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Bipolaire et psychiatre : le témoignage du Dr Sikorav

La Psychiatrie du Soleil54:31

Transcription

Euh, et ben, d'abord, je voulais vous remercier de me donner l'occasion de faire ce témoignage, parce que ça a une valeur pour moi que vous imaginez pas. Honnêtement, c'est, c'est plus pour que ça serve. Mon histoire, je la connais. Je suis pas là pour la célébrité ou je sais pas quoi. Je pense que ça peut servir pour les patients, pour les familles, et pour certains médecins. Parce que j'ai une histoire classique de chez classique. J'ai une famille avec aucun problème, j'ai une enfance où on avait de l'argent, de l'amour, il y a absolument eu aucun souci, il y a zéro traumatisme, ni de près, ni de loin. Euh, et ça m'a pas empêché d'être diagnostiqué type 2 au sens médical le plus net du terme. C'est-à-dire que il y a eu 15 ans de retard, il y a quasiment que des phases dépressives. Les phases hippomanes est passées inaperçues en fait. Quand je suis en phase hippomane, je suis un, je suis un connard, je suis quelqu'un de, de encore plus sûr de moi que je peux donner là comme impression. Je sais tout, j'interromps les gens, tout le monde est bête, et c'est pas du tout agréable comme phase. Et donc, il y a pas mal de, de clichés. Je trouve que moi, j'aurais un peu en frein. Et la norme, c'est ça. Donc je pense, c'est important un peu pour pas mal de personnes.

Euh, moi, ça a commencé par un TDA en fait. Donc j'étais gamin et, euh, je m'arrêtais pas, j'avais du mal à tenir en place. J'avais une, une inattention qui était relative, parce que ça se voyait pas forcément. Et par contre, il y avait des problèmes de régulation émotionnelle où je devais passer sous la douche. Donc, il y avait des fois où mes parents arrivaient pas à me calmer, il y avait rien qui marchait. Ça pouvait durer 2h, et il fallait une douche froide. Moi, j'ai appris qu'après qu'en fait, sur le plan neurobiologique, la douche froide, ça stimule le système parasympathique et que c'est loin d'être bête. Euh, mais c'est vrai qu'il y avait un décalage entre le gamin à peu près convenable entre guillemets, et puis des espèces de moments de rage où, bah, j'étais imperméable à toute forme de régulation. Mais ça a pas trop posé de souci, parce que, euh, la famille pouvait s'accommoder. Donc, en fait, moi, je faisais mes devoirs en sautant sur les, sur les, j'avais lit, je sautais tout le temps, c'était ça, en courant partout. Il y avait la grand-mère qui venait pour m'aider à faire les devoirs et cetera. Mes parents, ils avaient des capacités de régulation émotionnelle majeures. Je suis dans une catégorie socio-professionnelle élevée, il y a des Tuf, machin, les cousins, ils ont 150 000 cousins. Et du coup, la famille a pu s'adapter. Si j'avais pas eu la chance d'être né dans une famille comme ça, ça aurait peut-être posé souci. Parce que quand vous avez le gamin qui commence à hurler, à se rouler par terre au supermarché, à la maison, bah, il y a des fois où vous êtes un peu dépassé, vous savez pas comment faire. Donc, je pense que le, au-delà des symptômes, il y a quelle accommodation est-ce que la famille a pu faire sur ces symptômes. Et moi, par exemple, sur le plan financier, je reviendrai après, mais la seule chose qui fait que j'ai pas la Banque de France derrière moi, c'est que la famille a aligné des dizaines de milliers d'euros d'aide financière pour compenser mes phases. Et du coup, enfin, si vous demandez au, quel symptômes il y a, on est au courant de rien. Il faut faire venir la famille, parce que des fois, il y a des familles qui se sont organisées autour de la maladie, et ça, ça change tout. Donc ça, je reviendrai après. Mais du coup, ça a commencé comme ça, et, et ça a pas trop posé de problème jusqu'au moment où j'ai fait ma première dépression. Et du coup, ça, c'était 14 ans. Donc, j'avais ma première petite amie, je me suis fait larguer, je me suis pas fait larguer, puis j'ai fait ma dépression. J'ai eu ma première petite amie, puis j'ai fait mon premier état mixte où je l'appelais enragé parce que elle avait parlé à un mec, je pense, dans la rue ou je sais pas quoi, et j'étais obsédé par ça. Et du coup, je l'appelais en la harcelant, j'ai fini par la menacer de, je sais pas quoi, et puis elle s'est cassée. Et moi, j'ai compris qu'après que ça, c'était fait dans ce sens-là. Mais mon histoire à ce moment-là, c'était, et pour, et l'histoire pour les, les personnes qui me connaissaient, c'était : bah, il s'est fait larguer, du coup, il est déprimé, du coup, il faut traiter la relation avec l'abandon, et cetera, et cetera. Et peut-être, c'est, c'est pas le sujet, mais, mais à postériori, en fait, je me suis rappelé que c'était pas tout à fait comme ça que ça s'était passé. J'avais contacté la petite amie, et oui, ça, c'est pas comme ça que ça s'était passé. J'allais bien, et puis j'ai un peu perdu mon sang-froid entre guillemets, de façon durable, et puis après, c'est passé comme ça.

J'avais vu des psychologues avant, parce que mes parents avaient de l'argent, et du coup, ils m'avaient envoyé voir du psychologue. Un, parce que, bah, j'arrivais pas trop à réguler mes émotions de temps en temps. Et deux, parce que, bah, mine de rien, euh, il y a cette espèce de, de, de penser que le, la, le suivi psy va pouvoir permettre d'améliorer un peu les gens. Je sais pas si vous avez ça comme expérience, mais je trouve que la psychothérapie, il y a deux, il y a deux choses. Il y a la psychothérapie pour les troubles de santé mentale, et là, c'est une chose. Vous voyez, il faut plus, j'essaie de réduire mes TOCs ou je sais pas quoi. Et après, la psychothérapie un peu plus psychothérapie de la Renaissance, où les gens essaient d'aller de mieux en mieux, où on n'est pas forcément malade entre guillemets, mais on essaie d'améliorer le truc. Et du coup, j'ai fait 1, 2, 3, 4, 5 psychologues différents avant d'avoir été diagnostiqué, à tendre un trouble bipolaire. Et avec le recul, c'est vrai que moi, si je suis psychologue et que j'ai quelqu'un qui vient pour des, des symptômes dépressifs, et dans la famille, le père est bipolaire, la tante est louche, il y a des suicides, des pendaisons, des, il y a quelqu'un, il y a une femme qui s'est pendue et qui a mis feu en même temps, enfin, je sais pas si vous imaginez le truc. Il y en a un, on a appris qu'il avait sauté d'une falaise. Mais, mais, mais, enfin, c'est une famille, c'est, c'est surréaliste, hein. Ça a juste sauté une demi-génération, mais sinon, à chaque étage, et ben, c'est extrêmement louche. Et c'est vrai que je pense que c'est les psychologues étaient formés, c'est quoi les antécédents familiaux ? En fait, dès, dès 14 ans, j'aurais dû être : allô, il y a un souci. À mon avis, ça devrait être fait comme ça. C'est pas une critique des psychologues, je sais pas qui pourrait les former, mais ça, on peut pas scinder les deux, je pense. Parce qu'il y a des maladies mentales qui vendent chez le psychologue bien avant d'aller chez le psychiatre. Moi, j'ai fait plein de séances de psychothérapie qui m'ont, honnêtement, rien donné. Et c'est pas que c'est mal en soi, mais ça n'a pas suffi, vraiment, ça n'a pas suffi.

