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Elle a vécu le PIRE des enfers pendant 3096 jours !

Conte Fécond21:54

Transcription

Alors bonsoir. Si vous avez grandi dans les années 90, ce nom va peut-être résonner en vous : celui de Natacha Kampusch. En fait, à l'époque, le nom de cette jeune fille fait le tour de toute l'Autriche et de toute l'Allemagne, mais également du reste de l'Europe, tellement elle fut médiatisée.

Alors oui, rapprochez-vous, car je vous parle d'une jeune fille qui, à l'âge de 10 ans, va être enlevée avant d'être séquestrée pendant pratiquement 8 ans et demi. Et le pire, c'est que personne n'avait la moindre idée de ce qui lui était arrivé, si elle était encore en vie, et où elle pouvait être.

Bon, nous, dans cette vidéo, nous allons donc voir comment sa vie a basculé, à quoi ressembler son quotidien de personne séquestrée, la vie qu'elle a vécue, sa relation avec son ravisseur, et aussi comment elle est arrivée à mettre fin à cet enfer. Et on commence avec le jour de son enlèvement.

Alors tout démarre le 2 mars 1998, alors que Natacha Kampusch s'apprête à partir à l'école. Je vous rappelle, à ce moment-là, elle est toute petite, c'est une gamine. Mais il faut savoir qu'en fait, la veille, elle s'était embrouillée avec sa mère. Et donc là, comme elle était encore un petit peu chafouine, et bien, au moment de partir à l'école, elle lui dit pas au revoir. Mais elle pense néanmoins une phrase qu'elle lui a souvent dite : "Il ne faut jamais se séparer fâchés, on ne sait jamais si on se reverra."

Mais comme le dit Natacha, qu'est-ce qui pourrait lui arriver ? Et bien, évidemment, là, elle ne se doute pas un seul instant que c'est tout le contraire qui va se produire pour elle. Parce que, alors qu'elle marche dans la rue, son regard est, à un moment, attiré par une camionnette blanche. Et au fur et à mesure qu'elle se rapproche, elle voit un mec à côté de cette camionnette, un peu paumé, vous savez, un peu les cheveux longs, un peu dans le style années 70, on dirait qu'il est bloqué là-dedans. Bref, Natacha continue son chemin, elle baisse les yeux.

Mais tout va très vite, parce que à ce moment-là, le type l'attrape par la taille, la soulève, et il la balance dans la camionnette avant de fermer la porte.

"Ma vie vient de basculer et je comprends bien sûr tout de suite que je viens de me faire enlever. Et je pense directement aux pires atrocités qu'il peut m'arriver. Je demande rapidement à mon ravisseur si on va abuser de moi et il me répond que je suis trop jeune pour ça. Puis il me dit qu'il va me confier à d'autres personnes, même si j'apprendrai plus tard que c'était un mensonge. Je suis persuadée que je vais bientôt mourir. Je me voyais déjà abandonnée dans un bois, sans vie."

Et après, elle ne sait combien de temps de trajet, la camionnette s'arrête. Et le ravisseur de Natacha l'a fait sortir, couverture sur la tête. Il accepte quand même qu'elle passe aux toilettes, mais dans la foulée, il lui remet quand même cette couverture. En même temps, elle sent qu'elle descend quelques marches, et elle finit alors par déboucher sur une pièce qu'elle ne voit pas pour l'instant.

Sauf que quelques minutes plus tard, l'horreur va vraiment la submerger, car là, elle prend conscience de l'endroit où elle vient d'atterrir. Là, à ce moment-là, vous voyez, Natacha découvre une pièce miteuse de quelques mètres carrés, quoi, avec un lit qui ressemble vaguement à un lit, avec des toilettes dans un coin et un lavabo en inox. Les murs sont en bois, ça rappelle une sorte de sauna, une cabane, quoi, mais version vraiment, vraiment bas de gamme. Surtout que dans sa tête, un sauna dans une cave, ça fait quand même vachement penser à des... ou alors à des criminels. Et là, elle panique rapidement.

