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5 étapes pour diminuer les douleurs ( conférence)

Major Mouvement15:27

Transcription

Et salut, c'est Majur Mouvement. Si vous avez des douleurs, voici une vidéo qui va vous donner les cinq astuces pour diminuer les douleurs chroniques. Vous allez voir, cette conférence va se faire en deux étapes. La première, assez rapide, une minute 30, où j'explique rapidement les voies de la douleur pour qu'on comprenne exactement que quand on a le corps qui souffre, ça passe par des nerfs et ça arrive au cerveau. Et en fait, ces trois étapes du passage de la douleur créent trois filtres qui peuvent parfois bugger et occasionner des douleurs. Et enfin, dans une deuxième partie de vidéo, là, on donne vraiment les cinq astuces que je vous recommande pour diminuer vos douleurs. Donc, sans plus attendre, c'est parti.

On parle de mal de dos. 8 personnes sur 10 ont, auront ou ont eu mal au dos. C'est la deuxième cause de consultation chez le médecin généraliste et ça représente entre 50 et 70 % de nos patients. Il va y avoir trois phases dans la douleur, trois étapes dans l'expression de la douleur. La douleur d'origine nociceptive, où ça serait le disque qui fait mal, les muscles autour. La douleur d'origine neurogénique, où là, c'est mon nerf qui est irrité, ma sciatique, ma cruralgie, éventuellement un nerf pincé. Et la dernière étape, la douleur neuroplastique, neuroplastique, où là, c'est le cerveau qui interprète mal la douleur. J'en ai une qui capte, une qui transmet, et une qui traduit. L'expérience du mal de dos est forcément le fruit et le résultat de ces trois étapes. On sait et on comprend plutôt bien le le disque qui souffre et on a une imagerie qui est positive. On n'a pas forcément d'imagerie pour mon nerf qui souffre, mais globalement, les patients sont capables de le ressortir et nous décrire un trajet. Par contre, sur la douleur du cerveau, quand c'est le cerveau qui traduit mal, là, on est dans un grand flou parce que l'imagerie n'est pas fiable. Et on va avoir des gens qui ont mal au dos et qui ne comprennent pas pourquoi, ils ont une imagerie qui est négative. Et on va leur dire quoi ? La douleur est dans votre tête. Quand ils viennent nous voir, on leur fait des tests cliniques et soit ils répondent beaucoup trop fort à des tests cliniques, soit ils répondent pas du tout au test clinique, et il y a une allure qui est pour eux très illogique. Et quand on va essayer de mettre des mots là-dessus, leur faire comprendre que oui, la douleur est bien dans leur tête parce que c'est leur cerveau qui a buggé, ça va rentrer dans un conflit chez eux. Ils vont pas bien comprendre parce que ils ont eu un discours avant d'un autre professionnel de santé qui n'est pas allé dans ce sens-là, et ils vont être en conflit.

Donc, maintenant que vous savez comment la douleur fonctionne avec les trois étapes, voici ce que vous pouvez faire pour améliorer vos douleurs. Voici les cinq choses que je vous propose à la fois pour contourner ce conflit, pour les accompagner dans ce conflit, et surtout pour leur permettre à leur cerveau de reprogrammer.

La première chose, c'est l'éducation à la douleur d'origine neuroplastique. C'est de l'éducation. Leur expliquer que le cerveau peut bugger et qu'un cerveau qui bug peut parfois nous donner des douleurs sur un corps qui va bien, et que c'est tout à fait normal, ça existe, que ce n'est pas de leur faute. La métaphore que j'aime bien donner, c'est si jamais demain, il y a un dégât des eaux chez vous à cause du voisin du dessus, ça n'est pas de votre faute. Par contre, la flotte, elle est chez vous. Si l'assureur ne vient pas et si jamais le voisin ne vient pas pour nettoyer, c'est vous qui avez les pieds dans l'eau. C'est pas de votre faute, mais c'est de votre responsabilité de faire quelque chose. Et la première étape de votre responsabilité, c'est de commencer à vous instruire et à vous éduquer sur ce qui se passe. Pour ça, il y a un site internet qui est très bien fait qui s'appelle retrainpain.org. C'est un site internet gratuit réalisé par des neuroscientifiques spécialisés de la douleur qui vous donnent des cours en PDF pour expliquer aux gens comment le système de la douleur peut bugger. L'éducation est la première étape clé.

