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Les Noces Chymiques de Christian Rose-Croix - Les Traditions ésotériques

Arcana les Mystères du Monde1:39:08

Transcription

Bonjour à tous, chers passionnés d'ésotérisme et de sciences occultes. Aujourd'hui, je vais vous proposer une analyse et une interprétation de l'un des ouvrages majeurs de l'ésotérisme occidental, à savoir les Noces Chimiques de Christian Rosencreux. Alors, de quoi s'agit-il ? Eh bien, il s'agit de l'un des trois manifestes de la Rose-Croix, qui ont été publiés au tout début du 17e siècle. C'est, pourrait-on dire, même le texte majeur de la Rose-Croix.

Alors, dans cette émission, nous allons évidemment présenter le déroulé de cet ouvrage, mais également interpréter sur un plan symbolique et ésotérique. Mais nous allons aller plus loin. Nous allons tenter également de comprendre quelles sont les sources, quelle est l'origine de cet ouvrage, quels sont les différents penseurs qui l'ont influencé et, de ce fait, de façon beaucoup plus large, qui a influé et comment est née la société rosicrucienne.

Alors, de ce fait, nous allons devoir commencer cette émission par une contextualisation et une présentation de l'historique de la Rose-Croix et de l'auteur ou des auteurs des Noces Chimiques de Christian Rosencreux. Alors, cette émission, ou plutôt cette enquête, est une conférence que j'ai enregistrée il y a de cela plusieurs années et que j'ai décidé aujourd'hui de vous donner en libre accès sur YouTube. Alors, n'attendons pas plus et je vous souhaite une excellente émission.

La Rose-Croix apparaît officiellement sensiblement au début du 17e siècle. Les dates couramment admises sont entre 1614 et 1623. Trois textes seront publiés : le premier, la Fama Fraternitatis ; le deuxième, la Confessio Fraternitatis ; et la troisième, les Noces Chimiques de Christian Rosencreux, qui seront publiés respectivement en 1614, 15 et 16.

Alors, vous allez me dire justement, la Rose-Croix publie ses textes à partir de 1614, donc elle existe à partir de 1614. En réalité, on ne sait pas totalement si la publication de ces textes coïncide avec la création de cette fraternité secrète, qui était peut-être simplement en gestation à cette époque. C'est un autre sujet. Dans tous les cas, il semblerait bien qu'il y ait des premières manifestations, une première idéologie de la Rose-Croix qui semble exister à partir donc du début du 17e, à savoir en 1604.

La Rose-Croix, comme la plupart des sociétés secrètes, va établir une mythologie de son histoire, et ceci a plusieurs raisons. La première, elle tente de se donner une historicité afin de légitimer son autorité, mais également sa tradition. Le fait de se rattacher éventuellement à la tradition des Cathares, des Templiers, ou encore de quelque fraternité égyptienne remontant à la plus haute antiquité, permet d'asseoir, d'asseoir son pouvoir en, encore une fois, se légitimant. Ça permet de se dire : "Vous voyez, notre, notre tradition, elle remonte à un passé glorieux, et de ce fait, nous sommes les gardiens, les dépositaires d'une tradition qui s'est perdue, qui s'est oubliée, qui s'est altérée, et cetera, mais nous, nous possédons la tradition authentique remontant aux temps les plus anciens."

On retrouve notamment dans cette vision mythologique une filiation parfois avec Moïse, un petit peu comme la Kabbale, si vous voulez. Ce serait directement Dieu lui-même qui aurait transmis son enseignement à Moïse d'une façon secrète, occulte, si vous préférez, et il y aurait eu donc la religion officielle d'un côté, donc les les Hébreux, et plus tard les Catholiques et les Musulmans, et puis d'un autre côté, une tradition ésotérique secrète qui aurait abouti à la Rose-Croix. Vous voyez que nous sommes complètement dans un mythe, une construction mythologique de son passé, de la même façon que la Kabbale, que le soufisme, ou que l'agnostisme chrétien. La Rose-Croix cherche ses origines.

Mais au-delà de cette simple construction mythologique, il faut y voir également des inspirations. Il est évident que les penseurs, les concepteurs de la Rose-Croix au début du 17e siècle, peut-être un petit peu avant, ne sont pas partis de rien. Ils ont été influencés par des penseurs qui les ont précédés. On va pouvoir citer par exemple Paracelse. Donc, Paracelse, un alchimiste, médecin, guérisseur, donc qui vivait pendant la Renaissance, au au 16e siècle, a pu inspirer en grande partie certaines idéologies de la Rose-Croix, notamment le fait de la religion naturelle, le concept de connexion entre le sacré et le corps, c'est-à-dire de créer, comment, comment pourrait-on dire, d'associer la magie et la science, de les faire fusionner en une seule, en une seule doctrine, si l'on peut dire.

Alors, il ne s'agissait pas pour Paracelse de faire des incantations, des prières magiques dans le but de guérir les gens. Il simplement de considérer des influences par les astres, des influences par les nombres, des mots de pouvoir qui pouvaient avoir un impact sur la psyché humaine, des courants qu'on va, qu'on pourrait d'ailleurs rapprocher du mesmérisme, de l'hypnose, par exemple. Donc, des concepts métaphysiques qui pouvaient avoir un impact sur la psyché humaine et donc sur la guérison. Donc, voilà, les pensées de Paracelse se retrouveront dans la Rose-Croix.

On pourrait citer également Thomas Campanella, auteur de La Cité du Soleil, qui établit donc une doctrine utopique d'une cité, d'une société parfaite, basée sur, sur, sur la raison, basée sur la morale, et également sur le sacré, sur cette religion naturelle qui aurait pu inspirer en partie les pensées de la Rose-Croix.

Il est important de préciser aussi que la Rose-Croix est née pendant l'avènement du protestantisme. Elle va naître en Allemagne, ça, ça ne fait aucun doute, et l'Allemagne était terre du protestantisme. Or, on constate dans les manifestes de la Rose-Croix une doctrine de ce qu'on appelle la religion primitive. Alors, la religion primitive, dans l'esprit des Rose-Croix, c'est le christianisme, mais pas le catholicisme. Donc, dans leur philosophie, ils veulent retourner à ce christianisme primitif, ce christianisme des origines, en l'épurant, si l'on veut, de tous les conciles, de toutes les doctrines qu'a imposé l'église par-dessus.

Sur cette lecture première, on pourrait faire le rapprochement direct, bien sûr, avec le protestantisme. Je serais plutôt tenté de vous dire que la Rose-Croix n'est pas fondamentalement protestante, mais elle suit la même démarche de réforme religieuse, cherchant encore une fois à débarrasser l'église de toutes ces scories qui se sont accumulées au cours des années. Alors, je ne suis pas en train de vous dire que c'est bien ou que c'est mal, ça, c'est une question totalement personnelle. Il s'agit simplement de constater, en fait, le terreau philosophique et intellectuel d'émergence de la pensée rosicrucienne.

Alors, donc, nous avons cité Paracelse, nous avons cité Thomas Campanella. Nous pourrions citer certains penseurs comme Jacob Böhme. Jacob Böhme, donc un philosophe, philosophe métaphysique allemand, encore une fois, qui va rechercher cette connexion avec le divin sans intermédiaire, un petit peu de la même façon, encore une fois, ce qu'on va retrouver dans tous les courants initiatiques, la Rose-Croix, mais également certaines traditions maçonniques, et également le Martinisme.

Pour revenir quelques instants sur le mythe, il est tout à fait possible que la Rose-Croix, encore une fois, puise ses origines dans un passé plus ancien. Mais néanmoins, il ne faut pas y voir une filiation directe. Il y avait bien évidemment des traditions à caractère ésotérique dans l'Égypte antique, également dans la Mésopotamie, chez les Hébreux, et chez les Grecs avec le courant des cultes à mystères et des premières sociétés secrètes. On peut dire, évidemment, cela se poursuit tout à fait dans la République et dans l'Empire romain, et cela va continuer malgré la chute de Rome dans le nouveau monde occidental. D'ailleurs, il est important de préciser que la Rose-Croix est une tradition ésotérique fondamentalement occidentale. La plupart de ces codes sont complètement repris des philosophies de l'hellénisme grec, des cultes mystères anciens et de la religion judéo-chrétienne. Mais il n'y a pas d'influence orientale, si l'on peut dire, hindoue, chinoise, confucéenne, taoïste, et cetera. Ces influences ne font pas partie de la tradition Rose-Croix.

Nous allons reparler un petit peu par la suite quand nous allons interpréter les différentes phases du livre. En l'occurrence, pour donc l'affiliation de la Rose-Croix mythologique, les courants de culte à mystères, les traditions ésotériques ont existé. On pourrait citer par exemple l'Orphisme, qui a des pensées parfois proches des courants de la Rose-Croix. Néanmoins, la Rose-Croix n'est pas née directement ni de l'Orphisme, ni des cultes à mystères antiques, du moins, on a aucune preuve qui permet de l'étayer. Ce qui est intéressant, en revanche, c'est que les idées de cette époque ont continué à vivre. Certes, les mouvements changent de nom, certes, ils peuvent évoluer, ils s'enrichissent, ils se complexifient, ils se déforment, mais néanmoins, ils continuent leur chemin au gré de l'histoire.

C'est ainsi qu'après la chute de Rome, qu'au Moyen Âge occidental, cela va tout à fait continuer. On va retrouver dans les monastères au Moyen Âge de nouveaux courants de pensée, de nouveaux théologiens qui vont élaborer des théories qui parfois peuvent avoir un soupçon de philosophie occulte à l'intérieur, comme par exemple Origène. Par la suite, quand on va arriver à la période centrale du Moyen Âge, l'époque des croisades, il y a encore une fois cet échange culturel entre l'Occident et l'Orient. On va citer par exemple notamment les Templiers, qui sont en Orient et qui auraient éventuellement rapporté quelques traditions gnostiques orientales. Alors ça, c'est un autre sujet, bien sûr, mais nous sommes dans l'hypothèse, mais c'est un sujet intéressant. Les Cathares également puisent une part de leurs origines dans les Bogomiles, en Bulgarie, et cetera, et d'Europe, et auraient pu eux-mêmes, par filiation, proximité de Constantinople, rapporter des connaissances orientales.

Alors, quand je vous dis orientale tout à l'heure, je vous ai dit la Rose-Croix est fondamentalement liée à l'Occident chrétien, et c'est vrai. Mais il ne faut pas oublier que le Proche-Orient, toute la zone de la Turquie à l'époque, c'est-à-dire avant l'invasion ottomane et avant l'invasion même préalable des premiers Seldjoukides, fait fondamentalement partie de ce vieux monde hellénistique, grec et romain, si l'on, si on veut dire. Donc, quand je dis Proche-Orient, comprenez qu'on est toujours dans la philosophie occidentale et pas du tout, pas du tout dans la philosophie orientale. Il y a vraiment une fracture qui, l'Islam faisant un peu tampon entre les deux, entre les deux cultures.

D'ailleurs, pour reprendre un petit peu le fil de mon histoire, cette période du Moyen Âge a pu accoucher, encore une fois, de nouvelles idées. Pourquoi ? Parce que en Orient, dans des villes comme Antioche, Jérusalem, et cetera, on a pu retrouver d'anciennes traditions manichéistes, zoroastriennes, éventuellement dans certains cas, ou même certains courants gnostiques valentiniens, basilidiens, et autres, qui ont pu influencer et être rapportés en Occident, ce qui va permettre de continuer l'aventure, si l'on peut dire. C'est la naissance également en Espagne de la Kabbale avec Moïse de Léon, le Livre du Zohar. La Kabbale existe probablement un petit peu avant, mais la codification des textes, c'est principalement 12e, 13e siècle. Donc, la Kabbale prend son, prend sa naissance en Espagne. On va voir d'autres mouvements hérétiques un petit peu partout, notamment dans le sud de la France, Provence, Provence et Languedoc, citer les Cathares tout à l'heure. Ce qui fait que ces idées à caractère ésotérique, initiatique, existent depuis la plus haute antiquité et se transmettent. Encore une fois, pas de filiation directe, mais néanmoins, il y a une survivance de ces idées qui vont aboutir évidemment à la Renaissance, avec tout ce siècle des alchimistes, des personnes comme Agrippa, Agrippa, Paracelse, ce que j'ai cité tout à l'heure, et de nombreux autres. Et puis, fatalement, dans un siècle, un siècle et demi par la suite, notamment grâce à la réforme religieuse, la libération des mœurs et des esprits, je vous rappelle qu'on est peu avant le siècle des Lumières, et donc toutes ces idées vont donner naissance à la Rose-Croix, qui est la première manifestation de ces idées à caractère occulte-ésotérique.

Nous pouvons toucher quelques mots également de l'avenir et du destin de la Rose-Croix. Donc, nous avons vu un petit peu sa filiation, son mythe, ainsi que son histoire authentique, ses, du moins ses influences d'époque rapidement, et puis ensuite, nous arrivons à l'écriture de ces trois manifestes. Je vous rappelle Fama Fraternitatis, Confessio Fraternitatis, et les Noces Chimiques de Christian Rosencreux, qui sera l'objet de notre étude. Après la publication de ces textes, il y aura forcément des courants de pensée, éventuellement des premières sociétés secrètes qu'on va appeler rosicruciennes, qui se, qui se créent en Allemagne, en Angleterre, en France, et dans tout ce secteur, encore une fois, de l'Europe occidentale. Néanmoins, on ne peut pas attester à 100 % l'existence de fraternités Rose-Croix. Après tout, le nom même de société secrète suggère que l'on ne connaît pas leur existence, à différencier des sociétés dites discrètes, qui ont une pratique mystérieuse, pourrait-on dire, mais néanmoins qui sont publiques, ou du moins, on entend parler d'elles. Je prends l'exemple de la franc-maçonnerie. À partir du 18e siècle, tout le monde sait qu'il y a des loges maçonniques en France, en Angleterre, en Allemagne, et cetera. Tout ça, c'est la pratique qui est secrète, mais néanmoins, ce n'est pas une société secrète, c'est une société discrète, ou une société qui sort de club privé, si l'on peut dire.