Bon, après s'être un petit peu calmée, elle ose parler au ravisseur. Alors, vous voyez, elle essaie de négocier, elle lui dit au ravisseur que s'il l'a fait sortir maintenant, elle ne dira rien et tout, genre, elle est en position de force. Mais lui, il s'en fout complètement et il ne l'écoute pas. Mais comme vous le voyez, Natacha, quand même, elle est pas bête, quoi. Elle comprend rapidement qu'elle va être séquestrée ici, et elle ne verra probablement jamais le reste de la maison, s'il y en a.

Bon, le temps passe, il s'écoule alors une première nuit ici, puis une seconde, et puis encore une autre.

"Pendant mes premières journées ici, mon ravisseur a laissé la lumière allumée 24h sur 24. Et même si je l'ai demandé, cette clarté permanente est pénible. À cause de ça, je ne fais que somnoler. Et à chaque fois que je me réveille, c'est en panique. En réalité, plus rien ne sépare le jour et la nuit. Au bout de quelques jours, je me retrouve dans cette cave à jouer aux petits chevaux et aux dés avec mon ravisseur. Et très rapidement, j'ai dû me faire à manger toute seule ici, avec ce qu'il me ramène."

Bref, Natacha vit dans la peur d'être arrachée à cet endroit du jour au lendemain pour tomber dans les mains d'un réseau. Et quand elle est seule dans son cachot, elle se place toujours de sorte à voir la porte pour ne pas être prise par surprise, quoi. En fait, elle est sous stress et sous tension maximale, et en permanence, elle est tout le temps angoissée.

Mais bon, rien ne change. Et au bout de quelques semaines, Natacha peut là récupérer des affaires d'école, ce qui va lui permettre de dessiner et d'écrire une lettre à ses parents pour les rassurer. Là, le ravisseur dit qu'il la donnera aux parents, mais ce qu'il ne fera en vrai jamais.

En tout cas, en parallèle, Natacha reçoit un petit ordinateur avec des jeux, mais ça deviendra rapidement un moyen de pression utilisé par son ravisseur, parce que si, à ses yeux, elle ne se comporte pas bien, comme une bonne petite fille, il lui enlève.

"Vu que je suis seule pour me faire à manger, j'ai un jour voulu simuler une maladie pour qu'il m'emmène à l'hôpital. J'ai alors pelé précieusement des citrons et je me suis collé la fine pellicule jaune sur la peau pour simuler une sorte d'inflammation purulente. Et quand mon ravisseur est revenu, je lui ai montré en disant que j'avais mal."

Sa réaction ? Il m'a regardé fixement avant d'enlever d'un geste toutes les pelures de citron. Et dans la foulée, il m'a éteint la lumière.

Rapidement, en enquêtant un petit peu, Natacha pense obtenir le nom de son ravisseur. Il s'appellerait Wolfgang Priklopil, car elle a vu une brochure avec ce nom-là, mais elle est pas sûre à 100 %. En fait, psychologiquement, elle est bien évidemment au fond. Elle se demande pourquoi elle. Et en plus, bah, son ravisseur fait pression sur elle en lui disant que tout le monde l'a de façon déjà oublié, que plus personne ne la recherche. Je vous le dis, mais elle apprendra bien plus tard que c'était complètement faux, parce que la police était même venue au domicile de Priklopil, donc le le le mec, pour l'interroger.

Bref, en tout cas, elle, Natacha, pour essayer de se rattacher au monde extérieur, et bien, elle décide de peindre son arbre généalogique sur le mur. Mais elle peint aussi une Mercedes SL sur un autre mur, bref, c'est sa voiture préférée, elle en a même une maquette chez elle, donc elle s'en souvient. Bon, en tout cas, au fur et à mesure qu'elle reçoit de nouvelles choses, comme un magnétoscope, une radio, et bien, son ravisseur s'en sert aussi comme moyen de pression pour qu'elle se tienne à carreau.

