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Masculinité en crise : la fin d’Homo Virilus ? | Documentaire complet LCP

LCP - Assemblée nationale52:43

Transcription

Musique.

*-Ils parlent en anglais.

*-Il parle en russe.

*-Il parle en portugais.

*Il parle en espagnol.

*Acclamation et huée.

-L'homme idéal dont rêvent ces politiciens, c'est lui. Puissant, courageux, dominant, en un mot : viril. Un concept qui invite à la maîtrise de soi comme à la violence explosive. Si Homo erectus peut être mâle ou femelle, un homme, un vrai, devrait être Homo Virilus. Sa vertu justifierait de dominer les femmes et les enfants, bien sûr, mais les mâles non virils aussi. Mais attention, Homo Virilus ne doit jamais se relâcher. Sa force est d'une insoutenable fragilité. Sauf que voilà, cette virilité admirée, enviée pendant des millénaires est de plus en plus moquée, rejetée. Elle serait devenue un contre-modèle aussi rétrograde que toxique pour tous. Alors Homo Virilus est-il en voie d'extinction ?

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-Depuis sa naissance, à l'antiquité gréco-romaine, Homo Virilus a sculpté mille et un visages. Celui du sang et de la force, comme de la poudre et de la dentelle. Mais qu'importe l'époque et le style, la quête virile passe toujours par l'héroïsme. On ne naît pas Homo Virilus, on le devient, par un rite de passage, celui du valeureux soldat.

-C'est le combat décisif qui commence, en s'accoudant l'ombre, on entend ce grand cri, en avant, à la baïonnette ! On va droit devant soi, hurlant comme des fous ! Agard avec des yeux de loups !

-En 1914, une terrible orage d'acier s'abat sur le romantisme militaire.

-Ils imaginaient que la guerre, ce serait, comme à l'époque napoléonienne, un choc entre deux armées, et que c'est le plus courageux, celui qui en veut le plus, qui serait victorieux. Mais c'est pas du tout ça, la guerre de 1914. On découvre que c'est une guerre industrielle. A quoi sert le courage face aux obus ?

-Homo Virilus mène en réalité une bataille recroquevillée contre des ennemis sans panache. La faim, le froid, les poux et la boue.

-Vous avez Drieu la Rochelle qui dit : "La gloire est tombée dans la boue des tranchées, dans la merde et dans le sang des tranchées. Nous sommes des escroqués de toute gloire."

-Les canons ne se taisent qu'après 20 millions de morts et encore plus de blessés. Des défigurés à vie qui ont perdu mâchoire, nez, yeux, sans compter les amputés des bras ou des jambes. Jamais guerre n'aura fait autant de mâles démembrés. Et puis il y a les blessures invisibles. La psychiatrie découvre un phénomène nouveau, l'obusite, aujourd'hui connu sous le nom de syndrome post-traumatique.

-Les hommes n'étaient pas censés avoir des maladies psychiques. Les hommes ne sont pas hystériques, car hystérique vient d'utérus. Celui qui est atteint d'un traumatisme nerveux est vu comme quelqu'un de dévirilisé.

-Ceux qui n'ont pas combattu sont assimilés à des eunuques. Ils sont accusés d'être des embusqués, des lâches, réfugiés à l'arrière, avec les femmes. Ces dames sont censées attendre, veiller, éventuellement soigner. Homo Virilus les pense faibles, inférieures, car incapables de se contrôler. Tous les mois, ne perdent-elles pas du sang impur quand celui des hommes est volontairement versé ? Alors Homo Virilus veut les protéger, ces femmes, mais surtout, surtout, ne pas leur ressembler. Et c'est à cause de cette éducation millénaire que les garçons adoptent parfois la posture d'Homo Virilus, comme Etienne, Geoffroy ou encore Karim.

-On voit que beaucoup d'hommes autour de nous ont cette idée que pour être homme, je dois jouer des coudes et je dois un peu écraser l'autre. Et beaucoup de femmes. J'ai entendu des femmes dire : "Ah non, lui, c'est pas un vrai mec." Et quand on creuse, pourquoi c'est pas un vrai mec ? Parce qu'il est sensible, il est doux, parce qu'il n'a pas de répondant. Comme si la valeur homme dépendait de notre force, aussi bien psychologique que physique. Mais c'est quelque chose que j'ai ressenti dès petit et qui m'a fait énormément de mal.

-Moi, je fais partie de ces pédés à qui on dit : "Toi, tu ne fais pas pédé." Il y a aussi une part de virilité, un peu d'apparence. Je sais que quand je suis avec des gens avec qui j'ai entièrement confiance, avec qui je me sens bien, je tombe un peu le masque de cette virilité, masculinité, où je me laisse aller à des gestes, des paroles plus féminines, j'allais dire. Moi, je le vois dans mes photos de quand je suis gamin. Je la vois, la féminité, en fait. Et ce qui se passe, c'est que très vite, je pense que c'est un danger, en fait.

-Pour moi, il y a une hiérarchie invisible qui est dans la cour de récré, qui est quand on va jouer au sport, entre les garçons. Je dis invisible, à la fois elle est dite et pas dite. "Fais pas ta tafiole", fais pas ta lopette, "Ah la fillette". C'est tous ces petits mots qu'on entend, c'est qu'il y a une espèce de pyramide de... Aujourd'hui on mettrait le mal alpha en haut, et en dessous il y a toutes les sous-catégories de trucs dont, a priori, il ne faut pas être. Sinon je suis une lopette, ou une fillette. Il y a toutes les catégories masculines. Et puis, en dessous il y a les filles.