Donc, ces premières hypothétiques sociétés rosicruciennes auraient pu éventuellement apparaître au 17e siècle. Ensuite, on va en voir certaines apparaître réellement à partir du 18e siècle, et on va voir une conjugaison ou une jonction avec la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie est bien établie avec des loges, puis des obédiences, donc des organisations composites, un petit peu à plusieurs échelles, qui permettent une vaste organisation sur le territoire et une pratique locale dans les villes, et cetera, avec les loges. La, la Rose-Croix, avec ses proximités de pensée avec la franc-maçonnerie, va enfin, certains, certaines personnes que l'on pourrait qualifier de Rose-Croix vont fatalement entrer dans des loges maçonniques. C'est ainsi qu'à partir du milieu du milieu du 18e siècle, on va avoir l'apparition dans la franc-maçonnerie de ce qu'on appelle les hauts grades, et certains de ces hauts grades vont prendre, sembler matérialiser une origine rosicrucienne. Par exemple, le grade de Chevalier Rose-Croix, un des grades que l'on va retrouver dans de nombreux rites maçonniques, fait directement référence aux Rose-Croix.

Ensuite, on va voir, par exemple, le Martin, enfin le Martinisme, avec un personnage qui s'appelle Martinez de Pasqually. Ce dernier va établir une sorte de rite maçonnique, si l'on peut dire, ce qu'on appelle paramassonique, mais néanmoins, sa société s'appelle les Élus Coëns de l'Univers, et le grade suprême s'appelle le grade de Réau-Croix ou de Rose-Croix. Ce courant lui-même va évoluer, va se, va fusionner avec la franc-maçonnerie, avec l'École de Villeneuve, pour donner naissance à ce qu'on appelle le Rite Écossais Rectifié, un des rites maçonniques pratiqués encore de nos jours. Et puis, donc, on voit encore une fois qu'il y a une paternité rosicrucienne à l'intérieur de certaines sociétés maçonniques. Cela continue son chemin, et à la fin du 18e siècle, on peut dire, on ne retrouve pas de société rosicrucienne. Avec la période de la Révolution et de certaines persécutions en Allemagne, c'est la même époque que les Illuminés de Bavière, sur le territoire allemand, il y a une chasse aux sociétés secrètes, et notamment des, des Illuminés de Bavière, et également des sociétés dites rosicruciennes.

La Rose-Croix ne fait plus parler d'elle pendant tout le début du 19e siècle et semble réapparaître dans le troisième tiers du 19e siècle avec des auteurs comme Éliphas Lévi, Papus, enfin Gérard Encausse, si vous préférez, Stanislas de Guaita, qui vont refaire parler de la Rose-Croix. C'est la naissance en Angleterre de la SRIA, la Societas Rosicruciana in Anglia, qui elle-même va se scinder, formant la Golden Dawn, une autre société secrète rosicrucienne, cette fois-ci. Et puis, en France, nous avons la Société Rosicrucienne, la Société de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, si je ne dis pas de bêtises, créé donc notamment par Gérard Encausse, Papus, Stanislas de Guaita, et quelques autres personnages. Cette même société secrète va donner naissance à une autre qui s'appelle l'Ordre de la Rose-Croix et du Temple du Graal, de Josephin Péladan, donc dans le sud de la France, qui se veut beaucoup plus chrétienne que les précédentes, même si, encore une fois, je vous rappelle, fondamentalement, toutes les sociétés à caractère rosicrucien sont toujours christiques, pas forcément catholiques, pas forcément protestantes, mais christiques. Alors celle de Péladan est cette fois-ci très chrétienne, en l'occurrence.

Alors, donc, on voit un petit peu cette naissance de ces nouvelles sociétés secrètes, mais ce qui est important de savoir, c'est que elles sont toutes nées de personnes qui étaient plus ou moins, plus ou moins apparentées à la franc-maçonnerie, qui étaient dans des loges maçonniques, qui s'en sont écartées pour créer ce qu'on pourrait appeler des loges paramassoniques, qui vont prendre le nom de Rose-Croix. Donc, on reprend le fil de notre histoire. Nous avons la naissance de la Rose-Croix, du moins d'une idéologie Rose-Croix, qui va entrer dans la franc-maçonnerie, qui va faire évoluer la franc-maçonnerie, et qui va ressortir de la franc-maçonnerie pour donner naissance à des sociétés qu'on appelle rosicruciennes.

Alors, ensuite, au début du 20e siècle, on va voir la naissance de la AMORC, donc la AMORC, qui est la plus connue des sociétés rosicruciennes à ce jour, et qui va intégrer notamment dans sa mythologie beaucoup d'éléments égyptiens. On est en pleine égyptomanie, donc beaucoup de, voilà, tout le mythe de l'affiliation égyptienne, et cetera, qui était un petit peu en vogue à l'époque de Guaita, et cetera, mais qui va vraiment prendre une démesure avec la naissance de la AMORC et de toutes les sociétés qui existeront par la suite. Là, on est très éloigné de ce qui était la Rose-Croix de ses origines.

Au cours de toute cette histoire, donc, à partir du début du 17e jusqu'à la création de la AMORC, le point central de l'étude de la Rose-Croix, ce sont les trois manifestes : Fama Fraternitatis, Confessio Fraternitatis, et les Noces Chimiques de Christian Rosencreux. À partir de la AMORC, on voit qu'on utilise toujours ces trois parchemins, enfin ces trois, trois manuscrits, mais néanmoins, il y aura une large évolution qui s'en éloigne progressivement. Notre travail ce soir, ça va être de retourner un petit peu au texte, les Noces Chimiques de Christian Rosencreux, afin de pouvoir étudier, étudier, analyser ce texte hautement symbolique, hautement hermétique, avec de nombreux relents d'alchimie, d'ésotérisme, de symbolisme à l'intérieur.

Le texte que nous allons étudier aujourd'hui s'appelle les Noces Chimiques de Christian Rosencreux. Donc, les Noces Chimiques, cela renvoie tout de suite au rapport alchimique de la question, et les Noces à un mariage. Donc, on peut parler d'un mariage alchimique, si vous préférez. Donc, le texte, comme nous l'avons dit précédemment, a été publié en 1616. D'après le texte lui-même, il aurait été écrit par Christian Rosencreux, un personnage bien sûr légendaire, dont on ne peut pas attester, attester l'existence. Et ce texte aurait été perdu pendant 10 ans, aurait été retrouvé et aurait été republié, donc pour la seconde fois, si l'on peut dire, en 1616. Son auteur mythique, Christian Rosencreux, serait né en 1378 et serait mort en 1484, donc bien avant la publication du texte.

Christian Rosencreux est un, est un personnage, encore une fois, dont on ne peut pas attester l'existence historique, mais uniquement légendaire. Ce serait un, un jeune prodige, un jeune génie, né en Allemagne, qui aurait rapidement recherché les connaissances secrètes, mais aussi les connaissances scientifiques, et aurait, pour cela, voyagé à travers le monde. Il se serait rendu au Proche-Orient, en Israël notamment, mais aurait également voyagé donc en Égypte, en Syrie, jusqu'à Bagdad, où il aurait pu s'initier auprès des plus grands sages de l'humanité. Puis ensuite, il repasse par l'Afrique du Nord pour rejoindre le Maroc, notamment la ville de Fès, où il aurait reçu encore une fois de larges enseignements par les initiés locaux, si l'on peut dire. Ensuite, il repasse par l'Espagne, donc je vous rappelle, terre qui était à la fois musulmane et à la fois chrétienne, mais également avec des Juifs, donc lieu de naissance de la Kabbale, de certaines hérésies chrétiennes, dans le sud de la France. Donc, encore une fois, un voyage symbolique de la part de Christian Rosencreux, qui parcourt le monde à la recherche des initiés et des différentes sciences secrètes disséminées aux quatre coins du monde, mais également dans toutes les traditions.

Il revient en Allemagne et cherche à faire part de ses travaux auprès des plus grands savants de son temps. Le problème étant que ces, ces fameux savants sont pris par l'orgueil et l'ego, et refusent les apports de Christian Rosencreux, car ils pourraient mettre en doute leurs travaux précédents. Donc, ils préfèrent rejeter la science nouvelle, rejeter l'évolution scientifique, afin de rester dans leurs carcans, rester dans leurs acquis et dans leurs publications passées, et surtout de ne pas être déstabilisés. Donc, Christian Rosencreux fait le constat que les grands savants sont souvent touchés par l'orgueil et l'ego, et ne veulent pas se remettre en question, ne veulent pas évoluer par rapport aux apports extérieurs et aux nouvelles pensées philosophiques, si l'on peut dire.

C'est ainsi que Christian Rosencreux va prêcher ses nouvelles doctrines et sera rejoint par trois de ses disciples, puis plus tard par quatre, et cetera. Tout ça, puis au bout d'un certain temps, ils seront neuf au final, en comptant Christian Rosencreux. Donc, neuf, un chiffre symbolique qui nous renvoie aux Templiers, avec les neuf premiers chevaliers. C'est la naissance de cette société initiatique ou cette société secrète, qui établit ses règles. Ces règles que nous retrouvons dans les textes de la Fama Fraternitatis et de la Confessio Fraternitatis, où il expose leurs préceptes, leur morale, mais également leur doctrine. Et c'est ainsi qu'on va retrouver la notion du tombeau.

Les fondateurs de la Rose-Croix, les fondateurs mythiques, comprenez bien, vont établir que l'enseignement doit s'acquérir, mais pour être acquis, il doit se mériter. C'est ainsi qu'un maître de la Rose-Croix sera enterré par ses frères, si l'on peut dire, avec ses documents, avec tout ce qui comprend son instruction, dans une tombe secrète, et qu'ensuite seront disséminés des des indices, une sorte de jeu de piste, un petit peu comme dans l'affaire du Rennes-le-Château, où en gros, les jeunes impétrants, les jeunes en quête de la connaissance, vont devoir suivre ce cheminement, ce jeu de piste, cette quête mystico-ésotérique, afin de retrouver le tombeau. On dit ensuite que ce tombeau sera ouvert au bout de 108 ans, afin que la connaissance qui avait été déversée préalablement soit diffusée au plus grand nombre, mais encore une fois, sous un code plus ou moins hermétique, c'est-à-dire que seuls ceux qui ont été préparés à l'initiation peuvent lire les documents qui seront publiés lors de l'ouverture du tombeau. Mais retenez bien, en tout cas, cette date.

Le tombeau, par exemple, de Christian Rosencreux doit être ouvert 108 ans après sa mort. C'est ainsi qu'on arrive à la légende. Christian Rosencreux aurait écrit sous une forme autobiographique les Noces Chimiques et ce tombeau, enfin, c'est dans ce tombeau qu'aurait été préservée la science secrète. Il aurait été découvert 108 ans plus tard, et les Rose-Croix de son temps, enfin, de cette époque, auraient redécouvert les documents et l'auraient republié, notamment donc en 1616. 1616, bien que le tombeau avait été ouvert quelques temps plus tôt, d'après certaines légendes, il aurait été ouvert en 1604, qui est la date symbolique de renaissance de la Rose-Croix. 108 ans après l'édification du tombeau de Christian Rosencreux. Bien sûr, Christian Rosencreux aurait été mort, mais son tombeau aurait été édifié quelques années plus tard, ce qui explique le saut de 108 ans.

Pour la partie plus historique, il semblerait bien que l'auteur réel des Noces Chimiques soit en réalité Johann Valentin Andreae lui-même, un érudit de son temps, proche des idées du protestantisme et des idées de Paracelse et de Campanella, lui-même membre du Cercle de Tübingen, un cercle de philosophes allemands du début du 17e siècle, et c'est dans ce cercle qu'aurait été écrit réellement et historiquement les manifestes de la Rose-Croix, les trois manifestes, et plus précisément donc la Fama, excusez-moi, les Noces Chimiques de Christian Rosencreux, qui sont dans cette optique de filiation mytho-ésotérique, encore une fois, attachée à un personnage légendaire qui s'appelle Christian Rosencreux. Comprenez par là, Christian de la Rose, qui, encore une fois, pourrait renvoyer à Jésus-Christ, le Christ, Christian, si vous préférez, et la Rose-Croix, la manifestation de la croix latine, mais également de la Rose, ce symbole ésotérique du sang versé, mais également de la mort et de la renaissance.

Un petit tableau chronologique rapidement. Au début du 17e siècle, nous avons le cénacle de Tübingen, avec Johann Valentin Andreae, auteur donc des Fama Fraternitatis, Confessio Fraternitatis, et les Noces Chimiques, en 1614, 15 et 16. Ensuite, la diffusion massive de la Rose-Croix, du moins leur révélation publique, si l'on peut dire, intervient vraiment en 1623, avec l'affaire des Fiches à Paris, où il y aura même quelques persécutions et quelques Rose-Croix qui seront brûlés, enfin, des personnes qui ont été identifiées comme Rose-Croix seront brûlées. En 1628, aux Pays-Bas. Nous avons toute cette phase du 18e siècle dont nous avons parlé tout à l'heure. Puis, c'est à partir de 1865 que nous aurons la création de la SRIA, la Societas Rosicruciana in Anglia, puis plus tard de la Golden Dawn, l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, et l'Ordre de Péladan, l'Ordre de la Rose-Croix et du Temple du Graal, en 1890. La AMORC n'apparaîtra qu'au début du 20e siècle.

