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The emergence of the false church - prophecies of Blessed Catherine Emmerich.

Theotókos25:34

Transcription

Elle n'a jamais quitté sa chambre pendant des années. Elle ne pouvait pas. Le corps refusait. Les blessures sur ses mains, ses pieds, son flanc saignaient chaque vendredi avec une régularité que les médecins ne pouvaient expliquer, et que plusieurs ont tenté de réfuter, veillant sur elle pendant des jours sans jamais trouver de preuves de tromperie. Anne Catherine Emmerick, une religieuse augustine de la petite ville de Dulman, au cœur de la Westphalie, est restée alitée de 1813 jusqu'à sa mort en 1824, 11 ans presque entièrement immobile et 11 ans durant lesquels, selon de nombreux témoignages enregistrés à l'époque, elle a reçu des visions qui l'ont transportée dans d'autres lieux et d'autres siècles avec un détail qui laissait les observateurs sans explication facile.

L'écrivain, Clemens Brentano, a passé quatre de ces années à ses côtés, notant chaque mot. Ce n'était pas un homme de foi facile. C'était un poète, un romantique, un homme sujet à la contradiction. Mais ce qu'il a entendu dans cette petite chambre à Dulman l'a changé. Il a décrit une femme qui sortait de ses états contemplatifs et racontait des scènes de la vie du Christ, de la Vierge, des apôtres avec des détails contenus dans aucun texte canonique. Des détails géographiques qui, des décennies plus tard, seraient associés par certains chercheurs à des sites découverts ou identifiés plus tard, bien que l'Église n'ait jamais formellement validé ces liens comme preuve d'origine surnaturelle. La maison de Notre-Dame à Éphèse est l'exemple le plus fréquemment cité. Anne Catherine l'a décrite, son emplacement, sa structure, le paysage qui l'entourait avant que toute fouille moderne ne l'ait identifiée. Lorsqu'un groupe de prêtres de Lazare s'y est rendu pour la chercher au XIXe siècle, suivant les descriptions enregistrées par Brentano, ils ont trouvé des ruines à l'endroit qu'elle avait indiqué.

Cette coïncidence a été discutée et contestée depuis, et elle reste précisément ce qu'elle est, une convergence remarquable qu'aucune autorité ecclésiastique n'a traitée comme une confirmation définitive. Cela ne prouve rien au sens théologique strict. L'Église est sage sur ce point. Les révélations privées, même celles de personnes béatifiées ou canonisées, ne sont pas des dogmes. Elles ne lient pas la foi. Elles peuvent contenir des éléments symboliques, des imprécisions de mémoire, les limites du langage humain tentant de décrire ce qui peut être inexprimable. La béatification d'Anne Catherine Emmerick, achevée par le pape Jean-Paul II en 2004, n'a pas canonisé ses visions, mais la sainteté d'une femme qui a souffert avec un amour extraordinaire et a vécu en profonde conformité avec le Christ. Les visions restent un témoignage spirituel privé, reconnu par la tradition, examiné avec soin, mais jamais élevé au rang de doctrine définie.

Les visions existent néanmoins. Elles sont enregistrées, et certaines d'entre elles parlent de choses que peu de gens en 1820 auraient pu anticiper avec facilité. Il y a un thème qui revient plusieurs fois dans les récits notés par Brentano et qui a suscité une nouvelle attention dans les discussions catholiques à partir du XXe siècle. Anne Catherine a parlé de l'Église, pas seulement de l'Église des premiers siècles, qu'elle a aussi décrite en détail. Elle a parlé d'une Église dans un temps futur. Du moins, c'est ainsi que les interprètes ont lu ces passages. Marquée par une division interne, par une confusion doctrinale, par une sorte de fracture silencieuse qui ne viendrait pas de l'extérieur mais de l'intérieur. Les textes ont été compilés et publiés en allemand par Brentano sous le titre "Das bittere Leiden unseres Herrn Jesu Christi", la passion amère de notre Seigneur Jésus-Christ, et dans un second volume organisé plus tard sous le titre "Leben der seligen Jungfrau Maria", la vie de la bienheureuse Vierge Marie.

