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1799. Napoli rivoluzionaria

Prof. Massimo Gallo32:20

Transcription

[Musique] Naples, colline de Pizzu Falcone, via egiziaca 67. C'est le portail du Palazzo Serra di Cassano et il est fermé depuis plus de 200 ans, depuis le 20 août 1799. Depuis que Gennaro Serra di Cassano, jeune illuministe révolutionnaire de 26 ans, est arrêté par la police du roi Ferdinand qui l'a condamné à mort. Gennaro montera sur l'échafaud et ne reverra plus le palais familial. Le père de Gennaro, horrifié par la férocité du roi, ordonne ce jour-là de fermer le portail du palais. Depuis, il n'a plus jamais été ouvert, sauf une fois en 1999, à l'occasion des 200 ans de la révolution napolitaine. L'aventure de la révolution napolitaine ne dure pas longtemps, seulement 5 mois, mais ce sont 5 mois bouleversants racontés par un journal, Il monitore napoletano, écrit et dirigé par une femme, Eleonora De Fonseca Pimentell, poétesse, journaliste, pionnière des libertés féminines. Eleonora et Gennaro Serra di Cassano ne sont que deux parmi les dizaines de révolutionnaires qui sacrifient leur vie pour la fidélité aux idéaux de la République qu'ils ont fondée. [Musique] C'est une génération entière d'illuministes napolitains fauchée par la violence, engloutie par la répression. Parfois, ils ont été considérés comme naïfs ou peu pragmatiques, mais toujours et en tout cas animés par une passion honnête, authentique, pour la construction d'un monde meilleur et plus juste. [Musique] [Applaudissements] [Musique] [Musique] Le Vésuve, le Maschio Angioino, le Palais Royal, la Piazza Plebiscito, les quartiers espagnols là-bas au fond, Castel del Lovo et de l'autre côté du golfe, Posillipo. [Musique] Si nous imaginons Naples comme un grand théâtre, c'est ici l'espace où se consomme le drame épique, tragique, utopique et passionné de la révolution napolitaine de 1799. Le XVIIIe siècle est un siècle de grande splendeur pour Naples qui est redevenue une capitale avec les Bourbons. À ses beautés s'ajoutent les découvertes archéologiques d'Herculanum et de Pompéi. Naples et la Campanie deviennent une étape incontournable du Grand Tour. Elles attirent des voyageurs et des voyageuses de toute l'Europe. Le plus célèbre et le plus amoureux est Goethe. La plage, le golfe, les criques de la mer, les faubourgs, les châteaux, les villas. J'ai parfaitement compris tous ceux qui perdent la tête pour cette ville. Voir Naples et mourir, dit-on ici. [Musique] Sous la peau, cependant, la ville montre un visage plus complexe. C'est la métropole la plus peuplée d'Italie, la ville des contradictions. À côté des classes privilégiées, il y a un peuple modeste fait de commerçants, d'artisans, et puis il y a la plèbe, une masse inépuisable de pauvres affamés qui à Naples sont appelés Lazzari. J'ai tourné mon attention vers le peuple. Il est vrai qu'on ne fait pratiquement pas un pas sans rencontrer des gens très mal vêtus, voire en haillons. [Musique] Un contexte de luttes dynastiques et de crises diplomatiques. En 1734, Charles de Bourbon parvient à mettre la main sur le Royaume de Naples, et le somptueux, monumental, très vaste palais des vice-rois espagnols devient le palais royal des Bourbons. Suivant l'impulsion de la culture des Lumières et l'exemple d'autres souverains européens, Charles s'efforce de moderniser son royaume, de le rendre plus moderne et plus beau. Il fait construire le Teatro San Carlo, les palais de Portici et de Capodimonte, et lance également les travaux pour la construction du palais de Caserte. En 1759, cependant, Charles abdique et retourne en Espagne car il a hérité de la couronne d'Espagne, laissant le royaume à son fils Ferdinand. [Musique] Le nouveau roi a un caractère très différent de son père. Les obligations de la cour, la politique, ne l'intéressent pas, elles l'ennuient. Il parle napolitain et est