Deuxième chose, on s'est rendu compte de quoi ? Que les patients qui sont les plus susceptibles d'être améliorés par de l'éducation à la douleur sont ceux qui veulent une éducation à la douleur. Il y en a qui ne le veulent pas. J'ai été kiné, j'ai essayé d'expliquer des modalités de la douleur à des patients qu'on avait rien à branler, et devinez quoi ? Ça ne marche pas. Tu es kiné, tu es kiné, tu es kiné, mais si au bout de trois, quatre séances, tu as beau lui expliquer comment marche la douleur, mais il veut pas l'entendre parce qu'il est persuadé que sa douleur, elle est uniquement à l'issue du tissu, parce que je suis pas fou, parce que j'invente pas ma douleur. Non, non, non, non. Conflit, conflit, conflit. Vous ne l'inventez pas. Dégât des eaux, ça vient du voisin, ça vient d'autre chose, mais on va le traiter ensemble, c'est notre responsabilité. L'éducation.

La deuxième chose que je conseille, c'est l'activité physique à basse, moyenne et si possible à haute intensité, en fonction de ce qu'il est capable de tolérer, pour des raisons non spécifiques. À savoir, vous allez être capable de proposer sur un vélo, sur un tapis de marche, sur une séance de yoga, sur une séance de stretching, sur une séance de CrossFit, sur une séance de n'importe quoi, quelque chose qui va venir taper dans le système nerveux central sans reproduire les symptômes. Si mon patient a mal au dos quand il se penche en avant, oui, c'est très pertinent de le faire courir parce que quand il est en course à pied, il est sur la position neutre, voire sur l'extension. Donc là, je vais pouvoir lui mettre des séances de fractionné. Comme une live box qui marche pas parce que c'est en train de bugger, il y a de temps en temps un bon shoot d'hormones dont on a besoin qui peut être véhiculé par l'activité physique. Faites-les bouger en dessous du seuil de douleur nociceptive.

La troisième chose que je conseille, c'est le sommeil. Je ne leur dis pas forcément de dormir plus. Par contre, je vais leur poser la question : est-ce que vous ne dormez pas assez ? Ce qu'on sait aujourd'hui sur le sommeil, le sommeil dérègle les cycles hormonaux naturels du corps humain. Le manque de sommeil, le manque de sommeil dérègle complètement. L'augmentation de sommeil augmente le risque de passage à la dépression, augmente le risque de pathologie cardiovasculaire, augmente les troubles de la mémoire, augmente l'anxiété, augmente l'irritabilité. Tout ça, ça crée un terreau fertile pour de la douleur neuroplastique. Donc, demandez-leur comment ils dorment. Ce qui pose problème, c'est que parfois, ils vont avoir des habitudes de vie qui ne sont pas compatibles avec le fait de bien dormir. Exemple très simple, ils sont stressés, ils sont pas bien, et avant de se coucher, ils ont besoin d'un petit shoot de dopamine en étant sur leur téléphone, un Netflix, un Instagram, et ils vont passer une heure sur leur téléphone comme ça. Ce qui va se passer là-dedans, c'est assez bâtard parce que sur le court terme, ils vont en effet avoir un shoot de dopamine, c'est pour ça que ces machines ont été inventées. C'est un shoot de dopamine, tu vas voir une augmentation de ton bien-être immédiat. L'effet rebond, il est drastique, il est dramatique, il est triple. L'exposition à un écran juste avant de vous coucher, ça va alors, je sais plus si si augmenter ou diminuer la mélatonine, on va dire dérégler la mélatonine. La mélatonine, c'est une hormone qui fait que quand vous dormez, vous dormez bien et vous dormez profondément. Et c'est ce qui va faire que quand vous avez un bon cycle de mélatonine, lorsque vous allez vous réveiller le matin, vous allez vous réveiller plutôt en forme. Si vous avez une mélatonine qui est déréglée, non seulement vous allez mal dormir la nuit, mais le matin, vous vous réveillez fatigué. Ça, c'est uniquement l'effet de la lumière. La deuxième chose, et ça, c'est un peu plus bâtard, c'est qu'il y a un tel shoot de dopamine que vous êtes bien et vous ne voyez pas le temps passer, et ça rogne directement sur votre quantité de sommeil. Et la troisième chose, celle-là, c'est la pire et c'est la plus insidieuse. Si votre cerveau apprend à avoir un shoot de dopamine simple avec juste un truc à faire qui est de rester là et de faire ça, l'effet bâtard que ça va avoir, c'est que demain, lorsque vous allez vouloir entreprendre quelque chose de plus complexe, de l'éducation, du sport, des relations sociales qui font sens, votre cerveau, il va dire : "En vrai, c'est beaucoup plus simple d'être dans mon lit à regarder un truc que de me faire chier, me déplacer, dépenser de l'argent, prendre le risque d'être insatisfait pour avoir une plus grande récompense." Je vais vous donner un exemple. Si vous ne vous rendez pas compte de cette douille, d'après vous, qu'est-ce que vous préférez ? Payer 15 balles pour avoir une séance de cinéma, une horaire que vous n'avez pas choisi, prendre le risque de voir un film qui va peut-être être long pendant 2 heures, qui n'est pas forcément très, très bien, avoir du pop-corn qui n'est pas assez sucré et pas la meilleure place, et devoir vous déplacer sous la pluie, ou pour le même prix, en restant dans votre canapé, avoir accès à une infinité de tous les films que vous voulez, qui vont être recommandés par une intelligence artificielle qui aura calculé vos préférences, pouvoir le regarder depuis votre canapé et avec l'heure que vous voulez, pour le même prix. Qu'est-ce que vous préférez ? La deuxième. Il faudrait être fou pour dire je préfère être allé au cinéma que de regarder Netflix. C'est beaucoup plus pratique. Maintenant, je vous pose la question : est-ce que vous avez des souvenirs précis de bons moments vécus en regardant une série Netflix ? Est-ce que vous avez des souvenirs précis en étant allé au cinéma, y compris en étant déçu, ce n'est pas un mauvais film ? Combien de souvenirs de vie vous avez au cinéma ? Combien de souvenirs vous avez de Netflix ? En fait, aujourd'hui, la dopamine est tellement puissante que ça devient tellement confortable qu'on ne se pose même pas la question de la qualité de vie qu'on y a associée, des souvenirs qu'on y a associés. Donc oui, avoir un téléphone avant de dormir, ça joue sur tout ça.

