Transcription
Dior, l'histoire d'un homme brisé devenu légende. Un génie fragile, hanté par la mort qui va transformer sa douleur en chef-d'œuvre. Tu ne verras plus jamais Dior de la même façon.
Christian Dior né en 1905 à Granville, une petite ville perchée au bord de la mer dans une villa rose surplombant les falaises, les dunes. Il est le deuxième de cinq enfants issus d'une famille aisée grâce à l'entreprise d'engrais chimiques fondée par son père Maurice Dior dans les années 1890. Christian est un enfant hypersensible, timide, passionné d'art, de fleurs et de beauté silencieuse. Très tôt, il montre un goût prononcé pour l'esthétique, rêvant plus de galerie que d'usine.
Dans les années 1920, alors qu'il est adolescent, il rêve de devenir architecte ou mieux encore galeriste d'art. Mais son père, homme d'affaires pragmatique, ne comprend pas cette âme d'artiste dans une famille d'industriels. Malgré les tensions, en 1928, Christian Dior parvient à ouvrir sa propre galerie d'art à Paris grâce au soutien financier de son père qui refuse, dit-on, que le nom de Dior apparaisse sur l'enseigne. Il y expose les œuvres de Picasso, de Matisse, Braque, Jean Cocteau, du génie pur dans un lieu avant-gardiste et raffiné. Un moment d'espoir et de liberté créative.
En 1929, c'est le krach boursier de Wall Street. Cette crise économique mondiale frappe son père en 1931. Il perd sa fortune et la galerie de Christian doit fermer ses portes. Maurice Dior, ruiné, vend les dernières propriétés de la famille. Mais un double coup du sort vient briser l'équilibre fragile de Christian Dior la même année. Tout s'effondre.
D'abord sa mère adorée, Madeleine, celle qui lui a transmis le goût des fleurs, du beau, de l'harmonie, meurt subitement. Un choc immense pour le jeune homme dont elle était le pilier émotionnel. Quelques mois plus tard, c'est son frère Bernard qui perd pied. Rongé par des troubles mentaux, il sombre dans la folie et doit être interné à plusieurs reprises. En quelques mois, Durpère à la fois s'amuse et son repère. La lumière s'éteint.
Christian, à l'âge de 26 ans, se retrouve sans argent, sans soutien, sans repère. Fragilisé par la faillite familiale, isolé dans une société encore très conservatrice où il doit dissimuler son homosexualité, il sombre peu à peu. Il souffre d'épuisement nerveux, fait des crises d'angoisse et se retire régulièrement du monde pour se soigner, notamment dans le sud de la France.
Pour survivre, à partir de 1935, il vend des croquis de mode à des maisons de couture parisiennes. Ces petits dessins, silhouettes féminines, lignes élégantes, détails raffinés deviendront bientôt les premières armes de sa renaissance. En 1938, à 33 ans, Christian Dior, grâce à ses talents de dessinateur, est repéré par le couturier Robert Piguet qui lui confie la création de plusieurs modèles. Il y développe un style sobre, fluide, élégant, notamment avec la robe "Café Anglais" saluée par la critique.
Mais en 1939, la guerre éclate. Dior est mobilisé brièvement pour effectuer un service militaire puis est démobilisé en 1940 après la défaite française. Cette même année, il rejoint la prestigieuse maison Lucien Lelong où il travaille à côté d'un autre futur grand nom, Pierre Balmain. Pendant l'occupation allemande, de 40 à 44, la maison Lelong continue à produire de la haute couture et accepte de vendre des robes à toutes les clientes capables de payer, peu importe leur affiliation. Christian y crée alors des robes autant pour des épouses de collaborateurs que pour des femmes de résistants et cherche à rester en dehors de toute prise de position politique.
En juillet 1944, sa sœur cadette Catherine Dior tombe entre les mains de la Gestapo. Résistante, déterminée et courageuse, elle est capturée, interrogée, torturée, mais elle ne parle pas. Elle est ensuite envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, l'un des plus cruels pour les femmes. Là, elle endure l'horreur, la faim, la maladie. Elle reviendra vivante mais marquée à jamais.
En 1946, Marcel Boussac, l'homme le plus riche de France à l'époque et maniaque du textile, propose à Christian Dior de prendre la direction artistique d'une maison de couture déjà existante. Dior accepte mais à une seule condition, créer une maison entièrement nouvelle et surtout qu'elle porte son nom. La maison Christian Dior est inaugurée le 16 décembre 1946, soit une semaine après la mort de son père. Ironie du sort, lui qui refusait que le nom Dior figure sur l'enseigne de la galerie de son fils, s'impose désormais sur la plus grande avenue de Paris.
Le 12 février 1947, Dior présente sa première collection haute couture composée de 90 modèles. La rédactrice en chef du Harper's Bazaar, Carmel Snow, s'exclame "It's such a new look." Le surnom est lancé : le New Look. C'est un choc esthétique. Taille de guêpe, épaule douce, poitrine soulignée, jupe longue et volumineuse en corolle. Une silhouette féminine, luxueuse, en rupture totale avec la mode austère de la guerre.