-Sauf qu'en 1914, ces femmes, comme Homo Virilus, jugé inapte, le remplacent au pied levé. Conductrices de tramways, postières, balayeuses, elles moissonnent les champs et font tourner les usines, notamment d'armement. Ce sont les munitionnettes. Même le maréchal Geoffrat admet : "Si les femmes qui travaillent dans les usines s'arrêtaient 20 minutes, les Alliés perdraient la guerre."

-D'un côté, on admire ces femmes qui sont capables de se comporter comme des hommes, avec le même courage, faire preuve de force physique, d'endurance, etc. Et de l'autre, il y a une peur de voir se dissoudre la différence, ce qui signifierait l'égalité.

-Ces femmes sont autonomes, gagnent de l'argent. Ce sont les hommes, dorénavant, qui sont dans une situation de staticité. Ils attendent le mandat postal qu'on va leur envoyer avec un petit peu d'argent. Il y a un renversement de sentiment de domination. Les hommes sont dépendants.

-Alors à l'Armistice, il est urgent de réinstaller Homo Virilus sur son trône. Le gouvernement français demande aux femmes de rendre leur poste aux hommes. Les semeuses de courage sont désormais priées de repeupler la France et rien d'autre.

-Si les femmes obtiennent le droit de vote aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en revanche, en France, il y a des blocages. Il y a 1,5 million d'hommes en moins. Si les femmes obtiennent le droit de vote, elles décideront de l'avenir du pays. Et ça, pour les hommes, c'est très dur. Elles commencent à porter le pantalon, mais voilà aussi qu'elles vont voter, diriger le pays. Des femmes députées, pourquoi pas une présidente de la République ?

-Alors, à défaut du droit de vote, que les Françaises n'obtiendront qu'en 1944, les femmes ont grappillé des symboles qu'Homo Virilus s'était jusque-là exclusivement réservé. Cheveux courts et silhouettes androgynes, de Paris à Berlin, en passant par Tokyo, la mode est à la garçonne. Adieu le corset, symbole d'un corps féminin idéal façonné par les hommes, c'est la consécration du pantalon.

-Quand une femme se virilise, c'est pas bien, ça bouscule l'ordre des sexes. On peut comprendre qu'elle ait envie d'accéder à quelque chose de reconnu, de valorisant. En revanche, quand un homme se féminise, cette féminisation se fait essentiellement par la voie d'une hypersexualisation. Et là, ça devient difficile à comprendre.

-Pourtant... Un vent de liberté souffle sur les années folles. Les foules s'enivrent de danse et d'insouciance à Berlin, où le rigide empire prussien est tombé. A sa place, la République de Weimar promet démocratie, libéralisme, éclatement des carcans religieux, moraux ou encore sexuels.

Musique.

Homo Virilus voit ses certitudes vaciller. Humilié par la défaite de 1918, brisé par les lourdes réparations de guerre à rembourser, il n'a plus qu'un mot à la bouche : "Revanche".

Pas en cadence.

L'ordre naturel, la civilisation avec l'homme aryen à son sommet, serait en danger. Homo Virilus ne pourrait-il pas la sauver ? Hitler en convainc les foules, pendant qu'en Italie, Mussolini rentre dans la fosse pour démontrer sa propre virilité. Le fascisme déferle sur l'Europe pour, selon lui, sauver une société dégenrée, donc dégénérée.

-La société démocratique serait trop ouverte, fluide, trop féminine, enjuivée, pour reprendre le terme antisémite de l'époque. Les Juifs sont vus comme des acteurs majeurs de la féminisation des sociétés contemporaines. Le féminisme est présenté comme une invention juive. Donc il y a beaucoup de liens entre antiféminisme, antisémitisme, xénophobie, haine des étrangers d'une manière générale.

-Parle en allemand.

-Face à ce prétendu péril, les régimes totalitaires prônent une virilité antique, militaire, conquérante, implacable. Celle de la race pure des maîtres, les Aryens blonds aux yeux bleus, dressés pour dominer, voire exterminer.

-Le droit à la guerre, le droit à conquérir des territoires, à organiser les populations sur ces territoires, c'est une façon d'exprimer la virilité au plus haut niveau de l'Etat. Les plus pauvres, le peuple, les plus nombreux peuvent suivre ce mouvement en s'identifiant au chef super viril qui se donne tous les droits.

-Des millions de femmes sont fascinées par le Fuhrer. Son autorité, son aura, son verbe. En récompense, les nazis leur retirent le droit de voter et d'être élues, leur interdisent des professions dans la magistrature ou le corps médical, par exemple. Les Allemandes passent d'une des conditions féminines les plus progressistes d'Europe à un rôle unique mais essentiel pour le Reich, épouse-mère d'Homo Virilus. Dans le modèle "Kinder, Kuche, Kirche", "enfant, cuisine, église", les femmes sont des soldates dont les terrains de guerre sont le foyer et l'intime.

-Les femmes ont été endoctrinées via la religion. Mais il y a une éducation aussi qui les voue à la famille. Donc il y a une peur. Il y a une peur de l'émancipation.

-Parmi les bourreaux nazis, le chef des SA, Ernst Rohm. Ce proche d'Hitler cache un secret de Polichinelle, son homosexualité. En 1934, le Fuhrer le fait exécuter pour des raisons politiques, mais les nazis utilisent son orientation sexuelle pour justifier l'assassinat. Et la répression va s'intensifier. La Gestapo centralise des listes roses, les barguets sont fermés et l'Institut de sexologie du docteur Magnus Hirschfeld est incendié. Pour ce médecin juif et homosexuel, l'homosexualité n'était ni une perversion, ni une pathologie, mais le fruit d'une androgynie intérieure aussi naturelle qu'inoffensive.

