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Elle s'est fait opérer 1000 fois et n'arrive plus à s'arrêter

Jill22:45

Transcription

Qui n'a jamais rêvé d'un nez plus fin, d'un menton plus dessiné, d'un corps plus sculpté ? Pour certaines personnes, ce fantasme est devenu un projet de vie et la chirurgie esthétique leur seul outil.

[musique]

Des côtes tirées, des veines en silicone, des hanches élargies, des eaux cassées pour gagner quelques centimètres de hauteur. Certains ont modifié leur apparence à l'extrême jusqu'à franchir les limites de ce qu'un corps humain est censé être. Ils veulent ressembler à Barbie ou à Ken, personnage de cartoon, à une créature hors du genre humain. D'autres poursuivent un seul objectif, celui de battre un record mondial qui a risqué leur vie. Aujourd'hui, et bien je vous raconte l'histoire des chirurgies esthétiques les plus extrêmes au monde et de ceux qui ont fait de leur transformation [musique] une obsession.

C'est sûrement l'une des transformations les plus connues. Rodrigo Alves, aujourd'hui connu sous le nom de Jessica, il a transformer son corps en une véritable vitrine. Né en 1983 à Sao Pollo au Brésil, il est l'enfant unique d'une famille aisée, très attaché à l'apparence et à l'image qu'il renvoie aux autres. Rodrigo grandit avec un sentiment d'inadéquation. Vers l'âge de 5 ans, il ne se considère déjà plus comme un garçon. Il trouve son nez trop imposant, son visage trop rond et son corps trop mince. Et à l'adolescence, et bien tout se complique. En plus d'être timide et victime d'intimidation, [musique] il développe une gynécomastie due à un déséquilibre hormonal. Son apparence devient un motif de moquerie à l'école et lui donne l'impression de vivre dans un corps qui n'est pas le sien. [musique] Il a le sentiment que rien chez lui ne correspond à l'image de l'homme fort, virile, sculpté tel qu'il l'idéalise dans les magazines ou à la télévision.

Alors à 17 ans, il va demander à pouvoir avoir une gynécomastie. [musique] Mais pour lui, cette première opération, et bien c'est une révélation. Il comprend qu'il peut effacer en un claquement de doigt ce [musique] qu'il déteste. À 17 ans, il réalise sa première rhinoplastie et un an plus tard, il quitte le Brésil et s'installe à Londres pour étudier les relations publiques au London College [musique] of Communication. Il consacre son temps, son énergie et son argent à modifier son apparence. Il entame alors un parcours de transformation radicale avec un seul objectif : ressembler à la poupée Ken. Selon lui, le personnage incarne le corps masculin parfait. Il est symétrique, musclé, lisse, sans aucun défaut, l'exact opposé finalement de ce qu'il voit dans le miroir et de ce qu'on attend de lui. Chirurgie après chirurgie, il se fait refaire le visage, le torse, le ventre, les bras, les épaules et en 10 ans à peine, [musique] il réalise plus de 50 procédures. Implant pectoraux, abdominaux pour créer un sixpax artificiel, un plan fessier, élargissement des épaules, rhinoplastie et lifting du [musique] visage. Chaque intervention le rapproche un peu plus de ce qu'il veut être.

À force d'enchaîner les opérations, Rodrigo attire l'attention. Il poste des photos de ses transformations, répond à quelques interviews et très vite [musique] et bien les tabloïds britanniques s'emparent du phénomène. Celui qu'on surnomme le Ken humain multiplie les apparitions dans les talk show, les documentaires, les émissions du matin [musique] et il devient une figure connue du petit écran. Mais ce n'est qu'en 2018 quand il entre dans Cébrity [musique] Big Brother que tout explose. Il devient un personnage public à part entière et l'icône de la transformation [musique] extrême. Et à chaque apparition, un détail a changé. Il a un nouveau nez, des pommettes plus hautes ou une taille plus fine. Rodrigo a fait de la chirurgie sa signature, son identité publique et a dépensé près de 600 000 € pour subir 103 interventions esthétiques.

