Transcription
Aujourd'hui, je vais vous faire l'analyse et commenter une conférence de 2015 qui a eu lieu dans le cadre du Shift Project, à savoir la thèse de Jean-Marc Jancovici sur la décroissance. Cette conférence, c'est celle de François Rodier sur la thermodynamique des transitions économiques, et ça fait des années qu'elle me trotte dans la tête et que j'avais envie de faire une telle vidéo.
Alors, ai-je basculé en une semaine vers le décroissantisme aigu ? Réponse simple : non. J'irai même plus loin. Beaucoup de ces personnes, comme Osano ou Jancovici, sont intellectuellement très solides et honnêtes. Là où cela pêche par contre, ce sont les conclusions. En ce qui concerne François Rodier, nous allons voir avec ses travaux qu'il y a énormément à apprendre de la thermodynamique en économie et en finances. Donc, c'est un format que je pense développer sur Grand Ang Nova : la vulgarisation de conférences intéressantes. De un, pour que vous gagniez du temps, et de deux, car honnêtement, il y a des conférences très intéressantes, mais pas toujours forcément accessibles à tous en terme de compréhension, ou alors qui durent beaucoup trop longtemps et qui pourraient être synthétisées en 10 minutes.
Alors allons-y, car j'attends depuis très longtemps, comme je vous l'ai dit, de faire cette vidéo. Donc je vous préviens, elle va être dense quand même. Alors allons-y. Première définition de l'économie. On peut le résumer d'une phrase : "L'économie étudie le métabolisme des sociétés humaines." L'économie, c'est donc l'étude du métabolisme des sociétés humaines. Postulat de départ : la thermodynamique est la base des mécanismes du vivant. Donc, tous les processus biologiques et chimiques présents dans les êtres vivants ont pour base les lois thermodynamiques, et en conséquence de quoi, cette conférence a pour objectif de faire des parallèles entre le vivant et la thermodynamique par rapport à l'économie. Ouais, c'est ambitieux, j'avoue. Mais qu'est-ce qu'elle m'a passionné cette conf !
Premier point : François Rodier commence par expliquer que les lois de la physique sont indépendantes de la flèche du temps. Elles sont réversibles. Dit autrement, si vous calculez la trajectoire d'un boulet de canon, et bien, par le calcul, vous pouvez faire aller votre boulet de canon vers l'avant ou vers l'arrière autant de fois que vous le voulez. Le résultat de vos calculs seront toujours fiables et se répéteront à la perfection avec ces équations. Par contre, quand vous commencez à prendre en compte les frottements, à savoir les dissipations d'énergie sous forme de chaleur, et bien, à un moment, ça ne marche plus. Dit autrement, une fois que vous avez généré un travail, vous allez perdre une partie de cette énergie en chaleur que vous ne pourrez pas, ou alors très très mal, récupérer. Ce qui fait qu'à un moment, vous vous retrouverez dans un environnement isotherme, ou autrement dit, mort, car toute l'énergie présente dans le système se sera dissipée de façon parfaitement homogène sous forme de chaleur à force d'enchaîner les dissipations. Il n'y a donc plus aucune variation de potentiel d'énergie dans votre système car la température est la même en tout point. L'égalité parfaite est atteinte. Donc, pour la faire en plus court, les frottements et autres pertes de chaleur issues d'un travail sont essentielles à modéliser et à comprendre. Car, à défaut d'ajouter régulièrement de l'énergie au système pour compenser ses pertes, cette cochonnerie aura notre peau. D'où l'idée de s'intéresser en priorité non pas à la physique, mais à la thermodynamique.
Et là, sachez qu'il y a trois lois de la thermodynamique que je vais vous exposer de façon très grossière afin que vous arriviez à capter l'idée. Car, malheureusement, elles vont nous coller au train tout le temps. Et quoi qu'on fasse, la première, vous la connaissez tous sous sa forme populaire : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Dit de façon plus rigoureuse : la quantité d'énergie dans l'univers est fixe, elle ne fait que se transformer, mais à aucun moment il y en a plus ou moins qu'au départ. Après, comme je viens de vous le dire, ce principe n'empêchera pas l'univers de calencher. Car, comme je viens de vous l'expliquer, si toute l'énergie de l'univers est répartie de façon totalement homogène en tout point, cela veut dire que la température de l'univers sera environ 2° Kelvin, soit 2 degrés au-dessus du zéro absolu. Et cette température a vocation à baisser car l'univers est en expansion. Et puis allez, dernier clou dans le cercueil : de toute façon, pour faire marcher une machine thermodynamique, il faut un différentiel de température, une source chaude et une source froide. Donc, si l'univers a une température homogène, qu'elle soit de 2 Kelvin ou 200 Kelvin, si c'est la même partout et qu'il n'y a pas de différentiel, c'est mort quand même. Voilà pour la première loi, la conservation de l'énergie.
Ensuite, la deuxième loi de la thermodynamique, que l'on appelle loi de l'entropie, annonce que toute transformation énergétique se traduit par une production de chaleur qui est en grande partie irrécupérable. Donc, à ce moment-là, vous comprenez bien le principe de base de la théorie que l'on appelle le Big Chill, à savoir la mort de l'univers par le froid. Ouais, je sais. Et n'en parlez pas tout de suite à vos enfants pour pas les faire flipper non plus. Alors, papa, je vais mourir et toi aussi ? Oui, mon trésor, mais pas seulement, car selon les deux premiers principes de la thermodynamique, c'est tout l'univers qui finira froid et mort. Ambiance. Allez, encore un truc de folie pour vous : la deuxième loi de la thermodynamique met en scène l'entropie, à savoir la mesure du désordre. Donc, si l'entropie mesure le désordre, attention les gars, roulement de tambour, l'opposé de l'entropie, donc l'augmentation de l'ordre, c'est ce qui s'appelle l'information. J'ai mis énormément de temps à me représenter mentalement ce qu'était l'information du point de vue de la physique. La meilleure image que j'ai trouvée, c'est que l'information correspond à une mesure de l'ordre. On y reviendra. Le truc par contre à garder en tête, c'est que la deuxième loi de la thermodynamique nous dit que à chaque fois qu'il y a production d'information, donc que vous mettez de l'ordre quelque part, vous créez toujours une quantité d'entropie au mieux théoriquement égale, mais jamais plus petite, en contrepartie. Alors cette phrase peut laisser songeur. Dans la pratique, ça signifie que l'entropie augmente toujours, même quand vous pensez à ce que vous allez faire le weekend prochain.