Alors, je vous le précise, hein, mais pour l'instant, il se passe rien de grave, on va dire. Elle n'a pas été... elle n'a pas été tapée, c'est juste, elle ne sait pas pourquoi elle est là et pourquoi il la garde prisonnière. Et en tout cas, les semaines passent, les mois passent, et la jeune Natacha, qui ne l'espérait plus, va alors pouvoir quitter son cachot.

À ce moment-là, Natacha a envie d'une seule chose : un bon bain chaud. Et là, ça devient vraiment une obsession pour elle. Et à force de demander ça à son ravisseur, et bien, il finit par craquer et dire oui. Et ça signifie qu'elle va pouvoir sortir d'ici, même si c'est un petit peu là.

Priklopil ouvre alors la porte et il dit à la jeune fille de le suivre. Et après être passé par une énorme porte en bois, et bien, il débouche sur une petite pièce comme une sorte de... Je vois alors qu'il y a une autre porte en béton armé qu'on peut verrouiller de l'extérieur avec une barre de fer. Je comprends alors que je suis enfermé dans du béton. Je suis hermétiquement cloîtrée ici. Une fois cette porte fermée, j'accède à un petit tunnel de 80 cm de hauteur environ où je suis obligée d'avancer à quatre pattes. Sorti de là, je débouche dans une fosse à vidange de voiture et je vois que l'entrée du tunnel est habituellement cachée par un coffre-fort. Je réalise alors que personne ne me trouvera ici.

Natacha a finalement pu prendre son bain chaud, sauf que son ravisseur ne va pas quitter la pièce. Ah, aucun moment, il est là à la surveiller tout le temps. Il aurait pu se passer 1000 choses avec lui, justement parce qu'il avait tout pouvoir sur elle, mais heureusement pour elle, il ne va rien, rien faire.

Bon, après avoir pris son petit bain, Natacha va bien évidemment devoir retourner dans son cachot, mais néanmoins, avec le temps, elle va pouvoir un petit peu améliorer son confort dedans. Et puis Noël va arriver, le tout premier Noël qu'elle va devoir passer toute seule. Parce que oui, le temps passe, elle obtient alors un petit sapin en plastique que Priklopil va lui donner et qu'elle va pouvoir décorer un petit peu. Mais le réveillon de Noël, bah, elle devra le passer toute seule. En tout cas, ce réveillon-là, mais également tous les autres, parce que son ravisseur, lui, va le passer avec sa propre famille.

Petit à petit, le cap de l'année passée dans le cachot est franchi, et la jeune fille a de moins en moins de souvenirs du monde extérieur. D'ailleurs, en plus de ça, bah, le ravisseur voulait effacer son identité, son passé, et Natacha devait à présent répondre au nom de Bibiane, truc bizarre. Et d'ailleurs, il lui a petit à petit mis dans le crâne que plus personne ne la cherchait dehors.

D'ailleurs, le dehors, Natacha, pour aussi le connaître, parce que son ravisseur l'autorisant, elle allait un petit peu dans le jardin. Mais bien évidemment, bah, elle a une énorme épée d'amoclès au-dessus d'elle, parce que du coup, le jardin, elle est découverte, et si elle se mettait à crier, bah, son ravisseur lui dit direct, il la tue. Si elle court, il la tue. Et d'ailleurs, en bonus, il tuerait aussi toutes les personnes qui l'auraient vu ou qui l'auraient entendu, comme ça, c'est réglé, ça va bien la dissuader.

"J'étais dehors pour la première fois depuis mon enlèvement. Le ravisseur me fit traverser le jardin jusqu'à un arbre. Et je tendis la main pour toucher les feuilles. Leur parfum était âpre et les feuilles brillaient à la lueur de la lune. J'ai alors cueilli quelques feuilles et je les ai mises dans ma poche, comme pour avoir un souvenir du monde extérieur."

Mais là encore, lui faire cette fleur, c'est calculé. Et d'ailleurs, la condition où la vie de Natacha va encore évoluer, mais pas de la bonne façon.

