Transcription
Bonjour à tous. Alors aujourd'hui, on se réunit pour une petite présentation, une petite simulation même de l'oral. Je vais devant vous recevoir mon texte, ma question grammaire, faire ma préparation. Vous allez pouvoir voir ce que je fais. Je vais tout vous expliquer. Et ensuite, on va passer aux 20 minutes d'oral tout entière. C'est parti.
Bonjour. Bonjour. Alors, j'ai imprimé les textes de descriptif en deux exemplaires, un pour vous, un pour moi. OK, très bien. Et ben écoutez, on va partir sur le texte numéro 1, d'accord ? Et en ce qui concerne la question de grammaire, vous analyserez la proposition subordonnée à la ligne 15 dans la phrase "Comment oserait-il vous assaillir s'il n'était d'intelligence avec vous ?" Merci. Bonne préparation.
Voici comment je vais organiser mes 30 minutes de préparation. J'ai quatre exercices à gérer. La lecture, l'analyse linéaire, la grammaire et l'entretien. Du coup, je vais allouer un petit peu de temps à ces quatre choses-là, mais pas le même temps pour tout.
D'abord, je vais m'accorder 3 minutes pour la question de grammaire. Je commence par là parce que c'est la seule chose que je n'ai pas anticipé. Bien sûr, j'ai révisé la grammaire mais je ne pouvais pas anticiper qu'il allait choisir cette ligne là, ce point de grammaire là. Donc je commence par là comme ça j'ai ma réponse. Et en fait la question de grammaire c'est simple, je sais ou je ne sais pas. Donc dans tous les cas en 3 minutes, c'est plus que suffisant.
Ensuite 2 minutes pour la lecture. C'est la première impression que je vais donner à l'examinateur, donc je veux surtout pas la négliger. Je relis mon texte, je repasse dessus et je note difficiles à prononcer, les liaisons, les moments du texte où il faut absolument que je marque des pauses, les silences et cetera. Et alors, si vous tombez sur un poème en vers, genre Rimbaud ou sur le théâtre en vers comme Le Menteur, il faudra bien s'assurer de prononcer les alexandrins parfaitement.
Bon, les 5 premières minutes de préparation sont passées. Maintenant, je vais me donner 10 minutes pour préparer les bullet points de ma présentation de mon œuvre coup de cœur. Sans oublier bien sûr ma justification. Pas besoin de faire de longues phrases, je note quelques mots clés qui doivent m'aider à me souvenir de tout ce que je vais dire.
Et enfin, il me reste 15 minutes, je vais tout mettre sur l'analyse linéaire. Je fais des bullet points ici aussi pour mon intro et ma conclusion. Et sur mon texte avec mes couleurs, je renote les procédés qu'il y avait. Je me suis bien entraînée. Donc, écrire uniquement les procédés, ça va suffire. J'aurai pas le temps d'écrire mes interprétations, mais c'est pas grave. Je suis capable de les trouver en voyant le procédé auquel elles sont liées. Et voilà, je suis prête. C'est à vous, je vous écoute.
Alors, je vais vous présenter un extrait tiré du Discours de la servitude volontaire ou Le Contraint, c'est le c'est le sous-titre de l'œuvre que j'ai étudiée dans le cadre du parcours défendre et entretenir la liberté. Alors, il faut savoir qu'il s'agit d'un texte de philosophie politique écrit par Étienne de La Boétie vers 1548 alors qu'il n'a que 16 ou 18 ans, mais il sera publié bien après sa mort en 1574. Pour vous donner une idée, le discours repose sur une question essentielle que se pose l'auteur, c'est pourquoi les hommes, alors qu'ils sont supérieurs en nombre acceptent-ils d'obéir à un seul tyran ? La Boétie montre que la servitude tient surtout parce que les peuples se sont tout simplement habitués à obéir et reproduisent le système de domination qu'ils ont appris dès l'enfance. Et donc le peuple n'est pas décrit comme faible, il est complice sans en avoir conscience. Et ça c'est original comme positionnement parce que on a plutôt tendance à victimiser les opprimés et non à les culpabiliser. Dans cet extrait, plus spécifiquement, l'auteur cherche à provoquer un réveil politique. Et donc maintenant, je vais passer à la lecture de l'extrait. Comme le texte est particulièrement long, je vous demanderai de vous arrêter à la ligne 20. Compris ? Pour l'analyse aussi, pour l'instant, pour la lecture. Pour l'analyse, on verra bien si on a le temps d'aller au bout.
Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien. Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et [raclement de gorge] le plus clair de votre revenu. Vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres. Vous vivez de telle sorte que rien n'est plus à vous. Il semble que vous regardiez désormais comme un grand bonheur, qu'on vous laissa seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l'ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-même à la mort. Ce maître n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu'il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D'où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient ? Si ce n'est de vous, comment a-t-il tant de mains pour vous frapper s'il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foue vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous qui ne soit de vous-même ? Comment oserait-il vous assaillir s'il n'était d'intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire si vous n'étiez les releveurs du laron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-même ?
Voilà. Donc la problématique est la suivante. Comment La Boétie cherche-t-il à réveiller les peuples afin de leur faire comprendre que la liberté dépend d'eux-mêmes ? Et afin de répondre à cette question, nous avons découpé le texte en trois mouvements. Le premier consiste en une violente apostrophe destinée à secouer les peuples entre les lignes une à 6. Deuxièmement, La Boétie cherche à leur démontrer que leur pouvoir du tyran n'est qu'illusoire entre les lignes 6 et 23. Et enfin, l'auteur lance un appel final à se libérer par la volonté entre les lignes 23 et 26.
Ce premier mouvement s'ouvre dès la ligne une sur une interpellation doublement péjorative. Pauvre gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal, aveugle à votre bien. La Boétie accumule quatre termes dépréciatifs qui visent non pas des individus isolés mais des peuples entiers. Et ce choix n'est pas anodin. En élargissant la cible, l'auteur déplace d'emblée la responsabilité vers le peuple lui-même. Et cette première ligne porte déjà l'entité sous-entendue dans tout le texte. Les peuples sont opiniâtres à leur mal, aveugles à leur bien. Ils vont activement vers ce qui les détruit et restent aveugles à ce qui pourrait les sauver.
Aux lignes 2 et 3, on relève un champ lexical du vol particulièrement dense. Donc on a enlevé, pillé, volé, dépouillé. Ces quatre verbes produisent un effet d'accumulation brutal. Mais ce qui retient l'attention, c'est la construction syntaxique qui les encadre. La répétition du verbe laisser, vous laisser enlever, vous laisser piller. C'est ce verbe qui porte donc toute l'accusation. Le peuple ne subit pas, il laisse faire. Il est acteur de sa propre passivité et c'est exactement ce que le titre dénonce. Cette idée est renforcée par les déterminants possessifs qui s'accumulent dans ces mêmes lignes. On a vos yeux, votre revenu, vos champs, vos maisons, vos ancêtres. La Boétie rappelle ce qui appartient au peuple et donc par extension ce qu'il a abandonné. Et à côté de ça, on a les superlatifs le plus beau et le plus clair de votre revenu qui donnent assez bien une valeur précieuse, presque sacrée. Ce qu'ils ont laissé prendre n'est pas anodin, c'est le meilleur d'eux-mêmes.
Aux lignes 5 et 6, La Boétie pousse l'argument vers l'hyperbole teintée d'ironie. Il semble que vous regardiez désormais comme un grand bonheur qu'on vous laissa et cetera et cetera. Le peuple en est réduit donc à se réjouir qu'on ne lui prenne que la moitié de tout. Ce paradoxe absurde a un effet précis sur le lecteur. Il le force à constater sa propre résignation.
Le deuxième mouvement commence aux lignes 7 à 9 sur une antithèse qui en est la conclusion logique de ce qui vient d'être dit. Tous ces malheurs ne viennent pas des ennemis, mais certes bien de l'ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu'il est. Le tyran est donc une construction du peuple, c'est lui qui l'a créé, nourri, rendu puissant. Ce mouvement s'attaque ainsi au paradoxe central, un seul homme face à une multitude. La Boétie réduit à sa plus simple expression à la ligne 10 par la négation restrictive "n'a pourtant que deux yeux, deux mains" encore avant d'ajouter une négation partielle "rien de plus que le dernier des habitants de nos villes". L'opposition pluriel singulier est ici essentielle. Le tyran est seul tandis que le peuple est innombrable et pourtant c'est le peuple qui obéit. Ça veut dire que la puissance du tyran est niée.