Les visions concernant l'Église apparaissent plus concentrées dans des récits séparés que Brentano a publiés après sa mort. Il faut le dire clairement, ces textes sont passés par la main éditoriale de Brentano. Il les a réécrits, organisés, publiés après qu'elle soit partie. La question de la fidélité éditoriale est légitime et a été soulevée par des historiens sérieux. Nous ne savons pas avec une certitude absolue quelle est la voix d'Anne Catherine et quelle appartient à l'interprétation de l'éditeur. Cela dit, le cœur des visions sur l'Église conserve une cohérence reconnaissable à travers différentes versions et traductions. Et c'est ce cœur qui mérite une attention contemplative, non pas comme une prophétie littérale à décoder, mais comme le témoignage spirituel de quelqu'un qui a vécu la passion du Christ dans son propre corps, et qui, de l'intérieur de cette intimité avec la souffrance rédemptrice, a perçu quelque chose de la souffrance de l'Église.

Dans l'un des passages les plus fréquemment cités, Anne Catherine a décrit avoir vu deux papes. Pas deux papes dans une succession historique normale, mais quelque chose qu'elle a décrit comme une sorte de présence simultanée, un pape légitime, et un autre qu'elle a identifié comme un intrus entouré de gens qui veulent démanteler l'Église de l'intérieur tout en semblant la construire. Elle a vu une étrange Église être érigée, portant l'apparence extérieure de la vraie Église mais manquant de sa substance. Ici, il est nécessaire de s'arrêter et d'être très clair. [musique] Ces textes ont été utilisés de manière que l'Église n'a jamais approuvée et qui contredit l'esprit même d'obéissance qui a marqué la vie d'Anne Catherine. Des groupes sédévacantistes ont affirmé que sa vision d'un pape illégitime valide leur rejet des pontifes légitimes. Une conclusion que l'Église rejette explicitement, le sédévacantisme étant une position incompatible avec l'enseignement catholique sur l'infaillibilité et la continuité visible de l'Église. D'autres groupes ont utilisé ces passages comme munitions théologiques contre le Concile Vatican II. Aucune de ces utilisations n'a de fondement ecclésiastique. L'Église n'a fait aucune identification historique de ces figures. Aucune. Et toute lecture d'Anne Catherine qui commence par une conclusion préconçue selon laquelle un pape était l'intrus, qu'un concile était l'étrange Église, n'est pas une lecture d'Anne Catherine du tout. C'est utiliser son nom pour habiller une position déjà acquise. Une mystique du XIXe siècle, alitée à Dulman, voyant des scènes dans un état extatique. Cette femme ne produisait pas un document journalistique sur des événements futurs. Elle recevait, selon la tradition mystique catholique, des communications spirituelles qui arrivaient à travers les formes disponibles à son esprit et à son langage. Le symbolisme de deux papes peut porter de nombreuses significations qui ne peuvent être réduites à une seule identification historique. Il peut s'agir d'une vision du conflit éternel entre la vraie Église et ses contrefaçons tout au long de l'histoire. Il peut s'agir d'une image de la division qui a toujours existé entre ceux qui servent et ceux qui corrompent, à l'intérieur et à l'extérieur de la hiérarchie, en chaque siècle sans exception. Ce qui ne peut être fait avec honnêteté intellectuelle et foi mature, c'est de prendre cette vision et de la forcer comme une clé dans une serrure historique qui se trouve confirmer un agenda préexistant.