Et donc, j'ai un pédopsychiatre à 14 ans, et il a dit : bah, il a un TDAH, il a une dépression. Il m'a mis un antidépresseur, et l'antidépresseur a marché au bout de 6 mois. Et en fait, 6 mois, c'est la durée d'une dépression moyenne chez un patient bipolaire. C'est 3 à 6 mois. Et donc, en fait, moi, j'ai longtemps intégré que oui, ça avait marché, ma famille aussi. Mais en fait, je suis arrivé chez lui en septembre, en octobre, le moment où la luminosité s'effondre, et puis je suis ressorti au mois de mai, quoi. C'est pas le traitement. Normalement, c'est deux semaines, voire même une. Mais, donc, message pour tout le monde, là, quand les gens prennent un traitement, enfin, c'est censé marcher. Si au bout de, de trois semaines, ça marche pas, faut réévaluer la dose, ou la posologie, ou la, ou la molécule, ou le diagnostic. Mais, mais donc, moi, j'ai commencé comme ça. Il m'a fait faire de la TCC à cette époque, et, et en fait, moi, la TCC, j'arrivais à rien. Je sais pas si les gens se rendent compte, la, la dépression, c'est, c'est pas, c'est pas être triste. J'étais pas triste, honnêtement, à cette époque-là, ma première dépression, j'étais pas triste. J'étais complètement à plat, je, j'arrivais pas à me lever pour aller me laver, j'avais, j'avais pas envie de manger, j'avais pas le courage de me faire à manger. Si on me donnait à manger, j'avais pas le courage de prendre l'assiette, et ça m'intéressait pas du tout. Alors, mes parents, ils ramenaient des religieuses et cetera, mais, mais c'est, j'étais pas triste, honnêtement. Je pleurais pas plus que ça à ce moment-là. J'étais suicidaire, mais, mais j'étais pas plus triste que ça. J'étais ralenti. Ils avaient fait venir la, la, la, la concierge pour s'assurer que je mangeais bien, enfin, c'était quand même quelque chose. Et, et c'est passé tout seul.

Et moi, mes dépressions, elles ont pas commencé à 14 ans. À 14 ans, j'ai ma première dépression, mais à 8 ans déjà, en hiver, j'étais moins bien. C'était franc, j'étais moins bien. Et en été, j'étais plus en forme. C'est à tel point que mes parents, ils m'ont emmené aux îles en hiver. Donc, on prenait l'avion, on allait faire trois semaines en Guyane ou un truc du genre. Et oh là là, il va beaucoup mieux. Et donc, enfin, vous, enfin, je sais pas si vous voyez le, enfin, m'arrêter si vous avez des questions. Mais la, la, ce que la famille a mis en place pour supporter ma maladie, c'est, c'est, c'est renversant, quoi. Et donc, je fais ma dépression, il m'a proposé de faire de la TCC. Le gars, j'arrive chez lui, il me dit : écoutez, je dis : écoutez, j'ai envie de rien faire. Il me dit : on va commencer par faire la liste des trucs que vous voulez pas faire. Et ça s'est arrêté direct, en fait. Moi, le gars, il m'a rajouté des exercices à faire. Et c'est là que j'ai découvert la TCC. Et je pense que c'est important, parce que je suis le premier moi à critiquer la psychanalyse et cetera et cetera. Faut faire de la médecine, et F dans PA et cetera. La TCC, c'est bien pour les gens qui arrivent à le faire. Il y a aucun doute que si on fait ces exercices de TCC et cetera, ça marche très bien. Quand vous êtes sur des maladies chroniques compliquées avec si diagnostic du DSM différent, vous pouvez pas juste arriver et balancer les exercices de TCC, parce que vous avez lu que sur une étude de 300 patients, ceux qui font les exercices, ils vont mieux. C'est plus compliqué que ça. Donc, j'ai pas fait la TCC. Il m'a fait passer un test de QI qui ne m'a plus jamais servi à quoi que ce soit. Je, je, je refuse de dire le, le chiffre, parce que je pense que ça n'a fondamentalement pas d'intérêt. S'il a un test de QI, ma mère, elle a un test de QI, il a un QI à 80, si vous voulez. Elle a fait une teste de maths. Donc, soit il y a un souci dans la mesure, soit elle a triché, je sais pas. Et moi, le test de QI, l'idée, c'était : ouais, il est pas débile, il faut qu'il puisse aller en cours et cetera. Ça n'a intéressé personne, en fait. Mon test de QI n'a intéressé personne. Et je pense, je suis pas sûr que ce soit intéressant pour tout le monde, sauf si on a des anomalies majeures. Mais cette idée que, j'étais en fait plus intelligent ou ou HP ou je sais pas quoi, moi, j'ai, j'ai très vite laissé tomber. Et je, je, je pense, mais ça, c'est mon avis en tant que patient, que c'est plus un piège qu'une aide. Je pense que c'est plus un piège. Mais, mais ça, c'est encore un autre sujet.

Et donc, j'ai laissé tomber la thérapie parce que j'arrivais pas. J'ai fait ma sortie de dépression au bout de 5, 6 mois, parce que c'est comme ça que ça se passe. Puis j'ai continué mon petit chemin. Les profs étaient pas du tout au courant de ce que c'était une dépression, ça leur passait complètement au-dessus du chapeau. Donc, moi, j'ai des profs qui sont battus pour que je redouble, et puis après, j'ai redoublé, j'ai eu les mêmes notes, parce que pas de secret. Puis pour que je triple. Euh, ils estimaient que je pouvais pas avoir un bac général et que j'étais pas assez malin et qu'il fallait que je fasse un CAP et cetera. Et moi, je me vois au conseil de classe dire : mais je sais pas pourquoi, je sais pas pourquoi, mais au deuxième, au premier trimestre, ça va. Et puis au deuxième, c'est une catastrophe, parce que c'est l'hiver. Et puis au troisième, je rattrape, je sais pas vous dire pourquoi. Et c'était ma mère, pareil. On a fait des réunions avec les profs, avec le proviseur, qui nous a expliqué que j'étais juste pas très malin. Et que ma femme de ma mère, devait, ce lapsus, c'est mon lapsus le plus fréquent, quoi. Ma, ma mère devait faire le deuil de ce, de cet enfant qui n'était quand même pas très, très malin. Et ça a duré jusqu'à la fin, ça, vraiment, ça a duré jusqu'à la fin. Et pas que les profs. Donc, j'ai fait mes petites dépressions, puis ça revenait tous les hivers. Dépressif, c'était à l'heure près, je veux dire, je savais qu'on allait faire le changement d'heure, parce que j'ai l'humeur qui, c'était inévitable. Et au moment du changement d'heure en été, ben, j'avais la pêche. Mais honnêtement, j'avais vraiment la pêche. C'est-à-dire que je faisais pas les étés, je faisais du basket, je faisais 10h de basket par jour, j'étais vachement social, je faisais des blagues, je faisais des pompes, enfin, je veux dire, j'ai toujours pété le feu en été, ça, ça a été très clair. Et puis ça continue comme ça. Donc, mon bac, c'était la cata, j'ai eu 10. J'ai fait une école d'ingénieur, j'ai fait une dépression, donc j'ai foiré l'école d'ingénieur. Après, c'est toujours pareil. Et puis là, je me suis dit : je vais faire médecine. Je sais pas pourquoi, parce qu'en fait, quand, quand vous faites des dépressions, vous devenez un spécialiste pour rebondir. Vous voyez, il y a des gens, ils font une dépression, et puis ils arrivent, et ils sont sortis de leur dépression, mais il y a une espèce de, d'ouragan qui s'est fait. Les, les potes se sont barrés, ils ont perdu leur boulot, ils ont pris 10 kg, et il faut qu'ils se relèvent. Et c'est, je pense, peut-être aussi dur que l'épisode dépressif en soi. Il faut vraiment rattraper sa vie. Les, les patients atteints de, de maniaco-dépression, il y en a qui en ont fait 30, 40 des dépressions comme ça. Et du coup, c'est des spécialistes, en fait. Je veux dire, c'est des gens qui reprennent le train en marche. C'est, c'est devenu une seconde nature. Moi, j'ai fait ça, je sais pas combien de fois, honnêtement. Et donc, à l'époque, j'arrivais à me dire, parce que le cerveau peut rationaliser tout et n'importe quoi. Ça, je vous le dis, parce que j'ai compris après, hein. Mais à l'époque, pour moi, j'étais une phase. Et en fait, bah, peut-être que médecine, j'aurais plus de chance. Enfin, j'avais, j'avais plein de raisons. J'ai toujours plein de raisons. Le cerveau humain peut donner des raisons. Et tout. Et du coup, j'ai fait médecine.