La ligne 11 introduit une incise, une épanorthose qui résume tout son propos. "Ce qu'il a effectivement de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire." Donc le tyran a bien quelque chose de plus mais c'est le peuple lui-même qui le lui donne.
S'ensuit des lignes 12 à 17, une accumulation de questions rhétoriques construites sur un champ lexical de la violence. Épient, frapper, fouent, pille, tuent. Ces questions ont une double intention. Elles montrent la violence du tyran, mais surtout elle démontre que cette violence vient du peuple. La Boétie joue sur une double construction du "vous". Vous êtes à la fois sujet et COD dans les mêmes phrases. Le peuple s'inflige à lui-même ce qu'il subit. Autrement dit, c'est une autodestruction mise en scène grâce à la syntaxe. Et en utilisant un "nous" implicite un peu plus loin, l'orateur se mélange au peuple, crée un sentiment d'appartenance pour mieux susciter la prise de conscience.
À partir de la ligne 18, la gradation monte encore d'un cran. La Boétie liste ce que le peuple produit pour le tyran. "Vous semez vos champs pour qu'il les dévaste. Vous meublez vos maisons pour fournir ses pillages. Vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir ses luxures. Vous nourrissez vos enfants pour qu'il en fasse des soldats et cetera." Chaque proposition suit le même schéma. Vous faites cela pour qu'il profite de vous. Et donc ça rend mécanique et évidente l'exploitation dont le peuple est victime et la progression est implacable. On part des biens matériels, champs, maison pour arriver aux êtres les plus chers, filles, les enfants jusqu'à la mort.
Aux lignes 22-23, la conclusion tombe : "vous usez, vous vous affaiblissez afin qu'il soit plus fort." Tout ce que le peuple fait donc profite au tyran. L'antithèse "vous, lui" exprime cette idée d'intérêts opposés à la perfection.
Le troisième mouvement opère un basculement radical. Après l'accusation, La Boétie ouvre une porte. La structure hypothétique avec le conditionnel aux lignes 24-25 rappelle qu'il existe une sortie. "Vous pourriez vous délivrer si vous essayez même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir." La négation "même pas de vous délivrer" est le cœur de l'argument. Le pas à franchir n'est pas physique, il est psychologique. Il ne s'agit pas de renverser le tyran par la force. Il suffit de cesser de vouloir le servir. La liberté n'est pas à conquérir, elle est elle est déjà là en attente d'une simple décision.
La comparaison avec les bêtes à la ligne 24 fonctionne comme une provocation. Les animaux eux-mêmes ne supporteraient pas ces indignités. Alors comment des hommes dotés de la raison acceptent-ils ? C'est un appel à la dignité en fait autant qu'à l'action. Et tout ça converge vers la dernière ligne célèbre par sa brièveté absolue. "Soyez résolu à ne plus servir et vous voilà libre." L'impératif "soyez" est un appel direct, un ordre presque, mais un ordre qui n'est pas extérieur, qui ne vient pas de quelqu'un d'extérieur, un ordre intérieur qu'on se donne à soi-même. Le présentatif "vous voilà" fonctionne comme une garantie immédiate. La liberté n'est pas un horizon lointain, elle est ici, maintenant. Et l'entité finale, "ne plus servir, être libre", renferme le texte sur le paradoxe qui le fonde entièrement. Servitude et liberté ne sont séparées que par un seul geste, la résolution. C'est là toute la puissance du discours. La liberté n'a jamais cessé d'appartenir au peuple. Voilà.
En conclusion, dans cet extrait, l'auteur s'adresse directement au peuple pour lui faire prendre conscience de sa propre responsabilité dans sa soumission. Il montre que la tyrannie ne repose pas uniquement sur la force du maître, mais surtout sur le consentement des peuples. Et concernant l'ouverture, ce texte peut être rapproché du Contrat social de Rousseau dans lequel le philosophe affirme lui aussi que le pouvoir politique repose doit reposer sur le consentement des citoyens.
Très bien. Poursuivez s'il vous plaît. Je passe maintenant donc à la question de grammaire dans la phrase "Comment oserait-il vous assaillir s'il n'était d'intelligence avec vous ?" On retrouve une proposition subordonnée conjonctive introduite par la conjonction de subordination SI, et allant jusqu'à vous. Elle est complément circonstanciel de condition et elle est non essentielle pour comprendre le sens de la phrase.