La 4ème chose que je recommande à mes patients, et c'est de loin la plus sous-cotée, c'est la méditation. On a plus de, je crois, 30 000 études qui ont été réalisées sur la méditation. On n'a pas tous la même sensibilité, hein. Par contre, ce qui est sûr, c'est que pour les douleurs chroniques, si c'est un problème de cerveau, ça me paraît assez logique d'utiliser un outil du cerveau pour reprogrammer le cerveau. Parce que là, pour le coup, oui, c'est ce que nous a montré l'usage de la méditation, c'est de la reprogrammation cérébrale, c'est de la neuroplasticité, c'est pour pouvoir diminuer de la douleur, de l'anxiété, de la qualité de sommeil. Et je pense qu'en tant que kiné, c'est pas complètement con d'essayer sur soi, de se planter pour le proposer à nos patients.

La dernière chose, et qui est à mon sens peut-être la plus importante, mais qui est la plus difficile à entendre pour nos patients, c'est une prise en charge si, voire psychiatrique. Ça, c'est très dur pour eux. Je l'ai mis en dernière, mais en vrai, elle devrait être en première. Je l'ai mis en dernière parce que c'est ce qu'il y a de plus dur pour les patients parce que ça revient à cette chose-là de : "J'ai un dégât des eaux à cause de mon voisin, mais c'est moi qui dois nettoyer." Et ça, ça crée un vrai conflit parce que ça crée le sentiment d'injustice. C'est pas à moi d'aller devoir gérer des trucs alors que c'est pas de ma faute. Malheureusement, ce n'est pas de ta faute, mais c'est de ta responsabilité pour t'en sortir. Pour certains patients, il faudra des années pour y arriver. Certains patients iront chez le psy, mais une fois qu'ils y sont, c'est comme quand ils sont chez le kiné, ils y sont physiquement, mais ils ne font pas l'effort. C'est très compliqué parce qu'en fait, en réalité, ce qu'on sait aujourd'hui sur ces douleurs-là, c'est que ce n'est pas tout noir, tout blanc. Ça a plutôt été à des expositions à des facteurs de risque, à des violences domestiques quand on était gamin ou quand on est adulte, à des expositions à des traumas sexuels quand on était gamin ou quand on était adulte. Et ça, en fait, certaines personnes dans leur psyché se sont créé des couches de carapace extrêmement violentes ou extrêmement fortes pour ne plus avoir être de nouveau confronté à ça. Et si on fait un parallèle trop rapide, ce sera de dire : "En fait, vous avez mal au dos parce que vous avez subi des violences quand vous étiez gamin." C'est faux. Par contre, le fait d'avoir été exposé à des violences quand on était gamin fait que plus tard, notre cerveau, il est plus sensible à apporter plus d'importance et à créer plus de douleur à même stimulus nociceptif. Il faut comprendre que nos patients, la douleur, elle est complexe, et que si on traite seulement la surface de l'iceberg, la douleur nociceptive, et qu'on ne traite pas la vraie iceberg qui peut être l'exposition à des facteurs de risque qui peuvent nous créer des mauvaises programmations du cerveau, on passe à côté d'une partie du traitement. Donc nous, en tant que kiné, notre rôle, c'est d'être capable d'entendre l'intégralité du discours, me dire : "Hmm, il y a des billes là-dedans, ou je suis que là-dedans." Si c'est que du nociceptif, je vais traiter du nociceptif. Si c'est que du neurogénique, je vais traiter du neurogénique. Si jamais il y a des billes là-dedans, je vais essayer d'apporter tous ces conseils-là. Est-ce que mes patients, ils vont les prendre ? Très probablement pas. Chez eux, je vous invite à avoir un discours qui est plutôt déculpabilisant et accompagnant. Ou chez eux, vous pouvez avoir un discours qui est très carré, très anatomique, très biomécanique. Ce n'est pas les mêmes personnes. Est-ce que parfois ça se mélange ? Oui. Est-ce