appelé le roi Lazzarone. Un rôle important dans le royaume est tenu par sa femme, Marie-Caroline d'Autriche-Lorraine, l'une des nombreuses filles de Marie-Thérèse d'Autriche dispersées dans les capitales européennes. Elle est formée au métier du gouvernement, prend les choses en main, rompt les liens avec l'Espagne et attire Naples dans l'orbite de l'Angleterre et de l'Autriche. Les alliances changent, mais dans un premier temps, Ferdinand, et surtout sa femme Marie-Caroline, poursuivent la voie des réformes et se montrent ouverts aux nouveautés, accueillant à la cour la classe d'intellectuels réformistes qui s'affirme dans les salons napolitains. Ce sont des médecins, des avocats, des universitaires, des religieux, des nobles qui discutent de politique, d'économie, de société et imaginent un État plus libéral, plus laïque et égalitaire. [Musique] Parmi eux, il y a aussi une femme, une femme de lettres, une poétesse. Elle s'appelle Eleonora De Fonseca Pimentel. Née à Rome dans une famille d'origine portugaise, elle s'est installée à Naples très jeune. Elle trouve le moyen de se faire connaître de la reine Marie-Caroline, qui la nomme sa bibliothécaire personnelle. [Musique] L'objectif de cette compagnie cultivée, enthousiaste, confiante en l'avenir, est d'influencer les milieux de la cour et de convaincre le roi et la reine d'alléger la pression de l'absolutisme monarchique, car malgré certaines ouvertures, l'ordre de l'État repose encore sur les privilèges de l'aristocratie des grands propriétaires terriens, tandis que la grande majorité des Napolitains vit dans la pauvreté, est privée de ses droits fondamentaux et de fait soumise à l'arbitraire des puissants. Certaines initiatives donnent bon espoir. Par exemple, en 1778, une manufacture de soie est fondée, la Real Colonia di San Leucio, près du palais de Caserte. La manufacture est dotée de son propre statut très moderne, on pourrait presque le qualifier de révolutionnaire, basé sur des principes tels que l'égalité, la méritocratie et la fraternité entre les artisans. C'est un parcours de réformes qui semble bien engagé, mais qui s'arrête le jour où tout change. [Musique] Le 14 juillet 1789, le peuple parisien prend d'assaut les prisons de la Bastille, donnant le coup d'envoi à la Révolution française. Dans un premier temps, la monarchie constitutionnelle s'affirme, limitant le pouvoir absolu du roi, mais en 1792, le souverain est arrêté et les Français proclament la République. La diffusion des principes démocratiques inquiète les monarchies européennes qui forment entre-temps la première coalition antifrançaise, dont font partie les grandes puissances comme l'Autriche, la Prusse, l'Angleterre et l'Espagne, auxquelles se joint le Royaume de Naples. En 1793, le tournant décisif dans la politique des Bourbons arrive. C'est l'année de la condamnation à la guillotine des souverains français Louis XVI et Marie-Antoinette. Bouleversée par la mort de sa sœur, la reine de Naples adopte une attitude plus dure envers ceux qui caressent des idées révolutionnaires. Pendant ce temps, les premiers témoins directs des événements français arrivent en Campanie, favorisant la diffusion des principes républicains. Les intellectuels se réunissent dans des sociétés secrètes et planifient de renverser la monarchie. Mais en 1794, une conspiration est découverte, entraînant les premières condamnations très dures. Les conspirations sont de plus en plus fréquentes dans toute la péninsule. En 1796, une lueur d'espoir s'ouvre enfin avec l'arrivée du jeune général Napoléon Bonaparte à la tête de l'armée française. Sa campagne d'Italie victorieuse conduit à la naissance des républiques sœurs. La République Ligurienne, la Cisalpine, puis la Romaine. En 1798, la révolution est désormais aux portes du royaume de Naples. Ferdinand tente de reprendre Rome aux insurgés pour arrêter les Français, mais