Mais il y a quelque chose dans les visions d'Anne Catherine sur l'Église qui transcende entièrement la question de l'identification historique et touche quelque chose de beaucoup plus profond. Elle a décrit une Église qui avait perdu sa force spirituelle non pas par persécution extérieure, mais par tiédeur intérieure. Des prêtres célébrant les sacrements sans ferveur. Des évêques préoccupés par les honneurs mondains. Un culte devenu forme vide, geste sans âme. Des fidèles qui s'éloignaient non par haine, mais par indifférence parce qu'ils n'avaient pas trouvé dans la vie de l'Église la flamme qu'ils auraient dû trouver. Si vous souhaitez soutenir ce travail, envisagez de devenir membre de la chaîne. Vous obtenez des emojis exclusifs, un nom personnalisé avec une image de Marie, et un accès anticipé aux vidéos. Et c'est moins cher qu'un café. Cliquez sur "Rejoindre" et faites-en partie. Ce n'est pas une prophétie énigmatique. C'est un diagnostic spirituel du genre que tout lecteur attentif des Pères du Désert, de Saint Jean de la Croix, de Sainte Thérèse d'Avila reconnaîtrait immédiatement. La décomposition spirituelle née de la tiédeur est un thème constant dans la tradition mystique catholique. Saint Bernard de Clairvaux en a parlé au XIIe siècle avec une férocité qui ferait rougir de nombreux critiques contemporains. Saint Alphonse de Liguori, qui a vécu quelques décennies seulement avant Anne Catherine, a décrit dans ses écrits sur la prière exactement ce danger : une religion qui reste à la surface des gestes et perd le contact avec le cœur. Ce qui est spécifique à Anne Catherine, ce n'est pas le diagnostic lui-même. C'est la vision de la manière dont ce vidage apparaît dans des images concrètes. Elle a vu des autels dépouillés. Elle a vu des prêtres portant des ornements qu'elle ne reconnaissait pas comme appartenant à l'Église. Elle a vu des processions qui se terminaient sans destination. Elle a vu l'Eucharistie traitée avec une négligence qui l'horrifiait.

Certains qui lisent ces descriptions à la lumière des réformes liturgiques qui ont suivi le Concile Vatican II ressentent une certaine résonance. Mais c'est précisément là que la clarté la plus vive est requise. La liturgie réformée par le Concile Vatican II est la liturgie légitime, valide et vivante de l'Église catholique, promulguée par l'autorité pontificale légitime, célébrée par des millions de fidèles et portant la pleine efficacité sacramentelle du culte de l'Église. Ce que les visions d'Anne Catherine ne peuvent pas faire, et ce qu'elle-même, en tant que femme d'une stricte obéissance à ses supérieurs, aurait certainement refusé, c'est de servir de fondement pour remettre en question l'autorité du magistère. Les abus liturgiques, là où ils se sont produits, sont des échecs individuels et non la norme établie par l'Église. Le remède à l'abus est la fidélité aux normes de l'Église elle-même, et non les visions d'une mystique privée brandies comme un argument contre l'autorité légitime. La valeur spirituelle de ces visions, si elles en ont, et la tradition suggère qu'elles en ont, [musique] réside ailleurs entièrement, non pas dans la fonction d'instrument pontifical, mais dans la fonction d'un miroir.

Il y a une scène dans les écrits de Brentano qui refait rarement surface dans les discussions sur les prophéties, peut-être parce qu'elle est moins dramatique et moins utile comme argument. Anne Catherine a vu une petite Église, bien plus petite que l'Église de son époque, presque un reste, un groupe de personnes rassemblées autour de ce qu'elle reconnaissait comme une foi authentique, persévérant non par la puissance ou le prestige, mais par l'amour. Et elle n'a pas décrit ce reste avec tristesse. Elle l'a décrit avec quelque chose de proche de la paix. Il y a un très vieux fil dans la pensée chrétienne, plus ancien qu'Augustin, bien qu'Augustin l'ait articulé avec une profondeur inégalée, qui soutient que l'Église dans sa vie historique visible est à la fois blessure et don, à la fois fragilité et grâce. Le Concile Vatican II, dans la constitution dogmatique Lumen Gentium, enseigne avec précision que l'Église du Christ, bien qu'ayant toujours besoin de réforme en ses membres, subsiste dans sa plénitude dans l'Église catholique gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques en communion avec lui. L'Église visible n'est pas une approximation imparfaite d'une réalité invisible plus pure. Elle est, dans son existence historique concrète, le corps du Christ présent dans le temps, le pilier et le fondement de la vérité, indestructible dans sa nature essentielle malgré la faiblesse de ceux qui lui appartiennent. Cette distinction est d'une importance capitale pour lire Anne Catherine.