Mais toutes ces chirurgies ne sont pas sans conséquence. À force de rhinoplastie, Rodrigo a bien failli perdre son nez à cause d'une grave infection post-opératoire liée à une nécrose du cartilage. Il a dû être hospitalisé d'urgence pour que les médecins puissent utiliser du cartilage prélevé sur une côte pour reconstruire une partie de son nez. Depuis, et bien figurez-vous qu'il n'a [musique] plus d'odorat. Les complications s'accumulent elles aussi. Rodrigo doit faire face à des hémorragies après certaines chirurgies, notamment après des lipossuctions abdominales, à des rejets d'implants dont certains ont dû être retirés après s'être déplacés, des problèmes respiratoires chroniques et une dépendance aux antidouleurs. Une intervention particulièrement risquée réalisée au Brésil où un gel a été injecté dans ses bras pour leur donner plus de volume lui a aussi fait perdre temporairement l'usage de ses deux bras. Une expérience qui l'a conduit pour la première fois à consulter un thérapeute et c'est à ce moment-là qu'un diagnostic tombe. Rodrigo Alvez est atteint de dysmorphophobie, aussi appelé TDC. Ce trouble psychiatrique est inscrit dans les classifications internationales de psychologie. Il se caractérise par une obsession intense et irrationnelle autour d'un ou plusieurs défauts physiques souvent imaginaires ou largement exagérés. Ce n'est pas simplement ne pas aimer son nez ou ses cuisses. En fait, c'est vivre avec la conviction profonde d'être diffforme, monstrueux et inacceptable aux yeux des autres. Les personnes atteintes de TDC peuvent passer des heures chaque jour à scruter leurs reflets, à se prendre en photo, à éviter les miroirs ou à chercher à tout prix des solutions esthétiques. Elles ne voient pas leur corps tel qu'il est, mais tel qu'elle croient qu'il est. Et c'est là que la chirurgie esthétique trouve sa place. C'est une tentative désespérée de réparer ce qu'elle pense être un problème insupportable, problème qui, et bien [musique] souvent ne s'améliore jamais, même après des dizaines d'interventions.

Sachez que ce trouble concernerait environ 1 à 2 % [musique] de la population. Mais dans les cabinets de chirurgie esthétique, certains spécialistes estiment que jusqu'à 15 % de leurs patients pourraient en souffrir, souvent sans avoir été diagnostiqué. Certaines personnes se lancent dans des opérations chirurgicales sans jamais se sentir mieux après. Ce [musique] trouble, souvent invisible à l'œil nu, touche des anonymes mais aussi des visages très exposés. On retrouve Roby Williams qui a évoqué sa lutte contre ce trouble depuis l'adolescence ou encore cœur de pirate qui s'est confié sur sa dysmorphophobie dans plusieurs interviews. Et pour la chirurgie, elle semble d'abord être la solution miracle, mais pour les psychiatres [musique] et bien c'est tout l'inverse. Le bistouri ne soigne pas le TDC, au contraire, il le nourrit et parfois même, il [musique] l'aggrave. Ce que le patient cherche à corriger n'est pas vraiment visible. Ce n'est pas un nez, une paupière ou une mâchoire. C'est une image mentale distordue, persistante qu'aucune opération ne suffit à effacer. Soit le défaut semble toujours présent, soit l'obsession se déplace vers une autre partie du corps. Le problème ne disparaît pas, il va juste changer de place. Pour ceux qui en souffrent, la quête de réparation devient [musique] sans fin.

Certains passent d'un chirurgien à l'autre, parfois dans plusieurs pays, même dès qu'un [musique] professionnel va leur opposer un refus. Et puis, il y en a d'autres qui vont se tourner vers des cliniques low cost non réglementées ou vers des injections [musique] clandestines au risque de se voir poser des silicones de mauvaise qualité, des produits toxiques ou bien des substances détournées. Et je peux vous le dire, les conséquences, elles sont terribles. Visage défiguré [musique] après des interventions ratées, douleurs chroniques liées à des implants malposés, voire des dépressions post-opératoires quand l'image espérée ne se matérialise pas. Conscient des dangers qu'encourt Rodrigo Alves, de plus en plus de médecins refusent de continuer à l'opérer. Mais ça ne s'arrête pas pour autant. Il se rend désormais en Turquie, en Thaïlande ou dans des cliniques privées en Europe de l'Est. À chaque fois qu'un médecin refuse de l'opérer, il en trouve un autre.

