Transcription
Bonjour et bienvenue dans cet épisode de spécial FR. Le 11 juillet 2021, le milliardaire Richard Branson s'envolait à bord du SpaceShipTwo. Le long panache de fumée noire s'échappant du moteur à combustion hybride a réveillé les consciences et posé la question de la pollution générée par de tels vols de loisirs.
Le 20 juillet suivant, c'était au tour de Jeff Bezos de prendre place dans une capsule au sommet de la fusée Blue Shepard de Blue Origin, sa société spatiale. Là encore, les censeurs de l'écologie ont poussé les hauts cris pour dénoncer la pollution d'un tel vol.
Enfin, le 15 septembre de cette même année, ce sont quatre astronautes qui s'envolaient à bord d'un vaisseau Crew Dragon de SpaceX pour un vol touristique orbital de plusieurs jours, brûlant plus de 550 tonnes d'ergols au passage. Inutile de vous dire que là aussi, les critiques n'ont pas tardé à se manifester sur les réseaux sociaux et dans la presse. Essayons d'y voir un peu plus clair et de se faire une opinion plus documentée de la question du tourisme spatial et de la pollution qui en découlent.
[Musique] [Applaudissements] [Musique]
Pour se forger une opinion valable, commençons par analyser les différents lanceurs afin de parler en connaissance de cause. Le système de lancement de Virgin Galactic est composé de deux éléments. L'avion porteur, appelé White Knight, est chargé d'emmener l'avion-fusée SpaceShipTwo à une altitude de largage. Propulsé par quatre moteurs Pratt & Whitney PW300-8, le White Knight consomme du kérosène.
L'avion spatial de Virgin Galactic utilise par contre des ergols bien moins conventionnels. Le carburant est du polybutadiène hydroxy télé chic, qui s'apparente au caoutchouc synthétique utilisé dans les pneumatiques de nos voitures. Il est oxydé par du protoxyde d'azote sous forme liquide. Ce comburant est bien connu par les passionnés de dragster sous le nom de nitro. Il sert également dans les soirées festives sous le nom de gaz hilarant. Brûler un tel mélange dans les couches de l'atmosphère qui se renouvellent lentement est pourtant une bien mauvaise idée. Les particules résultant de la combustion restent en effet en suspension pour une très longue durée. Voilà qui donne un bien mauvais exemple, alors que les efforts pour contrecarrer le changement climatique ont bien du mal à se mettre en place, et surtout qu'il ne s'agit que d'un vol ne durant que quelques minutes.
Si les prestations des missions de Blue Origin sont similaires, avec un vol de quelques minutes suborbital, le bilan écologique n'est guère plus glorieux. On pourrait penser que brûler de l'hydrogène avec de l'oxygène ne génère que de l'eau. C'est vrai si on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez. L'hydrogène est ruineux à produire proprement et loin d'être aussi écologique que ce qu'on nous présente. Pour la production par électrolyse de l'eau, c'est 70% de l'énergie dépensée qui part en chaleur dans le processus, et cette énergie, il faut bien la produire. Si l'hydrogène est produit à partir d'hydrocarbures ou même de biomasse, le bilan n'est guère plus glorieux. Dans tous les cas, produire de l'hydrogène relâche autant, voire plus, de CO2 que si l'on brûle directement des hydrocarbures. Ces avantages sont ailleurs, avec la possibilité de réutiliser les moteurs plus facilement en raison de l'absence de dépôt de combustion.
Pour SpaceX, le vol est nettement plus long et surtout orbital. En revanche, les quantités de carburants utilisés sont colossales. Le carburant est du kérosène et le comburant de l'oxygène liquide, émettant moins de particules que le procédé de Virgin Galactic, mais tout de même plus facile à produire que l'hydrogène de Blue Origin. Le bilan écologique d'un tel vol repose essentiellement sur le lancement, et ce n'est guère différent de celui d'un vol de longue durée vers l'ISS. Certes, maintenir l'équipage de Crew Dragon en vol pendant plusieurs mois demande des lancements de cargos de ravitaillement, mais en ce qui concerne le transport, c'est du pareil au même. Et ce n'est seulement pour quatre jours de vol.
