Transcription
Le but du voyage, c'était Pandora. Pandora, avait-on entendu parler quand on était petit, mais j'aurais jamais cru y aller un jour. Après le visionnage du premier film, de nombreux spectateurs avaient confié un certain désarroi. "Depuis que j'ai vu Avatar, je suis déprimé. Admirez le monde merveilleux de Pandora et les Na'vi m'a donné envie de devenir l'un des leurs. Rien que de penser au film me fait pleurer. Notre monde me semble gris, ma vie, tout ce que j'ai accompli, tout est perdu de son sens." Voilà qui est inquiétant, quand on sait que le réalisateur prépare au moins quatre autres films. Et ce monde imaginaire qui nous touche autant, est-il si imaginaire que ça ? Je veux dire, et si dans Avatar, tout était vrai ?
En décembre 2009 sort Avatar de James Cameron, film de science-fiction mettant en scène l'histoire de Jake, un ancien marine paraplégique, envoyé en mission sur la planète Pandora pour intégrer un programme d'infiltration impliquant le transfert de son esprit dans celui d'un avatar, un corps génétiquement modifié, issu du croisement de l'ADN humain avec celui des Na'vi, l'espèce autochtone de Pandora. L'enjeu de sa mission est colossal : il doit convaincre ce peuple indigène de quitter son habitat naturel pour permettre à une puissante multinationale militarisée d'extraire un minerai précieux et rare. Le gisement principal se trouve au cœur même de la cité. La mission se déroule à merveille, jusqu'à ce que Jake réalise qu'il est plus attaché à l'existence Na'vi qu'à sa propre vie humaine.
La force du film est de nous montrer ce qu'il ne nous dit pas, avec une qualité visuelle rarement effleurée auparavant. De cette manière, Avatar a plongé des milliers de spectateurs au cœur d'un nouveau monde, une faune et une flore à la beauté resplendissante, et un territoire habité par un peuple dont la relation aux vivants apparaît comme exemplaire et diamétralement opposée à la société consumériste qui définit encore notre humanité à ce jour.
Le film commence avec la narration démoralisante d'un homme délaissé. On y voit Jake, le héros, peinant à avancer dans un environnement moderne, sans nature ni humanité, au milieu d'une foule de gens dont la plupart portent des masques. Un portrait bien terne de notre futur, auquel il nous est aujourd'hui étrangement facile de nous identifier.
Et c'est en regardant une nouvelle fois ce film que beaucoup considèrent comme l'un des plus grands chefs-d'œuvre du cinéma, que je me suis demandé si Avatar n'était pas une fable intéressante pour illustrer un idéal de sagesse encore trop souvent oublié. Les crises sanitaires, économiques, sociales et bientôt écologiques auxquelles nous faisons face s'articulent avec le développement de technologies de plus en plus innovantes. Et les questions éthiques et morales concernant l'intelligence artificielle poussent même certaines personnalités à envisager d'augmenter l'intelligence humaine et à coloniser une autre planète. Une situation qui pousserait naturellement les esprits libres que nous sommes à fuir délibérément dans un monde de rêverie et de doux songes. Alors, que diriez-vous d'un petit tour sur Pandora ?
En vérité, Pandora n'est pas vraiment une planète, mais une exolune, un satellite d'une géante gazeuse, Polyphème. Une exoplanète qui orbite autour d'une étoile bien réelle et connue, Alpha Centauri, à situer à environ 4,4 années-lumière. C'est l'une des étoiles les plus proches de la Terre et comptant parmi les quatre plus brillantes du ciel nocturne, une voisine visible depuis la Terre. Polyphème, avec un rayon raisonnablement estimé à 57 000 kilomètres et une distance de 2 168 kilomètres, apparaît dans le ciel de Pandora avec une dimension de 24 degrés, soit 48 fois plus grande que notre Lune. Un spectacle à vous couper le souffle, de jour comme de nuit.
