Transcription
Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle vidéo du Labo d'Histoire Géo, dans laquelle nous allons évoquer la 3e République, pendant la période allant de 1870 jusqu'en 1879, date à laquelle ce nouveau régime parvient à se consolider après des débuts particulièrement difficiles.
Un peu de contexte tout d'abord. En 1870, Otto Bismarck, chancelier prussien, entraîne la France dans une guerre qu'il juge nécessaire pour achever l'unité du peuple allemand. Mal préparés, les Français sont rapidement défaits et Napoléon III est capturé par les Prussiens lors de la bataille de Sedan, le 3 septembre 1870.
Face à cette opportunité, les républicains parisiens décident de saisir l'occasion et proclament la 3e République française, le 4 septembre 1870, à Paris.
Pour autant, la 3e République connaît des débuts pour le moins compliqués. En effet, la guerre franco-allemande ne s'achève pas sur la capture de Napoléon III, puisque les républicains nouvellement au pouvoir sont bien décidés, dans un premier temps, à poursuivre les combats et fondent pour ce faire un gouvernement de la Défense nationale.
Cependant, les troupes françaises sont dans l'incapacité de stopper les armées prussiennes, si bien que le gouvernement français doit abandonner Paris via des ballons pour se réfugier à Tours puis à Bordeaux, face au siège de la capitale qui débute le 17 septembre 1870.
Face aux échecs militaires répétés, le gouvernement républicain accepte de signer un armistice avec les autorités prussiennes, prévoyant l'organisation d'élections législatives le plus tôt possible pour former un gouvernement durable.
Ces élections ont donc lieu en février 1871 pour décider de la composition d'une chambre des députés chargée de proposer et de débattre les lois. Mais comme en 1848, ce sont les monarchistes qui sont majoritairement élus au sein de cette institution paradoxalement républicaine. Les députés nouvellement élus portent alors le conservateur Adolphe Thiers au poste de chef du gouvernement de la 3e République.
Cependant, l'armistice signée en janvier prévoyait également l'arrêt des combats, le désarmement et l'occupation partielle de Paris par les Prussiens. Les Parisiens, assiégés depuis la mi-septembre 1870 et en proie aux souffrances et à la faim, se sentent trahis par cet armistice et n'entendent pas abandonner le combat, puisqu'ils ont jusqu'ici défendu la capitale par leurs propres moyens, via la constitution d'une garde nationale et en finançant de leur propre argent des canons. D'autant plus qu'ils ont le sentiment d'avoir été abandonnés par le gouvernement qui a fui la capitale face à l'avancée prussienne.
Des troubles éclatent alors le 18 mars 1871, lorsque le gouvernement Thiers cherche à faire saisir les canons parisiens afin de mettre un terme à la résistance parisienne. En réaction, les insurgés proclament la Commune de Paris, un régime indépendant qui souhaite mettre en œuvre une république fondée sur l'égalité des citoyens et la démocratie directe. Ce régime ne reconnaît pas l'autorité du gouvernement Thiers et cherche à s'autogérer, tout en continuant à résister aux Prussiens.
En réaction, Thiers fait le choix d'installer le gouvernement français à Versailles, puis signe un traité de paix avec les autorités allemandes le 10 mai 1871, au prix pour la France d'une lourde indemnité de guerre et de la perte de l'Alsace et de la Moselle, annexées par la Prusse qui devient ainsi l'Allemagne en complétant son unité.
Une fois la paix retrouvée, les monarchistes, toujours menés par Thiers, que l'on appelle désormais aussi les Versaillais du fait de leur établissement dans la ville du Roi Soleil, entendent reprendre les choses en main à Paris. L'armée est envoyée contre la Commune de Paris, ce qui donne lieu à la Semaine sanglante entre le 21 et le 28 mai, où la ville est reprise quartier par quartier et où les communards sont violemment réprimés. Entre 10 000 et 20 000 Parisiens sont tués pendant les combats, et près de 40 000 hommes, femmes et enfants sont arrêtés et pour quelques milliers d'entre eux, déportés, à l'image de Louise Michel, institutrice parisienne ayant pleinement pris part aux événements de la Commune de Paris et à la résistance face aux Versaillais.