-Il était question presque d'une femme dans un corps d'homme. Et cela, ça a été insupportable pour les nazis qui ont vu là justement le vrai danger par rapport à la société, des hommes-femmes incapables de représenter cet idéal de force, de combat et de virilité que voulaient représenter les nazis.

-Le paragraphe 175 du code pénal, presque oublié sous Weimar, devient plus répressif. Il criminalise les actes dits contre nature. Les rafles et les dénonciations se multiplient. 100 000 hommes sont arrêtés. Plusieurs milliers d'entre eux sont envoyés en camp de concentration, marqués d'un triangle rose. Ils sont battus, humiliés. Certains seront castrés, d'autres euthanasiés. Ils rejoignent la longue liste des victimes du régime nazi, parmi lesquelles 6 millions de juifs. A la fin de la guerre, les survivants de la déportation homosexuelle se terrent dans le silence, la honte et l'oubli.

Musique.

Il faudra attendre les années 60 pour une riposte à l'hégémonie virile, portée par des jeunes aux cheveux longs qui décident que l'amour, c'est mieux que la guerre. Les hippies rejettent l'ordre établi, le capitalisme, le patriarcat. Ils expérimentent des corps délestés du diktat viril, voire hétérosexuel. C'est l'ère des luttes LGBT qui aboutiront, en France, à la dépénalisation de l'homosexualité en 1982. Mais le temps de la rue n'est pas celui d'Homo Virilus qui se réfugie dans son foyer, là où les rôles restent bien genrés.

-Qu'ai-je en tête, j'oublie ma moulinette ! Il est plus de 10 h 00, Je passe l'aspirateur. Les choux-fleurs sont dans le cuiseur.

*-Moulinex libère la femme.

-Le slogan affirme que Moulinex a libéré la femme, alors Homo Virilus ne comprend vraiment pas. Que peuvent-elles bien demander de plus ?

-TOUTES LES FEMMES SONT DANS LA RUE !

-La liberté de disposer de son corps, c'est quelque chose d'important sinon, à qui appartient votre corps quand vous êtes une femme ? Un homme est libre, mais la femme, à qui appartient son corps ? A son mari ? A l'armée ? Aux prêtres ? Aux médecins ? Qui décide pour elle ? Elle n'est pas un individu autonome.

-Et les victoires féministes s'enchaînent. Droit de gérer ses biens propres. De travailler sans le consentement du mari. Droit à la contraception. Droit au divorce par consentement mutuel. Et surtout, loi Veil autorisant l'IVG, l'Interruption Volontaire de Grossesse.

Cris de joie.

-Là, il y a quelque chose de très nouveau, c'est que la contraception devient féminine, donc à l'initiative des femmes et avec des moyens contraceptifs féminins, et l'avortement va être autorisé, et donc il y a une dissociation entre la sexualité et la reproduction qui se fait.

-Révolution dans la famille également. Adieu le pater familias tout-puissant. Voici l'ère de l'autorité parentale conjointe. Les féministes sont immédiatement accusées d'avoir tué le père.

-Ce que les virilistes ou les nostalgiques, disons, de cette domination masculine ressentent, c'est que les choses se sont inversées. On le voit beaucoup dans les situations de séparation et de séparation conflictuelle autour des gardes, autour des pensions alimentaires, etc. A quel point ils ressentent le fait que leurs femmes, la première, et les femmes en général, ont pris le pouvoir et qu'ils sont en position, encore une fois, d'humiliation et de passivité par rapport à elles.

-L'égalité entre les sexes est encore très loin, mais Homo Virilus a cédé du terrain. Trop, selon lui. Alors, sur fond de crise économique, il lance la guerre culturelle. La jeunesse revendique des valeurs traditionnelles et vote massivement pour ce slogan. Avec sa révolution conservatrice, Ronald Reagan veut remasculiniser l'Amérique. Et sur les écrans du monde entier, Homo Virilus prend les traits de Sylvester Stallone dans "Rocky" ou d'Arnold Schwarzenegger dans "Conan le Barbare". La puissance masculine s'exhibe via les muscles, mais elle ne tiendrait qu'à un fil.

Musique.

---

Un simple petit organe, repéré sur une image un peu floue, qui justifierait une éducation toute bleue et le droit de dominer. Tout ça serait naturel, ce serait le phallus qui ferait l'Homo Virilus, pour le meilleur comme pour le pire.

-La puissance virile, c'est le phallus. Le phallus doit être érigé pour représenter cette puissance masculine. Ca reste chez les hommes quelque chose qui peut devenir obsédant. Le fait d'être dévirilisé si cette puissance phallique ne s'exerce pas.

-Au lit, Homo Virilus est un étalon au membre actif. Face à des femmes objets passives, quand elle ne lui court pas après, comme dans cette célèbre publicité des années 2000. Pour prouver sa force sexuelle, Homo Virilus a une obsession : le chiffre. Taille du pénis. Nombre de conquêtes. Durée du rapport. Tout se quantifie. Et attention à celui qui n'aurait pas le plus gros... nombre.

-Pareil, les traumas de vestiaire. J'avais 13 ans, on est en Suisse, on part en voyage scolaire, etc. J'avais un copain qui avait fait sa puberté avant tout le monde et qui avait une grosse bite, comme on dit. On s'était douchés ensemble, tous ensemble, et il s'était moqué de moi. C'était la honte, c'est juste des petites phrases qui valent des coups de batte dans la tronche. Et c'est vraiment ce truc d'être moqué. C'est même pas ma sexualité à l'époque, c'est juste mon pénis et j'ai 13 ans et j'ai pas encore fait ma puberté. Et ça m'a marqué, il y a eu plusieurs scènes comme ça. Et je sais que c'est pas que moi, c'est tellement commun et courant puisque cette culture est dans tous les vestiaires. Je ne veux pas faire de généralité, "not all vestiaires", mais j'imagine que c'est quand même une grande majorité de vestiaires.