Même après des dizaines d'interventions pour le rendre plus viril et malgré son apparence de Ken reconnue auprès du public, il ressent toujours une part de féminité qu'il n'avait jusque-là jamais vraiment assumé. Alors en 2019, et bien il va entamer une thérapie avec un spécialiste de l'identité du genre et met des mots [musique] sur ce qu'il ressent depuis l'enfance. Pendant des années, il a tenté de devenir un homme parfait parce qu'il pensait que c'était ce qu'on attendait de lui. Mais cette thérapie lui a fait prendre conscience qu'en réalité, il se mentait à lui-même. Rodrigo décide donc de devenir Jessica. Elle entame alors un traitement hormonal, subit une chirurgie de féminisation du visage, fait augmenter sa poitrine, ses hanches et ses fesses. [musique] Elle change sa voix, travaille sa gestuelle et sa manière de se présenter. Elle porte des perruques au début avant d'avoir recours par la suite à des implants capillaires. Chaque détail est repensé pour correspondre à ce qu'elle appelle son moi véritable. [musique] Désormais, elle ne veut plus être un Ken humain. Elle veut devenir une Barbie vivante. Une figure féminine parfaite, [musique] exagérée et surtout cette fois, totalement assumée.

Pourtant, malgré l'ampleur de sa transformation et ses plus de 100 interventions de chirurgie esthétique, et bien Jessica Alves ne détient pas le record du nombre d'interventions. Car oui, vous pensiez que c'était peut-être le summum qu'on pouvait atteindre, mais pas du tout. D'autres sont allés encore beaucoup plus loin, cette fois pour devenir, attention, des personnages animés. C'est le cas de Pixy Fox, née en 1990 en Suède. Rien ne l'a prédestiné à devenir un phénomène mondial. Elle est surnommée aujourd'hui la poupée vivante. Très tôt, elle développe une obsession, celle de ressembler à Jessica Rabbit, l'héroïne animée du film "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?". Une femme dessinée pour ne ressembler à aucune autre avec une taille ultra fine, des hanches larges et une poitrine complètement démesurée. Et Pixy veut devenir exactement comme ça. Alors, elle va se lancer et enchaîner les chirurgies comme d'autres enchaînent les tatouages. [musique]

Avec plus de 200 interventions chirurgicales, elle modifie la couleur de ses yeux grâce à une implantation [musique] intraoculaire pour passer de verre à turquoise. Une opération d'ailleurs qui est totalement illégale en Europe et qu'elle a dû réaliser à New Delhi en [musique] Inde. Alors, elle a également refait son nez, sa mâchoire. Elle a agrandi sa poitrine. Elle a refait ses fesses, ses hanches, ses pommettes. Elle a même fait retirer six côtes flottantes pour affiner sa taille au point d'avoir perdu toute sensibilité [musique] abdominale. Elle sculpte son corps avec précision, travaille ses proportions et modélise sa silhouette comme un objet. Mais ce fantasme de cartoon, et bien il va tout doucement se déformer. Pixie ne veut plus juste ressembler à Jessica Rabbit. Elle veut devenir une créature au-delà de l'humain, une sorte de poupée de science-fiction à la Holy World. Elle parle désormais d'un corps transhumaniste pensé avec des proportions volontairement artificielles en rupture totale avec les standards humains. Elle se définit plus comme une femme sexy mais comme une créature iconique qui veut incarner une esthétique hybride, dépasse les limites biologiques humaines. Elle veut battre le record du tour de taille le plus fin du monde chez une femme vivante. À force de corset ultra [musique] serré porté jour et nuit, elle descend à 35 cm de tour de taille, soit moins que certaines poupées Barbie si elles étaient représentées à taille humaine. Un record qui, heureusement, n'a jamais été reconnu officiellement puisque jugé beaucoup trop dangereux à promouvoir, mais qu'elle revendique par contre comme une victoire personnelle [musique] sur les limites du corps humain.