Voyons maintenant un petit graphisme pour voir les influences du cénacle de Tübingen, qui, je vous rappelle, est l'endroit où sont nés les trois manifestes. C'était un groupe de philosophes, de penseurs intéressés par l'occultisme, mais également par les sciences. Ils vont donner par la suite naissance à plus ou moins tous les courants ou les mouvements de pensée rosicruciens du 17e, 18e, 19e et 20e siècle, néanmoins avec de lourdes évolutions au cours du temps. Leurs influences peuvent se dissocier en trois catégories. Tout d'abord, les penseurs comme par exemple Dante Alighieri, auteur de La Divine Comédie, qui va manifester dans ses œuvres certains élans ésotériques qui peuvent se retrouver dans la Rose-Croix. Nous avons également Paracelse, que nous avons cité précédemment, ainsi que Thomas Campanella, mais nous pourrions citer aussi Francis Bacon, donc un auteur qui va écrire notamment La Nouvelle Atlantide, un texte qui va beaucoup faire parler, présentant l'idée d'une société utopique de savants qui devaient diriger la société avec la morale, un code, un code déontologique, si l'on peut dire, et surtout mettre en avant toutes les nouvelles qualités scientifiques. Que ce ne devait pas être une élite sociale qui dirige le pays, mais bel et bien une élite intellectuelle. Donc, les idées de Francis Bacon seront répandues dans la Rose-Croix, et certains ont même suspecté ce dernier d'être membre de la Rose-Croix. Bien sûr, ceci ne peut pas être prouvé absolument.

D'un autre côté, nous avons également les influences qui sont propres au temps du début, donc du 17e, à savoir le protestantisme, mais plus lointainement, même la réforme religieuse, toute l'idée de critique du pouvoir temporel de l'église, toujours dans cette volonté de revenir à la religion naturelle, ou du moins ce christianisme primitif. Mais également, c'est l'apologie des sciences, aussi bien de la médecine, de la physique, de l'astrologie, enfin, de l'astronomie, et cetera. Donc, les Rose-Croix veulent vraiment inclure, faire la fusion entre les sciences ésotériques, occultes, et les sciences plus classiques, si l'on peut dire.

On voit d'un autre côté, donc, des influences clairement ésotériques avec l'agnostisme, l'alchimie, l'astrologie et l'hermétisme, ce qu'on va retrouver en abondance dans le texte que nous allons étudier. Le texte des Noces Chimiques est clairement le plus énigmatique des trois. Autant les deux autres présentaient certains relents d'ésotérisme relativement légers, autant dans les Noces Chimiques, nous sommes complètement plongés, immergés dans la sphère de l'occultisme. C'est un texte qui est écrit sous forme autobiographique, c'est-à-dire que Christian Rosencreux est censé raconter son périple, raconter son voyage.

Les Noces Chimiques se décomposent en un voyage initiatique découpé en sept jours. Alors, sept jours, encore une fois, c'est un nombre symbolique. Ça renvoie aux sept jours de la création, ça renvoie, on pourrait dire, aux sept divinités importantes dans la mythologie sumérienne, cela pourrait renvoyer encore une fois aux sept astres visibles du ciel, et cetera. Donc, on est toujours sur un chiffre symbolique. Le voyage métaphysique qui reprend tous les codes de la création.

Au tout début du récit, Christian Rosencreux n'est pas un personnage puissant. C'est un homme qui a parcouru le monde, qui a acquis de grandes connaissances, mais qui est néanmoins un ermite, vivant sur le flanc d'une montagne, dans une petite cahute. Ce n'est pas du tout un prince, un souverain, ou un homme de pouvoir. C'est un homme qui a des habits sales, qui est retiré du monde, encore une fois, une vie d'ermite. Il est relativement âgé, je vous ai dit 81 ans, mais surtout, il a acquis une grande sagesse au cours de sa vie.

C'est ainsi qu'il va être invité, invité à participer à ce qu'on pourrait appeler, enfin, ce qu'on appelle les Noces Chimiques. On pourrait faire une allusion directement à l'alchimie avec le Grand Œuvre, c'est-à-dire la création symbolique de la Pierre Philosophale. Christian Rosencreux, dans son récit, nous raconte qu'il est au courant qu'il est invité aux Noces Chimiques et ce depuis sept ans, et il attend le jour où il va recevoir le carton d'invitation. Et nous allons pouvoir entrer dans le premier jour. Mais rappelons-nous toujours que nous ne sommes pas du tout dans un événement, un récit réaliste. Nous sommes vraiment dans une fable ésotérique, une fable mythologique, un petit peu comme si l'on était sous la plume de Prévost, dans une aventure de Cleveland, ou dans une aventure de Chevalier de Faublas.

L'histoire commence avec Christian Rosencreux qui accomplit ses prières du soir au Créateur. Je cite un extrait du texte : "Soudain, le vent souffla avec tant de violence qu'il me sembla que la montagne dans laquelle ma demeure était creusée allait s'écrouler. Je vis une femme admirablement belle, vêtue d'une robe bleu ciel parsemée délicatement d'étoiles d'or. Elle avait des ailes grandes et belles, couvertes de rosée sur toutes leurs étendues. Après avoir déposé une lettre avec ses ailes, elle s'élança plus vite que l'aigle. Tout tremblant de crainte, je pris la lettre qui était aussi pesante que si elle était d'or. Elle portait un sceau qui la fermait et qui était fait d'une croix avec une inscription qui me redonnait confiance : In hoc signo vinces."

Ce petit texte se traduit par "Par ce signe, tu vaincras". Cela fait référence à l'empereur Constantin, qui a gagné une guerre contre son rival Maxence et imposé sa puissance sur l'Empire romain. C'est à ce moment-là, d'après les légendes, que Constantin aurait vu une vision dans le ciel avec le fameux chrisme, un symbole chrétien, et cette phrase : "In hoc signo vinces". Donc, c'est une phrase symbolique qui renvoie encore une fois à la révélation chrétienne, mais surtout à la toute-puissance du Seigneur, comme si avec cette phrase, on pouvait vaincre les coups du sort, vaincre le démon.

Christian Rosencreux se décide à ouvrir la lettre et prononce cette phrase. Et le contenu de la lettre révèle ceci : "Aujourd'hui, ce sont les noces du Roi. Si tu es né pour y prendre part, élu par Dieu, par la joie, va vers la montagne qui porte trois temples. Cependant, prends garde à toi, examine-toi toi-même, si tu n'es pas purifié adéquatement. Les noces te feront dommage. Malheur à celui qui tarde, et malheur à celui dont l'esprit manque de poids."

Cela met tout de suite en garde. Christian Rosencreux est invité aux Noces Chimiques, mais néanmoins, il doit être prêt. Sous-entendu, il doit se débarrasser de ses scories, il doit se débarrasser de son orgueil, de ses mauvaises pensées, et s'assurer de s'être purifié, d'être digne de recevoir l'initiation, si l'on peut dire. Il doit se mettre dans la position de l'impétrant, de celui qui va ouvrir la porte des secrets, afin que lui soit révélés les grands secrets alchimiques de la création, de la Pierre Philosophale.

S'ensuit cet extrait du texte : "Voici que tout dépendait de l'élection divine. Je n'étais nullement certain d'être parmi les élus. Bien plus, je ne trouvais en moi qu'ignorance des mystères, incapable de comprendre ce que foulaient mes pieds sur le sol et de ce que formait l'objet de mes préoccupations journalières. Je ne devais pas être destiné à approfondir et à connaître les secrets de la nature. À mon avis, cette dernière aurait pu trouver un disciple plus méritant à qui elle eût pu confier son trésor si précieux."

Alors, Christian Rosencreux nous fait part de ses doutes et de son sentiment d'incapacité à arpenter le Grand Œuvre. Mais néanmoins, c'est également une preuve qu'il en est capable, car il s'est débarrassé de son ego, qui est la plus grande des entraves, afin d'accomplir le voyage alchimique.

L'histoire continue avec Christian Rosencreux qui va aller se coucher après avoir eu cette apparition de cette femme, porteuse d'un message avec une sorte de code secret, ou du moins une phrase magique, si l'on peut dire, et une invitation aux Noces Chimiques. Au moment où Christian Rosencreux se couche, c'est là que l'histoire va commencer. Nous allons entrer dans le premier jour.

Christian Rosencreux ne se réveille pas. Au contraire, il se retrouve projeté dans une sorte de monde imaginaire, ce qui va tout de suite nous mettre la puce à l'oreille que le voyage ne va pas se dérouler dans la réalité physique, mais bien dans une sorte de réalité pneumatique, un monde de l'esprit. Christian Rosencreux se retrouve dans un endroit absolument terrifiant. C'est une sorte de caverne. Il n'est pas seul, il est entouré de nombreuses personnes, et tous sont en train de ressentir ce désespoir, cet isolement, au milieu des forces chtoniennes de la terre.

Au bout de quelques temps, la trappe de la caverne, ou une sorte d'ouverture, du moins, est levée, et la lumière du soleil peut s'engouffrer, ce qui réchauffe un petit peu le cœur et le moral des prisonniers. Mais néanmoins, ils ne peuvent pas remonter à la surface. Ils tentent plusieurs fois de gravir la paroi, pas uniquement Christian, mais tous les, tous les prisonniers, si l'on peut dire, et la plupart se blessent en tentant l'aventure.

Au bout de quelques temps, on les informe qu'ils vont pouvoir remonter, mais pour cela, il faut accomplir une épreuve. Sept cordes seront lancées, et à chaque fois, il faudra tenter de s'agripper à la corde afin de remonter à la surface. Une sorte de parallèle pourrait-on dire avec l'échelle de Jacob, une sorte de connexion entre les forces chtoniennes de la terre et les forces uraniennes du ciel. Donc, et nous renvoie bien sûr toujours au chiffre sept. Je vous rappelle sept ans, sept ans avant les Noces Chimiques, sept jours de voyage qui nous sont annoncés, et encore une fois, sept cordes pour sortir de la caverne. Les premières cordes sont lancées, Christian Rosencreux n'arrive pas à les saisir, déjà parce que tout le monde...

se précipite. Certains tentent de gravir, mais aucun n'y arrive au premier essai. Ce n'est qu'au bout du 2e ou du 3e essai que certaines personnes vont commencer à réussir à sortir de la grotte.

Et Christian Rosenkrug, désespérément, va réussir à agripper la 6e corde, donc le 6e essai, et va réussir à sortir, sortir de la prison. Une dernière corde sera lancée, et tous ceux qui n'auront pas réussi à s'extirper de ces forces souterraines vont connaître la souffrance et les tourments, et seront réveillés de ce cauchemar, pourrait-on dire.

Mais Christian a réussi. Il va pouvoir entrer dans le monde de la lumière, entrer dans cette vaste plaine où il peut contempler, en haut d'une montagne, les fameux trois temples qui lui ont été annoncés. Donc, deux temples qui qui entourent, enfin, deux temples qui entourent le palais central où se dérouleront les noces chimiques, six jours plus tard, puisque nous sommes uniquement au premier jour après cet instant.

Seront lus les sept codes du salut, c'est-à-dire les grands préceptes moraux qui doivent conduire les impétrants sur le voyage pour rejoindre le palais. Christian Rosenkrug, ainsi que tous les autres hommes qui ont réussi l'ascension depuis le puits de l'ignorance, se retrouvent purifiés par le feu du soleil. Et les hommes qui les accueillent vont leur remettre une médaille, une médaille d'or à l'effigie du soleil avec cette inscription : "Deus Lux Solis vel laus semper", que l'on peut traduire par "Dieu, lumière du soleil".

On peut dire qu'à cet instant, Christian Rosenkrug a subi la première initiation. Il est sorti du monde profane, du monde souterrain, de la terre, du monde de l'ignorance, encore une fois, du monde de l'orgueil et du vice, pour s'élever à celui de la lumière divine, celui de la révélation. On pourrait dire que c'est le moment de la purification par le feu.

Maintenant, Christian Rosenkrug va passer la nuit dans cette plaine et va pouvoir continuer son voyage pour le deuxième jour.

Christian Rosenkrug se réveille et s'apprête à prendre la route pour rejoindre les palais sur la montagne. Mais néanmoins, pour cela, il doit traverser une vaste forêt. Dans un premier temps, il est plutôt rassuré car il voit les animaux qui courent, qui chantent et qui dansent, et compte même se mêler à eux. Quel temps il pense que les créatures de la forêt ont un quelconque rapport avec la future cérémonie des noces chimiques.

Au bout d'un temps, Christian arrive au milieu de cet enfer végétal, devant une clairière et un écriteau qui dit ces mots : "Étranger, salut ! Peut-être as-tu entendu parler des noces du roi. Dans ce cas, pèse exactement ces paroles. Par nous, le fiancé t'offre le choix de quatre routes par lesquelles tu pourras parvenir au palais du roi, à condition de ne pas t'écarter de la voie. La première est courte mais dangereuse, elle passe par diverses écueils que tu ne pourras éviter qu'à grande peine. L'autre, plus longue, les contourne et les plane et facile si, à l'aide de l'ément, tu ne te laisses pas détourner ni à droite ni à gauche. La troisième est en vérité la voie royale, mais à peine un sur mille peut arriver au bout de celle-là. Par la quatrième, aucun homme ne peut parvenir au palais du roi. Elle est rendue impraticable car elle consume et ne peut convenir qu'au corps incorruptible. Choisis donc parmi ces trois voies celle que tu veux et suis-la avec constance. Sache aussi que quelle que soit celle que tu as choisie, en vertu d'un destin immuable, tu ne peux abandonner ta résolution et revenir en arrière sans le plus grand danger pour ta vie."

Cette croisée des chemins est de plus intéressante. On offre aux voyageurs quatre voies, ou plus précisément, on en offre que trois en réalité. La première, la voie rapide, peut-être assimilée à ce qu'on appelle en alchimie la voie sèche. Elle est périlleuse, dangereuse, évidemment. Les diverses pratiques alchimiques font que les risques d'explosion, les risques d'empoisonnement par les toxines, et cetera, la rendent difficile. Mais évidemment, c'est la plus rapide, c'est la méthode alchimique, encore une fois, qui permet l'effet quasi immédiat, si l'on peut dire, ou du moins, temporellement le plus rapide. Évidemment, elle est dangereuse.

