Transcription
Rebienvenue sur le plateau de quotidien. La dernière fois qu'on s'est vu, on a parlé de votre tour du monde de 5 ans en passant par les pôles avec votre poule Monique. Comment va Monique si elle est toujours de ?
Bah non, malheureusement elle est plus là. Elle est plus là aujourd'hui mais bon voilà, elle a une belle vie quand même pour une poule.
Oui, elle a une belle vie. Vous l'avez mangé ?
Non non, quand même pas. Non non non, impossible.
Non, bah ça se mange une poule. Excusez-moi. Voilà. Bienvenue en tout cas. Depuis, il y a eu la traversée de l'Atlantique à la Rame, votre premier vent des globes et depuis samedi donc un record mondial, le tour du monde en solitaire à l'envers, c'est-à-dire d'ouest en est. D'habitude, on le fait d'est en ouest.
Euh non, c'est l'inverse.
D'accord. Ouais. Ouais. Logiquement, on fait ouest est là, j'ai fait est ouest.
Est ouest. D'accord. sur un multicock réalisé en seulement 94 jours 21h53 soit 27 jours de moins et Jean-Luc Vanel Ed qu'il avait fait sur un monoque.
Désolé, je m'y connais pas trop en mer donc euh mais c'est pas mal hein quand même hein.
D'accord. Ouais. Oua donc on va expliquer tout ça. Mais d'abord comment vous sentez depuis samedi ?
Ben moi je suis en franchement je suis en pleine forme. Je suis rentré il y a Ouais un peu près 48 heures.
Vous êtes parti le 23 décembre.
Et je suis parti le 23 décembre. Ouais j'ai mis Ouais. J'ai mis voilà un peu de temps quand même mais c'est passé super vite et j'étais à la fois hyper content de retrouver la civilisation mais j'étais quand même bien sur l'eau hein.
C'est vrai ?
Bah ouais, on est super bien quoi.
C'est-à-dire que vous n'avez pas vu la terre du tout.
Si. Euh si j'ai vu la terre. Ouais. Ouais. J'ai pu me rapprocher de certaines côtes et donc j'ai pu apercevoir certains endroits. Donc ça c'est super sympa. On va en parler après 94 jours. Le premier truc qu'on fait c'est quoi quand on arrive sur terre ?
Bah c'est enfin en tout cas moi ce que je voulais faire c'est venir chez quotidien ça c'est certain.
Alors à part ça et il y avait pas un ?
Non mais si. Non mais alors déjà c'était forcément mes enfants, retrouver mes enfants et après c'est juste prendre une douche en fait. Prends une douche, mettre des affaires propres, sentir bon, dormir dans un lit, des choses simples. Un repas et un bon repas forcément du frais. Alors des langoustines, des tomates et une bonne bourrata. Je sais que c'est pas la saison mais bon, j'ai fait une petite exception.
Alors, que signifie un tour du monde à l'envers ? Vous dites que c'est un tour du monde contre nature.
Oui.
Expliquez pourquoi c'est contre nature.
Alors, ouais, bien sûr. Donc, en fait les vents, vous vous avez fait ça ?
Hein ? Moi, j'ai Oui, j'ai fait ça. Ah ouais, c'est ça. C'est ça. Super. Ouais. Ouais, carrément. J'ai fait ça. Et donc la route du vent des Globes, donc c'est à l'inverse de ça. Ça veut dire que la route du vent des Globes, il passe d'abord par du Sud. Bon, c'est ça. D'accord. Et en fait donc on est dans les vents et courants et vagues portants. Donc ça veut dire qu'on est poussé par les éléments parce que les vents dominant c'est les vents d'ouest et donc c'est-à-dire quand on part vers le cap horn directement en descendant l'Atlantique, on se retrouve face au vent, face aux vagues et c'est là où ça devient beaucoup plus compliqué. Et sur tout le trajet, vous êtes face aux éléments.
Bah non, justement donc l'idée comme moi j'ai un bateau très rapide mais un bateau donc c'est un bateau quand même qui est qui est pas hyper costaud par rapport au à mon concurrent d'avant qui avait un bateau en aluminium. Donc en métal et un monocoque, lui il pouvait se permettre, c'est beaucoup plus fragile. Et d'ailleurs, il y a eu plusieurs tentatives avant moi et jamais personne a réussi à aller plus loin que le Cap horn. Faut savoir que le dernier, il s'est retourné au Cap horn, par exemple, il a perdu son bateau, il a coulé. Donc moi, je savais que si je restais trop sud, c'était juste impossible. Donc c'est là où il a fallu jouer en fait avec les vents pour essayer de rester dans du vent au maximum portant. C'est pas toujours le cas. Souvent, je me suis retrouvé avec des vents de face, 7 m de vague, beaucoup de de beaucoup de vent. Et c'est vrai que c'est ces moments-là où tu te dis faut pas que ça dure trop longtemps parce que ça risque de mal finir en fait.