Lorsqu'elle a perçu une Église purifiée plus petite, elle ne décrivait pas le remplacement de l'institution visible par une communauté invisible des vrais fidèles. Une lecture qui sonnerait plus protestante que catholique. Elle exprimait une intuition spirituelle partagée par les prophètes d'Israël selon laquelle Dieu n'abandonne pas son peuple même lorsque le peuple est réduit, et que le reste qui reste fidèle ne se tient pas en dehors de l'Église, mais en son cœur le plus intérieur. Les prophètes de l'Ancien Testament le savaient déjà. Isaïe a parlé du reste d'Israël, cette portion qui est restée fidèle lorsque la nation semblait entièrement perdue. Élie, caché dans la grotte, se croyait le dernier et entendit de Dieu que 7 000 étaient restés qui n'avaient pas plié le genou devant Baal. Le bon grain et l'ivraie poussent ensemble, a dit le Christ, jusqu'à la moisson. [musique] Ce n'est pas un appel au désespoir. C'est un appel à la patience, à la confiance, à la présence continue dans le champ.

Pourquoi les visions d'Anne Catherine Emmerick exercent-elles une telle attraction dans les discussions catholiques contemporaines ? Il vaut la peine de poser cette question ouvertement, sans détour. La réponse honnête est que nous vivons une époque de désorientation ecclésiale significative. Les scandales ont ébranlé la confiance des fidèles dans des structures qu'ils prenaient autrefois pour acquises. Les débats théologiques semblent interminables. Dans de nombreuses régions du monde occidental, l'Église voit ses églises se vider à un rythme qui aurait semblé impossible il y a une génération. Les jeunes qui ont été élevés dans la foi catholique s'éloignent, non pas par colère, mais par cette indifférence qui est, en un sens, plus difficile à atteindre que l'hostilité ouverte. Dans ce contexte, les visions d'Anne Catherine offrent à certains une sorte de réconfort, le sentiment que ce que nous vivons a été vu auparavant, que ce n'est pas une surprise pour Dieu, qu'il y a un sens caché dans le désordre. Pour d'autres, les mêmes visions deviennent une arme. Validation des positions déjà acquises. Confirmation que les adversaires internes sont responsables de tout. Les deux utilisations contiennent quelque chose de vrai et quelque chose de dangereux. Il est vrai que la foi chrétienne a toujours compris l'histoire comme porteuse de sens, même lorsque ce sens est invisible. Il est vrai que la tradition prophétique, des prophètes hébreux aux mystiques chrétiens, a toujours inclus des voix qui parlaient de jugement et de renouveau avant l'arrivée de la crise. Il est vrai que l'Église, au cours de 2 000 ans, a traversé des moments de détérioration interne qui semblaient terminaux et qui ont été suivis de réformes inattendues et d'un épanouissement imprévu. Mais il est tout aussi vrai que le réconfort spirituel ne peut devenir passivité. Savoir qu'une crise a été prévue ne décharge aucune personne baptisée de la responsabilité de travailler au renouveau ici et maintenant. Les visions d'une mystique du XIXe siècle ne remplacent pas l'obligation personnelle de chaque chrétien d'être, en cet instant présent, cette présence vivante du Christ dont l'Église a besoin pour respirer et grandir. Et utiliser les textes des révélations privées comme armes contre des frères et sœurs dans la foi est une déformation de ce que ces textes sont réellement. Anne Catherine a souffert avec le Christ. Elle a souffert non pas contre quelqu'un. Toute sa vie a été une soumission, pas un combat.

Si quelqu'un voulait trouver dans le témoignage d'Anne Catherine Emmerick quelque chose de véritablement applicable au présent, le chemin le plus honnête serait de regarder non pas les visions sur l'Église en crise, mais la manière dont elle a vécu la crise qui était sa propre vie. Elle ne pouvait pas bouger. Elle souffrait. Elle ne pouvait rien construire, rien réformer, rien organiser. Et pourtant, ce qu'elle pouvait faire, prier, recevoir, accueillir, offrir, a suffi à laisser une marque qui a traversé deux siècles. Il y a une sagesse très ancienne là-dedans, une sagesse que l'Église a toujours connue, mais que les temps de crise ont tendance à obscurcir. Le renouveau ne commence pas dans les structures. Il commence dans les âmes. Une âme qui se donne à Dieu sans réserve fait plus pour l'Église que cent stratégies pastorales bien conçues. La prière contemplative n'est pas un luxe de cloître en temps de crise. C'est le fondement. C'est le sol d'où toute action authentiquement ecclésiale peut prendre racine.