-Moi, ça me mettait dans une pression de savoir, est-ce que ça suffit ou pas ? Parce que là, pour le coup, c'est un truc où autant tu peux te muscler, autant tu peux perdre du poids, là... Là, t'es foutu, tu fais avec ce que t'as. Et du coup, je me rappelle et j'ai trouvé ça hyper... C'est hyper toxique. Quand tu as quelqu'un avec qui t'es et que tu te poses la question est-ce que ta taille satisfait ou pas ?

-Le pénis, chez l'homme, ou en tout cas dans une forme de masculinité, est extrêmement important car c'est un prolongement de nous, de notre force. On pourrait dire que c'est une épée ou c'est un sceptre, mais c'est une extension de notre pouvoir. On se sent masculin à travers son pénis, comme on se sent masculin à travers une érection. Un homme, quand il a une érection, ce n'est pas forcément pour derrière avoir une activité sexuelle. L'érection du matin, elle fait plaisir. Et à côté de ça, on ne va pas se masturber. L'érection du matin fait plaisir parce qu'on se sent homme.

*-Who is asking about Viagra?

-Mais si le pénis tout-puissant peut rassurer sur sa masculinité, il peut aussi inquiéter, voire terrifier.

-J'étais éjaculateur précoce pendant très longtemps. Ca a été une grande souffrance. Comme un pieu dans le coeur et dans le sexe en même temps. Et profond. Mais tu peux pas le dire. Et donc dans l'échelle de la performance du truc, j'étais tout en bas. Il y avait plein d'endroits où ça allait. Et quand je me retrouvais avec des nanas au lit, cette représentation de la sexualité, de ce que ça doit être, de comment ça pourrait être, c'était l'inverse. J'étais pas Rocco Siffredi, quoi. Et c'était une grande souffrance de me dire : "Putain, fait chier." Ca doit être merveilleux, ça doit être magnifique. Et je ne le vis pas. Et non seulement je ne le vis pas moi, et ça m'énerve parce que j'ai envie de vibrer, d'avoir des orgasmes et de faire l'amour. Et j'ai envie que madame le vive aussi, le reçoive, qu'on le partage.

-Mais pour Homo Virilus, le sexe, c'est précisément l'absence de partage. Plus que du désir, il parle de besoin, à assouvir par tous les moyens, y compris par la force et la ruse. En toute impunité, comme si sa virilité justifiait tout, même les violences sexuelles.

-"T'as vu comment t'étais habillée ?" "Oui, t'avais une jupe !" -"Pourquoi t'étais dehors si tard ?" -"Tu l'as chauffé !" -"Est-ce que t'as dis non ?" -"Tu lui as souris." -"En général, tu dis pas non."

-Les antiféministes et les masculinistes répondront que le viol, c'est viril, qu'il y a un droit au viol. Et au fond, ça ne serait pas un problème pour les femmes, puisque par nature, les femmes seraient aussi biologiquement programmées pour être violées, pour être des êtres passifs dont le consentement n'a aucune valeur et dont le "non" voudrait dire en fait "oui".

-Et puis une femme va s'ériger contre Homo Virilus, l'avocate Gisèle Halimi. Bobigny, Aix-en-Provence, s'élère des grands procès pour mettre un mot sur le mal : le viol.

-CONTINUONS LE COMBAT ! CE N'EST QU'UN DEBUT !

-Le viol, c'est tout simple, on n'en parle pas. Avant les années 70 et avant la mobilisation des femmes, silence radio, on n'en parle pas. Il y a 500 plaintes par an, en 1965. Et quand il y a une condamnation, ce sont des peines très légères, une petite amende, une petite peine de sursis. En gros, voler un vélo, voler une pomme, violer une femme, ça relève un peu du même type de condamnation et du même type de pénalité.

-Grâce aux efforts de Gisèle Halimi, la loi va changer. Le viol devient un crime, puni de cinq à dix ans de prison, vingt si la victime a moins de 15 ans. Mais il y a peu de signalements, encore moins de condamnations. Encore aujourd'hui, en France, seuls 6 % des femmes victimes de violences sexuelles portent plainte. Le taux de non-poursuite est de 92 %.

Manifestation.

Pourtant, MeToo est passé par là. Quand Harvey Weinstein, le célèbre producteur américain, est accusé d'harcèlement et agression sexuelle par une douzaine de femmes, la parole se libère sur les violences sexistes et sexuelles. Tous les milieux sont concernés, toutes les femmes. Une seconde révolution sexuelle s'enclenche, celle du consentement.

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-Je me rappelle, après MeToo, ça a fait réfléchir les mecs. J'étais à un anniversaire. Et il y a deux amis, deux mecs. Ils ont besoin de se confier. Et ils me disent... "Moi, un jour, j'ai forcé un rapport. Ca pourrait s'apparenter à un viol. J'avais 18 ans." Et un autre ami dit... "Il y a 15 ans de ça, j'ai frappé ma copine." Les mois passent. Un autre groupe d'amis... me disent : "On a réfléchi, et on se dit qu'on a tous violé un jour une fille dans notre vie." Ces trois amis, qui à un moment eu besoin de parler entre eux, de faire un travail entre eux, grâce à MeToo, ils se sont dit, "On a tous violé un jour une fille dans notre vie. On a tous un jour forcé un rapport."