Et en ce qui concerne la troisième loi de la thermodynamique, dite loi de Nernst. Alors ne vous emballez pas trop, elle ne nous sauvera pas, mais pour ceux qui veulent savoir, elle nous dit en substance que l'univers n'arrivera jamais au zéro absolu. Bon, passons là-dessus et avançons. Puisque de toute façon, pour ce qui nous concerne, on en a pas besoin. Pourquoi je prends autant de temps sur cette partie ? Car comprendre les deux premières lois de la thermodynamique, c'est comprendre que dans l'univers, il se passe quelque chose de très curieux : d'un côté, il y a de plus en plus de zones que l'on qualifiera de vide, donc morte basiquement, mais que de l'autre côté, il y a des systèmes qui dissipent de plus en plus d'énergie par unité de masse. Ces systèmes sont des structures dissipatives ou des systèmes diffusifs, car ils ont de l'énergie en entrée et en sortie, mais au passage, ils se complexifient toujours davantage pour lutter contre la mort en quelque sorte. Or, c'est un phénomène tout à fait particulier qui n'arrive pas normalement, comme dans votre baignoire, qui finit toujours à la température de la pièce. C'est un point central de ma précédente vidéo sur Grand Angova. Donc, les soleils, les galaxies et les sociétés humaines sont des structures dissipatives. Aujourd'hui, on va s'intéresser au cas des structures dissipatives de type sociétés humaines.
Mais avant cela, encore une chose : par quelle magie est-ce que nos structures dissipatives évoluent vers une forme toujours plus dense en terme d'énergie par kilogramme ? Et bien la réponse est un phénomène bien connu que l'on appelle la criticalité. Quand vous faites chauffer de l'eau, si le transfert de chaleur est très lent, on dit que le gradient est petit. Alors le transfert de chaleur des zones les plus chaudes aux zones les plus froides se fait par conduction. Par contre, si vous poussez les feux, alors le gradient de température augmente et le phénomène de conduction n'est plus optimum pour répartir la chaleur. Du coup, spontanément, des mécanismes de convection se mettent en route pour accélérer la dissipation de l'énergie au mieux dans tout le volume disponible. Eh bien, le moment où l'on passe de la conduction à la convection s'appelle le point critique. François Rodier nous explique alors tranquillement que ce n'est ni plus ni moins que ce que l'on appelle aussi la sélection naturelle ou darwinisme dans la nature : un système va sélectionner parmi les entités présentes les plus aptes à dissiper de l'énergie par unité de masse le plus efficacement possible. Et là, on peut donc classer les êtres vivants tout comme les systèmes dits non vivants sur une échelle de valeur. On va voir par la suite qu'il en est de même en économie. Mais n'allons pas trop vite. En tout cas, sachez que les mécanismes auto-organisés de dissipation de la chaleur, comme les cellules de Bénard dans le cas de la convection, s'observent de façon fractale à toutes les échelles de grandeur. Sur cette image, François Rodier vous montre à gauche des cellules de Bénard qui font quelques millimètres, car il s'agit d'huile qui chauffe, donc de la convection. Et à droite, ce sont également des cellules de Bénard, mais qui font plutôt dans les 100 000 km de large, car là, on observe la granularité du soleil. Mais c'est toujours de la convection aussi.
Ensuite, il introduit le lien entre votre casserole qui chauffe et les sociétés humaines, les structures dissipatives dont je parle si souvent. En gros, une casserole qui chauffe ou un être humain sont tous les deux des structures dissipatives car ils s'auto-organisent et suivent des cycles de transformation. Dans le cas de notre casserole, il s'agit de l'apparition de nos fameuses cellules de Bénard qui s'auto-organisent, car je n'ai jamais expliqué à ma casserole comment faire des cellules de Bénard pour chauffer plus vite. Et il s'agit bien d'une structure qui traverse des cycles de transformation car l'eau a plusieurs phases, plusieurs façons de dissiper la chaleur, etc. Ensuite, deuxième point : vous conviendrez qu'une casserole d'eau ne chauffe qu'à partir du moment où il y a une énergie à la source qui la traverse. Donc, on coche le deuxième critère : être traversé par un flux permanent d'énergie. Et attention, rappelez-vous du premier et deuxième principe de la thermodynamique. Et enfin, dernier critère à satisfaire : tendre à maximiser le flux d'énergie qui les traverse. Typiquement, quand votre eau se met à bouillir, à devenir un fluide supercritique ou je ne sais quoi, il s'agit toujours de tendre à maximiser l'énergie qui peut la traverser. Pour l'être humain ou les sociétés humaines, le côté auto-organisé et phase de transformation semblera évident à tout le monde, je pense. Donc, passons là-dessus. D'ailleurs, petite parenthèse : quand votre eau se met à bouillir, c'est pour résoudre le problème de l'évacuation de la chaleur. OK ? Mais retenez bien cette formulation : votre eau qui bouille résout un problème de la façon la plus efficiente à sa disposition. Or, quand vous trouvez une solution à un problème, que dit-on de vous ? Que vous avez fait preuve d'intelligence. C'est pour cela que je spécule que fondamentalement l'intelligence peut se mettre en échelle de mesure en tant que capacité à diffuser une énergie par kilogramme de matière. Donc, pour ceux qui me demandent ce qu'est l'intelligence, comment je la définis, je réponds tout simplement par des watts par kilogramme, car dans le fond, ce qui distingue l'humanité de ma casserole, c'est que l'on diffuse beaucoup plus d'énergie par kilo de masse. Et pour vous titiller un peu et vous donner envie de rester, je vous donnerai à la fin de cette vidéo ma définition objective et quantitative du bien et du mal. Allez, fermons la parenthèse.