La biosphère de Pandora révèle autant de différences que de similitudes avec celle de la Terre, un équilibre qui alimente à la fois la fascination de l'étrange et l'empathie de la proximité. On peut y découvrir des créatures semblables aux lémuriens terrestres, les "Prolemuris", inoffensifs et très agiles, ils sont capables d'effectuer des sauts de plus de 12 mètres d'un arbre à un autre. Des prédateurs, les "Thanator", aussi surnommés "loups", des animaux dont la communication et l'organisation sociale évoquent celle des hyènes ou des lycaons. Dans les airs, il y a les irrésistibles "Ikran", des êtres volants à l'allure surnaturelle, d'une envergure allant jusqu'à 15 mètres. Ils animent le ciel, rappelant le règne d'une autre espèce légendaire, les dragons ou les ptérodactyles. Si encore une fois, on s'en réfère au réel, ils dominent les airs, mais n'en sont pas les maîtres, car dans ce royaume bleu existe un empereur : le "Toruk Makto", véritable requin blanc du ciel, dont il est le super prédateur et l'animal le plus respecté de Pandora. C'est bien que les Na'vi lui vouent un culte et vénèrent sa puissance. Et tout ceci sans parler des "Palulut", des "Hexapède", des "Marteaux", des "Tantor" ou des merveilleux "Kempen".
Le film introduit crescendo une biosphère resplendissante, dont les montagnes volantes pourraient être la signature. Peu à peu, le spectateur découvre ce nouveau monde comme des explorateurs en quête d'inconnus. Et la réalisation technique du film fait briller un univers à l'esthétique singulière, tout en réveillant notre âme d'enfant. Si une partie de la critique jugera qu'il n'est qu'une copie moderne de Pocahontas ou de Danse avec les loups, au scénario prévisible et peu inspiré, personne ne dénigrera jamais ni sa qualité, ni sa richesse visuelle. Quoi qu'il en soit, il convient de rappeler que toute chose est inspirée par une autre et qu'aucune idée n'a jamais d'ancêtre.
Beaucoup de gens se sont émerveillés devant Pandora, au point d'en oublier les merveilles de notre propre existence. Mais qu'y a-t-il de réel dans tout ceci ? Je veux dire, même si au premier regard, on est tenté de se dire que Pandora est la terre promise dont nous rêvons tous, n'y a-t-il pas déjà dans nos vies de plus grandes merveilles encore ?
Une courte séquence introduit la découverte d'un signal électrique parcourant le sol de la forêt, à travers un vaste réseau de racines. Une structure biologique dont la transmission rapide d'informations rappelle celle du cerveau humain. Notre cerveau est architecturé comme un ensemble de tissus nerveux. On y compte entre 86 et 100 milliards de neurones interconnectés. L'information nerveuse transite de neurone en neurone à très haute vitesse. Dans les fibres nerveuses les plus larges, elle circule jusqu'à 120 mètres par seconde, soit 430 km/h. Une vraie autoroute de l'information, juste derrière notre front.
La jungle semble dominer Pandora, et dans cet environnement, les arbres ont une importance capitale. Ils semblent être le cerveau d'un organisme géant, ou un système nerveux global qui traverserait ce nouveau monde en reliant tous les êtres. À plus de quatre années-lumière de chez nous, nous découvrons un écosystème où tous les êtres vivent en harmonie, respectent les équilibres naturels de la vie, et considèrent leurs terres non pas comme un territoire qu'ils peuvent dominer et dont les ressources sont exploitables, mais comme un organisme vivant à part entière qui les accueille et leur prête la vie.
J'essaie de comprendre la relation profonde que ces géants ont avec la faune et la flore. Ils parlent d'un réseau d'énergie qui circule dans toutes les choses vivantes. Ils disent : "Comme toute cette énergie n'est que prêtée, chaque jour, il faut la rendre." Et c'est ici que nous recevons l'essence du film, comme le nectar d'un fruit précieux : la vie nous est prêtée, et un jour, nous devrons la rendre. Des mots qui rendent grâce aux vivants et célèbrent l'existence lorsqu'elle est vécue en pleine conscience et pour ce qu'elle est vraiment. Un message fort qui sonne comme un réconfort pour celles et ceux qui sont très attachés à leur identité personnelle. Mais on y reviendra.
Maintenant, parlons de "Tsahaylu", ou "lien" en langue Na'vi. Grâce à la longue tresse qu'ils nomment "tsahaylu", les Na'vi peuvent se relier à certaines créatures, plantes et même aux "Eywa", l'esprit de Pandora, pour échanger des signaux énergétiques, cinétiques et émotionnels. Pour le dire plus simplement, leur esprit peut fusionner avec celui d'autres êtres. Ce lien leur permet de ressentir et d'échanger des informations en temps réel. Grâce à "Tsahaylu", les Na'vi ne font qu'un avec leur monture. Ils peuvent se connecter à l'esprit de la nature et y retrouver le savoir de leurs ancêtres, mais aussi s'unir dans un amour fidèle et éternel. La magie de ce simple geste supprime la séparation entre les choses vivantes et permet à l'individu de se diluer dans un champ bien plus vaste qui unit à la fois ses propres perceptions et celles d'une énergie plus grande. Une expérience physique et spirituelle quotidienne pour les Na'vi, dont ils tirent de précieux enseignements de fraternité, d'humilité et de sagesse, mais aussi d'indicibles sensations. Nous les expliquer serait aussi frustrant que d'essayer de décrire le sens de la vue à une petite cellule humaine.