La deuxième, la plus longue, pourrait faire référence à la voie sèche en alchimie. C'est un processus beaucoup plus complexe, beaucoup plus long, beaucoup plus fastidieux, mais néanmoins qui ne revit pas les risques d'explosion, encore une fois, d'empoisonnement.

La troisième voie est celle qu'on pourrait appeler la voie royale. Elle n'est ni plus dure ni plus facile, mais est réservée aux personnes qui ont un esprit déjà fortement éveillé, pourrait-on dire, fortement avancé sur les chemins de la connaissance. Elle est la troisième voie, c'est la voie un petit peu du libre arbitre, celle qui est réservée à ceux qui étaient, qui ont été touchés par une sorte de grâce divine.

La troisième, la quatrième voie, celle qui n'est pas proposée, est possible uniquement pour les corps dits incorruptibles. On pourrait dire que c'est la voie empruntée par ceux qui ne sont plus vraiment humains, qui, peut-être, arpenté par ceux qui ont eu cette fois-ci, qui ont atteint le corps de gloire, ou qui ont atteint cet état d'illumination. On pourrait dire allégoriquement que c'est la voie du Christ, ou la voie du Bouddha, ou la voie d'Ézéchiel, ou encore, ou encore d'Énoch, tout un tas de personnages mythologiques qui ont atteint une sorte d'état non humain, quasi divin, pourrait-on dire, et qui peuvent emprunter cette quatrième voie.

Ce qui n'est pas le cas de Christian Rosenkrug, qui, à cet état de l'histoire, est encore un humain. Évidemment, il est en pleine délibération, il ne sait pas quelle route choisir, et commence à douter au fur et à mesure. Il ne se sent pas capable d'emprunter la voie rapide, il a peur de faire excès de prudence, ou de moins, de ne pas avoir le temps de rejoindre le palais s'il prend la voie lente, et ne se sent pas digne d'emprunter la voie royale.

Il finit par prendre la décision de sagesse qui s'impose, à savoir de prendre la deuxième route, à savoir la voie longue, ou la voie humide, si vous préférez. Pour cette voie, il faut, pour pouvoir, pour pouvoir la traverser, ce qu'on appelle l'ément. Alors, l'ément, c'est allégoriquement ce qu'on pourrait appeler le fil de la raison. Il ne faut s'écarter ni à droite ni à gauche, il faut garder son chemin, et garder son chemin, c'est ne pas céder aux tentations. Aussi, c'est une voie de sagesse qui doit prendre le temps de la juste mesure.

Christian décide de prendre cette route, mais encore quelques hésitations. Quand soudain, il voit une colombe qui se présente sur ce sentier et qui se fait soudainement attaquer par un corbeau. Là, l'allégorie de la colombe et du corbeau sont intéressantes, sachant que ça peut également nous renvoyer à l'arche, à l'Arche de Noé. Il est un petit peu péremptoire de dire que la colombe représente le bien et le corbeau représente le mal. On pourrait plutôt les voir comme la représentation dualiste du monde.

Christian Rosenkrug décide d'intervenir pour porter secours à la colombe et chasse le corbeau. Mais à cet instant, il se rend compte qu'il s'est déjà engagé dans la voie longue et ne peut pas revenir en arrière. Il y essaie quelques temps, il essaie de revenir en arrière, mais est poussé par un vent violent et ne peut pas rebrousser chemin. Inversement, quand il commence à marcher vers le sentier, un vent doux, tranquille, semble l'accompagner dans ses pas.

Donc, Christian Rosenkrug a fait un choix et il ne peut pas revenir en arrière. On pourrait dire que c'est la matérialisation du libre arbitre. Quand il a choisi délibérément de porter assistance à la colombe, ce n'est pas une matérialisation du destin immuable, c'est bel et bien sa volonté personnelle que d'aller porter secours, de devenir acteur de son destin. Il se trouve que par cet acte, il a pris une décision et cette décision, il va devoir l'assumer pour rejoindre le palais du roi.

Christian Rosenkrug continue son périple dans la forêt. Il ne s'écarte pas de son chemin, bien qu'il y ait de nombreux croisements, grâce au pouvoir de l'ément ou du sel alchimique. Il va réussir à poursuivre son aventure. Il finit par distinguer un portail, obtenu par un gardien. Ce gardien va lui demander de prouver qu'il est un frère de la Rose-Croix, une sorte de tuilage, pourrait-on dire. Et Christian Rosenkrug va réussir à franchir ce premier portail. Il a également fait preuve de certaines vertus qui lui ont ouvert la porte.

Ensuite, il va rejoindre le deuxième portail avec un nouveau gardien et va devoir encore une fois remettre la lettre qu'il avait reçu du premier portail, afin de prouver encore une fois qu'il était bel et bien invité aux noces chimiques.

Christian Rosenkrug va définitivement pouvoir entrer dans une sorte de salle, une salle où sont réunis tous les convives, ceux notamment qui ont pris les autres voies, la voie rapide, la voie lente, ou également, pourquoi pas, la voie royale. Tous sont réunis ici, et Christian Rosenkrug a hâte de cet événement, car il s'attend à rencontrer une assemblée d'hommes qui sont encore une fois tous portés par la vertu. Mais ce n'est absolument pas le cas. Certains d'entre eux se moquent abondamment de ceux qui sont moins nantis, qui possèdent des vêtements usés ou sales, éventuellement. Nous retrouvons une véritable échelle sociale au sein de cette assemblée.

Quelques temps plus tard, une femme vient apparaître avec une tenue somptueuse de velours, accompagnée de nombreux pages. Son arrivée est sonnée par des trompettes. Quand elle arrive, elle prononce cette phrase : "Afin qu'aucun imposteur ne se trouve ici, que nul coquin n'aveugle les autres, et que dans le calme sans trouble vous soyez élu pour les noces très pures, il faudra demain supporter que chacun de vous soit pesé et que soit clairement mesuré ce qu'en soi chacun a oublié."

Cette phase est intéressante, car on se retrouve confronté à la bassesse de la société humaine. Christian Rosenkrug lui-même ne se ne se sent toujours pas digne d'assister aux noces chimiques. Il a déjà prouvé qu'il était un frère de la Rose-Croix, qu'il était un initié auprès du premier portail, et ensuite, du deuxième portail, il a fait preuve de charité en remettant les artifices qui lui ont été remis au premier portail. Donc, Christian Rosenkrug a fait état de sa sincérité, de son honnêteté, mais également de sa charité.

Maintenant, il va devoir affronter la pesée. Mais préalablement, la femme vêtue de velours leur également fait une proposition : que ceux qui se sentaient dignes de pouvoir assister aux noces chimiques, ceux qui se sentaient moralement tout à fait prêts à l'événement, pouvaient immédiatement sortir de cette salle des convives pour aller dormir dans un hôtel beaucoup plus fastueux et vertueux, afin d'avoir un confort plus rehaussé à leur juste mesure. Et puis, ceux qui ne se sentaient pas dignes pouvaient rester dans cette salle commune, se retrouver enchaînés pour la nuit, ne pourraient donc pas dormir confortablement, ils seraient comme des prisonniers, afin de se purifier encore une fois, si l'on veut, de se mortifier dans la préparation de la pesée.

Bien évidemment, tous ceux qui raillaient les autres, se sentaient dignes des noces chimiques, se sentaient mieux nantis, et ont décidé de suivre la femme pour dormir dans cet hôtel luxueux. Quant à Christian Rosenkrug et de nombreux autres compères, ils ne se sentaient pas forcément bien nantis et de ce fait ont décidé de rester à l'état de prisonniers, enchaînés dans cette salle commune.

C'est ainsi que se termine le deuxième jour, et la nuit particulièrement pénible, en l'occurrence pour Christian, qui se retrouve enchaîné dans cette salle commune, ne sera pas de tout repos pour aborder le troisième jour.

Rapidement, nous pouvons rajouter quelques éléments. Tout d'abord, les deux antagonistes, le corbeau et la colombe, le noir et le blanc, le jour et la nuit, c'est le principe du monde binaire avec les deux opposés. C'est également la symbolique du nombre 2, qui est le deuxième jour. La phase de transition entre le moment où nous sommes un petit peu victimes des événements, nous n'avons pas encore totalement notre libre arbitre, où nous subissons encore un petit peu, même si Christian prend la décision d'aider la colombe, ça reste, il reste fondamentalement dans un monde binaire avec deux choix. Alors certes, il y a plusieurs routes, mais néanmoins, nous sommes encore dans une phase des antagonistes.

La phase avec les gardiens et les portails est intéressante, puisqu'il doit prouver sa valeur, sa morale, et qu'il a accompli une part de cheminement. Il doit prouver qu'il a accompagné, qu'il a accompli la route en donnant les objets qu'il possédait, qui ont de la valeur, notamment sa gourde, qu'il doit donner, qu'il doit donner au premier gardien en échange de la lettre. S'il n'avait pas fait cet acte de charité, pourrait-on dire, il n'aurait jamais pu avoir la lettre qui lui aurait permis de franchir le deuxième portail. Donc, c'est encore une fois tout un tas d'épreuves qui doivent être dépassées dans un cadre d'un voyage initiatique.

La salle des convives montre encore une fois cette distinction. Ce n'est pas celui qui se vante, ce n'est pas celui qui possède les plus beaux vêtements et les plus grandes richesses qui est digne de l'initiation. Néanmoins, il faut en avoir conscience. Christian a conscience de sa situation modeste, mais néanmoins ne fait pas excès de zèle par rapport à ça. On pourrait faire un parallèle intéressant avec les ermites dans les cavernes. Ce n'est pas parce qu'on n'abandonne tout que l'on se retrouve tout d'un coup être un grand initié. Il faut savoir avoir conscience de sa situation, mais néanmoins, il faut rester humble, même quand on est un ermite soi-disant très sage dans sa montagne, si vous voyez le parallèle.

Christian Rosenkrug fait toujours acte de contrition, si l'on veut dire, mais également de modestie. Même dans une situation où il pourrait se dire : "Ah, ils ont tellement plus que moi, mais moi, je suis un humble personnage, je suis digne à l'initiation." Ce qui n'est absolument pas le cas. À aucun moment, Christian n'a conscience d'être digne, d'être en capacité de pouvoir participer aux noces chimiques.

C'est ainsi que nous allons pouvoir aborder le troisième jour, qui est le moment du libre arbitre, le moment où le monde passe du binaire au ternaire.

C'est le matin du troisième jour, et tous les convives, aussi bien ceux qui sont restés dans la salle commune enchaînés, qui ont dormi et qui ont une nuit agitée, pourrait-on dire, et ceux qui sont partis à l'hôtel un petit peu plus confortable, sont tous réunis par la vierge en velours et ses serviteurs au son des trompettes. Ils se réunissent sur une grande esplanade où se trouve une balance. C'est le lieu où va avoir lieu le jugement.

Sur le côté de la balance sont disposés sept poids, sept masses métalliques, qui représentent les sept métaux : l'or, le cuivre, l'argent, le plomb, l'étain, le fer et le mercure. Ce qui nous renvoie encore une fois à l'alchimie, mais également à la science de l'humanité. Le jugement va avoir lieu. C'est un jugement qui, vous l'aurez bien compris, ne pèse pas le corps physique, mais c'est une pesée de l'âme. Et cela nous renvoie un petit peu au jugement des morts que l'on trouve dans la tradition égyptienne, avec, vous savez, le tribunal d'Osiris, qui consiste à peser l'âme des défunts, et si jamais leur âme est plus lourde, plus lourde que la plume, et bien ils sont dévorés par Amonet, la sorte de crocodile, la dévoreuse. Et puis, si jamais leur âme est plus légère que la plume, et bien ils peuvent se rendre aux champs d'Aaru, ou les champs, ou les champs d'éternité, si vous préférez, le paradis de la mythologie égyptienne.

Pour revenir à notre histoire, cette scène du jugement, tous les hommes doivent présenter et doivent franchir l'épreuve. Mais chose très importante, ils doivent être plus lourds, cette fois-ci, que les poids, les métaux qui seront disposés en face. Ils doivent être plus lourds, c'est-à-dire que si jamais ils montent sur la balance et que lorsque l'on pose l'un des sept poids, ils sont projetés violemment de la balance, que le poids est plus lourd que leur âme, c'est également le poids de leurs convictions, pourrait-on dire. Si leur âme est frivole et légère, ils seront bien évidemment rapidement éjectés. Mais progressivement, les sept poids et mesures seront mis sur la balance. Donc, il faut résister un petit peu, on pourrait dire, aux sept péchés. On pourrait renvoyer encore une fois de façon innombrable à cette symbolique du 7. Mais dans tous les cas, ils doivent supporter la masse des sept métaux.

La vierge habillée de velours va répartir les candidats en sept groupes. Le premier est composé des empereurs, des rois, ou de tous les grands seigneurs du royaume. De l'autre, dans le deuxième groupe, seront seront réunis les savants, les scientifiques, les érudits, les auteurs, et cetera, tous ceux qui sont maîtres des sciences et des arts. Et dans le troisième groupe seront réunis tous les mécréants, les illusionnistes, les charlatans, les voleurs, tous les mécréants de la société, pourrait-on dire.

Mais certains, certains des candidats ne se sentent pas dignes de participer à l'épreuve, et c'est notamment le cas de Christian Rosenkrug. Ils ne se sentent pas légitimes pour pouvoir participer aux noces chimiques. Donc, il refuse de participer à l'épreuve. C'est ainsi que va se former un quatrième groupe de tous ceux qui ne veulent pas participer à l'épreuve, du moins qui ne s'en sentent pas dignes.