À partir de là, Rodier nous explique que l'énergie, c'est bien, mais les structures dissipatives rentrent et sortent de la matière aussi. Et bien qu'assez étonnamment, il généralise la thermodynamique qui consiste à parler de potentiel énergétique à un potentiel de matière, ce qui permettra de généraliser la thermodynamique à la chimie. Et tout cela, c'est le potentiel de Gibbs que les chimistes connaissent bien. Et ça marche très bien. Le potentiel énergétique et le potentiel chimique qui relève de la matière se généralisent bien ensemble dans la discipline que l'on appelle la thermochimie. Ensuite, François Rodier nous amène à considérer l'évolution du concept d'entropie pour arriver à dire que l'entropie et l'information, c'est la même chose. Alors, est-ce qu'il y a un rapport entre l'information et l'entropie ? Cette quantité mystérieuse, on sait pas trop ce que c'est. Depuis Shannon, on se dit : bah, l'entropie thermodynamique, c'est un cas particulier de l'entropie de Shannon qui est générale, qui traite de l'information, et l'entropie, c'est un cas particulier, c'est l'information sur l'état des molécules. Et puis après, alors ça, tout le monde oublie. En 1961, R. Landauer, et il aurait dû mettre Charles Bennett, son collègue Charles Bennett, montrait que quand vous effacez une mémoire dans un ordinateur, il se dégage de la chaleur. Alors ça, à l'illusion, j'ai été controversé, puis il y a l'année dernière, été vérifié expérimentalement, on en a parlé dans les journaux. Ça veut dire que si, quand vous effacez une mémoire d'ordinateur, il se dégage de la chaleur, ça veut dire que l'entropie thermodynamique est un cas plus particulier que l'entropie de Shannon, et l'entropie de Shannon est un cas particulier de l'entropie thermodynamique. Donc ça, c'est la réciproque. Donc, si l'un est un cas particulier de l'autre et que l'autre est un cas particulier de l'un, c'est que c'est la même chose. Donc, finalement, l'entropie et l'information, c'est la même chose. Si vous n'avez pas tout compris, rassurez-vous, je le sais bien, et c'est pour ça que je fais cette vidéo, car toute sa conférence est comme ça. Bref, avançons un peu.
Il reprend un exemple pour entériner le concept d'entropie et d'information sur lequel on va aussi s'attarder. Dans cette expérience, vous avez une boîte avec deux compartiments avec le même gaz dans chaque compartiment. Disons que c'est un gaz, mais ça marche aussi avec n'importe quoi. Si vous levez la cloison, il y a toujours la même chose dans la boîte et il n'y a pas de mélange car il n'y a pas de différence entre ce que contient chaque compartiment. Donc, si vous vous amusez à mettre une cloison dans votre baignoire pleine d'eau, il ne se passera rien quand vous lèverez cette cloison. Alors, on dit que l'entropie reste la même car la quantité de désordre reste constante. Maintenant, considérez que vous mettez de l'eau d'un côté et de l'huile de l'autre. Si vous levez la cloison, les deux vont se mélanger, et là, la quantité de désordre a augmenté et donc votre entropie. Par contre, attention, histoire que vous compreniez bien que le cœur du sujet, ce n'est pas la matière, mais l'information qui compte pour pouvoir mesurer la quantité de désordre. Reprenons mon exemple de baignoire avec deux compartiments en ayant de l'eau dans les deux compartiments. Par contre, théoriquement, on va s'amuser à mettre un petit tag numéro 1 sur les molécules d'eau à gauche et un petit tag numéro 2 sur les molécules d'eau à droite. Donc, ce sont les mêmes molécules d'eau strictement identiques, sauf que l'on a attribué un numéro à chaque molécule en fonction du groupe dans lequel elle se situe. Et bien là, si je lève la barrière et que les molécules 1 et 2 se mélangent, j'ai augmenté l'entropie parce que j'ai augmenté le désordre. Alors ça, ça paraît un peu paradoxal que ça dépende pas de la différence, c'est simplement le fait qu'il y a une différence. Mais là encore, ça vous montre que l'entropie dépend de notre connaissance du système. Ce qui change, c'est le fait que vous savez qu'il y a une différence. Et cette histoire d'information, ce n'est pas une blague, c'est le principe de la pression osmotique. Prenons un exemple concret : si vous placez de l'eau salée d'un côté d'une membrane semi-perméable et de l'eau pure de l'autre, l'eau migre vers le côté salé. Le compartiment le moins salé perd de l'eau et l'entropie globale augmente car le système évolue vers un plus grand désordre. Ce même principe explique pourquoi les limaces meurent lorsque l'on verse du sel : le sel attire l'eau hors de leur corps par osmose, les déshydratant rapidement jusqu'à la mort.