Vivre sans "Tsahaylu" est inconcevable pour les Na'vi. Et c'est là que le bât blesse pour nous, spectateurs humains, dont la séparation semble actée depuis ce coup de scalpel sur le cordon qui nous lie à notre mère. Une fois de plus, je vous invite à observer notre monde et à quitter un instant la poésie du film pour embrasser notre réalité de tous les jours avec un regard plus affûté. Écoutez bien ceci : sur Terre, chaque créature est le château intime de son être. Elle est le centre de son monde et le sanctuaire de sa perception. Chacun de ces êtres est séparé, se sent comme le centre du monde et perçoit le reste comme extérieur à lui-même. Chaque être est composé de plus petites choses qui se ressentent aussi comme le centre du monde, et chaque chose et chaque regroupement de choses forme un nouveau centre, si bien que le centre est absolument partout.
Et nous, les hommes, nous voyons le monde à travers le spectre de notre personnalité. Une identité, une idée de nous-mêmes, qui fait de nous des êtres enchaînés à nos propres conditionnements, qui nous empêche de voir l'autre vérité, qui nous empêche de créer le vrai lien. Car ce lien existe bel et bien. Il n'a pas besoin de prendre la forme d'une chevelure indigène pour se manifester à chaque instant. Mais pour en faire l'expérience, il est nécessaire d'aller au fond de soi et de laisser le silence le temps de faire disparaître le "moi". Il n'y a pas de "moi", tout comme il n'y a pas de "en dehors de moi". L'extérieur est un mensonge, la séparation une illusion. Une illusion que les sages il y a bien longtemps avaient nommée "Maya".
C'est une autre manière de dire que nous sommes tous un. Et peut-être est-il venu le temps de se réveiller, d'accepter l'autre vérité, celle qui dit que nous sommes tous liés. D'ailleurs, en parlant de réveil, la scène du réveil de Jake mérite largement notre attention. Dans cette scène, c'est la première fois que Jake intègre son avatar. Pour l'équipe du film, cette séquence est la plus importante, car elle donne vie aux nouveaux corps du héros et pose les bases de toute la réalisation technique. Pour James Cameron, aucune fausse note n'est possible. L'avatar doit parfaitement s'intégrer au réel.
Mais ce passage raconte bien autre chose. Il révoque la pensée qui domine la science moderne d'aujourd'hui, à savoir que l'esprit conscient est un produit du cerveau, pour mettre en avant une autre idée : celle que le cerveau serait davantage une sorte de récepteur, offrant à l'esprit la possibilité d'expérimenter une vie matérielle. Ce positionnement donne au film une dimension profonde, rendant absurde l'idée que la matière soit à l'origine de l'esprit, et faisant de la possibilité du transfert de l'esprit humain d'un corps à un autre une réalité incontestable aux yeux du spectateur. Une théorie aussi fortement mise en avant dans la série Black Mirror, qui elle s'est rendue très habile dans l'art de flirter avec l'immoralité.
Maintenant, il est temps pour Jake de rejoindre le terrain, mais ça ne va pas tout à fait se passer comme prévu. Pendant que ses coéquipiers s'intéressent aux racines des arbres, Jake se laisse distraire.
"Ne tirez pas sur tout, diéri t'attends ! Tu fais quoi, le marin ? Bâtard ! C'est ça, retourne chez ta mère ! Mais casse-toi, t'as rien dans le ventre ! T'as qu'à revenir avec les copains si tu veux !"
Il est séparé de son équipe à la suite d'une poursuite avec un Thanator. Il parvient à s'échapper in extremis, mais se retrouve seul dans la jungle. C'est alors qu'il croise le chemin d'une autochtone, Neytiri. Elle est loin de se douter que cette rencontre marquera l'avenir d'une empreinte indélébile. D'ailleurs, pour commencer, elle a l'intention de le tuer. La seule chose qui les empêche est une manifestation mystérieuse de l'un des esprits les plus purs de la forêt : une graine de l'arbre sacré se pose sur la pointe de sa flèche. Elle baisse son arme.