l'armée bourbonienne est vaincue et le roi est contraint de se retirer. [Musique] Entre poussées révolutionnaires, condamnations à l'exil, arrestations, défaites militaires, le climat ici à la Cour de Naples s'est irrémédiablement durci. Eleonora De Fonseca Pimentella, la poétesse, l'animatrice des salons intellectuels, qui entre-temps a vécu des tragédies familiales, a perdu un fils, s'est séparée de son mari, en paie également les conséquences. L'amitié qui la liait à la reine ne la protège plus. Elle perd d'abord son emploi de bibliothécaire, puis est arrêtée. Les accusations sont de détenir des livres interdits, d'héberger des réunions de rebelles. Depuis la prison, elle dédie à Marie-Caroline un poème aux tons très durs. Elle la qualifie de folle, impie, avec le sort d'un tyran imbécile, et termine par des vers qui sonnent presque prophétiques. Ne sais-tu pas ? lui dit-elle, que si dans un nuage sombre tu comprimes trop l'air, c'est-à-dire les idées, le tonnerre, c'est-à-dire la rébellion, éclatera encore plus fort. Et en effet, le tonnerre éclatera en décembre 1798. [Musique] Après la victoire sur l'armée bourbonienne, une armée française forte de 28 000 hommes se prépare à descendre de Rome à Naples pour aider les révolutionnaires. Ferdinand et Marie-Caroline ne restent pas à regarder. Le 21 décembre, par un passage secret qui relie le palais à la mer, ils s'embarquent sur un navire anglais, le vaisseau Vangard, et s'enfuient, emportant avec eux le trésor royal. Pour les escorter, il y a un amiral qui est désormais une légende. Il a vaincu Napoléon à Aboukir en Égypte et jouera un rôle décisif dans les événements à venir. Nelson. Les Napolitains apprennent que le roi et la reine sont en fuite. Les réactions sont diverses. Beaucoup sont déçus, d'autres en profitent. Les entrepôts et les greniers sont pris d'assaut et vidés par le peuple. Les plus pauvres et les plus désespérés, les Lazzari, font irruption ici dans le palais royal et le saccagent. Ils démontent même les vitres et les fenêtres. Dans les chroniques de ces jours-là, on ressent un sentiment général de désorientation. [Musique] >> Le roi est déjà parti et nous a laissés dans l'angoisse et la misère. Les dispositions qui sont prises nous font craindre les plus grands malheurs. Que Dieu soit avec nous et Dieu leur pardonnera. Le vide de pouvoir créé par l'absence des souverains offre aux jacobins de Naples l'opportunité d'aller jusqu'au bout. En janvier 1799, les jours de la révolution sont arrivés. Le moment décisif est un coup de main dans la forteresse la plus haute de la ville, Castel Sant'Elmo. Après la fuite du roi et le sac du palais royal, les Lazzari s'insurgent dans toute la ville et s'emparent du fort, qui sert aussi de prison, libérant les prisonniers. Dans la révolte, deux âmes commencent à se distinguer : les Lazzari et l'élite révolutionnaire qui, à son tour, veut conquérir Castel Sant'Elmo et y parvient par un stratagème. Dans la nuit, les révolutionnaires se déguisent en Lazzari, se confondent avec eux et les attaquent. Dans la mêlée, on dit qu'il y a aussi une femme, Eleonora De Fonseca Pimentel, évadée de sa prison en habits masculins. Le 21 janvier, le fort est pris, le drapeau de la révolution est hissé, le tricolore rouge, jaune et bleu. Encore avant l'arrivée des Français, la République est née, et la nouvelle parvient immédiatement aux autres villes insurgées. Le peuple de Naples, fatigué, s'est enfin uni en masse. Il a pris les armes. Nos troupes occupent déjà les forts et les hauteurs. Les gouvernements provisoires établis par le roi sont renversés et Naples est libre. [Musique] An VII de la Liberté. La ferveur rebelle pousse à adopter dès le début le calendrier révolutionnaire. Pendant ce temps, l'armée française repousse les troupes bourboniennes, avance vers Naples et entre dans la ville quelques jours après la naissance de la