Et en fait, pour avoir médecine, il faut passer un, un oral. Moi, j'avais post-bac, mais j'ai pas pris post-bac, parce que je voulais faire médecine à l'époque, parce que dans ma famille, il y a des médecins. Et, mais je me suis dit : bah, je vais me vautrer, c'est pas possible. Du coup, j'ai fait l'école d'ingénieur, je me suis vautré. Et après, c'était sur concours pour, on pouvait pas s'inscrire avec les autres étudiants. Donc, j'ai, il y a toutes les facs de médecine de France, j'ai envoyé mon dossier à toutes les facs, et elles m'ont toutes dit non. Sauf une, la fac de Descartes, où le doyen m'a reçu. Il m'a reçu pour me dire que il fallait que je me réveille, et que j'étais trop bête pour faire médecine. Je sais pas si vous vous rendez compte. Et il est doyen, le gars, il a mieux à faire, il y a plein de réunions, enfin, et il a pris la peine de m'expliquer qu'en fait, j'étais pourri et que fallait se réveiller. Enfin, c'était des trucs assez comme ça. Et j'ai pu m'inscrire à Poitiers, parce que à Poitiers, le site internet est pourri, et il a buggé. Donc, j'ai pu m'inscrire avec les autres étudiants à Poitiers. Et quand je m'inscris, j'arrive au, j'arrive devant le mec pour finaliser l'inscription, il me dit : bah, vous avez rien à faire là, ça a buggé. Et là, il y a un type qui passe derrière, et je sais pas qui c'est, franchement. Si, si un jour, il, je le remercie, il a regardé, il a dit : oui, bah, vous êtes le profil, on s'en fout, vous avez qu'à le valider. Et c'est un mec comme ça qui m'a un peu sauvé la vie, je pense. Et donc, les, les héros ne portent pas tous de cape, vous voyez. Il y en a qui sont pas connus, il y en a, ça se fait dans.

Donc, j'ai fait mes études comme d'hab, dépression sur dépression. L'hiver, zéro. Et donc, je faisais tout en trois semaines au mois de mai. C'est, j'ai tout fait comme ça. Donc, je, j'étais un très mauvais médecin, honnêtement. Moi, je passais 60 % de mon temps dépressif, c'était d'octobre jusqu'à mai. Et puis après, faut en sortir. Et donc, concrètement, je pas calculé, mais ça doit faire 50, 60 % du temps. Donc, autant dire qu'il y a des stages, je sais même plus ce qui s'est passé, je sais pas vous dire comment ça s'est produit ou pas. Donc, mes dépressions, elles étaient nettes, et mes phases hautes, elles se sont précisées petit à petit, et j'étais de plus en plus odieux. Et donc, j'étais furieux. Moi, mes vrais symptômes, c'est que je suis furieux. C'est une rage qui me fait trembler, rien que d'en parler. Enfin, j'ai humilié des personnes quand j'étais haut. J'avais pas assez dormi, enfin, c'est, c'est terrible. Mais du coup, j'avais un pote, et ce pote, il m'a suivi. Donc, c'est, c'est bizarre, hein, d'être pote avec quelqu'un pas équilibré. Parce que au mois, au mois d'octobre, vous le voyez plus. Vous lui proposez des trucs, fait : ouais, bah, machin. Je le vois encore me regarder et me dire : mais mec, des fois, tu es, tu es tellement ralenti, je comprends même pas ce que tu fais, dire. Et puis au mois de mai, c'est parti, viens, on va faire du sport, machin, truc. Alors, faut suivre. Ça, c'est sympa. Sauf que, à force, les, les périodes d'été, le patient, il est moins sympa. Il était plus énervé, en tout cas, moi, c'était ça. Et du coup, en fait, ce pote, il y a un moment où il a dit : bah, stop. C'était, honnêtement, une, une histoire d'amour. Je veux dire, c'est un mec qui me faisait rire, je, c'était incroyable. Et c'est une relation qu'on a jamais pu à réussir à rattraper. Je me suis pointé, hein. Je me suis pointé un peu plus tard en disant : ouais, bah, j'ai bipolaire, en fait. Donc, c'est ça. Et ça, mais je pense qu'il voulait aussi que ça se rattrape, mais ça, c'est pas fait. Et ça, ça m'a servi. Je pense qu'il y a des patients qui doivent savoir faire le deuil de certains relations. Il y a des relations qui sont trop abîmées, qui peuvent pas être réparées. C'est comme ça. Ça fait partie, je pense, des symptômes de la maladie. Je dis pas qu'il faut laisser tomber, mais que pour toutes les relations, hein. Mais c'est ça, atteste un peu de la gravité, je pense, de ce que les gens peuvent vivre quand on est externe à tout ça.

Donc, je fais mes, mes études de médecine. Euh, je continue à avoir des psychologues de temps en temps. Donc, au total, j'en ai vu 6 ou 7. Je me mets en couple avec, avec une personne qui, qui tombe amoureuse de moi en été, et puis qui, qui l'aura bien décrit, qui dit : j'espérais la fin de la phase chaque année, voyez. C'était, elle était avec moi pour les 4 mois heureux en été, et puis le reste du temps, bah, le temps que je me remette et que je, je m'en sorte, bah, c'était ça. Donc, elle est restée avec moi. Et je refais une phase dépressive où là, c'était plus trop possible. On avait un, je, je m'en souviendrai toujours. Vous couvrez ou pas, mais on avait un, un train qui, qui est passé. Alors, je suis un peu émotif, mais ça, c'est normal, c'est pas que je suis pas stable, vous inquiétez pas. Mais on avait un train, j'étais en stage, c'est au milieu de l'hiver. On avait un train qui passait, et je voyais ce train, et, et c'est vrai que je, je sais pas vous dire pourquoi j'ai pas franchi le pas, honnêtement. Je sais pas vous dire à ce moment-là. Je sais, je me souviens même plus de ce qui s'est passé. Je sais même pas si j'ai pas eu un appel, je sais pas quoi. Mais, mais je me, je me souviens de, de ce moment. Et, et, et c'était plus faisable, quoi.

Donc, je suis arrivé chez un psychologue psychanalyste, euh, et donc, je lui dis un truc qui, honnêtement, est textbook, quoi. C'est-à-dire que je me pointe et je dis : ah, putain, je comprends pas, parce que là, je vais pas bien, j'ai pas faim, machin, alors que cet été, je pétais la forme, j'ai acheté un appareil de muscu, j'ai fait un pré-étudiant, je dormais pas, enfin, c'était la forme, quoi. Et du coup, en, en 10 minutes, elle me dit : bon, ben, monsieur Sikorav, là, faut boire un, vous faut des médocs. Donc, vous allez aller chez mon, mon collègue, parce que moi, je gère pas ça du tout. Et donc, je vais chez le collègue, et il me donne fluoxétine et des pacottes. J'ai eu la chiasse pendant 1 an. Honnêtement, ça m'a donné une diarrhée, je suis désolé, je le dis comme ça. Ça m'a donné une diarrhée, je pense que c'est indescriptible. C'est-à-dire que j'avais mal tout le temps, j'avais mal au tout le temps. Et ça a surtout pas marché. Et il y avait peu de raisons que ça marche. On va pas faire de pharmaco, mais c'était un, c'était un pari, on va dire.

Et en fait, moi, ça m'a coûté ça, parce que je suis arrivé chez Madame, elle m'a dit : bon, tu as quoi ? Bah, j'ai un trouble bipolaire. Elle me fait : ouais, on l'a vu en cours, c'est vrai que ça paraît pas déconnant. Et, bah, tu es traité ? Du coup, ouais, je prends le traitement. Et en fait, ben, ça, ça n'a rien fait, quoi. J'étais peut-être un poil plus vénère, mais ça n'a rien fait. Et donc, Madame s'est barrée. Elle a dit : bon, bah, si c'est ça le traitement, si c'est ça la personne suivie, bah, en fait, je pars. Et c'est pour ça que le, et là, c'est pour mes collègues psychiatres qui nous regardent, le un traitement qui ne marche pas beaucoup, qui n'a pas d'effet secondaire, mais qui ne marche pas beaucoup, ça a un prix. Ça a un prix. Le temps joue contre nous. Le temps joue contre nous. Et moi, c'est une relation de 5 ans, donc elle est partie. Ça m'a mis en vrac, mais c'était au milieu de l'été. Donc, j'étais pas dépressif, j'étais triste, j'étais mal, mais j'étais triste. J'étais triste une semaine, puis après, j'ai roqué. Enfin, c'est la vie, hein. Mais, mais enfin, je veux dire, quand vous regardez dans les études et cetera, vous voyez que ce qui s'est passé pour les gens qui ont pris le traitement, ils restent dans l'étude, et puis on voit si ça marche ou pas. Il y en a qui sont barrés, il y en a qui sont barrés. Et dans les gens qui sont barrés, on sait pas ce qui s'est passé du tout sur ces gens-là. Du coup, la médecine fondée sur les études randomisées, là, c'est bien, mais ça a des limites. Mais je crois qu'on en parlera après ça.

