Transcription
Je sens qu'un chemin est possible, encore.
On a toujours dit que la censure n'était pas pour nous compulsive. Vous avez toujours 210 députés, voire même un peu plus, qui veulent une plateforme de stabilité. Il y a un seul sujet qui doit être discuté, ce serait effectivement à la fois les armées et les affaires étrangères. Envisager un gouvernement dans lequel il y aurait monsieur Barrot ou monsieur Lecornu qui resteraient à des postes aussi stratégiques, pour nous, évidemment, c'est une censure à priori. Si les macronistes veulent éviter une dissolution, je n’ai qu’une seule solution pour eux : c’est la cohabitation. Je censurerai tous les gouvernements, jusqu'à obtenir la dissolution.
Sébastien Lecornu, éphémère Premier ministre, a indiqué mercredi que son successeur devait être issu des rangs de la macronie. Au risque de voir le nouveau venu être débarqué par une motion de censure dans les 48 heures. Le feuilleton de l’autodestruction continue. C’est ce qu’on regarde tout de suite dans ce numéro 159 de Pol’Express. De cette interview poussive du Premier ministre au 20 heures de France 2, il n’y avait pas grand-chose à retenir. Si ce n’est que les macronistes n’entendent pas lâcher quoi que ce soit. Réécoutons le petit soldat Lecornu faire son rapport après sa mission derrière les lignes ennemies. Ce que je peux dire, après mes consultations, c’est qu’il y a une majorité absolue à l’Assemblée nationale qui refuse la dissolution. On reste bloqués dans les tranchées, alors ?
Je sens qu’un chemin est possible, encore. Si un tel chemin existe, c’est de la grande randonnée. Genre Saint-Jacques de Compostelle. Mais après tout, ne s’agit-il pas de contraindre la gauche à faire pénitence. Écoutons le patron des fantassins et des archers dresser le tableau des forces en présence. Vous avez toujours 210 députés, voire même un peu plus, qui veulent une plateforme de stabilité. Qui veulent au fond plus ou moins la même chose pour le budget et certainement des conditions à débattre sur la dépense publique, la fiscalité. Mais au fond, vous avez globalement quelque chose qui peut toujours converger par là et qui constitue, si on convoque le discours de Bayeux, au fond, l’endroit dans lequel le président de la République peut nommer.
210 députés, c’est à un point près l’addition des 161 élus du bloc central (Renaissance, Modem, Horizons) et des 50 de LR. Autrement dit, la coalition, rebaptisée plateforme de stabilité - il fallait oser la baptiser ainsi ! - est toujours debout. Et nous qui pensions qu’elle était disloquée après la double sortie de Gabriel Attal et Édouard Philippe. Comme on dit au rugby après une tôle contre les All Blacks, le collectif se porte bien. Et les socialistes là-dedans ? Pas d’inquiétude, l’ami bidasse a retrouvé la 7e compagnie. Ils ont vocation à jouer les supplétifs.
De cette majorité absolue qui refuse la dissolution, au fond, on a plusieurs sous-blocs. On a une majorité très relative, de plusieurs formations politiques qui au fond sont prêtes à s’accorder sur un budget commun, des formations politique de l’opposition, notamment de gauche, qui au fond veulent aussi cette stabilité, veulent un budget pour la France et pour la Sécurité sociale avant la fin de l’année, mais ils mettent des conditions. Sur ces conditions, on n’en saura pas davantage, la question n’ayant pas été posée. Mais à l’évidence, il s’agit toujours de la suspension de la réforme des retraites et de la fiscalité sur les hauts revenus. Sur le premier point, le démissionnaire de Matignon a refusé de s’exprimer, renvoyant vers l’Élysée et la prochaine présidentielle. Et sur le second, il a refilé la patate chaude aux députés lorsqu’ils examineront le budget. Ce jeudi matin, les socialistes ne croyaient plus trop à leurs chances d’être appelés à Matignon.
Est-ce que vous l’avez senti candidat à sa propre succession, Sébastien Lecornu ? Ce n’est pas impossible. Ce n’est pas impossible. Et vous pourriez ne pas censurer un gouvernement Lecornu ? On a toujours dit que la censure n’était pas pour nous compulsive, et encore moins la dissolution, et encore moins la destitution. Simplement, ce que nous disons c'est que la déclaration de politique générale, qui peut-être serait annoncée dès lundi prochain au Parlement, à l’Assemblée et au Sénat, lue au Sénat en l'occurrence, nous verrons ce qui sera annoncé.