Plus tard, en pleine nuit, alors que Jake se débat avec une horde de "Nonggang", les lianes de Pandora interviennent et les tuent les unes après les autres pour le sauver. Bref, il s'en sort et a priori, nous devrions être satisfaits par ce dénouement. Mais dans le film, chaque scène a plusieurs niveaux de lecture. Et Neytiri adopte elle un comportement tout autre. Juste à la fin de la scène, elle ignore Jake et s'agenouille devant la dépouille d'un prédateur toujours en vie pour réciter une courte prière avant de l'achever. Manifestement, elle est aimée.
"Ouais, le foutoir, ouais. Bah ouais, y'a trois dans le même temps."
Quelque chose d'étonnant se produit. Jake récupère sa torche dans l'eau et s'aperçoit en se relevant que la forêt brille la nuit. Elle est bioluminescente. Cet élément de l'histoire est magistral, parce qu'au début de la scène, la torche de Jake l'empêche de voir la lumière naturelle produite par la forêt, ce qui le confronte aux dangers de l'obscurité et fait de lui une proie, à l'image de la pollution lumineuse de nos villes qui nous empêche de voir les milliers d'étoiles qui ornent le ciel et nous prive du fabuleux spectacle naturel que la nuit a proposé aux hommes depuis des siècles. La torche évoque notre dépendance à la société moderne et notre difficulté à voir ce qui est juste sous nos yeux. Et la partie de nos spectateurs qui se réjouit du sauvetage de Jake pourrait représenter notre ignorance des forces du vivant et de l'équilibre naturel des choses. Comme Jake, notre satisfaction enfantine à vouloir voir les méchants prédateurs tués, et fait de nous des aveugles.
La plupart d'entre nous serait incapable de se débrouiller seul dans la nature, et notre dépendance à la chaîne de production industrielle nous déconnecte des maillons du vivant et de la réalité de la Terre. Ainsi, nous sommes tentés de nous réjouir de la mort d'animaux sensibles, parce que notre idée de la morale a choisi de les désigner comme des ennemis, alors qu'il aurait été plus juste de simplement ne pas se mettre en danger, et certainement plus sage de ne pas allumer de torche. Dans cette scène, Neytiri incarne la sagesse consciente des anciens, et Jake l'ignorance suffisante d'une personne qui croit déjà tout connaître, d'un ex-militaire bien trop sûr de ce qu'il croit déjà savoir de la survie. Neytiri voit et connaît. Jake croit savoir, mais ignore tout et ne voit rien.
"Il faut que ces gens-là comprennent que nous ne reculons pas. Allez, allez !"
On ne peut pas remplir une coupe qui est déjà pleine. Pour apprendre, il faut accepter de poser notre bagage de croyances et de conditionnement. Regardez cet extrait. Ces arbres sont sacrés pour les Omaticaya, pour des raisons que vous ne pouvez même pas comprendre. De toute façon, ici, si vous lancez un bâton en l'air ou quoi que ce soit, vous êtes sûrs et certains qu'il va atterrir sur un jeu franc. Et puis, ce sont ceux qui n'arrangent pas en train de... d'une part, les deux simples pratiques vaudou. Je suis en train de vous parler d'un phénomène visible et mesurable qui est lié à la biologie. C'est un vrai phénomène. Expliquez-moi ça. D'après nos observations, il y aurait une espèce de transmission de type électrochimique permettant aux arbres de communiquer entre eux. Ça agirait comme les synapses entre les neurones, et chaque arbre a 10 puissance 4 connexions avec les arbres voisins. Et on sait qu'il y a environ 10 puissance 12 arbres sur Pandora, ce qui est énorme. J'imagine, c'est plus de connexions que dans le cerveau humain, vous vous rendez compte ? C'est comme un réseau, un réseau d'une dimension phénoménale auquel les Na'vi ont accès et grâce auquel ils peuvent échanger des données, de la mémoire. Dans des lieux tels que celui que vous venez de détruire, eh bien ça alors ! J'ai l'impression que vous n'êtes pas fumer que la moquette. L'eau vous est pour quelques arbres à la con, ridicule.