-Moi je vais te dire oui, "All men", bien sûr. Parce que c'est la réalité. On ne parle pas de moi là. Et on ne parle pas de toi, derrière ton écran, qui n'a jamais agressé une femme. On parle de tous les hommes. Si t'es vraiment un allié de cette cause-là, tu dois pas te sentir pointé du doigt. Donc moi, j'ai aucun problème avec ça.

-MeToo, ça a aussi changé, ça a mis la lumière et le super projecteur sur tout le consentement. Et donc ce truc de "OK, je peux mettre ma main sur ton épaule, je peux mettre ma main sur ta hanche, je peux mettre ma main sur ton cul, je peux t'embrasser". A quel endroit je suis dans une fluidité de on sent bien qu'on a envie de se pécho et à quel endroit il y a des portes et des étapes et des notions de consentement qui sont importantes. Moi je suis presque le relou dans l'autre sens de.... "Est-ce que je peux mettre ma main là ?" "Est-ce que c'est OK si...?" Etc. Et je crois que je préfère être de ce côté-là que de l'autre côté.

-Sept ans après MeToo, c'est l'affaire Mazan qui choque le monde entier. Gisèle Pélicot a été placée sous soumission chimique par son mari, qui a ensuite recruté des hommes pour la violer.

-ON TE CROIS, LES FEMINISTES SONT AVEC TOI.

-En refusant le huis clos, la septuagénaire passe de victime à héroïne. Les 51 accusés ont entre 27 et 74 ans. Ils affirment qu'ils ne sont pas des violeurs. Justifient leur acte par un viol accidentel, par politesse, voire altruiste. Le moment est appelé au choix, procès de la culture du viol, du patriarcat, de la masculinité, ou plus généralement, des hommes.

-Ce que montre quand même Mazan, c'est que ce sont des hommes relativement ordinaires, très nombreux, il y a un effet de groupe, et que les violeurs appartiennent à toutes catégories de la société. il n'y a pas un profil socioprofessionnel du violeur. Donc ça remet en cause les idées reçues. C'était tellement plus commode d'imaginer que le violeur était un étranger à la communauté, que qu'il avait certaines caractéristiques sociales, que c'était un marginal. Non, le viol, il se fait d'abord et avant tout dans les familles.

-Alors est-ce que le problème, ce seraient les hommes ou bien Homo Virilus ? Serait-il toxique par nature, voire violeur par essence ?

-Un homme va à l'assaut d'une femme qui finit par se soumettre. C'est ça la représentation classique qui est en train de se modifier aujourd'hui. Donc effectivement, dans cette vision des choses, tous les hommes sont des violeurs. Mais tous ne le sont pas. Je crois profondément que la plupart des hommes aujourd'hui rêvent d'autre chose que du viol.

-Le procès se termine par une condamnation de tous les accusés et quelques résistances.

-L'idée, c'est toujours que c'est la faute des femmes. Plus précisément, c'est la faute des féministes. Les féministes sont censées être puritaines, elles sont censées être hystériques, elles sont, pour utiliser une expression grossière mais que beaucoup de gens ont en tête, "mal baisées". Je crois que toutes ces formules, ce qu'elles disent, c'est "Le problème, c'est pas les hommes".

-Et pourtant, ils sont nombreux à se remettre en question. A l'image de Corentin, un jeune trentenaire originaire du Tarn-et-Garonne. Il vit désormais à Paris avec Thérésa, une Allemande qu'il a rencontrée pendant ses études.

-Hello.

-Corentin essaye d'être tout, sauf Homo Virilus.

-On a essayé de se poser les bonnes questions sur les modèles qu'on a pu intégrer inconsciemment depuis notre tendre enfance sur la vision sexiste qu'on peut avoir du monde.

-Corentin prend très au sérieux le partage des tâches ménagères, la division équitable de la charge mentale. D'autant plus essentiel que dans quelques jours, le couple va accueillir son premier enfant, un garçon.

-Les petites chaussures, les petites chaussettes, les moufles, les petits pyjamas, non, c'est très "cute". J'avoue qu'il me tarde de voir à quoi ça va ressembler une fois qu'on va le mettre dessus.

-Oui, mais je pense après c'est plutôt la question, est-ce que c'est pratique ?

-Si Teresa vit sa grossesse avec optimisme, Corentin était comme beaucoup de futurs pères, inquiet de ne pas savoir s'y prendre, voire de casser bébé. Il a donc décidé de s'inscrire à un atelier de préparation à la paternité.

-On ne sait pas faire grand-chose et en plus de ça, on n'a pas l'arrêt congé paternité qui dure si longtemps. C'est peut-être une manière de se réapproprier cette relation et d'être prêt le jour J.

-C'est parti pour un atelier intensif mené par Gilles, spécialiste de la petite enfance.

-Bonjour à tous, soyez les bienvenus pour ce rendez-vous formation papa. Vous êtes à l'honneur aujourd'hui. Donc on va identifier les pouvoirs insoupçonnés du rôle de père. Vous allez voir que finalement, vous êtes autant indispensable qu'invisible.

-Aux côtés de Corentin, une douzaine de motivés, parfois malgré eux.

-C'est ma soeur qui m'a offert à Noël la formation, elle a deux enfants déjà, et je pense, a senti le besoin...

-Ils rient. Moi, simplement, je ne le faisais pas parce que je n'y pensais pas.

-On ne se rend pas compte.

-Le fait qu'elle y pense pour moi, ça ne m'a pas mal aidé.

-Il n'y a pas plus inconscient qu'un homme qui va devenir père. Ca fait mal. On va commencer par du concret. On va faire tous les gestes du quotidien sur la période naissance-six mois. Je mets la main sous la nuque, sous les fesses. C'est vous qui allez au contact. T'es prêt pour un, deux, trois fusée ? Hop, je le relève. Une fois là, je connecte mon coude avec sa nuque, ma main avec sa main. Avec cette main, je vais faire ça. Hop, je le redescends.