Régulièrement, on peut d'ailleurs voir Pixy Fox poser au côté de Justin Jelica, surnommé le Ken humain. C'est un américain qui est né en 1980 et qui est souvent présenté comme l'équivalent masculin de Jessica Alvez, voire même [musique] attention, comme son rival. Alors, parlons un petit peu de lui. Depuis l'âge de 18 ans, et bien, il a subi plus de 1000 procédures esthétiques, parfois inédites et surtout parfois très extrêmes. Lors de sa 1000ème intervention, il a reçu, attention, tenez-vous bien, huit implants dans les jambes à raison de quatre dans chacune pour modeler ses cuisses et ses mollets. Et il est devenu la première personne au monde à subir autant d'implants esthétiques en une seule opération. Mais Justine va encore bien plus [musique] loin. Il collabore directement avec des prothésistes pour concevoir des implants entièrement sur mesure : épaule, bras, pectoraux, abdos. Chacun des muscles de son corps est reconfiguré comme une sculpture. Aucun volume n'est laissé au hasard. Même [musique] les détails les plus inattendus sont travaillés, comme par exemple accentuer l'effet de vascularisation. Et bien, il s'est fait implanter des veines en silicone sur les bras. Il a même subi une procédure particulièrement risquée pour retirer deux veines proéminentes sur son front qui appelaient ses veines Julia Roberts. Pas cool pour elle. L'opération a été réalisée à travers les paupières. Ça présentait d'ailleurs un risque de cécité très important au point d'ailleurs que plusieurs médecins ont refusé de la pratiquer. Il a bien évidemment réussi à trouver un chirurgien prêt à relever le défi et il a pu réaliser son intervention. C'est complètement fou.

Sachez quand même que Justine rejette totalement tout ce qui est naturel. Pour lui, le corps humain, c'est absolument pas un héritage à préserver. C'est une œuvre à sculpter, une matière première à façonner selon ses envies. Il considère la chirurgie esthétique comme une forme d'art et d'expression personnelle, comme si l'humain était un brouillon à corriger sans fin. Pourtant, détrompez-vous, mais bien avant Instagram et les réseaux sociaux, il y avait déjà des visages tirés, des sourires figés et des corps retouchés à coup de bistouris. Parmi les pionnières du bistouris, il y a Cindy Jackson. Née en 1956 dans l'Ohio. Elle grandit fascinée par les icônes de beauté classiques qui créent chez elle de gros complexes liés à son apparence. Elle attendra ses 30 ans pour se lancer, mais une fois la première opération passée, et bien tout s'accélère. Liposuction, rhinoplastie, implants, lifting, chirurgie des paupières, des mains, du menton, Cindy cumule et documente chacune de ses interventions. Les médias l'adulent, les talk show l'arrachent. Elle publie des livres, devient consultante en chirurgie esthétique. Elle devient finalement une véritable ambassadrice du corps sur mesure. Son visage figé dans un entre-deux d'âge devient sa carte de visite. Cette anglo-américaine passionnée par la beauté parfaite aurait subi plus de 50 opérations chirurgicales et plus de 100 procédures esthétiques au total.

Dans les années 1990, les médias l'ont rapidement érigé en détentrice officieuse d'un record, celui du corps le plus modifié du monde. Elle a été reconnue par le Guinness World Records en 2005 pour le plus grand nombre de procédures esthétiques. Mais contrairement à ce que certains articles laissent entendre, ce record, et bien il n'a jamais été homologué par le Guinness World Records. L'organisation a confirmé avoir volontairement retiré cette catégorie de ses bases, considérant qu'elle pouvait encourager des pratiques à risque, des dérives médicales ou aggraver certains troubles psychiatriques. D'autant qu'avant elle, une autre célébrité a cumulé les interventions chirurgicales. Johann Rivorse. Célèbre présentatrice TV américaine, c'est une figure culte du show business qui a occupé [musique] l'écran pendant plus de 50 ans. D'ailleurs, c'est la toute première femme à avoir animé un talk show en soirée aux États-Unis. Et ça, c'est pas rien. Elle s'est imposé par son humour, son franc parler et surtout, et bien sa capacité à se moquer d'elle autant que des autres. Très [musique] tôt confrontée, bien sûr, à la pression de l'image à Hollywood, et bien Joan va malheureusement développer rapidement une obsession pour la jeunesse. Elle veut continuer d'exister, elle veut continuer de plaire et surtout de rester dans la lumière. Et pour elle, et bien cela passe par un visage jeune et parfaitement entretenu.