Bien, le temps passe, le temps passe, et la deuxième année de la captivité est fêtée. Et fêtée. Et petit à petit, bah, Natacha sort de plus en plus de son cachot, mais pas pour prendre l'air, hein, non, non, non, car Priklopil, le gars, la force à l'aider dans ses travaux qu'il fait dans la maison. Mais hors de question pour lui de prendre le moindre risque en faisant venir des ouvriers de l'extérieur. Donc forcément, bah, c'est Natacha, 12 ans, qui va lui filer un coup de main, même si c'est pas du tout, évidemment, le rôle, ni la carrure d'une fille de cet âge. Parce que elle va devoir traîner des sacs de ciment, casser du béton au burin ou à la masse, insonoriser des murs, refaire la tuyauterie, crépir les murs.

Et d'un côté, Natacha nous dit aussi que le travail a quelques bons côtés quand même, ça lui permet de rompre avec le quotidien de son sous-sol complètement macabre, quoi. Et de l'autre côté, bah, c'est aussi l'arrivée des premières violences qui viennent de son ravisseur.

"Ça a commencé un jour quand il m'a lancé un sac dessus qui m'a coupé le souffle, mais qui m'a surtout montré l'agressivité dont il était capable. Et ce jour-là, c'est comme si une digue s'était brisée. Quelques temps plus tard, alors que je mettais trop de temps à exécuter ses ordres, il m'a lancé un cutter dessus. L'objet était si affûté qu'il s'est planté dans mon genou comme dans du beurre et j'ai fait un malaise dans la foulée."

Qu'a-t-il fait ? Il m'a hurlé dessus parce que j'étais en train de mettre du sang partout. En fait, Priklopil ne supporte pas d'être confronté aux conséquences de son mauvais traitement. Enfin, voilà, c'est parce qu'il est quand même un peu la vie de Natacha entre ses mains, quoi. Mais ça l'empêche pas d'être violent envers elle. Et à cause de ça, Natacha a peur en permanence, peur de pouvoir mourir à tout moment sous les coups de son ravisseur. Et donc, bah, cette nouvelle routine de l'aider, ça va durer encore 2 ans avant que Natacha rentre pleinement dans l'adolescence et commence là un petit peu à se rebeller.

À ce moment-là, la jeune Natacha a maintenant 14 ans. Elle commence doucement mais sûrement à tenir tête à son ravisseur, puisque voilà, elle devient adolescente. Alors, au début, de façon passive, en se frappant toute seule et en l'obligeant à regarder, mais ça va durer que quelques mois. Parce que le temps passe et là, elle passe alors le cap des 15 ans. Elle commence à agir de façon active en rendant les coups. Pour la première fois, Natacha le frappe au ventre, ce qui étonne Priklopil dans un premier temps. Donc globalement, quand elle l'aide pas assez vite ou qu'elle fait pas exactement comme il a envie, il va la taper. Mais elle, du coup, là maintenant, elle se laisse quand même moins faire.

Mais bon, le problème, c'est que bah Natacha, elle a aucune force physique, et donc elle a aucune chance en un contre un. Mais néanmoins, bah, quand elle commence à se rebeller, lui, il aime pas trop ça. Et donc, il est en train de réduire ses rations de nourriture et il lui donne alors plus que des sucreries, ce qui fait que bah, elle va être encore plus faible.

"J'ai de plus en plus de vertiges lorsque je me lève un peu trop vite en travaillant, car je ne mange pas assez. Je suis trop faible et mes jambes me portent à peine. Mon estomac gronde en permanence et il est parfois si vide que j'en ai des crampes. Il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre que Priklopil ne se souciait pas de ma silhouette. Il voulait juste me garder dans un état de faiblesse et de soumission. Par la fin, ça me sautait encore plus au visage quand il me disait : 'Tu recommences à ne pas écouter, je dois te donner beaucoup trop à manger.'"

Et histoire de compléter le tableau, Natacha apprend aussi que son ravisseur penche très, très à droite, dans le sens où il a un livre, par exemple, qui trône plutôt fièrement sur son étagère, "Mein Kampf", donc du petit moustachu.

