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Dr*gues de synthèse : les sombres dessous de leur production

Jérôme Pierrat16:05

Transcription

Aujourd'hui, je vais vous parler des nouveaux produits de synthèse. C'est comme ça qu'on appelle les drogues chimiques. Alors, si elles sont apparues il y a 30 ans en Europe, aujourd'hui leur consommation non seulement augmente mais les labos de production se multiplient et ceux-là, ils sont installés en Europe occidentale.

En janvier dernier, donc en janvier 2026, Europol a mené la plus grande opération jamais effectuée par ses services dans 10 pays. Les différents services de police concernés ont neutralisé 24 laboratoires alors qui étaient disséminés en Pologne, en Tchéquie, en Allemagne, aux Pays-Bas. On va le voir dans les pays traditionnellement impliqués dans la fabrication de ces nouveaux produits de synthèse comme on les appelle.

À la tête de ce réseau, deux frères polonais qui importaient eux les précurseurs chimiques nécessaires à la fabrication des produits, qui les réétiquetaient, qui les dissimulaient en gros et les renvoyaient un peu partout en Europe vers les labos qu'ils dirigeaient pour fabriquer ces millions de pastoches comme on dit, de pilules.

Alors si traditionnellement les labos de production de produits de synthèse, on va revenir dessus, existent depuis la moitié des années 90, notamment avec la production d'ecstasy, leur nombre augmente et explose ces dernières années. En 2023, c'est à peu près les derniers chiffres qui sont disponibles, on a détecté plus de 270 labos en Europe, donc 80%, quand même, dédiés à la production de drogues de synthèse. Le reste concerne des labos de coupe et de transformation de cocaïne.

Ces labos, ils sont installés toujours à peu près dans les mêmes pays. En tête de gondole, on trouve en ce moment la Pologne, suivie des Pays-Bas, de la Belgique, de l'Allemagne, traditionnellement de la Tchéquie, un peu en Espagne. En France, on en a pas beaucoup, même si on va revenir là-dessus.

Il y a trois produits qui sont principalement fabriqués : la MDMA qu'on connaît sous le nom de l'ecstasy, le speed, c'est-à-dire les amphétamines, et puis les méthamphétamines. Alors, c'est ce dernier produit qui explose. On va voir pourquoi. Notamment sur ces 272 labos concernés, il y en a 250 qui fabriquaient de la méthamphétamine.

Alors, c'est ces labos de méthamphétamine parce que c'est sur ce produit-là qu'on va s'arrêter un peu dans cette chronique, parce que c'est le produit en vogue qui explose actuellement en Europe occidentale. Il y a certes une production qui explose, mais la consommation en Europe un petit peu aussi. Mais c'est surtout que cette production, elle est destinée au reste du monde, ce qui est une particularité européenne. C'est de la drogue qui va aussi majoritairement au Japon, en Australie. C'est les marchés actuellement les plus lucratifs pour les trafiquants.

On va faire un petit retour en arrière. Les labos, donc, sont apparus massivement à la moitié des années 90 quand l'ecstasy, la MDMA, s'est multipliée. Les grands spécialistes traditionnellement de cette fabrication à l'échelle mondiale et évidemment européenne sont les Pays-Bas et en une moindre mesure la Belgique, et notamment une région des Pays-Bas qui se situe au sud-est du pays qu'on appelle le Limbourg. C'est à peu près au carrefour entre les Pays-Bas, l'Allemagne et la Belgique.

Alors, c'est une zone un peu désertique, des lacs, des forêts. Donc, c'est propice à installer des labos dans des fermes isolées ou des maisons abandonnées. En gros, des habitations à l'écart et discrètes. Là, évidemment, s'installent des labos industriels voire semi-industriels. Le plus gros d'ailleurs, il a été trouvé en 2021. Il pouvait sortir en gros 150 kg de produits par jour, c'est-à-dire des millions de pilules quotidiennement.

Alors, pourquoi les Pays-Bas, champion de production de nouveaux produits de synthèse ? Bah, c'est très simple. Déjà, traditionnellement, il y a deux ports, dont un assez énorme, Rotterdam, l'autre Amsterdam. Donc, pour faire venir les produits précurseurs, les précurseurs chimiques qui sont nécessaires pour fabriquer ces pilules, et bien ces produits, ils arrivent massivement de Chine et d'Inde. On va revenir aussi un peu dessus. Et évidemment, le commerce maritime du port de Rotterdam et Amsterdam avec ces millions de containers, et ben évidemment, c'est évident pour dissimuler ces produits.