Johan Rivers ne s'en est jamais caché. Au contraire, elle a toujours revendiqué ses chirurgies. Elle en parlait sur scène, dans ses interviews, dans ses livres et elle faisait même des blagues à ce sujet. Mais derrière l'humour, et bien il y avait des chiffres, beaucoup de chiffres. Selon elle, elle aurait subi 739 procédures esthétiques [musique] au total. Lifting du visage, blépharoplastie, rhinoplastie, mentoplastie, implant mammaire, liposuccion, lifting des mains, mais aussi interventions réalisées en cabinet avec des injections, du botox à haute dose et des peelings. Elle a modifié son visage régulièrement, parfois plusieurs fois par an, pour le maintenir jeune, lisse, conforme à [musique] une certaine image médiatique. Pour elle, vieillir, c'était tout simplement disparaître. Perdre en beauté, c'était perdre en visibilité. Selon elle, et malheureusement, c'est dramatique, mais c'est quand même assez vrai, le public oublie vite les femmes qui ne sont plus jeunes. Donc la chirurgie devient finalement un moyen de rester à l'écran, dans la lumière et surtout dans la mémoire des gens. D'ailleurs, elle en plaisantait assez régulièrement. Elle a d'ailleurs dit cette phrase qui est absolument géniale, mais elle dit : "J'ai tellement de plastique que quand je mourrai, faites-moi fondre et faites-en des Tupperware." Mais derrière chaque blague, il y a une stratégie, celle de l'humour qui devient finalement un bouclier. Elle rit d'elle-même avant qu'on ne le fasse à sa place. Chez Joan Rivers, la chirurgie est devenue une part entière de son identité, comme si c'était un prolongement d'elle-même.

Et pourtant, [musique] c'est une simple intervention de routine qui mettra fin à cette image qu'elle a si longtemps défendu. Nous sommes le 28 août 2014. Joan entre à l'hôpital pour une endoscopie de la gorge, un acte médical léger sans gravité apparente avec pour objectif d'évaluer sa gorge après qu'elle se soit plainte d'une voix enrouée. Elle voulait simplement faire examiner ses cordes vocales. La procédure était censée durer quelques minutes, mais le médecin qui l'accompagnait ce jour-là, son auré personnel, n'était pas autorisé à pratiquer dans cette clinique. Le médecin aurait tout de même tenté de réaliser une biopsie des cordes vocales au cours de l'endoscopie. Un [musique] geste qui n'était pas prévu et surtout non autorisé et qui a malheureusement déclenché un spasme et entraîné [musique] un arrêt respiratoire puis cardiaque. Et Joan ne s'est jamais réveillée. Elle sera plongée dans un coma artificiel avant que son décès ne soit prononcé le 4 septembre 2014 à l'âge de [musique] 81 ans.

Ce que Joan Rivers incarnait bien avant les réseaux sociaux est devenu aujourd'hui une norme. Ce culte du corps est devenu un business, un marché colossal mondialisé qui capitalise sur les complexes, la jeunesse éternelle et l'illusion de perfection. Et les chiffres, croyez-moi, et bien elles donnent le vertige. En 2025, la chirurgie esthétique n'est absolument plus un luxe réservé aux célébrités. C'est une industrie planétaire portée par la technologie, les réseaux sociaux et surtout les insécurités. Le marché mondial est aujourd'hui estimé à 185,67 milliards de dollars et selon les projections, il pourrait atteindre près de 420 milliards d'ici 2033. Une croissance annuelle de près de 15 % alimentée par une promesse, celle de pouvoir se transformer à la demande. On peut remodeler un menton, on peut repulper une bouche, on peut aspirer une taille, on peut remonter un regard. Tout est devenu accessible, rapide et surtout totalement normalisé. Tout le monde va chez le dentiste, tout le monde va chez le kiné, tout le monde va bah moi je vais chez chirurgien esthétique. Voilà. Et derrière cette croissance spectaculaire, un moteur principal, [musique] l'image, celle qu'on veut donner, qu'on croit devoir renvoyer et qui se mesure aujourd'hui [musique] en likes et en followers. Et ça, et bien les cliniques du monde entier, elles l'ont [musique] bien compris.