Donc, donc je fais mon, fais mon diagnostic. Et puis là, je regarde les psychiatres sur la région, parce que j'étais à Poitiers à l'époque. Et en fait, il y a un collègue qui était interne en psychiatrie qui me dit : écoute, mec, va sur Paris, parce que sur Poitiers, c'est chaud, je sais pas trop qui te recommander. Et donc, je vais sur Paris. Je vois un type, ancien assistant des hôpitaux, le gars BG, 200 € la consulte, c'était classe de ces classes, il y avait, il y avait du, du Van Gogh, et c'était incroyable, quoi. Et j'arrive chez lui, et le gars, il m'a massacré. Je suis arrivé, et j'étais déprimé, il m'a changé le médoc vite fait. Trois semaines après, je reviens vers lui, je vais mieux, et je lui ai dit : écoutez, je reprends tout d'un coup, là, je suis chaud, je fais psychiatrie, j'ai acheté le TSM, le Stal, machin, j'ai tout fait. Et là, il m'a dit : ouais, moi, je pense que vous êtes juste encore un petit peu haut. Euh, mais bon, c'est mon avis. Et là, je me suis dit : quel, quel con, ce gars. Mais quel con. Il me connaît, mais il croit qu'il me connaît. Il m'a vu quoi, trois fois. Il m'a pris les fras, mais il connaît rien de ma vie. À l'époque, pour moi, c'était pas bipolaire, hein, franchement. Moi, c'était un espèce de truc que j'avais mis en place pour, euh, convaincre les gens. Ouais, c'était ma petite, ma petite excuse. En fait, j'étais juste une phase. Mais j'avais réussi à les, à les berner. Donc, donc ça m'a pas trop plu, je suis parti. Et, ben, en fait, ça marchait pas son truc, parce que c'était passé la même chose que la dernière fois. Je suis arrivé chez lui un mois ou deux avant le changement d'heure, et du coup, bah, j'ai fait ma petite phase en ce temps, c'était pareil.

Et du coup, là, je suis interne, je suis interne en psychiatrie, et je suis pas stable. Ça va pas le faire, ça va pas le faire. Faut que je, faut que je sois stable. Et il faut que je trouve quelqu'un. Moi, moi, je suis fait pour être en couple. Bon, voilà, il y a des gens qui, ils sont pas faits pour soi. Moi, je suis, je suis, voilà, je préfère la vie à deux, il y a pas de doute. Je rencontre ma femme, elle est interne en psychiatrie, maintenant, elle est psychiatre. Euh, et, et je pense, le premier soir, elle me dit : il faut qu'on fasse, il faut qu'on fasse ça, machin. Et je fais : ouais, on va faire ça. Et le deuxième soir, fait : allez, on va dans un bar, on va regarder un match de rugby. Et je fais : bah, putain, je sais pas trop, parce que moi, j'étais pas stable, donc j'étais un peu angoissé. Donc, le match de rugby, où les gens, moi, j'étais inhibé. Je veux dire, niveau régulation, expressivité émotionnelle, je savais même pas comment j'étais à l'époque, parce que moi, j'ai fait ça tout le temps. Donc, si vous me faites passer un, un diagnostic de trouble de perso, bah, je suis narcissique en été, dépendant en hiver, et puis en fait, ça fluctue. Donc, moi, honnêtement, je savais même pas à l'époque. Donc, je faisais peu semblant, vous voyez. Donc, je me voyais pas dans le truc de rugby, en train de faire semblant de kiffer. Et du coup, je lui dis : ouais, j'ai jamais fait. Et puis, là, se retourne vers moi, elle fait : mais quoi ? Mais, tu as jamais maté de match de rugby ? Et du coup, j'ai lâché l'affaire. J'ai fait : attends, je t'arrête tout de suite. J'ai jamais rien fait de ma vie. J'ai, j'ai fait des dépressions. Le, le reste du temps, j'ai pas fait grand-chose. J'ai essayé de rattraper mes dépressions. Et elle est restée. Je sais pas pourquoi. Je sais pas pourquoi. Mais vous voyez, j'étais cash direct. Je me voyais pas mentir, faire des machins. J'ai des patients qui mentent comme ça. Moi, j'ai des patients. Et votre conjoint, il en pense quoi ? Bah, je lui dis pas. J'ai peur qu'il me juge, et tout. Je sais pas comment ils font. Je sais pas comment ils surveillent leur humeur. Du coup, moi, je vous en parle là, parce qu'en fait, ma femme, ça aurait été le, le curseur. Ça aurait été, c'est elle qui a décidé de si j'étais stable ou pas. C'était pas moi. Si ça avait été moi, honnêtement, je serais déjà, je serais déjà mort, c'est clair et net.

Je me suis battu, et puis à un moment où, où j'ai vraiment laissé tomber, quoi. Je me suis dit que j'avais aucun pouvoir. C'est dans les, les Alcooliques Anonymes, il y a, c'est les premières étapes, je sais pas si vous connaissez un peu, où, où ça marche vachement bien pour l'addiction. Les Alcooliques Anonymes, la première étape, c'est de se, de rendre les armes, en fait. Vous abdiquez, vous acceptez le fait que l'alcool est, est une puissance supérieure contre laquelle vous pouvez rien faire, et vraiment, vous devez vous rendre, quoi. Je veux dire, il y a plus de, ouais, mais en fait, je fais ça, je fais ça, machin. Non, non, en fait, vous êtes victime de ça, et vous faites trois. Allez, ben, moi, mes problèmes d'humeur, c'était pareil. En fait, quand j'étais bien, je me trouvais dépressif. Quand j'étais odieux, je me trouvais angoissé. Quand j'étais dépressif, je me trouvais juste un peu lent. Enfin, j'étais incapable de dire comment j'étais. Du coup, j'étais incapable de dire comment ça marchait ou pas. Et donc, il y a un moment où j'ai fait : bah, je la suis, quoi. Donc, c'est elle. Il faut que les patients se rendent compte de ça, parce que sinon, c'est impossible de bosser, honnêtement, c'est ingérable. Le cerveau est une machine à rationaliser, on, on sait faire que ça, honnêtement. Horreur du vide. Et, et moi, j'ai des gens qui font des dépressions depuis 20 ans, qui viennent me dire que, ouais, je suis déprimé parce que si, parce que ça, mais ça, ça n'a aucun, aucun, aucun sens, aucune réalité scientifique, ni rien. En fait, moi, je peux vous expliquer tout. Regardez, là, si vous m'arrêtez pas, je peux parler pendant 6h sur pourquoi j'étais déprimé. Et, et il faut que les gens se rendent compte de ça. Faut que les psychiatres se rendent compte de ça, qu'on peut pas suivre les patients sans que la famille soit convoquée. À non, c'est pas possible, c'est impossible de faire ça. C'est pour moi une faute professionnelle. Je veux dire, à la pharmacie, on pourrait mettre ça en place. Vous imaginez, au lieu de faire des scandales sur le, les Citalopram qui vous manquent, le QT de 6 millisecondes, là, on pourrait dire : bon, ben, quand est-ce qu'il a vu votre conjoint la dernière fois ? Paf, c'est fini. Enfin, je, je m'égare.