Donc, c'est arrivé en plus, il y a quand même un certain laxisme aux Pays-Bas en terme de drogue et de trafic de drogue et de consommation, en parvenir sur les coffee shops qui euh parsèment le pays depuis des années, et la police hollandaise n'est pas super formée, hein. Les brigades d'assaut ne sont pas les meilleures de la police judiciaire hollandaise. Donc, il n'y avait pas une tolérance, mais en tout cas, une répression pas très accrue. Donc, produits de synthèse, répression pas très accrue. Ça a favorisé le développement de ce business, sans compter que les Pays-Bas et ce et le nord de la Belgique ont une position assez centrale en Europe, ce qui permet de distribuer assez facilement aux pays alentours.

Il faut quand même distinguer les différents labos. Il y a plusieurs catégories. Ceux qui explosent notamment le plus sont les "Kitchen Lab", ce qu'on appelle les "Kitchen Lab", les labos cuisine en français. C'est-à-dire que ce sont des particuliers qui se mettent à tourner des pilules chez eux, dans la cuisine de leur appartement, massivement dans une cave, dans un garage, et cetera. Ça ne demande pas une grosse installation, ça a le mérite d'être démonté assez rapidement. Donc, eux achètent les produits, la recette pour faire en tout cas le bas de gamme de la MDMA, du speed, c'est des amphétamines, c'est pas très compliqué.

Évidemment, le nerf de la guerre, c'est d'avoir accès à ces produits. Aujourd'hui, il y a pas mal de distributeurs, on va le voir aussi en Europe, qui permettent à ces indépendants de faire leur petit business et de devenir un peu, dit, dealer indépendant ou en tout cas à l'échelle d'un quartier, d'une ville, de pouvoir distribuer leurs pilules.

Pour fabriquer les extasies, il y a un produit précurseur le plus connu, ce qu'on appelle le BMK, benzil méthyl cétone. Ce BMK, il est massivement produit dans les entreprises pharmaceutiques chinoises et ce n'est pas très dur à se procurer. On va revenir aux "Kitchen Lab", c'est-à-dire que ces milliers d'entreprises emploient des commerciaux qui font du business en ligne, qui proposent tous ces produits en ligne. Alors, il y a des milliers de petites annonces, hein, je ne veux pas vous dire sur quel site les trouver, où vous pouvez commander notamment, par exemple, du BMK. Ça vous est livré, c'est réétiqueté, euh, c'est dissimulé dans un autre produit et ça arrive massivement comme ça en Europe occidentale.

Alors ça, c'est pour les "Kitchen Lab", les mecs qui bricolent chez eux. Quand évidemment, vous avez un labo semi-industriel, les quantités ne sont pas les mêmes. Dans les ports européens, on commence à trouver des 2 tonnes, 3 tonnes dans les ports italiens, les ports hollandais et cetera. Ça, évidemment, c'est destiné à la production à l'échelle industrielle par millions de pilules.

Le BMK, ça tombe bien. Il servait à faire de l'ecstasy, mais il sert aujourd'hui aussi à faire de la méthamphétamine, un marché qui explose, et notamment de la crystal meth, à peu près le champagne de ce produit-là. Et il se trouve que dans les au Pays-Bas, et ben évidemment, le BMK, plus les premiers producteurs mondiaux d'ecstasy, et étrangement, les spécialistes pointent du doigt, évidemment, une évolution de la qualité de ce produit.

Et les nouveaux produits de synthèse, ça demande quand même un tour de main. Même si on les produit dans des "Kitchen Lab" un peu artisanalement entre son gaufrier et son micro-ondes, quand on veut vraiment sortir des produits de grande qualité comme la crystal meth, enfin de grande qualité entre guillemets, il faut quand même avoir un certain tour de main et être un très bon cuisinier. Et on pense que le marché a notamment explosé. Marché de production en Europe destiné comme ça à l'Europe et à l'international, ça a augmenté euh bizarrement après l'arrivée de chimistes mexicains.

Alors ces chimistes mexicains, on a mis la main sur une petite vingtaine d'entre eux dans une période assez courte entre 2019-2021. La police hollandaise a découvert un bateau de 85 mètres avec trois Mexicains à bord. Évidemment, le truc était était stationné dans un port de plaisance. Les trois Mexicains, ils avaient construit carrément un labo euh dedans, à la taille du bateau, et ils tournaient euh de la crystal meth. Donc, on s'est gratté la tête en disant que font ces Mexicains euh au fin fond du Limbourg à tourner dans cette péniche des produits de synthèse. On a eu du mal à savoir comment ça fonctionnait, comment ils étaient arrivés là.