République, sous le commandement du général Championnet, qui rejoint ici à Castel Sant'Elmo les révolutionnaires. Championnet parvient à pacifier les différentes âmes des insurgés grâce aussi à un prodige. Pour gagner la bienveillance des Napolitains, il va au dôme et distribue des pièces de monnaie au peuple. À ce moment-là, le sang de San Gennaro se liquéfie. Le peuple exulte, le miracle est accompli, même San Gennaro est jacobin. Avec la naissance de la République, les arbres de la liberté sont plantés, devenant des symboles de la révolution, servant aussi à marquer les lieux dédiés aux fêtes et aux cérémonies. L'un est planté ici sur la place d'armes de Castel Sant'Elmo, un autre sur ce qui s'appelle aujourd'hui Piazza del Plebiscito et qui était alors Largo di Palazzo. Cet arbre est béni le 29 janvier et prend la fonction d'une sorte de lieu sacré de la République. Une peinture de l'époque nous montre exactement où il se trouvait, devant le palais royal, et à l'arrière-plan, on aperçoit Castel Sant'Elmo. Avec la République naît le gouvernement provisoire. Il est dirigé par Carlo Lauberg, chimiste, révolutionnaire de la première heure. Lauberg fonde également un organe de presse officiel du nouvel État, il l'appelle Il Monitore Napoletano et en confie la direction à Eleonora de Fonseca Pimentel. Le choix d'une femme pour un rôle aussi délicat est vraiment unique, exceptionnel, révolutionnaire même pour des standards jacobins, et Eleonora commence sa nouvelle aventure avec ces mots. [Musique] Nous sommes enfin libres, et le jour est arrivé pour nous aussi où nous pouvons prononcer les noms sacrés de liberté et d'égalité, et annoncer aux peuples libres d'Italie et d'Europe que nous sommes leurs dignes frères. Naples s'inscrit dans la lignée des autres républiques jacobines déjà nées dans le reste de l'Italie. Un centre névralgique de la culture républicaine, un laboratoire d'idées révolutionnaires, c'est ce palais, le Palazzo dei Duchi Serra di Cassano, aujourd'hui siège de l'Institut Italien d'Études Philosophiques. [Musique] Dans ces salons, on discute des principes de la République qui seront ensuite expliqués par Eleonora dans le journal, sur le Monitore. Parmi les mesures les plus importantes figurent l'abolition de la féodalité et des privilèges de naissance, l'abolition de la torture, et dans le décret, il est écrit ce qui fait horreur et déshonneur à la raison. Il y a ensuite des interventions plus ciblées visant à réduire la pauvreté et les inégalités, comme la réduction des prix des biens de première nécessité, le pain et la farine. Et puis, il y a un thème particulièrement cher à Eleonora, le droit à l'éducation. Il est très important d'élever les enfants, espoir de la République, dans les principes de liberté et d'égalité. S'il y a une instruction publique pour les jeunes, il y en a aussi une pour les adultes. [Musique] Le projet le plus ambitieux est la nouvelle Constitution, élaborée par un personnage de premier plan de la culture des Lumières, non seulement napolitaine, mais européenne, Mario Pagano, philosophe, juriste, appelé le Platon de Naples. Sur le modèle français, la Constitution s'ouvre par la déclaration des droits et devoirs de l'homme, mais introduit une nouveauté très importante : le "difensore", un organe qui doit veiller à l'intégrité de la Constitution, une sorte de Cour constitutionnelle en avance sur son temps. Dans l'enthousiasme républicain général, cependant, les premières fissures commencent à apparaître. Le peuple est étranger aux processus législatifs, il ne participe pas, il ne comprend pas. La distance entre les intellectuels et la foule napolitaine, entre les salons et les ruelles, augmente. Eleonora le pressent. Une grande ligne de démarcation nous sépare du reste du peuple car nous n'avons pas de langage commun. La plèbe se méfie des patriotes parce qu'elle ne les comprend