En même temps que sa première collection, Christian Dior lance son tout premier parfum, Miss Dior. Un hommage à sa sœur Catherine. Avec ses notes florales et son élégance discrète, Miss Dior incarne l'âme de la maison. Les années 1950 voient naître d'autres créations olfactives comme Diorama en 1949 ou Eau Fraîche en 1953.
Très vite, Dior étend son empire. Sacs, chaussures, accessoires. En quelques mois, Dior devient une star mondiale. Les Américaines se ruent sur ces créations. Rita Hayworth, Marilyn Monroe, la princesse Margarette. Toutes veulent du Dior.
Christian Dior lance une collection chaque saison, deux fois par an. Malgré le succès planétaire, Christian Dior est rongé par l'angoisse. Il a peur de décevoir, peur de tomber. Avant chaque défilé, il consulte des voyants ou tire les cartes à la recherche de signes rassurants. Il suit des régimes draconiens, obsédé par son poids. À certains moments, il ne se nourrit, dit-on, que de Coca-Cola et de biscuits. Il doute, sans cesse. Il s'épuise à plaire à la presse, aux clientes, au monde entier.
En 1956, à 51 ans, il pense déjà à se retirer et à passer le relais à un jeune talent prometteur, un certain Yves Saint Laurent, alors âgé de 20 ans, qu'il forme depuis peu. Mais le 24 octobre 1957, c'est la fin. Christian Dior meurt brutalement d'une crise cardiaque à seulement 52 ans. Le monde de la mode retient son souffle. Qui osera lui succéder ?
Avant de connaître la suite, n'oublie pas de t'abonner pour devenir incollable sur l'histoire des marques de luxe. Contre toute attente, c'est un jeune inconnu de 21 ans, timide et frêle, Yves Saint Laurent, cet assistant recruté 2 ans plus tôt. Le 30 janvier 1958, Yves Saint Laurent présente sa première collection pour Dior avec la fameuse ligne trapèze. Une silhouette fluide, libérée, moderne. Le succès est immédiat. Paris l'acclame, le pari est gagné.
Mais en 1960, alors qu'il n'a que 24 ans, Yves Saint Laurent est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire pendant la guerre d'Algérie. Une épreuve brutale pour ce jeune homme sensible qui subit un harcèlement psychologique lié notamment à son homosexualité. Il est interné dans un hôpital militaire à Val-de-Grâce où il subit des traitements psychiatriques violents dont des électrochocs. À son retour la même année, il découvre l'impensable. La maison Dior l'a remplacé sans l'en avertir. Marc Bohan est désormais directeur artistique. Une trahison cruelle. Brisé, Yves Saint Laurent sombre dans la dépression. Mais en 1961, il fonde sa propre maison avec Pierre Bergé. Très vite, il devient l'un des plus grands couturiers du 20e siècle.
La maison Dior, elle, continue sa route sous d'autres visages. Dans les années 1980, Marc Bohan donne à Dior une élégance classique qui séduit les clients des États-Unis, du Japon et du Moyen-Orient où les maisons de couture parisiennes sont alors perçues comme des temples du raffinement occidental. En 1989, Dior crée l'événement en nommant l'italien Gianfranco Ferré à la tête de sa haute couture. Il impose un style opulent et baroque, redonnant à Dior une majesté sculpturale.
Puis en 1997, c'est l'arrivée fracassante de John Galliano. Il transforme les podiums en théâtre de haute couture. Ses défilés deviennent des opéras visuels où les mannequins ne marchent pas. Elles incarnent des personnages inspirés de Marie-Antoinette, de l'Égypte ancienne, de l'Orient ou du punk londonien. Mais en février 2011, John Galliano est filmé dans un bar à Paris en train de tenir des propos antisémites. L'affaire fait le tour du monde. Le 1er mars 2011, il est licencié par Dior.
La maison Dior est salie mais pas détruite. Elle rebondit avec Raf Simons en 2012 qui annonce 3 ans plus tard qu'il quitte Dior à cause d'un rythme de travail devenu intenable. Il produisait jusqu'à six collections par an. Puis c'est autour de Maria Grazia Chiuri en 2016. Sous sa direction, les défilés Dior deviennent de véritables performances artistiques.
Côté égéries, Dior frappe fort. Jisoo du groupe Blackpink, ambassadrice mondiale depuis 2021 qui attire des millions de fans asiatiques. Rihanna, muse moderne et audacieuse, invitée d'honneur du défilé à Versailles en 2023. Natalie Portman, visage emblématique du parfum Miss Dior depuis 2010.
Christian Dior n'a pas seulement habillé les femmes, il a habillé un monde blessé avec des rêves. En un souffle de soi, il a transformé les ruines en élégance, la douleur en lumière. Derrière les jupes en corolle et les parfums éternels, il y avait toujours lui, un enfant timide de Granville qui préférait les jardins aux machines, les fleurs aux chiffres, un garçon qui dans sa villa rose rêvait en silence d'un monde plus beau. Et aujourd'hui encore, dans une couture délicate, une étoile brodée, un flacon de Miss Dior, c'est ce petit garçon aux yeux remplis de beauté qui continue doucement à redessiner le monde. Ok.
[Musique] Jésus.