Transcription
Bonjour. Aujourd’hui, nous allons nous attaquer, c’est le cas de le dire, à un nouveau thème du programme de spécialité à GGSP en terminale : vers la guerre, faire la paix.
Alors, pour commencer, on peut essayer de définir simplement la notion de guerre. C’est un terme qui est souvent utilisé pour dramatiser les événements. Souvenez-vous : « nous sommes en guerre », d’Emmanuel Macron à propos du Covid, et pas toujours à bon escient. Ce qui fait que ce terme a perdu un peu de son sens originel. Alors, pour le moment, pour faire simple, on dira que la guerre, c’est une lutte armée entre deux parties. Ça peut être des États, des groupes, des personnes, etc. On verra plus tard. Inversement, du coup, la paix se caractériserait par la négative : la paix, ce serait l’absence de guerre, l’absence de lutte armée. Et puis, entre les deux, on le verra aussi plus tard, on peut trouver de nombreuses situations intermédiaires. Par exemple, à l’heure où cette vidéo est enregistrée, un conflit a lieu depuis presque un an entre la Russie et l’Ukraine, et la France soutient l’Ukraine sans pour autant être en guerre avec la Russie, mais en prenant des sanctions qui font penser qu’elle n’est pas vraiment en paix non plus. Compliqué, tout ça.
Alors justement, si on fait un état des lieux des conflits existants aujourd’hui, on remarque qu’ils sont de nature différente et qu’ils sont présents dans différents lieux dans le monde. Alors, la guerre traditionnelle, si on veut, celle à laquelle on pense spontanément, c’est le conflit entre États, ce que l’on appelle une guerre inter-étatique. Ce conflit va opposer deux États pour des raisons de territoire, de religion, d’idéologie. C’est le cas, par exemple, en ce moment entre la Russie et l’Ukraine, encore une fois, mais ça l’était aussi en 2021 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Aux guerres interétatiques s’ajoutent de plus en plus des guerres intra-étatiques, c’est-à-dire des guerres à l’intérieur d’un État, des guerres civiles si vous préférez. Alors, soit entre un État et une partie de sa population – on peut penser à la guerre en Syrie depuis 2011 – soit entre deux groupes de population au sein d’un même État. Et l’un ou l’autre de ces groupes peut d’ailleurs être soutenu par une puissance étrangère. Désolé, j’y reviens encore, mais en Ukraine, les pro-russes de la région du Donbass sont soutenus par la Russie.
Traditionnellement, la guerre est plutôt une guerre interétatique, mais vous avez un théoricien de la guerre, le fameux Clausewitz, qui a écrit un ouvrage là-dessus dans la première partie du XIXe siècle, en se basant sur la guerre de Sept Ans et sur son expérience des guerres napoléoniennes. Et alors, que dit Clausewitz ? Et bien, pour lui, la guerre est un instrument politique au service d’un État. C’est un moyen, un outil si vous voulez, pour contraindre l’adversaire et le soumettre à notre volonté. C’est le sens de sa fameuse formule : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » C’est-à-dire qu’on pourrait aussi bien utiliser la diplomatie, le commerce ou autre pour dominer l’adversaire, mais on utilise la lutte armée. Accessoirement, pour lui, la guerre est menée par des militaires, ce qui paraît logique, sous la direction des autorités politiques – roi, empereur – et avec l’appui de l’opinion publique. En théorie, cette guerre, selon Clausewitz, peut aller jusqu’au désarmement total de l’adversaire, dans ce qu’il appelle une guerre absolue, où l’aspect militaire l’emporterait cette fois sur l’aspect politique. Mais en réalité, Clausewitz observe que la guerre réelle, menée par les États, est souvent contrainte par les moyens humains, militaires ou financiers dont ils disposent. Et puis, cette guerre, elle se heurte aussi à des hasards, des surprises, des incertitudes. C’est ce qu’il appelle le « brouillard de guerre ».
Alors, si on continue au XXe siècle, les deux guerres mondiales semblent conforter, dans l’ensemble, les thèses de Clausewitz. On est là dans des guerres entre États ou entre coalitions d’États, des guerres totales où la société, l’économie, le politique et bien sûr les militaires sont mobilisés pleinement. Mais le problème, c’est que ce modèle est remis en cause depuis la fin de la Guerre froide, puisque l’on voit se multiplier des conflits qui ne sont pas seulement interétatiques, mais de plus en plus souvent intra-étatiques, des guerres civiles, encore une fois. On peut penser à la Syrie, mais on peut penser plus récemment au conflit du Tigré en Éthiopie. De plus en plus, on a aussi des guerres conventionnelles, en gros les guerres avec des batailles classiques entre deux armées, qui ont laissé place à des guerres asymétriques. Ce sont des guerres où les forces en présence sont déséquilibrées. On va avoir des forces étatiques d’un côté, des forces non-étatiques moins nombreuses de l’autre. Par exemple, à l’échelle internationale, ça peut être l’ensemble des États occidentaux qui sont opposés à Al-Qaïda. Et puis, la guerre devient aussi irrégulière ou hybride, c’est-à-dire qu’elle va prendre différentes formes. Ça peut être une guerre sous forme de guérilla, sous forme d’actions terroristes, d’opérations spéciales, de cyberguerre, etc. On voit donc qu’il y a une mutation dans la manière de faire la guerre depuis la fin de la Guerre froide. Alors, il ne faut pas exagérer les nouveautés non plus. Même du temps de Clausewitz, on parlait de la « petite guerre » pour évoquer les formes de guerre non conventionnelles. Donc c’est bien que ça existait déjà à l’époque.
Voilà, en très résumé, ce que l’on pouvait dire sur « faire la guerre », d’après le programme de spécialité à GGSP en terminale. Et puis, pour voir comment faire la paix, et ben, je vous invite à regarder l’épisode suivant. Au revoir.