que souvent ça se mélange ? Oui. Et ce sera à vous de faire appel à votre expertise pour être capable de jongler sur ces trois sources de douleur. J'ai des patients, ils se sont construit une telle couche là-dessus, alors parfois en partie à cause de professionnels de santé qui leur ont dit : "Vous avez rien, c'est dans votre tête." Et là, tu leur dis : "Bah, en fait, il faut traiter la tête." Tu vois, j'ai eu le cas mardi, j'ai passé 40 minutes à lui expliquer ça. Je pense que si elle en a retenu deux ou trois pour cent, c'est tout. À la fin, elle m'a dit : "D'accord, mais vous pouvez pas quand même me donner des exercices pour mon dos ?" Je lui ai quand même donné les exercices pour son dos, et je lui ai dit : "La prochaine fois que vous venez me voir, je veux que vous ayez pris un rendez-vous chez un psy. Je veux, et je veux que vous ayez dormi au minimum 7 heures par nuit." Je lui ai expliqué la métaphore de l'iceberg et tout. Je sais pas si ça prendra. Ces outils, ils marchent surtout chez les gens qui sont ouverts à cette discussion-là. Et il y a des gens parfois, la porte, elle est très fermée. Et c'est pour ça que j'insiste autant, et en particulier depuis la crise du Covid, à ce cadre de la communication. Je pense que si on veut ouvrir la porte, il faut déjà créer un espace de confiance. La nana que j'ai vu mardi, elle avait 24 ans, elle se retrouve avec un bleu sur la cuisse. Ici, quand il voit un patient ou une patiente, surtout avec un bleu sur la cuisse, se pose des questions. Super félicitations. On voit nos patients déshabillés. Quelqu'un qui a un bleu sur la cuisse, alors là, c'est assez inégal. Je pense que c'est plus simple d'être une nana quand on va aller sur ce terrain-là. En tant que mec, moi, je demande le consentement systématiquement. Je lui ai dit littéralement : "OK, j'ai vu que vous aviez une marque sur la cuisse. Est-ce que c'est OK si je vous pose une question ?" Et systématiquement, la réponse sera : "Ah non, mais il se passe rien. Non, je me fais pas du tout taper, je me suis fait ça en tombant dans les escaliers." Peut-être que c'est vrai, ce n'est pas à moi de juger. Et ma réponse, elle est toujours la même, elle est de dire : "C'est OK. En tout cas, sachez que si jamais vous avez besoin d'en parler, je suis là. Si jamais vous voulez m'envoyer un mail à n'importe quelle heure pour en parler, je suis là." La réalité derrière, elle est dramatique. J'ai jamais reçu de mail et j'ai jamais reçu d'appel. La deuxième chose, c'est que quand bien même il y a un mail ou un appel, il y a une plainte sur 100 qui arrive à la condamnation du coupable. Ça, les nanas le savent, et c'est dramatique, mais c'est un vrai sujet. Je pense que, en tout cas, créer un espace de communication pour se dire : "Bah, j'ai de la flotte en fait à cause d'une connerie d'un mec qui est pas de moi, et j'ai envie de la traiter." Bah, c'est déjà commencer par ouvrir cet espace de parole. Est-ce que certains d'entre vous sont formés à la détection et à la communication sur les violences faites aux femmes ? C'est difficile, hein. C'est, c'est, c'est un sujet qui est touchy, hein. Malheureusement, bah, ça concerne quand même pas mal de monde.

J'espère que cette vidéo vous aura plu. Dites-le-moi comme d'habitude, si jamais ce format vous plaît, un petit commentaire, c'est hyper important pour moi pour le référencement et surtout pour savoir si ça vaut le coup que je continue de vous partager ces extraits de conférence. À très bientôt, bye bye.

Si jamais cette vidéo vous a plu, je vous invite à regarder celle-ci que j'avais fait avec des kinés sur le 3 x 100. Pourquoi est-ce que faire 3 x 10 à nos patients, ça sert à rien, puis celle-là sur la douleur chronique. À la prochaine, ciao.