Selon plusieurs études, cette croissance fulgurante est portée par une demande accrue de [musique] procédures personnalisées, mais surtout par l'influence massive des réseaux sociaux. Les filtres deviennent des objectifs et les visages retouchés des influenceuses deviennent des modèles à reproduire en salle d'opération. Mais s'il y a bien un pays où cette logique est poussée à son extrême, c'est la Corée du Sud. Souvent qualifié de capitale mondiale de la chirurgie esthétique, le pays détient le taux le plus élevé de chirurgie plastique par habitant avec un taux de 13,5 procédures esthétiques pour 1000 habitants. Se refaire le nez ou les paupières, c'est une banalité sans nom. D'ailleurs, selon un article de Business Insider, en 2024, le district de Gangnam comptait 457 cliniques de chirurgie plastique enregistrées sur une superficie de seulement 24 km². Là-bas, environ une femme sur deux âgée de 19 à 29 ans a déjà eu recours à une chirurgie plastique. Dans certains cas, il ne s'agit même pas seulement de retoucher un détail, mais de se conformer à un standard devenu presque obligatoire. Et ce standard commence tôt, très tôt. En Corée du Sud, il est courant d'offrir une chirurgie esthétique comme cadeau en fin d'étude secondaire. Une rhinoplastie, une double chirurgie des paupières et parfois même un remodelage du menton comme un investissement pour l'avenir. Une manière d'aborder l'université ou le marché du travail avec un visage préparé. Pour beaucoup, c'est devenu un rite de passage.

Mais quand la demande explose, et bien les dérives suivent. Face à l'obsession collective du visage parfait, certaines pratiques ont basculé dans l'ombre. La popularité de la chirurgie esthétique a ouvert la porte à des procédures non réglementées, parfois réalisées par des individus non qualifiés. Parmi les cas les plus inquiétants, les ghost surgeries. Le patient croit être opéré par un chirurgien célèbre, mais c'est un autre, parfois un assistant non autorisé, qui tient le scalpel à sa place. D'autres chirurgiens eux cherchent la visibilité à tout prix. Certains n'hésitent plus à transformer la salle d'opération en studio de tournage et sur TikTok, on voit des chirurgiens filmer des opérations en direct, commenter des visages avec des avant-après de relooking, créer des contenus choc pour faire grimper leur vue. Cette mise en scène spectaculaire de l'acte chirurgical flirte dangereusement avec le divertissement au détriment de la déontologie. Plusieurs professionnels ont déjà été sanctionnés. Certains ont d'ailleurs été radiés, d'autres suspendus, pour avoir franchi cette ligne floue entre médecine et marketing viral.

La vérité, c'est que la chirurgie esthétique, elle ne concerne plus seulement les extrêmes. Elle est partout, elle est discrète, assumée, parfois invisible. Et je ne suis absolument pas là pour juger. J'ai d'ailleurs moi-même eu recours à la chirurgie esthétique pour corriger certaines choses qui me faisaient me sentir mal et je ne le regrette absolument pas, ça, je tiens à vous le dire. Mais je le dis aussi avec beaucoup de recul. Chaque acte, même le plus anodin, a un impact pas seulement sur notre corps, mais sur notre regard, sur la façon dont on se perçoit, dont on se compare. Et aujourd'hui, ce regard, il est parasité par les filtres. Ceux des réseaux sociaux, des stories, des app beautés, ces applications qui lissent la peau, qui affinent le nez, qui remontent les pommettes sans qu'on s'en rende même compte. Et à force de se voir filtrer, et bien on finit par croire que c'est la version réelle. Et quand on se regarde dans le miroir, et bien on ne se plaît plus. Et à force de vouloir ressembler à une image modifiée, et bien on s'éloigne dangereusement de soi. Je le vois autour de moi, de plus en plus de jeunes, parfois très jeunes, qui grandissent en pensant qu'ils doivent changer leur visage avant même d'avoir appris à l'aimer.

Et si je m'adresse à vous aujourd'hui, surtout vous les femmes, parce que je sais ce que c'est, c'est aussi pour dire stop à cette course permanente. Depuis toujours, la société nous pousse à vouloir être plus belle pour séduire, pour vendre, pour appartenir. On a toutes grandi avec cette injonction silencieuse que notre valeur passait d'abord par notre apparence. Et pendant que certains s'enrichissent à coup de crème, d'opération ou de filtre, nous, et bien on doute, on se compare, on s'efface. Alors oui, se transformer, on va pas se le cacher, bah parfois ça fait du bien. Mais se reconnecter à qui on est vraiment sans chercher à coller à un standard imposé, bien je vais vous le dire, c'est encore plus fort. Notre corps n'est pas un problème à corriger. Il est à habiter, à aimer, à réconcilier. Et si un jour vous décidez, tout comme moi, de changer quelque chose, faites en sorte que ce soit vraiment pour vous. Pas pour plaire, pas pour valider, mais parce que vous vous êtes regardé dans le miroir et que vous vous êtes dit : "C'est moi et je mérite de me sentir bien avec ou sans filtre."