Du côté de Natacha, pour essayer au mieux d'oublier la faim et sa condition, bah, elle passe la plupart de son temps à écouter la radio qu'elle a eu en cadeau peu de temps avant. En fait, elle capte les stations autrichiennes et ça lui permet d'avoir une sorte de lien avec le monde extérieur. Mais elle lit également beaucoup de bouquins de science-fiction et elle commence même à écrire des petites histoires de son côté.

Et là, Natacha commence aussi à se rapprocher, façon de parler, de son ravisseur, en lui demandant des câlins ou des trucs comme ça. En fait, son but derrière, c'est de créer une sorte de normalité, comme si c'était son père et elle, sa fille. Alors, elle le faisait de manière consciente, c'est ce qu'elle explique plus tard. Donc, c'est pas le syndrome de Stockholm, à vouloir tomber un peu amoureux de de son ravisseur, pas du tout. C'est juste, elle avait besoin, en fait, de sentir que ce n'était pas une otage, quoi. Et donc, en essayant de s'inventer une sorte de vie d'illusion.

Un jour, alors qu'on fait des travaux, il me dit sans aucun détour : "Tu peux m'appeler Wolfgang, au fait, Wolfgang Priklopil." J'avais déjà vu ce nom sur une carte de visite, plutôt dans ma captivité, mais j'avais maintenant confirmation que c'était bien lui. Surtout, je comprends à ce moment que je ne quitterai jamais cette maison vivante, car dans le cas contraire, il ne m'aurait pas confié sa réelle identité complète.

Mais en plus de son nom, Natacha va aussi par la suite apprendre, ou plutôt comprendre, que son ravisseur a des petits problèmes psychologiques. Tu m'étonnes, ce qui de coup l'a emmené à son enlèvement. Parce que, en effet, il lui explique un jour qu'il est un dieu égyptien de la série Stargate, et c'est pour ça que Natacha lui doit obéissance, quoi. Du coup, voilà. D'ailleurs, de temps à autre, il lui ordonne aussi de l'appeler "Maître", et si elle ne le fait pas, bah, c'est des coups qui l'attendent. Donc, un peu chiant pour une relation père-fille.

Et une autre fois, alors que Priklopil lui demande de lui apporter un sandwich, il lui demande également, du coup, de s'agenouiller au moment où elle doit lui tendre. Sauf qu'elle refuse. Il n'est pas content et du coup, il la plaque au sol quelques secondes après. Néanmoins, bah, Natacha, bah, elle est quand même un petit peu une dure à cuire, et elle se rebelle en permanence. Elle refuse de se plier à ses ordres, même si elle en paye physiquement le prix, parce que pour elle, à ce moment-là, c'est céder, ce serait complètement craquer, quoi, et ça, c'est non.

En tout cas, plus le temps passe, plus la situation de Natacha empire. Et figurez-vous qu'elle n'est pas au bout de ses surprises. En fait, Natacha a dû attendre plus de 4 ans pour passer une nuit hors de son cachot au sous-sol. Mais rapidement, elle va comprendre que même en dormant hors de son cachot, elle n'aura pas du tout le confort qu'elle espérait.

"J'étais allongée, pétrifiée de peur, dans le lit du ravisseur. Il verrouilla la porte derrière lui et il a mis la clé sur une armoire de sorte que je ne puisse pas l'atteindre. Puis il se coucha près de moi et m'attacha les poignets à lui avec un collier de serrage. Je ne vais pas dire ce qui s'est passé parce que c'est le dernier reste de sphère privée que je peux encore préserver. Je peux juste vous dire qu'il n'était pas question de... et même s'il était violent, la seule chose qu'il voulait pendant les nuits, c'était des câlins."