Brouhaha.

-Et le bras, il est en dessous ?

-Ouais, c'est bon.

-Je pense qu'il faut une répétition.

-Les gestes sont très techniques.

-Historiquement, on part en dessous du niveau zéro. Les hommes étaient cantonnés de manière binaire à l'autorité et à la finance. Il y a des papas qui viennent voir le stage. Il y a quand même des railleries. Des copains qui disent : "Ca sert à rien, on a toujours fait sans." Parce qu'on se dit que ce n'est pas un truc de mec et que ça reste encore très féminin, voire ça va me féminiser, montrer de moi une part, un peu une faille, comme si j'étais un peu faible.

-La paternité est un tsunami qui va mettre chacun de ces hommes face à ses propres traumas. Certains, légués par un père qui aura été tout sauf un héros.

-Si toi-même, tu as vécu des violences éducatives ordinaires, dans le stress, tu vas reproduire, malgré toi, malgré tout ce que tu t'es promis, malgré ta volonté, malgré tout cela, tu vas reproduire une violence éducative. C'est ça qu'il faut aller interroger en premier lieu.

-Déjà, merci beaucoup pour la formation et avec tous les papas parce que c'est chouette, je pense. C'est un sentiment qui fait plaisir aussi de voir qu'on est tous dans le même bateau, de ne pas forcément être prêts dès le premier jour.

-Tu sais, les papas qui arrivent à la maternité, ils sont félicités par les sages-femmes qui trouvent qu'ils sont formidables parce qu'ils sont dans une implication et dans une dextérité dans le mouvement, qu'ils n'ont pas peur des gestes du quotidien, que tu vas pouvoir en mettre plein la... Il faut en profiter parce qu'on est encore dans un moment où il fait un truc, c'est extraordinaire. Elle se lève dix fois, c'est normal. Il fait un truc, c'est... Il faut en profiter. Ca ne va pas durer. Les choses s'égalisent. Il faut en profiter.

-Ce serait donc ça des hommes déconstruits qui auraient fait exploser le plâtre d'Homo Virilus dans lequel on les a enfermés depuis l'enfance. Le diktat viril serait-il tombé ? Adieu John Wayne. Adieu Sylvester Stallone. Vive Timothée Chalamet et sa beauté androgyne ? Ou Pedro Pascal et sa bienveillance sexy ? Après des millénaires, les sociologues déclarent...

-La virilité est associée, imbriquée à tort dans le masculin, puisque tous les hommes ne sont pas virils. C'est aussi pour ça qu'on parle de masculinités au pluriel et qu'il existe de multiples façons d'être un homme.

-Pendant que certains hommes célèbrent une liberté enfin trouvée, d'autres paniquent. Homo Virilus, le colosse au pied d'Ego, c'était tout leur repère.

-Ils souffrent de ce sentiment de ne plus savoir où ils en sont, de ne plus savoir à quelle valeur se raccrocher, d'être en perte de vitesse partout, dans leur famille, dans leur couple, dans leur travail, et qu'en plus, la société ne les défend plus. La société les accuse. C'est un peu compliqué de retrouver une estime de soi, de trouver les valeurs auxquelles on se raccrocher aujourd'hui, quelles sont les compétences, si toutes les compétences traditionnellement masculines sont remises en question. Non, je crois qu'il y a une crise de la masculinité, effectivement, et que cette crise, ça génère de l'anxiété, de l'angoisse, de la dépression.

-Mais cette crise est-elle nouvelle ? Ou alors une situation structurelle en réaction à un siècle de transformation des rôles des femmes et des hommes ? Des nouveautés à intégrer, des comportements à changer, sauf que dans la tête d'un homme, on entend ça.

-"Pleure pas". -"T'as pas de couilles." -"Fais pas ta gonzesse." -"Fais-toi inspecter !" -"T'as peur ou quoi ?"

Rire moqueur.

-Résultat, un homme, ça se tait.

Musique.

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-Quand tu arrives à l'adolescence, c'est que les émotions, là où tu commences à aller avec la puberté, où tu commences à ressentir des choses beaucoup plus fortes, je pense que les petits garçons, on leur a toujours dit presque que ce n'est pas bien d'avoir des émotions. Les émotions, c'est pour les filles.

-Je ne vais pas dire ce que je ressens. Et c'est juste ça. Ne pas dire ce que je ressens, ce qui est présent là pour moi, à l'intérieur comme émotion, comme excitation, comme peur, comme honte, comme culpabilité. C'est juste ça déjà le masque. On n'a pas le droit. On n'a pas le droit de le dire. Parce que si je le dis, je suis une lopette, je suis une fillette. Parce que si je le dis, je perds encore cinq niveaux. Donc je te le dis là, mais je n'ai pas le droit de le dire.

-Il y a ce problème d'égo lié à la frustration. La société a dit à l'homme qu'il avait le droit à tout. Que même la femme lui appartenait. A partir du moment où il n'a pas ce qu'il souhaite, ou si on le conteste, si on le remet en cause, selon la personne, ça peut créer des problèmes. Chez certains mecs, ils vont juste souffler, ils vont juste être énervés. D'autres vont exploser. Mais on grandit avec cette idée que le monde est à nous. Et qu'il faut écraser les autres.

-Ecraser les autres, notamment au travail. Homo Virilus y balade le nouvel uniforme de la domination. Le costume trois pièces du patron, du chef d'équipe, du manager. Son prestige viril ne vient pas du muscle, du sang, pas même du savoir-faire. Les cadres sont encouragés à faire le sale boulot, à malmener, licencier, voire tricher.