Et alors c'est un bateau qui est fait pour être pour être manœuvré à plusieurs. C'est ça ?
Oui, logiquement c'est des bateaux qui sont faits pour être en équipage. C'est mieux.
Genre combien ?
Bah genre quand les gens partent en tour du monde sur ce bateau, ils sont à peu près six.
D'accord. Et vous, vous y étiez tout seul ?
Et voilà. Moi, j'étais tout seul. Ouais.
Pourquoi ?
Bah pourquoi ? Parce que là, c'était un tour du monde du coup en solitaire.
Faites pas confiance aux autres.
Moyennement confiance moi mais non mais là c'était vraiment un record du monde. Après bah forcément le bateau il est moins poussé que avec six personnes en permanence à bord mais voilà c'est des bateaux qui sont super physiques. Ce qu'il faut c'est voilà c'est anticiper mais l'idée c'était de faire voilà un tour du monde en solo et pas pas en équipage.
Est-ce qu'il y a des moments où vous avez douté où c'était hyper dur et vous dites "J'arrête, j'en peux plus ?"
Non alors moi j'arrête. Non un breton ça abandonne jamais, ça faut le savoir. Ça c'est important. Non non non mais en fait forcément des moments de moins bien. Non non mais il y a eu des moments de moins bien. Il y a des moments où tu dis mais pourquoi je me mets dans des conditions comme ça quoi ? C'est pas possible. Tu penses à tes proches qui sont bien chez toi.
Bah oui vraiment. Mais euh mais en fait c'est euh c'est c'est c'est une expérience exceptionnelle aussi. C'est vraiment une chance incroyable de de faire ça. Après tu sais que les moments compliqués ils vont être passagers en fait. Tu sais que la tempête où tu es dans la tempête ça va durer 2 jours, 3 jours.
Le poteau noir par exemple.
Oui oui le poteau noir c'est bah le poteau noir c'est l'équateur en fait. C'est vraiment l'équateur hémisphère nord et hémisphère sud. Donc là on Ouais, c'est là c'est vraiment la ligne noire quoi.
Donc c'est là il se passe quoi ?
Bah là il se passe quoi ? C'est une zone de convergence. Donc c'est-à-dire que les vents bah là on peut voir des images où les vents tombent dans tous les sens. Il y a des gros grains, il y a des éclairs. C'est c'est un peu le bordel quoi, on peut le dire.
Et c'est vrai que c'était le 31 décembre, c'est ça ?
Et c'était alors là Ouais. Oui. Je pense que c'est un peu près ça parce que je suis parti le 23 décembre et donc j'ai dû arriver une semaine après au niveau du premier poteau noir. Donc je pense que c'est fin décembre.
Et là, on se sent tout seul.
Ah bah là tu te sens Ouais. Tu te sens Bah tu te sens souvent tout seul, hein, quand même. Surtout sur un bateau aussi gros. Faut dire que le bateau, il équivaut à trois terrains de tennis. C'est 32 m sur 21 m. Donc c'est quand même balaise. 600 m² de voile euh à gérer tout seul chaque manœuvre, ça prend à peu près 1 heure, quoi.
Donc euh vous avez eu peur dans ce genre de situation en fait ?
En fait non, j'ai pas eu peur parce que j'ai fait d'autres aventures auparavant. Je me sens bien préparé mais en fait la grosse peur c'est de pas arriver au bout. C'est de casser, c'est d'avoir un souci technique.
Et s'il y avait un souci technique, vous faisiez comment ?
Bah ça dépend du souci technique. J'en ai eu à bord mais ça m'a pas ça m'a pas ça. J'ai pas dû arrêter, on va dire. J'ai pu continuer, tout s'est bien passé, j'ai réussi à me débrouiller tout seul. Ouais. Ouais.
C'est vrai que vous êtes tombé sur un embouteillage. Attendez là, ici au Cap de Bonne Espérance.
En effet, avec ce qui se passe au Moyen-Orient, malheureusement, il y a eu beaucoup de bateaux qui sont déroutés en fait par l'Afrique du Sud et donc il y avait un nombre de cargos.
B mais ça c'est en direct, c'est vraiment fly radar.
Ouais, exactement. Le fly radar des bateaux.
La place du sommeil.
La place du sommeil c'est alors c'est je pense que c'est le plus compliqué à gérer en fait le sommeil. Surtout sur des bateaux comme ça. Je fais des des micro-siestes. Donc je peux dormir 1 minute, 5 minutes, 10, 15, 20, 25, 30.
Vous savez l'heure qu'il est vous en foutez de l'heure ?
Non, je m'en fous. Non non, vraiment, je vis avec la lumière. Mais le problème de ces bateaux, c'est contrairement à bateau du Vendée Globe où il y a une vraie quille en fait sous le bateau, ça veut dire que tu peux être couché et tu sais que même si le vent va rentrer très fort et que tu es pas là au bon moment pour choquer tes voiles, le manœuvrer, le bateau il va pas se coucher.