Très bien, nous voilà fin de la première partie. On va passer à la seconde. Qu'avez-vous choisi de me présenter ?
Alors, je vais vous présenter Cyrano de Bergerac. C'est une pièce de théâtre écrite par Edmond Rostand et représentée pour la première fois en 1897. Et avant de vous en dire plus sur l'intrigue, j'aimerais bien revenir sur le contexte d'écriture. Alors, à cette époque, il faut savoir que le théâtre naturaliste et la comédie de boulevard dominent la scène. Mais Rostand, lui, il veut revenir à un théâtre plus classique, plus héroïque, plus lyrique, inspiré des romans de cape et d'épée. Avec Cyrano, il s'oppose à la modernité théâtrale en remettant en avant l'idéal, le rêve et un personnage qui a réellement existé au 17e siècle. Donc on y vient. La pièce tourne autour de Savinien, de Cyrano de Bergerac, un soldat courageux et célèbre pour son esprit brillant, mais aussi pour son énorme nez qui d'ailleurs le complexe énormément. Pour cette raison, il n'ose pas avouer ses sentiments à sa cousine Roxane. D'abord parce qu'il est sûr d'être rejeté, mais en plus, il apprend qu'elle est amoureuse de Christian. Un jeune homme qui, contrairement à lui, est très beau mais maladroit avec les mots. Cyrano décide donc de séduire Roxane en écrivant pour lui de magnifiques lettres d'amour. Roxane pense tomber amoureuse de la plume et l'esprit de Christian sans savoir que c'est Cyrano qui s'exprime à travers ses lettres. Et donc à la fin, Roxane découvre la vérité mais trop tard. Cyrano meurt après avoir gardé le secret toute sa vie.
Au départ, je n'avais pas l'intention de choisir cette œuvre. J'avais choisi un autre livre parce que honnêtement le théâtre en vers ça me faisait un peu peur. Je pensais que ce serait difficile à lire, tragique, sérieux et cetera, mais la chance que j'ai eue, c'est que je suis allée par hasard le voir Edmond au théâtre du Palais Royal avec ma famille et j'ai adoré. Je sais pas si vous connaissez mais cette pièce contemporaine d'Alexis Michalik raconte l'histoire de l'écriture de Cyrano par Edmond Rostand. Et c'est très drôle et c'est ça qui m'a donné envie de lire le livre. Et à côté de ça, je m'attendais pas à être autant touchée par le personnage de Cyrano. C'est un personnage tellement torturé, il est il est courageux, brillant, drôle, mais aussi très seul et très malheureux. On sent que qui se cache derrière l'humour et l'exagération pour ne pas montrer sa blessure intérieure. J'ai beaucoup beaucoup pleuré à la fin parce que l'histoire en fait parle de choses très actuelles. Nos complexes, l'image qu'on renvoie, notre besoin, notre besoin d'être aimé pour ce qu'on est vraiment, les barrières aussi qu'on se met à soi-même alors qu'en réalité ce qui touche le plus les autres c'est la sincérité et l'authenticité.
Je vais maintenant passer aux questions si vous voulez bien. Quelle était selon vous l'intention de l'auteur ?
Alors, je pense qu'il a voulu réhabiliter une certaine idée du héros. Cyrano est clairement un héros, pas seulement parce qu'il est brillant, mais surtout parce qu'il est digne de confiance. Il ne trahira jamais Christian alors qu'il est mort et qu'il pourrait tout avouer à Roxane. Mais à côté de ça, ce n'est pas un héros qui a tout pour lui, qui est invincible, qui met tout le monde d'accord. C'est un héros un peu arrogant mais aussi complexé, humain en fait, tout simplement.
Et il y aurait-il un autre héros de la littérature qui pourrait vous rappeler Cyrano ?
Pardon ?
Alors, peut-être peut-être pas un héros arrogant mais oui, il y a bien Quasimodo dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. En fait dans les deux cas, on a affaire à un personnage qui souffre d'un physique qu'il considère comme disgracieux. Quasimodo comme comme Cyrano pense qu'il ne peut pas être aimé. La différence c'est que Quasimodo est rejeté par les autres alors que Cyrano s'exclut lui-même. Donc finalement son plus grand obstacle ce n'est pas son physique, c'est le regard qu'il porte sur lui-même.