Et du coup, j'étais pas stable. Et là, autant j'ai pu essayer les psychologues avant, et honnêtement, je me suis un peu fait une idée, ça ne marchait pas pour moi. Et je suis passé de l'autre côté, j'ai fait les psychiatres. Donc, là, c'est vraiment la deuxième période de ma vie, où je deviens interne. Je suis passionné de la psychiatrie. Moi, c'est vraiment une obsession. Honnêtement, je pense que c'est plus qu'une passion à ce stade, c'est presque malsain. Ma femme pourra vous le dire. Il y a des fois où, où je fais semblant d'être constipé pour finir un article dans les toilettes. C'est vraiment un truc qui, c'est plus. Et ce serait trop. Et je pense que ma femme dirait qu'on est déjà un peu dans le trou. Mais bon. Et donc, je, là, je suis interne, en train de bouquiner à droite à gauche, des trucs et des machins. Mais je suis pas stable. Et je me dis que la baffe va revenir. Le début d'internat, c'est en novembre, c'est-à-dire, c'est déjà pas très bien parti. Et donc, je fais des psychiatres. J'ai fait 1, 2, 3 psychiatres qui m'ont moyen chauffé, honnêtement. Parce qu'en fait, là, il y avait un décalage. Moi, j'avais fait ma petite phase haute pendant l'été. Donc, mine de rien, le Stal, le DSM, et des bases de neurobio, je les avais. Quand je suis arrivé chez le psychiatre qui m'a dit : on va vous mettre un autre antidépresseur, parce que je pense que ça peut marcher. J'étais vite refroidi, quoi. Vous voyez. Donc, j'en ai fait un, deux, trois, ça l'a pas fait. Et, il y a le, le professeur avec lequel j'étais en tant qu'interne, qui est une personne incroyable. Je dirais pas le nom, mais qui, qui a jamais douté du fait que je pouvais bosser en tant que psychiatre, quoi qu'il se passe, je veux dire, quoi qu'il se passe. Et du coup, qui m'a envoyé voir un, un autre professeur. Et puis lui, qui était bien, mais il y avait un problème avec les effets secondaires. Il y avait un souci. Donc, on a, on a essayé l'Abilify. Donc, c'est le aripiprazole. C'est pas l'Abilify, parce que l'Abilify, moi, quand j'entends ça, j'ai envie qu'on m'abilify toute la nuit. Mais l'aripiprazole, c'est moins sexy. Et j'ai essayé l'aripiprazole. Et l'aripiprazole, c'est bien, parce que la tolérance est pas trop mauvaise. Ça marche pas trop en moyenne, mais la tolérance est pas trop mauvaise. Donc, c'est, c'est une première rentrée. Et c'est pas grave, c'est, il faut bien prescrire un truc. Et j'ai découvert la catizie. Euh, et ça, c'est, je sais pas, vous en avez sûrement parlé dans la chaîne YouTube. Mais, euh, je me souviens que j'étais en stage, et je voyais le médecin voir des patients, et entre chaque.

Patient, je me levais pour faire un tour de couloir, et puis la la la professeur, la la médecin, le Seigneur, qui me dit : "Mais, qu'est-ce que tu fous ?" J'ai de la captisé. [ __ ] qui me dit : "Va voir le, va voir ton psychiatre." Et je me disais : "Mais non, parce que si je dois y aller, faut que je fasse une heure de route." Et une heure de route sans me lever, je sais pas comment je vais réussir à faire. J'étais en l'AR, c'est une masse, masse. Quand vous avez de la catisac, de de la bilifa, il faut, enfin, faut agir vite. Ça sert à rien d'attendre 3 mois, ça va pas passer, hein. Ça passe pas. Donc bon, je lui dis : "Ça passe pas, je me fais le lithium." On essaie le lithium. Je pisse 3 litres la nuit, la nuit. Donc 3 litres la nuit, donc ça c'est 6 litres la journée, 3 litres la nuit. Vous voulez pour pisser, l'humeur commence à se dégringoler à vite, à se gratter. Quoi ? Donc j'attends, j'attends. Et puis euh, j'appelle un NRO qui me dit : "Arrêtez ça tout de suite." Bon. Et puis on fait deux trois, deux trois trucs comme ça, et ça marchait quoi. C'est... je suis désolé, ça marchait pas. Il y a rien à faire, ça marchait pas. Et ça marchait pas parce que il y a un décalage entre ce que vous avez dans les études et ce que vous avez dans la vraie vie. Le le patient qui a fait, je sais pas, 20 dépressions, qui est à moitié mixte quand il est haut, qui fait des cycles rapides, machin, avec des suicides par à droite à gauche, dans la famille d'alcoolisme. L'abilif, c'est optimiste, c'est bien, mais c'est optimiste. Vous pouvez pas, je vous revois dans 3 mois en attendant ce que ça donne, c'est un poil optimiste à mon avis.

Et en fait, j'ai fini une fois par pas aller à ce, à ce rendez-vous. Et euh, parce que en fait, ce qui se passe, c'est que j'avais peur de me [ __ ] en l'air sur le chemin. Parce que moi, mes idées suicidaires, c'est avec des objets movibles. Je sais pas pourquoi. Donc c'est des trains ou des voitures. Mais sur l'autoroute, vraiment, je le sentais pas. Et en fait, il m'a envoyé un message. J'ai pas appelé pour rappeler parce que quand vous êtes déprimé, vous osez pas. Puis alors, c'est pas dire, c'est pas normal, on est d'accord. Il y a pas de place en psychiatrie, les rendez-vous sont chers. Donc quand vous avez un professeur qui vous reçoit, si vous y allez pas, au moins vous vous excusez, c'est la moindre des choses. J'ai, j'ai pas osé. Et il m'a envoyé, et c'était bien parce que il m'a envoyé un message 3 mois après en me disant : "Vous savez, le problème, c'est que vous pensez que vous êtes meilleur que les autres, et c'est pour ça que vous êtes malheureux. Et ce qui vous arrive est mérité. Et ça n'a rien à voir avec les médocs et cetera." Et là, ça a été une révélation. Parce que je me suis dit : "Bah, faut que je me soigne moi. Il y a pas 36 solutions. Faut que je me soigne moi."

À la décharge de de ce professeur, euh, quand j'étais en stage, moi, j'avais un trou bipolaire, et il y avait pas de doute. Il y a des gens où c'est pas clair. Honnêtement, malheureusement, c'est pas si clair que ça. Moi, je pense que c'est aussi, aussi franc qu'une insuffisance cardiaque gauche. Mais il y a des patients où c'est pas clair. Z, des patients, ils sont un peu psychotiques, alors on sait pas trop. Il y a des consommations de produits, il y a des troubles de perso, il y a des phases qui ressemblent pas quand ça saute, c'est pas clair, on sait pas trop. Et et et le trouble bipolaire, faut de la pharmaco, et il faut de la pharmaco. Je suis désolé. Alors ça, c'est mon avis. Mais sans médoc, c'est vachement dur. C'est vachement dur. Vous pouvez faire des études où quand les gens dorment mieux et mangent mieux, ils arrivent à mieux gérer. Il y a aucun doute sur ça. Mais euh, il y a des, il y a des familles, il y a des patients où sans médoc, c'est une catastrophe. C'est une catastrophe. Et je pense que les études qu'on a sont assez claires, les données qu'on a sont assez claires.

Et du coup, quand j'étais en stage, excusez-moi, moi, j'ai vu des trucs, j'ai vu des trucs de dingue. Honnêtement, j'ai vu, je l'avais mis sur LinkedIn. J'ai un patient bipolaire qui avait été mis sous Risperdal. Sous Risperdal, c'est presque 80 % des problématiques de libido qui surviennent. C'est fréquent, chez fréquent. Enfin, c'est. Et le patient, il avait vu son médecin traitant, et il avait dit : "Je veux arrêter le R.A.L." Je plus. Le médecin traitant, il peut pas arrêter. C'était une injection en plus. Il sait pas quoi faire le médecin traitant. Et il pouvait pas être vu au CMP, il y avait pas, il y avait de l'attente au CMP de toute façon. Et du coup, il a fini par arrêter ses traitements, et il était complètement décomposé. Il avait pris l'autoroute en sens inverse, et il était arrivé chez nous. Et franchement, on comprenait rien à ce qu'il disait, sauf le "Momo", il disait. Et il tapait du poing sur la table, il disait. Et il disait : "Je bande pas, je bande pas, je bande pas." Et ce mec, on l'a remis sous Risperdal. Il avait rien eu d'autre comme médoc. Et le médecin à l'époque, j'avais dit : "Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je comprends pas." Et le médecin, il m'avait dit : "Ah, j'ai vu, j'ai plein de patients au Risperdal, et personne se plaint de problème. C'est des conneries."

Et donc, je, enfin, je vais pas faire la liste des trucs fous que j'ai vu en secteur. Honnêtement, mais ce qui est sûr, c'est que très vite, je me suis différencié du corps médical à ce niveau. Voyez ? J'ai, j'ai, j'ai décidé que mon expérience suffirait pas, que j'étais obligé d'aller chercher des infos à droite à gauche, et que je refusais de voir ce qui, dont j'avais pu être témoin lors de mes stages. Et mes stages en secteur public ont été un enfer. Un enfer. Donc j'ai fait des stages en intra-hospitalier au CHU. Donc c'est universitaire. J'ai fait un stage au centre antipoison. C'est incroyable. Centre antipoison. Franchement, vous faites une ingestion de shampoing sans faire gaffe, il vous interroge de façon plus précise que quand vous faites une tentative de suicide avec certains, certains collègues. C'est vraiment : "Quel type de shampoing ? À quel moment vous avez pris ? Quelle dose ? Qu'est-ce que vous avez après ? Où est la bouteille ?" Enfin, c'était des trucs de, ils sont d'une rigueur, c'est incroyable. Une rigueur qu'on a pas en psychiatrie, je pense. Il faut pas se lever.

