l'augmentation. Nous avons tous des prothèses. Ce sont nos téléphones portables, nos ordinateurs. Nous ne faisons plus rien sans tout ça. Je ne sais pas si c'est vrai ou pas, mais il est probable que P. Diddy ait autant, si ce n'est plus, de prothèses que moi dans son corps, et personne ne le traite d'handicapé. Jamais. La bonne nouvelle, c'est que plus personne ne traite d'handicapé non plus.
Il y avait une fille qui me connaissait depuis des années, avec ma taille normale. Elle est restée bouche bée. "Qu'est-ce que tu es grande !" J'ai dit : "Je sais." "Marrant, un peu comme porter des talons sur des talons." Mais ça m'amuse. Ça, c'est pas juste. Et le truc dingue, c'est qu'elle le pensait. C'est pas juste que tu puisses changer de taille comme tu le souhaites. Que quelqu'un puisse envier le fait que j'ai des prothèses. Aujourd'hui, c'est un concept totalement nouveau : l'amputation volontaire. Je pense que ça arrivera sûrement dans le monde du sport. Les athlètes feront n'importe quoi pour avoir les meilleurs avantages possibles.
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Amy Mullins et Oscar Pistorius sont les pionniers d'une nouvelle ère où un homme diminué devient un homme augmenté. Un jour, dans les milieux les plus compétitifs, les mannequins, les sportifs de haut niveau ou les militaires seront amenés à remplacer leur bras, leur œil ou une partie de leur cerveau par un organe artificiel plus beau ou plus performant.
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Maintenant, les technologies que nous développons sont dirigées vers l'intérieur de notre corps. Il ne s'agit plus de modifier notre environnement, mais de nous modifier nous-mêmes. C'est l'une des cinq, ou si plus grandes révolutions de ces 10 000 dernières années, selon comment on compte la naissance de Jésus. C'est un pas aussi important que la sédentarisation. Nous avons eu l'avènement de la conscience, l'ère industrielle, l'ère de l'information. C'est un énorme défi. La question est de savoir comment nous allons rester humains au milieu de tout ça.
L'évolution de nos technologies s'accélère de manière exponentielle. À Grenoble, des chercheurs ont mis au point un procédé révolutionnaire : implanté au cœur du cerveau, mécanicien d'un nouvel homme hybride. Le professeur Benabid a créé le premier stimulateur cérébral. Des microélectrodes plantées profondément dans le cerveau en modifient le fonctionnement. En s'attaquant au cerveau, une science de plus en plus invasive pénètre au plus intime de l'humain.
Alors, sur cette vidéo, on en voit un malade parkinsonien, stade préopératoire, qui on est en train de faire faire des tests pour montrer à quel point il est handicapé. Il n'est pas capable de tenir debout tout seul. Le voici après l'intervention, mais le stimulateur n'est pas en marche. On voit que la main droite tremble. Mon collègue vient mettre en marche le stimulateur, et on va voir que ce tremblement de la main droite va s'arrêter immédiatement. On est en train de mettre en marche son stimulateur de l'autre côté, et à ce moment-là, le malade se débloque. Il va bouger ses jambes, il va remettre ses mains en place, il relève la tête, il marche tout à fait normalement. Il balance les bras, que ne font pas les Parkinson. Il fait un pas de valse pour montrer à quel point il est agile de ses jambes. Le fait d'arrêter le simulateur vous ramène dans l'horreur identique. Et quand on redémarre à nouveau, le miracle survient.
Même si ses résultats extraordinaires restent à être confirmés dans la durée, cet implant a fait le tour. 400 personnes en sont déjà équipées. La zone à stimuler est minuscule, de la taille d'un grain de riz, et les réglages sont effectués à cerveau ouvert sur les patients pendant une opération qui dure une dizaine d'heures. Le principe de la stimulation profonde consiste à envoyer des ondes haute fréquence dans les zones du cerveau qui dysfonctionnent, soit pour les activer, soit pour les inhiber. La stimulation fait disparaître les symptômes de la maladie, mais ne la guérit pas. Finalement, nos systèmes neuronaux, ils ont toujours la même façon de ne pas aller bien. Ils se mettent à balbutier, à bégayer, et la stimulation, tout ce qu'elle sait faire, c'est de venir secouer un petit peu tout ça et empêcher que ce bégaiement persiste. C'est exactement comme un brouillage radio. Alors, à partir de ça, je vois pas comment on peut améliorer un fonctionnement normal, parce que dans le type de stimulation qu'on utilise, on fait quelque chose de relativement grossier. Grossier, peut-être, mais efficace.
Peu à peu, les chercheurs trouvent d'autres applications à ce stimulateur. Comme les ondes peuvent inhiber le désir de manger, on le teste actuellement pour traiter l'obésité. On l'utilise déjà pour soigner certaines dépressions graves ou des troubles obsessionnels compulsifs. Des électrodes peuvent désormais corriger notre comportement, normaliser nos intentions, modifier nos humeurs.