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Le grand témoin - Michaël Jeremiasz

Télé Matin - France Télévisions7:25

Transcription

F.Flament: Merci. Je vous embarque, maintenant.

J.Arnaud: On va au salon pour retrouver votre grand témoin, qui va revenir sur la loi handicap. C'est un anniversaire qu'on commémore. Il y a 20 ans, la loi handicap a été promulguée. On va se demander si les promesses ont été tenues avec votre grand témoin.

F.Flament: Bonjour, M.Jeremiasz. Vous êtes un grand champion, un grand joueur français de tennis en fauteuil roulant. Vous avez décroché l'or en double en 2008. Vous étiez aussi l'un des derniers relayeur de la flamme olympique, de la flamme paralympique, l'été dernier. Vous êtes aussi le président de l'association Comme les Autres, qui va prendre part aujourd'hui à cette manifestation à 17h30, place de la République, à Paris. A vos côtés, on retrouvera entre autre Artus et 54 associations.

M.Jeremiasz: C'est les 20 ans de la loi handicap, qui promettait l'égalité des chances, l'égalité des droits. 20 ans plus tard, on est toujours des citoyens de seconde zone. On ne se réjouit pas de cet anniversaire. On se réunit ce soir pour crier fort et beaucoup plus fort qu'on l'a fait auparavant. 40 millions de téléspectateurs pour les Jeux paralympiques, "Un p'tit truc en plus" l'an dernier... S'il n'y a pas des engagements politiques forts, la loi ne sert à rien si elle n'est pas appliquée. On veut pouvoir être des citoyens comme les autres. Ce n'est pas des revendications très folles. Un accès à la culture, à l'emploi... C'est pour qu'on n'ait plus jamais à se manifester parce qu'on est traités différemment.

F.Flament: Vous avez connu 2 vies en une, une vie de personne valide jusqu'à un accident de ski à 18 ans, et ensuite, cette vie en fauteuil. Vous pouvez nous expliquer votre quotidien? On entend ce que vous dites. En même temps, les journées concrètes d'une personne en fauteuil roulant et en quoi on devrait se remettre en question, nous, valides...

M.Jeremiasz: Vous avez parlé de mon parcours de champion. Il n'y a pas une journée où je ne suis pas victime d'une discrimination. Ca peut être une discrimination ordinaire positive. Le taxi qui vous met la main sur l'épaule quand vous descendez en vous disant "bon courage", ça m'insupporte. Le "bon courage" en permanence, non. On ne veut pas d'empathie excessive. A l'inverse, on ne veut pas non plus qu'on nous ignore. Il y a plein d'endroits où je ne peux pas aller. Plus de 50 % de l'espace public... Quand vous voulez réserver au théâtre ou au restaurant, vous dites: "On va là." Moi, je vais là où la société me laisse accéder. On parle de santé. Vous avez 3 fois plus de chances de ne pas avoir accès aux soins. Depuis les années 70, en Italie, tous les enfants ont accès à l'école de la République, quel que soit leur handicap. Ce n'est pas le cas en France. On va rappeler à l'Etat ses obligations. Vous vous demandez, dans vos foyers, votre quotidien, comment vous vous comportez avec l'autre? C'est un pari intéressant, une philosophie intéressante. Qu'est-ce qu'on peut faire dans la vie quotidienne pour être meilleur et permettre aux autres d'avoir une vie plus épanouie?

C.Dandeville: La manif de ce soir... Vous réclamez des mesures concrètes au gouvernement?

M.Jeremiasz: On va exiger qu'il n'y ait plus de report...

F.Flament: Cette loi ne cesse d'être évoquée, mais elle n'est jamais mise en pratique.

M.Jeremiasz: Il y a eu beaucoup plus d'enfants scolarisés, mais on s'en fout, qu'il y en ait beaucoup plus. Ceux qui avaient 18 ans en 1975 ont aujourd'hui 70 ans et on leur dit que la loi de 2005 n'est jamais appliquée. C'est une histoire de moyens, d'argent?

Dr G.Kierzek: C'est une histoire de moyens, d'argent? Il y a un sommet sur l'IA. Vous trouvez ça injuste?

M.Jeremiasz: Toutes les personnes victimes de discrimination diront que c'est injuste. Je ne dis pas qu'il faudrait prendre l'argent là. Il y a des entreprises qui ne respectent pas leurs obligations d'emploi. Elles sont ponctionnées et on n'utilise pas cet argent pour les personnes handicapées. Les rentrées d'argent pourraient être réinjectées là-dedans. C'est du bon sens. C'est faire société. Vivre ensemble est une belle promesse politique qu'on entend tous les 5 ans pour l'élection.

F.Flament: On a appris il y a quelques jours la gratuité des fauteuils roulants, qui vont être remboursés à partir de décembre à 100 %. Pour vous, ce n'est pas une avancée suffisante? Pour vous, c'est normal.

M.Jeremiasz: Demain, j'ai un accident, je ne peux plus marcher. Si on ne me donne pas de fauteuil roulant, ce n'est pas possible. Les 20 ans de la loi...

F.Flament: Vous dites que c'est un peu opportun.

M.Jeremiasz: Ce ne sera effectif qu'à partir de décembre. Avoir un fauteuil, c'est bien, mais si je n'ai pas de logement, si je ne peux pas avoir de travail, je suis content, c'est confortable, mais ça ne sert pas à grand-chose.

J.Arnaud: La plupart des gens ne savent pas vraiment comment s'adresser aux personnes handicapées. Dites-nous comment faire. Est-ce qu'il faut en parler, faire comme si ça n'existait pas?

M.Jeremiasz: Si vous ne me voyez pas par terre, en train de tirer la langue parce que le trottoir est comme ça ou parce que je suis bloqué à cause d'une poubelle, partez du principe que je n'ai pas besoin de vous. Si je suis en situation d'échec, proposez votre aide, comme je pourrais le faire. Si vous glissez dans la rue, Flavie, je vais vous proposer de l'aide. Je ne serai pas le plus à même de vous aider, mais... La 1re fois que je suis sorti de chez moi, le 1er regard qu'on a posé sur moi était rempli de toute la tristesse du monde. Il faut que ce soit banal, tout ça.

F.Flament: Vous dites que ça commence au plus jeune âge. Merci d'être venu sur ce plateau. La manifestation est à 17h30, place de la République, à Paris.