Et donc, mes stages en intra, en intra-hospitalier en secteur psychiatrique public, j'ai pas pu les finir. Je les ai tous finis en arrêt. Parce que ça me rendait complètement malade. Honnêtement, j'ai jamais su, je pourrais pas vous dire si j'ai pas pu les finir parce que j'étais pas équilibré, parce que j'ai été équilibré qu'après, ou si c'est parce que intrinsèquement, ça, j'ai été trop concerné pour pouvoir finir. Mais c'est sûrement un mélange des deux. Mais j'ai pas pu les, j'ai pas pu les finir ce stage. Donc je me suis soigné moi-même. J'ai une ordonnance que mes confrères ne peuvent pas renouveler parce qu'ils connaissent pas. C'est pas de leur faute, c'est pas dans le Vidal. Vous vous m'entendrez râler sur le sujet, je vous épargne les trucs, mais c'est hors AMM. Et je peux pas faire autrement. C'est pas que je veux pas, c'est que je peux pas faire autrement. Du coup, chaque fois que je parle de ça, parce que je parle de mon trouble bipolaire, moi, c'est ma plus grande fierté. Honnêtement, c'est le truc dont je suis le plus fier, c'est d'avoir réussi à à maîtriser ça. Alors c'est des sacrifices, hein. Je mange toujours à la même heure, je me couche tous les jours à la même heure. Mais quand j'avais, quand j'avais 10 ans déjà, j'avais, j'avais des potes qui venaient : "Viens, on joue aux jeux vidéo, Michel." Et j'étais là : "Non, je vais te défoncer après, c'est pas la peine." J'avais 10 ans. Je sais pas si vous vous rendez compte. Ça fait, ça fait 20 ans que je sacrifie ma vie, que à 11h, je suis couché, que je fais chier ma femme à chaque fois : "Viens, rôtir, machin." C'est dire, je touche pas d'alcool. C'est pas parce que je suis fort, c'est que j'aime pas l'alcool, ça me fait rien. Je touche pas aux clopes. Ça, c'est dire, c'est des sacrifices constants.

Mais mais je pense que, enfin, je m'en cache pas. Et ça, c'est aussi fait parce que je dis aux gens : "Bah ouais, je suis bipolaire." "Pourquoi tu as pas fait ça ?" "Bah, j'étais en dépression." Machin. Je le dis comme je pourrais dire que j'ai une polyarthrite rhumatoïde, je sais pas quoi. Et au début, ça me mettait mal à l'aise, he. Mais maintenant, ça fait partie de ma vie, toute façon, intégrante. On voit des gens qui témoignent rémission de cancer et cetera. Je fais aucune différence. Je fais aucune différence. Honnêtement. Et et même, et je vais plus loin. Quand quand je regarde, je me vois quand je revois le pont là, et que je me dis que, bah, parce qu'on a un deuxième enfant qui est arrivé là, et que je me dis : "Bah, euh, mon deuxième fils va naître et cetera et cetera." Et ben, je regrette pas de m'être battu. Vous voyez ? Je regrette pas une seconde de m'être battu. Et je pense que ce que c'est ce que j'essaie de dire aux patients quand je peux. Parce que des fois, on a besoin de temps. Il y a des patients, ils arrivent chez vous, ils en sont à leur 30, 30e épisode. Ils ont pas 3 ans devant eux, là. Faut que vous trouviez un truc qui marche et vite. Parce que ils ont une corde à la maison. Et pouvoir donner un peu d'espoir, c'est pas, en attendant que le médoc marche, peut-être. Bah, c'est un des trucs qui me sert. Donc c'est vrai que c'est vrai que ça me sert pas mal.

Donc j'ai fait mes, j'ai fait mes propres médocs. J'ai pris de la Quétiapine au début. Je le dis, je pense que c'est essentiel. Ça marche. Ça m'a donné une faim obsédante, une faim absolument obsédante. Je me levais la nuit pour manger. Je ne pensais qu'à bouffer. Je pensais qu'à bouffer. J'ai pris, j'ai pris 10 kg. Mais j'avais pris 10 kg avec le Dépakote, j'ai pris 10 kg avec machin. Moi, moi, de base, je suis, je suis tout maigrichon. Je fais 70 kg. Là, je fais 95. Mais euh, c'est même pas sur le poids en fait, c'est que je pensais vraiment qu'à ça, quoi. C'était une faim, je pouvais plus m'arrêter de manger. Et et du coup, j'ai pris de la Metformine. Mais j'ai découvert ça qu'après. J'ai découvert ça après. Aujourd'hui, avec de la Metformine, bah, bah, je peux manger correctement. C'est-à-dire que je peux me faire un plat qui prend du temps à cuisiner, sans me taper un paquet de gâteaux parce que j'ai trop faim avant, quoi. Donc en fait, j'ai, j'ai fait mes épreuves avec des trucs hors AMM. Donc c'est des trucs où il y a des, des milliers de patients, des dizaines d'études. Donc c'est pas, c'est pas la colchicine de Monsieur notre confrère dans le Covid, hein. C'est pas un truc de nulle part. C'est juste que en France, les études s'arrêtent aux frontières, et il faut tout refaire en français, sinon c'est considéré comme pas existant. Donc ça, pareil, je vous évite ça.

C'est peut-être pas tout le monde, mais mais je me suis stabilisé comme ça. Ça m'a coûté, j'ai 45 000, 50 000 € de dettes, je pense. Je pense que si j'avais pas eu cette famille là, j'aurais été à la rue. Honnêtement. Lors de mes phases hautes, j'avais fait de la musculation à un moment. J'avais ramené plus de 2 tonnes de poids de musculation dans mon studio qui était au 6e étage. On était au-dessus de ce que pouvait supporter le sol, si vous voulez. Ça aurait pu être une catastrophe n'importe quand, en fait. Je dire, je, je. Donc en fait, moi, c'est ça, là, ma maladie. Ça aura vraiment été des problèmes d'abord d'attention et de concentration, et des problèmes de régulation émotionnelle. Vraiment, ça, j'arrivais pas. Quand ça décollait, ça ne s'arrêtait pas. Et puis ça a été des dépressions qui étaient, mais c'était clockwork, quoi. Vraiment, c'était une dépression mini-parentale. Il y avait rien à faire. Et puis au fur et à mesure du temps, il y a eu des phases un peu mixtes, un peu machin. Mais voyez, moi, mes phases hautes, je me vois, je me vois me lever la nuit pour acheter des des costumes en cachette. Des costumes. Vous me voyez, j'ai des costumes, j'ai des costumes Calvin Klein et tout. J'ai des trucs, mais j'ai jamais mis ça de ma vie, quoi. J'ai jamais mis ça de ma vie. Et et j'avais toujours, j'ai toujours eu quelqu'un pour me dire : "Ouais, mais en fait, c'est que, euh, c'est qu'en fait, tu es pas vraiment un trouble de l'humeur, c'est qu'en fait, tu es un peu une fignasse, ou en fait, tu adores les costumes inconsciemment et cetera." Et j'ai toujours eu quelqu'un pour faire ça.

Et dans mes stages, à la fin du stage, quand je disais : "Je suis désolé parce que j'étais franc." Moi, quand j'ai, à la fin du stage, on dit : "Bon, ben, comment tu as trouvé le stage ?" Et je dis : "Je suis désolé, j'ai trouvé ça horrible. Je suis pas d'accord avec comment ça travaille. Je suis pas d'accord avec quoi que ce soit." Et il y a pas un médecin qui m'a dit : "Ouais, c'est vrai qu'il faudrait peut-être qu'on voie ça et cetera." Moi, on m'a toujours dit : "Ouais, mais c'est que tu es pas stable, c'est qu'il faut que tu prennes soin de toi et cetera et cetera." Et et moi, je suis né résilient. Je, je, je naturellement, je rebondis. J'aimerais bien vous dire que c'est que je suis plus malin qu'un autre, je sais pas quoi. Mais je sais. Mais alors ma mère a toujours cru en moi. Elle s'est pas posé la question une seconde de, en fait, est-ce que je pouvais faire ça ou pas ? Ça, je pense que, je pense, je pense qu'elle s'est même pas posé la question. Vous voyez ? Elle a même pas fait le pour et le contre, je sais pas quoi. Elle s'est dit : "J'ai rien." La faute de tout ça. Euh, la médecin psychiatre, la chef de de service universitaire, là, je pense qu'elle a cru en moi aussi. Je pense qu'elle s'est posé la question. Mais euh, elle, elle m'a jamais emmerdé. Elle m'a jamais emmerdé.