pas. [Musique] On essaie de recomposer la fracture en invitant les gens à contribuer au journal avec des écrits en napolitain. Mais cela ne suffit pas. Certains choix, comme par exemple l'adoption du calendrier révolutionnaire français avec les noms incompréhensibles des mois, Thermidor, Brumaire, Floréal, Vendémiaire, rendent la République encore plus impopulaire. À cela s'ajoutent d'autres faiblesses : l'absence d'une armée organisée pour la défense, le retrait des Français de Naples qui laissent derrière eux un mauvais souvenir, une traînée de pillages et de vandalisme, et le manque de liaison entre la capitale et les territoires plus périphériques. Et c'est de là que part la contre-révolution. Les Bourbons arment une expédition militaire aux ordres du cardinal Fabrizio Ruffo, et les nouvelles de violences qui arrivent des villes traversées par l'armée bourbonienne annoncent ce qui va se passer à Naples. Il n'y a pas de mots ni de larmes suffisantes pour décrire et pleurer les crimes des insurgés avant d'être vaincus, ou les crimes des vainqueurs à Trani et à Andria après les avoir prises. Tirons un voile pieux sur tout. Pendant que le cardinal Ruffo s'approche de Naples par la terre, une autre menace arrive par la mer, la flotte anglaise de l'amiral Nelson, qui ne doit pas seulement protéger les intérêts géopolitiques de l'Angleterre, mais aussi ceux personnels de sa maîtresse, la femme de l'ambassadeur anglais à Naples, Lady Hamilton. Pendant près d'un an, Horatio Nelson reste au service du roi Ferdinand et de Marie-Caroline, soutenant le retour à Naples des Bourbons, les anciens alliés des Anglais. Les difficultés que traversent les souverains réfugiés à Palerme sont aussi une opportunité pour la couronne britannique qui veut établir une influence politique sur la Sicile et assurer l'hégémonie anglaise en Méditerranée. Nelson nourrit également un intérêt personnel pour la cause bourbonienne. Il est retenu par l'amour pour la fascinante Lady Hamilton, la fidèle amie de la reine avec qui il a établi une relation. Sa maîtresse sera capable de conditionner ses choix futurs en lui faisant croire qu'il est l'artisan de la politique bourbonienne, mais en le poussant au contraire à suivre les directives de la souveraine. Pendant ce temps, sur le front international, l'Angleterre est toujours l'une des protagonistes du camp antifrançais. La première coalition s'étant dissoute après les victoires de Napoléon en Italie, au printemps 1799, la deuxième alliance se consolide, visant à renverser les républiques sœurs nées de la révolution. [Musique] Les événements précipitent au printemps. Le 2 avril, la flotte anglaise alliée des Bourbons prend Procida. Un peu plus d'un mois plus tard, le 17 mai, l'amiral napolitain Francesco Caracciolo tente de la reconquérir, mais la tentative échoue. Procida reste anglaise. Pendant ce temps, par la terre, le cardinal Ruffo, après avoir pris les régions méridionales, se présente aux portes de Naples. La République est désormais réduite à la seule ville. La bataille décisive a lieu le 13 juin au pont de la Madeleine et c'est un massacre. Ruffo peut compter aussi sur des contingents turcs et russes, tandis que les républicains sont restés seuls. La France n'a pas envoyé de renforts. Les contre-révolutionnaires déferlent dans la ville et à eux se joignent les Lazzari qui se déchaînent dans des pillages, des meurtres, des violences. La dernière tentative de défense est en mer. Caracciolo tente d'occuper la flotte de Nelson dans l'espoir qu'une aide arrive de la part des Français, mais aucune aide n'arrive. Aux révolutionnaires ne restent que trois forteresses : Castel dell'Ovo, Maschio Angioino et Castel Sant'Elmo. Pendant ce temps, alors que l'utopie républicaine se désintègre autour, le 8 juin sort le dernier numéro du Monitore. Eleonora écrit : "Des nouvelles plus détaillées arrivent, nous les