En revanche, les Mexicains, c'est guère surprenant qu'ils soient dans cette affaire, puisqu'ils sont les meilleurs chimistes de crystal meth au monde. Ça fait des décennies qu'ils en produisent dans les labos au Mexique. 2020-2021, je vous dis, plus d'une vingtaine de types arrêtés dans une trentaine de labos. Voilà. On s'est longtemps demandé si c'était les cartels mexicains qui envoyaient ces types pour eux-mêmes monter des labos et envahir le marché européen. En fait, il semblerait que ça soit plus simple que ça. On ne sait pas trop s'il y a des cartels, les vrais cartels derrière, parce que la DEA, c'est-à-dire l'agence antidrogue américaine, les rapports d'Europol et cetera ne pointent pas directement un lien. En tout cas, donc, on s'est dit au début que ces types venaient pour tourner en Europe de la part des cartels, et si eux venaient eux-mêmes, c'était parce qu'ils ne voulaient pas donner les recettes aux Hollandais, aux trafiquants européens qui auraient ensuite plus besoin d'eux.

Et ben en fait, si c'est ça l'argument. On s'est aperçu qu'en fait ces types étaient recrutés indépendamment, notamment par deux frères mexicains installés en Espagne qui faisaient en gros agence d'intérim. Alors, ils avaient un gros carnet d'adresses. Les trafiquants hollandais les appelaient, comme on a découvert ça, bah sur les messageries cryptées qui ont été détectées par la police, en l'occurrence Sky ECC, toutes ces messageries qui ont été craquées par la police sur lesquelles les trafiquants parlaient librement, et donc les types commandaient à ces, notamment ces deux frangins mexicains, de leur trouver des chimistes au pays là-bas et de les faire venir en Europe moyennant un bon salaire évidemment, trois fois, quatre fois ce qu'ils touchaient au Mexique.

Donc, on a fait venir ces garçons qui sont installés, voilà, dans les labos qui appartiennent eux aux trafiquants hollandais. C'est-à-dire le Hollandais, il fournit la structure, les produits précurseurs, à peu près tout. Le gars vient et tourne. Une fois qu'ils ont donné leur savoir-faire et leur coup de main aux trafiquants européens, bah ils sont rentrés chez eux. Et effectivement, après, à partir de 2022, on n'a plus trouvé de Mexicains, en tout cas aux Pays-Bas et en Belgique, dans les labos, uniquement des Hollandais. Et pourtant, la came qui sortait, la crystal meth qui sortait, était de la même qualité qu'au Mexique. Donc, on voit bien qu'il y a une transmission du savoir.

Et plus fort encore, ils sont devenus tellement bons et les labos tellement répandus en Europe que maintenant on vend de la meth en Amérique du Sud. Alors que évidemment, paradoxalement, c'est eux qui, c'est là-bas qu'on trouvait la meilleure jusque-là. En 2022, pour la première fois en Uruguay, on a saisi une cargaison qui arrivait de Rotterdam.

Alors cette crystal meth qui représente aujourd'hui 72% de la production de produits de synthèse en Europe occidentale. Ces labos de production de drogue de synthèse, ils sont répandus un peu en Europe à la suite des Pays-Bas et de la Belgique. On les a vu fleurir un peu partout, notamment à partir de 2015 en Pologne, massivement, qui sont devenus les gros opérateurs avec les Néerlandais. En Allemagne aussi, un peu par porosité qui est non loin, en cas entre ces deux sources de production, petit peu en Espagne, en Tchéquie aussi, non loin.

Alors, on se demande s'il n'y a pas une corrélation avec la guerre en Ukraine à partir de 2014, notamment. On a vu, parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup d'équipes ukraino-polonaises jusque-là. Comme en Ukraine, évidemment, on ne peut plus produire, on pense que ça s'est rabattu en Pologne, en Tchéquie, en Allemagne, les pays assez proches. Mais en France aussi, de manière stupéfiante, on commence à trouver pas mal de labos. Il y en a un qui avait été trouvé il y a quelques années pour la première fois à Montpellier, qui était animé par deux gars qui, pour la scène un peu électro locale, produisaient dans leur cuisine des drogues de synthèse. Depuis, ces "Kitchen Lab" se sont multipliés sur le territoire, visiblement, et même plus loin, puisqu'en mai 2025, c'est-à-dire il y a à peu près un an, on a découvert dans le Var, dans le sud de la France, un vrai labo semi-industriel avec dedans des Mexicains, pour le coup là, reliés au cartel de Sinaloa, qui est le gros cartel, le DEA, chapeau, et cetera, qui est la région traditionnelle de production de crystal meth, notamment au Mexique. Et le labo, en revanche, était animé par deux trafiquants français toulonnais, bien connus des services de police, des trafiquants de stupéfiants évidemment. Donc, ce labo a été démantelé, ce qui prouve bien qu'il y a une expansion en Europe de cette production.