Quel extrait monte selon vous ce que vous venez de me dire, un extrait que vous a marqué en particulier ?
Euh, peut-être que je dirais quand même la tirade du nez. Pourquoi ? Euh, alors ce passage est souvent présenté comme un moment comique et c'est vrai qu'il est il est très drôle. Cyrano invente des dizaines de plaisanteries sur son propre nez pour ridiculiser son adversaire mais c'est surtout qu'il préfère faire lui-même les blagues sur son nez avant que les autres ne les fassent. En tout cas, c'est comme ça que je le vois. C'est une forme c'est une forme d'autodéfense et c'est triste en réalité. Beaucoup de gens utilisent encore l'humour aujourd'hui pour masquer une blessure ou un complexe et se protéger du regard de l'autre.
Et par rapport à ça, pensez-vous que l'humour de Cyrano est une force ou une faiblesse ?
Je dirais les deux. H, c'est là que c'est c'est justement c'est là qu'on voit toute la complexité du personnage. C'est une force parce que d'un côté il lui permet de résister, de ne jamais se se laisser atteindre en apparence mais bon tout de même de garder le dessus dans toutes les situations ou même de prendre le dessus sur les autres. Mais c'est aussi une faiblesse parce qu'il s'en sert comme un bouclier pour ne jamais vraiment s'exposer.
D'accord. Et qu'avez-vous pensé de la fin ?
La fin m'a anéantie. Je m'y attendais pas du tout. La mort de Cyrano arrive très vite. On la voit pas du tout venir. Surtout que j'avais pas j'avais trouvé la lecture comique sur pas mal d'aspects. Pendant toute la pièce, le spectateur espère que ça va bien se finir, que finalement Cyrano va révéler la vérité et que Roxane comprendra enfin qu'il est l'auteur des lettres. Rostand joue d'ailleurs constamment avec cette attente mais lorsque la révélation arrive enfin, il est déjà trop tard. et j'ai trouvé ça particulièrement cruel. En même temps, cette fin me paraît cohérente avec le personnage. Cyrano a toujours préféré préserver son idéal plutôt que son bonheur personnel. Il refuse les compromis jusqu'au bout et c'est vrai que je pense que si la fin avait été différente, si elle avait été heureuse, elle aurait perdu une partie de sa force.
Et avez-vous été surprise par la façon dont Rostand représente les femmes dans la pièce ?
Un peu. Oui, Roxane est le seul personnage féminin vraiment développé et elle reste longtemps quand même dans une position passive. Elle est aimée, elle est convoitée, elle est protégée mais en même temps, c'est vrai qu'elle incarne bien les femmes précieuses du 17e siècle.
Ah, vous pouvez me parler de la préciosité ? Qu'est-ce que c'est ? Et en quoi Roxane en est-elle une représentante ?
Alors d'abord, oui, la préciosité, c'est un courant du 17e siècle qui valorise le raffinement du langage et des sentiments. Donc, on est en plein dedans. Pour répondre à votre question, Roxane est une représentante parce que elle ne tombe amoureuse de Christian qu'après l'avoir entendu parler avec éloquence, c'est-à-dire bah après que Cyrano a pris sa place. En fait, elle affirme à Cyrano même que elle aimerait Christian même s'il était là, tant qu'il a de l'esprit.
Très bien. Une dernière question et je vous libère. Quel est le personnage que vous avez le moins aimé et pourquoi ?
Je dirais le comte de Guiche mais pas parce que Rostand l'a rendu détestable. C'est vrai, c'est l'antagoniste du début mais il est justement peut-être trop clairement du mauvais côté. Non, ce qui le rend intéressant à mon sens, c'est son évolution à l'acte 5. Il reconnaît que Cyrano avait raison, qu'il a lui-même gâché sa vie à poursuivre le pouvoir. Et donc, il y a quelque chose de presque tragique dans ce personnage qui finit par se rendre compte de sa propre médiocrité.
Et bien, écoutez, nous en avons fini. Merci et je vous souhaite de bonnes vacances.
Merci à vous. Au revoir. Heureusement que je suis là. [rires]