Et aujourd'hui, je regarde derrière, et ce que j'ai fait, j'ai pas douté une seconde. Et heureusement, parce que je sais pas où je serais. Parce que il y a plus de gens qui m'ont qui m'ont enfoncé que des gens qui m'ont tendu la main. Honnêtement. Il y a des gens incroyables. Moi, j'ai des internes. Alors je faisais pas de garde, vous imaginez bien, parce que quand je faisais des nuits blanches, j'arrivais le matin. J'ai fait, j'ai fait trois gardes, je crois. Troisième, je me suis pointé, j'ai molli une copine interne. Et puis on est revenu voir, bah, j'étais, j'étais un peu HP, enfin, j'étais mixte, quoi. Donc j'étais furieux. Donc vous faisiez tomber un bol devant moi, c'était fini. Je, enfin. Et du coup, ils m'ont dit : "Bon, ben, tu arrêtes de faire des gardes." J'ai des internes qui, paraît, qui m'ont jamais, qui m'ont dit : "Bah, on fait ta garde." Jamais. Donc j'ai des gens qui m'ont soutenu. Mais des gens qui m'ont écrasé, j'en ai, j'en ai beaucoup plus, quoi. Vraiment, j'en ai beaucoup plus.

Et du coup, après, j'ai essayé de bosser à l'hôpital psychiatrique. Et même problème. Même problème. J'avais des gens qui me disaient : "Bah, le trouble bipolaire, ça existait pas en fait, c'est une histoire de de de sexe dans l'enfance et cetera." Et les clichés sont là. Enfin, les clichés sont là, quoi. Et la vérité, c'est que les clichés sont là. Donc vous avez le le professeur Lançon qui me donne, qui qui m'autorise à participer sur sa chaîne YouTube, alors qu'il connaît que dalle de moi. Honnêtement, il sait rien de moi. Il sait que je suis un peu excité sur les réseaux sociaux, là, mais c'est tout. Il connaît que dalle. Et ça, c'est des, c'est incroyable. Je veux dire, je pense que c'est ça qui fait que on est soignant. Vous voyez ? C'est pas d'être professeur, d'être médecin. C'est, c'est comme pour les Pères et Dents. Enfin, je veux dire, si, s'ils savent faire ça, c'est très bien. C'est ça, ça suffit. Il y a pas besoin d'un diplôme ou je sais pas quoi. Et et puis il y en a d'autres qui sont prêts à se battre pour vous enfoncer, à vous trouver des raisons pour pourquoi est-ce que ça marche pas, pourquoi est-ce que ça, pourquoi est-ce que c'est de votre faute et cetera. Et et moi, j'ai de la chance, ça a toujours glissé sur moi.

Et s'il y a un truc à prendre en thérapie, je pense, avant d'être stable, une fois qu'on laisse, c'est que effectivement, le, c'est aussi peu valable que qu'on ait des raisons d'être dépressif. "Je suis dépressif parce que il m'arrive." Parce que non, non, tu es dépressif récurrent parce que tu as un problème d'humeur, c'est tout. Pas chercher midi à 14h. Et ben, quand les autres commencent à nous expliquer pourquoi est-ce qu'on arrive pas, c'est pareil, ça a absolument zéro valeur. C'est des des raisons qui sont données comme ça à droite à gauche. Je prends 15 médocs par jour. J'en prends à 8h, à 10h, parce qu'il faut être à jeun. À midi, à 18h, au coucher. Ça m'emmerde. Ça m'emmerde. Il y a aucun doute. Si je pouvais ne pas les prendre, je les prendrais pas. Quand je pars en vacances, c'est le premier truc que je mets dans ma valise. Ça me fait chier. Je vous imaginez pas à quel point ça me fait chier. Pas, peut-être que vous imaginez, mais enfin, voilà, ça me fait chier. J'ai essayé de les arrêter deux trois fois. Je l'ai pas dit à ma femme, elle m'a cramé en deux semaines. C'est une cop. Elle m'a alerté. Moi, j'étais là : "Bon, ça se fait bien." Elle m'a alerté. Me dit : "Médocs." Puis la deuxième fois, elle m'a dit : "Mais elle m'a sauvé la vie, je pense." Elle m'a dit : "Si tu arrêtes une troisième fois, je me casse." Et elle a pas, c'était même pas une menace, vous voyez. C'était, c'était vraiment, enfin, c'est voilà, c'est comme ça quoi. C'est c'est comme ça. Tu le fais. Si tu fais ça, il se passera ça. Si vous conduisez à 130 au lieu de 80, vous perdez des points sur votre permis. Bah, si tu peux pas. Et et et je les ai jamais arrêtés. Je les ai jamais arrêtés. J'ai réessayé de baisser un petit peu avec elle. Et bon, ben, j'arrive pas à baisser, c'est fini. Fait une idée. Mais voilà. Mais mais j'ai jamais arrêté. Mais il marche. Il marche. Donc en fait, c'est plus facile aussi de pas arrêter quand il marche. Les quoi. Je suis désolé, j'ai trop de trucs à dire.

Celle-là, franchement, elle résume tout. J'étais parti à un congrès et j'avais pas pris ma Quétiapine. Et les patients ne sont pas au courant, mais quand vous êtes sous Quétiapine sur le long terme, après, vous pouvez pas ne pas la prendre. C'est des nuits blanches. C'est des nuits blanches complètes. Je veux dire, c'est franc comme pas possible. Et du coup, je me rends compte là-bas que j'ai pas ma Quétiapine, en fait. Et du coup, que je vais pas dormir. C'est moi qui dois faire le travail le lendemain. C'est la panique. J'arrive aux urgences à Paris, et ils me filent un peu de l'Xapac, parce que ils ont que ça. Je prends mon Xapac. Et les patients trop bipolaires, ils ont des systèmes moteurs plus fragiles. Donc les, ils peuvent être acathisiques avec avec un peu d'Abilify. Et ça donne des dystonies aiguës. L'Xapac, mais ça peut arriver plus tard. La dystonie aiguë, c'est votre muscle qui se contracte alors qu'il y a pas de stimulus envoyé de façon volontaire. Et donc le plus fréquent, et dans le cou comme ça, mais ça peut aussi atteindre les muscles de la mâchoire. Et puis ça peut évoluer un peu. Et en fait, 2 jours plus tard, je reviens, et puis je commence à parler comme ça. Donc panique à bord. Est-ce qu'il fait pas un AVC ? Donc j'avais pris l'Xapac il y a 48h. Et en fait, ce qui se passe, c'est que c'était une dystonie aiguë qui est arrivée plus tard, alors que j'avais repris ma Quétiapine. Enfin, c'est un truc de fou.