Il y a un nouveau phénomène qui se développe en plus, parce que évidemment la police, Europol, Interpol, l'ONUDC, c'est-à-dire l'agence du crime organisé de l'ONU, piste aujourd'hui euh les précurseurs chimiques, hein, c'est le meilleur moyen d'endiguer ce trafic. Donc, le trafic de BMK et aussi de PMK, et notamment aussi des pré-précurseurs. Parce que ce qui s'est développé en parallèle de la production de produits de synthèse, et ben évidemment, c'est des labos de production de précurseurs chimiques. Pour éviter d'importer ce BMK qui est maintenant trop identifié comme étant comme servant la fabrication de produits de synthèse, bah on importe les produits chimiques qui servent à produire ces précurseurs, donc du BMK et cetera et cetera, et comme ça, évidemment, on noie un peu le poisson vis-à-vis notamment des services douaniers.

Pour conclure cette rubrique, il faut quand même rappeler que euh au-delà d'enrichir le crime organisé, il y a des dommages collatéraux à la multiplication de ces labos et à la production de ces produits. En premier lieu, évidemment, euh la dégradation de la santé publique, hein. Si vous vous mettez dans le cerveau tous ces produits chimiques, ce n'est pas top comme résultat. Deuxio, il y a évidemment des gros dégâts environnementaux, puisque tous ces produits chimiques, et ben évidemment, quand vous tournez ça, il y a beaucoup de résidus. Ces résidus-là, il faut bien les faire disparaître. Donc, on les balance de manière un peu sauvage dans la nature, voire en ville. Il y a même un type qui s'est fait attraper récemment avec des tonneaux qui déversaient, enfin qui mettaient des futs de produits chimiques à côté de la gare du Midi à Bruxelles. C'est en pleine ville qu'ils avaient déposé subrepticement. Sinon, par exemple, en Belgique, l'année dernière, on a trouvé 250 décharges sauvages. Donc, tous ces résidus, ils sont lâchés euh dans les rivières, qui sont polluées, dans les lacs, des futs qu'on retrouve dans les forêts, au bord des routes, des énormes nappes comme ça de résidus chimiques. Alors, on les, c'est les promeneurs, hein, qui tombent dessus. Généralement, la police, la gendarmerie essaie de les détecter en survolant en hélicoptère. C'est aussi d'ailleurs par ce moyen-là qu'on détecte les labos, souvent avec leurs sources thermiques. On voit qu'il y a de la chaleur et donc on les repère comme ça avec des caméras thermiques.

Mais il y a aussi euh évidemment une violence induite par ce trafic. Il y a nombre de règlements de compte. La multiplication de ces petits labos de cuisine, "Kitchen Lab", dans des appartements provoque une concurrence entre ces trafiquants locaux. Par exemple, l'année dernière en Hollande, il y a eu plusieurs centaines d'attentats à la bombe incendiaire pour essayer de faire cramer et neutraliser ces petits labos. En gros, la concurrence a trouvé ce moyen-là. Mais ils n'ont pas besoin souvent de bombe incendiaire pour causer des dégâts. Il y a aussi la manipulation de ces produits chimiques qui s'avèrent très dangereuse. L'année dernière en Hollande, il y a notamment un mini labo comme ça qui a sauté, qui a provoqué trois morts dans l'immeuble dans lequel il était abrité.

Il y a, à côté de ces "Kitchen Lab", ces gros labos semi-industriels, en plus, il y a ce qu'on appelle aussi des "combiles", c'est-à-dire des laboratoires qui sont qui sont polyvalents avec lesquels on peut fabriquer plusieurs types de nouveaux produits de synthèse. À côté de cette MDMA qui explose et qui phagocyte entièrement le marché, il y a aussi des nouveaux produits qui sont arrivés, les cathinones de synthèse. Alors, les produits viennent massivement d'Inde cette fois, et moins de Chine. Permet de produire des drogues dont on entend un peu parler aujourd'hui et qui servent à faire du chemsex, c'est-à-dire du sexe chimique, si on traduit ça en français. Donc, on connaît le 2MMC, le 3MMC dont on a entendu parler dans les faits divers récemment.

En résumé, vous aurez compris que ce n'était pas d'un grand intérêt de consommer ces produits de synthèse. Outre qu'on ne sait pas très bien ce qu'il y a dedans, dans tous les cas, ce n'est pas bon pour vous. Et en plus, vous participez à la dégradation de l'environnement et de la planète. Et en plus de surcroît, vous risquez de faire tuer vos voisins. Voilà, j'en ai fini aujourd'hui pour les nouveaux produits de synthèse. Merci de m'avoir suivi et surtout abonnez-vous. M.