-Il s'agit de former ses équipes comme des machines de guerre, de "niquer" des concurrents. Souvent, le monde du travail engendre de lui-même ces comportements et ne laisse pas d'autre choix aux hommes que d'adopter ce genre de comportement. Il y a une forme de surenchère, sur les démonstrations de virilité qu'on est capable de faire, à la fois pour montrer ses performances personnelles, mais aussi pour faire partie de cette bande de broligarches, donc la contraction "bro" de "brothers" et oligarches.

-Mais même quand on est au sommet de la pyramide, qu'on a tout maîtrisé, de l'ordinateur à l'art subtil de la réunion, tout peut s'écrouler du jour au lendemain. Pour Homo Virilus, perdre son travail, c'est perdre sa valeur sociale. Certains parlent d'épidémie silencieuse. Le tabou de la santé mentale des hommes les amène plus facilement à des consommations excessives de drogue, voire au suicide par détresse professionnelle.

-Des fois, j'ai l'impression que ma vie est un échec. Ca m'embête de dire ça. Je vois la somme de trucs que j'ai ratés. Je vois les expériences entrepreneuriales, j'ai fait de la politique, je n'ai pas été élu. Et des fois, je regarde ma vie et je me dis : "J'en ai foiré des trucs." Et donc, par rapport à des modèles de start-up, par exemple, ou de Mark Zuckerberg, dans des modèles, dans des archétypes masculins plus récents, plus modernes, je me dis : "Je suis vraiment une merde". Si je prends la somme des trucs que j'ai ratés et que je fais ou une conférence, je me dis : "Loser".

-Ce qui nous intéresse le plus, c'est le regard des hommes. Qu'est-ce que je vaux par rapport aux hommes autour de moi ? Qu'est-ce que je vaux par rapport à mes potes ? Où je me situe dans le rang social de mes amis ? Je suis un tocard, je suis bon, je suis au top, je suis mauvais ? C'est le regard de nos amis et des hommes autour de nous qui est le plus important. Le regard des femmes, on n'en a rien à faire.

-Et les inquiétudes des hommes, notamment socio-économiques, vont inspirer les adeptes d'Homo Virilus.

-L'avenir de l'homme, ce n'est ni la femme, c'est la plante verte, celui qui ne peut guère s'exprimer que dans le cadre des valeurs féminines, le consensus, la tolérance, la paix.

-Dans "Le premier sexe", le journaliste Eric Zemmour prédit l'effondrement de la civilisation, la castration de l'homme blanc hétérosexuel sous les assauts des femmes, des LGBTQIA+, ou encore des étrangers.

-Il y a un fantasme de la virilité des hommes les plus opprimés socialement, des hommes racisés, qui sont supposés être plus virils, sexuellement plus virils, plus attirants.

-Homo Virilus s'alarme. Il a peur d'être grand remplacé. Alors il se lance dans des tendances scientifiquement absurdes, voire dangereuses, pour augmenter la qualité de son sperme ou son niveau de testostérone. Par exemple, en avalant des oeufs crus, ou en faisant du bronzage testiculaire. Et il se passionne pour des machos qui, c'est sûr, plaisent aux femmes, à en croire l'hymne techno russe "Takuo Katputin".

Musique.

-Derrière la propagande, une théorie. L'ordre naturel, la civilisation avec l'homme blanc à son sommet serait en danger. Seul Homo Virilus pourrait la sauver. Russie, Etats-Unis, Brésil, Argentine, partout, des hommes se font élire en criant.

à la crise de la virilité et au cancer de l'égalitarisme. Ils promettent un retour à l'âge d'or d'Homo Virilus.

Musique --- --- Discours mélangés de présidents --- ---

- "What you are doing is disrespectful to the country."

- "Alors on ne sait pas exactement quand était cet âge d'or. C'était à l'époque préhistorique ? Que peu d'entre nous ont connu personnellement. C'était plus récemment, dans les années 60 ? On ne sait pas trop. C'est le fondement de toutes les politiques réactionnaires. Il faudrait remonter le temps pour renouer avec une masculinité supposément éternelle."

- "A chaque fois qu'on a gagné des avancées, il y a toujours eu un retour de bâton, ce qu'on appelle le backlash. Aujourd'hui, on est dedans. Rien que les violences domestiques ou les violences envers les femmes montrent qu'on est loin de l'égalité hommes-femmes."

- "Homo Virilus joue au bad boy indomptable, qui ne connaît ni peur, ni limite, pour brûler sa vie, et celle des autres aussi. Les hommes commettent 91 % des tentatives d'homicides, 99 % des incendies volontaires, 84 % des accidents de la route mortels. Selon l'historienne de l'économie Lucille Pétavin, la fable de la virilité obligatoire a déjà un coût pour toute la société. Près de 100 milliards d'euros par an en France. Pourtant, les adeptes d'Homo Virilus sont de plus en plus nombreux. Ce sont les masculinistes. Comme d'habitude, les femmes..."

- "Eh, moi si j'avais violé une meuf, sachez même que je m'en voudrais même pas, OK ?"

- "Bienvenue dans la Manosphère, l'antre globalisée d'un Homo Virilus qui s'assume. Aujourd'hui, un garçon de 16 ans qui crée un compte sur Tiktok y sera happé en moins de dix minutes."

- "Derrière des conseils de drague ou de fitness, des influenceurs y jouent la carte de l'engagement réactionnaire. Du Robin des bois, prêt à sauver les hommes martyrs des griffes de celles qu'il appelle les féminazis."