Voilà un tableau bien noir pour le tourisme spatial. Et pourtant, il convient de relativiser. Dans notre monde moderne, on ne parle que de loisirs, de tourisme et de temps libre. Nous faisons du sport, des loisirs créatifs, découvrons de nouveaux horizons, nous nous rencontrons, nous allons au restaurant ou au spectacle. Nous avons la chance de vivre et pas seulement survivre. Nous vivons une vie plurielle et multiforme. Mais à chacune de nos actions, nous déclenchons une pollution.
Prenons un simple repas entre amis. Lorsque le temps le permet, un barbecue convivial est un bon moyen de passer un bon moment. Pourtant, ce simple repas est bien plus polluant qu'on imagine. Entre le charbon de bois ou le gaz utilisé, les viandes et charcuteries consommées en excès, les boissons et autres desserts, sont tous vecteurs de pollution. Il serait bien plus écologique de produire la nourriture à partir de plantes, et nombre d'animaux, de la produire en quantité pour faire des économies d'échelle et limiter le gaspillage, voire de faire un repas standardisé répondant aux besoins alimentaires de base. Mais qui accepterait de renoncer aux plaisirs de la table pour économiser les ressources de notre planète ? Serait-ce même souhaitable ? Je ne le pense pas.
Je ne veux stigmatiser personne en disant cela. Pourtant, vous qui regardez cette vidéo et moi qui la tourne, faisons tous des choix en fonction de nos possibilités pour se rendre la vie plus belle et plus intéressante. Nos choix sont parfois jugés inacceptables par d'autres ayant décidé de vivre autrement. Voyager en avion est parfois montré du doigt, tout comme la consommation de produits animaux, ou même l'usage d'une voiture personnelle, voire le fait d'habiter une maison individuelle. Chacun d'entre nous fait des choix en son âme et conscience, et surtout en fonction de ses propres possibilités.
Une croisière, par exemple, génère en moyenne entre 4 et 5 tonnes de CO2 par passager. Cela n'empêche pas à 28 millions de personnes de prendre de telles vacances. Doit-on interdire les croisières, comme certaines voix le claironnent sur les médias ? Mais si on le fait, doit-on interdire tous les loisirs qui polluent ? Les voitures, les avions, les bateaux, tous les produits non locaux, non nécessaires à la vie, l'internet récréatif, voire même la télévision et tous les spectacles ?
Que sont les 550 tonnes d'ergols de la mission Inspiration 4 face aux 13 milliards 511 millions 200 mille tonnes d'équivalent pétrole que l'humanité consomme chaque année au travers de toutes les sources d'énergie qui alimentent nos vies, notre santé, nos déplacements et nos loisirs ? L'humanité dépense 4 128 tonnes d'équivalent pétrole à chaque seconde qui passe, et ce ne sont pas les vols spatiaux qui en ont la plus grosse part, très loin de là.
Si les vols de Virgin Galactic et Blue Origin sont de bien grandes dépenses pour des vols aussi courts, ils ont le mérite de permettre une avancée de la technologie. Le développement du tourisme spatial permet de faire vivre des familles, de faire fonctionner une industrie et de réinvestir des bénéfices. Le cas de SpaceX est un peu différent en raison de la philosophie même de l'entreprise. Inspiration 4 a certes emporté un milliardaire et ses invités, mais aussi permis de faire des expériences scientifiques et donné une visibilité à une campagne de financement pour un hôpital. 210 millions de dollars ont été collectés pour cette cause qui tenait à cœur du commanditaire de la mission. Elon Musk lui-même a versé 50 millions de dollars, soit plus que ce que SpaceX a réellement gagné lors de cette mission.
Oui, le vol spatial est polluant. Oui, il engage des ressources. Pourtant, ses retombées sur notre bonne vieille Terre ne sont pas que des déchets qui se consument dans l'atmosphère. Les satellites nous permettent de prévoir la météo, nous informent de l'impact des activités terrestres pour améliorer leur bilan écologique. L'agriculture, la pêche ou l'industrie peuvent mesurer rapidement les effets qu'ils ont sur notre planète et ainsi réagir pour être plus efficace et plus durable.