Maintenant, reprenons cette logique pour aller sur une expérience de pensée plus loin, qui nous permet de comprendre la logique des démons de Maxwell. Dans le cas de notre baignoire avec des molécules d'eau 1 et 2, si l'on pouvait créer une membrane qui discrimine les molécules d'eau identiques selon une étiquette numéro 1 et 2, alors on pourrait induire un flux d'eau basé uniquement sur cette information et donc extraire un travail du système. Cela rejoint les principes de la thermodynamique de l'information où l'information devient une forme de ressource physique. Cela illustre l'idée que la connaissance permet d'organiser l'énergie pour générer du travail. Ce qui, dans les systèmes complexes comme l'économie par exemple, peut se traduire par un gain de productivité au prix d'une plus grande dissipation d'énergie. Donc le point important : l'énergie, il y en a partout. L'énergie E = MC². 1 kg de matière, ça suffit, 1 tonne de matière, ça suffit à alimenter l'humanité en énergie pendant un an. C'est l'information qui compte. Donc c'est pour ça que la société humaine, elle est en quête d'information pour arriver à se nourrir, comme l'animal est constamment en quête d'information pour savoir où est-ce qu'il peut trouver de la nourriture. C'est un point crucial, car dans l'esprit de beaucoup de gens, l'information est quelque chose de désincarné du monde physique quelque part, alors qu'en fait, pas du tout. L'information peut se mesurer et on peut sortir de l'énergie à partir d'information, tout en gardant bien en tête que le deuxième principe de la thermodynamique nous explique que la quantité de désordre augmentera toutefois plus vite.
Alors maintenant, avant de rentrer dans l'économie pure, on a besoin de définir précisément ce qu'est un catalyseur. Pour la faire simple, un catalyseur est un élément qui permet de faciliter des réactions chimiques ou des transferts d'énergie. Typiquement, quand je parle d'associer des numéros aux molécules d'eau de ma baignoire et de mettre un filtre à molécules d'eau numéro 1, ce filtre est un catalyseur car, en lui-même, il n'apporte aucune énergie au système et il n'est pas détruit dans la réaction. Par contre, il permet une réaction qui est de pousser les molécules numéro 1 à se répartir équitablement entre les deux compartiments de ma baignoire. Alors attention, cette histoire s'appelle les démons de Maxwell, et il y aurait beaucoup de choses à en dire pour être exact. Cependant, prenez le cas du pot catalytique que vous êtes nombreux à avoir dans votre voiture. Le principe est simple : une voiture thermique rejette du monoxyde de carbone et des oxydes d'azote qui se dégradent naturellement dans l'atmosphère. Mais le problème, c'est que ces réactions de dégradation sont lentes, voire très lentes, et que ces gaz ont largement le temps de nous faire du mal avant de s'être dégradés. Donc l'idée du pot catalytique est assez simple : on va faire passer les gaz nocifs produits par la voiture sur des couches de palladium et de rhodium afin de permettre d'accélérer la dégradation des molécules nocives avant qu'elles ne sortent de la voiture. Les monoxydes de carbone et les oxydes d'azote vont donc être transformés en oxygène, en azote et en CO2 à la sortie de la voiture. Ce qui va permettre de ne pas créer de dégâts sur la santé parce que ces gaz sont neutres pour nous. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le rôle du catalyseur est informationnel, très exactement de la même façon que la peau de limace laisse passer l'eau et pas le sel. Et c'est là que Rodier en vient à expliquer qu'un hall d'assemblage dans l'industrie ou qu'une grande surface est une réaction économique catalytique.
Prenons le cas de la grande surface en le comparant au pot catalytique de votre voiture. La grande surface, en elle-même, c'est le rhodium et le palladium du pot catalytique. Elle est toujours là à la fin de la journée, elle n'a pas bougé. En soi, dans l'absolu, on n'a pas besoin de grande surface, car on pourrait tous aller chez le boucher, chez le boulanger, etc. Par contre, ça prendrait un temps de fou, et comme les monoxydes de carbone et les oxydes d'azote, quand il n'y a pas de pot catalytique, ils finissent irrémédiablement par se dégrader en azote et en CO2 et en oxygène naturellement. Sauf que ça prend un temps fou et que ça cause des dégâts du coup entre-temps. Et ben, c'est la même chose : une grande surface, c'est une réaction catalytique pour faire gagner du temps aux gens qui font leur courses. Si on est passé du modèle du marché avec des stands pour chaque produit au modèle de la grande surface, c'est bien pour être plus efficace et donc dissiper plus d'énergie par unité de masse. Le commerce par internet, qui remplace petit à petit le modèle de la grande surface, est également une évolution du système économique pour augmenter l'efficacité des transformations.
Autre approche de Rodier : pour lui, une entreprise est une structure auto-organisée qui émerge sous la pression de la densité des échanges énergétiques pour qu'une demande économique trouve une réponse par une offre économique. Les démons de Maxwell et le filtre magique qui sépare les gouttes d'eau 1 et 2 dans une entreprise, ce sont l'entrepreneur et ses employés. Ensuite, le catalyseur, ou les enzymes, car il partage une même nature, c'est l'entreprise. Ensuite, vous allez me dire que dans une entreprise, il y a pas seulement de l'énergie, il y a aussi de la matière entrante et de la matière sortante. Et bien, François Rodier nous explique que l'on peut exprimer ces quantités sous la forme d'un potentiel de Gibbs. Là, je vous avais prévenu qu'on allait vous retourner le cerveau avec François. Je suis tellement déçu qu'il soit décédé en 2023. Pourtant, je me souviens qu'il y a 5 ou 6 ans, je rêvais déjà d'échanger avec...
Lui. Bah, j'aurais pas dû attendre finalement. Et c'est pas tout. Le grand 8 émotionnel n'est pas fini pour aujourd'hui.
Parlons maintenant de la monnaie car là vous allez comprendre la moitié du raisonnement qui me fait dire que Bitcoin ou l'or, même combat, ne seront jamais la monnaie du monde sauf catastrophe ponctuelle qui aura également pour conséquence de nous plonger dans le malheur et la souffrance. Voici sur cette image que le biochimique. Basiquement, c'est de la matière A et B pour avoir un potentiel de Gibbs plus un catalyseur afin d'obtenir en sortie de la matière transformée comme on le souhaite au départ. Le précatalyseur est une forme inactive mais stable du catalyseur.