Si vous ne vous êtes pas encore abonné à cette chaîne et que vous avez suivi cette réflexion jusqu'à la fin, il vaut la peine de dire ce que nous essayons de faire ici, c'est exactement cela. Pas le sensationnalisme de la prophétie, pas le spectacle de la crise, mais le contact avec cette tradition vivante et profonde que l'Église porte et que tant d'entre nous n'ont jamais pleinement rencontrée. Abonnez-vous si cela vous parle. Il y a beaucoup plus à explorer ensemble.

Il y a un détail dans la vie d'Anne Catherine qui reçoit rarement l'attention, mais qui parle avec une éloquence surprenante. En 1819, un groupe de sceptiques, de médecins et d'autorités civiles décida de la soumettre à une surveillance rigoureuse afin de vérifier si elle ne mangeait vraiment pas. Ils sont restés autour d'elle pendant plusieurs jours, contrôlant tout ce qui entrait et sortait de la chambre. Le résultat fut, pour eux, concluant. Selon les témoins qui ont enregistré l'épisode, elle consommait presque rien et restait pourtant en vie. Les enquêteurs n'ont trouvé aucune fraude, mais ils n'ont pas non plus produit d'explication satisfaisante. L'Église ne définit pas cet épisode comme un fait miraculeux incontestable. C'est un témoignage historique enregistré, examiné, débattu, et laissé, comme beaucoup de choses dans la vie des mystiques, dans cet espace où la certitude humaine s'épuise et où la confiance en l'action de Dieu doit prendre le relais. Ce qu'on appelle l'inédia, le phénomène du jeûne extrême soutenu pendant des périodes prolongées, apparaît également dans les récits d'autres saints. Et la position constante de l'Église est que de tels phénomènes, lorsqu'ils se produisent, doivent être étudiés avec soin plutôt que proclamés immédiatement. Mais ce qui attire le regard lors de cette surveillance de 1819, ce n'est pas le phénomène lui-même. C'est la réponse d'Anne Catherine. Elle n'a pas protesté. Elle n'a pas argumenté pour sa dignité ni objecté à être traitée comme une suspecte. Elle s'est soumise avec une sérénité que les enquêteurs eux-mêmes ont enregistrée comme désarmante.

Il y a quelque chose de profondément ecclésial dans cette réponse. L'Église a toujours demandé à ses mystiques de se soumettre au discernement des pasteurs, et les authentiques, sans exception, l'ont accepté. La résistance au discernement, l'insistance à être crue sans examen, ce sont des marques que la tradition considère comme suspectes. L'obéissance humble au processus, même lorsque le processus est inconfortable, voilà la marque d'un esprit qui agit dans la lumière. Anne Catherine a été examinée à plusieurs reprises par des médecins, par des théologiens, par des évêques. Elle n'a jamais été trouvée être une fraude et elle n'a jamais exigé d'être appelée une sainte. Elle a simplement continué à vivre comme elle avait appris à vivre, dans la soumission.

Soumission. C'est le mot qui traverse toute la vie spirituelle d'Anne Catherine Emmerick, bien plus que toute vision spécifique sur les papes ou les constructions ecclésiastiques. Soumission au sens où Jean-Pierre de Caussade l'a développée dans ses écrits, et qu'elle, bien que non directement liée à lui, a vécue avec une intensité qu'il n'a fait qu'exprimer. Abandon à la Providence, renoncement au contrôle de son destin, de sa compréhension, de son propre récit, quoi que Dieu veuille, quand Dieu le veut, comment Dieu le veut. À une époque où le contrôle est valorisé au-dessus de presque tout, où nous planifions, gérons et optimisons chaque aspect de la vie, y compris la vie spirituelle, cette soumission semble presque scandaleuse. Comment peut-il être sage de lâcher le contrôle ? Comment peut-il être saint de dépendre entièrement d'un autre ? Et pourtant, Anne Catherine se tient là, deux siècles plus tard, [musique] béatifiée, lue, discutée, et plus important que tout cela, toujours capable d'émouvoir quelque chose chez ceux qui la rencontrent. Non pas par la puissance de ses prophéties, non pas par l'étrangeté de ses phénomènes mystiques, mais par la qualité de présence que ces écrits préservent. La présence de quelqu'un qui, au sein d'une souffrance suffisante pour détruire des êtres humains ordinaires, est resté humain, plus qu'humain, vivant d'une manière que la plupart de ceux qui marchent sans douleur ne sont pas capables d'être.