La course à l'espace des premières années a débouché sur de multiples applications et technologies dont nous bénéficions au quotidien. Les stations spatiales nous apprennent à bien vivre avec moins de ressources et nous offrent un point de vue extérieur pour prévoir les catastrophes et en minimiser les. Pour s'en convaincre, je vous invite à vous rendre à la Cité de l'Espace à Toulouse, comme je l'ai fait il y a quelques jours. Vous y découvrirez le passé avec des engins emblématiques de tous les programmes spatiaux comme Ariane 5, ou notre premier satellite artificiel européen Astérix, ou la station Mir. Vous y découvrirez également le présent et tout ce que le spatial fait pour notre vie quotidienne ici sur Terre. Vous y découvrirez aussi l'avenir de ce que nous pouvons faire, car c'est à nous et à nos enfants que revient le devoir de préserver le vaisseau spatial qui nous abrite depuis notre naissance, la Terre.
Rien à voir avec le tourisme, me direz-vous ? Et bien, en grattant un peu la surface, les applications spatiales sont au cœur de nos loisirs. L'internet, le GPS ou les télécommunications font tous appel à une composante spatiale, et la liste n'est pas exhaustive. Dans une certaine mesure, une énorme quantité de nos loisirs dépend des vols spatiaux. De là à les qualifier de non nécessaires, il n'y a qu'un pas.
Aujourd'hui, le tourisme spatial est une nouvelle composante de ce nouveau monde, et s'il se généralise, ce dont je ne doute pas, il deviendra un moteur pour toute l'industrie spatiale. Ce sont les voitures de sport et de luxe qui permettent d'améliorer notre transport quotidien en améliorant nos voitures de tous les jours. Ce sont les ordinateurs surpuissants qui permettent de véhiculer l'information et de créer un internet pour tous. Ce sont les navires de croisière qui ont introduit les nouvelles technologies pour les bateaux, comme la propulsion électrique ou le GPS. C'est le tourisme qui a permis aux transports aériens de devenir abordable, et c'est le tourisme spatial qui donnera un coup de pouce aux applications dont nous bénéficierons dans le futur.
Tout dépend de ce que l'on en fait. Il y aura toujours de riches milliardaires pour se payer des yachts luxueux incroyablement polluants. Il y aura toujours des fans de voitures de course dépensant sans compter pour vaincre en compétition, ou des nantis possédant plus de maisons qu'ils ne pourront jamais utiliser. Il y aura toujours des excès, petits et grands, pour se faire plaisir. Tout est une question d'échelle. Chacun d'entre nous, et je ne m'exclus pas, fait de petits ou grands excès en fonction de notre propre point de vue. Mais nous avons toujours de bonnes raisons, et c'est le cas pour tout le monde, milliardaire, millionnaire ou simple citoyen. Chacun d'entre nous met le curseur à un niveau tout personnel.
Pourtant, chacun de nos excès peut avoir des effets bénéfiques si nous le décidons. La plupart de nos rêves ne peuvent être réalisés individuellement. Nous avons besoin des autres et de leur aide pour y arriver. SpaceX a développé son business dans cette optique, en offrant de réels progrès à ceux qui utilisent leurs technologies. Et leurs orientations pour l'avenir permettent de rendre l'espace plus accessible à tous. Lorsque le prix du billet sera à notre portée, pensez-vous qu'il sera un seul rêveur d'espace au monde pour renoncer à un tel vol, surtout s'il permet de servir une cause qui les interpelle ? Je vous laisse répondre à cela en commentaire.
En ce qui me concerne, je sais ce que je ferai. Pour le moment, je reste sur le plancher des vaches et me contente de rêver, tout en essayant de vivre mes rêves à mon échelle. Mais lorsque je pourrai m'envoler vers les étoiles, nul doute que je saisirai l'occasion. Et sur ces bonnes paroles, je vous laisse sur quelques belles images d'Inspiration 4. Portez-vous bien, salut.
[Musique] [Musique] [Musique] [Musique] [Musique]
Le carburant et du polybutadiène. Le carburant et du polybutadiène hydroxy. Le carburant et du polybutadiène. Le carburant et du polybutadiène hydro.