Pourtant, Olivier Faure est allé très loin dans ses concessions. Interrogé sur la composition de son futur gouvernement dans le cas où le Président de la République l’appellerait à Matignon, le Premier secrétaire du Parti socialiste a fait cette surprenante déclaration. Il y a un seul sujet qui doit être discuté, ce serait effectivement à la fois les armées et les affaires étrangères qui sont le domaine partagé avec le chef de l’État, et là il ne serait pas illégitime qu’il y ait un maintien de ceux qui sont en fonction aujourd’hui. Vous gardez Jean-Noël Barrot. Et vous gardez Sébastien Lecornu aux armées. Ce ne serait pas absurde de dire que ces deux-là pourraient rester. Mathilde Panot a réagi au quart de tour. Ce matin, Olivier Faure a dit que dans un gouvernement qu’il mènerait il envisagerait à la fois de garder monsieur Lecornu aux armées et de garder monsieur Barrot aux affaires étrangères. Envisager un gouvernement dans lequel il y aurait monsieur Barrot ou monsieur Lecornu qui resteraient à des postes aussi stratégiques, pour nous, évidemment, c’est une censure à priori.
Comme on pouvait le pressentir, les mots du négociateur de l’Élysée n’ont rencontré aucun écho chez la présidente des députés insoumis. Nous nous trouvons dans une situation où Emmanuel Macron a fait perdre assez de temps au pays, où depuis un an et demi il refuse de reconnaître le résultat des urnes, et qu’il ne reste ce soir plus qu’une seule solution : la démission et le départ d’Emmanuel Macron. Et puisque le Premier ministre a indiqué ce soir qu’aucun sujet ne pouvait être tranché pendant 18 mois en attendant l’élection présidentielle de 2027, nous proposons, nous, comme solution que le peuple français puisse décider de son avenir d’ores et déjà, maintenant, et que avec le départ d’Emmanuel Macron il puisse y avoir une présidentielle anticipée.
Signalons au passage qu'hier mercredi la motion de destitution du président de la République déposée par LFI a été déclarée irrecevable par le bureau de l’Assemblée nationale. Seule la gauche, qui est en minorité dans cette instance après son renouvellement, a voté pour. Comme je l’avais souligné dans le précédent Pol’Express, la procédure extrêmement contraignante de l’article 68 de la Constitution ne laissait aucune chance à cette motion de prospérer.
Du côté des Écologistes, Marine Tondelier veut croire que la nécessité d’une cohabitation avec un gouvernement de gauche s’imposera avant qu’il ne soit trop tard. Mais la rationalité politique et le macronisme, ça fait deux. Si monsieur Lecornu, parce que j’ai bien compris de mon rendez-vous ce matin avec lui, que lui voulait absolument éviter une dissolution. Si les macronistes veulent éviter une dissolution, je n’ai qu’une seule solution pour eux : c’est la cohabitation. Avec donc un gouvernement de gauche et des écologistes. Je ne comprends pas ce qu’ils ne comprennent pas, parce que ça fait quand même des mois qu’on le répète, et on voit bien que chaque fois qu’ils ont essayé de faire autrement ça n’a pas marché. Donc ils doivent maintenant nous laisser nous y coller.
Quant à Marine Le Pen, c’est censure à tous les étages. Je censurerai tous les gouvernements, jusqu'à obtenir la dissolution. Parce que je considère que chaque nouveau gouvernement est une manière de contourner la volonté populaire. Un moyen de contourner l’expression du peuple souverain. Pour qu’une motion de censure soit adoptée, il faut qu’elle recueille 289 voix. Une motion de censure du RN ne sera jamais votée par la gauche. En revanche, à supposer que LFI, Les Écologistes et les communistes déposent la leur. Et que celle-ci soit votée par le Rassemblement national et son satellite UDR. Il manquerait encore 25 voix. 25 voix dont l’essentiel ne pourrait venir que des socialistes. Tiens, c’est un scénario qui a un air de déjà-vu.
Vendredi soir, et même peut-être avant, nous devrions être fixés. Emmanuel Macron s’enfoncera-t-il dans son obstination imbécile au risque de fracturer un peu plus le pays ou bien se résoudra-t-il à une cohabitation qui est, peut-être, la dernière chance pour lui d’achever dignement son mandat ? Merci d’avoir regardé cette chronique. Si vous l’avez appréciée, partagez-la et mettez un pouce. Si ce n’est déjà fait abonnez-vous à la chaîne dans le même élan. Pour nous soutenir financièrement, c’est sur Donorbox que ça se passe. Grâce à vos dons, cette chaîne reste indépendante et accessible au plus grand nombre. Merci à tous ceux qui nous accompagnent déjà. On se retrouve lundi prochain. Peut-être avec un Premier ministre et un gouvernement. Soyons fous !