Les premiers à se confronter à l'épreuve de la balance seront bien sûr le premier groupe, celui des rois et des empereurs. La plupart d'entre eux vont échouer. Certains vont échouer rapidement à la simple, à la simple, au premier poids qui sera disposé sur la balance, ils seront éjectés. Et puis, d'autres bien sûr résisteront au 2e, au 3e, au 4e, au 5e, au 6e, et même certains vont réussir au 7e poids, et vont donc avoir une âme, une âme pure, si l'on peut dire. Bien évidemment, le nombre de convives qui vont réussir l'épreuve sont infiniment, infiniment rares.

Dans le deuxième groupe, le groupe des savants et des lettrés, il y a un petit peu plus de personnes qui vont franchir l'épreuve. On peut dire à peu près que c'est de l'ordre de 2 pour 10 qui vont réussir. Et bien évidemment, le troisième groupe, peuplé des mécréants, ils vont tous échouer intégralement. Évidemment, il n'y a que peu de personnes qui se trouvent pouvoir continuer l'aventure des noces chimiques.

Mais la vierge en velours va inviter le quatrième groupe, ceux qui ont refusé à l'origine de participer à cette épreuve. Ils vont les inviter à participer quand même, même s'ils n'avaient pas envie à l'origine. Ils seront forcés, si l'on peut dire, de participer à la pesée du corps. Et à la grande surprise, enfin, ce n'est pas vraiment une surprise en réalité, la plupart des convives de ce quatrième groupe vont réussir.

Et tous ceux qui vont réussir à l'épreuve finale, c'est-à-dire l'épreuve des sept poids, auront la possibilité de sauver ou de repêcher, si l'on peut, si l'on peut dire, l'une des personnes qui avait échoué. Bien évidemment, Christian Rosenkrug va réussir abondamment l'épreuve. Les sept poids seront disposés sur la balance, et il va réussir, il va réussir habilement l'épreuve, au point que trois autres personnes vont monter sur la balance pour faire contrepoids, mais il ne va pas céder. Il restera plus lourd. Ses convictions, son âme, son âme déterminée va réussir à peser plus lourd que les sept métaux, ainsi que les trois personnes qui étaient montées sur la balance.

Et Christian Rosenkrug, dans sa mansuétude, va décider de repêcher l'une des premières personnes qui avait tenté l'épreuve, un roi en l'occurrence, qui avait cédé au bout du 5e ou du 6e poids, et donc qui va pouvoir continuer l'aventure.

C'est donc la fin de l'épreuve de la pesée, donc de la balance, du jugement d'Osiris, pourrait-on dire, la pesée de matière, la pesée de l'âme, avec ce groupe de convives, cette fois-ci, qui vont pouvoir poursuivre l'aventure. On se rend compte à ce stade de l'histoire que tous ceux qui n'avaient pas voulu dormir dans la salle commune, ceux qui, par orgueil, s'étaient sentis dignes des noces chimiques, quasiment aucun ne va se retrouver parmi ceux qui ont réussi l'épreuve. Inversement, la plupart de ceux qui ont réussi se trouvaient dans la salle de convive et avaient passé la nuit enchaînée, qui avaient donc accompli cette purification intérieure. La nuit enchaînée dans la salle commune n'était pas pour les punir, c'était bel et bien une épreuve de purification, de mortification, afin de se préparer à cette épreuve.

Il y aura ensuite des sentences, comme annoncé lors du, avant le premier jour, c'est-à-dire lorsque Christian Rosenkrug avait reçu l'invitation, il était bien stipulé que si l'on s'engageait dans la voie des noces chimiques, nous risquerions des tourments et des supplices. Et c'est ce qui va arriver. Tous ceux qui ont échoué à l'épreuve seront mesurés par rapport à l'état de leur échec, c'est-à-dire, est-ce qu'ils ont échoué au premier poids, au 2e, au 3e, au 4e, au 5e, au 6e, et cetera. Il va y avoir une sorte d'échec, une graduation dans la sentence.

Et c'est ainsi que les personnes qui ont échoué au premier, au premier poids, sont considérées comme des personnes extrêmement viles, et le jugement les condamne à mort. Ensuite, ceux qui sont condamnés au deuxième, seulement au deuxième poids, seront fouettés, ils seront mortifiés, seront dévêtus et chassés nus dans les prairies. Et puis, évidemment, les sanctions deviennent plus légères avec simplement des îles pour les personnes qui ont échoué au 5e ou au 6e poids. Ils sont simplement reconduits aimablement au monde, au monde des hommes. Ils vont pouvoir quitter le rêve, car je vous rappelle que nous sommes dans un rêve, un rêve métaphysique, ce n'est pas un voyage physique, mais bel et bien un voyage pneumatique.

C'est ainsi qu'on pourrait dire que les personnes qui sont exilées vont simplement, en fait, se réveiller dans leur monde réel. Évidemment, il y aura une sorte de grâce qui sera accordée aux rois et aux empereurs. Ces derniers n'iront pas de châtiment physique, ils seront simplement reconduits du monde pneumatique pour retourner à la réalité physique, mais leur rang social va faire qu'ils pourront échapper aux supplices physiques.

Alors ça, c'est important, parce que ça nous renvoie quand même que ce texte est écrit à une époque où la monarchie existe encore. Évidemment, nous sommes dans une société où il y a encore une noblesse de fait divin, et de ce fait, il n'est pas concevable qu'un roi ou un grand seigneur puisse être, puisse être molesté ou battu ou bastonné, si, si, si l'on veut dire. Il y a encore un respect de l'ordre de la noblesse, si l'on peut dire, et on constate typiquement que les noces chimiques sont un texte de leur époque, c'est-à-dire de cette fin de Renaissance, et qu'il y a encore cette dualité dans la société, à la fois qui aspire aux idées nouvelles qui vont donner naissance aux Lumières, et puis de l'autre côté, cet ancien monde, cet ancien régime qui est encore dans le respect de l'étiquette de la société.

Christian Rosenkrug a brillamment réussi l'épreuve. Il faut dire qu'il s'y était préparé toute sa vie, sachant également qu'il n'est plus tout jeune, c'est un vieux sage, il a quand même 81 ans. Ayant maintenant réussi les épreuves de la pesée de l'âme, faisant preuve de sa détermination, il est habilité à recevoir un nouveau vêtement, un habit de couleur rouge et de velours, comme la femme qui sonnait les trompettes. Il reçoit également une branche de laurier, qui est un symbole de reconnaissance, faisant état de sa pureté spirituelle.

Le chemin des noces chimiques va pouvoir continuer pour Christian Rosenkrug, mais néanmoins, avant cela, il va devoir se livrer à un jeu de questions et de réponses, ou d'énigmes, si vous préférez. Il va devoir discourir sur les relations entre l'homme et le divin, sur les rapports entre l'homme et la femme, leurs diverses positions dans la société, et leurs différents rapports à l'initiation.

Rappelons-nous quelques instants que c'est une femme, une sorte d'entité divine féminine, qui vient le prévenir, qui vient lui apporter la lettre l'invitant aux noces chimiques. Nous voyons dans cette aventure que tous les convives, tous les postulants, si l'on peut dire, aux noces chimiques sont tous des hommes. Et inversement, toutes les personnes qui dirigent les épreuves sont toujours des femmes, symbole encore une fois, pourrait-on dire, de la transformation en alchimie. L'homme est le principe actif, et la femme est le principe passif. Ce n'est pas une question de mieux ou de moins bien, c'est juste un rapport différent par rapport à l'initiation. L'homme est acteur, alors que la femme provoque la transformation.

Il est donc tout à fait naturel qu'aux différentes étapes de son voyage, ce soient des femmes qui apparaissent à Christian Rosenkrug, car sans elles, il ne peut se transformer et ne peut continuer son chemin. C'est pour cela, par exemple, que dans les cultes à mystères de l'Antiquité, comme à Éleusis, Samothrace, ou encore dans les cultes de la Magna Mater, donc culte de Cybèle, ou culte d'Isis, nous retrouvons aussi bien des hommes et des femmes qui sont initiés aux mystères. Mais néanmoins, l'initiation est différente et ne comprend pas les mêmes rituels. Bien que les sources sont très fragmentaires pour parler de ces différents cultes à mystères, il n'empêche que les hommes n'étaient pas initiés en même temps que les femmes, mais les femmes étaient initiées quand même, mais différemment. Et ensuite, pour la pratique rituelle, il y avait des postes qui étaient tenus par les hommes, le grand hiérophante, et des postes tenus par la femme, qui devenait la grande prêtresse.

Nous voyons d'ailleurs dans le cadre des cultes à mystères, encore une fois, de l'Antiquité, que ce sont souvent des hommes qui sont les arpenteurs, c'est-à-dire comme Dionysos, Orphée, ou encore Hercule, pourrait-on dire. Et puis, inversement, ils vont chercher la connaissance en général dans le monde chtonien des Enfers, et ils vont y rencontrer une femme qui peut-être Déméter, qui peut-être Perséphone, ou encore d'autres noms suivant les différentes traditions. Mais c'est bien la femme qui révèle l'initiation, et l'homme qui accomplit le voyage. Entre parenthèses, c'est tout un processus alchimique de mélange de matière pour aboutir à ces fameuses noces chimiques que nous allons aborder par la suite.

Après une nuit de repos bien mérité, c'est le début du quatrième jour. Cette fois-ci, les convives, ainsi que Christian Rosenkrug, sont conduits par la vierge habillée de rouge jusqu'au palais. Ils peuvent entrer dans l'enceinte du Palais Royal, et l'histoire commence avec cette courte citation : "N descendaient dans un jardin merveilleux où coulait une fontaine. Une belle licorne blanche comme la neige portait un collier en or, s'approcha de la fontaine et s'agenouilla comme si elle voulait honorer le lion qui se tenait debout sur la fontaine. Ce lion, qui en raison de son immobilité complète m'avait semblé en pierre ou en érin, saisit aussitôt une épée qu'il tenait sous ses griffes et la jeta dans la fontaine, puis il cessa de rugir jusqu'à ce qu'une colombe blanche, tenant un rameau d'olivier dans son bec, vola vers lui. À tire d'elle, elle donna ce rameau au lion qui l'avala, ce qui le rendit de nouveau calme. Alors, en quelques bonds joyeux, la licorne revint à sa place. La vierge nous ordonna de nous verser de l'eau de la fontaine sur les mains et sur la tête, et de rentrer dans nos rangs après cette abduction, jusque-là, jusque-là que le roi se soit retiré dans ses appartements, après quoi je constatais qu'au lieu de son épée, le lion tenait une grande dalle gravée très ancienne. Après tant de dommages causés au genre humain, moi le prince Hermès, par la volonté de Dieu et le secours de l'art, devenu remède salutaire, je coule ici. Boive qui peut de nos eaux, s'en lave qui veut, la trouble qui l'ose. Buvez, frère, et vivez."

Cette situation est particulièrement rocambolesque. On voit des animaux fantastiques qui semblent matérialiser ses forces divines en mouvement, d'une certaine façon. La fontaine peut renvoyer à la fois à la fontaine de jouvence, mais également à la fontaine de connaissance. Il faut se remettre encore une fois dans le contexte de la, ce contexte de la fin de la Renaissance, où le dieu Hermès était une figure centrale de l'hermétisme, ce fameux dieu Hermès Trismégiste, le Trois Fois Grand, qui était le gardien de la connaissance, le gardien des sciences cachées. Donc, par extension, cette fontaine devient la fontaine d'Hermès, la fontaine du savoir, la fontaine de la sagesse, la pistis sophia, et bien sûr, la connaissance.

Christian Rosenkrug et les autres convives, à tour de rôle, se lavent les mains et vont s'en répandre sur le visage, et ensuite, ils vont prendre une coupe d'or et boire à l'eau de cette fontaine. On pourrait dire symboliquement que c'est un petit peu une nouvelle initiation. La fontaine les purifie, enlève encore les dernières scories, mais il va également les purifier de l'intérieur en buvant, et d'une certaine façon, les rendre immortels. Pas immortels au sens physique, bien entendu, je vous rappelle, nous sommes dans un rêve, un concept métaphysique, mais bien l'immortalité de l'âme qui s'est révélé à sa véritable nature après ce breuvage divin.

Une fois ingéré, tous les convives reçoivent la Toison d'Or, un nouveau symbole, symbole de dignité, un nouveau vêtement, si l'on peut dire, qui fait d'eux de véritables initiés. Ils ne sont plus simplement des impétrants sur le voyage. Maintenant, ils ont été libérés des forces octoniennes, ils se sont élevés à la lumière, élevés à la connaissance, et peuvent revêtir la Toison d'Or. L'or étant le symbole du soleil, ou de la Révélation divine, si l'on peut dire.

Christian Rosenkrug est maintenant prêt pour rentrer dans le palais des noces chimiques. Il monte le grand escalier qui fait 365 marches, et cela nous renvoie encore une fois au calendrier, avec les 365 jours de l'année. Nous voyons que nous sommes dans une construction, une sorte d'architecture du monde, avec les sept jours de la création, les sept astres visibles, et encore une fois, le calendrier solaire complet.

Christian Rosenkrug est conduit afin de voir les personnes royales pour assister au banquet. La lumière est tellement vive, il a l'impression d'entrer dans le palais du soleil. Il a affaire aux six personnes de la maison royale et ne peut supporter leur vue. C'est là qu'une situation totalement abracadabrante va avoir lieu. Après de longues descriptions, va se produire cette scène : "Puis un rideau se souleva, et j'aperçus le roi et la reine. Leur beauté était telle que mes yeux ne pouvaient supporter leur éclat. Puis leurs vêtements furent échangés contre des robes entièrement noires, puis la salle entière fut tendue de velours noir, le sol fut couvert de velours noir, et nous revêmes des robes noires. Enfin, un géant noir comme le charbon entra dans la salle. Il tenait dans sa main une hache tranchante. Puis le vieux roi fut conduit le premier au bailli, et sa tête fut tranchée, mais son sang fut précieusement recueilli, recueilli dans un grand bol en or. La reine subit le même sort, et il en fut ainsi des six membres de la Maison royale."