Les visions sur l'Église doivent donc être lues dans ce cadre. Ce ne sont pas un code à déchiffrer. Ce ne sont pas une carte de l'avenir. Ce sont des expressions d'une âme qui a aimé l'Église avec le même amour avec lequel elle a aimé le Christ, parce qu'elle les comprenait comme inséparables. L'Église est le corps du Christ dans le temps. Souffrir pour l'Église, pour Anne Catherine, c'était participer à la souffrance du Christ lui-même. Voir l'Église blessée, c'était voir le Christ blessé. Lorsqu'elle décrivait la détérioration ecclésiale, elle ne faisait pas d'analyse sociologique. Elle exprimait une douleur. La douleur de celui qui aime et voit le bien-aimé souffrir. [musique] Et cette douleur, oui, est universellement intelligible. Tout catholique qui aime sincèrement l'Église et a l'honnêteté de voir ses problèmes connaît cette douleur de l'intérieur. Aucun état mystique n'est requis pour la ressentir. Ce qu'Anne Catherine offre, ce n'est pas une réponse sur la fin de la crise ou sur qui est à blâmer. Elle offre une compagnie. La compagnie de quelqu'un qui a ressenti cette douleur avec une intensité dépassant tout ce que la plupart d'entre nous connaîtront, et qui n'en a pas été détruit.

Dans la dernière année de sa vie, Anne Catherine devint de plus en plus silencieuse. Les visions continuaient selon les écrits de Brentano, mais elle en parlait moins. Elle priait davantage. Elle dormait parfois avec l'expression de quelqu'un en paix. Pas la paix de l'anesthésie, mais la paix de celui qui a trouvé ce qu'il cherchait et peut s'y reposer sans anxiété. Elle est morte le 9 février 1824. Elle avait 49 ans. Ceux qui étaient avec elle ont décrit une mort sereine, dépouillée de drame, comme quelqu'un qui quitte simplement un lieu pour aller dans un autre qu'elle connaissait bien. Son corps a été exposé, et selon les récits des présents, qui doivent être reçus comme des récits avec la réserve historiquement appropriée, il y avait une foule qui voulait le toucher, emporter une relique, rester un peu plus longtemps en présence de cette vie, qui avait rayonné quelque chose que la plupart des gens ne peuvent nommer mais reconnaissent immédiatement. Brentano, qui avait passé des années à ses côtés, a perdu quelqu'un qu'il décrivait lui-même comme son ancre. Ce qui est resté, ce sont les carnets, des pages et des pages de notes prises à la hâte, essayant de capturer quelque chose qu'il savait qui s'échapperait avec sa mort. Ces carnets sont devenus des livres. Les livres sont devenus des lectures. Les lectures nous sont parvenues. Et nous voici, deux siècles plus tard, essayant de comprendre ce qu'une femme alitée à Dulman a vu. Non pas tant parce que nous avons besoin de prophéties pour guider notre foi, mais parce que quelque chose dans cette vie entièrement soumise nous invite à nous demander ce que nous faisons de la nôtre. Ce que nous faisons de la souffrance que nous n'avons pas choisie. Ce que nous faisons de l'Église que nous aimons et qui nous déçoit. Ce que nous faisons de la foi que nous avons héritée et que nous devons faire nôtre. Anne Catherine n'a pas répondu à ces questions par des mots. Elle y a répondu par la vie. Et une vie vécue comme elle l'a vécue reste la meilleure réponse qui soit.