Et bien voici, selon Rodier, le cycle microéconomique à l'échelle de la production d'un bien. Le précatalyseur devient l'entreprise. Pourquoi? Car en soi, tant qu'elle n'est pas activée, une entreprise ne produit rien du tout. Or, pour l'activer et qu'elle devienne un catalyseur opérationnel, il faut de l'argent, de la monnaie. Cette monnaie, dans l'entreprise, va permettre de transformer les matières premières, les réactifs en produits disponibles à la vente car les matières premières ont un potentiel de Gibbs qu'il faut sortir, qu'il faut activer.
Je vous avais dit que vous serez surpris et que vous comprendrez pourquoi je n'ai pas sorti ça sur grand angle. J'ai vraiment besoin d'une audience de gens très curieux et très très ouverts d'esprit avant d'en arriver à ce stade.
Avec tout cela, il en arrive à l'équation suivante: La variation d'énergie interne d'une société humaine, donc d'une structure dissipative notée dU, est égale à l'énergie dont elle dispose dF plus son dégagement de chaleur, l'entropie notée TdS plus le potentiel de Gibbs des matières qui entrent et sortent du système. Rodier avance qu'un corps humain ou une casserole d'eau ou une économie humaine fonctionne selon la même équation thermodynamique. C'est pour cela qu'il parle d'un modèle de thermoéconomie.
Ensuite, il définit que dG, c'est le potentiel de Gibbs que l'on peut exprimer en économie comme le potentiel économique de chaque objet multiplié par le nombre d'objets qui entrent et sortent de notre système économique. Et c'est là, sur le potentiel économique de Gibbs dirons-nous, que nous touchons à un point clé pour comprendre ce qu'est la monnaie. Il part du constat qu'en économie, il y a une valeur d'échange et une valeur d'usage. Il y a des objets utiles pour eux-mêmes comme l'eau, mais qui ont peu de valeur d'échange. Et à l'inverse, les diamants ont une valeur d'échange bien plus grande que leur valeur d'usage. Donc il fait référence à Smith, Ricardo et même Marx pour utiliser cette distinction.
Donc, partant de là, il définit que le potentiel économique de Gibbs pour chaque chose peut se découper en deux parts: la part de potentiel d'échange plus la part de potentiel d'usage. Dans son équation, c'est la somme des μᵢNᵢ plus la somme des μⱼNⱼ. Pour ceux que ça intéresse de rentrer dans les formules, il finit donc par conclure que l'objet qui a la plus grande valeur d'échange par rapport à sa valeur d'usage, et bien c'est la monnaie.
Et là, on en arrive à quelque chose que j'affirme dans beaucoup de vidéos, c'est que la meilleure des monnaies, c'est celle qui a le moins de valeur intrinsèque, à savoir de valeur pour elle-même. C'est exactement ça. Pour une bonne monnaie, on cherche à maximiser la valeur d'échange et à minimiser la valeur d'usage parce que la valeur d'usage va venir perturber la valeur d'échange lorsqu'elle va varier en fonction du cycle de production économique.
Et c'est là qu'on arrive à un morceau qui pique un peu les yeux, mais rassurez-vous, ça va bien se passer. On va y aller en douceur pour l'affaire simple, sans rentrer dans les équations, je vous les affiche juste à l'écran comme ça ceux que ça intéresse pourront regarder. Le potentiel économique d'un pays par exemple correspond à l'utilité de la production qui peut se comparer à la pression dans un système thermodynamique plus le pouvoir d'achat qui correspond à une température en thermodynamique car la monnaie c'est une température.
Concernant le parallèle entre monnaie et température, il est plus intuitif car dans un système thermodynamique, on va chercher à jouer sur la température afin de sortir les meilleurs rendements possibles d'une machine. Ce sont les travaux de Sadi Carnot avec le fameux rendement de Carnot pour ceux qui ont fait un peu de thermodynamique à l'école. Or, en économie, on va bel et bien jouer sur la monnaie pour chercher à ce que la machine économique donne son plein potentiel.
Et bien ce que je vous ai affiché à l'écran, c'est ça. Il pose les termes qui vont pouvoir le faire conclure que ce que j'ai appelé le potentiel économique ou le pouvoir de vente, c'est la variation dG sur dV. C'est l'énergie dissipable par unité de volume de production. Retenez bien cela, le potentiel économique, c'est l'énergie dissipable par unité de production. Il vient de mettre les termes qui permettent d'expliquer comment une économie humaine qui cherche à maximiser son potentiel économique est simplement en train de faire comme quoi que ce soit d'autre dans la nature depuis la création de l'univers, à savoir augmenter son énergie dissipée par unité de masse.
Il conclut sur ce constat: la monnaie est une représentation de l'énergie libre dans un système économique. C'est exactement pour ça que l'analogie d'Elon Musk était brillante quand il disait que l'économie c'était l'ordinateur et que la finance c'était l'operating system pour piloter l'ordinateur. On voit bien que ce n'est pas l'operating system qui fait le calcul. Par contre, c'est lui qui ordonne à l'ordinateur comment le faire pour le faire au mieux. Et bien, il y a ce type de relation avec la monnaie. Ce n'est pas la monnaie qui produit la richesse. Par contre, si vous avez une représentation de l'énergie dans un système financier, alors cela permet aux êtres humains de piloter au mieux les ressources énergétiques qui sont en dessous dans la sphère réelle, économique, dirons-nous.
J'insiste là-dessus parce que c'est encore une autre façon de comprendre pourquoi l'économie c'est de l'énergie transformée. On connaît rien dans l'univers qui dissipe autant d'énergie qu'une société humaine. On dissipe 10000 fois plus que le soleil par kilogramme de matière. C'est rien dire. Ou encore une autre formulation du principe de l'augmentation perpétuelle de la dissipation d'énergie par unité de masse: La lutte pour la vie est une lutte pour dissiper l'énergie. Il avait lu Darwin. Botsman était très très admiratif de Darwin. C'est pour cela que je suis très surpris que le Chief Project ait accueilli François Rodier.