Tous les convives sont atterrés par la situation. Ils ne s'entendaient pas du tout à assister à la décapitation des personnes royales. Les corps sont transportés dans une pièce à côté, dans une sorte de mausolée, et chacun a son propre cercueil. Tous les convives, et notamment Christian Rosenkrug, sont invités à sortir pour rejoindre leurs appartements où ils pourront passer la nuit. Ils comprennent néanmoins que l'histoire des noces chimiques, l'histoire de ce voyage initiatique, n'est pas terminée.

Christian Rosenkrug n'arrive pas à trouver le sommeil, et au cours de la nuit, il se réveille et se place à sa fenêtre afin d'observer l'horizon. Devant lui se dessine un grand lac, et au bout de ce lac, une petite île avec un palais encore plus majestueux que celui où il se trouvait à l'instant. Ce palais était préalablement caché par la grande montagne où résidaient les deux temples et le palais, mais derrière, un nouveau monde s'offre à lui. Il observe que pendant la nuit, les cercueils ont été déplacés, et il les voit. Des marins sont en train de les charger à bord de sept navires, ainsi que sept chandelles qui accompagnent les cercueils. Les navires prennent la route et se déplacent en direction de cette île, par-delà l'océan, où réside ce palais merveilleux. Cela attise la curiosité de Christian Rosenkrug, qui part se recoucher en attendant les surprises qui se révéleraient à lui le lendemain.

Le quatrième jour est des plus intrigants et fait intervenir énormément de notions alchimiques avec le vif-argent, l'or, et tout un tas de métaux de transformation, de processus alchimique, de transformation, de mort, de renaissance, de putréfaction, et tout ce que vous voulez. Je laisse volontairement, je vous laisse libre à la lecture de ce texte si vous vous intéressez à la pratique de l'alchimie. Il semble y avoir véritablement un code pratique, un code fonctionnel pour pratiquer la transformation, la transmutation de la pierre philosophale. Je reste volontairement moi-même dans cette vidéo sur une interprétation plus symbolique, symbolique plus large, faisant intervenir des concepts plus métaphysiques, plus intellectuels, plutôt que des concepts physiques, alchimiques ou matériels, si on peut dire.

On voit tout d'abord avec cette fontaine de connaissance, encore une fois, qu'on est sur la transformation de l'homme. On s'abreuve auprès de la source primaire. On y est conduit par une femme, la transformation, qui préalablement avait révélé son nom, elle se nomme Alchimia, qui nous renvoie encore à la pratique opérative magique, si l'on peut dire. Mais cette fontaine donc nourrit Christian Rosenkrug de sagesse, et une fois que ce dernier a ingéré de l'eau de cette fontaine magique, de cette fontaine d'Hermès, il peut se vêtir de la Toison d'Or. Il a encore une fois la peau de l'initié, il est incorruptible, son âme est incorruptible et éternelle.

On voit d'ailleurs par cette référence de la Toison d'Or qu'on reprend un petit peu la légende de Jason et les Argonautes en quête de cette fameuse Toison d'Or, qui eux-mêmes faisaient un voyage initiatique dans les contes de l'Antiquité. En soi, les noces chimiques de Christian Rosenkrug ne sont qu'une réactualisation du thème de la quête initiatique dans le but d'atteindre l'immortalité de l'âme, thème qui est déjà abordé dans la quête des Argonautes, thème qui est abordé dans la quête du conte du Graal de Perceval le Gallois. Ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle lecture de ce conte alchimique, de ce conte symbolique et ésotérique qui nous est proposé.

La mort des personnes royales.

Et totalement encore une fois, dans ce processus, nous allons entrer dans le cycle, cette fois-ci, de la mort et de la durée de l'initiation suprême, si l'on peut dire, de ce combat final. Comme, comme Zagreus qui meurt et qui doit ressusciter, qui doit être régénéré tel le phénix. Eh bien, c'est ce qui va avoir lieu maintenant. Que l'œuvre a été accomplie sur le plan, la mort, la mort a été obtenue. Il va falloir entreprendre le processus de résurrection, qui sera la quête des jours à venir.

C'est maintenant le début du 5e jour, et Christian Rosenkrux ne s'est pas réveillé à la première lueur. Il craignait qu'il avait relativement mal dormi et s'était réveillé pendant la nuit, au point d'assister au départ des sept bateaux qui avaient rejoint cette île mystérieuse et ce palais fantasmagorique. Les autres convives ne l'ont pas réveillé en raison de son grand âge. Ils avaient souhaité lui laisser un petit peu de temps pour récupérer devant les épreuves qui l'attendent.

Christian se réveille et rejoint par son serviteur, du moins l'homme qui avait été préposé à son service pour accomplir les épreuves. L'homme semble tourmenté, et Christian lui demande quelle est la raison de ses, de ses interrogations. L'homme décide de conduire Christian vers une pièce interdite. La pièce est stipulée, il est stipulé sur la pièce qu'aucune personne ne doit y entrer sous peine des pires sanctions.

Christian, malgré sa grande sagesse et la pureté de son âme, décide quand même de s'aventurer dans le couloir qui le mènera à la pièce interdite. Il y arrive et contemple une belle jeune femme qui est endormie. Son corps semble là depuis des temps immémoriaux, mais néanmoins, le corps est parfait et n'est absolument pas putrifié. Il découvre, d'après les dires de son serviteur, que c'est la Dame Vénus, une belle endormie, et que lorsqu'elle se réveillera, elle sera la mère d'un grand roi. Il est dit également qu'elle se réveillera uniquement lorsque les noces chimiques de la, que la résurrection du roi et de la reine et de leur union seront venues.

Christian Rosenkrux ne peut détacher son regard de la belle endormie. Il est comme envoûté par sa magie et son pouvoir. Elle semble comme si elle allait se réveiller dans l'instant. Il finit par quitter la pièce et surpris par un homme chargé de, de la garde de la citadelle. Il se défend d'avoir arpenté son couloir, et l'homme le prévient bien que si jamais il avait enfreint cette règle, les pires tourments s'offriraient à lui. Nous reviendrons sur cette histoire lors de la fin du 7e jour.

Christian rejoint les autres convives et décide de ne pas leur faire part des bateaux qu'il avait, qu'il avait aperçus la nuit précédente. Les hommes sont conduits sur les berges et eux-mêmes sont conduits à bord de 12 navires, chacun abordant l'un des signes du, l'un des signes du zodiaque. Nous retrouvons ainsi le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, les Gémeaux, le Cancer, et cetera, et tous les signes zodiacaux. Les 12 navires prennent la route de l'île mystérieuse et du palais fantasmagorique.

Mais au cours du voyage, ils sont accompagnés par des sirènes et des chansons qui répètent en boucle cette phrase : "Qui un jour nous donna la vie, l'amour qui nous rendit la grâce, l'amour d'où sommes-nous tissés, de l'amour, comment sommes-nous perdus par manque d'amour." Et c'est ainsi, au son de ces chants, que les vaisseaux, les 12 navires peuvent accoster sur l'île mystérieuse, qui est une forme totalement carrée, un carré parfait, ce qui nous fait intervenir encore une fois des notions géométriques.

Devant eux s'offre un palais qui, en réalité, est plutôt une tour qui prend le nom de Tour de l'Olympe, et elle-même possède sept étages. À l'intérieur ont été conduits les corps du roi et de la reine. Quelqu'un les accueille et leur présente la situation. Ils ont été amenés sur cette île pour participer au rituel de résurrection. Les personnes royales devront reprendre vie, et ceci grâce à une opération magique des plus complexes.

Au premier étage de la tour, Christian Rosenkrux et les autres convives qui participent aux noces chimiques doivent se livrer à de nombreuses expériences. Ils doivent préparer les corps à la résurrection. Ils doivent les nettoyer, les purifier, mais ils doivent également se doter de nombreux objets : des pierres précieuses, des métaux, de la sève, des plantes particulières, et cetera. Tout ça, nous sommes véritablement dans un véritable laboratoire alchimique. Et comme je vous disais préalablement, il est tout à fait possible que les noces chimiques de Christian Rosenkrux soient concrètement un guide pratique opératif qui consiste à faire de l'alchimie, en fait, vulgairement.

Si l'on s'intéresse plutôt au symbolisme, on voit encore que nous sommes dans des étapes rituelles de purification, de transformation, qui vont mener au rituel lui-même. Encore une fois, dans ce 5e, dans ce soir du 5e jour, ce sont les couleurs de la lune, cette fois-ci, qui illuminent les convives et toute la préparation rituelle se fait sous les auspices lunaires. Nous avions les auspices solaires préalablement, qui ont servi de nombreuses fois, qui serviront encore par la suite, mais cette fois-ci, nous sommes vraiment dans une pratique ésotérique, une pratique occulte, rituelle et opérative.

Bien sûr, toutes ces actions peuvent être analysées sur un point de vue symbolique et de transformation personnelle. Les étapes de purification, le fait de laver les corps, se nettoyer soi-même, se purifier, et cetera. Tout ça, le fait de se doter de diverses pierres précieuses, chacune ayant un symbole particulier, un archétype symbolique qui donne accès à certaines vertus, à certains concepts moraux. Les plantes peuvent répondre également à la même idéologie. Maintenant, ils se couchent, enfin, en bas de la Tour de l'Olympe, c'est-à-dire au premier étage.

Et le 6e jour va consister à gravir, à monter les étapes, enfin, les étages de cette tour, continuant le rituel de résurrection. C'est maintenant le début du 6e jour, le jour où vont se dérouler les noces chimiques. Tous nos convives ont dormi au premier étage de la tour, dans des, dans une situation relativement précaire, et sont maintenant préparés par les travaux qu'ils ont faits la veille dans le laboratoire. Ils vont pouvoir gravir les étages de la tour. Avant de monter au deuxième étage, ils sont équipés de différents objets. Certains vont avoir une échelle, d'autres des cordes, et d'autres des ailes à attacher dans le dos. Ce sont symboliquement les trois manifestations de l'homme, à savoir le corps, l'âme et l'esprit.

Ensuite vont se dérouler toutes les étapes alchimiques. Au troisième étage, ils vont devoir s'occuper d'un globe d'or, une sorte de matrice, une sorte de matrice énergétique, si l'on peut dire. Puis, quand ils vont monter au 4e étage, ce sera l'éclosion de ce globe qui devient un œuf et qui va donner naissance à un oiseau. Les convives vont devoir s'occuper de l'oiseau, pratiquer différents rituels de purification, mais également de préparation chimique, si l'on peut dire.

Puis, ensuite, vont monter au 5e étage. Là, l'oiseau va être baigné dans un bain et va perdre tout son plumage, au point de devenir tout blanc, un petit peu la même couleur que les corps humains. D'un autre côté, les convives vont également s'occuper des corps des personnes royales, qui seront dissous dans un liquide. Leurs corps seront complètement détruits, mais paradoxalement, leurs âmes étaient en fait matérialisées par des sortes de flammes qui étaient contenues dans, dans des petites boîtes.

Les convives vont ensuite accompagner l'oiseau, qui est en réalité un phénix, jusqu'au 6e étage. De là, le phénix sera mis à mort et incinéré. Les cendres de l'oiseau sont récupérées par la Vierge Alchimie et mises dans une petite boîte. De là, elle annonce à tous les convives qui ont participé au rituel que quatre d'entre eux ne sont pas dignes de poursuivre la suite de l'aventure et de participer aux noces chimiques. Christian Rosenkrux fait partie de ces quatre personnes qui ne pourront pas poursuivre l'aventure. Elle leur indique une petite porte afin d'être évacuée et de redescendre de la tour.

La Vierge Alchimie va continuer le rituel avec toutes les autres personnes qu'elle a gardées avec elle, et elle monte au 7e étage. Christian Rosenkrux n'est pas déçu. Il ne s'est jamais senti digne de participer à cette opération alchimique. Ils prennent la petite porte avec, il prend la petite porte avec ses trois compères, mais à sa grande surprise, ne trouve pas un escalier pour redescendre de la tour, mais qui monte sous les combles, au-dessus du 7e étage.

De là, il rencontre un vieillard qu'ils avaient préalablement rencontré au premier étage et qui leur avait ordonné de commencer les travaux. C'est en réalité Christian Rosenkrux et ses trois compères qui seront les architectes de la fin du rituel alchimique. Ils ont devant eux tout un tas de matière et vont commencer à façonner avec des sortes de, avec une sorte d'argile, un garçonnet et une fille, comme des homoncules, des corps humains artificiels.

Ces petits corps vont commencer à grandir, et un petit peu plus tard, la boîte qui avait recueilli les cendres du phénix leur est apportée. Ils vont pouvoir saupoudrer des cendres du phénix dans les, dans le corps du garçonnet et de la fillette. Néanmoins, ces corps grandissent au point d'atteindre la taille adulte, mais restent totalement inanimés, sans vie. Ce ne sont que des corps. Certes, ils sont parfaits, ils sont jeunes, en bonne santé, mais néanmoins, n'ont pas l'étincelle de vie.

Et c'est à ce moment-là que, d'un trait de lumière, les flammes du roi et de la reine viennent intégrer les corps, et le roi et la reine sont ressuscités. Ils ont accompli l'acte de mort et de résurrection. Le rituel est terminé. Christian Rosenkrux aura participé aux noces chimiques. Tous se rejoignent au premier étage de la tour afin de célébrer un grand banquet, et à la suite de cela, ils remontent sur les bateaux et vont prendre, ils vont pouvoir retourner dans le palais sur la montagne.

Le rituel présenté symboliquement dans les noces chimiques est relativement intéressant, car lorsque l'on parle de mort et de résurrection, on ne parle pas de résurrection du corps, mais bel et bien de réincarnation, ou plus précisément, d'une sorte de corps de gloire. C'est-à-dire que les rois et la reine, enfin, le roi et la reine sont morts, et leur corps sera même détruit. En l'occurrence, ils vont reprendre vie. Certes, ce sont bien leurs âmes, leur esprit, mais qui vont reprendre, reprendre vie dans un nouveau corps qui a été fabriqué.