C'est ainsi qu'on qualifie ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne veut pas voir. Une découverte passerait toujours par ces trois phases : ridicule, dangereuse, évidente. Mais les hommes sont venus sur Pandora avec la ferme intention de défoncer les sols pour prélever de l'unobtanium, un minerai qui sur Terre rapportera beaucoup plus. Puis une prétendue découverte botanique, voilà pour couronner le tout. L'unobtanium, parce que ce petit caillou gris vaut 20 millions, un million le kilo. Que seriez-vous capable de faire pour cette somme ? Vous voyez, dans le monde réel, des gens se battent pour beaucoup moins. Mais avant de juger, il est important de comprendre que l'état de notre conscience collective est corrompu par les systèmes en place. Des systèmes fondamentalement discutables et conçus essentiellement pour maintenir un contrôle et une cohésion de masse. Ils sont pensés pour servir les intérêts des pays et des firmes. Partout dans le monde, la création de la monnaie sur laquelle est basée toute l'économie mondiale est l'un des cancers qui frappe notre espèce. Une monnaie conceptuelle, digitale ou papier, sans valeur si ce n'est celle de la confiance. Une confiance qu'une crise sanitaire, sociale ou écologique peut largement ébranler. Pourtant, dans notre tête et dans nos vies, l'argent déplace un nuancier considérable d'émotions, mais de comportements parfois individualistes et autocentrés qui nous éloignent les uns des autres et entretiennent l'idée de la séparation. Ce qui est indéniablement conditionne notre manière de communiquer, d'échanger et de percevoir les autres et le monde. Notre société se définit comme une somme d'individus séparés. Et ces individus sont faciles à maîtriser tant qu'ils dépendent de la monnaie. Cette monnaie est une fiction, une entité invisible déconnectée du réel, mais qui pourtant, en arrière-plan, tisse la toile de la majorité de nos interactions, les façonne la condition humaine.
Alors, vous vous doutez bien qu'en découvrant sur Pandora une abondance de ressources monnayables, il sera davantage question d'intérêts financiers que d'initiation aux subtils et au sacré. Et le plus gros gisement d'unobtanium identifié se trouve sous un immense arbre. Un arbre qui s'avère être le lieu de résidence du peuple Na'vi, les Omaticaya. Le même peuple qui, ignorant ses intentions initiales, a accueilli Jake et en a fait un membre à part entière. Cet arbre accueille les Omaticaya depuis des temps anciens. Ils y mangent, dorment, dansent et célèbrent leur connexion avec leurs divinités. Eywa, un arbre trois fois plus grand que le plus haut séquoia de notre monde, un arbre de plus de mille ans. Initialement, c'était pour convaincre ces Omaticaya de quitter ces lieux sacrés que Jake avait intégré le programme Avatar. Mais plutôt, dans le film, le colonel Quaritch, avec qui il s'entretenait pour partager les informations récupérées sur le terrain, est tombé sur son journal de bord.
"Docteur, venez voir ça. Ils ne céderont jamais. Ils n'accepteront rien. Quoi d'ailleurs ? De la bière ? Des frères ? Rien de ce qu'on a à leur proposer nous intéresse. La mission pour laquelle on m'a envoyé ici est une perte de temps. Ils ne quitteront jamais l'arbre maison. Donc, puisqu'il est impossible d'arriver au moindre accord, les choses sont extrêmement simples. Jake, merci. J'ai découvert ça avec beaucoup d'émotion. Je me retiens pour vous embrasser."
Il ne faudra que quelques heures pour qu'une formation aérienne s'aligne en face de l'arbre sacré, et quelques minutes pour qu'un malheur arrive.
La chute de l'arbre emporte la vie que cet écosystème a mis tant de temps à bâtir. Les faibles perçoivent les échecs avec accablement, là où l'effort y voit une opportunité d'apprendre et de faire mieux. Et contrairement à ce qu'on serait tenté de croire, l'existant être faible et un être fort en chacun de nous. Parfois, nous nous accablons de nos échecs, et parfois, nous faisons face à la difficulté avec créativité et courage. Retenez bien ceci : ce qui fera de vous un être fort, c'est simplement votre aptitude à percevoir l'échec comme une étape supplémentaire vers votre réalisation. Et pour mener à bien un projet difficile, vous avez besoin de la meilleure version de vous, pas de la pire.
C'est ainsi, au milieu des cendres, alors que l'ombre règne, que Jake va faire le choix d'incarner la lumière. Souvenez-vous, le royaume bleu a un empereur, et il est temps de le joindre à la révolte.
