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La nostalgie, par Christophe André

France Culture4:37

Transcription

Bonjour et bienvenue dans le monde de notre vie intérieure. Nous parlons aujourd'hui de la nostalgie.

"Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village fumer la cheminée, et en quelle saison reverrai-je le clos de ma pauvre maison, qui me met une province et beaucoup d'avantages ?" Joakim du Bellet.

Les regrets, la nostalgie et le mélange en nous de la douceur et de la douleur des souvenirs. Il s'agit d'un état d'âme tenace, subtil, mêlant l'agréable (on se souvient des beaux instants) et le désagréable (on est triste, parfois désespéré, que ces moments soient passés).

La nostalgie est un manque, le manque d'un passé heureux, parfois idéalisé, mais qui a bien existé. Ce qui l'oppose au regret, qui est le manque d'un passé virtuel qui aurait pu exister.

La nostalgie peut porter sur des lieux (lorsqu'on repense à la maison ou à l'école de son enfance), sur des moments précis (les repas du dimanche midi en famille), ou sur des liens (familiaux, amicaux, amoureux). Souvent, la nostalgie concentre tous ces éléments. Lorsqu'on se souvient du passé, ce sont les lieux, les instants et les liens qui remontent ensemble à notre mémoire.

Lorsque la nostalgie s'empare de nous et nous attire dans notre vie intérieure, difficile de lui résister. Elle peut parfois nous nuire. La nostalgie, survenant par exemple dans le cadre de tendances dépressives, débouche souvent sur des ruminations amères. Elle conduit aussi à une idéalisation du passé, dont le présent va évidemment souffrir. C'est le registre bien connu du "c'était mieux autrefois", classique chez les personnes âgées, nostalgiques du "bon vieux temps" et, en fait, de leur jeunesse.

Longtemps, on a surtout mis l'accent sur les aspects négatifs de la nostalgie : tristesse, repli, difficulté à accepter le présent. Mais aujourd'hui, on s'intéresse aussi à ses dimensions positives, car de nombreux travaux ont montré que, dans ses formes normales, la nostalgie comportait de nombreux bénéfices.

Elle permet le rappel à la mémoire, donc le renforcement de souvenirs heureux qui vont nous faire du bien. Elle peut nous pousser à agir pour réactiver ces souvenirs. Par exemple, après avoir pensé à mon enfance, rappeler de vieux amis d'école, décider de revenir visiter ma région natale. Elle nous aide à mieux savoir qui nous sommes et à développer notre identité narrative en nous reconnectant aux moments forts de notre passé qui nous ont construit. Elle nous apprend à accepter la dimension doucement tragique de la vie humaine : le temps qui passe et qui ne revient pas.

Et de fait, elle peut augmenter notre intelligence du bonheur. La vie s'écoule vite, et la disparition des bonheurs passés doit nous pousser non à nous lamenter (nostalgie négative), mais à savourer encore plus fort le présent (nostalgie positive).

La voie pour savourer la nostalgie, délicieuse si elle est transitoire mais dangereuse si on s'y éternise, c'est d'y réfléchir un peu et de la clarifier. Tant qu'elle reste le désir, le "donne-moi", ce "je ne sais quoi" comme l'a défini Saint-Exupéry, nous sommes dans le flou. Mais si nous comprenons son message : "ce qui compte dans ta vie, c'est le bonheur", et si nous sommes attentifs à son visage lumineux et pas seulement douloureux, alors nous pourrons, grâce à elle, nous tourner vers le présent : "Ma vie, c'est aussi ici et maintenant", et vers l'action : "Je veux vivre de nouveaux instants heureux", car nos bons souvenirs de demain, c'est aujourd'hui que nous les vivons.

Et à propos de nostalgie, nous voici arrivés au dernier de nos rendez-vous. J'espère que vous y aurez puisé ça et là quelques réflexions utiles à votre vie intérieure, et que leur interruption ne vous laissera pas trop nostalgique. Prenez bien soin de vous et ne perdez jamais le lien avec vous-même.