Alors, on pourrait par synthèse penser encore une fois à un cycle de, de réincarnation, mais néanmoins, je ne pense pas qu'il faille le voir de cette façon aussi simpliste. En réalité, cela met bien en avant la notion de l'immortalité de l'âme, mais surtout la conception du corps de gloire qui ressuscite à partir de ses cendres. Ce n'est pas totalement un nouveau corps, il est constitué à partir du premier, car lorsque les corps du roi et de la reine ont été dissous dans, dans un liquide, c'est bien avec cette matière que sont constitués les homoncules, c'est-à-dire le petit corps d'argile en réalité.

Et les cendres du phénix, qui a été longuement préparé par le processus alchimique, qui est la symbolique de, de la sagesse divine, de la connaissance, va pouvoir être intégré, intégré à ces corps pour leur redonner vie, créer le processus de transformation. Si vous préférez, on peut dire encore une fois, d'une façon allégorique, si vous voulez, qu'il passe d'un corps humain ayant acquis la sagesse, c'est-à-dire que le roi et la reine symboliquement sont dés initiés, c'est-à-dire des personnes qui ont acquis les secrets du divin, c'est-à-dire pour ça qu'ils peuvent, qu'ils peuvent ressusciter.

Mais néanmoins, ils sont mortels, et leur mort mortelle, si vous préférez, va leur permettre de ressusciter dans un corps divin, un corps de gloire, encore une fois. Donc, le processus de transformation alchimique n'a pas pour but de tuer les gens juste par plaisir, c'est pour but, encore une fois, de les faire renaître à un autre état d'existence.

Et nous allons pouvoir aborder la dernière phase du voyage de Christian Rosenkrux, dans le 7e jour. Le 7e jour commence avec le retour triomphal, à la fois des ressuscités, mais également de tous les opérateurs alchimiques qui ont participé à la résurrection. Ceux qui avaient suivi la Vierge Alchimie n'ont pas participé à la fin du rituel et n'ont pas pu avoir les honneurs, mais néanmoins, ils ont accompli une large part de l'opération alchimique et sont célébrés, ainsi que tous les autres.

Tous les convives montent à bord de 12 navires, chacun porte un pavillon zodiacal, et celui de Christian Rosenkrux, à bord, le signe de la Balance. L'on peut supposer que c'est son signe astrologique, ou alors il y a quelques vertus symboliques dans cette histoire. Je reste encore une fois évasif sur la question. Ils sont accueillis, ou du moins en chemin, ils sont rejoints par 500 navires afin de célébrer la résurrection du roi et de la reine. C'est symboliquement le retour de la félicité. L'on pourrait faire une assimilation avec le retour du Graal, un petit peu comme dans la légende de Perceval, qui apporte la félicité au royaume, la renaissance, encore une fois, une période de paix et de prospérité.

Une fois arrivé sur la terre ferme, Christian Rosenkrux chevauche à côté du roi, ce qui est un grand honneur. Un cavalier se présente à eux et apporte une missive. Elle provient de l'un des gardiens des chemins de la forêt. Quand Christian Rosenkrux avait arpenté le chemin avant la forêt, pendant la forêt, c'est-à-dire avant de se rendre jusqu'au palais, il avait croisé deux gardiens. Or, c'était le gardien du premier portail, celui qui était à l'abbaye bleue, et à qui Christian Rosenkrux avait offert sa gourde, qui envoyait une missive au roi.

Ce dernier demandait à être libéré de sa charge, car il n'avait plus à être le gardien du portail, étant donné que quelqu'un avait accompli un acte de méfait, ce qui le libérait de sa charge. En effet, l'homme était en réalité un ancien astrologue de grand renom, mais quelques temps plus tôt, il avait, enfin, quelques siècles plus tôt, il avait contemplé la belle endormie, la Dame Vénus, ce qui était totalement interdit, et il avait été condamné à garder le portail.

Christian Rosenkrux était celui qui avait péché. Il était celui qui avait également contemplé la Dame Vénus. Or, le jugement stipulait que le gardien garderait le portail, en l'occurrence, jusqu'à ce que quelqu'un le remplace, quelqu'un qui aurait commis le même acte que lui. Christian Rosenkrux ne se dénonce pas immédiatement, mais néanmoins, il éprouve de la, de la souffrance, car ce gardien lui avait donné les clés nécessaires à pouvoir continuer son périple. C'est grâce à lui qu'il avait pu subvenir, se résister à l'épreuve de la balance, et qu'il avait pu résister à certaines des embûches de son voyage.

Un grand banquet est donné pour célébrer, célébrer la gloire de tous les hommes qui ont participé aux noces chimiques. Ils reçoivent tous le titre de Chevalier de la Rose-Croix, et les règles de l'ordre leur sont communiquées : ne reconnaître comme fondement de l'ordre aucun esprit ou démon, mais Dieu seul. Avoir en horreur toute idolâtrie, impudicité ou impureté. Ne venir en aide avec ses dons qu'à ceux qui sont dignes et en ont besoin. Ne pas employer cet honneur pour acquérir plus de gloire et de célébrité en ce monde. Ne pas vivre plus longtemps que Dieu ne le veut.

C'est ainsi que toutes les faveurs du titre de Chevalier Rose-Croix sont accordées à tous ceux qui avaient participé aux noces chimiques, et après ce banquet, le jour suivant, ils pourraient rejoindre le monde des hommes, pouvoir répandre la bonne nouvelle, et surtout, pouvoir participer au Grand Œuvre, jouir des grands plaisirs et des grandes connaissances qu'ils avaient acquises dans ce monde fantasmagorique, qu'ils pourraient utiliser, qu'ils pourraient développer dans le monde des hommes.

Mais Christian Rosenkrux se sent mal. Il connaît le péché qu'il a accompli. Il avait contemplé la belle endormie, il avait fauté, et décide de se dénoncer. Il va donc se rendre devant le roi et la reine et confesse d'être celui qui avait fauté en entrant dans l'espace interdit, contemplant la belle. Avec grand désarroi, le roi le condamne de ce fait à prendre la place du gardien à l'abbaye bleue.

C'est ainsi que Christian Rosenkrux renonce à tous les plaisirs de la vie terrestre. Il renonce à profiter de toute la sagesse divine qu'il avait acquise dans ce monde d'illusion et va se rendre en forêt afin de remplacer le gardien, qui le remercie. Ce dernier put rejoindre à cet instant le monde des hommes, et Christian Rosenkrux devient pour l'éternité le gardien du portail de la forêt, celui qui pourrait faire le tuilage, celui qui pourrait symboliquement ouvrir les portes du monde occulte, ouvrir le chemin qui mènerait à l'épreuve de la balance.

Nous avons enfin terminé le voyage alchimique de 7 jours effectué par Christian Rosenkrux dans ce monde fantasmagorique. Mais reprenons quelques éléments. Tout d'abord, Christian est un homme qui, encore une fois, a acquis de la sagesse au cours de sa vie. C'est un homme qui n'est pas resté oisif, qui n'est pas resté sur son pré carré, encore une fois, mais qui a voyagé à travers le monde afin d'acquérir de grandes connaissances, aussi bien sur le plan physique que spirituel.

De là, il est pressenti par un chiffre allégorique de 7, bien évidemment, puisqu'il est prévenu 7 ans avant les événements qu'il pourra assister aux noces chimiques. Le jour venu, c'est encore une fois un messager divin, quelque chose qui n'est pas de ce monde, une sorte d'entité, une entité supérieure, disons divine. On pourrait éventuellement hypothétiser un ange, puisque c'est une tradition avant tout chrétienne, bien évidemment, véhiculée dans ce texte, qui vient lui remettre sa missive avec ce symbole : "Par ce signe, tu vaincras."

Alors ça, ça nous renvoie bien sûr à l'histoire de Constantin. Nous l'avons déjà cité, mais ce qui est important, c'est que l'on voit encore une fois le symbole de la Rose-Croix. C'est le symbole du christianisme, de la religion primitive, dans leur esprit, bien entendu, qui pourra vaincre l'obscurantisme. C'est comme ça qu'il faut le voir. Il ne faut pas voir dans l'idée de la Rose-Croix, il ne s'agit pas de combattre le diable, mais bien l'obscurantisme de la société, car on est dans une allégorie. Le monde du mal, le monde du diable, c'est quasiment la terre, c'est quasiment la mort, si l'on veut.

D'une certaine façon, l'œuvre du divin par ce signe justement, c'est d'aspirer à une vie contemplative, spirituelle plus élevée. Là, c'est vrai qu'on pourrait rattacher certains points de concordance, par exemple, avec la philosophie cathare, mais néanmoins, ça reste des points, juste des points de ressemblance. Il n'y a pas d'élément direct qui permet d'attester une filiation entre les deux.

Or, l'invitation aux noces chimiques a eu lieu, et maintenant Christian va devoir faire son voyage. Mais on n'est pas sur un voyage physique, comme on l'a dit plusieurs fois, on est sur un voyage symbolique, un voyage qui n'est pas matériel, un voyage philosophique ou alchimique, encore une fois. Il entreprend son voyage, et on commence par la première épreuve, le premier jour. Le chiffre 1, c'est la décision de commencer quelque chose, c'est l'acte créateur. Il prend la décision d'y aller et se retrouve dans le puits, le puits de l'ignorance, qui est la cavité souterraine, la cavité où tout est sombre, tout est obscur, tout est infernal, chtonien.

Et de là, c'est cette corde de l'ascension, cette échelle de l'élévation. On va retrouver un petit peu ce principe, encore, de l'échelle de Jacob, je l'avais précisé, mais surtout du principe d'axe vertical du monde, un petit peu qui relie les forces souterraines avec les forces supérieures. Et donc, après plusieurs tentatives, sept cordes, sept cordes sont lancées. En l'occurrence, c'est au bout de la 6e qu'il va réussir à monter. D'autres réussissent avec lui. Il reçoit l'emblème du soleil. Pourquoi ? Il était sous terre, caché de la bénédiction solaire, la bénédiction divine, entre parenthèses, et il sort à la lumière du jour et peut bénéficier de l'éclat divin. C'est le début, comment dire, c'est à cet instant qu'il est initié proprement dit.

Puis, ensuite de ça, il arrive à son deuxième jour, c'est la croisée des chemins. C'est le moment où l'on passe dans ce monde binaire, le bien, le mal, le fameux corbeau, le noir, et la colombe, qui est le blanc, donc son exact opposé. Quatre chemins sont proposés. Sur ces quatre chemins, un n'est pas possible, puisque c'est un chemin déjà divin. On pourrait dire allégoriquement que c'est la route comprise, le roi et la reine, et éventuellement tous les personnages qui étaient, qui avaient déjà accompli les noces chimiques, qui revenaient assister une nouvelle fois à la cérémonie. Ils empruntent la 4e voie, c'est-à-dire la voie du corps de gloire.

Et pour les autres, il ne reste que trois voies possibles. Il y a la voie messianique, pourrait-on dire, la voie messianique, la voie sacerdotale, qui est difficile, évidemment, et il faut avoir, c'est la voie des prêtres, pourrait-on dire, encore une fois. Et puis les deux autres, les deux voies alchimiques, la voie sèche, rapide, et la voie humide, plus lente, mais plus sécurisante, bien sûr, qui sera bien sûr le choix de la sagesse non présomptueuse de Christian Rosenkrux. Et on peut du coup considérer que c'est, au sens large, le choix de la Rose-Croix, qui est plutôt la voie humide. Bon, beaucoup de questions par rapport à ça, et en plus, du coup, je ne sais pas comment fonctionne en organisation les Rosicruciens. Donc, je me livre à des interprétations.

Dans tous les cas, il fait son choix. De là, il a bien évidemment quelques, quelques épreuves, quelques épreuves morales, notamment. Bon, il doit pas s'égarer, ça c'est le premier point, bien sûr. Le fil de la raison, toujours avec cet aimant, cette boussole, si on veut, d'une certaine façon, boussole de la raison et de la morale. Il est, il est, il est guidé par les vertus, les vertus cardinales, si on veut, si on veut, qui sont beaucoup, beaucoup mises en perspective dans le texte. Elles ne sont pas forcément nommées au premier degré, mais elles sont toujours mises en perspective. C'est cette valeur morale qui doit le guider, encore une fois, tout au long de son chemin.

Il rencontre le premier gardien, il lui donne sa gourde, et en échange reçoit, reçoit des indications, reçoit une lettre et des mots, et puis ensuite, il peut se rendre au deuxième gardien, franchir la deuxième épreuve. Mais ce fameux premier gardien, que Christian Rosenkrux remplacera à la fin de l'histoire, il est celui qui garde l'entrée de la zone du palais. C'est-à-dire que préalablement, si je puis dire, Christian Rosenkrux est initié, mais il est quand même encore sur le parvis. Et là, ce gardien va lui ouvrir les portes de l'ésotérisme. Et donc, il franchit son épreuve.

Ensuite, il y a la phase du jugement de la balance, la pesée de l'âme, le principe du cœur pur, le principe de la, de la purification, d'éliminer toutes les mauvaises choses que l'on a en soi, d'éliminer les scories, par le travail alchimique, encore une fois, qu'il soit spirituel ou matériel, peu importe, les deux, les deux sont expriment la même logique symbolique, bien sûr. Il franchit de nouveau cette épreuve brillamment. Il a de la compassion, puisqu'il repêche un vieux roi qui avait presque réussi l'épreuve, et il lui a tendu la corde, si je puis dire, pour que lui-même puisse aller plus loin, qu'il accompagnera jusqu'à la tour d'ailleurs.