Face à l'adversité, nous avons toujours le choix. Il y a toujours, au fond de nous, un espoir, une force qui dépasse celle du corps et du mental. Une énergie qui ne prend pas racine dans la matière, mais dans l'âme. Toruk, qui est un symbole, il est la clé autant qu'il est le chemin, la force autant qu'il est le guide. Il incarne la dernière ressource. Il est la liberté, la justice et la fraternité. Celui qui en lui activera les plus grandes volontés. À ce moment-là, le lien n'a jamais été aussi fort. Le cavalier et sa monture de feu parcourent le ciel pour rassembler tous les peuples Na'vi du nouveau monde, les faire face à l'avidité et à la convoitise. C'est un nuage de guerriers qui charge l'adversaire avec la ferme intention de reprendre en main sa propre liberté. S'ensuit une bataille épique, au sol comme dans le ciel. Mais l'adversaire est redoutable. Peu à peu, les Na'vi prennent conscience que leur bonne volonté ne suffira pas. Et alors que l'issue semblait sombre, Eywa, l'esprit de la nature, se joint à la quête. En un instant, toutes les créatures vivantes de Pandora s'unissent contre les murs des hordes de "Thanator" dans le ciel, des meutes de "Nonggang". Et comme un symbole, le Thanator, à l'origine de la rencontre entre Neytiri et Jake, un terrible prédateur, offre son dos. Et c'est dans une union inespérée que le peuple de Pandora terrassera un adversaire vorace et ô combien résistant. L'ennemi sera finalement contraint de quitter cette terre qui ne les veut plus.
Ce combat se joue aussi chez nous, ici et maintenant. Hélas, il a lieu directement dans le cœur de chacun d'entre nous, contre cette partie de nous qui réclame égoïstement l'attention, convoite avidement une réussite personnelle et s'accroche à l'idée d'avoir toujours un peu plus et un peu mieux que les autres. Cette partie de nous qui se contente de juger le monde comme étant injuste, sans ne jamais prendre en main sa propre vie. Cette partie de nous qui, dans la difficulté, dans la peur, se recroqueville sur elle-même et fuit. Cette partie de nous qui s'échappe face à la vérité et dénonce son propre reflet dans le miroir que sont les autres.
Aujourd'hui, beaucoup militent pour la création d'un système plus équitable, et pour un retour évident à la Terre, pour une réaction de nos institutions face à l'urgence de s'intégrer autrement à un environnement qui change, pour sensibiliser le plus grand nombre à l'importance d'entretenir les sols et de vivre en accord avec cet immense organisme vivant qu'est notre planète. Mais trop souvent encore, nous oublions que ce combat a lieu en nous-mêmes et que le changement doit s'initier en chacun. C'est une véritable inversion des pôles de l'esprit que de cesser de voir le monde comme un ensemble de ressources produisant des intérêts et du profit, pour préférer y voir de la liberté et de la vie. Il est impossible de bâtir un nouveau monde sans que sa création commence dans nos esprits. Impossible de dessiner les contours d'une civilisation plus sage sans qu'il n'y ait initiation à la sagesse. Inaccessible d'envisager la cohésion et l'harmonie sans qu'il n'y ait écoute sincère, ni bienveillance.
Bien trop souvent, nous nous trompons de combat et choisissons les mauvaises armes. Nous utilisons encore trop souvent les leviers de la punition, de la privation et de l'interdiction pour ériger de nouvelles règles au statut de valeur, et les leviers de la récompense pour valider, estimer, stimuler les bons suiveurs. Nous perpétuons un langage violent et condamnons les écarts de conduite, alors que c'est la bienveillance et la bonne volonté qui, de l'action, sont les plus grands moteurs. Vous ne pourrez jamais fédérer un collectif puissant sans faire de l'entraide, de la collaboration passionnée et de l'esprit de fraternité des valeurs inébranlables. Seul le langage du cœur et la force du lien pourront activer en vous l'être fort pour qu'il règne sur la vallée des ombres. Et comme Toruk Makto, chevalier du ciel, animer les foules et stimuler une action aussi juste que puissante. La révolution ne pourra avoir lieu que lorsque la dernière ombre, celle de l'avidité, de la version et de l'ignorance, quittera définitivement nos cœurs. Et si le monde sombrait dans l'obscurité, alors choisissez d'incarner la lumière.
Peut-être pourriez-vous vous accorder un instant de présence avant de passer à autre chose ? Vous autoriser un espace de silence, permettre à votre esprit de faire une pause. Et pour continuer dans cette voie d'exploration, je vous recommande de vous abonner au mail de Maya, le premier lien dans la description de cette vidéo, juste en bas.