Non mais en fait c'est que sur un monocoque, un bateau du Vendée Globe, le bateau peut se coucher. Si tu es pas dessus tout de suite, c'est pas très grave. Le bateau va se redresser. Là si je pars me reposer une minute, rien qu'une minute, que le vent rentre fort et que je suis pas là et je suis pas présent à l'extérieur, je me retrouve à l'envers.
D'accord. Et donc bah ça forcément c'est c'est donc vous avez pas fait des nuits de 6h quoi ?
Non pas encore.
C'était quoi la nuit la plus longue ?
Bah c'était bah en moyenne j'ai dormi 2 3h par 24h mais en fractionné donc je dormais vraiment pas beaucoup d'affilée 30 minutes.
Ouais ouais c'est pas c'est pas énorme.
Continue quand vous dormez. C'est vraiment c'est 24h/24 ça s'arrête jamais.
Je pensais que les ordinateurs pouvaient tout faire.
Ah non non non non. Mais après gérer le vent le truc le machin et tout. Non mais j'ai un pilote un pilote automatique donc c'est que je suis pas obligé de rester à la barre mais moi par contre faut que je règle mes voiles, faut que je fasse ma route, faut que tu fasses ta météo, faut que tu bricoles. En fait ça s'arrête jamais hein.
La place du repas justement, la place du repas, elle est hyper importante. La nourriture c'est vraiment en fait c'est le c'est le carburant. Je dépense énormément d'énergie à bord. Donc je peux manger 6 sept fois dans la journée et je mange quoi à manger ?
Bah il y a un peu de tout. Là je suis en train de manger des des carbonaras lyophilisé donc déshydraté. Ou ça peut être de l'apertisé. L'apertiser, c'est comme des boîtes de conserve, sauf que c'est sous vide et ça peut être un bœuf bourguignon, ça peut être Ouais, il y a plein il y a plein de choses. Après, bon bah c'est sûr, c'est pas c'est pas comme à la maison, je vais pas vous mentir, mais j'ai la chance d'avoir quand même une cuisine à peu près correct hein. Euh et donc ce qui m'a permis de de faire de faire des plats et de pas mourir de faim. J'avais pas j'avais pas Monique pour le coup pour me faire des œufs.
Malheureusement, c'est à quel endroit que vous avez failli heurter un cargo ?
Bah, à l'Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud.
Ouais, c'est ça. Cap de Bonne Espérance. C'est là où ça devenait très compliqué parce qu'en plus c'est bateaux qui font entre 200 et 400 m de long tout en acier et tu sais que si tu viens le percuter, bah le bateau c'est c'est terminé quoi. Hein c'est fini. Ouais. C'est un peu stressant.
Et comment vous en êtes sorti ?
Et ben bah faut rester éveillé donc parfois tu ne peux enfin par exemple à l'approche du Cap Horn pendant 3 jours j'ai pas pu dormir quoi. C'était pas possible. Et c'est là où ça devient dur parce que tu as des hallucinations à bord. Moi ça m'est arrivé de chercher du monde sur mon bateau et tu cherches du monde mais en fait tu au bout d'un moment tu dis mais non mais là tu es tout seul, tu as personne quoi.
À cause du manque de sommeil.
À cause du manque de sommeil. Ouais. Et c'est là où c'est où tu peux faire des bêtises quoi.
La plus belle image qui restera dans votre tête toute votre vie c'est quoi ? C'est où ?
Bah c'est la rivière en Bretagne quand même hein.
Ah bon ? Je croyais que c'était l'île de Pâques.
Ouais l'île de Pâques aussi. L'île de Pâques c'était Ouais ouais l'île de Pâques c'était incroyable. Non mais il y en a eu tellement des beaux souvenirs.
Pourquoi vous êtes passé vous êtes passé loin ? Ça c'est vous. Ça c'est l'île de Pâques.
Ouais on voit les statues et tout en fait. Vous êtes passé carrément à côté. Je suis passé Ouais vraiment à côté. Ouais bah je me dis que c'était cool de vous ramener des images au drone quand même. Ça vaut ça vaut le détour.
Bah oui on a évoqué la solitude tout à l'heure. Comment vous la comment vous la comment vous la vivez la solitude ? Comment on arrive même si on est occupé toute la journée ?
Oui. Est-ce que est-ce qu'il y a des moments où on est on sait qu'on est seul ?
Bah oui, on le c'est lourd quoi. Non, moi ça me dérange pas. J'aime bien être tout seul et je pense que c'est une chance en fait d'être seul parce que c'est des moments que tu prends pour toi et dans la vie de tous les jours, on est on est suré, on est en train de courir dans tous les sens et on n'a pas trop le temps de se poser avec soi-même. Et le fait de partir et de couper un peu avec le monde extérieur, bah voilà, ça fait du bien. Ça permet de se poser des vraies questions et de se concentrer sur l'essentiel. Et moi, j'en ai besoin. J'ai besoin de me retrouver de temps en temps tout seul. M.