Alors à partir de là, ça l'a évidemment plongé dans une sorte de détresse psychologique encore plus profonde que ce qu'elle avait déjà avant. Et d'ailleurs, quelques mois plus tard, elle pense toucher le fond, et là, elle tente de se suicider pour la première fois. En fait, à ce stade-là, on est à peu près à 4-5 ans, en fait, de captivité. Elle ne pense plus du tout à s'enfuir. Et d'ailleurs, son ravisseur l'a sans doute compris, car il l'a laissé à plusieurs reprises aller dans le jardin en pleine journée, en étant toujours à proximité. D'ailleurs, un jour, elle a même eu le droit de se baigner avec lui dans la piscine des voisins. Et ça a d'ailleurs été une sorte de renaissance pour elle, car pendant un instant, elle avait oublié le cachot, la captivité et toutes les... vie.

Alors bien sûr, les voisins n'étaient pas là à ce moment-là, ça aurait été un peu louche. Bref, Natacha est en quelque sorte reconnaissante envers lui pour ces petites choses qui lui accordent, car bah, malgré tout ça, il a des petits moments d'humanité auxquels bah, la la jeune fille s'accroche comme elle le peut, même si ça retire rien à toute l'horreur qu'il y a autour, hein, faut pas non plus déconner.

Et d'ailleurs, un jour, Natacha glisse sans faire exprès dans les escaliers, elle se fracasse le crâne contre une marche. Là encore, la première réaction de Priklopil, c'est de l'engueuler, car bah, elle a mis du sang partout, il va devoir tout repeindre. Il fera effectivement le lendemain. On n'est jamais trop sûr, évidemment. Il va pas l'emmener à l'hosto, mais en tout cas, à cause de cette blessure, Natacha a perdu connaissance. Et d'ailleurs, elle va passer plusieurs jours au lit sans pouvoir bouger, car tout tourne autour d'elle, elle voit à peine, elle est dans une sorte d'état catastrophique. Bon, à ce moment-là, faut le dire, mais elle a probablement eu un traumatisme crânien. Mais évidemment, comme je vous l'ai dit avant, l'emmener à l'hôpital ne fait pas du tout partie des priorités du du ravisseur. Il serait beaucoup plus probable qu'il la laisse mourir ici plutôt que prendre le risque de de dévoiler la vérité. Du coup, voilà, il faut quand même qu'elle soit prudente, sinon c'est quick, quoi.

Et d'ailleurs, les jours continuent de passer, tout comme les mois et les années. Plus le temps passe, plus il me fait porter la responsabilité de ma détention et il me met sur le dos le fait de devoir me frapper et m'enfermer. Je lui rappelle à plusieurs reprises que c'est bien lui qui m'a enlevé, mais il semble avoir perdu depuis longtemps le souvenir de cet événement, comme s'il était dans une sorte de réalité alternative.

Quand il pète les plombs, ce qui n'est pas rare, il m'arrive de passer plusieurs jours de suite dans le cachot, sans aucune nouvelle, sans pratiquement aucune nourriture, et parfois dans le noir complet. Bon, à ce moment-là, les violences physiques continuent bien sûr, et Natacha n'arrive même plus à compter les bleus qu'elle a. Et quand elle reçoit pas des coups de marteau, bah, c'est des coups de poing dans le ventre. Et quand ce ne sont pas des écorchures sur les cuisses, bah, c'est un poignet qui est sans doute fissuré.

Et alors que les violences physiques continuent, la suite de la séquestration de Natacha lui réservera quelques surprises. Le temps continue de passer et Natacha a maintenant 17 ans. Ça fait plus de 7 ans qu'elle est séquestrée. Dans un journal, elle raconte ce qui lui arrive avec, bien évidemment, les sévices et aussi les rares moments d'éclair.

La jeune fille, qui devient rapidement une jeune femme, passe de plus en plus de temps hors de son cachot, mais si elle le fait, bah, c'est pour ranger, nettoyer, ou même cuisiner. C'est donc pas vraiment une liberté, quoi. D'autant plus que Priklopil ne la lâche pas du regard une seule seconde. Il a même d'ailleurs démonté la porte des toilettes pour toujours la voir à l'œil.