Et donc, allô le SAMU. Ils arrivent à la maison. Est-ce qu'il fait pas un AVC là ? Il y a le neurologue qui me reçoit. Il dit : "Bon, ben, c'est quoi votre histoire ?" Et donc, je dis : "Bon, ben, voilà, je suis bipolaire. Je me prescris mes médocs." "Comment ça, vous prescrivez vos médocs ?" "Bah, c'est moi qui les prescris." "On peut pas faire autrement." Ma femme est à côté, elle confirme, parce que je parle pas bien à ce moment-là, je suis pas au courant. Et il fait : "OK, d'accord." Et le traitement de la dystonie aiguë, c'est, c'est du Lepticur. C'est un anticholinergique. Vous bloquez la dopamine, donc il y a trop d'acétylcholine. Donc vous bloquez l'acétylcholine, et ça se passe bien. Ça prend 10 minutes, c'est fini. Et il était pas trop chaud, le mec, pour mettre du Lepticur. Je sais pas pourquoi. On n'a pas trop su pourquoi. Il est pas trop chaud. Le truc, c'est que ça a commencé à descendre petit à petit, moi. Et donc, ça a fini par faire une dystonie laryngée. Et donc là, le risque, c'est l'laryngospasme. Nous, c'est plus le même bordel. Enfin, faut intuber et tout, quoi. L'air passe plus. Donc c'est pas bon du tout. Et donc, il me faisait des perfusions de benzodiazépines. Il avait décidé qu'il voulait pas mettre d'anticholinergique. Et donc, les benzodiazépines, c'est bien parce que c'est mieux relaxant. Donc au début, quand ça arrive en intraveineux, ça arrive très vite. Donc ça détend. Et puis quand ça descend, par contre, c'est un peu pire. Donc moi, je sentais le truc qui était de pire en pire. Ma femme, qui était pas trop convaincue de ce qui se passait là. Et en fait, le moment où elle a craqué, c'est que c'est quand l'infirmière a dit : "Bon ben, on essaie comme ça." Et puis ma femme, qui lui demande : "Mais si, si ça se bloque, qu'est-ce qui se passe ?" Parce que c'est stressant. Je vous promets, vous sentez le truc qui se resserre petit à petit. Et et du coup, l'infirmière dit à ma femme : "Et bah, si il respire plus, vous hurlez." Elle s'en va comme ça, dans le cou. Donc là, elle a appelé la psychiatrie, la psychiatre de garde, parce qu'on était à un CHU, donc il y avait le neurologue de garde, mais aussi la psychiatre de garde. Elle lui a raconté la situation en disant : "Bah, faut que tu fasses quelque chose là, faut qu'il ait du Lepticur, c'est pas possible, il va claquer, enfin, je sais pas ce qui allait se passer, mais c'était pas ouf." Et du coup, la psychiatre a appelé le neurologue, et elle nous a rappelé après. Bon, elle a rappelé ma femme après. Et en fait, le neurologue, il pensait que j'étais un toxico. C'est les mots qui ont été utilisés. Parce que il me faisait pas, il me faisait pas confiance. C'est moi qui me prescrivais mes propres traitements, c'était louche. Et du coup, j'ai, j'avais pas eu droit au Lepticur. C'est une discrimination, enfin, je veux dire, c'est un truc, c'est, c'est incroyable.

J'ai eu le Lepticur, je suis sorti 30 minutes après, hein. C'était fini. Sauf que dès que j'ai arrêté, ben ça revenait. Donc j'ai fait 3 jours de Lepticur, et je me souviens de rien. Je me souviens de rien du tout. Je sais qu'on m'a klaxonné en voiture quatre ou cinq fois, mais j'ai aucun souvenir. J'étais dans les vapes. Vous imaginez pas à quel point ça m'a allumé le cerveau. Et donc, ça, c'est aussi un message pour si si les psychiatres prenaient un comprimé de Lepticur une fois, ce serait vu différemment, vous voyez. Ah, ça vous la mâchoire serre, prenez un Lepticur. C'est donné un peu comme ça. Mais euh, mais voilà, c'est mon expérience aux urgences. Donc je vous le fais bref, parce que en vrai, ça pourrait durer 5 heures. Mais quand je vais aux urgences, moi, il m'envoie, il m'envoie l'infirmière psy avant de faire quoi que ce soit. J'ai eu une douleur aiguë qui s'est terminée sous morphine. Ils m'ont, ils m'ont envoyé l'infirmière psychologue de de l'UMP quoi, pour discuter à chaque fois. Enfin, c'est, c'est une discrimination, mais qui est qui est systématisée en fait, à ce stade. Voyez ? C'est pas de temps en temps, il y en a un qui vaut machin. J'avais postulé pour un hôpital. Je leur avais dit : "Bah, je peux pas faire des gardes et enchaîner le lendemain si je suis bourré toute la nuit, il me faut un repos de garde, je suis désolé." "Comment ça ?" "Bah, je fais de l'épilepsie." Parce que je mentais à l'époque, j'étais pas encore complètement. Et en fait, ils m'ont refusé. Parce qu'ils ont dit au président de CME, ils ont dit : "Ouais, mais lui, il fait ses horaires, c'est quand même pas normal." Alors que c'est la loi, on est d'accord, c'est la loi, normalement repos de garde. Donc moi, j'avais médecine du travail qui disait que j'avais pas de, j'avais pas le droit de faire de garde. Mais donc, donc voilà. Donc je vous harcèle pas plus, mais j'en ai plein, j'en ai plein des comme ça. Et je suis médecin. J'ose pas imaginer comment c'est quand on est patient pur, entre guillemets. J'imagine pas une seconde.

Et du coup, ben, je suis, je pense pas que je suis TDAH en fait. Honnêtement, j'ai pas un TDAH, un trouble bipolaire, une hyperthymie, machin truc. Mais je, je pense que j'ai un trouble bipolaire, et puis que un des symptômes, c'est que, bah, j'arrive pas très bien à me concentrer. C'est la même zone qui gère l'humeur aussi. Donc il y a pas 36000 solutions. Et c'est pour ça que c'est très hétérogène. Parce que quand je suis sur un bouquin de psychiatrie, je peux rester concentré près de 10h, il y a pas de souci. Donc en fait, c'est, j'ai pas d'hyperactivité au sens strict du terme. Et je suis plus impulsif quand je suis régulé sur le plan de l'humeur, je suis pas impulsif du tout, quoi. Il y a pas. Donc donc si vous me faites passer le DSM-5, j'ai un TDAH. Oui. En pratique, je suis pas sûr. Et le dernier truc, c'est que je suis hyperthymique. Par contre, je sais pas si vous voyez ce que c'est. Ça. Donc c'est vraiment les tempéraments en fait. Vous avez la maladie qui fait ses trucs et ses machins, et après vous avez des tempéraments de base. Il y a des gens qui de base, mon assistant médical, il a ça. Le mec, il fait des astreintes chez les pompiers. Donc il y a des fois où il est réveillé au milieu de la nuit, il va sauver des vies, machin. Il arrive, il se réveille à 6h, il fait la journée, il fait des chantiers après. En fait, il dort 6h par nuit, il s'arrête jamais. Il s'arrête jamais. Et il est comme ça de base. Il est pas hypomaniaque, je sais pas moi. Du en fait, il y a des tempéraments. Les gens sont un peu dépressifs de base, c'est la dysthymie. Il y a des cyclothymies. Et du coup, moi, je suis un peu hyperthymique. Ben moi, je pète le feu en moyenne. Honnêtement, je pète le feu. Et c'est peut-être ça aussi pour ça que j'ai pas trop de nostalgie des phases où j'étais productif. Parce que de base, je dis pas que je produis de la qualité, hein, mais je produis des trucs. Voyez ? Je, là, on va bientôt s'arrêter, mais sinon, enfin, je veux dire, je peux, ça peut durer un an. Et et et je pense que c'est important aussi que les gens aient en tête le fait qu'il y a des tempéraments. Et que le truc bipolaire, c'est compliqué comme pas possible. C'est d'une complexité sans fin. Je dis pas maniaco-dépression pour pas vous faire peur. Mais ma maladie n'a rien à voir avec celle d'autres témoignages. Il y a aucun doute. Il y a aucun doute qu'il y a un substratum biologique à cette maladie. Parce que honnêtement, sans médoc, je suis un homme différent. Il y a pas de doute. Et et je pense que c'est un truc compliqué. Et les psychiatres se rendent parfois pas compte d'à quel point c'est compliqué. Et dans les études que j'ai fait, il y a aucune façon de se rendre compte d'à quel point c'est, c'est compliqué. Honnêtement.

Et donc, si j'ai un dernier truc à dire, c'est vraiment qu'il faut, il faut ramener les familles. Parce que si j'avais pas eu ma femme, je serais pas là. Et c'est elles qui ont le dernier mot à chaque fois. C'est elles qui savent si, s'il est hyperthymique, qu'il est tout le temps comme ça, ou alors c'est qu'il est un petit peu haut, ou alors c'est qu'il est dépressif. Ou s'il a fait cinq cycles. Parce que vous voyez, le patient en janvier et en août, il est dans le même état. Il y a, il y en a, ils ont fait cinq phases entre temps. Et quand vous leur demandez : "Bon, j'ai toujours été comme ça." Enfin, je veux dire, on n'est pas fiable. On n'est pas fiable. On n'est pas fiable. [Musique]