- "C'est ce fantasme d'une virilité brute, inculte et heureuse de l'être. Une sorte de primitivité qui manquerait à une société occidentale épuisée par trop d'autocontraintes, trop de civilisations, trop de civilités. Le déclinisme, c'est vraiment un vecteur majeur des discours masculinistes."

- "La montée d'un masculinisme décomplexé inquiète jusqu'à l'Assemblée nationale. Elle a lancé une commission d'enquête sur les effets de TikTok sur les jeunes, qui devient pour cet influenceur aux 650 000 abonnés l'occasion de raccrocher au nez de la République."

- "Je pense qu'un jeune homme de 13 ou 15 ans, devrait suivre mes conseils. Je pense que je donne de bons conseils pour la jeunesse."

- "Excusez-moi, mais vous prenez son téléphone, 'si elle refuse, c'est une pute, fin de relation', c'est problématique. Sur TikTok et Youtube, les conditions... Laissez-moi finir, s'il vous plaît. Je vous demande de me laisser finir. C'est moi qui mène l'audition, je suis président de la commission d'enquête, je vous demande de me laisser finir. Non, je vous lis, je suis président, excusez-moi. On va couper le son de monsieur si vous continuez. Voilà, donc je finis mon propos, s'il vous plaît. Je vous disais..."

- "Au revoir, monsieur."

- "Bonne journée."

- "Je finis mon propos."

- "Il a coupé."

- "Le dialogue semble rompu. Et le Haut-commissariat à l'égalité alerte dans son rapport sur le sexisme : 'Les femmes sont davantage féministes. Les hommes sont davantage masculinistes.' Près d'un jeune Français sur deux considère qu'il est plus difficile d'être un homme qu'une femme. Et certains peuvent aller jusqu'au meurtre. Le premier juillet, un lycéen de 18 ans est mis en examen à Saint-Etienne pour un projet d'attentat inspiré de la mouvance incel. Les célibataires involontaires veulent punir toutes les femmes car elles les empêcheraient sciemment d'avoir des relations sexuelles. Ceux qui sont passés à l'acte dans des tueries de masse, comme à Montréal en 1989, ou en Californie en 2014, sont célébrés comme des héros."

- "Ce qui est frappant, c'est le fait même de dire : 'J'aimerais me trouver une compagne, mais personne ne veut de moi.' Ca, ce n'est pas le langage de l'omnipotence, c'est le langage de l'impuissance. Je ne parle pas d'impuissance sexuelle, mais d'un sentiment de ne pas contrôler le monde, de ne pas faire ce qu'on veut, de ne pas accomplir ses désirs."

- "La haine des masculinistes ne concerne pas que les femmes. Homo Virilus s'est trouvé un nouvel ennemi juré."

- "Le fait de dire : 'Ton homme, c'est lui qui te désire', c'est déjà complètement fou à la pensée des masculinistes. En réalité, ça vient justement de cette pensée que c'est la testostérone qui fait de l'homme quelqu'un qui doit dominer. Mon existence et celle des personnes trans, on ébranle ces bases-là qui sont tellement chères aux personnes qui se retrouvent là-dedans et qui en profitent surtout."

Musique

- "Il y a 26 ans, en Suisse, les docteurs ont écrit 'Fille' sur le certificat de naissance de Léon, qui a mis près de deux décennies à comprendre qu'il était vraiment un homme."

- "Je faisais beaucoup de basket, je faisais du sport, j'étais lesbienne, donc ça aussi c'est quelque chose qui peut être tiré vers la masculinité, mais j'aurais très bien pu être femme, être comme j'étais. C'est juste que non, je n'étais pas une femme, mais il y a des femmes comme moi avant ma transition."

- "Léon a fait une opération du torse et commencé à prendre de la testostérone, une hormone qu'HOmo Virilus aime présenter comme la source biologique de sa domination."

- "Depuis que j'en prends, j'ai pris de la masse musculaire, ma voix a baissé, j'ai de la pilosité. Ca ne va pas te faire grandir, mais surtout, ça ne va pas changer la personnalité. La testostérone ne crée pas un comportement viril. J'en suis la preuve vivante, j'en prends, j'ai la même dose que les autres hommes, je ne suis pas d'un coup viriliste, dominateur, chasseur, ou je ne sais pas quoi. Un mec qui regarde une meuf de haut en bas et qui est problématique avec, c'est pas la testostérone, c'est son éducation."

- "Aujourd'hui en couple avec une musicienne, Lakna, Léon essaye de faire le tri dans les comportements qu'il a identifiés chez Homo Virilus."

- "Moi, je ne vais pas mentir. Je rentre beaucoup dans les stéréotypes de ce qu'est un homme cis-hétéro. Je sais que je joue au jeu de la masculinité, mais c'est un jeu qui me fait du bien. Je ne vais pas m'en empêcher sous prétexte que ce serait toxique ou viril. Etre masculin, ce n'est pas dominer. La domination, ça appartient à la virilité et pas à la masculinité. J'espère que les hommes vont réussir à faire cette différenciation et qu'ils vont réussir à voir que c'est un schéma qu'on nous a posé dessus et qu'ils peuvent s'en défaire. Je ne suis pas pour l'abolition de la masculinité. Pour moi, elle doit être... Moi, j'adore la féminité. Je trouve que c'est magnifique. La masculinité aussi. C'est des concepts humains qui sont là, et beaux. Mais le problème, c'est la hiérarchisation. Pourquoi on met la masculinité là et la féminité là ? J'espère qu'on va aller dans une société plus équitable. Je prie même pour ça. Je ne sais pas quand ce sera. J'espère que ce sera bientôt."

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- "Les hommes sont désormais à la croisée des chemins. Perpétuer le stéréotype Homo Virilus, ou s'en éloigner, pour dessiner les contours de leur propre masculinité."