Néanmoins, le ravisseur prend de gros risques et commence aussi à sortir de la maison avec elle pour aller notamment en ville. Néanmoins, quand il le fait, il pense à tout. Il sait pertinemment que je suis peureuse et que je ne prendrai pas le risque de crier une fois dehors, car je ne l'avais par exemple jamais fait dans le jardin. Il a aussi prévu tous les scénarios : si on me dit que je ressemble à la petite enlevée il y a quelques années, je dois dire à cette personne qu'elle se confond. Si on me demande qui je suis, je réponds que je suis sa nièce. En parallèle, il me dit aussi que si j'essaie de crier alors qu'on est dans un magasin, il tuera tout le monde.

En fait, pour Natacha, lors de ses sorties, tout paraît irréel, ce qui paraît vraiment compréhensible vu que bah, personne ne l'a vu depuis des années, et elle-même, elle n'a jamais vu personne d'autre depuis des années. Et bon, quand ils sont chez lui, même si la violence fait toujours partie du quotidien, Priklopil se montre de plus en plus imprudent. Par exemple, il cache beaucoup moins Natacha lorsqu'elle travaille dans le jardin. Et d'ailleurs, un voisin la voit même à plusieurs reprises.

Bref, quelques temps plus tard, Natacha fête ses 18 ans et rentre officiellement dans sa vie d'adulte. En tout cas, avec le temps qui passe, elle se sent aussi de plus en plus forte intérieurement. Elle a vécu son enfance comme esclave, punching ball, avant d'être une femme de ménage. Elle pouvait pas réellement faire autrement, mais ce temps est révolu. Il faut en fait que tout ça change vraiment. Et d'ailleurs, Priklopil le sent, car Natacha écoute moins, où recommence à se rebeller pour des choses de plus en plus anodines.

D'ailleurs, à chaque fois qu'elle croise une personne, que ce soit dans la maison ou dehors, elle commence à ressasser sur le fait qu'elle aurait pu peut-être lui demander de l'aide. Enfin, du coup, voilà, elle se dit peut-être que si elle avait parlé à cette personne, elle serait libre, mais elle n'a pas osé. Qu'est-ce que vous auriez fait à sa place ?

Bref, en tout cas, alors que le printemps et l'été 2016 passent, cet état d'esprit de vouloir peut-être se libérer va s'ancrer de plus en plus en elle, et sa vie ne va pas tarder, enfin, à rebasculer.

On fait un petit saut dans le temps pour arriver au 23 août 2006. Et ce jour-là, comme pas mal d'autres par le passé, Natacha et Priklopil sont dans le jardin. Et cet après-midi-là, Natacha est obligée de nettoyer la fourgonnette qui doit être vendue quelques jours plus tard. Et là, alors qu'elle s'attelle à la tâche comme d'habitude, bah, le téléphone de son ravisseur sonne. Et là, il s'éloigne donc du coup pour discuter. Visiblement, il semble très heureux du coup de fil qu'il vient de recevoir, et il est plongé dans une grande conversation. Et du coup, là, il s'éloigne pas très, très loin, mais au moins de quelques mètres. Et en fait, pour la toute première fois depuis le début, Natacha est seule. Son ravisseur l'a même quitté des yeux pendant quelques instants.

"Je reste alors pétrifiée pendant un instant devant la camionnette, l'aspirateur à la main. Mes bras et mes jambes sont engourdis et j'ai l'impression d'avoir un corset tellement ma poitrine est serrée. Des images commencent à me traverser l'esprit : Priklopil qui revient et ne me trouve pas avant de commencer à chercher et à devenir fou. Puis tout d'un coup, dans un geste d'une violence surhumaine, j'arrive à sortir de ma torpeur et une voix au fond de moi me hurle de courir, de m'échapper. Je laisse alors tomber l'aspirateur et je me précipite sur la porte du jardin qui est ouverte et je me retrouve dans la rue."