Il explique en toute tranquillité que les politiques de décroissance sont des politiques mortifères puisque cela revient à baisser la quantité d'énergie par unité de masse. Par contre, ce que dit Rodier, c'est que la poursuite de la connaissance est le seul moyen qui s'offre à nous, tout comme à toute structure dissipative, pour lutter localement contre l'augmentation globale et irréversible de l'entropie. Dis autrement, on sait à l'échelle de l'univers que l'entropie ne peut qu'augmenter, mais on sait aussi qu'à une échelle locale, disons la Terre, on peut faire diminuer l'entropie par une augmentation symétrique de l'information. Alors, vous me direz qu'à la fin de l'histoire, on sera marron car l'entropie finira par gagner puisqu'il y en a plus de produites pour chaque unité d'information produite. Donc, à un moment, on va se faire cornéer dans un tout petit coin de l'univers duquel on ne pourra plus échapper à l'entropie. Ben, je vous répondrai que la nature est pleine de surprises, donc au final, on n'en sait rien en réalité.
En fait, je pense qu'on a deux choix et je suis prêt à en discuter avec vous dans les commentaires parce que vous allez voir, ça va vous amuser. Soit on choisit la voie de la décroissance et on fait le pari que de vouloir remonter à contre-courant de 14 milliards d'années d'histoire de l'univers en faisant régresser notre intensité énergétique nous permettra à nous de nous en sortir alors que cela n'a jamais marché dans les structures que l'on observe dans l'univers. Ou alors on se dit que bah en fait, ben on n'a pas bien le choix que d'aller de l'avant car notre porte de salut se trouve peut-être, probablement, dans l'immense espace qui regroupe tout ce que nous ignorons, dit autrement. Peut-être qu'en continuant cette course à la connaissance, à l'augmentation de notre intensité énergétique, on découvrira une nouvelle physique qui nous permettra d'échapper à ce destin funeste de la grande égalisation thermodynamique.
N'étant pas forcément partant pour aller à rebours d'une dynamique qui dure depuis 14 milliards d'années, je ressens une sensation de minusculosité quand je pense à l'humanité face à la taille de l'univers. Je suis donc personnellement convaincu que notre meilleure chance, c'est d'aller de l'avant. Mais oui, concrètement, c'est vraiment un pari à prendre. Et je laisse François Rodier vous annoncer la prochaine bonne nouvelle.
Frédéric Soddy, vous connaissez Frédéric Soddy, prix Nobel anglais, la notion d'isotope, c'est lui. Donc il a découvert la notion d'isotope et a pris le Nobel pour ça. Mais ce qui est intéressant, c'est l'économie. Il a écrit au moins trois ou quatre livres d'économie. Dans ces livres d'économie, il dit: le bien-être des individus ça se mesure en termes d'énergie dissipée. Alors le gros problème des économies, c'est qu'est-ce que c'est le bien-être? Bah, le bien-être, c'est ça. Plus vous dissipez de l'énergie, plus vous êtes heureux. Et voilà.
Vous comprenez pourquoi j'ai créé Jeanova? Pour apporter le message suivant: "Plus vous dissipez d'énergie, plus vous êtes heureux." Et concernant cette histoire de "on n'a pas besoin de voiture pour être heureux" ou alors "le bonheur est dans la tête", voici comment j'aborde cette question qui est très sérieuse. Considérant que le bonheur est indépendant des ressources matérielles, prenez deux personnes structurellement heureuses, quelles que soient les conditions matérielles dans lesquelles elles sont, puisqu'elles sont très sages et très philosophes. Maintenant, considérez que la première vit au Moyen-Âge et l'autre à notre époque moderne. Le jour où vous avez mal aux dents ou le jour où il fait très froid, laquelle de ces deux personnes très heureuses voulez-vous toutefois être? Je pose ça là pour en discuter avec vous en commentaire.
Et choses promises, choses dues, voici ma définition du bien et du mal que je vous ai promis en début de vidéo. On peut définir comme bien les décisions prises qui permettent à une structure dissipative de poursuivre son évolution vers toujours plus de densité. Et inversement, ce qui est mal, ce sont les décisions qui mettent en danger de disparition la structure dissipative à laquelle vous appartenez. Quelques exemples. Tuer, c'est bien ou mal? Question toujours ambigue, même dans la religion qui dit "Tu ne tueras point, sauf si et cetera et cetera". Et bien maintenant, considérons tout ça d'un point de vue thermodynamique. Considérons quelqu'un qui massacre impunément des gens dans la rue par exemple. Tout le monde conviendra que ce n'est pas optimal comme comportement pour aider la société à diffuser toujours plus d'énergie par unité de masse. Dit autrement, c'est assez disloquant pour l'ordre social. Donc c'est mal. Par contre, si votre structure dissipative, vous-même, votre famille ou votre pays est agressé, donc mis en danger de disparition, alors tout le monde conviendra que tuer, c'est très bien. On appelle ça la légitime défense ou encore l'armée. Donc, on peut avoir une vision thermodynamique du bien et du mal.
Maintenant, attention, car cette façon de voir les choses donne raison à ce qui marche parfois au dépend des valeurs morales. Par exemple, est-ce que exterminer les Indiens d'Amérique, c'est bien? Objectivement, les États-Unis sont devenus un pays rayonnant et aujourd'hui, bien que tout le monde soit mal à l'aise sur le principe et on comprend facilement pourquoi, cela n'a jamais empêché les Américains de célébrer ce massacre et d'en faire même du loisir. On appelle ça les spectacles des cow-boys et des Indiens alors que tout le monde sait exactement de quoi on parle vraiment au fond de ça. Ce spectacle de Disney s'appelle Buffalo Bill Wild West Show et se déroule chez Disney. Je vous laisse aller voir l'histoire de Buffalo Bill.