donnerons dans le numéro suivant, mais il n'y aura pas de numéro suivant." Assiégés par terre et par mer, les révolutionnaires n'ont plus de voies de sortie. Le 16 juin, les négociations pour la reddition définitive des forteresses commencent. Le cardinal Ruffo cherche d'abord la voie de la réconciliation, il ne veut pas de divisions entre concitoyens et négocie des accords de paix somme toute cléments. Les militaires qui ont combattu pour la révolution pourront trouver refuge en France. Il y a déjà des navires prêts à les transférer, et les prisonniers des deux côtés seront libérés. Mais le véritable homme fort de la situation n'est pas Ruffo, c'est l'amiral anglais Nelson qui, dès qu'il débarque à Naples, annule les accords et exécute les ordres péremptoires du roi Ferdinand. Quiconque a combattu pour la révolution sera condamné à mort. La première victime de la répression est Francesco Caracciolo. Nelson ne se contente pas de tuer son rival, il veut l'humilier, le fait exécuter à la manière des criminels. Le 29 juin, sur le navire Minerva [Musique] >> Nelson ordonna qu'il soit pendu à l'antenne de la Minerva, son corps jeté à la mer. Le misérable prince priait en disant : "Étant vieux, je ne désire pas la vie." Seul le poids de mourir en malfaiteur lui pesait. Les prières compatissantes ne furent pas entendues. [Musique] Les jours, les semaines et les mois passent, mais ici sur la place du marché, les exécutions ne s'arrêtent pas. Le bourreau, qui s'appelle Tommaso Paradiso, devient l'un des hommes les plus riches de Naples. Gennaro Serra di Cassano, Giuseppe Albanese, Pasquale Baffi, Ignazio Ciaia, Vincenzo Russo, ne sont que quelques-uns parmi les très nombreux noms de ceux qui montent sur l'échafaud, et il vaut la peine de s'en souvenir car il s'agit d'une génération entière d'intellectuels balayée. Même le tsar Paul Ier, qui avait envoyé des troupes au roi Ferdinand, est impressionné par tant de férocité et lui écrit une lettre dans laquelle il lui demande d'épargner au moins l'un des condamnés. Je t'ai envoyé mes bataillons, mais ne tue pas la fleur de la culture européenne, ne tue pas Mario Pagano, le plus grand juriste de notre temps. >> La lettre du tsar est inutile. Mario Pagano, le plus grand juriste de notre temps, sera exécuté en octobre et ne sera même pas le dernier, car après lui tombera la tête d'une femme, celle de Luisa Sanfelice, qui n'était même pas une révolutionnaire de première ligne, elle était plutôt une auxiliaire. Luisa devient le personnage principal d'un roman historique de Dumas, et le fait qu'elle soit punie alors qu'elle n'était pas directement impliquée dans les révoltes donne une idée de la façon dont la répression a été capillaire. Après 2 ans, le roi Ferdinand revient à Naples, les exécutions sont terminées, mais il cherche quand même à éliminer toute trace des mois et des idéaux révolutionnaires. L'une des mesures les plus curieuses qu'il prend est le changement de saint patron, qui ne peut plus être San Gennaro, le jacobin qui avait accueilli si favorablement les Français, mais devient, et le sera pendant un certain temps, Sant'Antonio. La tentative de *damnatio memoriae* et d'effacement total de l'expérience révolutionnaire échoue cependant, et le symbole de cet échec est la femme qui nous a accompagnés tout au long du récit. Eleonora De Fonseca Pimentel. Eleonora, condamnée à mort avec ses autres compagnons d'aventure, devient immédiatement une légende, même par la manière dont elle affronte la fin. L'exilé Vincenzo Cuoco raconte qu'elle boit un café, puis monte sur l'échafaud et avant de mourir cite un vers de l'Énéide. Peut-être qu'un jour on se souviendra de tout cela, et c'est exactement ce qui va se passer. Les principes, les idéaux de la révolution napolitaine seront rappelés et, selon beaucoup, représentent le premier acte de la rédemption italienne, du Risorgimento. [Musique]