Une fois la Commune de Paris écrasée, les Versaillais cherchent à renverser la République pour rétablir la monarchie. Perçu comme trop modéré, Thiers s'est déstitué en 1873 et est remplacé par le maréchal de MacMahon, jugé plus favorable aux monarchistes.
Cependant, ces derniers sont très divisés. S'ils sont favorables au retour d'un roi sur le trône de France, ils ne parviennent pas à se mettre d'accord sur le monarque en lui-même. Les bonapartistes sont ainsi favorables au retour de Napoléon III, libre depuis mars 1871 et exilé en Angleterre. Les légitimistes souhaitent mettre en place un roi issu de la lignée des Bourbons, c'est-à-dire un descendant de Louis XV, tandis que les orléanistes souhaitent que ce soit un descendant de Louis-Philippe Ier d'Orléans, qui a régné sur la France entre 1830 et 1848.
Ne parvenant pas à se mettre d'accord, les orléanistes font finalement le choix de se rapprocher des républicains pour mettre en œuvre des lois constitutionnelles entre 1871 et 1875 afin de doter la 3e République d'institutions fonctionnelles. Deux chambres formant l'Assemblée nationale sont ainsi constituées : la Chambre des députés, élue au suffrage universel masculin tous les 4 ans, ainsi que le Sénat, élu au suffrage universel indirect tous les 9 ans.
Ces deux chambres disposent du pouvoir législatif, tandis que le Président de la République, désigné pour 7 ans par l'Assemblée nationale, conserve le pouvoir exécutif et nomme son gouvernement. Cette organisation permet la mise en place d'un régime parlementaire doté d'une séparation nette des pouvoirs, ce qui satisfait les républicains.
En 1876, lors des nouvelles élections législatives qui renouvellent l'Assemblée nationale, les républicains obtiennent cette fois la majorité absolue au détriment de l'ensemble des monarchistes. MacMahon, alors toujours président de la République, refuse de nommer un gouvernement républicain et use de ses prérogatives pour dissoudre la Chambre des députés en 1877 et provoquer de nouvelles élections qu'il espère plus favorables aux monarchistes.
Si ces dernières le sont en effet, les républicains conservent cependant la majorité absolue, ce qui leur confère la mainmise sur le régime et la capacité de pouvoir mettre en œuvre les réformes souhaitées. Acculé, MacMahon n'a d'autre choix que de démissionner. Né en 1879, il est remplacé par un président de la République bel et bien républicain cette fois-ci, Jules Grévy.
La 3e République est alors en 1879 pleinement aux mains des républicains.
En conclusion, la 3e République a connu des débuts très difficiles qui ont bien failli causer sa perte dès sa proclamation. La guerre contre l'Allemagne et la population majoritairement rurale et conservatrice mettent au pouvoir des monarchistes bien décidés à replacer un roi sur le trône de France. Cependant, les républicains tirent profit des divisions entre monarchistes et parviennent à consolider le régime jusqu'en 1875 en la dotant d'une Assemblée nationale et en assurant la séparation des pouvoirs. Ils parviennent à s'emparer définitivement du pouvoir sur la fin de la décennie 1870 par la voie électorale, ce qui montre que le régime a réussi à convaincre les Français. Il ne leur reste plus alors qu'à assurer la pérennité de la 3e République, ce qu'ils vont sans nul doute faire dans les décennies suivantes.
C'est tout pour cette vidéo, merci de l'avoir suivie. Une prochaine vidéo sera consacrée à l'enracinement de la République à partir de 1879, pour comprendre comment les républicains ont fait pour enraciner durablement le régime dans le cœur des Français. En attendant, je vous souhaite le meilleur et d'excellentes révisions. À bientôt.