Bref, donc je ne dis pas que c'est parfait comme définition mais au moins elle est entièrement discutable et falsifiable car on peut la contredire. Si vous me trouvez des exemples consensuels et fondamentaux dans lesquels ce qui est jugé comme bien conduit structurellement et durablement à faire baisser l'intensité énergétique, alors ma définition tombe d'elle-même. C'est tout l'intérêt des définitions objectivables. On peut les travailler au corps.
Autre point intéressant qu'il évoque sur le ton de la blague mais qui mériterait que l'on s'attarde dessus: Et puis si vous êtes malheureux, vous envoyez des bombes, ça dissipe de l'énergie, ça fait partie du processus. Bah oui, ça vous surprend mais c'est comme ça. Ce qu'il soulève en blaguant, c'est que l'on peut aussi voir une guerre ou un effondrement économique comme un processus naturel qui permet de casser des structures dissipatives sous-efficientes par rapport à ce que l'environnement pourrait produire, ce que l'on pourrait faire d'autre afin de laisser la place, comme on dit. Un exemple dont je ne sais pas s'il est bien réel mais qui rend bien compte de l'idée. On dit souvent que si les dinosaures n'avaient pas été exterminés, alors les mammifères ne seraient pas apparus car ils se seraient tous fait croquer au fur et à mesure. Je sais pas si cet exemple est vrai et il me paraît même plutôt fallacieux mais il a le mérite de clairement illustrer le phénomène. Autre exemple, si les Romains n'avaient pas conquis toute l'Europe et bien plus dans un grand bain de sang tout de même, il faut le dire, peut-être que nous serions passés à côté de la révolution scientifique comme cela a été le cas pour la Chine car on n'aurait pas eu cette culture de la curiosité qui nous vient quand même de la civilisation gréco-romaine.
Bref, dire que les processus de destruction et de mort ne sont pas un bug du vivant, mais font partie du processus de sélection pour favoriser l'évolution est loin d'être anodin. Car concernant notre époque et si on tourne cela face à la tendance de décroissantisme, voilà ce que l'on pourrait explorer comme idée. Est-ce qu'une société qui se refuse d'évoluer en termes d'intensité énergétique afin de ne pas prendre de risques ne se condamne pas automatiquement à la disparition car une autre société en profitera pour l'écraser afin de prendre le potentiel d'évolution qu'elle s'est refusée à saisir? C'est une vraie grosse question pour tous ceux qui parlent de ressources finies dans un monde fini ou de culte de la science qui résoudraient tous les problèmes. Je pose ça là et on en parle dans les commentaires avec un vrai grand plaisir.
Bon ensuite, je passe volontairement sur ces parallèles entre les cycles thermodynamiques de Carnot et les cycles thermoéconomiques. Car sinon franchement, on repart pour 20 minutes. Toutefois, si vous voulez vraiment en savoir plus et que je plonge dans la thermodynamique des cycles de Carnot et de la thermodynamique des cycles économiques, partagez cette vidéo pour qu'elle fasse le plus de vues et dites-le-moi en commentaire et si je vois que vraiment vous êtes motivés, je serai plus que ravi de le faire car sachez que j'ai une licence en thermique et que la découverte des cycles de Carnot a été un bonbon intellectuel pour moi à l'époque. Alors en plus quand j'ai entendu Rodier, alors là j'étais aux anges, mais là ça va être un peu long car il faut expliquer de bout en bout la thermodynamique des fluides avec les changements de phase. Donc vraiment ça va prendre un peu de temps. Retenez simplement qu'à partir des cycles de Carnot, il retrouve les cycles économiques avec phase de croissance où le système gagne en énergie et les phases de récession où le système rend une partie de son énergie avant de repartir sur un cycle.
Pour finir ce script, je vais vous donner la fin de l'histoire pour Rodier concernant la monnaie en tant que catalyseur pour chaque économie dans le monde. Et ça aura déjà fait pas mal pour aujourd'hui, je pense. Pour ceux qui sont des spécialistes de la biochimie, vous irez voir son explication en détail. Pour les autres, comprenez ceci: Tout système thermodynamique que l'on étudie doit avoir des frontières. Sinon, c'est pas un système, c'est juste je sais pas quoi. Cela peut être un système fermé ou ouvert. Mais dans les deux cas, il y a des frontières, des limites au système. Ajoutons à cela qu'une machine thermique de Carnot s'emballe si elle n'a pas de régulateur pour absorber les variations. Un coup trop forte, un coup pas assez forte. Dans les premières machines à vapeur, James Watt a popularisé le régulateur à boules à cet effet. Concrètement, lorsque vous avez une énergie irrégulière en entrée, comme par exemple des pistons qui font boum boum boum d'un côté du moteur, mais que vous voulez un débit bien lisse d'énergie en sortie pour alimenter un moteur, vous mettez un régulateur, une boule entre les deux qui est une masse en mouvement qui absorbe la volatilité en restituant une énergie plus constante grâce à son inertie. C'est tout simple et on l'a découvert il y a quelques siècles déjà.