Puis, ensuite, il se retrouve de nouveau devant cette Vierge aux trompettes, habillée de rouge, donc Alchimia, l'initiatrice, celle qui le guide au gré de son chemin, celle qui le transforme, qui l'aide à la transformation. Et puis, il arrive devant cette fontaine, fontaine du Graal, fontaine de Jouvence, fontaine d'Hermès, dans le texte, fontaine de la connaissance et de la sagesse. Elle sert à la purification, mais elle est également ce puits de connaissance. De là, Christian Rosenkrux subit sa deuxième initiation. Nous sommes dans le chiffre 4, c'est les fondements, le principe de la baptême, le carré. Il est initié une seconde fois, peut-on dire, à des secrets plus élevés. Il reçoit le titre de Chevalier de la Toison d'Or, il se recouvre d'un nouveau vêtement digne de son rang, et peut assister au mariage, aux noces chimiques.

C'est la décapitation des souverains. Alors là, c'est vrai que ça semble très intéressant. Pourquoi ne pas faire simplement un rituel allégorique plutôt que de tuer réellement des personnes pour les amener à la résurrection ? Eh bien, je vous rappelle que c'est un voyage fantasmagorique, ce n'est pas du tout un voyage physique. Nous sommes dans le monde pneumatique, le monde de l'esprit, le monde de la pensée. Donc, encore une fois, c'est une mort symbolique, comme dans n'importe quel rituel initiatique, qu'il soit moderne ou d'attente de l'Antiquité grecque. La mort symbolique a toujours lieu. On ne tue pas réellement les gens dans ces rituels anciens, bien sûr.

Ce qui compte, c'est le principe de mort et de résurrection, et pour qu'il y ait résurrection, il faut qu'il y ait mort. Il faut plonger dans les ténèbres, plonger dans la caverne, plonger dans les forces chtoniennes pour pouvoir en ressortir avec la connaissance du dessous. Et ça, c'est très intéressant, parce que la connaissance, celle de la Fontaine, c'est une connaissance pneumatique, certes, mais il y a une autre forme de connaissance chtonienne qu'il faut aller chercher encore en plus. C'est l'étape suivante, celle que Christian ne vivra pas d'ailleurs. Seuls le roi et la reine le vivent, mais je vais venir à ça.

Christian le vit en fait indirectement, on va le voir un peu plus tard. Le roi et la reine ont besoin de mourir physiquement parce qu'ils doivent se rendre dans le monde chtonien pour en rapporter la sagesse divine qui les amène à la résurrection. Christian Rosenkrux assiste, c'est son privilège par rapport aux autres, assiste au départ des navires. Et on arrive ensuite au 5e jour, où il va dans cette pièce secrète. Il n'a pas le droit d'y aller, il le sait, mais malgré sa sagesse, il s'y rend quand même, comme attiré par une sorte de force magnétique, si l'on veut, et il rencontre cette fameuse belle endormie, cette Dame Vénus, comme on l'appelle.

Cette Dame Vénus, c'est la matérialisation de la déesse, c'est la matérialisation qu'on va retrouver dans les cultes mariaux, dans la religion chrétienne, mais qui est elle-même un relant des paganismes plus anciens qu'on va retrouver dans les cultes à mystères avec Isis, avec Cybèle, avec des mystères et cetera, qui voulait, elle est la matérialisation de cette déesse, cette Sophia, cette Barbelo dans les courants gnostiques, comme on l'appellerait, qui est la gardienne de la sagesse. Les Hébreux vont appeler la Shekhinah, ou ce que d'autres vont appeler la Keter, ou ce que vous voulez, suivant les noms. Elle est réellement concrètement la gardienne. Et Christian Rosenkrux la rencontre, et on va voir que c'est intéressant pour la suite. Passons un petit peu plus loin, on va y revenir.

Il prend le départ avec les fameux 12 navires zodiacaux. Donc, vous voyez le symbole du chiffre 7, les 7 jours de la création, et puis ensuite, on a les 12 navires, donc les 12 signes du zodiaque, les maisons zodiacales, les 12 apôtres de Jésus, les 12 tribus d'Israël, les 12 travaux d'Hercule. On retrouve tous les symbolismes. Puis, on arrive sur cette Tour de l'Olympe. Bah, ça nous renvoie encore une fois tout ça au monde des dieux, face au monde des hommes, au sol, c'est le monde des hommes. Et on gravit comme une ziggourat mésopotamienne. En Mésopotamie, les ziggourats avaient sept étages. Donc, voyez, on n'est pas dans un symbolisme différent, absolument pas. On gravit ces sept marches de la création, ces sept étapes.

Alors, première étape, on pourra dire comme ça, il y a Mercure, il y a Vénus, il y a Mars, il y a Jupiter, il y a Saturne, la Lune et le Soleil. Voilà, c'est toujours les sept astres visibles. Il y a de nombreuses épreuves alchimiques qui font vraiment partie du rituel, cette fois-ci. Et puis ensuite, il y a, au 6e étage, Christian est, comment dire, Alchimia choisit quatre personnes qui ne sont soi-disant pas dignes d'aller au-delà dans le chemin, et en fait, c'est eux qui vont réellement accomplir le rituel. Et là, on peut voir un petit peu la voie ésotérique et exotérique. Les convives qui sont considérés comme pouvant poursuivre l'œuvre montent au 7e étage, l'étage visible, alors qu'inversement, Christian lui va sous les combles, il va dans l'étage invisible. Donc, toujours cette forme, encore une fois, bipolaire, un petit peu du monde, avec cette notion, cette notion du savoir caché.

Donc, il va, il accomplit la fin du rituel, c'est la recréation alchimique des corps, et puis les âmes viennent réintégrer. Elles ne ressuscitent pas, elles ne se réincarnent pas, elles réintègrent un nouveau corps qui est lui-même un perfectionnement du précédent, puisque c'est tel le phénix, mort et ressuscité de ses propres cendres. Et ça, c'est très intéressant. Donc, c'est la transformation du corps de gloire par rapport à leur corps d'origine. Si vous voyez encore une fois d'un point de vue symbolique, je vous rappelle, on est toujours pas dans un monde réel, on est dans un monde fantasmagorique. Il n'y a pas de véritable destruction du corps, et donc la transformation au corps de gloire se fait d'une façon symbolique et fatalement avec réalité dans le monde matériel, alors sous réserve de ses croyances, bien évidemment.

On est toujours là. Le rituel est terminé, et ensuite, c'est le retour. Le retour donc dans le palais d'origine, bien sûr, avec le grand banquet, les festivités. Il reçoit le titre de Chevalier de la, reçoit donc Chevalier illuminé, si, si vous voulez, d'une certaine façon, et il reçoit tous les codes moraux, les bienfaits, les mots secrets, la science secrète, la sagesse, tout ce que vous voulez. Néanmoins, vu qu'il avait trahi l'interdit en se rendant donc au caveau de la, de la belle endormie, il a de ce fait, il prend la place du, du gardien de la première porte. Il était dit que le gardien de la première porte resterait jusqu'à ce que quelqu'un voie la belle endormie, et donc maintenant, c'est Christian Rosenkrux qui l'a vu, évidemment. C'est un homme droit et juste, il se dénonce et il accepte la sentence qui est de devenir le gardien de la première porte jusqu'à ce que quelqu'un trouve également la belle endormie et remplace Christian Rosenkrux.

Mais ce qui est intéressant, c'est qu'il est dit à la toute fin du livre, parce que techniquement, sa sentence est éternelle, c'est Christian Rosenkrux gardera éternellement la première porte, celle qui sort du jardin pour mener au palais. Mais ce que l'on s'aperçoit, la dernière phrase du texte nous dit : "Et puis Christian Rosenkrux doit rester toute l'éternité garder sa porte et cetera." Et puis, il se réveille et retourne à sa vie, retour et retourna dans sa patrie. Donc, c'est là qu'on voit, il se réveille de son rêve. Ça ne veut pas dire qu'il a abandonné la porte, mais ça veut dire qu'il est le gardien de la porte dans le monde fantasmagorique, dans le monde pneumatique, mais dans le monde réel, il se réveille et va continuer sa vie. Mais symboliquement, il est devenu le gardien, celui qui peut ouvrir la porte des arcanes, la porte de l'ésotérisme aux autres.

Ce qui est intéressant aussi dans le rituel final des noces chimiques, au sous les combles, 7e étage, il a trois compères, mais ça nous renvoie à l'histoire mythique de la Rose-Croix dans les autres textes, dire que l'on dit Christian Rosenkrux va prendre avec lui trois disciples, et de ces trois disciples, ensuite, il y en aura cinq qui vont les rejoindre, formant neuf, tout ce que vous voulez. Mais en fait, on retrouve dans le roman, dans le roman de la quête initiatique de Christian Rosenkrux, on retrouve les codes de la légende de la création de la Rose-Croix, si vous préférez, tout simplement.

Alors, on peut dire, en fait, par ce récit initiatique, que ça nous dit concrètement que Christian Rosenkrux a reçu un enseignement mystico-ésotérique, et qu'aujourd'hui, il est celui qui le possède et qui est le gardien des portes du palais de la connaissance, du palais qui mène à la justice de l'âme, qui mène à la Fontaine d'Hermès, qui mène au palais des noces chimiques et à la Tour de l'Olympe, et tout ce que vous voulez. Et ça, c'est concret, c'est-à-dire que dans le monde de l'ésotérisme, les gens qui vont adhérer, par exemple, à la Rose-Croix, vont voir en Christian Rosenkrux un symbole de passage, un grand gardien, un petit peu, qui maintient les portes scellées, mais qui les ouvre à celui qui en est digne, qui a accompli les premières épreuves, la sortie depuis de l'ignorance, la traversée, la croisée des chemins.

Et ensuite, nous arrivons donc au 1, le puits de l'ignorance. Le 2, le monde binaire, la croisée des chemins. Et le 3, pour aller au 3, il faut franchir la porte, il faut se libérer du monde binaire pour entrer dans le monde ternaire et donc prendre le chemin du libre arbitre. Et c'est ça la clé que représente Christian Rosenkrux dans cette phase. Voilà, en gros, pour une analyse symbolique, certes rapide. Nous pourrions passer des heures et des heures à interpréter tout le texte. J'ai fait le choix de me concentrer sur les scènes essentielles de cet ouvrage qui me semble tout à fait pertinent dans la quête historico-ésotérique.

Encore une fois, je rappelle une dernière fois que les croyances ou la valeur qu'on accorde à un texte se définit par rapport aux croyances propres et aux fois personnelles des individus, qui sont différentes. Nous avons tous nos cheminements de vie, mais en tout cas, quels que soient les croyances individuelles, ce texte a une véritable valeur intellectuelle, philosophique, éventuellement peut-être symbolique, qui est tout à fait pertinente et qui mérite notre étude. Je vous invite donc fortement à lire, à lire ce texte. Je me suis permis de vous mettre une petite bibliographie, donc bien évidemment avec le texte lui-même que vous pouvez lire, les autres textes de la Rose-Croix, et puis quelques autres auteurs qui ont écrit sur les manifestes d'ros Crois, qui peuvent mériter votre intérêt si vous voulez approfondir un petit peu vos connaissances sur le sujet.

Je terminerai avec un dernier élément sur cette fameuse belle endormie. Pour moi, c'est une interprétation tout à fait personnelle. Cette belle endormie représente, comme je vous l'ai dit, le principe de la déesse, la déesse mère, la Sophia, un petit peu, un symbole allégorique, celle qui est la gardienne, la gardienne de la sagesse, la gardienne des sciences, la gardienne des secrets, la gardienne des trésors, si vous voulez. Et symboliquement, nous sommes tous fondamentalement à la recherche de la belle endormie. La belle endormie, ça peut être une allégorie pour le trésor que l'on cherche. Ça peut être, par exemple, moi, je suis un quêteur, un quêteur de l'Atlantide. Je recherche l'Atlantide, vous connaissez mes travaux sur le sujet. Eh bien, pour moi, l'Atlantide, c'est une belle endormie.

Quelqu'un qui va rechercher un temple perdu, il recherche une belle endormie, et cetera. Tout ça, voyez, toute l'allégorie de ce symbole qu'on va retrouver dans des textes plus modernes et d'autres affaires ésotériques modernes, comme notamment l'affaire de Rennes-le-Château, on va retrouver cette référence à la belle endormie, et qui partage une paternité évidente avec le manifeste de la Rose-Croix. Nous voici arrivés à la fin de cette enquête, et j'espère que vous aurez passé un bon moment, et sur que vous aurez apprécié la découverte de ce texte énigmatique, encore une fois, l'un des plus importants de l'ésotérisme occidental.

Alors, au-delà de la vie légendaire ou la vie allégorique de Christian Rosenkrux, on va pouvoir constater que ce manuscrit ou ce manifeste a influencé énormément la littérature occidentale, et notamment, à titre d'exemple, on va pouvoir constater qu'il y a une proximité, du moins une influence directe, entre le célèbre Serpent Rouge, attribué à Pierre Plantard dans l'affaire de Rennes-le-Château, avec les noces chimiques. On va trouver de nombreux éléments qu'on va retrouver en similitude dans les deux textes, même si le Serpent Rouge est beaucoup plus court et ne se résume qu'à 13 petits paragraphes, en l'occurrence.

Alors, les Noces Chimiques, c'est un texte qui mêle tous les éléments de l'ésotérisme occidental : hermétisme, cabale chrétienne, alchimie, sciences occultes, et cetera, et cetera. Le tout présenté sous la forme d'un voyage initiatique, d'un voyage symbolique et allégorique, une sorte de voyage de catabase, de mort symbolique, et d'anabase, d'élévation spirituelle ou d'éveil mystique, si l'on peut dire. Dans tous les cas, encore une fois, j'espère que vous aurez passé un bon moment. Je vous souhaite le meilleur pour vous et pour vos proches, et je vous donne rendez-vous très bientôt pour de nouvelles enquêtes historiques, ésotériques, religieuses, occultes, et cetera, et cetera, sur la chaîne Arcanes Mystères du Monde. À très bientôt.

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