Alors, elle a réussi à ce moment-là, mais elle ne sait pas du tout où elle doit aller dans la rue. Mais en tout cas, elle sait qu'elle doit agir vite, vite, vite. Natacha croise alors des personnes dans la rue, elle se jette alors sur elles et elle leur demande de l'aide, mais ils refusent. Ils disent : "Mais arrêtez !" et ils s'éloignent rapidement. Elle continue alors. Elle voit une femme à la fenêtre de sa maison, donc elle court dans son jardin et elle lui dit d'appeler la police car elle a été victime d'enlèvement.

Natacha hurle alors son nom : "C'est moi, Natacha Kampusch, c'est moi, c'est moi !" à la dame. Donc, mais la seule réponse de la dame, c'est : "Mais pourquoi vous venez chez moi ? Attendez près de là, eh, ne marchez pas sur mon gazon." Alors, c'est lunaire, mais Natacha obéit sans protester, tout en sachant que le temps qu'elle est en train de perdre, bah, ça pourrait lui coûter très, très cher.

Alors, quelques minutes plus tard, heureusement, la police arrive et elle demande à Natacha de lever les mains. Alors là, évidemment, dans sa tête, c'était pas comme ça que ça allait se passer. Elle pensait vraiment que tout le monde allait exploser de joie. Mais non.

"J'explique alors à ces hommes qui je suis, que je suis Natacha Kampusch, que vous avez dû entendre mon nom car j'ai été enlevée en 1998. Ils me demandent ma date de naissance, mon adresse de l'époque, par qui j'ai été enlevé et quand exactement. Il n'y aurait pas pu y avoir de plus fort contraste entre l'enregistrement neutre des faits et le mélange d'euphorie et de panique qui m'habite."

Après quelques minutes, je peux enfin me réfugier dans leur voiture, emmitouflée dans une couverture. Et lorsque la voiture démarre, une vague de soulagement m'envahit. Enfin, j'avais réussi, j'avais fui.

Natacha va alors échanger très longuement avec la police, avant que très rapidement les médias mettent leur nez dedans, sans aucune retenue. C'est-à-dire que les médias vont faire leur une, ils vont balancer toutes les informations qu'ils ont, et cetera, la fille qui a été retrouvée avec, et cetera, donc pas trop de respect de la vie privée, mais pour eux, c'est vraiment le scoop.

Pendant ce temps-là, la jeune femme retrouve rapidement ses parents, et son père cherche directement la cicatrice qu'elle a depuis petite pour être sûr que c'est bien elle et pas une inconnue, quoi. Et il la trouve. Bon, voilà, logique. Puis la réalité la rattrape rapidement, notamment, elle apprend que sa grand-mère est morte il y a maintenant 2 ans.

En tout cas, les jours suivants, Natacha passera du temps à l'hôpital et apprendra à se reconstruire petit à petit, ce qui lui prendra finalement des mois, des années, avec des hauts, des bas, des moments de doute et de détresse totale, mais elle sera enfin libre. En tout cas, la reconstruction sera lente, c'est pas du jour au lendemain, c'est bon, je suis libre, ma vie d'avant reprend. Non, parce que elle n'a jamais eu une vie comme une personne normale, donc elle devra tout créer.

Aussi, en parallèle, le soir de l'évasion de Natacha, Priklopil, sachant cela, s'est jeté sous un train, mettant fin à ses jours.

Et bien voilà pour cette cette histoire, en fait, sur cette jeune fille. Pour ceux qui suivent aussi ma chaîne "Poisson Fécond", bah, j'en ai parlé sur le fait d'être séquestré, qu'est-ce que ça fait, et justement, on a on a utilisé cette histoire en en toile de fond, et là, on est rentré beaucoup plus dans les détails, bien sûr. Voilà, c'était vraiment une histoire assez, assez marquante, assez folle, quoi. Assez folle. Heureusement qu'elle a pu s'en sortir. En tout cas, j'ai été ravi de pouvoir vous la raconter. N'hésitez pas, évidemment, à voir les les reportages un peu plus longs sur le sujet, ou peut-être le bouquin qu'elle a écrit, si ça vous a vraiment passionné. Et bien voilà, sur ce, moi, je vous dis très belle soirée, et on se retrouve très rapidement.