Entre deux économies, vous devez avoir un système d'équilibrage des échanges sous peine de faire sauter l'un des deux systèmes, voire les deux en même temps dans le pire des cas, car les variations économiques internes peuvent faire dérailler l'autre si elle les subit en prise directe. C'est typiquement ce genre de choses que je pourrais vous expliquer dans une vidéo sur les cycles de Carnot. Un exemple de dysfonctionnement structurel de ce type, typiquement, c'est l'euro. En mettant une monnaie unique sur plusieurs pays qui sont hétérogènes, et bien on a mis l'Allemagne en concurrence directe avec les économies des pays du sud. L'Allemagne a donc avalé toute l'industrie disponible dans les pays les moins compétitifs. Il est donc nécessaire d'avoir un système à deux monnaies afin de régler le niveau des échanges d'une zone à une autre en fonction de sa compétitivité relative. Le taux de change, c'est le régulateur à boules. C'est ce que l'on vous raconte sur grand écran depuis des années avec ces histoires d'euros et de taux de change fixe qui ont massacré la production industrielle des pays du sud.
Et voilà comment François Rodier le formule: C'est la conservation de l'énergie. Je dirais: une économie ne peut pas fonctionner sur un flux permanent d'énergie qui la traverse. Ça, ça paraît évident. Maintenant, ce que je vous ai raconté, parce que les économistes ne sont pas encore complètement convaincus. Je pense que vous êtes convaincus. Et je mettrai comme second principe: une économie ne peut pas fonctionner durablement – alors le mot durablement est essentiel comme tout à l'heure – sans l'usage d'au moins deux monnaies différentes parce que c'est là votre régulateur. Alors qu'est-ce que ça va faire sur les échanges commerciaux? Ça diminue les inégalités. Si vous avez des échanges entre deux pays avec des monnaies différentes, vous diminuez les inégalités entre deux pays utilisant des monnaies différentes. C'est comme un extérieur. Mais il va se passer le contraire si vous mettez… alors c'est ça la bêtise qu'on a faite en Europe. On a imposé une même monnaie à travers toute l'Europe. Alors que l'on se comprenne bien, ce n'est pas parce que vous avez une monnaie par structure dissipative par pays, disons, que vous allez forcément réussir car vous pouvez la gérer avec les pieds votre monnaie comme en Argentine. Par contre, avec une seule monnaie pour plusieurs pays, du genre l'étalon-or ou Bitcoin, vous êtes certain d'aller au casse-pipe car chaque zone ne pourra plus équilibrer ses échanges d'énergie et de matière en fonction de ses propres contraintes internes. Une seule monnaie consisterait à faire du monde une seule machine thermique, ce qui revient à sacrifier une grosse partie du monde. C'est le problème de l'euro, mais aussi le problème de l'Italie du Nord par rapport à l'Italie du Sud qui n'a pas la même compétitivité.
Si vous voulez faire des ensembles économiques plus petits afin que les inégalités s'expriment par pays et non à l'échelle d'un continent, vous avez besoin d'un catalyseur tout comme vous avez besoin d'un catalyseur pour casser les molécules d'amidon dans votre bouche en petites chaînes de glucose plus petites et plus faciles à digérer. Pour casser les chaînes d'amidon, il vous faut un catalyseur qui s'appelle l'amylase. Et pour casser de grosses chaînes économiques en petits ensembles plus gérables socialement parlant, il vous faut des taux de change. C'est ça que cette diapositive veut dire. Et encore une fois, en soi, avoir une seule monnaie sur plusieurs zones économiques hétérogènes est techniquement possible. Mais cela signifie que vous allez déplacer les inégalités internes à un pays qui se gère à l'échelon politique de chaque pays vers des inégalités à l'échelle de la zone économique dans sa globalité qui, elle, par définition, ne possède pas de structure décisionnaire politique capable de traiter ce sujet. C'est tout le problème de la zone euro qui a une monnaie unique mais qui n'a pas de véritable représentation politique car toutes ces zones économiques hétérogènes ne sont politiquement pas d'accord pour être assimilées en un seul bloc.
François Rodier fait le parallèle avec la création de tornade qui est un phénomène de réajustement à grande échelle quand le réajustement de température n'est pas possible à de petites échelles locales. Alors en fait, on voit ce qui se passe maintenant par exemple dans l'atmosphère terrestre. Vous avez des cyclones qui se mettent en route et s'ils n'arrivent pas à dissiper l'énergie, ils arrivent dans l'atmosphère, il y a toujours de l'énergie. Qu'est-ce qui se passe? S'il y a du vent qui souffle, ils vont se décaler. Le cyclone va créer à côté un anticyclone. C'est-à-dire qu'il va fonctionner en pompe à chaleur et va créer des différences de température horizontales. Il est parti, il diminue les différences de température verticales pour créer des différences de températures horizontales. Ben, c'est exactement ce que la monnaie unique elle fait. Elle diminue les inégalités dans un sens, mais elle crée, cette fois c'est horizontal entre les Européens, mais elle augmente les inégalités sociales entre les pauvres et les riches. Donc on a, en ce moment, on fonctionne dans une pompe à chaleur qui est en train d'augmenter à toute vitesse les inégalités.
Sociales. Et je suis tout à fait d'accord avec ça. Une part des inégalités sociales dans la zone euro viennent de la monnaie unique.
Si j'essaie de prendre le point de vue inversé, avoir Bitcoin comme monnaie unique du monde serait une bonne idée le jour où le monde fonctionnera comme une seule et grandes structures économique et politique parfaitement intégrée, dit autrement avec un gouvernement mondial réellement représentatif de tous les habitants de la terre qui ne forment qu'un seul peuple homogène. Bah ça s'étudie hein dans l'idée mais bon je trouve que les conditions ne sont pas remplies à l'heure actuelle et même que cela ressemble à une sacrée dystopie.
Mais thermodynamiquement parlant, bah ça pourrait marcher. Alors, arrêtons-nous là pour cette vidéo déjà bien dense.
Et si vous n'avez pas vu la première sur la théorie de la croissance unifiée, et bien vous la comprendrez bien mieux à partir de maintenant puisque vous savez ce qu'est une structure dissipative que j'appelle aussi système diffusif. Et si vous en voulez plus, allez me le dire en commentaire car on est au début de la chaîne, donc sachez que je les lis tous. Yeah.